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Reconstruction Identitaire et Insertion

De
164 pages
Ce livre relate comment des actions privilégiant l'art et la culture peuvent favoriser la reconstruction identitaire de personnes en difficulté d'insertion. Il présente également un outil d'évaluation basé sur l'acquisition de compétences sociales et techniques. En plus d'une description détaillée de l'acquisition de compétences, l'auteur énonce des propositions nouvelles permettant d'ouvrir une réflexion autour d'un autre type d'insertion : une insertion qui n'en serait pas une au sens économique du terme, mais au sens identitaire, existentiel.
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RECONSTRUCTION

IDENTITAIRE

ET INSERTION

Gérard LEFEBVRE

RECONSTRUCTION IDENTIT AIRE
ET INSERTION

Ouvrage él/ité avec le concours llu Conseil Général llu Pas-lie-Calais

I.J'Ha rnla tta n 5-7. rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L'Harn\attan Ine 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y IK9

Collection Technologie de l'Action Sociale dirigée par Jean-Marc Dutrenit
Déja parus
P. Caspar, L'accompagnement des personnes handicapées mentales, 1994. J.-M. Dutrenit, Evaluer un centre social, 1994. Collectif, Diagnostic et traitement de l'enfant en danger, 1995. J.-C. Gillet, Animations et animateurs, 1995. M. Lepage-Chabriais, Réussir le placement des mineurs en danger, 1996. C. Rater-Garcette, La professionnalisation du travail social, 1996. M. Born, Familles pauvres et intervention en réseau, 1996. Collectif, Traiter la violence conjugale, 1996. P. Nicolas-Le Strat, L'implication, une nouvelle base de l'intervention sociale, 1996. J. Zaffran, L'intégration scolaire des handicapés, 1997. M. Larès- Yoël, Mon enfant triso, 1997. R. Laforestrie, Vieillesse et société, A l'écoute de nos aînés, 1997. Y. Vocat, Apprivoiser la déficience mentale, 1997. A. Jellab, Le travail d'insertion en mission locale, 1997. J.M. Dutrenit, La compétence sociale, diagnostic et développement, 1997. M. Gouame, Les aveugles dans l'entreprise: quelles perspectives ?, 1997. M. Bresson, Les SDF et le nouveau contrat social, 1997. B. Ruhaud, Accueilfamilial et gestion de l'autorité parentale, 1997. R. Scelles, Fratrie et handicap. L'influence du handicap d'une personne sur ses frères et soeurs, 1997. A. Boroy, Mes enfants sourds, 1998. D. Merle d'Aubigné, Création artistique et dépassement du handicap, 1998.

Logiciel
Accomoacnement Plus, logiciel de diagnostic et développement de la compétence sociale, 1997.

@ 1..'Harnlattan, 1998 ISBN: 2-7384-7140-4

SOMMAIRE

Introduction:

Le sens de la vie L'autre voie

Il 19 23 24 26 27 30 36 49
59 66 67 91 94 104 106 113 125

Chapitre 1 : Des ateliers d'identité 1. Atelier photographique 2. Atelier théâtre de marionnettes 3. Atelier expression corporelle 4. Des actes fondateurs 5. Paroles d'acteurs 6. Reconquête individuelle et liens d'existence

Chapitre 2 : Compétences socialesCompétences techniques 1. Evaluation de compétences 2. Croisement de champs d'observation 3. Evolution au cours d'un M.A.O. 4. La parole aux bénéficiaires 5. Ce qui produit le changement 6. La place de l'individu "acteur" 7. Stratégies individuelleset parcours d'insertion 8. Action sociale et insertion: une nécessaire prise en compte globale

Chapitre 3: Perspectives et propositions 1. Les paliers de reconstruction identitaire 2. Conception d'un "lieu ressource" 3. Propositions de changements 4. Fonctionnement du "lieu ressource" 5. Tenitoires - Partenaires et ...bonnes raisons 6. Contribution / Rétribution: des formules originales Annexes Remerciements Bibliographie

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INTRODUCTION

LE SENS DE LA VIE

Signe des temps pour les uns, effets de la conjoncture économique pour les autres, les voyants du profit sont au vert. La Bourse est au beau fixe, les progrès techniques galopent et la "mondialisation" commande tous les effets de développement, de concurrence et de partage des richesses. Mais, qui, voici vingt ans aurait imaginé que cette profonde mutation dans la croissance économique mondiale allait entraîner une précarisation sociale sournoise et bien souvent durable? Qui, voici vingt ans, aurait prévu que notre pays allait devoir construire un formidable rempart pour repousser les assauts d'une marginalisation ambiante, associée à des exclusions destructrices? Qui, voici vingt ans, aurait songé à imaginer l'instauration d'un revenu minimum à toute personne de plus de 25 ans, marginalisée ou exclue, et privée des ressources financières minimales nécessaires à la conduite autonome de sa vie? Bien peu de monde en vérité, dans ces temps passés, de croissance et de plein emploi, avait soupçonné cette future obligation de création d'un Revenu Minimum d'Insertion. Et pourtant, aujourd'hui, en France, ce revenu minimum garanti, s'élève à 2 400 Francs pour une personne seule. Ce rempart, cet outil de lutte contre la pauvreté et l'exclusion a été construit en vue de permettre, voire de faciliter, l'insertion ou la réinsertion de tous ceux qui, touchés de plein fouet par les mutations douloureuses de notre structure économique, se trouvent en "marge" de la société. De cette marge, ils observent une société

qui organise la sélection, fortifie les privilèges, attise la concurrence. Dans cette marge, ils apprennent à vivre différemment, ils conviennent de revoir leurs projets à la baisse: leurs rêves s'évaporent et leurs espérances s'amenuisent. Contre leur gré, ils deviennent destinataires de droits relatifs, de projets d'insertion relatifs, d'une existence relative. Abasourdis, choqués par leur mise à l'écart, leur statut de bénéficiaires du R.M.I. les transforme en véritables témoins des changements profonds qui vont affecter durablement notre société. L'un d'entre eux concerne l'emploi et toute la culture liée au travail; en effet, durant des décennies chaque individu construisait sa vie à partir des capacités intellectuelles et techniques acquises pendant sa formation professionnelle ou universitaire, et qui lui servaient à négocier sa place dans la société. Aujourd'hui, de fermetures d'entreprises en redéploiements, de restructurations en délocalisations, l'inexorable progression du chômage a mis à mall' époque du "plein emploi" entraînant la mise en place de dispositifs empreints de relativisme et d'incertitude tels que les contrats à durée déterminée, les stages de préparation à l'emploi, les contrats de qualification, les contrats d'emplois solidarité .Cette rupture avec le schéma traditionnel de reconnaissance et d'intégration de l'individu par l'accès au travail a entraîné de multiples situations d'exclusion et de marginalisation. Face à ce danger potentiel, chacun se doit de reconsidérer sa place au sein d'un espace socio-économique, qui de par sa mouvance et sa fragilité lui garantit de moins en moins la sécurité nécessaire à son évolution personnelle et familiale.

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LE REVENU MINIMUM

D'INSERTION

En Février 1987, le père Joseph WRESINSKI remettait au Conseil Economique et Social son rapport sur "La grande pauvreté et la précarité économique". C'est essentiellement à partir des éléments de ce rapport que Michel ROCARD, alors Premier ministre, allait concevoir en 1988 le Revenu Minimum d'Insertion. Le R.M.I. devait concerner 350 000 personnes; ils sont aujourd'hui un million à le percevoir, soit avec les conjoints et les enfants une population de deux millions de personnes. Seul un allocataire sur trois parvient chaque année à s'échapper du dispositif, et 100 000 personnes ne sont jamais sorties du système depuis 1989. Les différents dispositifs liés à l'insertion dans le cadre du R.M.I., comme l'ensemble des mesures concourant à la formation professionnelle et à l'emploi, sont tributaires d'une relance économique dont les effets espérés seront sans nul doute relativement limités. Le 15 Avril 1997, premier jour de débat à l'Assemblée Nationale sur l'éphémère loi de "cohésion sociale", un journaliste de France Inter rappelait que la relance économique ne stoppera pas l'ensemble des phénomènes d'exclusion. Il s'agit en fait disait-il "d'une succession, d'un empilage de crises: crise de l'emploi, crise de l'école, crise des valeurs, crise de la société. Il convient d'y apporter des réponses afin de remettre en état le "lien social", le "tissu social". Il apparaît également important de définir de nouvelles places dans la société et de découvrir de nouveaux espaces offrant une reconnaissance et une existence différemment du système de "l'assistance", et selon d'autres modalités que les dispositifs classiques pour l'emploi". Or, c'est précisément en direction des bénéficiaires du R.M.I. qui ont 13

épuisé les différents dispositifs d'insertion et qui sombrent progressivement dans une marginalité durable et profonde qu'il convient de créer ces nouveaux espaces, espaces qui peuvent s'inventer à la frontière du schéma traditionnel de l'emploi, et à la marge de ce même schéma. Espaces qui doivent permettre à ces femmes et à ces hommes placés "en attente" de la société, d'engager avec le soutien et les accompagnements techniques nécessaires, une véritable "reconstruction identitaire" à partir de laquelle pourrait se profiler une démarche d'insertion d'un autre type. Parmi les bénéficiaires du Revenu Minimum d'Insertion, un nombre sans cesse croissant d'entre eux s'éloigne chaque jour davantage d'une accession ou d'un retour à une activité salariée. Certains ont déjà participé à quatre ou cinq modules d'accueil et d'orientation, et ne se trouvent aucunement engagés dans une dynamique d'insertion. Cette dommageable "ancienneté" dans ces dispositifs d'insertion, les confronte naturellement à la question du sens: sens de sa vie, sens de son cheminement personnel, sens de sa place dans une société qui, tout en leur assurant les ressources financières qu'elle a définies comme le minimum, semble les oublier chaque jour un peu plus. Et cette question du sens donné à ce que l'on fait, à ce que l'on vit, se pose avec la même acuité lorsqu'il s'agit de composer ou de négocier sa place et son utilité dans sa famille ou dans son quartier. Comme nous le rappelions en préambule, notre société participe à la construction de l'individu par le maintien et l'attachement à une valeur forte que constitue le travail. L'obtention d'un travail ou d'une activité salariée lui offre de façon légitime une place; place à partir de laquelle il va acquérir un statut reconnu lui permettant de s'inscrire dans une mécanique organisationnelle qui apporte tout naturellement une réponse à la question du sens et de la place. Or, cette dynamique sociale entraîne depuis quelques années davantage de contradictions et de différences que de solidarité, voire

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d'égalités. En effet, l'accès au travail conditionne le droit à une reconnaissance qui agit comme un déclencheur naturel sur un ensemble d'autres droits (droit aux loisirs, à la culture, droit à l'obtention de prêts, mais aussi droit à un statut, à une place dans la société). Ainsi, le licenciement, que l'on peut qualifier "d'accident de parcours social", confronte de manière brutale un individu à des normes et à des réactions auxquelles il est bien souvent peu préparé. Rapidement, il pourra constater combien la perte de ce statut salarié le plonge dans un monde hostile composé d'obligations, de contrôles et d'exigences parfois supérieurs à ce qu'il connaissait antérieurement. Quelquefois, les blessures inhérentes à ce type d'accident entraîneront des séquelles lourdes qui vont complexifier toutes les démarches de retour au monde salarié. Nous entendons par "blessures", les chocs provoqués par le passage brutal d'un monde où l'on produit, à celui où l'on demande. C'est très souvent la rencontre difficile avec les réglementations administratives, les démarches maintes fois recommencées, les rendez-vous reportés et les caprices d'agents administratifs tatillons ou agressifs. Commence alors pour certains une sorte de descente aux enfers, une succession d'événements concourant à une fragmentation des équilibres humains et sociaux et les amenant inexorablement vers la marginalisation et l'exclusion. Devenus "bénéficiaires" du R.M.I. ils vont devoir, au travers de différents dispositifs, repenser leur parcours professionnel et social et tenter de retrouver une place reconnue dans la société. Mais, pour un certain nombre d'entre eux, ce statut de "bénéficiaires" du R.M.I. ne permettra pas une quelconque reconquête de leur situation antérieure. Pour d'autres, ce passage parmi les "bénéficiaires" ne permettra aucune insertion et les maintiendra exclus de toute admission dans le monde salarié. Tous vont devenir des "spécialistes" des différentes formules, stages et modules divers visant à leur insertion ou à leur réinsertion. Piégés dans ces dispositifs et n'ayant plus qu'une reconnaissance
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et des droits calqués, sur le revenu qui leur est accordé ils vont se transformer en "bénéficiaires du minimum", en "ayant droit" du minimum, en "demandeur du minimum". En contrepartie la société leur demandera de maintenir leurs efforts, de répondre aux diverses sollicitations qui leur seront faites, d'être inventifs, adaptables, mobiles, présentables, dynamiques... tout en sachant demeurer silencieux, sans développer de revendications trop importantes et trop organisées. Car l'effort collectif consenti pour leur assurer leur revenu minimum réclame nécessairement une réciprocité ... Nous pensons que le dispositif d'insertion actuel doit être en certains points reconsidéré, et ceci tout particulièrement en direction de ceux qui se trouvent de plus en plus éloignés de l'emploi (qu'ils en aient été exclus, ou qu'ils n'y aient jamais eu accès). Ainsi que ceux pour qui la situation sociale et économique risque de se dégrader dangereusement compte tenu des efforts qu'ils ont déjà fournis, de l'absence de résultats obtenus en retour, et du niveau de doute et de désespérance dans lequel ils se trouvent. La question du développement de la personne doit redevenir centrale dans la problématique de l'insertion. Bien que l'objectif demeure l'insertion par l'économique il paraît indispensable, voire urgent de créer des paliers qui peuvent aider à la reconstruction humaine et sociale nécessaire à la mise en oeuvre de tout projet d'insertion. Nous postulons que des activités artistiques ou culturelles peuvent fournir un espace nouveau facilitant ce que nous qualifierons d'esprit de reconquête. Or, la première reconquête à obtenir est sans nul doute celle de l'individu par l'individu lui-même. Pour cela, il est important de lui proposer un cheminement différent qui permette la mise en valeur de
compétences nouvelles.

Dans ce cheminement original, la priorité ne sera plus le mythe de l'emploi, mais plutôt la remise en fonctionnement d'éléments déclencheurs de motivation et favorisant la confiance en soi. Comme nous le montrerons dans ce livre, la pratique 16

d'actions culturelles et artistiques associées à un accompagnement social concret doivent aider à la recomposition de compétences techniques et sociales apportant directement un certain nombre de réponses à la question du sens que nous évoquions précédemment. En effet, au travers du récit de trois expériences artistiques et culturelles distinctes nous verrons que cette question du sens est omniprésente, qu'elle trouve un début de réponse par l'acquisition de savoir-faire spécifiques susceptibles d'être transmis et permettant d'obtenir une place différente dans son cadre de référence. Dans cette dynamique de changement perçue dans une globalité, l'individu retrouve utilité et raison d'être, que ce soit dans son espace familial ou dans son espace de vie que constitue sa commune ou son quartier. Il n'est plus alors seulement "bénéficiaire", mais devient "actionnaire", inscrit dans une vraie démarche responsable: une démarche citoyenne. Mais ces compétences, ces savoir-faire, acquis dans une spécificité artistique ou culturelle peuvent difficilement déboucher aujourd'hui sur un emploi. Il n'existe à ce jour aucune réelle marge de manoeuvre définie pour qu'un bénéficiaire du R.M.I. puisse, selon des conditions à déterminer, percevoir des ressources à la suite d'un travail artistique réalisé ponctuellement et répondant à une commande spécifique. Nous proposerons à la fin de l'ouvrage des perspectives à partir desquelles cette question pourrait trouver un début de solution. Enfin, il nous faut souligner le rôle clé des travailleurs sociaux dans l'accompagnement des diverses actions; c'est en effet à partir de leurs convictions individuelles de donner du sens à l'action sociale, qu'ils favorisent des pratiques privilégiant un partenariat respectueux des compétences de chacun. C'est aussi en maintenant un accompagnement individuel au travers de cheminements collectifs, qu'ils proposent, avec leurs spécificités, une réponse à la problématique de l'insertion. Isabelle ASTIER, sociologue, dans un travail d'enquête sur les commissions locales d'insertion (Revenu minimum et souci 17

d'insertion -Editions Desclée de Brouwer 1996), estime que "tous les individus ne sont pas également prédisposés au salariat ou à ses marges. Dans de nombreux cas, ce sont les travailleurs sociaux qui se retrouvent les mieux placés pour juger au coup par coup de ce qui est le plus souhaitable, laisser la liberté la plus grande ou inciter, plus ou moins activement et en jouant sur une gamme de stimulants variés, à la réinsertion dans tel ou tel type d'activité... Mais dans quel type d'activités? Ne peut-on être jugé pleinement socialisé ou (ré)inséré que dans le cadre du travail salarié et, plus précisément encore qu'à la condition de bénéficier d'un contrat à durée déterminée? N'est-il pas possible au contraire, et d'ailleurs de plus en plus nécessaire, d'imaginer de multiples formes mixtes et hybrides d'activités et de socialisation, mêlant de façon infiniment variable au gré des situations locales et des circonstances, le travail salarié, la libre entreprise individuelle, les tâches d'utilité collective et le libre investissement plus ou moins bénévole, dans des actions de type associatif 1" Les activités proposées, qu'elles soient artistiques, culturelles, sportives, doivent s'appuyer en permanence sur le souci de la reconstruction humaine et sociale, c'est à dire proposer à chaque personne concernée d'établir ou de rétablir un certain nombre de liens avec son environnement en s'appuyant sur la valorisation de nouvelles compétences acquises pendant ces modules d'accueil et d'orientation. Rétablir des liens sociaux, retrouver son utilité, acquérir des compétences nouvelles, se définir une place identifiée et reconnue, participer à la vie de sa cité, redonner un sens à son itinéraire personnel malgré les multiples difficultés et contradictions rencontrées, tels sont les objectifs à la fois ambitieux et naturellement réalisables qui constituent le fondement des actions que nous allons étudier maintenant; actions qui développent un champ dynamique spécifique et qui, à leur manière participent à une démarche concrète d'insertion. 18