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Reflets de Survie

De
167 pages
Les angoisses d'une Juive toujours en vie après la Shoah Un témoignage authentique et bouleversant C'est en prose que l'auteure tente de retracer le temps de sa vie, devenue fugace depuis le décès de sa Mère, l'unique personne de sa famille à avoir été épargnée par le nazisme. Le retour axiomatique de ce désastre la poursuit constamment : elle retrouve le chemin lancinant de la tragédie juive, et le drame de sa survie, inutile.
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2 Titre

Reflets de Survie

3Titre
Karola Fliegner-Giroud
Reflets de Survie

Nouvelle(s)
Éditions Le Manuscrit























© Éditions Le Manuscrit 2008
www.manuscrit.com

ISBN : 978-2-304-01920-9 (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782304019209 (livre imprimé)
ISBN : 978-2-304-01921-6 (livre numérique)
ISBN 13 : 9782304019216 (livre numérique)

6 REFLETS de SURVIE
7 Reflets de survie
8 REFLETS de SURVIE
SOMMAIRE
1 L’exil .................................................................. 11
2 Mirage................................................................ 13
3 La confession ................................................... 15
4 Méditation......................................................... 17
5 Le fleuve ensanglanté...................................... 21
6 Les criminels..................................................... 29
7 Bug mon fleuve................................................ 35
8 La neige ............................................................. 39
9 L’Emblème du vent......................................... 43
10 Fatum .............................................................. 51
11 L’Énigme humaine........................................ 55
12 Narration sur un aller sans retour............... 59
13 Mila… 71
14 La voix du meurtre........................................ 75
15 Bonjour ami.................................................... 79
9 Reflets de survie
16 Thom............................................................... 81
17 Berta ................................................................ 85
18 Le besoin de dire ........................................... 89
19 Ne plus être .................................................... 95
20 Impossible ...................................................... 99
21 Sihona............................................................ 103
22 Une prière..................................................... 163

10 REFLETS de SURVIE
L’EXIL
“L’exil est quelquefois, pour les caractères
vifs et sensibles, un supplice beaucoup plus
cruel que la mort”
(Nicolas de Staël)

La langue française avait chassé sans embar-
ras ma langue maternelle, et je n’hésitais pas, de
me laisser surpasser par son élégance infinie.
Mais le temps avait vite traversé ma vie, et je me
suis aperçue que ma pensée demeurait fidèle à
l’expression du premier mot.
Le premier mot prononcé chez moi, là-bas,
où l’on avait démoli mon existence.
Et aujourd’hui je voudrais rallier les ténèbres,
et les mots de mes racines.
J’aimerais retourner en ce lieu de ma pre-
mière vie sauvegardée par les caprices du ha-
sard, alors que j’aurais dû devenir cendre.
Aujourd’hui, ma destinée se hâte pour saluer
tous les vivants, et rejoindre l’ombre de mes ra-
cines qui s’affrontent dans ma souvenance.
J’ai perdu un temps infini en survivance, et il
est si tard déjà.
11 Reflets de survie
Mais en vérité, rien de tout cela n’était réel.
J’ai voulu faire de mes débris l’œuvre de lu-
mière nouvelle.
Mais je n’aie pu revivre tout à fait.
Et je continue d’exister encore en osmose
constante avec les artistes blessés, ceux qui ont
essayé de piétiner le Satan dans leurs créations.
Je suis près d’eux, et j’observe l’infinie puis-
sance qui donne à leur univers l’éclat coloré du
désespoir.
Et puis je les accompagne aussi, sur le che-
min infini du châtiment…
12 REFLETS de SURVIE
MIRAGE
Pendant mes nuits d’insomnie, je compose
des poèmes.
Pendant d’autres nuits de veille, j’improvise
des romans.
C’est ainsi, que toutes les nuits, je peux com-
bler mon rêve de l’écriture salvatrice.
Mais le matin, mon heure redevient morose.
J’oublie mes chants nocturnes, j’oublie ma
poésie salvatrice, et le vide s’empare de moi en-
core.
Toutefois je prends une feuille blanche, que
je remplis hâtivement avec crainte de mal tra-
duire mon œuvre nocturne, mon œuvre en lan-
gue de mon enfance, de mes mille ans de vie, de
mon grand bonheur, et de mon immense tour-
ment.
Je cherche les temps de jadis.
Je reviens vers la Pologne meurtrie - meur-
trière. Car je n’ai jamais rompu avec moi -
même, et je reste fidèle à la première incanta-
tion de ma vie.
Je maudis mon enfance avec l’amour exaspé-
ré pour le lieu de ma naissance.
13 Reflets de survie
Mon supplice c’est la mémoire.
Ma mémoire virevolte, se fâche avec moi, car
elle veut prendre le chemin lent de la souve-
nance.

Je me bats avec elle.
Je la repousse.
Je l’accable d’insistance.
Je la hais !
Et je lui suis reconnaissante…
Ensuite je tire le rideau allégorique pour me
retrouver dans les temps présents.
Ma souffrance m’apaise, car elle me rattache
à Ceux dont les âmes calcinées recouvrent im-
punément la voûte céleste.
Je ris parfois, mais le sens de ma raison de-
meure parmi Eux.
Et c’est ainsi que cela doit être
C’est le principe de notre existence.
C’est la trame ancestrale de notre souffrance.
On la subit.
On l’admet, car elle nous est transmise de-
puis des millénaires.
Et, nous Lui rendons Honneur.
14 REFLETS de SURVIE
LA CONFESSION
Le paysage est magique, tout étendu devant
mes yeux, et tendrement enlacé par le vol
d’oiseaux constant, puis enrichit sans cesse par
des multiples thèmes de leur partition. Pendant
que le vent joyeux berce avec volupté le génie
du printemps naissant, et que les insectes en
éveil viennent tourmenter mes gestes avec
l’infinie douceur.
Toute cette sublime motion naturelle ne
pourra jamais et nulle part, apaiser l’inquiétude,
et le malaise dans lesquels je me trouve cons-
tamment. Car j’interroge sans cesse mon en-
fance en lambeaux, pour retrouver quelques in-
souciances…
Je transpose de mille manières ma vie pré-
sente, pour essayer de me reconnaître. Et je re-
trouve toujours l’image des silhouettes qui ve-
naient nous frapper, nous blesser, nous exécu-
ter dans un rythme funéraire.
Cela n’est pas mon histoire - c’est l’histoire
de tous les Juifs de l’Europe.
Personne n’a rien oublié, personne n’a jamais
pardonné.
15 Reflets de survie
Et l’on croit pendant quelques instants que
l’on peut fuir le temps, car la fuite du temps
apaise.
Mais cela est peu probable, car la douleur et
le regret de la survie reviennent malgré
l’apparition du rayon solaire qui essaie de
consoler.
Et l’on croit un instant seulement que l’onde
marine peut effacer des larmes versées sur le
sable.
On le croit, on l’espère, on le voudrait.
Puis l’image lointaine se restructure dans la
mémoire à cause d’un bruit qui rappelle le pas-
sé, et tout recommence.
Une odeur légère dans une cheminée, rap-
pelle l’embrasement des corps, et parvient à re-
constituer l’image précise de la haine !
Puis, une mélodie fredonnée par l’inconnu,
peut interpeller toute la souvenance.
L’enfance se rétablit dans l’ombre.
L’adolescence se brise rapidement.
Et l’on décide que la vieillesse n’a plus de
sens…
1975
16