Réflexions sur la science contemporaine

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Cet essai s'adresse à tous ceux qu'intéressent les relations entre la science et la philosophie. L'auteur y brosse à grands traits un tableau de la science contemporaine : réductionnisme, déterminisme, abstraction, méthodes, mécanismes de validation et interactions entre observation et théorie... ainsi qu'un portrait de ses artisans et une critique des stéréotypes les plus courants (philistin, iconoclaste, apprenti sorcier...) L'accent est mis sur le fait que la science, dont une des missions consiste à dénoncer les illusions du sens commun, ne poursuit pas une quête de vérité absolue mais se contente aujourd'hui d'une vérité simplement meilleure que celle d'hier.
La circularité de la science lui interdit de répondre à des questions essentielles comme « Pourquoi ce monde plutôt que rien ? » Pour tenter d'y répondre, le physicien Pierre Darriulat entreprend, avec candeur et bienveillance, un voyage chez les philosophes. Comment la métaphysique s'évade-t- elle du cercle ? Quelle connaissance autre que scientifique nous propose-t-elle ? La circularité condamnant la science au silence, elle semble du même coup condamner la métaphysique au verbiage ; devant son incapacité à nous répondre, nous restons seuls devant l'absurdité de notre destin…
Publié le : lundi 3 décembre 2012
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EAN13 : 9782759801824
Nombre de pages : 168
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RÉFLEXIONS SUR LA SCIENCE CONTEMPORAINE
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RÉFLEXIONS SUR LA SCIENCE CONTEMPORAINE
Pierre Darriulat
Préface d’Étienne Klein
17, avenue du Hoggar Parc d’Activité de Courtabœuf, BP 112 91944 Les Ulis Cedex A, France
ISBN : 978-2-86883-964-0
Imprimé en France
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© EDP Sciences 2007
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SOMMAIRE
Préface par Étienne Klein ...................................................................... Préambule .............................................................................................. LES FRONTIÈRES DE LA SCIENCE .................................................... Les sciences de la nature ...................................................... Les sciences de la vie ............................................................ Les sciences humaines ......................................................... LA SCIENCE EN MARCHE ................................................................... Les frontières intérieures .................................................... Observations et théories ...................................................... Des observations trop indirectes ......................................... L’abstraction, les mathématiques ........................................ Lestout se passe comme si.................................................. Du réductionnisme de la science ......................................... Déterminisme et libre arbitre .............................................. Une charte tacite .................................................................. Quelques dysfonctions ......................................................... LES ENFANTS DE LA PLAGE............................................................... L’artisan................................................................................ Une communication difficile................................................ Le philistin............................................................................ L’iconoclaste......................................................................... L’apprenti sorcier ................................................................. Science et éthique................................................................. COMMENT LA SCIENCE VOIT LE MONDE........................................ Une image du monde ........................................................... La circularité de la connaissance scientifique...................... VOYAGE CHEZ LES PHILOSOPHES ................................................... Les motifs du voyage ............................................................ Mises en garde...................................................................... Comment la philosophie voit la science............................... Quelle philosophie ? ............................................................. Comment s’évader de la boucle ? ......................................... L’ordinateur, le cerveau et la pensée.................................... Épistémologie et philosophie de la science contemporaine Impressions de voyage ......................................................... Postface .................................................................................................. Bibliographie..........................................................................................
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Préface
La science n’est pas un nuage lévitant tranquillement au-dessus de nos têtes. Elle se développe au sein de la société, agit par elle et en elle. On la regarde, on la discute même de plus en plus, on interroge ses liens avec la vérité, le pouvoir, la démocratie, la puissance, l’économie, la culture, l’uni-versel… Mais l’image qu’on se fait d’elle n’est jamais vraiment nette, en tout cas pas univoque. Il y a comme une grande confusion. Par certains côtés, la situa-tion sociale de la science rappelle celle d’un aquarium dans un appartement : vécue de l’intérieur, elle ne ressemble pas à ce qu’elle devient vue de l’extérieur. Les poissons qui y vivent (les scientifiques) ne saisissent distinctement ni la forme extérieure de leur bocal, ni l’effet que celui-ci produit sur le décor ou sur ceux qui le regardent ; quant aux occupants de l’appartement (les citoyens), ils ne saisissent pas davantage ce qui peut bien motiver et piloter l’incessant mouvement des poissons, et encore moins ce qui se passe dans leur tête.
Nombreux sont les scientifiques qui, tout en déplorant cette situation, crai-gnent que tout ce qui permettrait de la faire évoluer – par exemple un effort massif de communication – les obligerait à des concessions trop dangereuses. Car, expli-quent-ils, le climat médiatique contemporain est tout sauf favorable : à l’heure où il faudrait remettre l’accent sur la vocation première de la transmission des connaissances contre la tyrannie du bruit, de l’image, du dernier cri, des intona-tions publicitaires, les médias laissent au contraire l’urgent étouffer le fonda-mental et se livrent même à une sorte de surcompensation : constatant qu’ils ne transmettent plus, ils se mettent à communiquer de plus belle. Dès lors, nul message élaboré, construit, raffiné, ne parvient plus à transpercer le bruit de fond ambiant. Cette « dictature du simple » qui s’est mise en place est devenue si puis-sante que lorsqu’il en vient à s’intéresser à ce sujet si particulier qu’est la science, le langage médiatique n’a plus d’autre choix – comme pour le reste – que de simpli-fier les choses à l’extrême, au risque de leur faire perdre toute consistance.
D’autres scientifiques – Pierre Darriulat est l’un d’eux – persistent pour-tant à croire que la transmission des savoirs scientifiques et, surtout, leurmise en
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Réflexions sur la science contemporaine
intelligence, font partie des normes et des valeurs que la science se doit de faire vivre en elle-même ethorsd’elle-même. Et qu’il faut donc tenter,malgré tout, d’expliquer au public le plus large, sans les dénaturer, les démarches, les contenus et les résultats de la science. Le défi est immense puisque la science est par essence complexe, presque toujours éloignée du sens commun, parfois très abstraite. Mais cela ne doit rien faire à l’affaire : il fautquand mêmetravailler à la dire telle qu’elle est, expliquer comment elle se fait, sans verbiages, sans élucu-brations, mettre en lumière le sens de ses concepts, dissiper les malentendus, expliquer les enjeux. C’est en somme une question d’honnêteté intellectuelle.
Pour toutes ces raisons, l’essai que nous propose Pierre Darriulat tombe à point nommé. Homme de culture, lecteur boulimique mais scrupuleux, ce physi-cien prestigieux commence par nous raconter ce qu’est la démarche scientifique e et nous rappelle ses plus grandes conquêtes, notamment au cours duXXsiècle. Mais il ne s’en tient pas là. Car il a bien compris que l’explication de ce qu’est la science et de ce que font les chercheurs constitue un enjeu qui ne concerne pas que le bon fonctionnement démocratique ou l’exercice éclairé de la citoyenneté. Il est également d’envergure philosophique. Pourquoi ? Parce que la situation de la philosophie face aux sciences est aujourd’hui bien curieuse.A priori, la démarche purement réflexive de la philosophie et la démarche expérimentale des sciences apparaissent radicalement différentes. Il s’agit de deux modes presque opposés, étrangers l’un à l’autre, d’exercice de l’activité intellectuelle. Ces modes ne traitent pas des mêmes problèmes, ne mettent pas en jeu les mêmes raisonnements ou facultés, ne reposent pas sur le même type d’organisation sociale, ne répondent pas aux mêmes finalités, ne sont pas entretenus de la même manière par la société. Et pourtant – et là se trouve la plus grande étrangeté – ces deux activités persistent, au fond, à communiquer. Mais elles ne le font pas toujours bien. Affaire de préjugés sans doute, mais aussi d’incompréhensions, de méprises, de « mauvaise adaptation des impédances », dirait un physicien.
Une mise au point sérieuse était donc devenue plus que nécessaire. Pierre Darriulat nous la propose. Pour ce faire, il est sorti de l’aquarium et a pris le temps de réfléchir, de lire les livres de scientifiques, de philosophes, et aussi ceux des sociologues des sciences, qu’il ne semble guère apprécier (il leur reproche surtout d’avoir une démarche à l’exact opposé de celle de l’homme de science : « ils gomment tout ce qui n’est pas l’homme »). Il nous livre ici ses analyses et les leçons qu’il a tirées de sa pratique de physicien. En le lisant, on découvre un savant passionné, ouvert, qui s’intéresse notamment, depuis plus de trente ans, aux découvertes spectaculaires de la biologie moléculaire et de la neurobiologie, qui sont pourtant hors de son domaine. La rigueur et la vigueur de son propos pourraient fournir à la philosophie – guettée par l’assèchement de sa ressource propre, le décalage par rapport aux réalités présentes, l’épuise-ment narcissique – l’occasion d’un renouvellement vital, d’un ancrage inédit.
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