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Réflexions sur les droits de l'homme développées à partir de Taiwan

114 pages
L'ouvrage s'appuie sur l'histoire des Droits de l'Homme à Taiwan dès les premières tentatives de colonisation ou d'évangélisation européennes, et plus particulièrement sur l'après-Deuxième Guerre mondiale. Il souligne l'impact de différents « incidents » de l'histoire récente de l'île, s'attarde sur l'enseignement en matière de Droits de l'Homme, sur le rôle des Églises et des étrangers dans leur promotion. Il analyse la situation d'un certain nombre de droits spécifiques : ouvriers, migrants, marginaux, autochtones, femmes, condamnés à mort...
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Edmund Ryden SJ
Dans les rapports entre le monde occidental Réf exions sur
et l’Asie orientale, la question des Droits de les droits de l’homme
l’homme est souvent présentée comme une développées
pierre d’achoppement particulièrement diff cile. à partir de Taïwan
Dans ce contexte, la situation de Taiwan est Réf exions sur particulièrement intéressante à analyser, dans la
mesure où l’île constitue un vrai carrefour des Edmund Ryden est jésuite les droits de expérience et des cultures en Asie Orientale, et professeur à la faculté
mais aussi compte tenu de son rôle de pont de Droit de l’Université
entre la Chine et le monde occidental, massive- l’homme développées catholique FuJen à Taiwan.
ment anglo-saxon, mais aussi européen.Il a présidé l’Institut des
Les réf exions proposées par Edmund Ryden Droits de l’Homme mis en à partir de Taïwans’appuient successivement sur l’histoire des place dans cette université
Droits de l’Homme dans l’île, dès la cession au et milite également
Japon, voire dès les premières tentatives de sur le terrain pour
colonisation ou d’évangélisation européennes, les droits de l’homme,
en se focalisant toutefois plus particulièrement plus particulièrement
sur l’après-Deuxième Guerre mondiale. Il contre la peine de mort.
souligne ainsi l’impact de différents « incidents »
de l’histoire récente de Taiwan, s’attarde sur
l’enseignement en matière de Droits de
l’Homme à Taiwan, sur le rôle des Eglises et des
étrangers dans leur promotion. Il analyse ensuite
la situation d’un certain nombre de droits
spécif ques : ouvriers, migrants, marginaux,
autochtones, femmes, condamnés à mort…
Ces réf exions ont toutefois une portée
beaucoup plus générale dans la mesure où il
replace systématiquement dans un environ-
nement régional ou mondial les constats que
peut lui inspirer la situation taiwanaise.
Collection dirigée par le Professeur Paul Servais,
Séminaire d’études taiwanaises
avec la collaboration de Guillaume Gillard.
Working papers
N° 2
www.editions-academia.be ISBN: 978-2-8061-0044-3
Réfl exions sur les droits de l’homme développées à partir de Taïwan
Edmund Ryden SJ





Réflexions sur
les droits de l’homme
développées à partir
de Taïwan

人權的反省以台灣為例


Edmund Ryden SJ
雷敦龢



Réflexions sur
les droits de l’homme
développées à partir de Taïwan
人權的反省以台灣為例




Séminaire d’études taïwanaises. Working papers, 2



Louvain-la-Neuve 2011



Séminaire d’études taïwanaises. Working papers, 2
Direction de collection : Professeur Paul Servais, avec la collaboration de Guillaume Gillard






Ces « Réflexions sur les droits de l’homme développées à partir de
Taïwan » sont issues des Conférences données à l’Université catho-
lique de Louvain de Louvain-la-Neuve ( 天主教魯汶大學講義) du
5 au 8 novembre 2010 ( 比利時新魯汶2010 年11 月5 至8 日) données
par Edmund Ryden, professeur au Département de droit de la Facul-
té de droit de l’Université catholique Fu Jen de Taïwan.
Leur publication a été rendue possible grâce au soutien du ministère
de l’Education de Taïwan. Elle a bénéficié d’une relecture attentive
de la part de Madame Françoise Mirguet qui a bien voulu en assurer
la mise en page.


D/2011/4910/41 ISBN 978-2-8061-0044-3
© Harmattan-Academia s.a.
Grand-Place 29
B- 1348 Louvain-la-Neuve

Tous droits de reproduction, d’adaptation ou de traduction, par quelque procédé
que ce soit, réservés pour tous pays sans l’autorisation de l’éditeur ou de ses ayants
droit.

www.editions-academia.be


Préface
Ce livre rassemble une série de conférences qui ont été données dans
le cadre du Séminaire d’Etudes taïwanaises de l’Université catholique
de Louvain en novembre 2010. Ces conférences portaient sur les
droits de l’homme à Taïwan. Le cours était divisé en trois parties :
l’histoire du pays et du mouvement de démocratisation qu’il a connu,
l’enseignement des droits de l’homme à Taïwan, et quelques cas
concrets des problèmes de droit qu’on y rencontre. Il va de soi que
quinze heures de conférences ne suffisaient pas à aborder tous les
aspects de cette problématique. Il était nécessaire de parler du pays
dans son ensemble, étant donné que certains membres de l’auditoire
ne savaient pratiquement rien sur Taïwan. Rassembler celles-ci dans
un livre a été un travail complexe.
En effet, bien que je me sois engagé dans l’enseignement des droits
de l’homme à Taïwan et que je m’intéresse à l’actualisation des droits
humains dans la vie quotidienne du pays, je ne prétends nullement
être un expert en ce domaine. Normalement je laisse l’enseignement
de l’histoire des droits de l’homme à Taïwan à mes collègues taïwa-
nais, me contentant de parler d’un point de vue international ou
philosophique, ce qui veut dire que je n’ai ni les compétences ni les
informations nécessaires pour écrire un livre sur les droits de
l’homme à Taïwan.
Pour le texte écrit, j’ai donc remplacé le titre initial – « Droits de
l’homme à Taïwan » – par « Réflexions sur les droits de l’homme
développées à partir de Taïwan ». En d’autres mots, j’emprunte des
exemples à l’histoire ou à la pratique des droits de l’homme à Taïwan
pour réfléchir à des questions qui, sans doute, pourraient se poser
dans d’autres contextes et dans l’histoire d’autres pays. Au cours des
6 Edmund Ryden
conférences, j’ai également fait allusion à des cas de droits soulevés
dans d’autres pays. Les questions qui se posent ici ne sont donc pas
nécessairement propres à Taïwan ; de plus elles ne sont pas les seules
qui pourraient être posées dans le contexte taïwanais.
Avant même d’aborder le séminaire, j’ai présenté aux étudiants une
liste de questions qui constitue la base de mes réflexions, et c’est
cette liste, établie en fonction du cours et non pas selon un ordre
historique ou logique, que je présente ici comme fil conducteur. Les
détails historiques, les chiffres statistiques et d’autres informations de
ce genre servent à étoffer le propos mais ne constituent en rien le
contenu principal de ce livre. Si l’on cherche une présentation du
statut des droits de l’homme à Taïwan ou bien un exposé de la lutte
pour les droits de l’homme dans ce pays, il faut chercher ailleurs, et,
malheureusement, dans d’autres langues que le français : soit le chi-
nois soit l’anglais. Dans ces langues-là, les livres ne manquent pas, et
internet abonde en ressources qui dépassent largement ce que je
pourrais présenter dans ces quelques pages.
Les quatorze questions distribuées aux participants au début des
conférences sont les suivantes :
1. Qui est responsable des tragédies historiques ? L’histoire ? Les
forces économiques ou d’autres forces ? Les hommes ?
2. Quel est le rôle des Églises dans le pays ? Doivent-elles s’occuper
uniquement du salut des individus, ou bien se mêler de la politique et
de l’avenir du pays ?
3. Le porte-parole d’un gouvernement qui profère des mensonges,
est-il aussi coupable d’avoir menti, même s’il croyait fermement à la
vérité de ce qu’il disait ?
4. Quel est le rôle de l’étranger dans un pays où il réside ? Comme
hôte, doit-il se garder de critiquer le gouvernement ?
5. L’Église doit-elle se mêler des questions sociales qui affectent ceux
qui ne sont pas ses fidèles ?
6. Comment voir le passé ? Est-ce que l’on peut construire l’avenir
dans l’oubli du passé ?
PREFACE 7
7. Les universitaires ne doivent pas descendre dans la rue participer à
des manifestations, les étudiants non plus : vrai ou faux ?
8. Est-ce que la méthode qu’on utilise pour présenter les droits de
l’homme a une influence sur le contenu ?
9. Dans la politique du gouvernement, quels sont les rôles de l’expert
et du peuple ?
10. Quels sont les droits de celui qui s’engage dans une action « im-
morale » ? Le problème réside dans la définition de l’immoralité.
11. Les ouvriers immigrés ont-ils droit à une vie en famille ?
12. Pourquoi s’opposer à la peine de mort ?
13. Quelle est la responsabilité de l’État dans la formation des ci-
toyens sur la voie des droits de l’homme ?
14. Les droits de l’homme, sont-ils un acquis définitif ou une lutte
sans fin ?
Dans l’exposé qui suit, il se peut que je change l’ordre de ces ques-
tions pour faire apparaître les liens entre elles. Je m’accorde aussi la
possibilité de les approfondir en réfléchissant aux questions de fond.




Introduction : Taïwan
Parler de l’histoire de Taïwan, c’est aussi parler des droits de
l’homme, car ils font partie intégrante de l’histoire de ce pays. Un
problème majeur dans cette histoire est celui de la souveraineté, dont
l’origine est contestée à Taïwan. Avant le dix-septième siècle, on peut
dire que c’est une question qui ne se posait pas, car les peuples au-
tochtones restaient chacun dans leurs territoires d’origine et les
quelques colons chinois qui s’y établissaient n’étaient pas vus comme
des représentants d’une puissance politique quelconque. Ils étaient là
pour le commerce ou l’asile et le gouvernement chinois n’y prêtait
pas tellement attention. Ceci dit, il faut se rappeler que le gouverne-
ment chinois de l’époque ne se considérait pas comme le gouverne-
ment d’un pays parmi d’autres. L’empereur était le fils du ciel, le seul
véritable roi du monde habité, qui tolérait les nations barbares des
alentours, comme la Corée ou le Japon, pourvu qu’elles apportent le
tribut dû par les nations inférieures, mais sa souveraineté impériale
s’étendait aux îles rocheuses et impénétrables telles que Taïwan, et
même jusqu’aux pays inconnus de l’Europe. Le ciel ne tolérait qu’un
seul fils régnant, à qui appartenait tous les territoires du monde, y
compris Taïwan.
Arrivent alors les Néerlandais, venus d’un pays lointain en plein essor
commercial, qui cherchaient un réseau de ports pour leurs
bateaux, histoire de faire concurrence aux Espagnols, déjà établis aux
Philippines. Les deux puissances maritimes s’installent sur l’île : les
Néerlandais en 1624 au sud-ouest près du Tainan actuel, les
Espagnols au nord en 1626. Les premiers essaient d’imposer leur
calvinisme aux autochtones, écrivant des catéchismes en langue
siraya, langue quasi-morte de nos jours, et prescrivant la morale
10 Edmund Ryden
stricte de cette religion, ce qui n’empêche pas les soldats et marins
hollandais de laisser non seulement des traces de sang parmi les
peuples autochtones, mais aussi des cheveux roux qu’on peut encore
retrouver dans la tribu des Tsou aujourd’hui.
Au nord, les Espagnols ont utilisé l’île comme base pour leurs mis-
sions en Chine, et de futurs martyrs ont vécu sur cette côte nord
avant de s’embarquer pour la province de Fujian, où ils ont été arrê-
tés et mis à mort par les bourreaux de Sa Majesté impériale de
1Chine . Par la suite, ils ont été reconnus comme martyrs de la sainte
Église catholique. Les convertis formoses ne sont pas restés fidèles au
pape quand il leur a fallu faire face aux Néerlandais venus du sud
pour chasser les frères prêcheurs et leurs fidèles catholiques. Seul
souvenir de cette colonie espagnole : le nom d’un petit village au
nord du pays, San Diao Ling三貂嶺, nom bizarre en chinois, où il
signifie littéralement « montagne à trois martres », mais qui se tra-
duit très bien en espagnol : Santiago, Saint Jacques de Compostelle.
Les Espagnols s’en vont en 1642 ; les Néerlandais ne survivent que
deux décennies, chassés de leur territoire en 1661. C’est alors le pi-
rate Koxinga, qui prend le pouvoir. Il se dit fidèle au régime Ming,
tombé en 1644 à Pékin, mais dont la famille du feu empereur pour-
suit la résistance au sud du pays, en espérant recevoir le soutien mo-
ral et militaire du pape à Rome. Koxinga s’établit à Taïwan en 1661
et meurt bientôt après, mais son fils et petit-fils parviennent à pro-
longer le régime sous le nom de royaume de Tungning jusqu’en
1683, année où la puissance du trône mandchou s’étend aux rivages
de Taïwan, qui fait désormais partie intégrale de la province de
Fujian.
Il faut souligner que le dragon mandchou ne fait qu’approcher le côté
ouest de l’île, car les montagnes, qui s’étendent du nord au sud et
tombent abruptement dans l’Océan pacifique à l’est, sont peu pro-
pices à la colonisation chinoise qui s’impose sur le littoral et la plaine
ouest. Les jésuites arrivent de Pékin pour dessiner la carte de l’île,
bien que la majeure partie de la superficie reste terre inconnue. Le
gouvernement reste loin cependant et il faut se protéger soi-même,

1 Voir CHARBONNIER Jean-Pierre, Histoire des Chrétiens de Chine, Paris, Les Indes
Savantes, 2002, chapitres 13 et 28.