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Regards sur la forêt

De
482 pages
Victimes des pluies acides dans les années 1970, l'état de la forêt s'est mis à concerner les citoyens. Aujourd'hui, les débats sur le réchauffement climatique et la nécessité des énergies et des matériaux bio-sourcés interpellent les citoyens. Comment concilier préservation et adaptation de la forêt avec l'augmentation des prélèvements ? Ces regards pluridisciplinaires permettent de mieux la comprendre et de mieux la respecter.
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G r o u p ed ’ H i s t o i r ed e sF o r ê t sF r a n ç a i s e s
Textes choisis et présentés par Andrée CORVOL, Charles DEREIX, Marc GALOCHET, Pierre GRESSER, François LORMANT, Xavier ROCHEL SRUERGLAAFRORDÊST
REGARDS SUR LA FORÊT
Ouvrages du GHFF chez L’HARMATTAN Révolutions et Espaces forestiers, sous la direction de Denis Woronoff, préface de Michel Vovelle. Paris, L’Harmattan, 1989, 264 pages. ISBN 978-2738401281 La Nature en révolution, 1760-1800, sous la direction d’Andrée Corvol. Paris, L’Harmattan, 1993, 230 pages. ISBN 978-2738414649 e e Enseigner et apprendre la Forêt, XIX-XX siècles, sous la direction d’Andrée Corvol et Christian Dugas de la Boissonny. Paris, L’Harmattan, 1993, 233 pages. ISBN 978-2738414656 e e La Forêt malade, XVII -XXsiècle,débats anciens et phénomènes nouveaux, sous la direction d’Andrée Corvol. Paris, L’Harmattan, 1994, 284 pages. ISBN 978-2738427946 Forêt et Guerre, sous la direction d’Andrée Corvol et Jean-Paul Amat. Paris, L’Harmattan, 1994, 326 pages. ISBN 978-2738428608 Nature, paysage et environnement. L’Héritage révolutionnaire,la direction d’Andrée sous Corvol et d’Isabelle Richefort. Paris, L’Harmattan, 1995, 296 pages. (Prix Michel Texier, Académie des Sciences morales et politiques). ISBN978-2738436023 La Forêt : perceptions et représentations, sous la direction d’Andrée Corvol, Micheline Hotyat et Paul Arnould. Paris, L’Harmattan, 1997, 406 pages. ISBN 978-2738453525 Forêt et Marine. sous la direction d’Andrée Corvol. Paris, L’Harmattan, 1999, 526 pages. ISBN 978-2738483164 e Les Sources de l'histoire de l'environnement: le XIXsiècle, sous la direction d’Andrée Corvol. Paris, L’Harmattan, 1999, 504 pages. ISBN 978-2738479402 e Les Sources de l'histoire de l'environnement : le XXsiècle, sous la direction d’Andrée Corvol. Paris, L’Harmattan, 2002, 750 pages. ISBN 978-2747537926 Forêt et Vigne, Bois et Vin, sousla direction d’Andrée Corvol. Paris, L’Harmattan, 2002, 510 pages. (Prix Droyun de Lhuys, Académie des sciences morales et politiques). ISBN978-2747528269 e e Forêt et Chasse, X -XXsiècle,la direction d’Andrée Corvol. Paris, L’Harmattan, 2005, sous 402 pages. ISBN 978-2747578271 e- e Tempêtes sur la forêt française, VIX XXsiècle, sousla direction d’Andrée Corvol. Paris, L’Harmattan, 2005, 218 pages. ISBN 978-2747593854 e e Forêt et Eau, X -XXIsiècle,sous la direction d’Andrée Corvol. Paris, L’Harmattan, 2007, 355 pages. ISBN 978-2296038097 e e Forêt et Paysage, X-XIX siècle, sousla direction d’Andrée Corvol. Paris, L’Harmattan, 449 pages. ISBN 978-2296562578 Forêt et montagne: évolution et aménagement, sous la direction d’Andrée Corvol. Paris, L’Harmattan. (à paraître). © L’HARMATTAN, 2013, 5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.comdiffusion.harmattan@wanadoo.frISBN : 978-2-343-02433-2 EAN : 9782343024332 Photo de couverture: forêt domaniale d'Agre, Tarn-et-Garonne, par Jean-Jacques Boutteaux, ONF UT d'Auberive.
Groupe d’Histoire des Forêts Françaises
Regards sur la forêt
Textes choisis et présentés par
Andrée CORVOL, Charles DEREIX, Marc GALOCHET, Pierre GRESSER, François LORMANT, Xavier ROCHEL
L’HARMATTAN
Préface : Le Groupe d’Histoire des Forêts Françaises, 30 ans de recherche pluridisciplinaire... Et demain ?
S’il est une expression trompeuse, c’est bien celle qui désigne l’équipe :il conviendrait de l’appeler «Groupe d’Études des Forêts Européennes »pour indiquer les sciences représentées et les territoires couverts. Sauf qu’à sa création, personne ne regardait au-delà de l’histoire et des frontières ! Comme les Quatre Mousquetaires, nous étions cinq, tous historiens, mais traitant de périodes et de problèmes différents: parordre alphabétique, Jean Boissière, Gérard Buttoud, Anne-Marie Cocula, Andrée Corvol,Denis Woronoff. Relevant de l’Université ou du Centre National de la Recherche Scientifique, nous avions engagé ou soutenu des doctorats ès lettres (ils existaient encore). Conscients de notre isolement au sein de ces institutions, nous pensions que l’union ferait la force, mais que l’histoire des forêts, les agents des Eaux et Forêts ne seraient plus seuls à la rédiger; quel’histoire des propriétaires et des gestionnaires, les héritiers ne seraient plus seuls à la transmettre ; enfin, que tout cela soulevait plusieurs points. Ce n’était pas acquis. Car longtemps, l’histoire de l’État forestier et de son bras armé, administration monarchique, impériale ou républicaine, l’emporta nettement. Dans les années 1960, Pierre Deffontaines, Michel Devèze, Roger Blais brisèrent le statu quo : l’État répondait aux demandes, aux techniques, aux usages qui, plus que lui et sur tous les continents, façonnaient peuplements et paysages. Dans les années 1970, le contexte agité des «pluies acides »compléta la thématique: l’écologiepolitique devenait sensible. Etait-ce «mode éphémère» ou «donnée permanente» ? En tout cas, la «Mort des Forêts» occupait la une des médias: le diagnostic annonçait la tragédie. Voilà nos contemporains responsables d’une croissance trop gourmande en énergies fossiles. Ainsi, les forêts, monuments naturels qui avaient un passé et un présent, n’auraient aucun futur : comme toute création humaine, elles semblaient se dégrader et s’effacer.L’Histoire faisant partie des Sciences de l’Homme et de la Société, l’étude rétrospective des changements sylvicoles devenait possible, à condition de la confronter à d’autres apports.Du coup, le GHFF attira juristes, géographes,
Andrée CORVOL
sociologues, économistes, anthropologues, ethnologues. Et comme ses fondateurs n’étaient pas sectaires, le premier président fut un géographe : Georges Bertrand. Dans ces années 1980, nous étions jeunes et le sommes moins. C’est pourquoi les débuts paraissent aisés. Erreur! Cen’était pas facile de décloisonner les disciplines. Ce ne l’était pas non plus de convaincre les représentants de l’Agriculture, de l’Environnement, de la Culture, de l’ONF ou du Privé. Ce ne l’était pas davantage d’en élire au conseil d’administration et même au bureau, le saint des saints ! Louéssoient Louis Bourgenot, Roger Lafouge et Charles Dereix qui acceptèrent une des deux vice-présidences! L’enrichissement fut réciproque : les scientifiques écoutaient critiques et objections, leurs partenaires également. Mais chat échaudé craignant l’eau froide, tous fuyaient la rigidité de leurs organisations. Pour définir les programmes et alléger les contrôles, la forme associative fut préférée. Cela libérait les discussions et les décisions en matière de recherches ou de résultats. Mais rendons grâce à César: sans le soutien de l’Institut d’Histoire Moderne et Contemporaine, à l’École Normale Supérieure, et sans le concours des Ministères et de l’ONF, éditer les actes des Journées d’études (tous les ans), des Colloques internationaux (tous les trois ans) ou les ouvrages collectifs aurait été bien compliqué, même avec les subventions ponctuelles du public ou du privé. Les origines du GHFF expliquent qu’au début, les adaptations e forestières aient été privilégiées du Moyen Âge au XXsiècle. Certes, il appartient aux propriétaires (État, collectivités, personnes morales et physiques) et aux gestionnaires de satisfaire les demandes de la société, mais les réactions n’opèrent pas sur le même pas de temps : les demandes sont celles d’une génération, guère plus ; les réponses en réclament plusieurs, mis à part les taillis coupés à l’âge de dix ans ou quinze ans. De ce fait, l’homme qui installe un peuplement n’est pas celui qui l’éduque et, souvent, ce dernier n’est pas celui qui récolte. En cela, les productions ligneuses contrastent avec les autres, issues de l’atelier ou de l’usine : fabricants et acheteurs sont de la même époque, situation que ne connaît pas le sylviculteur vis-à-vis des marchands et des clients. C’est pourquoi les formules : « il ne faut pas que l'arbre cache la forêt » ou « la forêt reflète la société » comparent la simplicité de l’élément et la complexité de l'ensemble, mais demeurent assez ambigües. En effet, quelle société, quel peuplement sont en cause ?
II
Préface
Au fond, les qualités attribuées à une société humaine, à un peuplement forestier dépendent de l’époque. Ainsi, l'expression e « Ancien Régime » remonte au XIXsiècle : par là, les contemporains sous-entendaient leur appartenance à un monde nouveau, à un monde changeant du précédent par son organisation et ses mentalités, par la production de masse et la rapidité des flux. Cela fit de la forêt une valeur stable : pérennité des exploitations, solidarité des générations, stabilité des investissements, etc. C’était pourtant l’apprécier de manière « moderne », c’est-à-dire actuelle : à l’image de la noblesse en quête de chasse, d’entraînement et de divertissement, le citadin l’érige en un espace de loisir : pique-nique dominical, promenade familiale, réjouissance bucolique. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la population urbaine devenant majoritaire, la perception ludique évacuait les contraintes anciennes : les pouvoirs publics interdirent de déboiser pour étendre le finage, mais incitèrent à reboiser, en recourant au Fonds Forestier National ou en admettant la progression des accrues, conséquences de la déprise agricole. En fait, la frontière entre Nature et Culture a toujours fluctué, malgré l’existence du fossoyage ou l’installation des clôtures. D’ailleurs, ce divorce était critiqué, que l’espace forestier soit distingué des parcelles voisines par la pose d’une affiche, d’une pancarte, d’une barrière ou d’une ligne de piquets. Le fil de fer barbelé, qui remplaçait l’enceinte en briques ou en pierres limitée aux parcs à garenne, fut non moins contesté. Aujourd’hui, ce type de clôture ne concerne guère le gibier, mais protège les arbres et écarte les passants, ce qui diminue prélèvements indésirables et comportements inappropriés. Voilà cent cinquante ans, les propriétaires concevaient l’enfermement non pour exclure de leurs bois la fréquentation touristique, mais pour empêcher les circulations coutumières, des ruraux comme du bétail. Ainsi, la plantation d’une essence choisie pour ses rendements et ses débouchés sépare inéluctablement espace boisé et espace paysan. En augmentant la proportion des résineux, grâce à l’amélioration des peuplements et à l’ensemencement des surfaces, les possédants ont bousculé l’image des «belles »forêts, forêts libres et feuillues. Faute de marché, les cantons feuillus paraissent délaissés, eux dont l’exploitation intensive devait concilier charbonnage et pastoralisme. C’est dire que ces dernières années, le GHFF a accordé une attention croissante aux relations entre traitements sylvicoles et logiques territoriales.
III
Andrée CORVOL
Confronté à ces mutations, le citadin magnifie la situation ancienne : il rêve d'un âge d'or, où les forêts recevraient tous ceux qui la chérissent (alors que l’accès était restreint aux ayants droit) ; où les peuplements ne brûleraient pas (alors que les surfaces incendiées étaient immenses) ; où les tempêtes ne séviraient pas (alors que le e XIX siècleet d’autres avant lui connurent des phénomènes météorologiques semblables à ceux de 1999 et de 2009) ; où les e arbres ne souffriraient pas des pollutions (alors que le XVIet le e XVIII sièclecommirent aussi des nuisances de proximité). Cette dichotomie entre imaginaire et réalité persiste : le citadin de maintenant ; l’usager de naguère. Cela tient sans doute à l’absence de racines rurales, et sûrement à la dimension culturelle et symbolique de l’Arbre et de la Forêt dans la civilisation occidentale. À toute époque, les hommes ont pensé que les malheurs du monde dataient du temps qui les vit naître, preuve que la mémoire excède rarement trente ou quarante ans. Cela incita le GHFF à relever le nombre et le rythme des calamités sur plusieurs siècles car, si l’adaptation aux changements économiques est progressive, il n’en va pas de même dans les cas des ruptures naturelles : en un instant, le capital et le revenu sont anéantis, ce qui oblige à affecter des liquidités considérables à la restauration patrimoniale, en admettant qu’elles y suffisent. D’ordinaire, les recettes proviennent de la vente des bois, dont une partie couvre l’investissement sylvicole, ce qui suppose sa rentabilité. Le GHFF a beaucoup travaillé sur la formation des prix, tributaires même sous l’Ancien Régime de la desserte et des débouchés : la distance à parcourir comptait davantage que le moyen de transport. Dans l’extraordinaire, par contre, tempêtes et incendies occasionnaient moins de difficultés qu’à présent car les forêts étaient claires, les bois jeunes, les besoins locaux et la demande soutenue, facteurs qui limitaient la perte. Aujourd’hui, la prospection qu’imposent les volumes de chablis englobe l’ensemble européen, et l’indemnisation des propriétaires préoccupe moins les autorités que le nettoyage et le repeuplement, la prévention des sinistres aussi – cela vaut surtout pour les feux de forêt –, le maintien des cours enfin. Ces interventions étaient impensables, ne serait-ce qu’au siècle dernier. Les conséquences à long terme ne furent pas oubliées non plus : les zones où les grands vents causaient des dommages forestiers e furent converties en bocage, comme ce fut le cas du Cotentin au XVII siècle ; celles où les incendies dévastaient les peuplements forestiers e le furent en pelouses arborées dans le dernier tiers du XXsiècle.
IV
Préface
Ainsi, il est patent que des paysages déclarés identitaires sont relativement récents. Dans ce contexte où les décideurs sont des gens de la ville et non de la terre, est-il utile de maintenir la Forêt à l’Agriculture ? Certes, ce fut un progrès que de l’enlever aux Finances : dans le e dernier tiers du XIXsiècle, cela mit un coup d’arrêt aux privatisations domaniales, avec l’espoir, plus tard, d’obtenir un allègement de la fiscalité en contrepartie d’un encadrement des déboisements. Mais on n’en est plus là.Dès lors, faut-il substituer une délégation interministérielle auprès du Premier ministre à la co-tutelle Agriculture et Environnement ? Ce serait reconnaître la complexité de l’univers forestier : chacun voudrait que l’aval (les entreprises de transformation) tire l’amont (les exploitations sylvicoles), tout en ménageant les peuplements, les paysages, la biodiversité, la qualité de l’eau, grâce à la retenue des métaux lourds, et la qualité de l’air, grâce au stockage du carbone. C’est réclamer beaucoup de la Forêt. Heureux, les temps anciens, où les populations lui demandaient seulement des tiges, des herbes et des terres ! Jadis, les redevances usagères rémunéraient le propriétaire qui ne commercialisait pas la récolte ligneuse, encore que certains aient créé des «bouches à feu» (faïenceries, verreries, tanneries, etc.) pour valoriser les excédents. Le principe demeure valable : associer l’amont et l’aval de la filière en croisant les investissements. Ainsi, le GHFF, «OSNI » [Objet Scientifique Non Identifié] associant chercheurs et non chercheurs, reste un lieu d’échanges et d’études. Que le passé éclaire le présent contribuera peut-être à écarter les décisions qui négligent les tentatives antérieures et les réalités territoriales. Espérons que l’association conservera cette vocation. En tout cas, elle aura montré le chemin, puisque son projet est repris par d’autres. Sa longévité et sa réussite sont dues à la convivialité, à la solidarité qui y règnent, ce qui exclut la compétition entre laboratoires et entre carriéristes : j’en parle d’expérience, pour l’avoir longtemps présidée. Trente ans d’existence, cela méritait d’être célébré, non ?
Andrée CORVOL Directrice de recherches honoraire CNRS Présidente du GHFF
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