Réguler les prix agricoles

De
Publié par

Les vagues de flambée des prix agricoles mondiaux sont dues à l'effondrement des stocks céréaliers de l'UE et des Etats-Unis, suite à la folle promotion des agrocarburants et à la dérégulation de leurs politiques agricoles. Etant donné les hausses de revenus considérables en matière de céréales et oléagineux, l'engagement du G20 de lutter contre la volatilité des cours n'a aucune crédibilité. Concernant l'Afrique de l'Ouest, l'UE doit cesser d'imposer un accord de libre-échange et l'OMC ses contraintes, afin de stimuler une promotion sur la base de prix stables.
Publié le : vendredi 1 mars 2013
Lecture(s) : 2
EAN13 : 9782296532366
Nombre de pages : 172
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

RÉGULER LES PRIX AGRICOLES
Jacques RÉGULER
BERTHELOTLes vagues de fl ambée des prix agricoles mondiaux depuis 2007, LES PRIX AGRICOLESet d’abord des céréales et oléagineux, sont essentiellement dues
à l’effondrement des stocks céréaliers de l’Union européenne
(UE) et des Etats-Unis (EU), suite à la folle promotion des
agrocarburants et à la dérégulation de leurs politiques agricoles,
notamment de la politique agricole commune de l’UE. Les
hausses de revenus considérables des producteurs de céréales et
Préface de Mamadou Cissokhooléagineux et les excédents commerciaux des pays exportateurs
font que l’engagement du G20 de lutter contre la volatilité des
prix agricoles, et surtout contre leur plafonnement, n’a aucune
crédibilité. La spéculation fi nancière continuera à amplifi er cette
volatilité, en dépit des progrès pour limiter les opérations de gré
à gré, et la course à l’accaparement des terres n’est pas près de
s’arrêter.
Puisque la population d’Afrique de l’Ouest doublera d’ici 2040
alors que son défi cit alimentaire et le réchauffement climatique
s’accélèrent, l’UE doit cesser de lui imposer un Accord de
libre-échange (APE) et l’OMC de lui interdire d’utiliser des
prélèvements variables à l’importation pour stimuler enfi n la
production sur la base de prix stables et rémunérateurs, première
clé pour sa souveraineté alimentaire.
Jacques Berthelot est ancien maître de
conférences à l’ENSAT de Toulouse. Il milite pour
refonder les politiques agricoles sur la souveraineté
alimentaire et est, à ce titre, membre de l’ONG
Solidarité, membre du conseil scientifi que
d’ATTAC, administrateur de Solagro, membre
des réseaux PAC2013, ATTAC-Confédération
paysanne, OWINFS (Our World Is Not For
Sale) et collabore avec le ROPPA, Réseau des
organisations paysannes et des producteurs agricoles d’Afrique de
l’Ouest, pour la souveraineté alimentaire de la CEDEAO.
Illustration de couverture © Pierre Samson
ISBN : 978-2-343-00491-4
17 €
Jacques BERTHELOT
RÉGULER LES PRIX AGRICOLES




Réguler les prix agricoles

Jacques Berthelot







Réguler les prix agricoles
























L’HARMATTAN


Du même auteur

Les coopératives agricoles en économie concurrentielle, Cujas,
1972
Les sillons de la faim, en collaboration avec François de
Ravignan, L'Harmattan, 1980
L'agriculture, talon d'Achille de la mondialisation,
L'Harmattan, 2001




















© L'HARMATTAN, 2013
5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-00491-4
EAN : 9782343004914 PRÉFACE DE MAMADOU CISSOKHO,
Président honoraire du ROPPA
Réseau des Organisations Paysannes et des Producteurs Agricoles
d'Afrique de l'Ouest


La production de biens et services pour les besoins humains a
progressé à travers les échanges entre les producteurs
euxmêmes, déjà par le troc puis par des outils commerciaux de plus
en plus perfectionnés.

Le commerce mondial a accompagné toute l’histoire du
développement mais a été entaché de guerres pour la maîtrise
des ressources nécessaires à l’expansion des productions. Il a
finalement évolué pour imposer des règles approuvées au sein
de l’OMC.

Source de complémentarités mais surtout de conflits, le
commerce, indispensable à la satisfaction des besoins, se réalise
sur la base d’une compétition entre offreurs et demandeurs.

Si l’OMC est une première tentative mondiale de surveillance
de la juste compétitivité, le contenu de plusieurs articles est
contesté faute de transparence et d'équité. Ses règles inégales
favorisent les Etats les mieux nantis pour l'accès aux marchés et
aux intérêts qu’il procure.

L’Accord de Cotonou signé en 2000 entre l’UE et les pays ACP
a marqué un tournant dans les relations commerciales des
anciens accords de Yaoundé et de Lomé. Si l'Accord dit
clairement que les deux parties engagent leurs négociations en
vue d’accroître leurs avantages commerciaux réciproques, ces
négociations ont trop priorisé ces aspects au détriment de ceux
du développement et des besoins des exploitations familiales.
L’Afrique vit une insécurité alimentaire croissante, déjà
favorisée par l'ouverture de son marché intérieur imposée par
l’ajustement structurel.
7 C’est dans le combat pour que le commerce soit un instrument
qui alimente, favorise, impulse des échanges au profit de tous
les groupes humains, que mon chemin a croisé celui de Jacques
Berthelot. Sa présence à mes côtés depuis de très nombreuses
années m’a fait espérer.

Oui, espérer en cette capacité de l’homme de créer un monde où
l’homme lui-même ne va plus mourir de faim, pas seulement en
Afrique mais nulle part dans le monde. Oui espérer en ce que
l’homme saura trouver des réponses pour corriger ou ne plus
subir une typologie de formes de protection permises et
interdites conformes à la situation spécifique de chaque pays,
qui garantissent à certains pays le maintien de leur domination
alimentaire sur d'autres à qui on a imposé cette typologie par
divers mécanismes. C’est ainsi que, par exemple, l’Inde a été
condamnée en appel à l'OMC le 22 Septembre 1999 sur plainte
des Etats-Unis d’Amérique qui trouvaient intolérable qu'elle
prétende restreindre ses importations agroalimentaires.

Jacques Berthelot nous propose dans cet ouvrage des pistes
pour bâtir des agricultures paysannes durables basées sur la
souveraineté alimentaire en Afrique subsaharienne.

J’adhère à ces propositions parce que je crois au combat pour la
démocratisation des relations internationales. Parce que je crois
au combat pour la coopération interafricaine. Parce que je crois
au combat pour la coopération Sud-Sud. Parce que je crois à la
lutte contre certains Accords Economiques. Parce que je crois
au combat pour que l’Afrique s’ouvre vers tous les pays du
monde, parce que le centre de gravité de l’économie mondiale
est en train de migrer de l’Europe vers l’Asie et peut-être
demain vers l’Afrique.

J’adhère à ces propositions parce que je crois, enfin, au génie de
mon peuple et à sa capacité de se nourrir lui-même et, même
plus, une partie du reste du monde. J’adhère à ces propositions
parce que je crois à la souveraineté alimentaire. J’adhère à ces
propositions parce que je crois en la capacité des Exploitations
familiales.
8 Une saine compétition entre les nations peut amener un progrès
de l’humanité. Jadis, le progrès ne s’était réalisé qu’à partir du
travail de la terre, reposant sur la force physique de l’homme. Il
a ensuite été impulsé par la traction animale et, surtout, par la
découverte de la vapeur et de l’énergie. Cela a duré pendant
e etout le 19 siècle et une partie du 20 .

Mais, de nos jours, le progrès humain est dominé par la sphère
de l’immatériel. Cela veut dire quoi ? Cela veut dire que les
savoirs et les savoir-faire l’emportent de plus en plus sur la
possession des matières premières. Pensez au cas du Japon, de
la Corée du Sud et de la Chine. Aujourd’hui, les idées
deviennent plus importantes que les produits. Des
comportements qui ont noms "concevoir", "inventer", "créer",
"imaginer", "entreprendre" comptent autant, sinon plus, que les
produits du cru et même des compétences.

Cette sphère de l’immatériel ne profite actuellement qu’aux
pays dont les populations possèdent un ancrage certain dans le
domaine de l’imaginaire, dans le domaine de leur culture.

D’où la place stratégique des propositions techniques de
Jacques Berthelot ayant trait à la protection à l’importation. Il
nous invite à bâtir des consensus forts et, au-delà des panels à
l’Organe de Règlement des Différends de l'OMC, à construire
un monde de paix, démocratique, consolidé et solidaire.

Dans ce contexte je peux espérer que la propre monnaie des
Etats Unis d’Afrique, avec des taux de change appropriés,
participera un jour à ce combat pour la dignité des populations
de notre Région et de sa renaissance, surtout sur le plan
alimentaire. C’est cela, c’est cet espoir que j’ai toujours partagé
avec Jacques Berthelot.

C’est pourquoi, après l'avoir lu et compris, je lance un cri :
"Cessons de faire de l’alimentation un enjeu de rivalités
idéologiques et politiques". Jacques Berthelot nous invite avec
des propositions techniques lucides et courageuses à bâtir un
consensus qui donnerait ainsi à l’OMC, malgré ses
9 imperfections, le temps de parachever l’œuvre qui a été
conduite depuis l’an 1 de sa fondation. C’est la condition de
l’accostage de l’humanité sur le quai de la Justice, au moins sur
le plan alimentaire.

Avec Jacques, continuons le combat pour un commerce au
service du développement des peuples.


Dakar, le 21 février 2013













"Doux est à l'homme le pain de la fraude,
mais ensuite la bouche est remplie de gravier"


Livre des Proverbes de Salomon, 20-17



SOMMAIRE
Préface de Mamadou Cissokho, ......................................... 7
Sommaire ......................................................................... 13
I – La flambée des prix agricoles et alimentaires ............ 19
II – Le rôle de la spéculation financière dans la flambée
des prix agricoles ............................................................. 43
III - La spéculation foncière, conséquence de la flambée 75
IV – Les fausses solutions pour lutter contre la flambée
des prix agricoles ........................................................... 101
V – Refonder la protection à l'importation sur des
prélèvements variables ................................................... 117
Conclusion ..................................................................... 155
Liste des acronymes ....................................................... 159
Table des graphiques et tableaux ................................... 161
Table des matières .......................................................... 163


13


Selon une nouvelle méthode d'évaluation, la FAO estime que
868 millions de personnes ont été sous-alimentées pendant la
période 2010-2012, soit 12,5% de la population mondiale,
1contre 980 millions ou 18,6% de la population en 1990-92 .
Mais la baisse s'est arrêtée depuis 2007-09, un arrêt imputable
en totalité à l'Afrique subsaharienne (ASS) où le nombre de
sous-nutris chroniques a augmenté de 216 à 234 millions et le
taux de 26,5% à 26,8%. L'arrêt de la baisse des sous-nutris au
niveau mondial depuis 2007 et leur hausse en ASS sont liés à la
flambée des prix alimentaires intervenue alors, notamment pour
les produits de base que sont les céréales, même si une accalmie
a eu lieu en 2009, mais pour repartir de plus belle à la hausse
depuis le second semestre 2010, et surtout au second semestre
2012.

Cette flambée des prix alimentaires mondiaux a donné lieu à un
très grand nombre d'analyses et mobilisé toutes les institutions
internationales qui ont multiplié les réunions et les rapports,
mais sans arriver à un consensus. Les analyses dominantes ont
noyé le poisson en invoquant toute une série de facteurs, qui ont
certes joué un certain rôle, tant du côté de l'offre que de la
demande, mais en minimisant les facteurs principaux. Du côté
de l'offre on a insisté sur les aléas climatiques, la hausse du prix
du pétrole – qui a certes renchéri les coûts des engrais et du
transport – et les restrictions à l'exportation et, du côté de la
demande, sur la consommation croissante des produits animaux,
donc des aliments du bétail, dans les pays émergents,
notamment en Chine.

L'objectif de ce livre est de proposer les instruments à mettre en
œuvre afin de stabiliser les prix agricoles à un niveau
rémunérateur pour la majorité des agriculteurs. Cette
proposition est valable pour la grande majorité des pays,
notamment pour l'Union européenne (UE), mais l'on se centrera

1 www.fao.org/docrep/016/i3027e/i3027e.pdf
15 ici sur la CEDEAO – Communauté économique des Etats
d'Afrique de l'Ouest – parce que c'est la région du monde la plus
touchée par les déficits alimentaires et la région d'ASS dont la
population va connaître la plus forte croissance de 2010 à 2050,
de 2,26% par an, tout en étant l'une des plus affectées par le
réchauffement climatique.

Pour cela il faut d'abord comprendre quels ont été les formes,
sources et impacts des flambées récentes des prix agricoles et
alimentaires et notamment le rôle et les modalités pris par la
spéculation financière. Mais cette flambée des prix, jugée
durable, a déclenché à son tour une vague de spéculation
foncière, une course à l'accaparement des terres encore
disponibles à bas coût.

L'identification des deux causes essentielles de la flambée des
prix – l'importance croissante des produits agricoles transformés
en agrocarburants, et d'abord des céréales transformées en
éthanol, et l'impulsion ainsi donnée à la spéculation financière –
permet de marginaliser les principaux remèdes proposés par le
G20, à savoir sa stratégie de lutte contre la volatilité des prix,
l'interdiction des restrictions à l'exportation et la création de
stocks de sécurité dans les régions à déficit alimentaire
récurrent, notamment dans la CEDEAO.

Mais ces deux causes essentielles sont elles-mêmes le fruit des
politiques de soutiens massifs aux agrocarburants – par des
mandats contraignants et de fortes subventions – et au contraire
d'une absence de réglementation des dérives de la spéculation
financière sur les marchés dérivés de produits agricoles.

Le livre peut alors se concentrer sur le remède essentiel à mettre
en œuvre pour réguler les prix et les marchés agricoles :
refonder la protection à l'importation sur des prélèvements
variables (PV), première clé pour rebâtir les politiques agricoles
sur la souveraineté alimentaire au niveau des ensembles
géopolitiques régionaux, en l'illustrant sur la CEDEAO. Cela
paraîtra une gageure pour de nombreuses raisons. D'abord parce
que l'Accord sur l'agriculture (AsA) de l'OMC a interdit
16

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.