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Réinventer les stratégies de développement de l'Afrique

De
155 pages
Suite à l'inefficacité des Programme d'Ajustement Structurel, des politiques de "Stratégie de Réduction de la Pauvreté" ont vu le jour. Pour l'auteur, ces mesures dites de luttes contre la pauvreté sont encore une fois insuffisantes car elles ne parviennent pas à établir les bases nécessaires à une économie durable, faite de transformation et de production de richesses. Cet ouvrage tente d'apporter un début de réponse à la problématique du développement humain durable et efficient.
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ABOUBACAR YENIIZOYE ISMAEL

REINVENTER LES STRATEGIES DE DEVELOPPEMENT DE L'AFRIQUE

L'I-ftmattan

LES STRATEGIES DE REDUCTION DE LA PAUVRETE OU LE DEVELOPPEMENT DU SOUS DEVELOPPEMENT. QUEL AVENIR POUR L'AFRIQUE?

I . PROBLEMATIQUE DU DEVELOPPEMENT DE L'AFRIQUE

CROISSANCE DEMOGRAPHIQUE SANCE DE LA PAUVRETE

ET CROIS-

En ce début du troisième millénaire, l'Afrique est à la croisée des chemins; jamais le continent n'a eu à faire face à tant de défis, dont le plus préoccupant sans doute est bien celui de la pauvreté. La pauvreté! elle est présente, à chaque coin et recoin de l'Espace Africain; on peut la lire dans les yeux des enfants, dans le regard des femmes et des adultes; elle est dans le ventre rebondi de la petite enfance, dans le corps décharné des adolescents, dans les vêtements en forme de haillon et la maigre pitance des populations. La pauvreté est dans l'insalubrité des habitations, dans les immondices qui côtoient les maisons. Elle est partout, au point où elle est devenue... .naturelle, anodine, banale et ne frappe plus l'attention que de quelques étrangers Occidentaux privilégiés, en visite dans ces contrées africaines où ils se demandent si la vie et le bonheur y sont encore possibles. Force est de constater en effet que plus les années passent, plus l'Afrique s'enfonce dans la désolation et la misère; sur le plan alimentaire, le continent qui était autosuffisant en 1960 importe aujourd'hui le tiers de ses céréales. Certes, la croissance démographique (2 à 3% par an en Afrique subsaharienne contre 1,5% pour la population mondiale) est passée par là; mais elle ne saurait justifier qu'en une quarantaine d'années d'indépendance, l'Afrique n'ait pas pu asseoir les bases d'une politique de développement rural à même de lui assurer et de lui garantir l'auto - suffisance alimentaire.

Avec un tel taux de croissance démographique (la croissance économique annuelle moyenne est de 3,5%), l'Afrique qui compte 830 millions d'habitants pourrait voir sa population doubler d'ici une vingtaine d'années. Une préoccupation tout aussi vive concerne le domaine économique où avec 13 % de la population de la planète, l'Afrique ne pèse que 1% du PIB mondial et n'intervient que pour 2% du commerce international. En effet, après l'ouverture forcée des marchés au lendemain de la Conférence de Cancun et le processus de privatisation imposé par les Institutions Financières Internationales, « la part de l'Afrique dans les exportations mondiales a été ramenée de 4,6% en 1980 à l, 6 % en 1999 et sa part dans les importations mondiales est tombée de 3,6% à 1,9% pendant la même période ». Ainsi que le rappellent nombre de documents du Système des Nations Unies, «340 millions d'Africains, soit près de la moitié de la population vit avec moins d'un dollar EU par jour. Le taux de mortalité infantile (enfants de moins de cinq ans) est de 140 pour mille et l'espérance de vie à la naissance est en moyenne de 54 ans. 58 % seulement de la population a accès à l'eau potable. Le taux d'alphabétisation des personnes de plus de quinze ans est de41%». Il ne faut donc pas s'étonner que «la lutte contre la pauvreté» soit devenue aujourd'hui le slogan privilégié des Institutions Financières Internationales en charge du « développement» dans le monde. Lors d'une rencontre à Addis-Abeba sur la problématique du développement de l'Afrique (Forum 10

ADF IV), organisée au début de l'année 2005 par la Commission Economique des Nations Unies pour l'Afrique (CEA), le Président de la Banque Mondiale, Mr. James Wolfenson, soulignait que la pauvreté a été multipliée par deux au cours des deux dernières décennies dans les pays de l'Afrique subsaharienne. Dès lors se pose une question cruciale: les politiques mises en œuvre pendant cette même période, sont-elles à l'origine de la croissance exponentielle de la pauvreté en Afrique? En effet, c'est bien au cours de ces deux dernières décennies que le Fonds Monétaire International (FMI) et la Banque Mondiale ont pris en charge la question essentielle des politiques de développement de l'Afrique et de bien nombre de pays à travers le monde. Ces Institutions ont eu un pouvoir jamais égalé dans la définition et la mise en œuvre des politiques dites globales et sectorielles du Continent. Elles ont taillé sur mesure des» prêt-à-porter» en matière de « stratégie de développement» et telles des «camisoles de force », les ont imposées aux Africains. Contraints et forcés, des pans entiers de l'Afrique se sont coulés dans les « robes» des Programmes d'Ajustement Structurels» (PAS), présentés alors comme la panacée, seule susceptible de permettre et de garantir la croissance et le développement économique et social de l'Afrique. Plus de vingt après la mise en oeuvre des PAS, la misère est présente à chaque coin des villes et villages d'Afrique. Même dans certains Etats Africains comme le Il

Ghana, que le discours des Institutions Financières Internationales présente comme un exemple réussi des politiques d'ajustement structurel, le rapport MIMAP (Micro Impacts of Macro economic and adjustement policies) souligne:» après 20 années de programme d'ajustement structurel, on constate que de 70 à 90 % des ménages du Nord Ghana sont pauvres ». De manière générale, les P .A. S. n'ont pas généré le développement économique et social attendu. Pire, leur mise en œuvre s'est accompagnée d'un doublement du niveau de pauvreté, notamment dans les pays de l'Afrique subsaharienne. Si à l'occasion de la rencontre d' Addis-Abeba (ADF IV), Mr Wolfenson a évoqué la corruption et la mauvaise gestion au titre des facteurs explicatifs de l'augmentation sensible de la pauvreté en Afrique, nulle part, il n'a cependant souligné l'inadéquation des politiques préconisées et imposées par l'Institution qu'il dirige, aux pays sous domination. Or, comment combattre efficacement la pauvreté sans poser au préalable la problématique des politiques de développement économique et social qui y sont conduites? Cette question en appelle une autre: peut on considérer les PAS comme de véritables politiques de développement économique et social, ou bien s'agit-il à tout le moins et sur un point de vue de la science économique, de mécanismes conjoncturels, destinés à court et à moyen terme, à rétablir des équilibres macroéconomiques et financiers, momentanément rompus?

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En vérité, n' a-t-on pas organisé et entretenu à dessein la confusion entre «P AS» et «Politique véritable et globale de Développement Economique et Social» ? La croissance démographique arncaine, une des plus élevée du monde au cours de ces deux dernières décennies, si elle constitue une tendance lourde dans l'accroissement de la pauvreté en Afrique, ne saurait cependant à elle seule, rendre compte de la situation de pauvreté sans cesse accrue en Afrique.

POURQUOI DES STRATEGIES DE REDUCTION DE LA PAUVRETE? C'est en Septembre 1999 que le Fonds Monétaire International et la Banque Mondiale vont décider que les Cadres Stratégiques de Lutte Contre la Pauvreté sont nécessaires pour «prétendre aux prêts avec concession mais aussi à l'initiative: Pays Pauvres Très Endettés (PPTE). En 2003, 60 pays sont alors concernés, 10 en voie de l'être, 32 ont complété le DSRP (Document de Stratégie de Réduction de la Pauvreté) intérimaire, 21 DSRP complets sont approuvés et Il sont en situation de rapports d'étapes ». Les politiques portant Stratégie de Réduction de la Pauvreté ont donc vu le jour suite à deux décennies de mise en œuvre des Programmes d'Ajustement Structurel; c'est qu'en réalité, les PAS n'ont généré ni les conditions d'une base économique et sociale viable et durable, encore moins réduit la pauvreté elle-même; au contraire ainsi que nous l'avons déjà souligné, celle-ci s'est accrue.

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Si les Programmes d'Ajustement Structurel tels qu'ils sont conçus du point de vue de la philosophie économique et de leur mise en œuvre étaient efficients, ils auraient assurément suscité au bout de vingt années, les bases minimales d'une véritable croissance économique durable, génératrice de développement humain. A l'évidence, ils ont eu deux conséquences absolument néfastes pour les Etats Africains: -ils ont accru la pauvreté dans des proportions encore plus dramatiques que celles précédant leur mise en œuvre; -ils n'ont pas crée le substratum économique et humain susceptible de faire face aux tâches du développement et de la l'éradication de la pauvreté dans un avenir proche. Autrement dit, les PAS constituent un échec retentissant à la fois pour le présent et l'avenir, qu'ils n'auront pas su préparer. Constatant les dégâts, les Institutions Financières se sont empressées d'élaborer de nouveaux concepts face à la généralisation de la pauvreté, en reconduisant toutefois les mêmes recettes que celles préconisées et mises en œuvre depuis vingt ans. Faut-il rappeler qu'en 1989 déjà, les Ministres africains de l'Economie et des Finances, procédant à une première évaluation des politiques d'ajustement, avaient opportunément fait remarquer que « chercher à assurer des équilibres budgétaires et extérieurs sans s'attaquer aux défiances structurelles des économies et des sociétés africaines ne pouvait suffire pour réaliser une croissance soutenue et un développement accéléré (voir Plan

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Stratégique de la Commission de l'Union Africaine, page 13). Reconnaître que les PAS ont échoué et changer de stratégie économique, c'est en effet pour les Institutions Financières, s'exposer à en porter la responsabilité subséquente, toute la responsabilité; or, drapées de leur puissance et de leur arrogance, ces Institutions ne sont guère prêtes à se plier à un tel exercice. Aussi, ont-elles remis à l'ordre du jour le concept de pauvreté. Elles ont alors conçu le slogan dit « de réduction de la pauvreté », en demandant cette fois-ci à chaque pays sous ajustement, d'élaborer-sous l'œil vigilant des experts

mandatés par elle - des politiques de «lutte contre la
pauvreté ». L'ennui dans cette affaire est que précisément, il s'agit encore d'une démarche qui, à l'image des PAS, tente vainement de s'attaquer aux symptômes du sousdéveloppement (la pauvreté), plutôt qu'aux véritables causes de ce dernier. Les mesures dites de lutte contre la pauvreté sont encore une fois des politiques homéopathiques de réduction de la pauvreté. Elles ne consistent pas sur le plan infrastructurel en de véritables projets et politiques de développement économique et social, nécessaires à créer sur le plan matériel, les bases d'une économie durable, faite de production, de transformation et de reproduction de richesses; elles ne sont pas également sur le plan superstructurel, des politiques de formation des capacités humaines, aptes à prendre en charge la problématique du développement humain de manière durable et efficiente. 15

En vérité les SRP sont, pour les Institutions Financières Internationales, l'arbre qui tente vainement de cacher la dense forêt de l'échec retentissant des politiques « d'ajustement» imposées par elles aux pays sous domination. Les SRP constituent également sur le plan de la représentation mentale et de la conscience, «l'alibi de bonne conscience»: en parlant de «lutte contre la pauvreté », ces institutions tentent de se donner «bonne conscience» au regard du drame humain incommensurable dont elles sont incontestablement la cause. Rétrospectivement, elles invitent les populations des pays «en développement» à penser qu'elles (les Institutions Financières) militent contre la pauvreté, puisqu'elles financent précisément des prêts visant «à la lutte contre la pauvreté ». Elles évitent ainsi d'être indexées par les populations affamées des pays sous domination, comme l'agent causal de leur malheur et de leur mal-être. Il faut s'en convaincre, lorsque l'on veut vaincre une maladie, il faut détruire le microbe qui la génère et non pas se contenter d'administrer des pilules en vue de faire baisser la fièvre. La fièvre (la pauvreté) ici, n'est que le symptôme de la maladie (mauvaises politiques de développement économique et social). Or, les SRP (pilules censées faire baisser la fièvre), ne peuvent pas tenir lieu de véritables politiques économiques et sociales aptes à assurer la croissance et le développement durable en Afrique.

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D'OU VIENNENT LES STRATEGIES DE REDUCTION DE LA PAUVRETE? Pour de larges pans des populations des pays sous domination, les SRP sont la résultante d'un «Processus Participatif National ». Ce seraient donc, les populations des pays dits en développement, qui élaborent dans un cadre où sont représentées l'ensemble des parties
prenantes -Etat, secteur privé et société civile

-

les

stratégies de développement économique et social à leur profit. Dans de nombreux pays Africains, les citoyens ignorent qu'au moment même où ils mettent en œuvre des «Stratégies de lutte contre la pauvreté », d'autres documents de stratégie de réduction de la pauvreté sont élaborés et adoptés chez leurs voisins; ils ont l'impression d'être seuls dans leur région à élaborer et adopter dans une démarche nationale et indépendante, un programme de réduction de la pauvreté avec les bailleurs de fonds. Ils considèrent donc comme une originalité et un « privilège» national, l'attention toute particulière des Institutions Financières, consistant à «se pencher de manière spécifique» sur la pauvreté dans leur pays. Ici encore il s'agit d'un leulTe, car au départ, les SRP sont conçues par des «experts en.. ..développement » des Institutions Financières Internationales. Il peut arriver que ces dernières aient recours aux cadres nationaux dont certains ressentent alors la nécessité de se rendre au siège des Institutions Financières Internationales, pour y puiser leur inspiration. Ils se déplacent ainsi à Washington et New -York pour un séjour de trois à quatre semaines où ils apprennent à élaborer des SRP. 17