Relations économiques entre Sydney et la Nouvelle-Calédonie, 1844-1860

De

C’est vers 1840 que l’on commence à porter de l’intérêt aux îles du Pacifique. À cette époque « les Samoa, les Fiji, les Nouvelles-Hébrides et la Nouvelle-Calédonie attirent assez l’attention pour être placées sur la liste des îles visitées par les bateaux de guerre et pour faire l’objet du rapport des consuls ». C’est également vers 1840 que la marine française « achève sa reconnaissance générale de l’Océanie... et que les visées économiques et politiques se font jour ».


Publié le : mardi 8 octobre 2013
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EAN13 : 9782854300871
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Relations économiques entre Sydney et la Nouvelle-Calédonie, 1844-1860

D’après des documents recueillis par M. George Saxton

Georgette Cordier-Rossiaud
  • Éditeur : Société des Océanistes
  • Année d'édition : 1957
  • Date de mise en ligne : 8 octobre 2013
  • Collection : Publications de la SdO

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CORDIER-ROSSIAUD, Georgette. Relations économiques entre Sydney et la Nouvelle-Calédonie, 1844-1860 : D’après des documents recueillis par M. George Saxton. Nouvelle édition [en ligne]. Paris : Société des Océanistes, 1957 (généré le 17 décembre 2013). Disponible sur Internet : <http://books.openedition.org/sdo//101>.

Édition imprimée :
  • Nombre de pages : 101

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C’est vers 1840 que l’on commence à porter de l’intérêt aux îles du Pacifique. À cette époque « les Samoa, les Fiji, les Nouvelles-Hébrides et la Nouvelle-Calédonie attirent assez l’attention pour être placées sur la liste des îles visitées par les bateaux de guerre et pour faire l’objet du rapport des consuls ». C’est également vers 1840 que la marine française « achève sa reconnaissance générale de l’Océanie... et que les visées économiques et politiques se font jour ».

Sommaire
  1. Chronologie générale

  2. Introduction

  3. Sydney et la Nouvelle-Calédonie (1844-1860)

    1. I. — SYDNEY ET LA NOUVELLE-GALLES DU SUD
    2. II. LA NOUVELLE-CALÉDONIE
    3. LES RELATIONS MARITIMES ENTRE SYDNEY ET LA NOUVELLE-CALÉDONIE
  4. Les échanges économiques entre Sydney et la Nouvelle-Calédonie

    1. LA PREMIÈRE PÉRIODE, 1844-1853
    2. LA SECONDE PÉRIODE : 1853 A 1857
    3. LA TROISIÈME PÉRIODE : 1858, 1859 ET 1860
  5. Annexes

  6. Sources et bibliographie

Chronologie générale

11788 Fondation de Sydney.

21828 Le premier steamer apparaît dans le Pacifique.

31840

  • Suppression de la transportation en Nouvelle Galles du Sud.

  • Le bois de santal est découvert à l’Ile des Pins et en Nouvelle-Calédonie : les premiers santaliers commencent de visiter l’Ile des Pins, les Loyalty, la côte Nord-Est de la Grande Terre.

41843 Arrivée des premiers missionnaires français en Nouvelle-Calédonie sur le Bucéphale.

5A peu près à cette date Paddon est aux Loyalty.

61845 La première corvette française touche à Balade.

71846

  • Découverte du canal Woodin.

  • Paddon a un comptoir à Hienghène et à l’Ile des Pins.

81849 Croisière du H.M.S. Havannah, capitaine Erskine, en Nouvelle-Calédonie, Loyalty et Ile des Pins.

91850 La corvette française l’Alcmène est en croisière hydrographique au large de la côte Est de la Grande Terre.

101851

  • « Point tournant » dans l’économie australienne : découverte des terrains aurifères.

  • Paddon, qui a acquis l’Ile Nou quelques années auparavant, s’y installe.

111853 L’Amiral Febvrier-Despointes prend possession de la Nouvelle-Calédonie et de ses dépendances (24 septembre).

121854 La Constantine, frégate française, fait le tour de la Nouvelle-Calédonie avec Tardy de Montravel qui choisit Nouméa (Port-de-France) pour chef-lieu de la nouvelle colonie.

131857 Paddon vend l’Ile Nou au gouvernement français, sous la condition d’amener des colons sur la concession qui lui est accordée en paiement.

Introduction

1C’est vers 1840 que l’on commence à porter de l’intérêt aux îles du Pacifique. A cette époque « les Samoa, les Fiji, les Nouvelles-Hébrides et la Nouvelle-Calédonie attirent assez l’attention pour être placées sur la liste des îles visitées par les bateaux de guerre et pour faire l’objet du rapport des consuls1 ». C’est également vers 1840 que la marine française « achève sa reconnaissance générale de l’Océanie… et que les visées économiques et politiques se font jour2 ».

2Quelle est la signification des deux dates : 1844 et 1860 ?3

3En 1843, le Bucéphale, commandant Julien Laferrière, débarque les premiers missionnaires sur le sol calédonien (côte Nord-Est : Balade). Le Bucéphale amenait également l’enseigne de vaisseau Pigeard qui fit sur le pays un rapport très optimiste sur lequel nous aurons à revenir.

4Certes ces premiers occupants français avaient dressé leurs couleurs nationales4, et si Tardy de Montravel cite l’année 1843 comme « date de l’occupation morale de la Nouvelle-Calédonie par la France5 », ce n’était bien qu’un fait « moral », car, eu égard à la proximité géographique — moins de 1.500 kms des côtes australiennes —, on n’est nullement surpris de constater qu’en « parlant de la Nouvelle-Calédonie (en Nouvelle-Galles du Sud) on la considérait comme une annexe toute naturelle de l’Australie »6.

5Aussi, quand en 1853 le contre-amiral Febvrier-Despointes prit officiellement possession de la Nouvelle-Calédonie au nom de la France, la nouvelle provoqua « le dépit des vieux Anglais… les Wesleyens particulièrement, dont les missionnaires à la fois ministres et trafiquants, s’efforcent d’introduire dans les divers archipels des bibles et des marchandises qu’ils échangent avec profit contre les produits locaux, et leur fit pousser des cris de fureur7 ».

6L’opinion anglaise estimait en effet que « ces îles, dont peu avaient été visitées par des bateaux de guerre, étaient d’un intérêt beaucoup plus important qu’aucune autre dans le Pacifique, pour la colonie australienne… une vingtaine de bateaux étant constamment occupés au trafic lucratif du santal et de la bêche de mer, et deux établissements ayant été créés ces dernières années… notamment celui de l’Ile des Pins par Robert Towns de Sydney8 ».

7Et des croisières comme celles du H.M.S. Havannah — en inspection périodique régulière de toutes les îles importantes dans les limites du commandement naval australien… pour accroître la réputation anglaise et encourager le commerce9, prouvent bien l’intérêt porté à ces îles, notamment à la Nouvelle-Calédonie et aux Loyalty. Erskine, commandant le Havannah, insistait sur l’attention toute particulière que l’on devait porter à ces dernières, « en raison de leur proximité de l’Australie et du caractère incontrôlé du commerce qui s’y faisait10 ».

8La Nouvelle-Calédonie pouvait en outre offrir, sur la route des Indes, et à quelques jours de la Nouvelle-Galles du Sud, une « base idéale pour une escadre de bateaux à vapeur »11

9Pour les Français, l’île pouvait « servir le double dessein d’offrir des bases navales et une colonie pénitentiaire12 ». Quoiqu’il en soit, ce fut la France qui l’emporta et il est hors de doute qu’il y eut quelques protestations en Australie13. Le détail de cette rivalité n’est point d’ailleurs notre propos, mais il importait avant tout de mettre en lumière l’importance toute particulière de la charnière de 1853 dans l’étude des relations entre Sydney et la Nouvelle-Calédonie.

10Nous constaterons en effet, après avoir analysé le détail du trafic, que la période qui précède l’annexion de l’île par la France, se caractérise — tout au moins pour les importations —, par une moindre ampleur et par des données qualitatives différentes, tandis que les années qui suivent 1853 voient une augmentation notable du volume des marchandises, une plus grande fréquence du mouvement maritime, et, qualitativement une plus grande diversification des produits importés.

11Certes le trafic entre Sydney et la Nouvelle-Calédonie ne fut jamais colossal. Cependant la période qui précède l’établissement des Français dans l’île, semble bien, à beaucoup d’égards, participer du caractère de « job lots », de petites affaires14, qui régnait alors dans les îles du Pacifique. Les « beach combers » et autres trafiquants de fort mauvaise réputation existent encore : « le commerce anglais avec les îles se limitait à un commerce de piraterie sur de petits vaisseaux, notamment de Sydney15 », bateaux incontrôlés qui allaient chercher la bêche de mer, l’écaille de tortue et surtout le bois de santal qui, « découvert vers 1840 à l’Ile des Pins et en Nouvelle-Calédonie avait provoqué un rush de commerçants ». Mais peu à peu il semble que ce commerce s’accroisse non seulement en valeur mais en honorabilité… et que ce « job-lot », affaire de petits capitaines et de trafiquants plus ou moins louches16, fasse place à un trafic de plus grande envergure. Des commerçants fondent en effet des établissements aux îles, y installent des agents, (ainsi verrons-nous Paddon s’installer aux Nouvelles Hébrides, puis à l’Ile des Pins en 1847, puis à l’île Nou quelques années après, de même Towns). Outre l’apparition de ces entreprises commerciales, c’est après 1850 qu’il y eut « élargissement de l’ouverture du marché chinois, et ouverture des barrières japonaises », si bien que la Nouvelle-Calédonie, outre des avantages stratégiques et sociaux offrait également des avantages commerciaux en tant que base pour le trafic avec la Chine notamment17. Cet élargissement de l’ouverture du marché chinois est en effet d’une grande importance dans l’accroissement du trafic entre Sydney et la Nouvelle-Calédonie ainsi que nous le verrons plus loin. Après 1853 nous observons aussi une modification dans le climat des relations : elles deviennent moins périlleuses. A côté des objets de traite apparaissent des importations spécifiques de la colonisation.

12Ainsi nous serons amenés à distinguer et à analyser deux phases bien distinctes au cours de l’étude des relations entre Sydney et la Nouvelle-Calédonie de 1844 à 1860 :

13Une première phase nous conduira à 1853 date de l’annexion de la Nouvelle-Calédonie par la France ; au cours de la seconde phase, l’analyse du détail du mouvement maritime et du volume des marchandises amène à nuancer cette seconde période de deux temps : nous isolerons les trois dernières années 1858, 1859 et 1860, années qui semblent déjà participer par le volume des échanges, d’une autre période, de plus grande envergure, que celle des quatre années qui suivent l’annexion.

14Établissons dès maintenant cette réserve : peut-être la liste des cargaisons et des bateaux, analysés d’après les relevés de la Sydney Shipping Gazette, n’est-elle pas exhaustive. En effet pour des raisons que nous ignorons, certains bateaux et certaines cargaisons ont pu échapper au contrôle du port de Sydney. Toutefois la Gazette en consigne sans aucun doute sinon la totalité, tout au moins la plus grande partie.

Notes

1Brookes, International rivalry in the Pacific islands, p. 171.

2Faivre, L’expansion française dans le Pacifique, p. 423.

3 Signalons encore celle — matériellement importante — du début de la parution de la Sydney Shipping Gazette en 1844 et de son terme en 1860.

4 Le ministre de la Marine accordant passage aux Maristes vers la Nouvelle-Calédonie, avait d’ailleurs chargé » confidentiellement Du Petit-Thouars d’y faire reconnaître la souveraineté française ». Faivre, op. cit., p. 496.

5 Collection Margry (B. N), Nouvelles acquisitions françaises, n° 9448, (Océanie et mers australes), p. 174, lettre du 25 décembre 1854.

6 Collection Margry, p. 66, lettre du capitaine de vaisseau Leconte, février 1848. Il était chargé de retirer de Balade le pavillon français.

7 D’après un article du Sydney Morning Herald, cité dans une lettre du consul de France à Sydney, décembre 1853. Correspondance commerciale de Sydney, tome II, p. 143.

8Sydney Shipping Gazette, 51/161.

9Cambridge History of the British Empire, t. VII, p. 340. Nous citerons désormais : C.H.B.E.

10Brookes, op. cit., p. 198.

11Id.

12Scholefield, The Pacific, its past and future and the policy of the great powers from the eighteenth century, p. 244, et Ch. A. Julien, Histoire de l’Océanie, p. 95.

13 Le Sydney Morning Herald se déchaîne contre la prise de possession d’une « dépendance naturelle » de l’Australie. De plus, il était insupportable de risquer de voir réduite à néant » la lutte entreprise pour préserver l’Australie du fléau convict, par l’établissement de « Parisian brigands » aux portes de Sydney. Dans Brookes, op. cit., p. 205.

14Brookes, op. cit., p. 171.

15C.H.B.E., pp. 341 et 342.

16 .« Corps flottant de fripons et de vagabonds qui erre d’île en île », au dire de l’Archevêque Selwyn, en 1847. C.H.B.E., p. 345.

17Brookes, op. cit., p. 199 et Ch. A. Julien, op. cit., p. 95.

Sydney et la Nouvelle-Calédonie (1844-1860)

1Comme on ne peut guère analyser le mécanisme des relations économiques entre Sydney et la Nouvelle-Calédonie de 1844 à 1860, en restant détaché du contexte historique général, nous essayerons de retracer l’état et l’évolution de Sydney et de sa province, et de la Nouvelle-Calédonie à cette époque.

I. — SYDNEY ET LA NOUVELLE-GALLES DU SUD

2Si, vers les années 1820 la Grande-Bretagne prit conscience de « faire passer tout le continent australien sous son contrôle »1, la Nouvelle-Galles du Sud est, avec le port de Sydney, « la plus importante des colonies d’Australie »2. Cependant ce n’est encore en fait qu’une colonie pénale, dont les importations viennent principalement du Royaume Uni, et dont les exportations se font à peu près exclusivement avec celui-ci. Mais dans les années qui suivent, jusque vers 1842, la Nouvelle-Galles du Sud soutient un progrès matériel constant : certes le commerce demeure inchangé de caractère, mais le volume s’en accroit1. Les industries concernent encore presque exclusivement la nourriture, la boisson et le textile1. Vers 1840 « l’industrie manufacturière est presque nulle… trois ou quatre fabriques de lainages, deux ou trois raffineries de sucre et quelques fonderies3 ». Une quinzaine d’années plus tard, Bérard confirme la nature de ces industries4 « fonderies, filatures, fabriques de draps ». La seule industrie prospère est donc l’industrie agricole, « richesse véritable et permanente de la colonie5 ». Mais celle-ci ne doit pas faire illusion : les productions agricoles de la Nouvelle-Galles du Sud (blé, maïs, orge, avoine, pomme de terre, tabac, etc.) sont loin de suffire à la consommation du pays6. Ainsi un rapport du consul de France à Sydney, fait en 1847, nous apprend en effet que pendant longtemps les colons se sont limités à l’élevage des bêtes à cornes et à laine, en raison du manque de bras et du haut prix du travail, et que la Nouvelle-Galles devait s’en rapporter aux pays étrangers pour la fourniture des denrées de première nécessité comme les grains, les viandes salées, les vins, etc.7.

3La richesse essentielle du pays reposait donc sur son élevage (chevaux, bœufs, moutons), car la colonisation anglaise eut toujours à faire face au problème du peuplement : « Ce nouveau monde… ne demandait que des bras8. »

4La découverte des terrains aurifères en 1851, ne fait qu’aggraver cette insuffisance de main-d’œuvre et provoquer une augmentation de 50 % en un mois sur les prix des articles d’usage courant !9 Si bien qu’au milieu du siècle se situe un « point tournant » dans l’histoire économique de l’Australie, qui, jusque-là était un pays purement pastoral10.

5Mais, après la période critique des années 1851, on enregistre une reprise des surfaces cultivées. Cet accroissement ne suffit pas, et la Nouvelle-Galles doit toujours faire appel à l’extérieur.

6Dans le domaine industriel la découverte de l’or eut pour effet de réduire les industries, car, avec l’or, les possibilités d’importations étaient accrues : c’est le point économique capital de la période 1851-1861 pour l’Australie.

7Essayons maintenant de déterminer l’importance de la place de Sydney — fondée en 1788 —, port et grande ville de la Nouvelle-Galles du Sud, et première base anglaise sur le Pacifique.

8Sydney, note Faramond, consul de France, en août 184311, bâtie sur un promontoire, est une « ville européenne, joignant les avantages d’une ville maritime et commerçante ». La population en est généralement estimée à une quarantaine de mille âmes environ12. L’influence des « convicts » est en baisse tandis que la population libre augmente. Les contemporains s’accordent aussi sur ses qualités portuaires inestimables : « c’est une ville riche et superbe, sans contredit le plus beau port du monde13 », note Cazalis en 1850. Déjà en 1843 Faramond estimait : « ce que Sydney offre de plus remarquable c’est son port… les marins disent qu’il n’en existe pas de meilleur et de plus magnifique14 ». Le Port Jackson offre partout une profondeur d’eau suffisante aux plus gros bâtiments et pourrait contenir toute la flotte anglaise15. » Le site est en effet...

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