Religion, immigration et intégration aux Etats-Unis

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On sait que le catholicisme aux Etats-Unis se caractérise par sa diversification ethnique. La présente étude porte sur le rôle que joue l'Eglise dans l'assimilation et l'intégration progressive dans la société américaine de trois générations d'Hispaniques venus de la République dominicaine. Les caractéristiques ethno-religieuses des Dominicains apparaissent ici comme un support d'auto-affirmation culturelle, une ressource stratégique pour leur incorporation progressive dans la société américaine.
Publié le : mardi 15 septembre 2015
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EAN13 : 9782336390673
Nombre de pages : 358
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SalimTOBÍASPÉREZ
RELIGION, IMMIGRATION ET INTÉGRATION AUX ÉTATSUNIS Une communauté hispanique à New York
Préface de Philippe Portier
RELIGION, IMMIGRATION ET INTÉGRATION AUX ÉTATS-UNIS
Une communauté hispanique à New York
Collection « Inter-National » dirigée par Denis Rolland, Joëlle Chassin et Françoise Dekowski Cette collection a pour vocation de présenter les études les plus récentes sur les institutions, les politiques publiques et les forces politiques et culturelles à l’œuvre aujourd’hui. Au croisement des disciplines juridiques, des sciences politiques, des relations internationales, de l’histoire et de l’anthropologie, elle se propose, dans une perspective pluridisciplinaire, d’éclairer les enjeux de la scène mondiale et européenne. Série générale (dernières parutions) : Daniel GRANADA DA SILVA FERREIRA,Pratique de la capoeira en France et au Royaume-Uni, 2015. Patrick HOWLETT-MARTIN,La coopération médicale de Cuba. L’altruisme récompensé, 2015. Maria Teresa GUTTIEREZ HACES,La continentalisation du Mexique et du Canada dans l’Amérique du Nord. Les voisins du Voisin, 2015. Eric DICHARRY,Théâtre, résidence d’artiste, médiation et territoire, 2014. Catherine DURANDIN et Cécile FOLSCHWEILLER,: la guerreAlerte en Europe dans les Balkans (1942-1913), 2014. Estelle POIDEVIN,L’Europe : une affaire intérieure ? Ce qui change en Europe, 2014. Juliette MAFFRE,La légalisation du mariage homosexuel en Argentine, 2014. Pierre-Philippe BERSON,Sous le soleil de Chávez. Enquête sur le Venezuela d’Hugo Chávez, 2014. Mathieu CRETTENAND,Le rôle de la presse dans la construction de la paix, Le cas du conflit basque, 2014. Pierre JOURNOUD,La Guerre de Corée et ses enjeux stratégiques de 1950 à nos jours, 2014. Philippe SAUNIER,Politique de la comptabilité publique, 2014. Laurent BORZILLO,La Bundeswehr. De la pertinence des réformes à l’aune des opérations extérieures, 2014. Jean-Yves PARAÏSO,La perception de la théologie latino-américaine de la libération en République Fédérale d’Allemagne. L’exemple du cercle d’étude « Eglise et libération » (1973-1978), 2013. Edouard BOINET,Hydropolitique du fleuve Sénégal. Limites et perspectives d’un modèle de coopération, 2013. Eric DICHARRY,L’écologie de l’éducation. Un anthropologue à l’école du bertsularisme en Pays basque, 2013. Sébastien BARRERE,Les Etats-Unis face au franquisme. 1936-1956, la croisée des chemins, 2013. Marc PAVE,La pêche côtière en France (1715-1850). Approche sociale et environnementale, 2013. Marianne GUILLEMIN,Femmes officiers de communication dans l’armée de Terre. Le parcours des combattantes, 2013.
Salim TOBIAS PEREZ RELIGION, IMMIGRATION ET INTÉGRATION AUX ÉTATS-UNIS
Une communauté hispanique à New York Préface de Philippe Portier
© L’HARMATTAN, 2015 5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-07121-3 EAN : 9782343071213
PRÉFACE
Prêtre originaire de Colombie, Salim Tobias a été quelque temps chargé de mission dans les services de communication du Conseil épiscopal latino-américain, avant de rejoindre en 2003 l’équipe sacerdotale de la paroisse Notre-Dame-de-Lourdes à New York. Située dans le quartier de Washington Heights, cette paroisse, l’une des plus importantes de la ville, est spécialement dédiée à l’accueil des immigrés venus de Saint-Domingue. Salim Tobias y reste deux années avant de rejoindre la France où il décide de suivre, en même temps que les cours du Centre Sèvres, les séminaires de l’École pratique des hautes études. Son dessein de faire une thèse le portait initialement vers l’exégèse des premiers textes chrétiens. Il opte finalement pour la sociologie, en me demandant de l’accompagner. Le choix du sujet s’est fait sans réelle difficulté. Salim Tobias éprouvait l’envie de travailler sur le sort des immigrés, en se demandant comment, dans la situation de déracinement où les place l’installation dans une terre étrangère, ils peuvent se reconstruire une cohérence d’existence. Deux conversations ont suffi pour l’entraîner, de nouveau, de l’autre côté de l’Atlantique, auprès des paroissiens de Notre-Dame-de-Lourdes, avec lesquels il maintenait, à la faveur de voyages fréquents aux Etats-Unis, une relation d’étroite proximité. Son doctorat serait consacré à l’étude de l’intégration de cette population immigrée dans une société dont elle ne connaît au départ ni la langue ni les habitudes culturelles. Salim Tobias se donne, pour ce faire, un questionnement précis : comment l’institution catholique intervient-elle dans ce processus d’incorporation ? L’étude, menée sur quatre années, s’appuie sur une profusion de données venues de plusieurs sources. Elle rassemble des documents écrits, constitués par les archives de la paroisse Notre-Dame, ses journaux internes, ses registres de baptêmes, de mariages, d’obsèques, auxquels s’ajoute toute une série d’écrits venus des archives du diocèse de New York. Mais la richesse de l’enquête procède surtout d’une longue présence de l’auteur sur le terrain, au cœur même de la population étudiée, ce qui lui a permis de réaliser une observation ethnographique de grande profondeur, et de passer quelque cent-
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cinquante entretiens, en ciblant les pratiques et les croyances religieuses des paroissiens, mais aussi, plus largement, leurs attitudes sociales. On défend souvent l’idée – telle est notamment l’une des thèses de Jay 1 Dolan – que la communauté hispanique (à laquelle les Dominicains se rattachent dans la nomenclature administrative américaine) est aux États-Unis, non seulement en raison de son nombre (elle constitue 17 % de la population globale, avec, en son sein, plus de 70 % de catholiques) mais aussi de son investissement, un foyer de développement pour l’Église romaine. Sans récuser cette analyse, Salim Tobias déplace la focale : plutôt que de s’intéresser aux dynamiques de l’institution, il s’arrête sur l’évolution des individus. Sa thèse vient alimenter le paradigme de la perte : si l’on s’en tient à la population de Notre-Dame, on relève, explique-t-il, que les Dominicains s’éloignent de l’appartenance catholique à mesure que s’opère, avec le soutien de l’institution ecclésiale, leur incorporation à la société américaine. Le processus de détachement ne se repère pas sur la durée d’une simple vie d’homme, mais sur deux ou trois générations. La première génération s’installe aux États-Unis portée par un modèle spécifique de catholicisme : son contenu « baroque », avec sa forte dévotion à la Vierge Marie, s’articule, de manière syncrétique, à des croyances héritées du vaudou et ducuranderismoquant à lui, autour de la (agencé, croyance dans les chamans guérisseurs). Ce tropisme ne s’efface pas 2 immédiatement, en raison, tout bonnement, du transnationalisme . Les primo-arrivants, en effet, demeurent un temps dans une double inscription spatiale : ils sont simultanément ici, en Amérique, et là-bas encore, à Saint-Domingue. Leur lien avec le pays d’origine se maintient par le truchement de séjours parfois, de communications téléphoniques ou internet souvent, ou, plus simplement, par le travail sans cesse réactivé de la mémoire. Salim Tobias ajoute que la paroisse ne fait pas obstacle à ces formes de religion populaire. Ses prêtres, influencés – pour certains d’entre eux – par la théologie du « métissage » de Virgilio Elizondo, font volontiers droit à l’exubérance de leurs nouveaux paroissiens : donnant la messe en langue espagnole, ils accompagnent les processions, encouragent la piété mariale,
1 Jay P. Dolan,In Search of an American Catholicism: A History of Religion and Culture in Tension,Oxford, Oxford University Press, 2003. 2  Peggy Levitt, « You know? Abraham was really the first immigrant : Religion and Transnational Migration »,International Migration Review,37, (3), p. 850. 8
et, sans les approuver, ne condamnent pas expressément les pratiques afro-caribéennes de leurs fidèles. Cette ligne a partie liée avec la politique de l’archevêché de New York, qui rappelle, elle aussi, la nécessité de se montrer accueillant à l’égard des traditions baroques des populations hispaniques nouvellement installées, tout en insistant sur la nécessité de les réguler. De là vient que, pour les Dominicains ainsi jetés dans la complexité américaine, la paroisse puisse, dans l’entre-soi communautaire qu’elle définit, faire figure de lieu-refuge. Cette configuration pourrait déboucher sur un enfermement culturel. Il n’en va pas ainsi. En fait, la paroisse constitue une structure d’entrée dans le nouveau monde. Selon une tradition bien établie dans le catholicisme américain, elle met à disposition de ses membres des services éducatifs et sociaux qui leur permettent d’apprendre la langue anglaise, d’intérioriser les codes de la culture américaine, de ne pas se perdre dans le maillage administratif de la ville de New York. Mais l’acculturation se fait aussi sur le terrain religieux. Rejoignant l’analyse de Peggy Levitt à propos de l’enclave dominicaine de Boston, Salim Tobias souligne que le contact avec les prêtres de la paroisse, dans un contexte qui n’est plus celui de Saint-Domingue, conduit les immigrants à atténuer progressivement leurs pratiques les plus exotiques, celles du vaudou notamment. Le processus est engagé avec la première génération. Il se renforce puissamment avec la deuxième. Celle-ci, qui parle davantage l’anglais que l’espagnol, maintient le lien avec certains des rituels proposés par la paroisse, lors notamment des grandes fêtes du calendrier liturgique. Il reste que Notre-Dame n’est plus pour les individus de cette génération – qui a acquis la nationalité américaine et qui souvent ne réside plus à Washington Heights – qu’un lieu de passage, et non plus, comme pour leurs parents, un univers social « total ». La troisième génération confirme l’exit.Elle ne paraît même plus aux cérémonies de Notre-Dame. Sa vie religieuse se redéploie. Salim Tobias décrit, à cet égard, les itinéraires pluriels de cette génération, qui font signe ensemble vers une « universalisation » (ou une américanisation) des existences, en rupture avec l’enracinement ethnique de la première phase. Certains, peu nombreux semble-t-il, s’insèrent dans d’autres paroisses catholiques, non homogènes culturellement, où ils abandonnent les reliquats de religion baroque que le moment antérieur portait encore. D’autres brisent le lien avec les groupements religieux, entrant dans un processus très 9
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