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Repartir travailler

De
192 pages
Le passage de la maison à l'emploi désiré, par beaucoup de femmes restées chez elles et par les entreprises à la recherche de main d'œuvre implique un temps de préparation. La formation professionnelle peut accompagner cette aventure surtout si elle tient compte des caractéristiques des intéressées et du marché de l'emploi. Formations au bilan, à l'orientation professionnelle, à la création d'activités ont été imaginées pour répondre aux besoins de ces femmes en voie de réinsertion professionnelle. Les résultats de telles formations réalisées auprès de 1000 femmes permettent de mettre en évidence les atouts et les handicaps de cette population. Leur analyse donne aux formateurs et aux partenaires sociaux des éclairages nouveaux sur la relation formation/emploi. Le dépouillement des textes juridiques et des statistiques globales de la formation professionnelle fait apparaître des politiques complexes et contradictoires en direction de ce public.
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TRAVAILLER

La réinsertion professionnelle des femmes

Collection

«

Logiques sociales»

D. Allan MICHAUD, L'avenir de la société alternative, 382 p. 1989. Alan BIHR, Entre bourgeoisie et prolétariat, L'encadrement capitaliste, 418 p., 1989. Daniel BIZEUL, Civi/ser ou bannir, Les nomades dans la société française. 270 p., 1989. Robert CHAPUlS, L'alcool, un mode d'adaptation sociale? 224 p., 1989. Centre lyonnais d'Etudes Féministes, Chronique d'une passion, Le MLF à Lyon, 272 p., 1989. Régine DHOQUOIS,Appartenance et exclusion, 303 p., 1989. Philippe GARRAUD, Le Languedoc et ses images, 240 p, 1989. Christian DE MONTLlBERT,Crise économique et conflits sociaux, 207 p., 1989. Pierre MULLER, L'airbus. L'Ambition européenne, 256 p. 1989. François PAVÉ, L'illusion informaticienne, 270 p., 1989. Jocelyne STREIFF-FENART, Les comptes franco-Maghrébins en France, 160p., 198~. Jacques SONCINETJean BÉNETIÈRE, Au cœur des radios libres, 256 p., 1989. Jacques TYMEN, Henry NOGUES, Action Sociale et décen;lralisation, 367 p., 1989. Bernadette VEYSSET en collaboration avec J.-P. DEREMBLE, Dépendance et vieillissement, 172 p., 1989.

Collection Logiques Sociales Sous la direction de Dominique Desjeux et Smaïn Laacher , ,

Françoise

CREZE

REPARTIR TRAVAILLER La réinsertion professionnelle des femmes

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

Photo

de couverture:

M. SIMONIN

@ L'Harmattan,
ISBN:

1990

2-7384-0745-5

Introduction

Quand en 1975 j'organise le premier stage de Réinsertion Professionnelle, j'accepte le postulat communément admis selon lequel le retour des femmes sur le marché du travail est un mouvement quasi-irréversible. En effet ce fait est considéré par certains comme une chance pour les femmes, d'autres le ressentent comme une menace pour la famille et la quiétude du foyer; mais les uns et les autres entériner cet événement, d'ailleurs des rapports émanant du Plan, du Comité du travail Féminin, du Conseil de l'Europe, le tiennent pour irréversible. Pour les féministes, c'est un moyen pour les femmes d'atteindre une certaine autonomie et une indépendance économique; pour les acteurs sociaux qui refusent cette idée d'indépendance, c'est une nécessité pour répondre au besoin de main d'oeuvre supplémentaire exigée par la croissance économique. C'est l'organisation "de stages" facilitant un passage du foyer à l'entreprise, réussi au mieux des intérêts des deux parties en présence, qui est attendue. La question de la place de la formation dans une stratégie de réinsertion professionnelle est posée. Il semble nécessaire de construire une formation qui intègre l'objectif global fixé, qui épouse les caractéristiques des stagiaires et du marché de l'emploi, mais qui en même temps tienne compte des rapports complexes entretenus par les intéressées avec la formation. Ces contraintes conduisent à la recherche de réponses pédagogiques originales. Les difficultés qui apparaissent lors des premiers stages, mettent en évidence le flou des notions utilisées par les commanditaires de telles formations: re-travail des femmes et "dispositif de formation en direction des femmes". Il est en particulier ,difficile de repérer avec précision les caractéristiques d'un public que l'on désigne d'un nom générique: femmes en voie de réinsertion professionnelle. 5

Des travaux sur l'analyse économique de la réinsertion professionnelle des femmes sur le marché de l'emploi, montrent d'ailleurs que ce phénomène n'est pas marginal. Nous définirons ce que l'on peut entendre par réinsertion prof~ssionnelle des femmes. Le déroulement des actions de formation conduites au jour le jour auprès des femmes, les négociations ,menées chaque année avec les commanditaires suggèrent des politiques complexes et contradictoires en direction de ce public. Afin de mieux cerner les voies empruntées par le législateur et les financeurs, j'ai dépouillé les textes réglementaires et législatifs ainsi que les statistiques relatives aux stagiaires de la formation professionnelle continue. Les propositions pédagogiques que j'imagine, répondent aux besoins d'orientation, de connaissance du marché de l'emploi, voire même de réassurance des femmes en voie de réinsertion professionnelle. Mais' la transcription de ces attentes en objectifs simples de formation, puis en programme pédagogique nécessite une recherche pédagogique, car il ne s'agit plus d'une simple transmission de connaissances et d'informations, mais de la résolution d'un problème posé par les stagiaires elles-mêmes, variant en fonction des intéressées, des lieux et des époques. Ceci se traduit en terme de stage d'orientation dits "de réinsertion professionnelle" et de formation à la "création d'activités professionnelles pour des femmes à la recherche d'un emploi en milieu rural". Cette dernière formation est l'occasion pour les femmes de ne plus être totalement dépendantes des règles du jeu fixées par le marché de l'emploi. La formation veut être ici, un outil dans les mains des principales intéressées, pour créer les conditions de leur réinsertion professionnelle. Les femmes peuvent utiliser le temps de stage, les apports de connaissances, les exercices proposés, les visites organisées, les stages effectués pour leurs projets professionnels. Elles deviennent alors, pendant ce laps de temps, actrices de leur formation, avant d'être décideurs et actrices de leur propre emploi. L'existence de ces stages à la création d'emploi par des femmes, leur déroulement au coeur du pays où les femmes 6

veulent s'insérer professionnellement, mettent en lumière bon nombre d'éléments constitutifs de leur vie individuelle et sociale. Les analyses quantitatives et qualitatives des différentes formations imaginées font apparaître que les femmes pour se réinsérer professionnellement doivent réussit à se situer par rapport aux variables femmes au foyer et femme au travail. Ce positionnement n'est pas facile, car les femmes, individuellement et collectivement, doivent tenir compte des atouts et des handicaps. Au moment de la reprise d'un emploi, elles peuvent comptabiliser leurs handicaps concrets âge, nombre d'enfants, ascendants malades...Mais il en existe de plus diffus: attitude du conjoint, de la famille et de l'entourage à la reprise du travail extérieur, idée qu'elles se font de leur rôle dans la famille, à la maison Elles ont aussi des atouts objectifs une formation, une expérience professionnelle...et elles en possèdent d'autres plus flous: leur motivation à reprendre du travail, leur volonté à changer de rôle, leur désir d'autonomie... C'est pourquoi je tente de comprendre comment ces éléments plus diffus influent chez l'individu sur la relation formation/emploi.

7

PREMIERE

PARTIE

LA REINSERTION PROFESSIONNELLE DES FEMMES
La croissance économique aux Etats Unis comme en Europe, dans les années 1960, entraine une demande accrue de main d'oeuvre. Cette augmentation de la main d'oeuvre peut s'effectuer grâce à l'arrivée des jeunes, à l'immigration et bien sûr, à l'augmentation de la participation des femmes à l'activité économique. Cette participation accrue des femmes à la production se traduit alors par des incitations à la reprise d'activité des femmes de plus de 40 ans. Celle-ci débute selon les pays dans les années 1950/1960, elle coïncide avec l'expansion économique des différents pays. En France, cette reprise d'activité professionnelle concerne bon nombre de femmes. On constate une augmentation du taux d'activité des femmes dans les recensements de 1958 et 1962, qui va s'accentuer en 1968 et 1975, et s'amplifier au-delà. Ainsi, entre 1977 et 1978, les enquêtes sur l'emploi permettent d'évaluer à 440000 environ le nombre de femmes de plus de 25 ans qui sont passées de l'inactivité à l'activité. Sur ce total, 215 000 étaient âgées de plus de 40 ans. En huit années, souligne un article dans "Citoyennes à part entière" (1),. un million de femmes sont entrées sur le marché du travail. Ces chiffres montrent donc que ce phénomène de passage de l'inactivité à l'activité professionnelle concerne un grand nombre de femmes, et n'est donc pas, comme l'affirmaient certains, le fait d'une minorité qui s'ennuie chez elle.La réinsertion

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professionnelle d'entre elles.

des

femmes

concerne

donc

bon

nombre

Pourtant, si dans un premier temps la signification de cette expression paraît simple, on découvre rapidement, en l'utilisant, qu'elle a mille et une facettes, et est ambigu~. La génèse de l'expression "réinsertion professionnelle" explique peut-être cette ambiguité. Le mot "réinsertion" fait une apparition récente dans notre vocabulaire. Il survient dans les années 60 et est cité tout d'abord avec l'adjonction du mot "social"(2). Le mot a comme référence: les marginaux, les handicapés, les détenus, les délinquants. Une telle définition met l'accent sur le fait qu'il s'agit de réintroduire quelqu'un dans une société ou dans une communauté. Cette participation à la vie sociale générale s'effectuera directement, ou bien la personne bénéficiera de mesures spéciales. Le terme "réinsertion professionnelle" apparaît peu après. Selon le dictionnaire "Le Petit Robert", il survient en 1965 ; il provient de Ré-insertion, qui est le fait d'insérer à nouveau. Le Petit Robert cite comme référence le titre d'un article du journal Le Monde paru le 10 Octobre 1969: "Réinsertion Professionnelle active des adultes handicapés" . Une des premières fois où ce terme de réinsertion professionnelle est appliqué officiellement aux femmes. c'est au cours du séminaire organisé en Novembre 1975 par les Communautés Européennes sur l'Orientation et la Formation Professionnelle des travailleurs féminins, par Madame Françoise Giroud alors Secrétaire d'Etat à la Condition Féminine auprès du Premier Ministre. Elle cite: celles qui se "réinsèrent professionnellement après une interruption d'activité". (3) Jusqu'à cette date, on parle "d'entrée en emploi des femmes qui n'ont pas travaillé en raison de leurs responsabilités" (4), des femmes désireuses de prendre ou de reprendre une activité professionnelle" .(5) L'application du terme réinsertion aux femmes qui souhaitent retravailler est lourde de sens. En effet, cela signifie que l'on désigne ces personnes comme ayant été exclues ou comme s'étant mises à l'écart pour un temps du 10

marché du travail et par extension du fonctionnement économique et social. Cela sous-entend que certains modes de fonctionnement les éliminent du marché du travail ou leur en interdisent l'accès. On peut même avancer que certains de leurs comportements entravent parfois leur insertion sociale. La similitude de vocabulaire utilisé pour les handicapés, les détenus, les femmes, plus récemment pour les jeunes et, au fur et à mesure du développement du chômage, pour les chômeurs longue durée, interroge sur le mode de fonctionnement social. L'établissement des règles de fonctionnement social semble être le fait de ceux qui ne sont ni femmes, ni handicapés, ni détenus, ni jeunes. Leur place et leur rôle semblent déterminés la plupart du temps en dehors d'eux. Ne sont-ils pas tous, jusqu'à une époque récente, des "incapables" en termes de droit civique, droit commercial? Si ces incapacités civique et juridique sont maintenant levées, les femmes ont le droit de vote depuis 1944 et elles peuvent depuis 1965 ouvrir un compte bancaire sans l'autorisation de leur mari, une inégalité économique subsiste. Femmes et jeunes constituent la majeure partie du bataillon des demandeurs d'emploi; quant à ceux d'entre eux qui travaillent, ils perçoivent des salaires inférieurs, ont du mal à accéder à des emplois correspondant à leur qualification. Leur intégration sociale semble alors passer par l'acceptation des. normes dominantes d'un lieu et d'un temps donnés, et d'un groupe social déterminé, et par la mise en oeuvre de comportements attendus. Le mot réinsertion est un terme fort. Cela veut dire qu'il faut envisager une adaptation nouvelle, qu'il faut se réaccoutumer, reprendre une habitude perdue. Il peut être compris comme stigmatisant la conduite de ceux dont il parle, et il exprime en outre la complexité des cheminenements à entreprendre. Le groupe social dominant n'est pas toujours prêt à inclure les nouveaux venus, car cela signifie pour lui partager 11

avec d'autres, en particulier les avantages acquis. S'intégrer donc, dans tel ou tel secteur d'activité signifie entrer en conflit avec les présents qui acceptent difficilement la concurrence. Si on est conduit à parler de réinsertion professionnelle pour les femmes, c'est que leur retrait même momentané du marché du travail a des conséquences importantes dans le cours de leur vie économique et sociale: ce n'est pas une simple parenthèse. Pourtant, même s'il n'était pas nommément désigné, ce n'est pas un phénomène nouveau. Depuis le début de l'ère industrielle où hommes et femmes ont quitté la cellule familiale pour vendre leur force de travail, on assiste à la discontinuité de la vie professionnelle de certaines femmes au travail. Dans l'ouvrage "Misérable et glorieuse la femme du 1ge siècle", Jean-Paul Aron relève que :"Rythmé par les enfants, le trayail se décompose en périodes dont la femme le plus souvent, n'a pas souhaité le découpage. "(6) "Dans le tabac et les allumettes, où le chômage est rare et les salaires relativement élevés, le travail est continu. Dans les filatures, les salaires restent si bas que la jeune mère cessait de fréquenter l'usine." (6) "La quarantaine atteinte, l'ouvrière devient souvent exclusivement ménagère, vouée à la reproduction de la force de travail de l'homme et des jeunes des deux sexes. "(7) Au moment de la première guerre mondiale, les femmes assument pour une grande part le maintien de l'activité économique et les production de guerre. Pendant la crise de 1933, les femmes mariées se sont portées demandeurs d'emploi pour faire face au chômage de leur conjoint (8). Ce phénomène prend néanmoins une physionomie nouvelle depuis la fin de la 2e guerre mondiale. Comme le note Evelyne Sullerot dans son livre: "Histoire et Sociologie du Travail Féminin", p. 292: "en France, aux Etats Unis, en Grande Bretagne, environ 35 % des femmes de cinquante ans travaillent, c'est-à-dire beaucoup plus qu'au début du siècle. Plus de femmes, maintenant, travaillent à cinquante ans qu'à trente ans. C'était l'inverse autrefois... La courbe (de l'évolution des taux d'activités des 12

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important: la discontinuité de la vie professionnelle de la femme, la reprise ou la recherche de travail après les maternités." La tendance au retour des femmes sur le marché du travail ou à leur maintien sur celui-ci se confirme malgré la crise de l'emploi. En 1983, 9,7 millions de femmes travaillent et représentent 41,9 % de la population active. En 1983, les femmes de 25 à 55 ans sont actives dans une proportion de 67 % contre 57 % en 1975. Il était donc nécessaire de comprendre ce se développe depuis une vingtaine d'années fallait le quantifier, préciser les facteurs reprise d'une activité professionnelle, et les réinsertion. Les approches économiques, quantitatives permettent une première concept de réinsertion professionnelle des phénomène qui en France; il incitatifs à la freins à cette sociologiques, précision du femmes.

femmes)

exprime

ce

phénomène

nouveau

et

fort

Notes
(l)Revue "Citoyennes à part entière" n° 33 - Juillet-Août 1984 (2)On le trouve mentionné très précisément en 1963 dans le vocabulaire de Psychopédagogie et de Psychiatrie de l'Enfant. Presses Universitaires de France, Paris 1963 (3)"L"Orientation et la Formation Professionnelle des Travailleurs Féminins" - Commission des Communautés Européennes, 1976, 66p, p. 13 (4)Recommandation n° 23 de l'O.I.T. (5)Circulaire n° 74-074 du 21/2/74 du Ministère de l'Education Nationale. (6)JeanPaul Aron: "Misérable et Glorieuse, la Femme du 1ge siècle" Ed. Fayard 1980, 248 p, p. 64 (7)Jean Paul Aron, op.cit., p. 65 (8)Etude réalisée par Marguerite Thibert pour le BIT en 1933 et citée par Evelyne Sullerot dans l'ouvrage :"Histoire et Sociologie du Travail Féminin" Paris Gonthier 1968, p. 162

-

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Chapitre: Incitations à la réinsertion et

1 freins des femmes

professionnelle

1 - Les activité

facteurs incitatifs professionnelle

à

la

reprise

d'une

Le développement de la production de masse requiert une augmentation de la population active. On prévoyait entre 1968 et 1975 une augmentation de 1 426 000 actifs. D'après le recensement de 1968, il y avait 20 002 200 actifs et il en était prévu 21 426 400 en 1975 (1). La moitié de l'augmentation de ces effectifs est constituée par des femmes qui retournent sur le marché du travail. L'importance de ce phénomène est souligné par Monique Chalude qui remarque, dans un rapport fait à la demande de la Commission des Communautés Européennes sur la réinsertion Professionnelle des Femmes, que "dans tous les pays européens, ce sont les femmes mariées qui -demeurant ou revenant sur le marché du travailont représenté depuis ces trente dernières années la part la plus importante de l'augmentation de la population active" .(2) Ainsi, les femmes constituent les 3/4 de la croissance de la population active en France entre 1968 et 1975. (3) Si la reprise d'activité des femmes est un facteur d'augmentation de la main d'oeuvre, c'est aussi un facteur de renouvellement de celle-ci. C'est une composante non négligeable du marché "externe" du travail, puisqu'entre 1979 et 1980, on peut évaluer à environ 380000 le nombre de femmes en provenance de l'inactivité qui sont retournées sur le marché du 14

travail (4). Elles représentent environ 21 % des entrées sur le marché du travail. Bien sûr, le recours au marché externe par des entreprises varie fortement selon les entreprises à l'intérieur d'un secteur et selon les secteurs eux-mêmes. (5) L'utilisation qui est faite du retour des femmes sur le marché du travail est bien analysée dans la thèse de Denise Faivre, "Contribution à l'analyse de la réinsertion professionnelle des femmes, mobilité professionnelle, et processus d'accès aux emplois". (6) Elle met en évidence que l'appel à la main d'oeuvre féminine est lié au développement des activités tertiaires qui s'est intensifié du fait même de la transformation de certaines branches industrielles. Dans le même temps, le développement du salariat semble faciliter la plus grande participation des femmes à l'activité. En tentant de localiser les embauches de femmes en voie de réinsertion professionnelle, elle constate que les entreprises du secteur tertiaire recourent à la main d'oeuvre féminine puisque celle-ci constitue 50 % des effectifs, les augmentations d'effectifs du secteur tertiaire se faisant le plus souvent par un appel aux inactives. Pour les services autres que domestiques, l'augmentation des effectifs se fait principalement par un appel aux inactives. Dans le secteur du commerce, l'augmentation n'est due qu'à un appel aux inactives. Quant au secteur secondaire, où les femmes ne représentent que 25 % des effectifs, ce sont principalement les industries de biens de consommation qui les emploient. Dans ce secteur, le recours à la main d'oeuvre féminine est le fait "d'entreprises dont la production est peu diversifiée, fluctuante et fortement concurrencée sur le marché de leurs produits. Les politiques du personnel sont alors largement dépendantes des aléas de la production et d'une recherche de productivité immédiate par une politique de bas salaires et d'appel à des catégories infériorisées." (6) Mais la plus forte participation des femmes à l'activité économique ne modifie pas pour autant leur place dans la structure des emplois, en particulier leur répartition entre secteur secondaire et secteur tertiaire. 15

Si la forte augmentation des emplois tertiaires a été une incitation à la reprise d'un emploi, la conjoncture économique n'est pas le seul élément déterminant dans la décision de reprendre du travail. L'évolution sociale ainsi que la transformation du mode de vie familiale font apparaftre de nouveaux besoins et de nouvelles possibilités pour les femmes. La motivation financière de l'emploi entre pour une grande part dans le désir de reprendre une activité professionnelle. Pour beaucoup de ménages, le salaire de la femme est une part importante du revenu. Le fait que la femme travaille introduit des différences de niveau de revenus très importantes entre les ménages d'une même catégorie socio-professionnelle. La pression sociale à un certain mode de consommation est telle que le revenu du travail de la femme est un véritable besoin pour le ménage. Leur motivation financière peut être aussi une volonté d'autonomie. Ainsi, l'enquête effectuée auprès des stagiaires de la formation "Réinsertion Professionnelle des Femmes" en mai 1980, fait apparartre que 19 % des stagiaires disent vouloir reprendre une activité professionnelle pour disposer d'un revenu personnel. (7) La catégorie socio-professionnelle influence la reprise d'activité plus ou moins rapide. Ainsi, les auteurs de l'enquête réalisée par le Centre d'Etudes de l'Emploi (A.Labourie-Recapé, M.T. Letablier, A.M. Vasseur) constatent que: "quel que soit l'environnement géographique, l'appartenance à un milieu socio-culturel (catégorie socio-professionnelle du mari) influence les comportements d'inactivité: c'est ainsi que les femmes d'ouvriers reprennent plus rapidement une activité que les femmes de cadres." (8) Non seulement les femmes qui appartiennent à des catégories socio-professionnelles moins favorisées souhaitent reprendre une activité professionnelle plus rapidement, mais elles constituent le gros bataillon des femmes qui se réinsèrent. Une étude de l'APEC montre qu'effectivement les femmes cadres moyens et cadres supérieurs ne constituent en 1980 que 8,7 % des femmes qui ont repris une activité après une période d'interruption. (9)

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Ces constatations battent en brèche les idées toutes faites, en cours dans les années 1975, sur le profil des femmes qui souhaitent une réinsertion professionnelle: "seules quelques femmes bourgeoises souhaiteraient reprendre un emploi pour s'occuper". Ce phénomène concerne toutes les catégories socio-professionnelles et en plus grand nombre les moins favorisées. Mais si les femmes sont disposées à retravailler c'est pour sortir de leur maison et avoir des contacts avec l'extérieur, en d'autres termes, retrouver une insertion sociale correspondant à des modes de vie de la fin du 20ème siècle. 58 % des stagiaires de la formation "Réinsertion Professionnelle des Femmes" interrogées en mai 1980, avancent ce motif. Par leur démarche même de réinsertion, les femmes remettent en question leur rôle social traditionnel, celui d'être entièrement tournées vers l'intérieur. Elles entendent manifester ainsi socialement, que l'égalité qui leur est accordée aux termes de la constitution n'est pas une simple égalité formelle, extérieure, définie ou réglementée par le législateur, mais qu'elle doit aussi intégrer la dimension économique. L'importance quantitative du phénomène de réinsertion professionnelle a quelque peu bousculé les stéréotypes sur l'insertion sociale et professionnelle des femmes et augmenté dans une proportion non négligeable la participation des femmes à la sphère extérieure. Une analyse sociologique plus fine du groupe "femmes en voie de réinsertion professionnelle", permet à Annie Labourie-Racapé et à Geneviève Gontier (10) de distinguer deux grandes catégories de reprises d'activité: la reprise "subie" et la reprise "décidée". Pour certaines femmes, "la reprise de l'activité s'impose de manière souvent inattendue, parfois brutale... Des circonstances parfois dramatiques obligent ces femmes à passer d'une situation de totale dépendance économique et psychologique, à une vie autonome qu'elles assurent par elles-mêmes." Ces femmes subissent leur reprise d'activité.

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Il en est différemment pour les femmes qui décident de leur reprise d'activité au terme d'une analyse de leur situation et de celle du ménage. Appartenant à un milieu modeste. elles veulent apporter un appoint aux revenus du ménage sans que cela entraîne de nouveaux frais, ni de perte de prestations sociales" (11) , membres de milieux plus favorisés, elles craignent le chômage ou le changement de situation de leur conjoint. Dans cette catégorie, on trouve aussi des femmes qui décident de changer de mode de vie et qui ne supportent plus d'être "entretenues". Sandra Burton (12) parle, quant à elle, de "displaced homemakers". Le terme de "homemakers" a plusieurs significations: faiseuses de foyer, d'intérieur, de logis. de chez soi. Cela signifie que ces constructrices de foyer se trouvent brutalement "déplacées", déracinées. Ce terme désigne donc des ménagères qui sont obligées d'entrer sur le marché du travail. à la suite d'un veuvage ou d'une séparation. Il précise l'adjectif de "subie" employé par Annie Labourie-Racapé. Parmi les femmes qui subissent leur reprise d'activité, certaines le ressentent encore plus vivement que d'autres comme un échec. C'est à la fin du rêve de la femme d'intérieur protégée des vicissitudes extérieures; c'est la difficulté de s'adapter à d'autres normes et d'autres lieux: usines, bureaux. C'est aussi la peur de l'inadéquation entre des savoir-faire développés pendant des années et ceux nécessaires sur le marché de l'emploi. Qu'elle soit "subie" ou "décidée". la volonté de reprise d'activité professionnelle n'en est pas moins forte. Pourtant. nous verrons comment le législateur traite de manière différente ces deux catégories de demande de reprise d'activité. Il privilégie la reprise "subie". Il tente généralement de faire taire ou de minimiser la reprise "décidée" ; le seul moment où il en tient compte, c'est dans ces périodes de plein emploi lorsque "les femmes sont un élément d'équilibre dans l'économie de la famille ou dans , celle du pays..." (13)

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En outre, un certain nombre de facteurs psychologiques incite les femmes à reprendre une activité professionnelle. "Pour les femmes qui entrent dans les stages "Retravailler" (stages mis en place par Evelyne Sullerot en 1973), la motivation principale est de trouver ou de retrouver son équilibre psychologique et affectif" on trouve cette affirmation dans un rapport sur la "Réinsertion Professionnelle en Rhône-Alpes. (14) Ceci ne concerne pas toutes les femmes en voie de réinsertion professionnelle fort heureusement. Mais, on peut constater que beaucoup de femmes sont à la recherche de leur idemité: "qui suis-je? à quoi je sers? comment me situer par rapport aux divers mouvements qui agitent le monde ?" Si l'éducation des enfants a pu constituer une motivation suffisante, le ménage d'une maison vide peut paraître absurde à juste titre. Comme le remarque Chantal Allemandou: "la recherche de contacts, l'attente d'épanouissement personnel représentent des mobiles dont l'intensité se fait plus forte avec les années." (15) "La femme prend conscience de son enfermement." (16) Beaucoup de femmes cherchent aussi à résoudre leur problème de dépendance "dépisté, identifié dans la trame serrée de la vie quotidienne pour sortir enfin de la chambre étroite, étouffante de la peur et s'élancer vers les espaces ouverts de la liberté..." (17) On peut bien sûr être sceptique sur les espaces de liberté ouverts par le travail professionnel, mais la volonté de rompre l'état de dépendance est un puissant mobile de réinsertion professionnelle. En contrepoint à ces facteurs incitatifs, il existe des facteurs économiques, sociaux qui enfreignent la reprise d'activité.

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