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Préface
Pour accéder à ’amphîthéâtre de Paéontoogîe du Muséum natîonad’hîstoîre naturee, on passe tout d’abord devant a statue d’un homme nu se faîsant égorger par un orang-outang. Puîs on entre dans a sae où bancs en boîs et fresques muraes renvoîent deux sîèces en arrîère. C’est à qu’un beau jour de maî 2012, j’aî assîsté en compagnîe de nombreux coègues à a soutenance de thèse de Laurîane Mouysset. À ’Écoe normae supé-rîeure où j’enseîgnaîs des ééments de modéîsatîon de a bîodîversîté, ee avaît montré son goût pour es approches théorîques. Je ’avaîs retrouvée dans un sémînaîre sur Darwîn et ee étaît venue faîre un stage à ’Herbîer du Muséum pour voîr sî es archîves botanîques qu’î contîent permet-taîent de tester a vaîdîté de cer taîns modèes théorîques. Maîs c’est vers une démarche întégrant pus dîrectement es êtres humaîns dans eur rap-por t avec a nature qu’ee s’est ensuîte tournée. Ce quî ’a amenée à une recherche pus « appîquée » : comment penser es actîvîtés humaînes et e respect de a bîodîversîté ? Sa thèse, întîtuée « Les poîtîques pubîques au déi de a bîodîversîté : modèes et scénarîos bîoéconomîques pour une agrîcuture durabe», abordaît a questîon en déveoppant des modèes où se rejoîgnent processus bîoogîques et économîques. C’est à une entre-prîse d’une împor tance crucîae étant donnée a rapîdîté du processus d’effondrement de a bîodîversîté à aquee es poîtîques actuees nous conduîsent. Dans ce domaîne, a démarche de Laurîane Mouysset est à a foîs orîgînae et percutante. Ee montre a possîbîîté théorîque de soutîons vîabes et acceptabes. Les économîstes du CNRS ne s’y sont pas trompés, quî ’ont recrutée pour qu’ee puîsse déveopper son travaî dans es meî-eures condîtîons. Ce îvre présente une synthèse de sa rélexîon sur ce sujet. S’y mêent donc des ééments d’économîe et de bîoogîe, et pus par-tîcuîèrement d’écoogîe, branche de a bîoogîe quî étudîe es organîsmes vîvants dans eur mîîeu.
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Orangoutang étranglant un sauvage, Emmanuel Frémiet (1895), Muséum national d’histoire naturelle, Paris.
L’écoogîe et ’économîe entretîennent depuîs ongtemps des rappor ts compexes maîs étroîts. Sî e mot « écoogîe » a été forgé par Ernest e Haecke auXIX sîèce à a suîte des travaux de Chares Darwîn, ’îdée préexîstaît au mot : on paraît aors d’« économîe de a nature », expres-sîon empoyée entre autres par Darwîn. Ces deux domaînes ont reçu es înluences d’înnombrabes courants scîentîiques, reîgîeux ou îdéoogîques. De Thomas Mathus à a théorîe des jeux en passant par es chantres de ’économîe néocassîque, es références communes ne manquent pas. Le concept de nîche écoogîque est passé dans e vocabuaîre du marketîng, es entreprîses ont maîntenant eur ADN et es notîons de stratégîe et d’optîmîsatîon sont couramment empoyées en écoogîe. Cette proxîmîté est utîe et ’întroductîon de a théorîe des jeux en bîoogîe, par exempe,
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a permîs de nombreux progrès dans des domaînes aussî varîés que e compor tement anîma, a mîgratîon des graînes ou a dîfférencîatîon des sexes. Maîs ee n’est pas sans danger. L’économîe néocassîque, en chaus-sant es bottes du darwînîsme socîa, en montre bîen es écueîs. En mettant en pace un système où es dîrîgeants des entreprîses ont pour unîque but de maxîmîser e retour sur învestîssement des actîonnaîres, cette concep-tîon a créé un « écosystème » dans eque es irmes sont séectîonnées par un processus sembabe à ceuî de a séectîon naturee, non pas en vue de ’accroîssement du bîen commun maîs seuement de ’enrîchîssement des pus rîches. Cea ne seraît pas grave sî a fameuse « maîn învîsîbe » d’Adam Smîth (1755) permettaît effectîvement de faîre émerger une optîmîsatîon générae de a maxîmîsatîon des întérêts îndîvîdues. De façon întéressante, î exîste un équîvaent en bîoogîe – e « théorème fondamenta de a séectîon naturee » de Ronad Fîsher (1930). Ce théorème afirme que a séectîon îndîvîduee ne peut qu’augmenter ’adaptatîon gobae de a popuatîon. Maîs î ne s’appîque pus dès ors que es stratégîes des uns înluencent es résutats des autres (fréquence/dépendance). I en va de même en économîe où a théorîe des jeux a montré – avec e dîemme du prîsonnîer – que ’întérêt coectîf n’étaît pas maxîmîsé par a recherche îndîvîduee du proit maxîmum dès ors que es gaîns des uns dépendent de a stratégîe des autres. L’îdée que a nature peut fournîr un guîde pour décîder du bîen ou du ma dans es socîétés humaînes auraît dû être abandonnée une foîs que Thomas Huxey eut montré que « a nature n’est nî morae nî îmmorae, a nature est amorae ». Maîs cette vîsîon, îssue de a théoogîe naturee seon aquee e desseîn d’un créateur bîenveîant pouvaît être découver t par es oîs de a nature, a a vîe dure. L’étude de a nature demande d’abandonner de nombreuxa priori.Et d’abord ceuî d’équîîbre stabe. La bîodîversîté n’est pas un état maîs un mouvement. De nouvees formes apparaîssent sans cesse et d’ancîennes dîsparaîssent. Ce mouvement produît et détruît en permanence a dîversîté
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des formes de vîe. Les bîoogîstes représentent aujourd’huî a dîversîté du vîvant sous a forme d’arbres phyogénétîques où es formes exîstant au présent constîtuent ’extrémîté des rameaux. Ces arbres, dont e premîer, purement théorîque, a été pubîé par Darwîn î y a pus d’un sîèce et demî, traduîsent ce mouvement constant de a bîodîversîté. S’î exîste un équîîbre de cette dîversîté, î s’agît d’un équîîbre dynamîque, ceuî d’un véo ou d’un sateîte ; pas ceuî d’une statue.Tous es modèes et toutes es observatîons concourent à e montrer. De ce faît, e monde vîvant est, d’une par t, un système d’une extrême compexîté au sens où î est régî par de mutîpes înteractîons entre ééments dîfférents et, d’autre par t, un système en évoutîon permanente. On ne peut e comprendre et, par tant, en tîrer durabement es moyens de subsîstance de ’humanîté, qu’en ’approchant sous cet ange. Consîdérer e monde vîvant comme une ressource que ’on expoîte de a même façon qu’un gîsement mînîer, c’est tuer a poue aux œufs d’or. Et c’est bîen ce quî en traîn de se produîre avec e fonctîonne-ment économîque actue. Cette tendance est rendue pus puîssante encore par une croyance aveuge dans e progrès technîque au méprîs des connaîssances dont nous dîsposons. Le monde rêvé dans ce cadre, débarrassé de sa compexîté et de sa dynamîque propre, devîent aors un îmmense jeu de constructîon dans eque nous pouvons à oîsîr changer des morceaux sans nous soucîer des conséquences systémîques de nos actîons. Maîs tout scîentîique quî étudîe a nature se trouve confronté à cette évîdence : ne pas tenîr compte de a compexîté et de a dynamîque de a bîodîversîté revîent à ne rîen comprendre de ce qu’ee est réeement et à prendre e rîsque de com-mettre des erreurs majeures en agîssant sur ee. La bîodîversîté constîtue une ressource essentîee pour ’humanîté – ressource économîque maîs aussî esthétîque et morae. En tant que ressource, ee est renouveabe ou non seon a manîère dont on ’expoîte. I est donc essentîe de dîsposer d’outîs permettant de réorîenter ’économîe de façon qu’ee permette cette approche durabe.