Repenser le défi de la biodiversité - L'économie écologique

De
Publié par

Écologie, biodiversité, écosystème, autant de notions entrées dans l’usage courant. Pourtant, en dépit d’une attention médiatique et politique croissante, l’érosion de la biodiversité se poursuit. Les approches économiques classiques, reposant notamment sur la monétarisation de la nature, peinent à répondre au défi de la biodiversité.

L’auteur ouvre la réflexion en s’appuyant sur une nouvelle discipline scientifique : l’économie écologique. Elle propose de comprendre et de questionner les paradigmes proposés par cette approche pour repenser le problème de la biodiversité.
Publié le : vendredi 30 octobre 2015
Lecture(s) : 2
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782728827145
Nombre de pages : 88
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat
Préface
Pour accéder à ’amphîthéâtre de Paéontoogîe du Muséum natîonad’hîstoîre naturee, on passe tout d’abord devant a statue d’un homme nu se faîsant égorger par un orang-outang. Puîs on entre dans a sae où bancs en boîs et fresques muraes renvoîent deux sîèces en arrîère. C’est à qu’un beau jour de maî 2012, j’aî assîsté en compagnîe de nombreux coègues à a soutenance de thèse de Laurîane Mouysset. À ’Écoe normae supé-rîeure où j’enseîgnaîs des ééments de modéîsatîon de a bîodîversîté, ee avaît montré son goût pour es approches théorîques. Je ’avaîs retrouvée dans un sémînaîre sur Darwîn et ee étaît venue faîre un stage à ’Herbîer du Muséum pour voîr sî es archîves botanîques qu’î contîent permet-taîent de tester a vaîdîté de cer taîns modèes théorîques. Maîs c’est vers une démarche întégrant pus dîrectement es êtres humaîns dans eur rap-por t avec a nature qu’ee s’est ensuîte tournée. Ce quî ’a amenée à une recherche pus « appîquée » : comment penser es actîvîtés humaînes et e respect de a bîodîversîté ? Sa thèse, întîtuée « Les poîtîques pubîques au déi de a bîodîversîté : modèes et scénarîos bîoéconomîques pour une agrîcuture durabe», abordaît a questîon en déveoppant des modèes où se rejoîgnent processus bîoogîques et économîques. C’est à une entre-prîse d’une împor tance crucîae étant donnée a rapîdîté du processus d’effondrement de a bîodîversîté à aquee es poîtîques actuees nous conduîsent. Dans ce domaîne, a démarche de Laurîane Mouysset est à a foîs orîgînae et percutante. Ee montre a possîbîîté théorîque de soutîons vîabes et acceptabes. Les économîstes du CNRS ne s’y sont pas trompés, quî ’ont recrutée pour qu’ee puîsse déveopper son travaî dans es meî-eures condîtîons. Ce îvre présente une synthèse de sa rélexîon sur ce sujet. S’y mêent donc des ééments d’économîe et de bîoogîe, et pus par-tîcuîèrement d’écoogîe, branche de a bîoogîe quî étudîe es organîsmes vîvants dans eur mîîeu.
10
Orangoutang étranglant un sauvage, Emmanuel Frémiet (1895), Muséum national d’histoire naturelle, Paris.
L’écoogîe et ’économîe entretîennent depuîs ongtemps des rappor ts compexes maîs étroîts. Sî e mot « écoogîe » a été forgé par Ernest e Haecke auXIX sîèce à a suîte des travaux de Chares Darwîn, ’îdée préexîstaît au mot : on paraît aors d’« économîe de a nature », expres-sîon empoyée entre autres par Darwîn. Ces deux domaînes ont reçu es înluences d’înnombrabes courants scîentîiques, reîgîeux ou îdéoogîques. De Thomas Mathus à a théorîe des jeux en passant par es chantres de ’économîe néocassîque, es références communes ne manquent pas. Le concept de nîche écoogîque est passé dans e vocabuaîre du marketîng, es entreprîses ont maîntenant eur ADN et es notîons de stratégîe et d’optîmîsatîon sont couramment empoyées en écoogîe. Cette proxîmîté est utîe et ’întroductîon de a théorîe des jeux en bîoogîe, par exempe,
11
a permîs de nombreux progrès dans des domaînes aussî varîés que e compor tement anîma, a mîgratîon des graînes ou a dîfférencîatîon des sexes. Maîs ee n’est pas sans danger. L’économîe néocassîque, en chaus-sant es bottes du darwînîsme socîa, en montre bîen es écueîs. En mettant en pace un système où es dîrîgeants des entreprîses ont pour unîque but de maxîmîser e retour sur învestîssement des actîonnaîres, cette concep-tîon a créé un « écosystème » dans eque es irmes sont séectîonnées par un processus sembabe à ceuî de a séectîon naturee, non pas en vue de ’accroîssement du bîen commun maîs seuement de ’enrîchîssement des pus rîches. Cea ne seraît pas grave sî a fameuse « maîn învîsîbe » d’Adam Smîth (1755) permettaît effectîvement de faîre émerger une optîmîsatîon générae de a maxîmîsatîon des întérêts îndîvîdues. De façon întéressante, î exîste un équîvaent en bîoogîe – e « théorème fondamenta de a séectîon naturee » de Ronad Fîsher (1930). Ce théorème afirme que a séectîon îndîvîduee ne peut qu’augmenter ’adaptatîon gobae de a popuatîon. Maîs î ne s’appîque pus dès ors que es stratégîes des uns înluencent es résutats des autres (fréquence/dépendance). I en va de même en économîe où a théorîe des jeux a montré – avec e dîemme du prîsonnîer – que ’întérêt coectîf n’étaît pas maxîmîsé par a recherche îndîvîduee du proit maxîmum dès ors que es gaîns des uns dépendent de a stratégîe des autres. L’îdée que a nature peut fournîr un guîde pour décîder du bîen ou du ma dans es socîétés humaînes auraît dû être abandonnée une foîs que Thomas Huxey eut montré que « a nature n’est nî morae nî îmmorae, a nature est amorae ». Maîs cette vîsîon, îssue de a théoogîe naturee seon aquee e desseîn d’un créateur bîenveîant pouvaît être découver t par es oîs de a nature, a a vîe dure. L’étude de a nature demande d’abandonner de nombreuxa priori.Et d’abord ceuî d’équîîbre stabe. La bîodîversîté n’est pas un état maîs un mouvement. De nouvees formes apparaîssent sans cesse et d’ancîennes dîsparaîssent. Ce mouvement produît et détruît en permanence a dîversîté
12
des formes de vîe. Les bîoogîstes représentent aujourd’huî a dîversîté du vîvant sous a forme d’arbres phyogénétîques où es formes exîstant au présent constîtuent ’extrémîté des rameaux. Ces arbres, dont e premîer, purement théorîque, a été pubîé par Darwîn î y a pus d’un sîèce et demî, traduîsent ce mouvement constant de a bîodîversîté. S’î exîste un équîîbre de cette dîversîté, î s’agît d’un équîîbre dynamîque, ceuî d’un véo ou d’un sateîte ; pas ceuî d’une statue.Tous es modèes et toutes es observatîons concourent à e montrer. De ce faît, e monde vîvant est, d’une par t, un système d’une extrême compexîté au sens où î est régî par de mutîpes înteractîons entre ééments dîfférents et, d’autre par t, un système en évoutîon permanente. On ne peut e comprendre et, par tant, en tîrer durabement es moyens de subsîstance de ’humanîté, qu’en ’approchant sous cet ange. Consîdérer e monde vîvant comme une ressource que ’on expoîte de a même façon qu’un gîsement mînîer, c’est tuer a poue aux œufs d’or. Et c’est bîen ce quî en traîn de se produîre avec e fonctîonne-ment économîque actue. Cette tendance est rendue pus puîssante encore par une croyance aveuge dans e progrès technîque au méprîs des connaîssances dont nous dîsposons. Le monde rêvé dans ce cadre, débarrassé de sa compexîté et de sa dynamîque propre, devîent aors un îmmense jeu de constructîon dans eque nous pouvons à oîsîr changer des morceaux sans nous soucîer des conséquences systémîques de nos actîons. Maîs tout scîentîique quî étudîe a nature se trouve confronté à cette évîdence : ne pas tenîr compte de a compexîté et de a dynamîque de a bîodîversîté revîent à ne rîen comprendre de ce qu’ee est réeement et à prendre e rîsque de com-mettre des erreurs majeures en agîssant sur ee. La bîodîversîté constîtue une ressource essentîee pour ’humanîté – ressource économîque maîs aussî esthétîque et morae. En tant que ressource, ee est renouveabe ou non seon a manîère dont on ’expoîte. I est donc essentîe de dîsposer d’outîs permettant de réorîenter ’économîe de façon qu’ee permette cette approche durabe.
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.

Diffusez cette publication

Vous aimerez aussi

Social-Écologie

de editions-flammarion

Nature et culture

de armand-colin