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REPÈRES DANS LA FAMILLE AFRICAINE

101 pages
Ce numéro s'attache plus particulièrement à situer le psychanalyste dans la famille africaine et à tenter d'en définir son utilité et ses réussites. Si les psychanalystes du Champ freudien se sont engagés auprès de la population africaine, c'est avant tout parce qu'elle connaît de grands mouvements, géographiques avec la migration vers les métropoles, familiaux avec l'effondrement des familles, les évolutions de la condition féminine et les nouvelles revendications des femmes. En rencontrant des protagonistes et des responsables de la santé, le psychanalyste tente de participer modestement à ce qu'il adviendra.
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SOMMAIRE
Editorial Roger Wartel 1-L’Afrique dans l’enseignement du Dr..Lacan Claude Duprat 2-M decine Africaine , m decine des mots Anne-Marie & Yves Kaufmant 3-Adolescence et troubles psychiatriques au S n gal Doudou Sarr, R. Franklin, Momar Gueye, Idrissa Ba 4-L’enfant au Coq Fran oise Koehler 5-Malaise dans la famille africaine Aida Sylla 6-L’ordre phallique chez le Baruyas Dominique Vidailhet 7-L’excision chez les Mossi du Burkina Faso Arouna Ouedraogo 8- RUBRIQUES:-Les arts africains -Les masques P.G.Despierre 9-RUBRIQUES:-Cin ma -Fespaco 2001 Laura Anastasi 3

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Editions : GRAPPAF-L’Harmattan Maquette : Pont Neuf Photos: P trus

fondateur: Dr.Y.Kaufmant, psychiatre et psychanalyste Directeur de publication: Dr. Y.Kaufmant Direction de la publication: 23, rue Pouchet 75017 Paris. tel: 01 44 85 39 69 e-mail: yves.kaufmant@libertysurf. fr. fax: 01 42 28 07 33 Comité de rédaction Rédacteur: P.G.Despierre, psychanalyste Rédacteur associé: C.Duprat, psychanalyste secrétariat de rédaction: té/fax: 0142726509/ e-mail: GRAPPAF@wanadoo. fr Comité consultatif et de lecture: Mr. le Professeur ag. Guy Briole, psychiatre et psychanalyste Mr. le Professeur Momar Gueye, psychiatre Mr. le Professeur Roger Wartel, psychiatre et psychanalyste Me. le Dr. A.M Kaufmant, psychiatre et psychanalyste Me. le Dr. L.Sriber, psychiatre et psychanalyste Mr. le Dr. C.Vereecken, psychiatre et psychanalyste Mr. P. Pernot, ethnologue et psychanalyste

Note aux auteurs.
Veuillez adresser une version dactylographiée en double interligne et une version informatique (disquette 3,5 pouces, Word pour Macintosh). Pour publication, le Comité de rédaction se réserve la possibilité de modifier ou de retrancher certains éléments de ces textes.

Conception et maquette: Pont-Neuf Photos: Pétrus Edition: Grappaf/L’Harmattan

© L’ Harmattan, 2001 ISBN : 2-7475-1761-6

EDITORIAL
Roger Wartel

L’

Afrique, de l’ Est à l'Ouest francophone, du Nord au Sud, tient une page quotidienne dans la presse. Tous les domaines sont inventoriés pour nous informer, retenir notre attention, nous inviter à une participation de réflexion et de cœur - Le cœur, ici, est invoqué tout précisément pour ceux qui connaissent, qui aiment ces pays et leurs peuples, jusqu'à s'alarmer. Là bas, proche pourtant de quelques heures, nous saisissons tout à la fois les drames des guerres et la puissance de ferments et d'aspirations. Chaque citoyen d'Europe y va de sa participation de pensée, de générosité vite retombée sitôt la page tournée de son journal. Les psychanalystes du Champ freudien se sont engagés bien au-delà de cet intérêt volatile. Tout d'abord ils vont en Afrique régulièrement et depuis de longues années, ils rencontrent et se mêlent aux populations. Ils pénètrent -parce qu'ils y sont invitésdans des lieux de soins, des hôpitaux, des dispensaires et des sites de prise en compte de la folie selon
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une tradition noble qui montre son efficacité parce que la parole porte et que la communauté s'en fait garant. Donc les psychanalystes échangent et bénéficient des expériences complexes qui sont celles des responsables hospitaliers et universitaires qui pratiquent une psychiatrie partagée entre des traditions, une modernité importée -celle des psychotropes par exemple- et des moyens matériels restreints puisque la maladie mentale n'est pas, là bas comme ailleurs, au premier rang ni même au rang de ce que l'on pourrait espérer et justifier. Mais il y a bien plus pour le psychanalyste que de se faire le témoin de cliniques en compétition. Le psychanalyste est un homme de ce monde, de l'aujourd'hui où l'Afrique et les Africains génèrent des révolutions de pensée et de façons de vivre. Nous n'allons pas en Afrique pour apporter la psychanalyse ou quelques bribes de psychanalyse : ce serait dérisoire de présomption. Nous allons en Afrique pour entendre ce qui se fomente de civilisations et de cultures où les concepts analytiques sont à l'œuvre évidemment là, où ils agissent à l'insu même des acteurs ; encore que les responsables de la Santé les perçoivent, les connaissent et y appuient leurs propos et leurs actes. Ainsi, les grands mouvements migratoires vers les métropoles introduisent des difficultés de politique
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avec l'effondrement des familles dont les enfants, exclus de la culture centrée sur cette cellule même, se répandent par bandes aux carrefours des avenues où ils quêtent quelques sous -quelle suppléance leur estelle à portée lorsque le lien aux anciens s'est évaporé ?- L'évolution revendiquée par les femmes des villes, et des campagnes aussitôt, introduit et se confortera d'un lien social nouveau : c'est un symptôme qui avance avec ses gains de dignité et de satisfaction assortis de perte nécessaire de ce que la tradition pouvait considérer d'éternité et de droit absolu. Vient aussi le bilinguisme compagnon d'illettrismeEt puis la formation des élites, celles qui gouvernent et qui répondront aux exigences justifiées de répartition des richesses et l'accès à des revenus qui réduiraient la misère visible à chaque mètre. Ainsi va le monde et en Afrique plus intensément, plus violemment et plus douloureusement qu'ailleurs… encore que… Et le psychanalyste est là, fût-ce d'une présence brève pour faire sa question. Mais plus encore, puisqu'il a cette opportunité décidée de rencontrer des protagonistes et des responsables -ceux du monde de la santé, tout particulièrement- et pour participer modestement à ce qui adviendra.

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L’AFRIQUE dans l’enseignement du Dr. LACAN
Claude Duprat

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1.Lacan J, Le séminaire, livre 1, p 254 2. ibid 3. ibid 4. ibid 5. Lacan j, Le séminaire, livre 1 p 101

6. Lacan j,Le séminaire, livre 1 p 268

ans son premier séminaire qui a pour titre “Les écrits techniques de Freud” Jacques Lacan souligne la fonction fondamentale de la parole. Avant la parole1, rien n’est, ni n’est pas. La parole introduit le creux2 de l’être dans la texture du réel., la vérité3, le mensonge ainsi que d’autres registres. Elle ne se déploie pas sur un seul plan et se révèle par essence ambiguë4. L’acte de parole est constituant,5 c’est sa valeur qui fait la parole vide 6ou pleine. En tant que telle la situation analytique est une expérience de parole. Lors de la leçon du 24 février 1954 Lacan évoque la mythologie d’une peuplade dite primitive du Soudan en ces termes : “Peut-être vous ferais-je un jour une conférence sur ce que nous donne à cet égard le mythe des primitifs 7- je ne dirais pas des moindres primitifs, car ils ne sont pas moindres, ils en savent beaucoup plus que nous. Quand nous étudions une mythologie, celle par exemple qui va peut-être paraître à propos d’une population soudanaise;8 nous voyons que le complexe d’Oedipe n’est pour eux qu’une mince petite 6

7. Lacan j, Le séminaire, livre 1 p 101

8. ibid

9 Minotaure N°2, Editions Skira, 1933.Réedition récente diffusée par Flammarion, Paris

rigolade. C’est un tout petit détail dans un mythe immense. Le mythe permet de collationner une série de relations entre les sujets , d’une richesse et d’une complexité auprès de quoi le complexe d’Oedipe ne paraît qu’une édition tellement abrégée qu’en fin de compte elle n’est pas toujours utilisable.” Bien que ne nommant pas Marcel Griaule, il semble bien que le Docteur Lacan fasse ici référence aux travaux sur les Dogon du célèbre ethnologue. La mission Dakar-Djibout 9 de 1931-1933 dirigée par Griaule parcourut l’Afrique occidentale française, le Nigéria, le Cameroun, l’Afrique équatoriale française, le Congo belge, le Soudan anglo-égyptien, l’Abyssinie, l’Erythrée et la côte française des Somalies. Elle se livra à des enquêtes et rassembla des collections. Marcel Larget, Michel Leiris, Eric Lutten, Jean Mouchet, André Schaeffner, Deborah Lifszyc, Abel Faivre, Gaston-Louis Roux appliquèrent, avec le chef de mission, les méthodes enseignées à l’Institut d’Ethnologie de l’Université de Paris. Ils furent les premiers à explorer le pays Dogon, au sud-est de l’ex Soudan français, l’actuel Mali. L’année suivante, dans, son séminaire 10 intitulé “Le moi dans la théorie de Freud et dans la technique de la psychanalyse ” Jacques Lacan parle de nouveau du Soudan mais en nommant cette fois l’ethnologue. A la page 193 on lit :”Qu’est-ce que vous a apporté la conférence de M. Griaule hier soir ?. Quel rapport avec nos objets usuels? Qui a commencé à en décanter la morale ? Quelles sont vos impressions ? Puis il précise : “Marcel Griaule a fait rapidement allusion à l’islamisation d’une partie importante des populations du Soudan, au fait que celles-ci continuent à 7

10 Lacan j, Le Séminaire, livre II”Le moi dans la théorie de Freud et dans la technique de la psychanalyse”

fonctionner sur un registre symbolique tout en appartenant à un style de credo religieux nettement discordant avec ce système . Leur exigence sur ce plan se manifeste d’une façon très précise, par exemple quand ils demandent qu’on leur apprenne l’arabe, parce que l’arabe est la langue du Coran. Il y a là une tradition qui vient de très loin, qui est très vivante, et qui semble s’entretenir par toutes sortes de procédés. Malheureusement il nous a laissés sur notre faim. Il ne faut pas croire que la civilisation soudanaise ne mérite pas son nom. Nous avons assez de témoignages de ses créations comme de sa métaphysique pour mettre en cause cette échelle unique sur laquelle nous croyons pouvoir mesurer la qualité des civilisations. Qui a lu le dernier article de Lévi-Strauss ? C’est à ça qu’il fait allusion - certaines erreurs de nos perspectives proviennent du fait que nous nous servons d’une échelle unique pour mesurer la qualité, le caractère exceptionnel d’une civilisation. Les conditions dans lesquelles vivent ces gens peuvent au premier abord paraître assez ardues, assez précaires du point de vue du bien-être et de la civilisation, mais ils semblent pourtant trouver un appui très puissant dans la fonction symbolique isolée comme telle. On a mis longtemps à pouvoir entrer en communication avec eux. Il y a là une analogie avec notre propre position vis-à-vis du sujet.”
11 Lacan j, Le séminaire, livreIII “Les psychoses”, Seuil

Dans le séminaire11 sur “Les psychoses” le Docteur Lacan, lors de la leçon du 15 février 1956, évoque brièvement la conférence faite par Griaule l’année précédente, précisément le 15 mars 1955. On peut lire ainsi aux pages 171 et 172 :”Ce que je vous explique là a tous les caractères du mythe que je me 8

sentais prêt à vous glisser à cette occasion, et que Mr Marcel Griaule vous a rapporté l’année dernière, la division en quatre du placenta primitif, le premier est le renard qui, arrachant sa part de placenta, introduit un déséquilibre d’où découle le cycle qui va intéresser la division des champs, les liens de parenté etc.” Sans préciser qu’il fait allusion à un mythe dogon Lacan se réfère à la conférence de Griaule et, au delà, probablement aux nombreux travaux sur les Dogon de l’ethnologue et de ses collaborateurs.
12 ibid

13 Lacan j, Le séminaire, livre III”Les psychoses”, Seuil,p220

Un peu plus tard, le 18 avril 1956,12 il évoque de nouveau Griaule, critiquant la notion de “Pensée magique “et il pointe que les mythologies témoignent du fait 13 “qu’il y a des signifiants de base sans lesquels l’ordre des significations humaines ne saurait s’établir …A la page 226 nous lisons :”N’est-il pas clair au contraire que ces mythologies visent à l’installation, à la tenue debout de l’homme dans le monde? et lui font savoir quels sont les signifiants primordiaux, comment concevoir leurs rapports et leur généalogie. Il n’est pas besoin d’aller chercher la mythologie grecque ou l’égyptienne, puisque M Griaule est venu vous expliquer la mythologie d’Afrique. Il s’agissait d’un placenta divisé en quatre, et l’un des morceaux, arraché avant les autres, introduisait entre les quatre éléments primitifs la première dissymétrie et la dialectique, par quoi s’expliquent aussi bien la division des champs que la façon dont on porte les vêtements; ce que signifie les vêtements le tissage, tel ou tel art, etc…C’ est la généalogie des signifiants, pour autant qu’elle est essentielle à un être humain pour s’y reconnaître. Ce ne sont pas seulement des poteaux d’orientation, ni des moules extérieurs, stéréotypés, plaqués sur les conduites, ni simplement des patterns. Cela lui permet une libre 9

circulation dans un monde désormais mis en ordre. L’homme moderne est peut être moins bien loti. C’est grâce à ses mythes que le primitif s’y retrouve dans l’ordre des signifiances”. Les ethnologues de la Mission ethnographique et linguistique Dakar-Djibouti furent parmi les premiers à explorer le pays Dogon, dominé par la grande falaise de Bandiagara, à l’intérieur de la boucle du Niger, où se développa une civilisation remarquable. Dés 1932 Marcel Griaule publia un rapport général. L’année suivante Michel Leiris présenta dans le numéro 1 de la revue “Minotaure” un article intitulé14”Danses funéraires dogon” venant après celui du Docteur Lacan sur “Le problème du style et la conception psychiatrique des formes paranoïaques de l’expérience.” La même année le numéro 2 de cette revue fut entièrement consacré aux travaux de la mission .Griaule y présenta deux articles: “ Introduction méthodologique” et “ Le chasseur du 20 octobre”. Michel Leiris publia également deux textes: “Objets rituels dogon” et “Masques dogon”. En 1934 Leiris fit connaître au grand public le journal qu’il avait tenu tout au long de la Mission DakarDjibouti en publiant “L’Afrique fantôme”15. Marcel Mauss avait recommandé la tenue d’un carnet de route en marge des enquêtes sur le terrain. Mais la place faite par l’auteur à l’introspection, le glissement vers le genre “journal intime” scandalisa Griaule et ses collègues. Pourtant c’est en ethnographe attentif que Leiris décrit une cérémonie funéraire en pays dogon. La danse autour de “la pierre16 du brave” le fascine, il admire particulièrement la danse du masque à étages où le danseur 10

14 Minotaure N°1, Edition Skira, 1933, Réedition par Flamarion

15 L’Afrique fantôme. Gallimard

16 ibid,p 126