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Herman

G

0 r ter

Réponse
à Lénine
sur « La Maladie Infantile

du Communisme»

(1920)

LIBRAIRIE
67, Bou I e var d deB

OUVRIERE
e Il e y i Il e, Par i.

TABLE Juillet Le.ttre I. II. III. IV. f920 ouverte au camarade L.énine Masses et chefs 4. . . . . . . . . . . . . .. La question syndicale Le Parlementarisme L'opportunisme dans la Ille Internati0naI e p.
'.:) ..J

p. 6 p. 26 p. 49 p. gO

v. Conclusion

p. 97

Juillet 1920
En 1920 Révolution RUNt et Léninieme étaient parvenus à leur apothéose: liesuecè& la tactique bolchévique de dans la révolution d'octobre avait ébloui 1'e5pzitdes élites révolutionnaires dam les pays oocidëntaux. qui rèpt"-daient vers l'orient avec une foi. presque aveugle. Une grande vague rév~ltutionnaire ébranlait ~l'Europe, )'année rOUIe de Toukhatchevskit menaçait Varsovie, le prolétariat tariat italien ocou,pait les Ulmes, partout la classe ou-

allemand ébait prêt à s élancer dans la mêlée, le prolé-

vrière était en ébullition. L'espoir_ la presque certitude

de la victoire révolutionnaire éclairaient l'horizon de l'idéologie c::ommu;niate. fut dans ce - milieu historique, où Ce l'esprit d'analyse était forcement affaibli par la splendeur de la lumière orientale, que Hermann {Jolter, thé0ricien et poète du communisme, s'empara de l'anne de la

critique.

.

Lénine, devenu homme d'état, d'un état qui devait dans la suite devenir l~ état de la néo-bourgeoisie russe, avait écrit un mauvais livre: c L'Extrêmisme, maladie infantile du Communisme ~. La pointe de cette brochure, qu'aujourd'hui, nous po1lYOUS bon droit qualifier netteà ment cie contre-révolutionnaire. était dirigée principale3

ment contre les ultra-gauches allemands. e' est à dire cOU/llf tre le Parti Communiste Ouvrier. Cette élite de révolutionnaires ma.rxistes qui conserva et conserve encore au prolébariât allema.nd et international la tradition révolutionnaire de l'Union ouvrière et du Spartacusbund, préconisait au sein d.e ]a classe ou. vrière d'Allemagne u'ne tactique, une méthode d'action, inspirées par les dernières expériences de la lu.tte de classe en occident: Elle préconisait la lutte sans compromis du prolétariat conm-e la bourgeoisie, le boycottage du parlement et la destruction des syndicats en même temps que de tout l'appareil étatique diu capitalisme, lui opposant la dictature du prolétariat dans la forme des conseils d'usines. Cette manifestation idéologique originale du pro. létariat allema.nd ne se localisait: pas en Allemagne. Des manifestations analogues pren.aient forme en Hollande avec les Tribun iStes, .en Angleterre avec les fondateurs du Parti Comm~niste Anglais, en Italie avec Ja fraction anti~parlementariste de Bordiga et même avec celle de }'Ordine Nuovo de Turin, qui était aussi anti-parlementariste. Le livre de Lénine et l'acJtÎon subséquente du Léninisme visaient à Ja destruction de ce dévre~loppement idéologique, légiti.mé par les expériences de la lutte de classe dans I~Europe occidentale. En fai~ -l'offensive contre :La gauche donna des résultats favorables en Italie et en Angleterre, où Bordiga et Pan.khurst rentrèrent dans les !rangs du Léninisme. Les tribunistes hollandais~ Gorter et Pannekoek, les éléments du Parti Communiste allemand .(K. A. P. D.) restèrent seuls sur la brêche de l'Internationalisme marxiste. Gorter au nom du Parti Communiste .Ouv.rier d'Allemagne répondit à 1a « Maladie infa:ntile » d'e Un.me .par sa « let... tre ouverte» qui malheureus~ent ne fut pas en son temps p].acée devant tout le prolétariat inteTnationaJ. Cette lettre est bien connue en Allemagne, mais 'Je prolétariat 4

français en ignore encore l'existence. Et éomme depuis dix années ce document n'a rien perdu de son intérêt. qu'il a au contra.ire acquis une valeur historique et révolutionnaire encore plus pnde, nous a110Dsfaire tous nos effort pour qu'jJ soit connu au moins de l'avant-ga~de du mouvement ouv.rieren France.
Les Groupes Ouvriers C ommunÎ8tes.
Juillet 1930.

5

LETTRE OUVERTE AU CAMARADE LÉNINE
Avant-propos
Je voudrais attirer votre attention, camarade Lénine, la vot~e et celle du lecteur, sur le fait que cette brochure a été écrite pendant la marche victorieuse des Russes sur Varsovie. Je voudrai's aussi ill' excuser auprès de vous et du lecteur pour les nombreuses répétitions. La. tactique des « gauchistes ~ étant inconnue des ouvriers de presque tous les pays, cela n'a pu êt.re évité. H. G.

I. -

MASSES ET CHEFS

Cher camarade Lénine, J'ai lu votre brochure sur l'extrémism.e dan-s le mouvement communiste. J'en ai beaucoup appris, comme de tous vos ouvrages. Je vous en suis re/connaissant, avec sûrement beaucoup d'au6

tres camarades. Mainte trace et màin\ germe de cette mala.die infantile qui, sans nul doute, se trouvaient aussi chez mOl, en ont été chassés et le seront certainement encore~ De même, ce que vous dites, de la confusiQn que la révolution a causé da.ns beau'coup de têtes, est tout:à-Iait juste. Je le sails : la révolution est venue si~' oudaine et s si contraire à tOt1te attente ! Votre oùvrag.e sera pour moi un nOUVieaustimulant A ne faire dépendre toujours davantage mon jugement sur toutes les questions tactiques, y compris celles de la révolution, que de la situation réelle, que des rapports réels entre ie's classes, tels qu'ils se manifestent politiquement et éconowiqueiment. Après av'oir tu votre broohure, j'ai pensé: tout scela est juste. Mais lorsqu'à tête reposée, je me luis longueroent .demandé si maintenant je devais cesser de soutenir cette c Gauche ~, et d'écrire des articles pour le K. A. P. D. et pour le paJ'\i de l'op-

position en Angleterre, j'ai dQ m'y refuser. Cela sem'hle contradictoire. Mais la contra'

.

diction vient, camarade, de ce que vQtre point de départ dans la brochure n'est, pas jU8~e. Vous avez tort, selon moi, au su.jet du para}léliSU1e entre la révolution de l'Europe de l'Ouest et 1a ré,volution ru'sse., au sujet des conditions de la révolution dans l'Europe de l'Ouest, autreœent dit du rapport des forces de classes, et, à cause de cela, voua méoonnaissez le t~rr8,in de dévQJoppement de la gauche, de l'oppo$ition. Ainsi la brochure sEUnhle être juste si l'on a;dopte votre point. de d~p.rt ; si Qn le rejette (et. c'est ce qu'on doit f..ire), alors t.oute la broohure "\ '8118II8- Etant donné q-ue tous les jug6menta que VOU$portez, 7

les uns erronés, le.s autres ra.dicalement faux, se rasse.mblent dans la condamnation du mouvement de gauche, particulièrement en Allemagne et ell AngleteJ.'re, com'me, sans être d'accord sur tous les po~nts avec ce mouvement, comme les chefs le savent, je reste tout-O.-fait décidé à le défendre, je crois agir pour le mieux en répon!dant à votre brochure par une défense de la Gauche. Cela me donnera l'occasion, non seulement de montrer son terrain de développement, d.e prouver son droit à l'existence et ses qualités maintenant, et ici dans l'Europe de l'Ouest, dans le stade actuel, mais aussi, et cela est peut-être aus,si important, de combattre les représentations à l'enver. qui prévalent au sujet de la révolution ouest-européenne, surtout en Russl.e. L'un et l'autre a son importan.ce, car aussi bien la tactique ouest-européenne que la russe dépe.ndent de la conception de la révolution en Europe occidentale. J'aurais volontiers rempli cette. tâche au CongI'ès de Moscou, mais je n'ai pas été en état d'y aller.' En 'premier lieu, j'ai à réfuter deux de vos remarques qUI peuvent fausser l'opinion des camarades ~t des .lecteurs. Vous parlez avec ironie et sarcasme de l'ineptie ridiculement puérile de cette lutte en Allemagne à propos de c dictature des chefs ou des masses », c du somme.t ou de la base:. etc... Que de tels problèmes ne devraient pas avoir à se po's.er, nous en som-mes pleinement d'accord. Mais nous ne sommes pas d'accord avec l'ironie. Car malheureusement ce sont là des questions gui se posent encore en Europe occidentale. En effet nous avons en Europe occidentale, dans beaucoup de pays encore, des chets 8

comme il Y en avait dans la 2ème Internationale, nous sommes encore à ta recherche des chefs véritables qui ne cherch.ent pas à dominer les masles et ne les trahissent pas, et, aussi longtemps que nous ne les aurons pas, nous voulons que tout se fasse de bas en haut, et par la dictature des masses elles-mêmes. Si j'ai un guide dan's la montag'ne et qu'il me conduise à l'abime, j'aime mieux n'en pas avoir. Qu'and nous aurons trouvé les vrais chefs, nous laislserons choir cette recherche. Oar alors masse et chef ne feront qu'un. C'est cela, et rien d'autre, que nous entendons dire, la gauche alle,mande, la gauche anglaise et nous. Et la même chose elst valable pour votre deuxième remarque, suivant laquelle le chef doit former avec la masse .et la classe un tout homogène. Nous SOlliln.es tout-à-fait d'accord. Seulement il s'agit de trouver et d'éQuquer de tels chefs, qui soient. vraiment unis à la malsse. Les trouver et les éduqu~r, cela les masses, les partis politiques et les syndicats ne. le pourront que par une lutte extrèmement difficile dirigée aussi vers le dedan.s. Cela vaut aussI en ce qui concerne la discipline de fer et le centralisme renforcé. Nous en voulons bien, mais seulement après avoir trouvé les véritables chefs, pas avant. .Sur cette très dure bataille, qui maintenant en Allemagne et en Angleterre, dan.s les pays les plus rapprochés de la réalisation du communisme, est menée déjà avec le plus grand effort, votre ironie ne peut avoir qu'une influence néfaste. Avec ce sarcasme, YOUSfaites le Jeu des éléments opportunistes de la Troisième Internationale. Car c'est un des moyenls avec lesquels des éléments

9

dans la Ligue Spartacus et dans le B. S. P. en Angleterre, et aussi dans las Partis communistes de maint autre pays, réu8sisent à tromper les ouvriers en leur disant que toute la question de la Masse et du Chef est un non-sens, « est absurde et puérile ». Avec cette phrase, ils évitent, ou veulent éviter qu'on les critique, eux, les che'fs. Avec cette phrase de la dis'cipline de fer et de la celltralisatioD, ils écrasent l'opposition. Vous mâchez la besogne des éléments opportunistes. Vous ne devez pas faire cela, camarade. En Europe occidentale nous sommes encore dans le stade de préparation. On devrait plutôt soutenir les lutteurs que les domlnat.eurs. Mais ceci n'est qu'en passant. J'y Teviendrai encore dans le cours de ma lettre. Il existe une raison plus profonde pour laquelle je ne peux pas être d'accord avec votre brochure. C'est la suivan te : Qua.nd nous autres marxiste's de Il'Europe o~cidentale lisons vos brochures, vos études et vos liv:res, il y a, au milieu de l'admiration et de l'assentiment que tout ce que vous avez écrit a trouvé che~ nous, 'un nloment où presque toujours nou's deveIlons très pru,dents dans la lecture, s'Ur lequel nous EJ.ttendons des éplaircissements plus détaillés, et qu'ensuite, n'ayant pas trouvé ces écla.ircissements, nous n'acceptons pas sans la plus grande réserv~. C'est là où vous parlez des ouvriers et. d~, payesns p.l.lvr" ; vous en parlez trè's, très souv~nt. ~t partout vous parlez de ces deuJ(: catégories comme 4e facteur~ révol1)tiQnJlQ.ire~ ~ur le monde entier. Et nulle part, Q.U Ploins d~ns ce que j'ai lu, vous ne faites re$SQrtir claipement et dfstinct.ernent la très grande dl'10

férence qui exl.t.e en cette matière entre la Russie d'une part (avec quelques p~ys de l'Eul'ope orienlale), et, de l'autre, l'Europe de l'Ouest, (c'est-il-dire l'Allemagne, la France, l'Angleterre, la Belgique, la Hollande, la Suisse et les Pays Scandi11aves, peut-être même l'Italie). Et. pourtant, à mon avis, la base matérielle des divergences d'appréciation qui vous séparent de ce qu'on appelle la Gauche en Europe occidentale, en ce qui concerIle la tactique dan.s les questions SYIldicale et parlementaire, est justement la di!férence que présentent sur ce point la Russie et l'Europe de t'Ouest, Vous conn&.!~t::'~znaturellelnent aussi bien que moi cette difféfance, mais vous n'en avez pas tiré les conclusions pour la tactique en Europe occidentale, au moins dans ce que j'ai lu de vos ouvrages. Vous avez laissé ces conclusions hors de considération, et, à cause de cela, votre jugement sur la tactique en Europe occidentale est

faux.

-

Cela a été et reste d'autant plus dangereux, que partout en Europe occidentale, cette phrase de vous est récitée mécaniquement dans tous les partis communistes, même par des marxistes. II parait même, à en croire tous les journaux, revues. et brochures communistes, et les réunions publiques, que tout-à-coup une ré-volte des paygans pauvres est proche en Europe o,ccidentale. On n.e fait pas remarqu-er la grande différence avec la Russie. Et par cela l'opinion est faussée. celle du prolétariat aussi. Parce que vous.-:autres en Russie avez une immense classe de paysa.nJ pauvres, et que vous avez vaincu avec leur' aide, vous présentez les choses comme si .en Europe .-t.. t

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