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Représentations homosexuelles dans la culture hispanophone

De
158 pages
L'absence du thème de l'homosexualité dans les recherches françaises sur le monde hispanophone nous inviterait à penser que l'homosexualité n'est pas un thème intéressant. Foucault, Derrida ou Wittig, ces illustres compatriotes qui ont tant fait pour les" lesbian and gay studies" américaines, semblent inconnus aux hispanistes hexagonaux. Ce recueil qui amorce une réflexion sur les représentations homosexuelles dans la culture hispanophone est à l'image de la recherche française en la matière.
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REPRÉSENTATIONS

HOMOSEXUELLES

DANS LA CULTURE HISPANOPHONE

Cet obscur objet du désir

iÇ)L'Harmattan,

2003

ISBN: 2-7475-4928-3

Sous la direction de

Nicolas BALUTET

REPRÉSENTATIONS

HOMOSEXUELLES

DANS LA CUL TURE HISPANOPHONE

Cet obscur objet du désir

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u, 3 1026 Budapest HONGRlE

Italia L' Harmattan Via Bava, 37 10214 TOl'ino

ITALlE

Collection Recherches -Amériques latines dirigée par Denis Rolland et Joëlle Chassin
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Le gai sommeil L'ENFANT: Une nuit j'ai lu un livre, était-ce pendant un rêve? Des êtres radieux et gais vivaient dans le soleil, sur le soleil, au cœur du soleil, en plein soleil. LE PERE: Mais c'est impossible. L 'ENFANT:Pourquoi? JI y a tant d'autrçs livres où l'on affirme que les damnés du ciel vivent en brûlant sans cesse dans le feu éternel. Jacques Prévert

AVANT-PROPOS

« L'adolescent qui découvre son homosexualité fait l'épreuve de la solitude: cela est toujours douloureux. Pour rompre cet isolement, il y a, naturellement, les livres: votre bibliothèque homosexuelle vous normalise et, surtout, elle vous donne des compagnons. Mais il est possible et nécessaire de dépasser ce réconfort initial et de lire ces auteurs autrement. Sur ce point, il faut être même intransigeant. Si vous classez Proust parmi les gay writers, c'est une insulte que vous faites à la littérature. L'art existe pour jeter un pont entre les hommes, pour rendre habitable notre monde, pour éclairer l'existence. C'est un espace d'amitié et non d'identités closes. Si, sous couvert d'une indispensable reconnaissance, on soumet la littérature à l'esprit de ghetto, cela devient épouvantable. »

Ces quelques lignes du philosophe français Alain Finkielkrautl résume bien les réticences - compréhensibles - que quiconque peut éprouver face à la volonté - tout aussi compréhensible - de créer une nouvelle distinction dans l'histoire de la littérature. En effet, quoi de plus réducteur et dangereux (le repliement, naturel néanmoins, est la pire attitude de toute minorité) que de vouloir étiqueter un Proust, pour reprendre l'exemple de Finkielkraut ou un Lorca comme écrivains de « littérature homosexuelle ». D'ailleurs, qu'entend-on par cette expression? Il faut tout d'abord ne pas confondre le thème de l'homosexualité en littérature et la question de la littérature homosexuelle, le premier n'étant qu'un critère d'évaluation de la seconde, à l'instar de l'homosexualité de l'auteur, de celle du

1. Martel Frédéric, Le rose et le noir. Les homosexuels en France depuis 1968, Seuil, Paris, 1996, p. 173.

héros (s'il existe), voire du public concerné. Par ailleurs, on peut se demander si une littérature homosexuelle est identique à une littérature gay ou à une littérature lesbienne? Ce jeu sur les termes n'est pas si anodin, car il apparaît que «dans la littérature gaie et lesbienne, le sujet homosexuel se veut un sujet, un individu qui tente de réaliser librement son projet d'être, alors que dans la littérature homosexuelle au sens restreint, le sujet homosexuel est davantage objet, davantage soumis à l'aliénation sociale et au regard d'autrui. »1 Différence d'époque en somme, différence de style aussi: du silence rompu et de la haine envers soi-même pas encore totalement refoulée aux oeuvres sur la maladie (SIDA), en passant par l'écriture de l'aveu et de l'exaltation des plaisirs, il apparaît clairement qu'il n'existe pas une littérature homosexuelle mais plusieurs comme il existe d'ailleurs une pluralité d'hétérosexualités. Une seule chose semble néanmoins être une constante: la douloureuse découverte de sa « différence» qu'engendre l'homophobie de la société. Est-ce suffisant pour qualifier un livre d'homosexuel? Je ne le crois pas. Néanmoins, cette distinction, qui n'est pas nouvelle, existe déjà, et depuis fort longtemps dans les pays anglo-saxons, stimulée par les Lesbian and Gay Studies qui, par ailleurs, commencent à émerger - péniblement - en France, malgré leur ? intérêt et importance indéniables-. Aux Etats-Unis, l'existence viscérale de groupes d'intérêts particuliers, de lobbies, a entraîné la présence, dans toute librairie généraliste, de rayons noir, juif, féministe, gay, etc., et la création de maisons d'éditions spéciali1. Tin Louis-Georges, « La littérature homosexuelle en question », Homosexualités: expression/répression, dir. de Louis-Georges Tin, Stock, Paris, 2000, p. 243. Voir aussi Alas, Leopoldo, « Existe-t-il une littérature homosexuelle? », Les gays savoirs, dir. de Patrick Mauriès, Le Promeneur/Centre Georges Pompidou, Paris, 1998, pp. 30-35. 2. Les Lesbian and Gay Studies regroupent les travaux sur l'homosexualité en histoire, littérature, sociologie, etc. Voir Badinter Elisabeth, XY. De l'identité masculine, Le Livre de Poche, Paris, 1992, pp. 167-172 ; ainsi que Eribon Didier, Papiers d'identité. Interventions sur la question gay, Fayard, Paris, 2000. 10

sées dont la fondation remonte aux années 60, ainsi que de collections particulières chez presque tous les éditeurs généralistes!. En France, le phénomène est nouveau maIS ne manque pas de dynamisme. Suite à la création des Editions Geneviève Pastre, des Editions Gaies et Lesbiennes, de Double Interligne, de KTM (résolument lesbienne !), Bali and a sorti, il y a quelque mois, sous la direction du tonitruant Guillaume Dustan, Le Rayon gay devenu depuis Le Rayon... La collection n'est cependant pas homogène car l'excellent Peau de la Nordaméricaine Dorothy Allison côtoie de véritables outrages à la littérature. Être homosexuel n'accorde pas, de droit, du talent... Revenons aux réflexions de Finkielkraut. Elles ont le mérite d'attirer l'attention sur le problème de la construction de l'identité du jeune homosexuel - phénomène qui se trouve au cœur de l'écriture chez un homosexuel - et sur la nécessité de s'entourer de compagnons de route. C'est précisément là où se situe l'intérêt - le seul à mon avis - de l'usage et de l'instauration d'une classification concernant la littérature homosexuelle. Une telle distinction permettrait, dans les librairies notamment, de rencontrer plus facilement, dans une société où le sujet, quoi qu'on en dise, reste encore tabou, des personnages et situations identiques et parallèles à celles qu'on vit, un réconfort dans une solitaire mais primordiale quête ontologique. Aussi, en définitive, malgré mes propres contradictions et réticences, je dois bien avouer que l'idée ne manque pas d'attrait et d'utilité, et que, peut-être, l'horrible étiquette « littérature homosexuelle ou gay ou lesbienne ou... », sous son apparence choquante, n'a comme seul propos que la fin d'une hypocrisie silencieuse. Dans une telle perspective, je suis assez d'accord avec le jeune écrivain québécois Pierre Salducci quand il dit que «plus que jamais, la littérature gaie a besoin de références. Elle a besoin d'être pensée et structurée. Illustrée. Défendue. Elle a besoin de

I. Levisalles Nathalie, «US Gay Home », entretien avec Richard Labonté (25/02/1999), Libération, février 1999. Il

connaître son histoire, une histoire qui reste presque tout entière à écrire, ne serait-ce que pour savoir d'où elle vient, quels sont ses représentants, ses fondateurs, ses pionniers, ses lettres de noblesse, car elle en a, mais aussi, bien sûr, afin de déterminer quelles sont les perspectives d'avenir qui s'ouvrent à présent devant elle. »1 Le tout est de ne pas tomber dans l'obnubilation communautaire et que ce ne soit là qu'une étape vers la saine indifférence sociale.

Ces quelques réflexions ne nous éloignent pas du propos de ce volume. Il m'est apparu essentiel en effet, dans le contexte de la nouveauté que constitue la publication de cet ouvrage pour les études françaises consacrées aux mondes hispaniques, de prévenir les attaques éventuelles. Nombreux sont ceux qui ne conçoivent pas l'homosexualité comme objet d'étude intéressant et porteur. Libres à eux de le penser mais les articles réunis ici démontrent pourtant le contraire. Derrière cette attitude qui peut se comprendre se cache néanmoins, bien souvent, une homophobie patente. Ce n'est que depuis quelques années que les hispanistes et américanistes français commencent à s'intéresser au thème de l'homosexualité, que ce soit en littérature, en histoire, en anthropologie ou en sociologie. On ne sera donc pas surpris que parmi les six universitaires qui ont accepté de participer à ce projet, cinq proviennent du monde anglo-saxon (Etats-Unis d'Amérique et Australie) où, dès 1973 avec la fondation de la Gay Academic Union, à New York, puis du département de Gay Studies au City College de San Francisco en 1989, ces recherches qu'aujourd'hui nous connaissons sous le nom de Lesbian and Gay Studies ou Gender Studies ont fait leur apparition. La France est à la traîne, situation paradoxale alors que nombreuses sont les recherches anglo-saxonnes qui s'ap-

1. Salducci Pierre, « Présentation Montréal, 1999, p. 6.

», Ecrire gai, dir. de Pierre Salducci, Stanké,

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puient sur des auteurs français comme Foucault, Derrida ou Wittig]. Gageons que ce recueil d'études principalement littéraires commencera à combler ce vide et suscitera nouveaux projets dans un contexte où tout reste à créer. de

N.B.

1. Bard Christine et Nicole Pellegrin, « Introduction », Clio. Femmes travesties un «mauvais genre ii, 1999, nOlO,p. i2.
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LES REVOLUTIONS SEXUELLES DE 1848 Désir, lutte des classes et histoire imaginaire dans Face à un homme armé de Mauricio Wacquez

Daniel Balderston Université de l'Iowa L'amour d'un adolescent n'est jamais l'objet principal du récit Michel Foucault

Face à un homme armé (Parties de chasse de 1848) est un roman de 1981 de l'écrivain chilien Mauricio Wacquez qui s'apparente quelque peu à une version gay du Roland, narrée par un aristocrate français Jean de Wam{ Les images centrales de « chasser» et « être chassé» sont développées sur un large fond historique qui s'étend des révolutions de 1848 à la guerre franco-prussienne et aux guerres mondiales du XXe siècle. L'intérêt du roman repose sur la manière avec laquelle la réflexion historique autour de la lutte des classes, la violence et la trahison se fondent dans une réflexion plus intime sur la séduction et la possession sexuelle2. Le choix, comme point de dépati, des révolutions manquées de 1848, semble être motivé par le célèbre début du Dix-huit
1. Les autres oeuvres de Wacquez incluent Cinco y una ficciones (1963), Excesos (1971), Paréntesis (1975) et Ella 0 el sueÎÎo de nadie (1983). Il a enseigné la philosophie à l'Université Nationale du Chili, à l'Université de La Havane et à la Sorbonne. 2. Le roman se caractérise par un grand nombre de changements qui vont et viennent entre la narration à la troisième personne focalisée sur Jean de Warni et la narration à la première personne où il raconte l'histoire. Par exemple, à]a page 14, on trouve cinq changements de point de vue, bien que tous soient des changements de voix, selon la terminologie de Genette, plus que de focalisation.