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REPRESENTATIONS, PRATIQUES ET IDENTITES PROFESSIONNELLES

De
224 pages
La recherche présentée dans cet ouvrage privilégie l'étude des relations entre représentations, pratiques et identités professionnelles en interaction avec un contexte de travail. A cette occasion, il s'interroge plus largement sur la production et la transformation des professionnalités, tant sur le plan théorique que sur le plan praxéologique, ce qui intéresse aussi bien la formation que les pratiques nouvelles de développement des compétences.
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REPRESENTATIONS,

PRATIQUES

ET IDENTITES

PROFESSIONNELLES

Action et savoir dirigée par J.-M. Barbier, P. Caspar, O. Galatanu et G. Vergnaud

C'est une collection d'ouvrages de recherche s'adressant particulièrement à des professionnels et à des chercheurs intéressés par la théorisation de l'action et des situations concrètes dans les champs de pratiques contribuant explicitement aux transformations identitaires individuelles et collectives, notamment dans les domaines de l'enseignement, de la formation et du développement des compétences. Elle s'intéresse notamment à l'analyse des processus, des pratiques, des dynamiques de changement et à toutes les questions scientifiques, épistémologiques et méthodologiques qui leur sont liées. Elle est construite sur l'hypothèse de rapports étroits et réciproques entre engagement de l'action et production de savoir.

J.-M. Barbier, Situations de travail et formation,

1996.

@ L'Harmattan, 1997 ISBN: 2-7384-5040-7

Jean-François BLIN

REPRÉSENTATIONS,

PRATIQUES

ET IDENTITÉS PROFESSIONNELLES

Editions L'Harmattan 5-7, rue de l'Ecole-Polytechnique 75005 Paris

L 'Hannattan INC 55, rue Saint Jacques Montréal (Qc) - Canada H2Y

SOMMAIRE
A V ANT PROPOS. .. ... ... .. ... ... ... .. ... ... .. ... ... ... .. .. .... .. ... ... ... .. ... .. .. .. .. ... ... .. .. . ... .. ... 9

M. Bataille
I NTR 0 D U crI ON . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 13

CHAP. I : LES ACTIVITES PROFESSIONNELLES
In trod ucti on

ET LEUR ANALYSE

...

... ... ..

...

... ... ..... ... ... ..... ... .. ... ... ... ..... ... ... ..... ... .. 25

I. CHANGEMENT ET COMPLEXITEDE L'ACTIVITE PROFESSIONNELLE:
~

29 30 30 31 32 36 41 47 48 49 52 55 58

le cas de la rénovation de l'Enseignement

Agricole»

1. La rénovation: "une machine à poser des questions" 1.1.Un processus de type « recherche-dével oppemen t» 1.2.Change ments prescrits 1.3.Régulations de terrain 2. Des théories explicatives trop réductrices 3. Du changement à la signification des pratiques
II. LE
SYSTEME
~

DES ACTIVITES PROFESSIONNELLES:

un référent

théorique»

1. Deux approches des activités professionnelles 1.1.Le regard de la sociologie 1.2.Le regard de la psychologie du travail 2. L'intérêt d'un regard psychosocial 3. Une analyse psycho sociale des activités professionnelles
CHAP. II : LES REPRESENTATIONS
In tr od u c ti 0 n

PROFESSIONNELLES
67

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ..

I. DES REPRESENTATIONS PROFESSIONNELLES

SOCIALES AUX REPRESENTATIONS

1. Rappels synthétiques sur les représentations sociales 2. Une double approche des représentations sociales
II. SPECIFICITE DES REPRESENTATIONSPROFESSIONNELLES

69 70 74 79 81 83 85

1. Le contexte professionnel 2. Les acteurs et les groupes professionnels 3. Les objets professionnels

III. CARACTERISTIQUES 1. Les con ten us

DES REPRESENTATIONS

PROFESSIONNELLES

87
87

. ... .. ... .. .. ... . . ... .. .. ... .. ... .. ... .. .. ... .. ... .. .. ... .. ... .. ... .. .. ... ..

2. Les niveaux d'analyse 3. Les fonctions
CHAP. III : REPRESENTATIONS PROFESSIONNELLES ENS EIGNANTS
ln tr od ucti on

90 94
DES

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ..

99

I. Du CONCEPT ALACONTEXTUALISATION 1. Les représentations dans les activités enseignantes 2. La contextualisation au champ de l'enseignement agricole
II. L ES REPRESENTATIONS ENSEIGNANTES DANS L'ENSEIGNEMENT AGRICOLE.

101 102 107
109

1. Les représentations pédagogiques 2. Les représentations de la profession 3. Les représentations de l'équipe 4. Deux représentations professionnelles autonomes
CHAP. IV : RELATIONS ENTRE REPRESENTATIONS PROFESSIONNELLES
In tr od u c ti on

111 117 123 127
ET PRATIQUES

... .. ... ... ... .. ... ... .. ... ... ... .. ... ... .. ... ... ... .. ... ... .. .. .. .. ... .. ... ... ... .. ... ... ..

133

I. REPRESENTATIONS ETPRATIQUES PROFESSIONNELLES 1. La notion de pratique professionnelle 2. Théori ser les pratiques 3. L'interaction représentations et pratiques 3.1. L'agir instrumental 3.2. L'agir communicationnel
ll. REPRESENTATIONS ET PRATIQUESENSEIGNANTES

135 135 139 143 146 148 153 154 154 155 156 158 161 163 164 164

1. Description des pratiques dans l'enseignement agricole 1.1. pratiques liées à l'évaluation certificative 1.2. pratiques liées à l'action modulaire 1.3. pratiques liées à l'action didactique .. 2. Relations entre représentations et pratiques enseignantes 3. Pratiques communicationnelles 4. Engagement dans les équipes 4 .1. engagement attitudinal 4.2. engagement comportemental

CHAP. V: RELATIONS ENTRE REPRESENTATIONS PROFESSIONNELLES
In tr od u c ti on

ET IDENTITES

... .. ... ... ... .. ... ... .. ... ... ... .. ... ... .. ... ... ... .. ... .. . .. ... ... ... .. .. . ... ... .. ... ... ..

169

I. REPRESENTATIONS ETIDENTITES PROFESSIONNELLES 1. Le contexte professionnel 2. De l'identité sociale aux identités professionnelles 3. Identités et représentations professionnelles
II. REPRESENTATIONS ET IDENTITES ENSEIGNANTES

171 171 178 185 189 190 190 191 193 193 195 201

1. Une identité collective de compromis 1.1. dans les représentations pédagogiques 1.2. dans les représentations de la profession 2. Des identités professionnelles de consensus 2.1. description 2 .2. analyses 2.3. synthèse des relations entre représentations et identités

CONCLUSION
I. DEVELOPPER LA PROFESSIONNALITE 207

1. La professionnalité est une question politique 2. Le développement professionnel
II. UN DISPOSITIF DE PROFESSIONNALISA TION

207 210 213 213 213 215 215 216

. 1. Une pré-professionnalisation en extériorité institutionnelle 2. Une initiation professionnelle par alternance 3. Un développement professionnel permanent . la formation continue . l'accompagnement professionnel

ORIENTATIONS BIBLIOGRAPHIQUES

219

A V ANT

- PROPOS
Michel Bataille

Le livre de Jean-François Blin est un aboutissement, comme Ble dit lui-même, mais aussi un point de départ. Il est l'aboutissement de l'inscription d'une recherche personnelle dans une problématique d'équipe. Il expose le bilan actuel des résultats de ce . travail. Il fait le point. Il est donc sans doute le point de départ d'une nouvelle démarche, relativement prévisible, d'un auteur plutôt prolifique décidé à répondre jusqu'au bout à l'exigence de théorisation des situations concrètes de travail dans un monde en profonde transformation.
J.F. Blin a tenu à remercier l'équipe REPERE - CREFI dans son introduction. Et il a souhaité que je rédige un avant-propos situant son ouvrage dans le cadre de celle-ci. J'ai répondu à cette demande d'autant plus volontiers qu'elle correspond bien à mon vécu, comme on dit. Le déjà vieux responsable d'équipe de recherche que je suis dispose de suffisamment de recul pour considérer les trajectoires dans leur durée longue. Une problématique d'équipe se construit sur la base des intérêts de recherche de son directeur, lesquels sont altérés, au sens noble où J. Ardoino aime à utiliser ce mot (transformés par l'alter) un peu par les circonstances de la vie et beaucoup par ses compagnons de voyage. Certains restent, plus ou moins près, d'autres partent, plus ou moins loin. Chacun appose sa marque sur un édifice collectif en permanente construction. Le directeur n'est finalement que le garant de la permanence de cette construction, en maintenant le fil rouge qui trame les altérations successives. Il y a plus de vingt ans, je faisais partie d'un groupe qui travaillait sur les représentations et les projets professionnels dans un labo de psychologie sociale où des collègues ont modélisé un Système des Activités auquel il est fait explicitement référence. Il y a plus de dix ans, j'étais l'un des animateurs d'une équipe (ARPEGE) qui a contribué à mieux connaître les processus d'innovation, et dont la plupart des membres, soit dit en passant, ont bâti leur vie professionnelle sur les compétences développées dans le travail de l'équipe. Comme il l'indique dans son introduction, J.F. Blin a entrepris voici plusieurs années une analyse des pratiques enseignantes dans le contexte de la rénovation de l'enseignement agricole. Enseignant lui-même, dans l'enseignement agricole justement, il a vite compris que l'intelligibilité des pratiques

9

de ses pairs nécessitait la mise en place de conditions de mise à distance. Mes propres travaux et les options théoriques et méthodologiques de l'équipe lui ont paru pouvoir garantir ces conditions: centration sur le développement professionnel, sur les rapports entre les représentations et les projets, sur les processus d'innovation, modélisation de la recherche-action comme méth 0dologie d'innovation, épistémologie de l'analyse de l'implication... Il est venu me proposer son projet de doctorat, dans un cadre contractuel avec le Ministère de l'Agriculture. Les commandes de ce Ministère ont donc été traitées dans l'équipe REPERE principalement par J.F. Blin. Ces travaux ont conduit à plusieurs rapports d'expertise, et il a soutenu sur leur base une excellente thèse 1. Chemin faisant, pendant et après sa thèse, parce que le traitement de sa question de départ l'exigeait, parce que la problématique d'un laboratoire est en permanente construction collective, je le répète, et (aussi, peut-être surtout) parce qu'il se sent bien dans un tel travail, il s'est investi considérablement dans la conceptualisation transversale, apportant une contribution décisive à l'élaboration d'un modèle d'analyse du Système des Activités Professionnelles (le SAP). Et il a fait l'effort de l'écrire, dans l'esprit de planter un jalon pour lui-même bien sûr, mais du même coup aussi pour l'équipe. L'idée de livrer le produit actuel de ce travail a été activée par une opportunité : celle de le publier dans une collection dirigée par le responsable de l'une des rares équipes de sciences de l'éducation qui mènent des recherches sur des objets proches, en dehors du champ scolaire et/ou didactique. L'éducation contiént aussi la formation et même ce que l'on appelle maintenant (on peut discuter le terme, mais c'est un autre débat) « l'insertion ». Et les sciences de l'éducation regroupent des enseignantschercheurs d'inscriptions disciplinaires diverses (philosophes, historiens, psychologues, sociologues, économistes, didacticiens, etc.), qui ont en commun le goût du regard multiréférentiel pour « lire» les situations complexes, et la conviction praxéologique que cette « lecture» doit être capital isée par une double écriture: l'une en direction de la communauté scientifique, l'autre à destination des acteurs de la réalité sociale. Ils croient en l'idéal
1 BLIN JF. (1994). Représentations, identités et pratiques professionnelles Université de Toulouse-Le Mirail, thèse de doctorat en sciences de l'éducation. des enseignants.

BLIN JF.(1995). Identités, représentations et pratiques professionnelles des enseignants de l' enseignement agricole. Rapport d' expertise pour le Ministère de l'Agriculture, 1995, Toulouse, REPERE-CREFI, 228p. + annexes, préface de M. Bataille. BATAILLE M. et al. (1996). Etude statistique d' expertise pour le Ministère de l'Agriculture, BLIN JF. et al. (1996). culture, 1996, Toulouse, Etude prévisionnelle REPERE-CREPI, des élèves de BTA. Evolution sur JO ans. Rapport 1996, Toulouse, REPERE-CREPI, 83p. + annexe. des difficultés 9Op. + annexes. de mise en place du baccalauréat

professionnel dans l'enseignement

agricole. Rapport d' expertise pour le Ministère de l' Agri-

10

démocratique, qui finalise l'exercice de la confrontation des points de vue au service d'un projet d'autonomisation des acteurs. Il est inutile d'en dire plus sur ce point, sauf pour indiquer que le présent ouvrage s'inscrit bien dans le champ des sciences de l'éducation. Le modèle psychosocial d'analyse des activités professionnelles qui y est proposé est issu du croisement de plusieurs systèmes explicatifs, et du travail de mise en cohérence de l'objet, de la théorie et de l'empirie. Il est confronté ici au terrain de la rénovation de l'enseignement agricole parce que tel a été jusqu'alors le point d'application principal de la recherche personnelle de J.F. Blin. Mais sa portée est plus générale, comme l'auteur réussit à le montrer au fil des pages, prudemment mais fermement.' Notre équipe, lui y compris, s'emploie actuellement à en tester la pertinence sur d'autres champs professionnels, dans les domaines de la santé, du travail social, de l'entreprise, etc., en prenant soin de spécifier les contextes de changement ou d'innovation qui les caractérisent et les enjeux correspondants. L'un des mérites de J.F. Blin est d'avoir su les mettre en lumière dans le domaine qu'il a étudié, avec le souci constant de dégager les lignes de force de la transférabilité de cette approche. Parallèlement, chaque pilier du Système des Activités Professionnelles est l'objet d'un approfondissement conceptuel et empirique: représentations professionnelles, identités, pratiques, implications, compétences, savoirs... D'autres publications, collectives, sont en chantier. Ce livre inaugure ainsi de belle façon une série qui, je l'espère, sera cohérente et utile. En dénommant REPERE2l'équipe actuelle, j'ai voulu (entre autres) autant faire un clin d'oeil aux anciens compagnons qu'indiquer aux nouveaux leurs racines. Ils ne m'en voudront pas de me référer encore à E. Littré, pour qualifier cet ouvrage en dépassant la connotation heuristique du sigle, au premier degré: "repère : terme d'arts et de métiers. Marque faite à différentes pièces
d'assemblage pour les ajuster plus facilement.
"

Le livre de J.F. Blin est, en ce sens, un repère sur un jalon.

2 Représentations

et Engagements

Professionnels,

leurs Évolutions:

Recherches,

Expertise.

INTRODUCTION

Pendant longtemps, le travail a été pensé comme une activité sociale obéissant à des règles spécifiquement définies par les obligations des procès de production et suffisamment contraignantes pour ne laisser que peu d'espace de liberté aux acteurs. Une vision déterministe de cette activité, sans prise en considération des individus et des groupes humains la mettant en oeuvre, en a découlé. Les premières analyses ont reposé sur l'aspect instrumental et fonctionnel du travail, d'autant qu'elles devaient satisfaire aux exigences d'une rationalisation scientifique. Inscrites dans cette logique qui perdure dans certaines entreprises, les compétences de travail sont souvent décrites au moyen d'un référentiel stable, découpé en fonctions justifiées par les exigences de production. Or une profession se caractérise par des compétences spécifiques à partir desquelles des individus se reconnaissent et se nomment, par delà leurs contextes d'exercice. La confusion entre activités professionnelles et activités de travail tient au fait que ces questions sont généralement traitées sous forme de gestion prévisionnelle des emplois et des compétences. Mais une profession n'est ni assimilable à un emploi ni réductible à un travail car les professionnels détiennent une spécificité technique associée à une composante identitaire. En conséquence, puisqu'il met en relation des acteurs individuels et collectifs avec des contextes de travail différenciés, l'exercice professionnel ne peut se réduire à des comportements soumis à de simples déterminations mécanistes. Par ailleurs, une partie importante de la professionnalité se construit par expérience, c'est-à-dire dans l'exercice concret du travail, en interaction avec d'autres professionnels. Aussi, la question de la professionnalité, autrement dit des multiples compétences mises en jeu dans le travail, ne peut être séparée de la question du sens que les professionnels accordent à leurs pratiques et à leurs interactions professio nnelles. Aujourd 'hui, la tertiairisation croissante du travail, les nouvelles logiques de production et la multiplication des informations véhiculées par les technologies modernes conduisent à une transformation des activités de travail et au développement des pratiques communicationnelles. Les changements bousculant les champs professionnels sont plus rapides et ne peuvent être réduits aux progrès technologiques car ils ressortent aussi, des nouvelles formes d'organisation, des compétences mobilisées dans les situations de travail et des identités activées dans des enjeux de pouvoir. Étant devenue le trait dominant de l'environnement, la capacité d'une organisation à s'adapter, intégrer ou anticiper le changement s'affirme chez les décideurs comme étant le facteur déterminant de son succès. Informations et soutiens deviennent les 15

moyens grâce auxquels doivent s'effectuer les ajustements des individus aux nouvelles situations, aux méthodes de travail et au « changement de mentalités ». La problématique du changement est devenue la problématique des pédagogies du changement perpétuant une orientation orthopédique. Or nombre de changements butent sur une image simplificatrice de la rationalité des pratiques professionnelles, généralement envisagées selon un schéma moyens-fins. Rompre avec cette rationalité simplificatrice, c'est prendre en compte le monde subjectif des acteurs. La crise économique, en se traduisant par la montée du chômage, réactive le travail comme valeur déterminante de la visibilité et de la reco nnaissance sociale. Les modes d'action et de pensée liées aux logiques de production, les stratégies menées par les acteurs collectifs, les coopérations au sein des organisations, renforcent le fait que l'espace du travail est un lieu où s' élabore ~n système de liens sociaux et où se développe un construit social relativement autonome. En même temps, la situation générale de crise provoque une dégradation des liens symboliques unissant les individus et les groupes au sein d'une organisation. La forte identification à l'institution de travail ne résiste pas à la précarité de l'emploi, aux multiples changements d'employeurs, voire à l'inculpation de certains dirigeants. Ainsi la mise en cause d'une identité d'entreprise, d'un « esprit maison» renforce les divergences intergroupes. Le lieu de travail comme espace social de rapports individuels et collectifs est porteur d'un potentiel de redéfinition des identités et le champ professionnel est devenu un espace de productions identitaires précieuses, d'autant qu'elles assignent, aux individus et aux groupes, des positions sociales déterminantes dans les enjeux sociétaux. Par ailleurs, l'élargissement des champs professionnels à de nouvelles fonctions tend à faire émerger des professionnalités reposant sur l'exercice de compétences inhabituelles et à l'origine de nouvelles identités professionnelles. Si ces évolutions supposent l'extension des bases professionnelles, elles demandent, conjointement, la production de repères rappelant aux acteurs la spécificité et donc la signific ation basique de leur profession. Succédant aux tentatives de rationalisation du travail, peu adaptées aux nouveaux modes de production et aux changements organisationnels, le développement de l'autonomie dans l'exercice du travail entraîne un regain d'intérêt pour les pratiques, les identités et leurs soubassements cognitifs. Conséquemment, les modèles mécanistes deviennent inefficaces pour anal yser des activités professionnelles qui ne sont jamais des structures totalement déterminées par les contraintes de production mais des construits sociaux élaborés dans des contextes de travail. Aussi, les professionnels s'interrogentils lorsque des différences apparaissent dans leurs manières d'exercer leurs 16

activités ou lorsque de nouveaux enjeux identitaires se dessinent. Si les professionnels sont souvent en situation de changement, ce qui est modifié, ce n'est pas tant les particularités d'une façon de travailler que les manières dont ils se représentent la nouvelle situation de travail. En dépassant une conception fonctionnaliste des activités professionnelles, en mettant en exergue les compétences collectives construites dans l'expérience accumulée des situations de travail, il devient possible d'entendre le sujet « professionnel» comme un être socialement inséré et de proposer des approches pluri-explicatives des situations professionnelle articulant l'individuel et le social. En conséquence, les questionnements se portent non seulement sur la nature des pratiques décrites mais aussi sur les raisons de leur mise en oeuvre; de ce fait, les situations professionnelles soulèvent de nouvelles questions porteuses d'enjeux scientifiques et sociaux:
. comment les individus exercent-ils une même profession dans des contextes différenciés par des enjeux sociaux, des relations de pouvoir, des contraintes matérielles et normatives? quelles significations donnent-ils à leurs manières d'exercer leurs activités professionnelles? . confrontés à des prescriptions institutionnelles véhiculant des idéologies parfois non partagées, comment les mettent-ils réellement en oeuvre et pourquoi agissent-ils de cette façon? . lorsque de nouvelles activités affectent les pratiques, comment sont-elles appropriées et s'intègrent-elles avec les systèmes de valeurs, de croyances, de normes préexistantes? . comment les systèmes d'emprise des institutions mais aussi des groupes d'appartenance, en orientant les manières de faire, viennent-ils travailler les cadres de références et les repères professionnels? Comment la professionnalité est-elle retravaillée par les effets de contexte? . comment des identités multiples sont m.obilisées dans les situations de travail et comment sont-elles construites par les individus? Comment des groupes au sein d'un même collectif de professionnels se différencient-

ils?
théoriques et quels outils d'analyse sont susceptibles de rendre compte de l'exercice professionnel et de sa signification? Quels outils proposer aux acteurs pour comprendre les situations professionnelles dans des systèmes de production à complexité croissante?

. quelles constructions

17

. Quels dispositifs de développement de la professionnalité bles de répondre aux nouveaux besoins des organisations aux nouvelles aspirations des individus?

sont susceptide travail et

L'exercice professionnel pose bien la question de sa finalité: au nom de qui et de quoi parle-t-on? pour qui et pour quoi agit-on? Le simple énoncé de; ces questions montre l'ampleur du travail et demande d'outiller notre façon de penser les situations professionnelles par des cadres, des concepts et des méthodes d'analyse, de manière à mieux comprendre les phénomènes qui y sont liés. Le travail de problématisation a engagé vers des choix théoriques en inscrivant lentement la lecture du réel dans une approche psychosociale, laquelle circonscrit l'objet dans une forme, en ne renonçant pas pour autant au pluralisme explicatif à l'intérieur de cette forme. L'ancrage théorique s'affirme tout à la fois comme la volonté délibérée d'une lecture orientée du social, toujours irréductible à une approche, et, en même temps, l'indispensable prise en compte de la multidimensionnalité de l'objet investi. Selon cette perspective, l'exercice professionnel n'est pas réduit à des suites d'opérations obéissant à des prescriptions; le sujet est entendu comme pouvant être agent, acteur ou auteur, selon la situation concrète où il agit et selon la représentation qu'il s'en fait. Située dans le champ des activités professionnelles et s'appuyant sur le modèle du « Système des Activités Professionnelles» comme référent théorique, la recherche présentée dans cet ouvrage privilégie l'étude:
des relations entre représentations, pratiques et identités Jrofessionnelles en interaction avec un contexte de travail

Cette grille d'analyse se propose d'être, parmi d'autres, une modalité d'explicitation des situations professionnelles et de la dimension tacite des professionnalités construite par l'expérience. Si analyser les relations entre représentations, pratiques et identités professionnelles c'est s'interroger, d'une certaine manière, sur la production et la transformation des professionnalités on peut comprendre l'intérêt de ce champ d'études non-seulement pour le champ scientifique mais pour l'ensemble des champs professionnels. En effet, la question de la professionnalité interroge directement, d'une part, le champ du travail qui s'intéresse actuellement aux actions de développement des compétences, d'autre part, le champ de la formation qui tente de construire ses plans de formation à partir de l'analyse des situations réelles d'exercice professionnel. 18

Notre projet fait suite à une commande de la Direction Générale de l'Enseignement et de la Recherche du Ministère de l'Agriculture visant une meilleure connaissance des pratiques enseignantes après mise en oeuvre d'une rénovation pédagogique. Il est vite apparu que les activités enseignantes complexes et diversifiées supposaient un outil d'analyse prenant en considération leur multidimensionnalité. Un tel constat a permis de préciser la définition de notre objet de recherche: il ne s'agissait plus pour nous d'évaluer les effets d'une réforme sur des pratiques mais de construire un modèle théorique facilitant la compréhension des activités professionnelles. Si les données factuelles présentées dans ce travail sont attachées à l'enseignement agricole, ce n'est pas pour s'enfermer dans les particularités d'un terrain singulier mais parce que la rénovation a été une situation obI igeant à des transformations de représentations, de pratiques et d'identités que nous avons longuement observées. Ce terrain était une occasion pour con struire un modèle d'analyse des activités professionnelles lequel aspire cependant, à une large transférabilité aux autres champs professionnels. Le laboratoire R.E.P.E.R.E., développe, actuellement, des travaux confrontant le modèle théorique à d'autres champs d'activités aussi diversifiés que ceux des infirmières, des météorologistes, des travailleurs sociaux, des agriculteurs... Les concepts de représentations, pratiques et identités professionnelles sont mis à l'épreuve dans des recherches inséparablement théoriques et empiriques.

Le système des représentations, pratiques et identités professionnelles nous paraît pouvoir être un outil d'analyse, parmi d'autres, pour les hommes d'action ne se soumettant pas aux justifications réductrices des logiques économiques, gestionnaires et technologiques imposées dans les contextes de travail. En proposant un éclairage nouveau à ceux qui exercent des activités professionnelles et vivent des situations toujours singulières, nous ne cherchons pas à les déposséder de leurs savoirs. Nous espérons les convaincre que cette grille de lecture a son utilité dans la compréhension des problèmes professionnels et qu'elle peut efficacement participer à la conception de dispositifs mettant en relation des personnes, des groupes et des organisations.

19

L'ensemble du travail d'investigation s'est voulu mise en relation - ou mieux, en cohérence - entre objet de recherche, théorie et empirie. Afin de rendre compte de cette alternance permanente entre des questionnements de terrain et une construction conceptuelle et pour satisfaire à une double exigence - production de connaissances à visée scientifique et transfert des outils d'analyse dans les milieux professionnels - l'ouvrage présent se structure en cinq chapitres: Le premier chapitre renvoie à une élaboration affinée de la problématique et à la construction d'un modèle d'analyse des activités professionnelles dont il convient d'éclairer les contours, ainsi que les choix théoriques. Ce faisant, c'est aussi l'histoire d'un questionnement pratique et conjoncturel, mûri en une problématique plus théorisée, plus généralisée dans ses derniers avatars. L'ambition est donc d'exposer le procès de production théorique dans ses méandres et ses interrogations menant d'une question de départ inscrite dans une logique d'action à une problématique de recherche relevant d'une logique de connaissance. Dans le deuxième chapitre, nous nous attacherons à spécifier le concept de représentations professionnelles et de le légitimer par rapport au champ des activités professionnelles pour en faire un outil d'analyse opérant. Le troisième chapitre confrontera les propositions théoriques à l'empirie de l'enseignement agricole. Après avoir contextualisé la problématique générale et présenté le dispositif méthodologique nous développerons les analyses multidimensionnelles des représentations, enseignantes. Dans le quatrième chapitre, nous tenterons de convaincre que l'étude différentielle des représentations professionnelles informe sur la façon dont les acteurs et les groupes professionnels se construisent des identités multiples et se forgent un savoir orientant leurs pratiques instrumentales et communicationnelles. Ce dernier chapitre visera à examiner les hypothèses concernant les relations entre représentations, identités et pratiques professionnelles à l'éclairage du champ de l'enseignement agricole, particulièrement pertinent pour différencier des pratiques selon les systèmes d'emprise organisationnels et pour repérer des identités en cours de transformation. Enfin, la conclusion s'attachera aux retombées praxéologiques ouvertes par le modèle d'analyse des activités professionnelles dans les enjeux de formation et de professionnalisation traversant le champ des activités de travail. 20

Je tiens à remercier ici tous ceux qui m'ont aidé et encouragé dans l'écriture de cet ouvrage. Le travail présent est l'aboutissement de quatre années de rencontres qui ont toutes contribué, de diverses manières, à lui donner forme. L'équipe R.E.P.È.R.E - C.R.E.F.I., qui a supporté avec patience les questionnements permanents et les exposés successifs d'une recherche en construction. Merci plus particulièrement à Michel Bataille, Directeur de cette équipe de recherche, pour ses conseils éclairés et ses encouragements amicaux qui m'ont guidé tout en me laissant libre. Jean-Marie Barbier, dont les critiques rigoureuses ont contribué à l'amélioration de la qualité de cet ouvrage. Anne-Marie Hermet dont les patientes lectures et relectures ont été d'une aide appréciable et dont l'écoute chaleureuse et le réconfort moral, maintes fois prodigué, a autorisé ce travail.