Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 19,99 € Lire un extrait

Téléchargement

Format(s) : EPUB

avec DRM

Requiem pour l'espèce humaine

De
272 pages
Le monde est en train de basculer dans un avenir hostile. Notre obstination à tirer profit de la planète au-delà des limites supportablespar son écosystème a déclenché des effets indirects si dramatiques que la crise climatique menace désormais notre existence. Nous avons nié cette réalité. Nous avons ignoré ou accueilli avec lassitude les signaux d’alarme des climatologues, refusé de remettre en cause le dogme de la croissance et l’obsession consumériste. Nous devons maintenant en mesurer les conséquences pour le 21e siècle et agir afin de tirer le meilleur parti de l’inéluctable. Un propos courageux,un livre d’utilité publique.
Voir plus Voir moins

Vous aimerez aussi

Le Populisme climatique

de editions-denoel

Demain

de editions-actes-sud

Couverture
Couverture

Requiem
pour l’espèce humaine

Faire face à la réalité
du changement climatique

Clive Hamilton

Traduit de l'anglais (Australie)
par Jacques Treiner et Françoise Gicquel

Catalogage Électre-Bibliographie (avec le concours de la Bibliothèque de Sciences Po)

Requiem pour l’espèce humaine : Faire face à la réalité du changement climatique / Clive Hamilton ; traduit de l’anglais (Australie) par Jacques Treiner et Françoise Gicquel ­ Paris : Presses de Sciences Po, 2013.

ISBN papier 978-2-7246-1401-5
ISBN pdf web 978-2-7246-1402-2
ISBN ePub 978-2-7246-1403-9
ISBN xml 978-2-7246-1404-6

RAMEAU :
– Climat : Changements : Aspect social
– Climat : Changements : Aspect environnemental
– Réchauffement de la Terre : Aspect social
– Vingt-et-unième siècle : Prévisions

DEWEY :
– 363.7 : Problèmes de l’environnement
– 304.2 : Écologie humaine
© Clive Hamilton 2013
Originally published in English as Requiem for a Species, by Allen & Unwin, 2010.

© Clive Hamilton 2013
Originally published in English as Requiem for a Species, by Allen & Unwin, 2010.

La loi de 1957 sur la propriété intellectuelle interdit expressément la photocopie à usage collectif sans autorisation des ayants droit (seule la photocopie à usage privé du copiste est autorisée).

Nous rappelons donc que toute reproduction, partielle ou totale, du présent ouvrage est interdite sans autorisation de l’éditeur ou du Centre français d’exploitation du droit de copie (CFC, 3, rue Hautefeuille, 75006 Paris).

© Presses de la Fondation nationale des sciences politiques, 2013

Préface

Lorsque des faits sont très alarmants, il est plus facile de les réinterpréter ou de les ignorer que de les regarder en face. Peu de gens dans le monde ont vraiment pris conscience de la réalité du réchauffement climatique. Certes, mis à part les « climato-sceptiques », nous ne mettons guère en doute les calamités que les climatologues n’ont cessé d’annoncer. Mais les accepter sur le plan intellectuel, ce n’est pas la même chose que d’accepter sur le plan émotionnel la possibilité que le monde tel que nous le connaissons aille droit vers une fin horrible. Il en est de même de notre propre mort ; nous « savons » tous qu’elle va survenir, mais ce n’est que lorsqu’elle est imminente que nous nous confrontons au sens véritable de notre condition de mortel.

Au cours des cinq dernières années, chaque avancée ou presque de la science du climat a donné une image plus inquiétante du futur. Les climatologues les plus éminents sont arrivés à la conclusion que le monde était en marche vers un avenir extrêmement pénible et qu’il était trop tard pour l’arrêter. Derrière leur apparent détachement scientifique, ils trahissent un état de panique à peine voilé. Aucun d’entre eux ne veut dire publiquement ce que révèle la climatologie : nous ne pouvons plus empêcher un réchauffement climatique qui provoquera, au cours de ce XXIe siècle, une transformation radicale du monde, le rendant bien plus hostile et bien moins favorable au développement de la vie. Comme je vais le montrer, il ne s’agit plus d’une anticipation de ce qui pourrait advenir si nous n’agissons pas rapidement ; cela va arriver, même si l’on retient les hypothèses les plus optimistes concernant la réaction du monde face aux ruptures climatiques.

La conférence de Copenhague de décembre 2009 était le dernier espoir de voir l’humanité s’éloigner de l’abîme. Mais les principales nations polluantes n’ont pas été capables de prendre l’engagement ferme de réorienter leurs économies vers une diminution rapide de leurs émissions nocives. À la lumière de l’urgence extrême qu’il y avait à agir, la conférence de Copenhague nous a donné le sentiment d’être les témoins non pas de l’Histoire en train de se faire, mais de sa fin.

Certains climatologues se sentent coupables de ne pas avoir tiré le signal d’alarme plus tôt, car nous aurions eu alors la possibilité d’agir. Malgré nos prétentions à la rationalité, les faits scientifiques doivent lutter contre des forces plus grandes. Même si l’on ne peut ignorer les facteurs institutionnels qui ont empêché de réagir vite – le pouvoir de l’industrie, l’accroissement des financements politiques et de l’inertie bureaucratique – il est vrai que nous n’avons jamais vraiment cru les avertissements désespérés des scientifiques. L’optimisme irraisonné n’est pas seulement l’une des plus grandes vertus de l’humanité, c’est aussi l’une de ses plus dangereuses faiblesses. Primo Levi cite un vieil adage allemand qui résume bien notre résistance psychologique aux avertissements des scientifiques : « Nicht sein kann, was nicht sein darf1 »

Dans le passé, les avertissements concernant l’environnement ont souvent pris un ton apocalyptique, et l’on peut comprendre que l’opinion publique les ait accueillis avec une certaine lassitude. Cependant, le changement climatique se distingue des autres menaces environnementales, car ses risques ont été systématiquement sous-estimés à la fois par les militants et, jusque très récemment, par la plupart des scientifiques. Les militants de l’environnement, qui sont par nature des optimistes, ont été lents à accepter toutes les implications des analyses scientifiques et ont craint de paralyser le public en l’effrayant trop fortement. Avec un accroissement des émissions globales de gaz à effet de serre dépassant aujourd’hui les scénarios les plus pessimistes d’il y a quelques années, et avec la perspective de franchir bientôt des seuils qui déclencheront des changements irréversibles du climat, il est clair que les Cassandre – les pessimistes du réchauffement climatique – ont vu juste, et que les Pollyanna – les optimistes – ont eu tort. Dans la mythologie grecque, Apollon donne à Cassandre le don de prophétie, mais comme elle ne répond pas à son amour, il la condamne à ce que ses prophéties ne soient jamais crues. J’ai le sentiment que les climatologues qui, pendant deux décennies, n’ont cessé d’alerter le monde au sujet du réchauffement climatique et de ses conséquences doivent se sentir, aujourd’hui plus que jamais, des Cassandre accablés par la malédiction d’Apollon.

Ouvrages et rapports n’ont cessé d’expliquer, année après année, combien l’avenir était sombre, insistant sur le peu de temps qu’il nous restait pour agir. Ce livre analyse les raisons pour lesquelles nous avons ignoré ces avertissements. Il traite des faiblesses de l’espèce humaine, de la perversité de nos institutions, de nos prédispositions psychologiques qui nous ont conduits sur un chemin suicidaire, de nos étranges obsessions, de notre penchant à ne pas voir les faits et, tout particulièrement, de notre arrogance. Il fait le récit de la bataille qu’ont livré notre capacité à raisonner et nos liens avec la Nature – des forces qui auraient dû nous conduire à protéger la Terre – avec notre avidité, notre matérialisme, notre perte de contact avec la Nature – les forces qui ont fini par triompher. Et il expose les conséquences de ces défaites au XXIe siècle.

Pendant quelques années, j’ai pu mesurer le fossé qui existait entre les actions que réclamaient les scientifiques et ce que nos institutions politiques pouvaient entreprendre – fossé probablement infranchissable. Mais je ne pouvais émotionnellement accepter ce que cela signifiait vraiment pour l’avenir du monde. Ce n’est qu’en septembre 2008, après avoir lu nombre de livres, rapports et articles scientifiques récents, que j’ai finalement accepté de basculer et de prendre acte du fait que nous n’allions tout simplement pas agir à la mesure requise par l’urgence. La détermination de l’humanité à transformer la planète pour son propre profit matériel a déclenché des effets indirects d’une ampleur si spectaculaire que la crise climatique menace désormais l’existence de l’espèce humaine. Pour une part, je me suis senti soulagé : soulagé d’admettre enfin ce que mon esprit rationnel n’avait cessé de me dire ; soulagé de ne plus avoir à gaspiller mon énergie en faux espoirs ; et soulagé de pouvoir exprimer un peu de ma colère à l’égard des hommes politiques, des dirigeants d’entreprises et des climato-sceptiques qui sont largement responsables du retard, impossible à rattraper, dans les actions contre le réchauffement climatique. Mais pour une autre part, le fait d’admettre la vérité m’a plongé dans état de désarroi qui a duré presque aussi longtemps que l’écriture ce livre. Pourquoi donc l’écrire ? J’espère que les raisons apparaîtront clairement aux lecteurs.

Accepter la réalité du changement climatique ne signifie pas que l’on ne doit rien faire. On peut au moins retarder les pires effets du réchauffement en réduisant, rapidement et très sérieusement, les émissions globales. Mais tôt ou tard, il faudra regarder la vérité en face et tenter de comprendre pourquoi nous avons laissé se créer la situation dans laquelle nous nous trouvons. Cet ouvrage tente non seulement de répondre à cette nécessité mais aussi de mesurer ce qui nous fait face, pour permettre de mieux nous y préparer.

Je serai sans aucun doute traité de prophète de malheur. Au cours de l’histoire, il y a toujours eu deux sortes de prophéties du malheur. Les unes, comme celles des sectes de l’Apocalypse, sont construites sur la croyance en une « vérité » révélée par une puissance surnaturelle ou par les élucubrations d’un chef charismatique. Tôt ou tard, les faits parlent d’eux-mêmes et la prophétie se révèle fausse. Les autres sont fondées sur la possibilité d’un désastre réel mais dont la probabilité est exagérée. Les communautés de « survivalistes » se sont ainsi développées pendant la guerre froide parmi ceux qui étaient convaincus qu’une guerre nucléaire allait éclater et qu’elle conduirait à la fin de la civilisation. Le risque était bien réel, mais la plupart des gens ne lui donnaient pas une telle ampleur, et les survivalistes furent traités à raison de Cassandre. L’exemple vaut aussi pour quelques menaces, faibles mais réelles, qui ont conduit certains à prévoir la fin du monde – le bug de l’an 2000 et la collision avec un astéroïde.

Jusque récemment, le réchauffement climatique appartenait à la seconde catégorie de prophétie catastrophique, et quiconque prédisait la fin de la civilisation moderne se voyait reprocher d’exagérer les risques connus, à juste titre puisque les prévisions en vigueur concernant le réchauffement indiquaient qu’une action rapide avait une bonne chance d’empêcher un changement dangereux. Mais au cours des dernières années, les prédictions des scientifiques sur la question sont devenues beaucoup plus solides et beaucoup plus alarmistes ; des changements importants et irréversibles sont désormais attendus plus tôt. Après une décennie marquée par la quasi-absence d’actions concrètes, même en retenant les hypothèses les plus optimistes concernant la probabilité que le monde prenne les mesures nécessaires, et même en supposant qu’il n’y ait rien que nous « ignorions ignorer », un changement climatique aux conséquences dramatiques est aujourd’hui à peu près certain.

Dans ces conditions, refuser d’accepter que nous allons affronter un avenir très désagréable devient une attitude perverse. Un tel déni suppose une interprétation délibérément erronée de la science, une vision romantique de la capacité des institutions politiques à agir, ou encore la croyance en une intervention divine. Les Pollyanna du climat adoptent la même tactique que les prophètes de malheur, mais à rebours : au lieu d’exagérer un très petit risque de désastre, elles en minimisent un très grand.

Ce livre poursuit trois objectifs. Le premier, objet du chapitre 1, est de présenter les faits montrant qu’il est trop tard pour empêcher des changements considérables du climat terrestre. Une telle analyse est nourrie des études de la science du climat les plus sérieuses dont nous disposons. Ceux qui voudront me reprocher d’être trop pessimiste devront expliquer en quoi elle est fausse. Les vœux pieux n’y suffiront pas. Bien que je me sois efforcé de réduire l’usage des chiffres et du jargon, ce chapitre est plus technique que le reste de l’ouvrage, tout en demeurant, je l’espère, à la portée des lecteurs non spécialistes.

Le deuxième objectif, dont traitent les chapitres suivants, est d’expliquer pourquoi l’humanité n’a pas réussi à réagir à la menace que représente le réchauffement climatique pour sa survie. Ces chapitres examinent l’obsession moderne pour la croissance et l’énorme importance symbolique du PIB, ainsi que la façon dont la consommation est devenue, dans les sociétés riches, inséparable de la construction de l’identité personnelle ; ils traitent également de notre tendance à adopter différentes formes de déni et d’évitement afin d’édulcorer les vérités qui dérangent. J’y examine comment, sous l’effet de toutes ces forces, l’homme moderne s’est déconnecté du monde naturel au point de perdre le sens de ce qui est important.

Mon troisième objectif est d’aider le lecteur à prendre conscience des implications du grand bouleversement climatique qui va se produire au cours du siècle. Pour ce faire, dans la partie centrale du livre, j’expose les manœuvres de négation et de dissociation que nous déployons si habilement. Face à la réalité d’un climat perturbé, nous avons le choix entre des stratégies d’adaptation ou des stratégies pernicieuses. Même si le désespoir est humain, comme je l’explique dans le dernier chapitre, il va bien falloir que nous acceptions la situation nouvelle à laquelle nous sommes confrontés, et commencions à agir pour en tirer le meilleur parti. Nous devons nous battre, car il n’y a aucune raison de nous soumettre passivement aux faits.

Même si l’analyse se concentre sur les causes sous-jacentes, il est important de rappeler que la raison la plus flagrante de « notre » échec à agir sur le réchauffement global a été l’action politique soutenue et souvent impitoyable des grandes entreprises qui se sont senties menacées par la perspective d’un redéploiement vers des systèmes énergétiques peu ou pas consommateurs de carbone. De nombreux auteurs et journalistes ont mis au jour leur rôle2. Le constat est évident, et si certains méritent d’être jetés dans les feux de l’enfer, ce sont bien les dirigeants de compagnies comme ExxonMobil, Rio Tinto, General Motors (GM), Peabody et E.ON, ainsi que leurs lobbyistes professionnels et leurs directeurs des relations publiques. Tout cela va sans dire, du moins dans cet ouvrage. Mais nous avons laissé ces gens-là empêcher les gouvernements d’agir contre le réchauffement climatique. Cela laisse perplexe. Nous aurions pu manifester devant les parlements, occuper les centrales à charbon et envahir les quartiers d’affaires, en exigeant que nos représentants adoptent des lois musclées pour protéger l’avenir de nos enfants. Mais nous ne l’avons pas fait. Pourquoi ? J’espère apporter à cette question des réponses convaincantes.

1. Ce qui ne doit pas être ne peut pas être, NdT.

2. Par exemple, Ross Gelbspan dans Boiling Point, New York (N. Y.), Basic Books, 2004, et Guy Pearse dans High and Dry, Londres, Penguin, 2007.

Domaine Développement durable

Dirigé par François Gemenne

Les Migrations environnementales

Christel Cournil et Benoît Mayer

Collection Bibliothèque du citoyen

2014 / ISBN 978-2-7246-1490-9

Contre vents et marées

Politiques des énergies renouvelables en Europe

Aurélien Evrard

Collection Académique

2013 / ISBN 978-2-7246-1335-3

Peut-on sauver les forêts tropicales ?

Instruments de marché et REDD+ versus principes de réalité

Romain Pirard

Collection Nouveaux Débats, no 35

2013 / ISBN 978-2-7246-1406-0

Penser la décroissance

Politiques de l’Anthropocène

Agnès Sinaï (dir.)

Collection Nouveaux Débats, no 31

2013 / ISBN 978-2-7246-1300-1

Controverses climatiques, sciences et politique

Sous la direction d’Edwin Zaccai, François Gemenne et Jean-Michel Decroly

Collection Académique

2012 / ISBN 978-2-7246-1239-4

Nature et Souveraineté

Philosophie politique à l’heure de la crise écologique

Gérard Mairet

Collection Bibliothèque du citoyen

2012 / ISBN 978-2-7246-1240-0


Consultez toutes nos parutions sur www.pressesdesciencespo.fr  

Un pour Un
Permettre à tous d'accéder à la lecture
Pour chaque accès à la bibliothèque, YouScribe donne un accès à une personne dans le besoin