Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 19,50 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

Résilience en santé mentale et groupes d'entraide

De
256 pages
La résilience des troubles psychiatriques. La double enquête menée à la Maison des usagers de Ste Anne montre l'ampleur du mouvement « recovery », le rétablissement, qui nous vient des pays anglo-saxons : double regard à la fois de l'intérieur et de l'extérieur sur des processus dynamiques. Comment accompagner au mieux le « rétablissement » ? En quoi consiste-t-il ? Et quelles perspectives apportent les neurosciences ?
Voir plus Voir moins

Agnès BOUSSER,
avec la collaboration du Dr Emma BeetlestoneRsiliene
en santé menta e
et groupes d’entraide Rsiliene
Un formidable espoir se lève pour la psychiatrie de demain : la en santé entale
maladie mentale n’est plus une fatalité. La résilience des troubles
psychiatriques est possible et peut devenir une norme si la société et groupes d’entraideperçoit les diférents enjeux de manière systémique : résiliences
psychoafective, socioculturelle et neuronale. La double enquête
temenée à la Maison des usagers de S Anne, par une usagère
rétablie de la psychiatrie et une psychiatre, montre l’ampleur du
mouvement « recovery », le rétablissement, qui nous vient des pays
anglo-saxons : double regard à la fois de l’intérieur et de l’extérieur
sur des processus dynamiques.
Les récits de témoignages de proches et de patients permettent
de mieux cerner le phénomène de résilience en santé mentale.
Comment accompagner au mieux le « rétablissement » ? En quoi
consiste-t-il ? Et quelles perspectives apportent les neurosciences
pour envisager l’action des soignants et l’évolution des diverses
thérapies ?
Biologiste retraitée du CNRS, Agnès Bousser est bénévole à la Maison
tedes usagers de S Anne à Paris : elle côtoie des patients et leurs proches,
pour les informer, les soutenir. Elle-même vit le «r établissement » d’un
trouble bipolaire.
Le docteur Emma Beetlestone a efectué son enquête à la même MDU, afn de
soutenir sa thèse en psychiatrie sur le thème « Entraide et psychiatrie ». Elle travaille
à l’heure actuelle à Lille sur un programme pilote, « Un chez-soi d’abord », pour la
réinsertion de SDF atteints de troubles psychiatriques.
Illustration de couverture : aquarelle de l’auteur
ISBN : 978-2-336-00497-6
9 782336 00497626 €
cémlcclléé
Agnès BOUSSER,
avec la collaboration du
R si ien e en santé menta e et groupes d’entraide
Dr Emma BEETLESTONE




























































































RÉSILIENCE EN SANTÉ MENTALE
ET GROUPES D’ENTRAIDE




























Agnès Bousser
Avec la collaboration du Dr Emma Beetlestone










RÉSILIENCE EN SANTÉ MENTALE
Et GROUPES D’ENTRAIDE





















































© L'Harmattan, 2012
5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2- 336-00497-6
EAN : 9782336004976






REMERCIEMENTS


Je tiens à remercier toutes les personnes qui ont accompagné l’élaboration de
cet ouvrage. C’est aussi un peu leur œuvre dans la mesure où elles ont eu
envie que soit connu et reconnu le message d’espoir qu’il porte.
Un grand merci au Dr Emma Beetlestone pour avoir partagé son savoir et
m’avoir fait confiance.
Une marque toute particulière d’amitié pour les responsables de la Maison
des Usagers de Ste Anne, Aude Caria et Céline Loubières, qui m’ont facilité
les contacts avec les autres bénévoles des groupes d’entraide et m’ont
soutenue. Je n’oublie pas les animateurs d’Argos 2001 qui m’ont si gentiment
encouragée. Tous ont répondu présents pour débattre, encourager, fournir des
documents. Grâce à la chaude amitié présidant à nos rencontres, et au soutien
efficace de tous, j’ai eu le courage de poursuivre jusqu’au bout l’entreprise.
Merci à ceux qui ont livré un peu de leur vie dans leur témoignage. Sans
eux, sans leur parcours de résilience, nous ne pourrions envisager le
rétablissement comme le chemin devant s’ouvrir systématiquement, et d’une
manière quasi banale, pour toute personne entrant dans le circuit
psychiatrique.
Que mes amis : Jacques Lefèvre et Félix Soussan soient également
remerciés pour leurs échanges fructueux en ce qui concerne l’interface
neurosciences/psychologie.
Une mention particulière va à mes amis lecteurs et correcteurs : Monique
Laporte, Annick et Alain Crépy. Leur amitié et leur patience m’ont aidée à
dépasser mes doutes, à persévérer.
Sur le plan personnel, je salue l’endurance de ma famille et de mes amis :
ils ont accepté ma moindre disponibilité auprès d’eux, afin de me laisser me
concentrer autour de ce projet. Je leur exprime ici ma profonde gratitude.

7








PREFACE


Aborder la résilience en santé mentale, que d’autres appellent le
rétablissement, c’est enfin se poser la bonne question. La résilience, c’est le
bien-être dans toutes les dimensions de la personne et pas seulement au vu
d’un seul critère ou d’un seul point de vue. Pour les médecins, qui apprennent
les maladies avec leur cortège de symptômes, « aller mieux » correspond à une
diminution ou à un arrêt des symptômes de la maladie. Pour l’entourage, c’est
être capable d’avoir de bonnes relations avec ses proches et reprendre son rôle
social. Pour la société, c’est avant tout ne pas troubler l’ordre public et coûter
le moins d’argent possible.
Le point de vue le plus important est bien sûr celui du malade. Mais est-il
en capacité de s’exprimer (capacité en lui-même, et accès à un lieu de
parole) ? Et s’il a cette double capacité, est-il écouté ?
Le livre d’Agnès Bousser exprime ce point de vue des personnes qui ont
souffert ou qui encore souffrent de maladie mentale. On y entend aussi celles
de leurs proches, souvent les parents ou plus rarement les conjoints.
Et qu’entend-on ? De la souffrance liée à la maladie mais encore une autre
souffrance en lien avec l’incompréhension de ce qui arrive quand la maladie
apparaît. Mais Agnès Bousser porte surtout son intérêt sur les facteurs qui ont
contribué à la résilience. Là encore, elle met en lumière la nécessité de
comprendre pour pouvoir arriver à l’acceptation.
Ce livre s’adresse à toutes les personnes concernées par la maladie
mentale, aussi bien les personnes touchées par une affection, leurs proches,
mais aussi les professionnels psychiatres, soignants, en service de psychiatrie.
Et enfin aussi aux « décideurs », c’est-à-dire ceux qui orientent les politiques
de santé en faisant des choix sur la mise en place ou non d’aides spécifiques en
matière de santé de mentale.
Aux malades, elle donne des clefs pour réussir à combattre la maladie. La
phase d’acceptation est essentielle, elle peut être longue. Plusieurs facteurs
peuvent y contribuer. Agnès Bousser rapporte comment les associations

9


d’usagers peuvent avoir un rôle positif à travers leur écoute et leur parole
compréhensive et qui ne juge pas.
Aux proches des malades dont l’incompréhension est doublée d’une
culpabilité. Ils sont à la recherche de solutions pour aider leur parent malade.
Trop souvent, ils se sentent exclus des soins alors qu’ils sont souvent les
personnes qui accompagnent le quotidien, qui sont en première ligne dans les
situations de crises.
Aux professionnels, en rapportant des parcours de vie et en détaillant les
facteurs de résilience, elle remet le soin à la place où il est « dans la vraie vie »
c’est-à-dire comme un facteur essentiel, contributif, mais pas suffisant : à eux
seuls, les soins, les soignants n’ont pas la capacité de faire accéder à la
résilience. En prendre conscience est fondamental et invite à une meilleure
collaboration avec les autres acteurs de la résilience (le patient dans sa
dimension d’individu, les proches, les associations, etc…).
Agnès Bousser souligne l’apport des associations d’usagers ou de proches
de malades. Dans les « chemins » de Vincent, Adrienne et les autres, le contact
avec l’association a souvent été un moment déclencheur dans le parcours vers
la résilience. Elle représente un lieu d’écoute « neutre », un lieu où l’on se sent
compris, où il n’est pas nécessaire de cacher des parties de soi-même. On y
trouve une aide que les services de soins ne savent pas donner. Dans ce sens,
Agnès Bousser met en question le professionnalisme des soignants, donneurs
de soins, en l’opposant aux relations qui se nouent au sein des échanges dans
les associations où il s’agit d’une relation « cœur à cœur » et d’une attitude de
« prendre soins ».
Gageons que ce livre ouvrira des horizons à ceux qui sont prêts à évoluer
dans leur façon de penser.
Docteur Corinne Launay
Psychiatre praticien au centre hospitalier à Sainte Anne à Paris







INTRODUCTION


A un certain moment de ma retraite, les circonstances m’ont placée à un
carrefour de mon existence. Suite à des évènements personnels, j’ai eu
envie d’exercer une activité d’entraide. C’est ainsi que je suis devenue
en 2009, bénévole à Argos 2001, association pour personnes souffrant
de troubles bipolaires et leurs proches. C’est là que j’ai pu constater, in
vivo, un phénomène de résilience en santé mentale. C’est du moins ce
que mes lectures assidues des ouvrages de Boris Cyrulnik me
suggéraient. Au bout d’un an, mon démon scientifique du « comment
ça marche ? » a refait surface, car j’entrevoyais une possibilité de
cohérence entre mes lectures diverses (en particulier en neurosciences
et en psychologie), et mon acquisition d’apprentissages par le biais de
plusieurs formations.
Le psychiatre Serge Tisseron souligne dans son « Que sais-je ? » : La
(1)Résilience , combien ce concept se révèle « fourre-tout » en psychologie et
en sociologie. Cependant, ce terme est entré dans le langage courant pour
signifier la possibilité de rebond après de graves difficultés. Cet état des lieux
me donna envie de proposer une vision intégrative de notre condition
humaine, en considérant l’aspect biologique de la question. Toutefois,
l’enquête d’investigation que je démarrai dans cette perspective s’est révélée
pleine de surprises et de bifurcations.
Ma fréquentation d’une association concernant la santé mentale où
j’accueille des personnes et anime des groupes de parole, m’a conduite à me
poser diverses questions. La maladie mentale fait peur parce qu’elle touche au
plus intime de la personne, à la fois à ses émotions mais aussi à son « système
de pilotage », à sa réflexion et à ses décisions, entachant ainsi autonomie et
responsabilité. De fait, la maladie mentale est non seulement stigmatisée par le
regard des autres, mais la honte induite entraîne un cortège d’états d’âme tels
que culpabilité, solitude et non-sens. Le malade entre alors dans un cercle
vicieux qui l’enferme encore davantage dans son tourment. Les proches,
déboussolés, développent une souffrance psychique en reflet.

11


J’ai constaté qu’il existe une autre voie qui consiste à prendre conscience
de sa fragilité et à l’accepter, ce qui peut ouvrir un chemin pour l’assumer.
L’entourage du patient est alors essentiel dans cette démarche. De manière très
précoce, dès les premiers symptômes et durant les premières semaines, des
aides concrètes doivent être fournies qui favoriseront l’acceptation et la
compréhension de la maladie pour lever le déni et retrouver progressivement
une autonomie mise à mal. Sinon, ce sont les chemins de la résilience qui
peuvent se fermer à jamais.
J’entends par résilience un processus qui permet, après un fort
traumatisme, de renouer avec la dynamique de la vie, de se reconstruire, de
restaurer joie de vivre et autonomie, dans l’ouverture aux autres. Le malade
psychiatrique a lui aussi cette « habileté » en lui. Il s’agit de se débarrasser,
d’effacer l’étiquetage fatal : « Je suis un malade mental », pour le remplacer
par : « Je suis un sujet à part entière, avec un trouble mental. J’ai la vie
devant moi et j’en suis l’acteur ». Cependant, on ne se débarrasse pas
facilement de l’étiquetage fatal, car outre l’acceptation des médicaments, cela
nécessite de sortir de la passivité pour apprivoiser sa maladie par un long
travail sur soi.
Par le biais des discours des malades présents dans les groupes de parole
des associations, on constate que l’institution psychiatrique s’avère bien
souvent dépourvue d’informations et de formations permettant de mobiliser
plus tôt « l’habileté à la résilience ». Elle peut au contraire être à l’origine
d’une passivité, d’une résignation qui entravera la marche vers le
rétablissement possible.
Quelles perspectives offre-t-on au malade mental ? Comment la volonté de
« s’en sortir » parvient-elle à émerger en dépit des nombreux écueils qui
risquent de faire trébucher le patient au sortir de l’hôpital ? Qu’il y ait
d’ailleurs hospitalisation ou pas, médicaments ou pas, le but à atteindre est
toujours de se réapproprier sa propre vie. Or, les groupes d’entraide détiennent
des clés essentielles, un savoir-faire spécifique qu’il s’agit d’approfondir.
Dans l’association Argos 2001, j’ai rencontré des « médiateurs de
résilience » parmi les bénévoles. J’ai découvert les patients mais aussi leurs
proches également concernés par leur propre résilience. Ici, les uns et les
autres apprennent à positionner différemment leur vie pour retrouver un
équilibre malgré les contraintes de la maladie psychique. Le GEM, « Groupe
d’Entraide Mutuelle » lié à cette association, offre aussi, par son accueil, son

12


soutien, ses nombreuses activités, la possibilité de garder un contact social et
de se rétablir.
Au bout d’un an, je suis devenue responsable du groupe de dix bénévoles
Argos, à la Maison Des Usagers (MDU) de l’hôpital St Anne à Paris, qui
ouvre des plages d’accueil à 14 associations concernant des pathologies
diverses. Dans ce cadre interassociatif, j’ai rencontré également d’autres
parcours de résilience dans la confrontation à la souffrance psychique. Cela a
élargi ma vision du problème au-delà du trouble bipolaire. Ces parcours ont
des aspects multiples mais je pense qu’il y a une unicité que j’aimerais faire
découvrir afin qu’un diagnostic ne tombe pas dans « le vide » mais soit suivi
de propositions concrètes. Comment mobiliser le plus tôt possible « l’habileté
à la résilience ? ». Car un être humain a dans ses aptitudes biologiques des
capacités de cicatrisation, de régénération de cellules, mais aussi la possibilité
de modifier ses automatismes mentaux par apprentissage. Les neurosciences
nous apprennent que la neuroplasticité et la neurogénèse mettent en
permanence à disposition de nouvelles potentialités pour évoluer. C’est ainsi
que j’ai eu envie d’appeler les neurosciences à la rescousse pour offrir un
cadre théorique et logique, différent de celui de la psychologie, pour aborder la
résilience.
Je me suis sentie l’âme d’une enquêtrice pour mieux cerner le phénomène.
Je me suis embarquée pour une aventure, un voyage, qui m’a menée plus loin
que je ne pensais pour envisager le phénomène de résilience en santé mentale.
Pour élaborer mes carnets de voyage, j’ai été obligée d’envisager, au fur et à
mesure, de nouvelles perspectives. A l’initial : « Comment ça marche
biologiquement ? », s’est superposée une enquête à travers diverses disciplines
des sciences humaines, m’obligeant à plusieurs reprises à reconfigurer mon
ouvrage. Durant deux années, il m’a suffi d’utiliser internet, des ouvrages
synthétiques sur des thèmes divers, des revues spécialisées et d’interroger des
personnes se sentant sur un chemin de résilience. Je me suis employée ensuite
à reconfigurer les notes pour en dévoiler la cohérence, par regroupement, selon
des items qui constituent autant de chapitres.
Un tournant important a été pris dans mon enquête lorsque je me suis
entretenue auprès des responsables de la MDU de mes aspirations d’écriture.
La coordinatrice me signala qu’une jeune femme, Emma Beetlestone, avait
rédigé un rapport pour son Master en Sciences Sociales et s’apprêtait à passer
son doctorat de médecine, spécialisation psychiatrie. Elle étudiait depuis 2008

13


le phénomène associatif en santé mentale avec un regard d’expert et devait
passer sa thèse sur le thème « Entraide et Psychiatrie » en décembre 2010. J’ai
assisté à sa thèse et nous avons fait plus ample connaissance. Sa thèse permet
de mieux mettre en perspective ces mouvements associatifs à la fois sur un
plan historique et institutionnel. Elle rend compte aussi, sous forme d’enquête,
de la connaissance/méconnaissance des psychiatres de Ste Anne, concernant
les mouvements d’entraide et l’existence de la MDU au sein de l’hôpital ainsi
que leurs interrogations et représentations concernant les associations. Cela
constitue en quelque sorte « un examen clinique » de ces rapports qui peuvent
osciller autour du « je t’aime/moi non plus ». Elle a accepté de collaborer à cet
ouvrage en rédigeant le chapitre 2. C’est grâce à elle que j’ai appris également
que le phénomène de résilience en santé mentale avait été largement abordé
par les Anglo-Saxons sous les termes de « recovery » et « empowerment »,
que l’on peut traduire respectivement par « rétablissement » et « reprise du
pouvoir sur sa vie ». J’étais émerveillée de rencontrer un fleuve de réflexions
autour de ce thème. Mais cela signifiait que je ne pouvais pas faire l’impasse
sur les dimensions psychosociales de l’enquête, qui prenait alors un tour
biopsychosocial.
Mon idée d’écrire cet ouvrage a suscité beaucoup d’enthousiasme de la part
des responsables et des bénévoles de la MDU. D’autres personnes, extérieures
aux groupes d’entraide, se sont mobilisées et m’ont servi de « pisteurs » pour
étayer mon enquête. C’est ainsi que cet ouvrage a pris une importante
dimension collective.
Ce livre se propose aussi d’explorer des parcours intérieurs à partir
d’histoires singulières, afin d’en tirer les « lois sous-jacentes » au phénomène
de résilience et d’aborder par ce biais le « comment ça marche ? » initial de
mon interrogation. Il s’agit en quelque sorte d’une enquête de terrain qui m’a
fourni la base indispensable à ma propre compréhension du phénomène de
résilience en santé mentale.
Le chapitre 1 essaie de décrire ma position « d’observateur inclus dans son
observation ». Il explique le pourquoi et le comment de mon implication. Il
explicite le moteur de ma motivation à me lancer dans une telle aventure. Ma
formation en biologie et ma spécialisation en physiologie et métabolisme me
prédisposent à voir les choses sous un angle intégratif et systémique, comme
une « science de l’entre-deux et de l’équilibre » qui permet de relier les
différents niveaux d’organisation d’un système vivant : le gène, la protéine,

14


l’organe, le système vivant dans son ensemble, ses rapports avec
l’environnement, son écologie et son évolution. Les maîtres-mots sont
régulation et homéostasie, intégration et coordination pour envisager un
fonctionnement global.
Dans le chapitre 2, la psychiatre Emma Beetlestone, grâce à son enquête de
terrain à la MDU, ayant servi de base à son master en Master en Sciences
Sociales et à sa thèse de médecine, nous aide à cerner le contexte des groupes
d’entraide et les recherches en sciences humaines suscitées par ce sujet. Elle
pose un regard « extérieur » sur les groupes d’entraide.
Le chapitre 3 propose à partir de mon regard « intérieur », de considérer les
groupes d’entraide comme « incubateurs de résilience », montrant comment,
par un contexte adapté à des personnes fragilisées, on peut mettre sur un
chemin de la résilience. Il montre aussi l’initiation et la stabilisation d’un
cercle vertueux de mieux-être, véritable résilience, chez certains participants.
Le chapitre 4 s’intitule : « Accompagner ou entraver la résilience ? ». C’est
là toute la question. Cet éclairage s’efforce, par multiples petites touches, de
montrer combien l’environnement de la personne souffrante devient rugueux,
semé d’embûches et combien notre société par son fonctionnement même,
entrave la résilience au lieu de l’accompagner. Le rôle des proches est
envisagé, celui des soignants aussi. Les associations d’entraide offrent une
solution en jouant un rôle d’interface et de tampon entre le patient et le reste
de la société, accompagnant le malade dans sa fragilité même. Cependant,
certaines personnes trouvent toutes seules un chemin de résilience, par la
volonté de comprendre, de donner du sens à leur parcours. Ont-elles un
secret ?
Le chapitre 5 propose une unité de cohérence pour cerner « le cœur du
problème et le florilège de pistes » que suppose le contexte social, pour ouvrir
les chemins de résilience aux souffrants de maladie mentale et à leurs proches.
Il s’agit d’autant de jalons pour l’accompagnement sociétal du phénomène de
résilience en santé mentale.
Le chapitre 6, « Des chemins en chemin », offre des récits de patients et de
proches s’étant mis en route pour tracer des parcours de résilience. Ont-ils eux
aussi des secrets ? Ce long chapitre constitue la matière première de ma propre
étude de terrain pour cerner la résilience en santé mentale. Ces personnes ont
vécu des moments douloureux mais elles ont trouvé les moyens de se restaurer
et de rebondir. Elles ont retrouvé leur dignité de sujet tout en restant

15


conscientes de leur vulnérabilité. Cependant, le chemin parcouru a valeur
initiatique : il les a transformées et les a fait se tourner vers les autres.
Au-delà de la multiplicité, peut-on envisager une unité au fonctionnement
de la subjectivité humaine, dont les racines seraient biologiques ? C’est ce à
quoi je tente de répondre dans l’annexe, où je propose une lecture revisitée de
divers travaux, pour proposer un angle de vue particulier, celui de l’évolution
darwinienne. L’annexe envisage la résilience en santé mentale au risque de la
biologie, sous le titre : « L’inconscient biologique ou le film des « je/jeux de
vie ? ». Grâce à un vagabondage au travers de nombreuses disciplines et en
particulier les neurosciences, je place sur le tableau noir de l’enquête quelques
fragments de pistes envisageables pour comprendre la cohérence de l’être
humain, ce « système adaptatif complexe ». Cela permettra de revisiter les
thérapies, ainsi que l’apport des groupes d’entraide dans cette nouvelle
perspective.





CHAPITRE 1

UN « OBSERVATEUR » INCLUS
DANS SON OBSERVATION


LES RESSORTS INAVOUABLES DE L’OBJECTIVITE

Pour mon enquête d’investigation, je me place en position d’observateur
interdisciplinaire et transdisciplinaire selon les circonstances, m’improvisant
anthropologue, ethnologue, sociologue, thérapeute, neuroscientifique pour
examiner le phénomène de résilience en santé mentale dans les groupes
d’entraide, ses paramètres, et le contexte sociétal de la psychiatrie en France. Il
s’agit d’esquisser une vaste fresque dont chaque motif demanderait un livre en
soi et nécessiterait la collaboration de spécialistes.
Ma motivation profonde pour écrire ce livre est le fruit d’une des
expériences les plus traumatisantes qui soit pour un être humain : celle de se
voir interner en hôpital psychiatrique, mon cerveau « ayant dérapé » en 1970
pour la première fois. Cela est arrivé depuis à plusieurs reprises et je suis donc
une usagère de la psychiatrie. Solitude, honte, culpabilité, deuil de mes
objectifs, deuil de la personne que j’étais ont été au rendez-vous : j’ai été
submergée par « l’anti-résilience ».
Or, le yoga a été un des éléments-clés qui m’ont permis de refaire surface
et d’apprendre progressivement à apprivoiser mon trouble (la bipolarité dont je
n’ai eu fortuitement le diagnostic qu’au bout de 39 ans lors d’un changement
de psychiatre !), sans l’aide d’un thérapeute, sans médicament pendant
longtemps, à une époque où j’ignorais ce que j’avais (une étiquette de
« psychose puerpérale » avait été délivrée et il avait été dit à mes proches qu’il
y avait un cas sur mille mais que la psychiatrie ne savait pas vraiment ce que
c’était).
En plus de mon travail à plein temps (ingénieur biologiste en physiologie
végétale au CNRS de 1968 à 2003), j’ai suivi une formation en cours du soir,
de professeur de Hatha-yoga (diplôme en 1977), puis j’ai moi-même donné

17


des cours et j’ai exercé pendant 9 ans, de façon ponctuelle, dans le cadre de la
fac où je travaillais et à la MJC de mon lieu de résidence. La pratique du
Hatha-yoga a initié ma résilience. Cela m’a donné une certaine connaissance
de l’être humain, quelques connaissances en psychologie et physiologie,
alimentées par des lectures.
Cette attitude préconisée dans le yoga où l’observateur est lui-même l’objet
de son observation me calmait, me relaxait, m’apprenait à me centrer
émotionnellement. Le docteur Lionel Coudron nous permet de faire le point
(2)sur cette discipline millénaire grâce à son livre La Yoga-thérapie , à la
lumière des découvertes récentes. J’ai initié ainsi une stabilisation qui semble
vouloir durer malgré quelques rechutes. J’ai effectué en parallèle avec une
sorte de rage, une recherche de sens pour comprendre ce qui m’était arrivé et
mettre des mots sur mon aventure tout en découvrant la psychologie. C’est
ainsi que je suis devenue boulimique d’informations dans des domaines très
variés ! La résilience s’est effectuée progressivement, entrecoupée parfois de
rechutes mais de moins en moins sévères, de plus en plus courtes, avec de
moins en moins de conséquences dépressives.
Il s’ensuit que toutes les pages qui suivent sont influencées par un ressenti
personnel, par mon propre vécu (voir chapitre 6 « le chemin de vie d’Agnès »,
parmi d’autres récits de résilience). C’est sur cette de ligne de crête instable,
entre vécu personnel et interprétation logique d’inspiration biologique due à
ma formation, que je désire dérouler le cadre de ce livre.
Tirer sur le fil du tricotage d’une vie, c’est prendre rendez-vous avec un
« historique reconstitué » par l’autobiographe, mais surtout avec une histoire
vécue de l’intérieur. Une histoire ressentie révèle les modulations des états
d’âme, les chemins de l’intériorité : c’est le reflet de l’adaptation à
l’environnement, qui s’opère dans un processus vivant, celui de l’équilibre
dynamique et fluctuant d’une météo intime se reconstruisant sans cesse,
malgré et au travers des ruptures dues à la maladie. Pour comprendre la
résilience en santé mentale, les neurosciences invitent à considérer l’être
humain comme un individu historique reconfigurant en permanence son
cerveau et donc susceptible d’évolution continue, grâce à des systèmes
régulateurs centrés sur l’homéostasie dynamique du corps (voir l’annexe page
161).
La maladie psychique introduit une rupture dans le mécanisme de la météo
intime et le risque est grand pour le cerveau de se coincer sur le « mode

18


angoisse, anxiété, douleur » entraînant alors un cercle vicieux de ruminations
ou de figement. Le cerveau peut se transformer en « jeteur de sort », induisant
un état où on ne vit plus que dans sa tête en oubliant son corps, en ne se
reconnaissant plus selon un continuum logique et quotidien au sein de sa vie
familiale et sociale.
Je me trouve ainsi dans cet ouvrage en position paradoxale : partie intégrée
du système, je me sens à la frontière d’un dedans/dehors où ma subjectivité et
mon objectivité s’entrecroisent sans que je puisse en démêler les proportions.
Il s’agira donc d’une approche qualitative de systèmes qui s’avèrent très
complexes et très vivants, en perpétuelle recherche d’équilibre, dans un
mouvement de construction scandé de ruptures et dont je donnerai des images
figées à un moment donné, pour mieux restituer ensuite les flux dynamiques
auxquelles elles appartiennent.


CADRE D’INTERPRETATION DU CONTEXTE

Toute observation est forcément colorée par des interprétations, des
ressentis, des grilles de lecture et une vision du monde, sorte de bouillon de
culture inconscient qui imprègne aussi bien nos sensations, nos émotions que
nos cognitions. En tant qu’occidentale ayant reçu une formation scientifique
de biologiste, des petits pilotes automatiques cognitifs, dûs à mes
apprentissages, se mettent naturellement en place pour observer, trouver des
régularités, repérer des processus, essayer de les interpréter, proposer une
grille de lecture par rapport à un contexte déjà balisé par d’autres.
L’observateur que je suis semble ainsi neutre, ne faisant pas partie intégrante
de l’observation. Cependant, la philosophie nous apprend que tout discours sur
les choses dépend du sujet, c’est-à-dire du regard et de la langue de celui qui
conceptualise.
Mon métier d’ingénieur biologiste en physiologie végétale au CNRS a
rencontré un paradoxe : pour étudier la vie, je suis obligée de mettre à mort, de
disséquer, d’analyser, d’isoler les paramètres les uns des autres pour les
quantifier : je perds ainsi des informations précieuses concernant l’interface
système vivant/environnement. C’est pourquoi je me suis intéressée à
l’analyse systémique qui envisage d’une manière globale les évènements pour
traquer les processus, les modes organisationnels, les biofeedbacks. Ma

19


spécialisation en physiologie et métabolisme oblige à voir les processus sous
cet angle intégratif et systémique. Les maîtres mots, pour la cohérence du
phénomène vie, sont régulation et homéostasie, intégration et coordination.
L’homéostasie tend à restaurer la constance du milieu intérieur par un
ensemble de processus dynamiques intégrés coordonnant l’intérieur et
l’extérieur, le système vivant et son environnement. L’homéostasie doit être
considérée comme un équilibre dynamique se restaurant au travers des
déséquilibres en coordonnant des flux et des processus.
L’homme reste la mesure de toutes ses observations : l’analyse oblige à
séparer ce qui est relié, et la vision en niveaux d’organisation, en différents
paramètres, n’est que la conséquence inéluctable de l’approche analytique,
forcément réductrice. Par contre, l’analyse systémique tente de rendre lisible
les processus, les flux et leurs interactions dynamiques.
A partir d’un angle d’approche systémique, j’ai élaboré très
progressivement un modèle baptisé « dynamiscope » en référence à l’ouvrage
(3)de Joël de Rosnay, le Macroscope qui dévoilait les arcanes de la systémique
au grand public de manière interdisciplinaire et transdisciplinaire. Mon modèle
a été construit à partir de la connaissance de la discipline scientifique
Ecologie, de la non séparabilité du système vivant/environnement, de ses
grands cycles et flux, de ses rythmes et alternances, de ses paradoxes de vie et
de mort, d’activation et d’inhibitions, de la répétition à l’identique du
génétique mais aussi de ses mutations, associées à la flexibilité de
l’épigénétique permettant adaptation et évolution. Ce modèle, tenant compte
de ces paramètres, proposait de dégager quelques concepts simples applicables
à toute approche confrontée à la complexité « d’un système adaptatif et
évolutif complexe », tenant à la fois compte du système lui-même mais aussi
de son environnement. Pour moi, l’étude d’un tel système complexe suppose
d’avoir en conscience la scène sur laquelle se déroulent les évènements et de
les appréhender selon une logique interdépendance/interactions/non-
équilibre/équilibre, selon trois modes organisationnels ré-organisation, auto-
organisation, éco-organisation, sur le modèle qu’Edgar Morin a développé
(4)dans sa Méthode . Mon modèle insistait sur le fait que l’observateur était
inclus dans l’observation et qu’il « colorait » de manière inconsciente l’objet
de son observation.
Le hasard et des rencontres ont voulu que ce soit l’entreprise qui se montre
avide de ces concepts. C’est ainsi que de 1988 à 1995 j’ai développé ce

20


nouveau regard en entreprise auprès de cadres et de patrons ainsi que dans un
organisme de formation. Le modèle s’utilisait comme une paire de lunettes
conceptuelles que l’on s’habituait à porter. J’ai obtenu du CNRS la possibilité
d’exercer cette activité à concurrence de 20% de mon temps.
C’est avec une telle approche systémique du « complexe adaptatif
humain » que j’envisage d’explorer le phénomène de résilience en santé
mentale tout le long du voyage que nous allons entreprendre ensemble, pour
esquisser une fresque, explorée à la fois de l’intérieur et de l’extérieur de
l’observateur que je suis.


UN ITINERAIRE DE DECOUVERTES ET
D’INVESTIGATIONS

Dans les chapitres qui suivent, le lecteur doit comprendre qu’il y a eu un
voyage personnel de sens et d’actions pendant trois années, de 2009 à 2012.
Trois petites années où j’ai rencontré mes pairs, les souffrants en maladie –
mentale – et leurs proches. C’est ce voyage que j’aimerais partager, mais aussi
une enquête pour pister les ressorts intimes de la résilience en santé mentale.
Le voyage a débuté à partir de la découverte de l’étiquette de mon trouble,
la bipolarité, en changeant de psychiatre et la découverte sur internet, en
septembre 2009, de l’existence d’Argos, une association pour personnes
atteintes de troubles bipolaires. J’étais dans une période où, retraitée et bien
occupée par diverses activités, j’ai été secouée par plusieurs deuils et maladies
de proches consécutifs. Suite à la rencontre fortuite lors d’une de mes
promenades, d’une vieille dame endeuillée et solitaire, j’ai eu envie de
m’impliquer dans une activité de bénévolat. Je pris contact avec Argos et je
proposai d’animer bénévolement des ateliers « Bien-être et équilibre » à base
de techniques de Yoga, de Tai Chi, d’automassages, etc. Mais ma proposition
n’a pas été retenue car jugée « trop thérapeutique » pour les finalités d’Argos.
On m’a proposé alors des fonctions d’accueil, d’animation de groupe de
paroles. J’ai reçu dans ce sens des formations pour ma pratique, aux frais de
l’association.
C’est ainsi que j’ai pu recueillir des informations utiles à ma
compréhension, au-delà de ma seule personne, sur la bipolarité en général,
mais aussi constater de visu une amélioration au fil du temps de l’équilibre des

21


personnes venant régulièrement. Cette expérience m’a permis d’être
confrontée aux vécus des personnes, à leurs émotions, à leurs interprétations,
au sens qu’elles donnaient à leur expérience de la maladie. Je me suis alors
trouvée en position d’« observateur privilégié » de la résilience potentielle du
même trouble chez d’autres personnes, et confortée dans la mienne par la
même occasion. J’ai pu constater l’actualisation du processus de résilience
chez certains, après un temps plus ou moins long. J’ai eu envie d’en explorer
les ressorts. Je me suis mise à lire, à assister à des conférences pour mieux
cerner le contexte dans lequel j’évoluais et pour m’aider à conceptualiser ce
que j’observais.
J’ai également un attrait de longue date pour les neurosciences. Je suis
friande d’ouvrages proposant des synthèses dans tel ou tel domaine et suis
abonnée à des revues spécialisées. A partir de mon expérience à Argos, je me
suis penchée davantage sur le problème de « l’appareil émotionnel » et de ses
implications sur « le système humain ». J’ai croisé mon regard avec un ami
physicien et un ami thérapeute, tous deux amateurs éclairés de neurosciences
et d’analyse systémique. Ma compréhension des émotions s’est affinée à leur
contact.
Suite à la lecture de deux ouvrages de CNV (Communication Non
(5) (6)Violente) de Marshall B. Rosenberg et Thomas d’Ansembourg , j’ai senti
le besoin de me former durant 6 jours (en juillet 2010) aux arcanes de ce type
de communication pour parfaire mon bagage de bénévole confrontée à la
détresse psychique. Il y avait une vingtaine de participants. Ce type de
communication implique quatre temps et se décline identiquement chez les
protagonistes de la relation et nécessite :
• d’observer la situation sans jugement, le plus objectivement possible
sans interpréter, comme le ferait une caméra.
• de ressentir ses propres émotions et leurs manifestations corporelles,
émotionnelles, cognitives.
• d’analyser à quels besoins profonds elles correspondent (ou hiérarchie
de besoins), selon une liste de critères.
• d’exprimer ou de formuler une demande en disant : « voilà ce que je
constate, et de ce fait, « je » ressens cela ; ce ressenti correspond chez
moi à tel besoin ; pourrais-tu... ? ». Cela évite les affrontements du
style : « tu…, tu…, tu… », où l’autre est accusé, entraînant une escalade
verbale. Ces procédés permettent d’apaiser la communication.

22


Lors de ce stage, à partir d’exercices à deux ou trois personnes, mais aussi
en groupes plus larges, j’ai pu comprendre que non seulement nombre de
petits logiciels parentaux m’habitaient inconsciemment, avec leur cortège de :
« il faut, tu dois, tu es, tu devrais... ils sont, ils doivent... » etc… Mais aussi
que tout un chacun traînait sa panoplie d’injonctions semblables, s’actualisant
sous des formes radicalement différentes selon les individus, toutes liées à leur
histoire personnelle et familiale. Le nombre de pleurs, de confidences, induits
par les exercices, montrait combien les émotions étaient au centre de l’être
humain, pivots incontournables de notre manière d’être au monde.
En 2012, une formation ultérieure à la CNV s’appuyant sur TIPI,
(7) (8)(Technique d’Identification sensorielle des Peurs Inconscientes m’a
permis de prendre conscience de tout « ce peuple de sensations corporelles très
diversifiées » qui nous habitent lorsque nous évoquons une situation
d’émotions négatives, de mauvaise communication, de phobies ou d’anxiété.
Le but étant de trouver ensuite les moyens de retourner à l’homéostasie du
corps, en laissant la dynamique des sensations se dérouler jusqu’à leur
apaisement, en quelques minutes, au lieu de les refouler inconsciemment.
Mon idée de livre a germé à la suite de mon premier stage CNV en 2010 :
j’ai eu envie de conceptualiser mon aventure à Argos par un ouvrage. Car je
pouvais observer in vivo les processus de résilience à l’œuvre ainsi que ce qui
favorisait ou entravait cette résilience, les facteurs internes à la personne mais
aussi ceux externes.
A ce moment de mon parcours et grâce à mon expérience de terrain auprès
de personnes bipolaires, je voulais enquêter sur les possibilités de liens entre la
psychologie et la physiologie humaine. A cette étape, mon enquête était alors
centrée sur le versant « biologie - psychologie ».


LE TERRAIN DE LA MDU ET UNE DOUBLE ENQUÊTE

En juin 2010, pas tout à fait un an après mon arrivée à Argos, je faisais
mon premier accueil pour Argos à la MDU (Maison Des Usagers) de l’hôpital
Ste Anne à Paris et découvrais son terrain inter-associatif de bénévoles et
d’usagers. J’élargissais ainsi ma réflexion à d’autres pathologies pour explorer
les processus de résilience en maladie mentale. Je devenais responsable pour
Argos auprès de la MDU (en octobre 2010) suite à la défection d’une

23


bénévole. A partir de la synergie et de l’amitié créées par les réunions inter-
associatives sous la houlette des responsables de la MDU, de nouvelles pistes
s’ouvraient à moi, plus « trans troubles ». Avec gentillesse, ouverture,
dynamisme, la responsable de la MDU et sa coordinatrice, mises au courant de
mon projet, m’encourageaient et me facilitaient des contacts. J’ai alors envoyé
un courriel aux bénévoles des autres associations présentes à la MDU :
« Je suis responsable du groupe Argos auprès de la MDU et je suis moi-
même touchée par le trouble bipolaire depuis 40 ans. J’envisage de faire un
ouvrage sur les parcours de reconstruction, de rétablissement des usagers en
psychiatrie. Il s’agit de montrer les chemins de résilience que chacun
accomplit dans son intériorité, aussi bien pour les patients que pour les
proches, également durement touchés. Mon objectif est de montrer les chemins
possibles pour donner de l’espoir aux personnes, mais aussi de donner à voir
aux institutions l’importance des associations dans la réappropriation d’une
identité abîmée par la maladie.
Je compte écrire des récits de vie à partir des rencontres que nous pouvons
avoir. Cependant, si certains veulent écrire à la première personne, cela peut
être bien aussi : j’ai imaginé un canevas très simple pour garder une
homogénéité à l’ensemble des récits de vie afin d’en tirer des enseignements.
J’ai déjà écrit mon propre récit de vie et l’introduction. Je vois un texte de 10
à 15 pages par personne. Bien sûr, la confidentialité des noms, des lieux sera
de mise.
Je pense en effet que nous devons être une force de propositions auprès des
institutions, pour une prise en charge allant en profondeur, au-delà du
traitement médicamenteux, afin de tenir compte de la spécificité de chacun.
Les responsables de la MDU m’encouragent et m’aident dans certaines
démarches. Tout ceci est un travail de longue haleine et demandera du temps,
car bien qu’à la retraite, j’ai de nombreuses autres activités qui aident à ma
stabilité.
J’espère que cette aventure vous tente et que nous pourrons la vivre
ensemble.
Bien amicalement ».

A la suite de ce courriel, nous nous sommes rencontrés lors d’un groupe de
paroles et le projet a pris corps tout naturellement, de nombreuses personnes
ayant à cœur d’y apporter leur contribution. J’ai pu constater combien la

24