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Résiliences, Cicatrices, Rébellion

De
158 pages
Ce livre réunit trois textes : le journal du repérage et des rencontres de la préparation du film Cicatrices : Résiliences par Gabriel Gonnet, réalisateur. Un entretien avec Boris Cyrulnik qui commente le film et précise les notions fondamentales autour de la résilience. Enfin, Jean-Marcel Koffi fait le point sur cette notion : la capacité à rebondir après un traumatisme, et ouvre des pistes vers ce qui pourrait être un travail de résilience collective.
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© L’Harmattan, 2010 5-7, rue de l’Ecole polytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-11949-9 EAN : 9782296119499

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Avec le soutien de la CATHODE

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La résilience est la capacité d’une personne ou d’un groupe à rebondir après un traumatisme. Le film Cicatrices1 se donnait pour objectif d’explorer la complexité de cette notion. Durant sa préparation, durant le montage et une fois le film terminé, il a donné lieu à une production de textes : - Le réalisateur Gabriel Gonnet a rencontré un très grand nombre de personnes concernées par un parcours de résilience, d’experts de cette question, des associations qui s’efforcent d’avoir une pratique résiliente, il a pu lire aussi de nombreux ouvrages en rapport avec ce sujet. Il a écrit un bilan de ce repérage qui constitue la première partie de cet ouvrage.

Cicatrices (Résiliences) Long-métrage documentaire 90 min. – 2008 Réalisation : Gabriel GONNET – Production : La CATHODE – Télessonne Avec le soutien du Centre national de la Cinématographie et de la Fondation de France Maurice-Moshé ROTH est un ancien enfant caché aujourd’hui peintre célèbre en Israël. Marianne GUMY, abusée sexuellement durant l’enfance, retrace le chemin qu’elle a suivi jusqu’à fonder une association. Sébastien SERRIÈRE, après un accident de vélo, est maintenant champion d’Europe handisport. Jorge, Toxos, Julio, Maria, Oscar, enfants des rues de Colombie, viennent présenter un spectacle en France dans le cadre de la Fondation Circo Para Todos. Quatre parcours de vie qui s’alternent : quatre façons différentes de vivre après un traumatisme majeur et de le dépasser ! Diffusion : États Généraux du Documentaire de Lussas - Sélection : Rencontres Internationales Sciences et Cinémas - Marseille 2008. La version courte de 52 min., Maurice et Marianne : Tricotages a reçu le grand prix du festival du film Médical des Entretiens de Bichat 2008 Distribution DVD et Cinéma : La CATHODE 6 rue Édouard Vaillant 93200 Saint-Denis - Tél. : 01 48 30 81 60 www.lacathode.org et à l’Harmattan Vidéo 25 rue des Écoles - 75005 Paris www.harmattantv.com

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Résiliences, Cicatrices, Rébellion

- Nous avons montré le film Cicatrices à Boris Cyrulnik qui a pu faire un commentaire détaillé du film et accorder un entretien à Gabriel Gonnet qui permet de repréciser des points fondamentaux. - Jean-Marcel Koffi, socio-économiste, a écrit un texte après la lecture du bilan du repérage. Cet écrit marquait une avancée sensible vers une théorie de la résilience collective. Il tentait un rapprochement inattendu entre la sociologie de Pierre Bourdieu et le développement de la théorie de la résilience menée par Boris Cyrulnik. Jean-Marcel Koffi a souhaité conclure cet ouvrage en rappelant les définitions du concept de résilience, quelques aspects fondamentaux et développer le concept de résilience collective, porteur d’avenir. Nous avons pensé que cette somme d’écrits valait la peine d’être communiquée au public.

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« La difficulté n’est pas de comprendre les idées nouvelles, mais d’échapper aux idées anciennes » John Maynard KEYNES, « La théorie générale » (1936)

En réalisant le film Cicatrices et les importants bonus qui l’accompagnent, j’ai commencé une entrée en résilience. En effet, durant le travail de préparation du film et son repérage, je recherchais sans doute, chez les autres, les solutions au grave traumatisme de la disparition de mon fils Samuel mort d’une maladie rare, à l’âge de 13 ans. Je me suis battu de toutes mes forces pour qu‘il ne meure pas, c’est peu de le dire et quand cela est arrivé, j’aurais aussi bien pu partir dans la tombe avec lui. C’est pourquoi, je me retrouve dans l’expression « agonie psychique » de Boris Cyrulnik. Cela s’est traduit comme si la moitié de moi-même ne fonctionnait plus, comme si un hémisphère de mon cerveau était amputé. Tout mon être fonctionnait pour mon fils et avec lui. Le fait qu’il me manquait se traduisait presque physiquement. La reprise de la vie quotidienne fut très difficile dans une famille explosée puisque mon ex-femme m’a quitté au même moment. Ma fille Zoé, à 11 ans, a eu un rôle important, c’était ma raison de vivre et elle a été sans doute, à sa façon, tutrice de résilience de son père, j’espère que ce fut réciproque. La famille et mes amis ont joué un grand rôle de repère affectif naturel dans ce temps où j’étais littéralement perdu. Déjà suivi par un psychiatre avant le décès de Samuel, j’entrepris une longue psychothérapie à l’Institut de Psychanalyse de Paris. Je me sentais fragile, peu sûr de moi, coupable sans

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doute de n’avoir pas sauvé mon fils et de n’avoir pas su aider ma femme. Je vivais aussi une immense frustration de n’avoir pu changer le destin de Samuel, et j’avais tendance à être empreint à de grandes colères, quand un obstacle se présentait. Malgré tout, Samuel m’a permis d’aller jusqu’au bout de moi-même, de me dépasser et de l’aider. Il a été extraordinaire et courageux durant toute sa maladie, attentif à chacun, toujours porteur de projets. Devant lui chacun se devait d’être à la hauteur. Cette confiance que nous avons eu l’un pour l’autre m’a donné la force de revivre et de recommencer une nouvelle histoire, « une nouvelle biographie », comme dit le psychiatre dans le film. Cela fait 10 ans que Samuel est décédé, j’ai recommencé une nouvelle vie, Zoé a 21 ans, et ma nouvelle petite famille m’apporte le bonheur et l’enthousiasme de vivre, c’est le pilier sur lequel je me repose et je m’appuie. En finissant le film, je termine sans doute mon travail de deuil. Je dois remercier toutes les personnes qui m’ont apporté leur témoignage au cours du repérage et au cours du film, et pour lesquels j’éprouve une profonde empathie. La vie continue avec ses joies, ses bonheurs et ses difficultés, mais je ressens toujours la même terrible frustration : « Pourquoi je n’ai pas pu arrêter ce processus implacable de mort ? » Je n’ai pas « gagné la partie ! » comme dit Maurice dans le film. Ce film est donc un jalon dans un (mon) chemin de résilience, il n’y a pas de magie, c’est dans la relation qu’on peut retrouver sa route, c’est le GPS de mon parcours. C’est pourquoi, nous avons voulu écrire ce livre pour entrer dans une complexité, qui peut être aussi une simplicité si nous gardons notre « capacité à nous étonner » sur les êtres, comme dit la psychologue dans le film à propos des enfants de Cali. Gabriel Gonnet 10

Introduction

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Cet ouvrage est un outil d’accompagnement du film documentaire de Gabriel Gonnet intitulé Cicatrices. Ce n’est ni un essai sur la résilience, ni un parti pris dans le débat de spécialistes qui a lieu en France ; alors qu’elle est admise comme un acquis scientifique et la reconnaissance d’une capacité humaine dans les pays anglo-saxons depuis les années 80, la résilience peine à pénétrer le monde francophone. Ce n’est qu’à la fin des années 1990, que les premières publications françaises sur la résilience ont vu le jour. Boris Cyrulnik, un des pionniers de cette « révolution » en France, publia en 1999 un ouvrage retentissant, intitulé un merveilleux malheur. Relativement très peu d’études sont donc disponibles à ce jour sur le sujet en France. Notre démarche vise à faire le point sur les principaux repères auxquels renvoie la résilience, en mettant en exergue les fondements analytiques de la démarche du réalisateur. C’est pourquoi nous nous appuyons sur les principaux auteurs français que sont : Boris Cyrulnik (Neuropsychiatre, Éthologue et Psychanalyste), Serban Ionescu (Psychiatre et Professeur des Universités – Paris 8), Jacques Lecomte (Docteur en psychologie), Michel Manciaux (Pédiatre), Stanislaw Tomkiewicz (Pédiatre et Psychiatre), Stefan Vanistendael (Sociologue). Contrairement à ces auteurs, nous n’aborderons pas le sujet uniquement sous l’angle psycho-médical, à travers les nombreuses histoires de personnes désignées comme résilientes, mais en essayant d’explorer la dimension sociétale en termes d’implications de politiques publiques et d’actions sociales. Ces repères doivent permettre d’orienter la formation à partir de quelques clés pratiques. Cela peut être intéressant si la recherche parvient à cerner avec un peu plus de précision les facteurs de résilience d’une part, et qu’il devient possible d’en soutenir le développement d’autre part, par des politiques publiques ciblées. Le film dont la maturation a duré quelques années, est aussi le fruit d’une première rencontre avec le concept de résilience.

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Cette rencontre initiatique est source de nombreuses interrogations. En effet, c’est en lisant le bonheur est toujours possible de Stefan Vanistendael et de Jacques Lecomte qu’est née l’idée de faire ce film. Cet ouvrage est donc un lieu de partage d’interrogations et de réponses sur la résilience. Il met en évidence un espace possible d’évolution, des prénotions au contenu objectif du concept ; s’inscrivant dans la ligne d’action de la CATHODE, visant à favoriser le lien social par les moyens de la recherche et de la création en utilisant les techniques de l’audiovisuel et du multimédia. Il s’inscrit dans l’œuvre de Gabriel Gonnet autour de ce qu’il appelle la « dynamique des personnes ». La perception générale a tendance à confiner la psychologie aux phénomènes pathologiques, de dommages psychiques. Si la dimension psychique tranche nettement avec l’aspect physique, organique, somatique ou physiologique, l’aspect pathologique reste prégnant. Or, la psychologie est aussi positive. Elle ne s’intéresse pas qu’aux mécanismes de dommages psychiques, mais aussi selon Lecomte (non daté)2, aux mécanismes de « fonctionnements adéquats chez l’être humain ». Ce psychologue français cite en cela Seligman et Csikszentmihalyi (2000) qui énoncent que la « psychologie ne se résume pas à l’étude de la pathologie, de la faiblesse et du dommage ; c’est également l’étude de la force et de la vertu. Le traitement ne consiste pas seulement à réparer ce qui est cassé, mais à nourrir ce qui va pour le mieux. » C’est dans cette perspective positive que s’inscrit le concept de résilience en invitant au « diagnostic des difficultés et des ressources des individus » (Lecomte, 2004 ; et Vanistendael et Lecomte, 2000). Décrite à l’échelle du psychisme humain, donc de dimension localisée et individuelle, la résilience jouit plutôt d’une large micro-conception. Or, l’être humain par définition ne vit pas à
2 Lecomte, Jacques (non daté), La résilience après maltraitance, fruit d’une interaction entre l’individu et son environnement social. http://a.dorna.free.fr/RevueNo8/Rubrique4/R4SR2-6D.htm

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Introduction

la Robinson Crusoé. C’est pourquoi, « la psychologie positive n’est généralement pas axée sur l’individu seul, mais intègre celui-ci dans son environnement social » (Lecomte, non daté). Cet individu baigne dans un environnement social dans lequel il y a des interactions en terme de jeux d’acteurs qui peuvent révéler des comportements conformistes ou non. Dans l’interview accordée à Gabriel Gonnet en bonus du film Cicatrices 3 et retranscrit dans cet ouvrage, Boris Cyrulnik, ne dit-il pas avec force : « on ne peut pas être HOMME si on est seul. Un être humain seul n’a aucune chance de devenir un être humain ». Ainsi, on peut tout aussi bien caractériser la résilience d’un individu, que celle d’un groupe d’individus (famille, communauté). Elle peut donc être individuelle ou collective. Ces interrogations sur la résilience ont longuement nourri les réflexions de Gabriel Gonnet, qui, à travers le film a décidé de jeter un regard sur les mécanismes et pratiques multiples de quelques parcours de résilience. Cet ouvrage d’accompagnement du film vise à faire le point de ces interrogations complexes et à le partager avec le grand public. Jean-Marcel Koffi

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Cf. deuxième partie.

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9!C2;D!C 9E!F;C 5$%*' <7 ,&@",*G& <7 4$%: Cicatrices
par Gabriel Gonnet, Réalisateur

Choisir de travailler sur la résilience entraîne à une propre réflexion sur soi-même, sur son propre cheminement pour peu que ce concept puisse correspondre à un idéal du moi. J’ai bien peur que la poursuite de cet idéal, repousse à bien loin l’aboutissement de ce travail avec moi-même. C’est pourquoi, j’éprouve aujourd’hui le besoin d’écrire et de tenter de fixer les premiers éléments de l’enquête sur laquelle je travaille depuis deux ans. Une des première conclusions de cette enquête sera d’envisager la résilience comme un processus, une attitude, plutôt que comme un état qu’il s’agit à tout prix de conquérir. Parmi les témoins et les expériences que j’ai pu rencontrer, certains ignorent le terme de résilience et d’autres seraient tuteurs de résilience sans le savoir, d’autres encore ont eu à un moment de leur vie une intuition qui apparaît aujourd’hui pour les observateurs comme un facteur de résilience. L’enquête nous mène donc en terres inconnues où nous vérifions des hypothèses, où nous devenons nous-mêmes chercheurs… L’enquête devient donc en elle-même un sujet possible pour le film, une source d’inspiration. Ce voyage à travers des personnages du monde de la résilience qui ont d’une façon ou d’une autre rebondi, révèle les capacités insoupçonnées des ressources de l’être humain. Ce sont des leçons de vie, leçons originales qui n’appartiennent qu’à ceux qui les ont vécues. Nous sommes dans le champ de la narration, nous entrons dans le pays des émotions où les larmes vont côtoyer le rire, où,