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Retour à l'intime au sortir de la guerre

De
316 pages
Bruno Cabanes et Guillaume Piketty Retour à l’intime au sortir de la guerre Des dizaines de millions de combattants ont été tués ou blessés dans les combats du vingtième siècle. Les victimes civiles, encore plus nombreuses, ont payé le prix fort de la totalisation des conflits. Fragilisés par la perte d’un être proche, par l’expérience de l’exil ou par la destruction de leur environnement, la quasi-totalité des contemporains ont vécu la guerre comme l’événement majeur de leur vie. Parfois leur espace intime avait été pris pour cible : maisons saccagées, souvenirs matériels détruits, paysages familiers rendus méconnaissables. Souvent leur corps meurtri ou affaibli trahissait la violence de l’épreuve qu’ils venaient de traverser. Au sortir de la guerre, chacun dut reconstruire, renouer tant bien que mal avec le quotidien, vivre avec les séquelles laissées par les combats et l’absence des disparus. Revenir à l’avant-guerre était impossible. Il fallut faire son deuil de tout ce que le conflit avait détruit et des rapports humains qu’il avait altérés. Faire son deuil aussi du temps exceptionnel de la guerre, de son rythme accéléré, et consentir, parfois à contrecoeur, à une forme de normalisation. Cette histoire du retour à l’intime restait à écrire. Une équipe d’historiens français, allemands et américains, réunie sous la direction de Bruno Cabanes, professeur associé à l’Université Yale (États-Unis) et de Guillaume Piketty, directeur de recherches au Centre d’histoire de Sciences Po Paris, renouvelle l’analyse des sorties de guerre, en étudiant la reconstruction des vies ordinaires, notamment au lendemain de la Première et de la Seconde Guerre mondiale.
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Sous la direction de
Des dizaines de millions de combattants ont été tués ou bles- Bruno Ca Banessés dans les combats du vingtième siècle. l es victimes civiles,
etencore plus nombreuses, ont payé le prix fort de la totalisation
des confits. Fragilisés par la perte d’un être proche, par l’ex- Guillaume Pikettypérience de l’exil ou par la destruction de leur environnement,
la quasi-totalité des contemporains ont vécu la guerre comme
l’événement majeur de leur vie. Parfois leur espace intime
avait été pris pour cible : maisons saccagées, souvenirs
matériels détruits, paysages familiers rendus méconnaissables.
Souvent leur corps meurtri ou affaibli trahissait la violence
de l’épreuve qu’ils venaient de traverser. Retou R
Au sortir de la guerre, chacun dut reconstruire, renouer
tant bien que mal avec le quotidien, vivre avec les séquelles
laissées par les combats et l’absence des disparus. Revenir à l ’intime
à l’avant-guerre était impossible. Il fallut faire son deuil de
tout ce que le confit avait détruit et des rapports humains au sortir de la guerre
qu’il avait altérés. Faire son deuil aussi du temps exceptionnel
de la guerre, de son rythme accéléré, et consentir, parfois à
contrecœur, à une forme de normalisation.
Cette histoire du retour à l’intime restait à écrire. Une
équipe d’historiens français, allemands et américains,
réunie sous la direction de Bruno Cabanes, professeur associé à
l’Université Yale (États-Unis) et de Guillaume Piketty,
directeur de recherches au Centre d’histoire de Sciences Po Paris,
renouvelle l’analyse des sorties de guerre, en étudiant la
reconstruction des vies ordinaires, notamment au lendemain
de la Première et de la seconde Guerre mondiale.
avec les contributions de Peggy Bette, Frank Biess, Raphaëlle
Branche, Bruno Cabanes, Daniel Cohen, Anne Duménil, Beate
Fieseler, Sarah Fishman, Dominique Fouchard, Christian
Goeschel, Atina Grossmann, manon Pignot, Guillaume Piketty,
mary l ouise Roberts, o dile Roynette, Carine t revisan et
Clémentine Vidal-n aquet.
Couverture : Londres en ruines après un
bombardement allemand, 1944
© The Granger Collection, NYC/Rue des Archives-:HSMIOH=XY[X[\: ISBN : 978-2-84734-636-7
Imprimé en France 09.2009 29 €
www.tallandier.com
Sous la direction de

Retou R à l’intime
Bruno Cabanes et Guillaume Piketty Dossier : tallandier306507_3b2 Document : Retour_A_Lintime_306507
Date : 14/9/2009 11h55 Page 2/317Dossier : tallandier306507_3b2 Document : Retour_A_Lintime_306507
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Date : 14/9/2009 11h55 Page 4/317Dossier : tallandier306507_3b2 Document : Retour_A_Lintime_306507
Date : 14/9/2009 11h55 Page 5/317
sous la direction de
BRUNO CABANES
ET GUILLAUME PIKETTY
RETOUR À L’INTIME
au sortir de la guerre
Ouvrage publié avec le concours du Centre d'histoire
de Sciences Po Paris
et de la French-American Foundation – France
TALLANDIERDossier : tallandier306507_3b2 Document : Retour_A_Lintime_306507
Date : 14/9/2009 11h55 Page 6/317
© Éditions Tallandier, 2009
Éditions Tallandier 2, rue Rotrou – 75006 Paris
http://www.tallandier.comDossier : tallandier306507_3b2 Document : Retour_A_Lintime_306507
Date : 14/9/2009 11h55 Page 7/317
SOMMAIRE
Introduction par Bruno Cabanes et Guillaume Piketty 11
reI partie
Expériences de guerre, écritures de soi et récits familiaux
1918-1919: retour des hommes et invention
des pères?, par Manon Pignot ................ 37
La nostalgie du front, par Odile Roynette .......... 51
Clémentines et bifteck ou le retour d’un appelé
d’Algérie vu par ses frères et sœurs,
par Raphaëlle Branche ...................... 67
eII partie
Espaces publics, espaces privés, espaces intimes
en sortie de guerre
«On ne sait pas à quoi on appartient»: le roman
du retour, par Carine Trevisan. ............... 85
L’expérience intime des ruines: Munich, 1945-1948,
par Anne Duménil ......................... 101
7Dossier : tallandier306507_3b2 Document : Retour_A_Lintime_306507
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RETOUR À L’INTIME
Un espace domestique d’après-guerre: les camps de
personnes déplacées dans l’Allemagne occupée,
par Daniel Cohen ......................... 117
De la «génération perdue» aux bénéficiaires de la
politique sociale? Les invalides de guerre en
URSS, 1945–1964, par Beate Fieseler .......... 133
De l’ombre au grand jour: l’identité résistante en
question, par Guillaume Piketty ............... 149
eIII partie
L’avenir de la violence
eLe suicide à la fin du III Reich, par Christian
Goeschel ................................. 167
En attendant «le destin auquel l’Allemagne est
promise»: la crainte du châtiment dans
l’Allemagne de l’après-guerre, par Frank Biess .... 181
Le syndrome du survivant: histoire et usages d’une
notion, par Bruno Cabanes ................... 199
eIV partie
Reconstructions des rapports de genre
et des identités sexuées
Imaginer le retour. L’anticipation des retrouvailles
chez les couples pendant la Grande Guerre,
par Clémentine Vidal-Naquet ................. 215
L’empreinte de la Première Guerre mondiale dans
les relations de couple: ce que disent les corps,
par Dominique Fouchard .................... 229
8Dossier : tallandier306507_3b2 Document : Retour_A_Lintime_306507
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SOMMAIRE
Des maîtresses en leur demeure? Le pouvoir de
tutelle des veuves de guerre au sein de la sphère
familiale au lendemain de l’Armistice (France,
1918-1921), par Peggy Bette ................. 245
Photographier les G.I.: érotisme et photojournalisme
en France pendant la Seconde Guerre mondiale,
par Mary Louise Roberts .................... 259
Gender, vie de famille et retour des prisonniers de
guerre français: une réévaluation,
par Sarah Fishman ........................ 279
La reconstruction individuelle comme projet collectif:
le corps, la famille, la nation et la quête de
«normalité» chez les rescapés juifs de
l’aprèsguerre en Allemagne occupée,
par Atina Grossmann ....................... 291
Les contributeurs............................ 307
Index..................................... 313Dossier : tallandier306507_3b2 Document : Retour_A_Lintime_306507
Date : 14/9/2009 11h55 Page 10/317Dossier : tallandier306507_3b2 Document : Retour_A_Lintime_306507
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INTRODUCTION
par Bruno Cabanes et Guillaume Piketty
Depuis plusieurs décennies, à la suite des travaux pionniers
de Philippe Ariès, les historiens ont étudié les évolutions de
1l’espacepublicetdel’espaceprivé .Lesfiguresdel’intimesont
apparues à leur tour, grâce à l’exhumation d’archives
personnelles et à la mise enœuvre de nouvelles procédures d’analyse
2de l’écriture de soi ou des discours normatifs .L’intime,
c’està-dire l’espace où se construisent l’image de soi et le rapport
profondauxautres,àtraverslecorps,lestechniquescorporelles
(gestes, savoir-faire…), la filiation (réelle ou imaginaire), les
1. L’ouvrage collectif de référence reste L’Histoire de la vie privée, parue
encinqvolumesauxÉditionsduSeuil,àpartirde1985,sousladirectionde
Philippe ARIÈS et de Georges DUBY. Cette synthèse s’inscrit dans deux
décennies de travaux importants sur l’équilibre des sphères publique et
privée, les mutations de l’individu moderne, les rapports de genre, la
construction des normes de la vie privée, avec notamment Erving
GOFFMAN, The Presentation of Self in Everyday Life, Penguin, 1959. Trad.
fr. La Mise en scène de la vie quotidienne – 1, la présentation de soi, Paris,
Éditions de minuit, 1979; Jurgen HABERMAS, Strukturwandel der
Öffentlichkeit. Untersuchungen zu einer Kategorie der bürgerlichen Gesellschaft,
Luchterhand, 1962, Trad. fr. L’Espace public, Payot, 1988; Richard
SENNETT, The Fall of Public Man, New York, Alfred A. Knopf, 1977,
Trad. fr. Les Tyrannies de l’intimité, Paris, Seuil, rééd. 1995; Michel
FOUCAULT, Histoire de la sexualité, Paris, Gallimard, 1976 et 1984.
2. Sur cette question, cf. par exemple Jean-François CHIANTARETTO,
dir., Écriture de soi, écriture de l’histoire, Paris, In Press Édition, 1997;
Béatrice DIDIER, Le Journal intime, Paris, PUF, 1976; Philippe LEJEUNE,
Le Pacte autobiographique, Paris, Le Seuil, 1975, rééd. 1996.
11Dossier : tallandier306507_3b2 Document : Retour_A_Lintime_306507
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RETOUR À L’INTIME
lieux de vie, les objets investis de souvenirs, les représentations
de soi (écrits du for privé, portraits et autoportraits)…
Pourtant, ces apports méthodologiques importants ont été
tardivement utilisés dans le champ de l’histoire sociale et culturelle
delaguerre.L’histoiredescorpsetdessensibilitésentempsde
3guerre est relativement récente . Alors même qu’une vaste
littérature de témoignage a décrit les difficultés des vétérans
lorsqu’ilsretrouventlavie civile, leretour à l’intime des acteurs
des conflits reste encore un point aveugle de l’historiographie.
À vocation exploratoire, le colloque qui s’est tenu au Centre
d’histoire de Sciences Po, à Paris, les 19 et 20 juin 2008, visait
donc d’abord à recenser les sources disponibles pour écrire
cette histoire et à souligner les problématiques communes aux
conflitsduvingtièmesiècle,avecunaccentmissurlaPremière
4et la Seconde Guerre mondiale . Son enjeu était double:
mettre en évidence les conditions d’une histoire du retour à
l’intime et poser les bases d’une histoire comparée, quelle que
soitl’extrêmediversitédesexpériencesdeguerre.
3. Pour une mise au point, cf. les contributions de Stéphane
AUDOINROUZEAU et Annette BECKER in Histoire du corps, sous la direction d’Alain
CORBIN,Jean-JacquesCOURTINEetGeorgesVIGARELLO,Paris,Éditionsdu
Seuil,2006,tome3;LucCAPDEVILA,FrançoisROUQUET,FabriceVIRGILI,
DanièleVOLDMAN,HommesetfemmesdanslaFranceenguerre(1914-1945),
Paris, Payot, 2003, notamment la deuxième partie «Le sexe: une affaire
d’État»; François ROUQUET, Fabrice VIRGILI et Danièle VOLDMAN, dir.,
Amour, guerres et sexualité 1914-1945, Paris, Gallimard-BDIC/Musée de
l’Armée, 2007 et Dagmar HERZOG, dir., Brutality and Desire. War and
SexualityinEurope’sTwentiethCentury,PalgraveMacmillan,2008.
4. Le colloque «Le retour à l’intime au sortir de la guerre, de la
PremièreGuerremondialeànosjours»clôtuncyclederecherchesengagées
en 2004, au sein du séminaire sur «La sortie de guerre des deux conflits
mondiaux», dirigé par Bruno CABANES et Guillaume PIKETTYàl’Institut
d’études politiques de Paris (Sciences Po Paris). Ce colloque n’aurait pu
avoir lieu sans le concours du Centre d’histoire de Sciences Po Paris et de la
French-American Foundation France. Les organisateurs souhaitent
remercier Jean-François SIRINELLI, directeur du Centre d’histoire, Michel
GARCIN, président du directoire de la French-American Foundation
France, toute l’équipe du Centre d’histoire de Sciences Po, et celles et ceux
qui leur ont fait l’honneur de présider les quatre tables rondes du colloque:
Philippe JOUTARD (Université de Provence/EHESS), Alice KAPLAN (Yale
University), Stéphane AUDOIN-ROUZEAU (EHESS) et Claire ANDRIEU
(Institut d’études politiques de Paris).
12Dossier : tallandier306507_3b2 Document : Retour_A_Lintime_306507
Date : 14/9/2009 11h55 Page 13/317
INTRODUCTION
Les traces de la guerre
Interrogerleretouràl’intime, c’est d’abord prendre la
mesure des bouleversements collectifs que les conflits ont
entraînés dans leur sillage. L’ampleur des pertes, aggravées par
l’intensification des combats et la multiplication des exactions
contre les civils, fait basculer dans le deuil la quasi-totalité des
populationsenguerre,engagéesensuitedansunlongtravailde
reconstruction:laPremièreGuerremondialeprovoqueprèsde
neufmillionsdemorts,laSecondeGuerremondialeentreseize
etdix-septmillions,sil’ons’entientàl’espaceoccidentaletaux
pertes militaires (avec les pertes civiles, le saut quantitatif est
5encore plus important d’un conflit à l’autre) .Etencoreles
dépouilles des combattants ne sont-elles pas toutes accessibles
ni identifiables, ce qui rend les procédures de deuil plus
complexes. L’onde de choc touche progressivement tous ceux
qui entourent les victimes: les camarades de combat, les
parents, la famille éloignée, les amis. Lorsque la nouvelle du
erdésastremilitairesurlaSomme,le1 juillet1916,plongetoute
la Grande-Bretagne dans la stupeur ou lorsque l’armée
allemande perd dans les dix derniers mois de la Seconde Guerre
mondialeautantd’hommesquedanslescinqannéespassées,la
guerre devient, pour la majorité des familles, une source de
douleurpersonnelle.Lamortdemassenedoitpasfaireoublier
qu’elleestvécuelocalementetintensément,danschaquepetite
«communauté de deuil»: c’est ce que soulignent les travaux
6récentssurl’histoiredesdeuilsdeguerre .
5. StéphaneAUDOIN-ROUZEAU,«Aucœurde laguerre:laviolence du
champ de bataille pendant les deux conflits mondiaux», in Stéphane
AUDOIN-ROUZEAU, Annette BECKER, Christian INGRAO, Henry ROUSSO,
dir., La Violence de guerre, 1939-1945, Paris, Éditions Complexe /
IHTPCNRS, 2002, p. 73-98.
6. Jay WINTER, Sites of Memory, Sites of Mourning, Cambridge,
Cambridge University Press, 1995. Trad. fr. Entre deuil et mémoire. La
Grande Guerre dans l’histoire culturelle de l’Europe, Paris, Armand Colin,
2008, chapitre 2: «Communities in Mourning» / «Communautés en
deuil»; Stéphane AUDOIN-ROUZEAU, Cinq deuils de guerre 1914-1918,
Paris, Noésis, 2001; Luc CAPDEVILA et Danièle VOLDMAN, Nos morts.
Les sociétés occidentales face aux tués de la guerre, Paris, Payot, 2002.
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Date : 14/9/2009 11h55 Page 14/317
RETOUR À L’INTIME
Parallèlement,laviolencedeguerreesttellequ’ellefragilise,
àundegrésansdoutejamaisatteint,lesespacesintimes,quine
peuvent plus servir d’écran face à la brutalité du monde
extérieur. Nul ne peut se sentir à l’abri des menaces de la guerre.
Paysages ruraux et urbains détruits par les batailles, maisons
livrées au pillage, patrimoines éparpillés augré desinvasions et
des occupations laissent des traces durables de ce qu’a été la
guerredanstoute sagamme d’atteintes contrelescorps, contre
les espaces domestiques, contre les objets du quotidien.
Les
alentoursdeVerdun,labourésparlesbombardementsd’artillerie pendant la Grande Guerre, subissent le double choc de la
déprise rurale et de la transformation d’une partie des
campagnes en «zone rouge». En 1940 et 1941, dans l’horreur du
Blitz, le cœur de certaines grandes agglomérations
britanniques, comme Birmingham, Coventry, Glasgow, Liverpool,
Londres, Manchester ou Swansea, se transforme en paysage
lunaire; quelques mois plus tard et par la grâce de la «Dig for
Victory Campaign» destinée à pallier les difficultés de
ravitaillement, la plupart des grands parcs de ces agglomérations
sont transformés en vastes jardins potagers. Dans les ruines de
Munich à la fin de la Seconde Guerre mondiale, les
destructions font apparaître de nouvelles perspectives: les Alpes, jadis
cachées par les bâtiments, sont maintenant visibles depuis le
centre-ville,rappelleAnneDuménil.Acmédeladésolation,la
transformation des villes d’Hiroshima et Nagasaki envastes
no
man’slandinhabitablespourlongtemps.Leseffetssurlespopulations sont multiples et cumulatifs: désorientation,
dégradation des conditions de vie (approvisionnement, hygiène…),
effritementdespositionssociales…Sevêtir,senourrir,selaver
ets’abritertantbienquemaldeviennentdesenjeuxessentiels.
À terme, ces violences favorisent, chez ceux qui en sont les
victimes, une perte des repères familiers. À l’exemple des
vétérans de la guerre du Vietnam souffrant de troubles
posttraumatiques, les survivants des conflits modernes manifestent
souvent, au sortir de la guerre, un sentiment d’insécurité
permanent. Dans son livre Odysseus in America,lepsychiatreet
classiciste Jonathan Shay décrit le cas de plusieurs de ses
patients revenus du Vietnam et incapables de se sentir à l’abri
dans leur propre maison, et a fortiori dans des espaces qui ne
leur sont pas familiers. Lorsqu’ils entrent dans une pièce, ils
14Dossier : tallandier306507_3b2 Document : Retour_A_Lintime_306507
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INTRODUCTION
commencent par repérer les issues de secours, refusent de
s’asseoir devant une fenêtre, scrutent tous les lieux susceptibles
7de dissimuler un tireur . Les populations palestiniennes
vic8times de la méthode de «géométrie inversée », mise enœuvre
par l’armée israélienne au printemps 2002, finissent par perdre
toute notion d’«intérieur» et d’«extérieur» dans une urbanité
9dont l’essence même est mise en cause . Pour ces survivants,
l’espace intime n’existe plus. Amis et ennemis se confondent.
Ledangerestpartout.
L’intime comme cible
Les violences de la guerre moderne parviennent jusqu’à
l’intime. Elles le visent même parfois délibérément. Ce n’est
pas un hasard si, dans les périodes d’invasion ou de repli, les
armées s’acharnent contre l’intérieur des maisons, souillées
d’excréments ou vandalisées, comme ce fut le cas pour l’armée
allemandelorsdesaconquêtedelaBelgiqueetdelaFrancedu
10Nordàl’été1914etlorsdesadéfaiteàl’automne1918
.S’en
prendreauxhabitations,cesespacesquienveloppentlesindividus,lesprotègentetrecèlentdessouvenirs,c’estlesmarquerde
manièreindélébiledelatracedesconquérantsetporteratteinte
àl’identitédeleurshabitants.Désacraliserl’espacedomestique,
l’espacedelaconvivialitéetdel’hospitalité,c’estrendred’autant
plus difficile le retour à l’intime. Il faut sans doute faire un cas
à part des guerres civiles, où l’atteinte à l’intime, plus radicale
7. Jonathan SHAY, Odysseus in America. Combat Trauma and the Trials
of Homecoming, New York, Schribner, 2002, chapitre 7: «A Peaceful
Harbor: No Safe Place».
8. Consistant à passer de maison en maison, à travers toits et murs,
plutôt que de progresser de rue en rue au risque de tomber dans des
embuscades ou de servir de cibles aux combattants palestiniens.
9. Cf. Eyal WEIZMAN, À travers les murs. L’architecture de la nouvelle
guerre urbaine, Paris, La fabrique Éditions, 2008.
10. Pour une interprétation des destructions de l’été 1914, John
HORNE, «Corps, lieux et nation. La France et l’invasion de 1914», Annales
HSS, janvier-février 2000, 1, p. 73-109. Le contexte des destructions de
l’automne 1918 est étudié par Michaël GEYER dans son article:
«Insurrectionary Warfare: the German Debate about a Levée en masse in October
1918», The Journal of Modern History, 73, septembre 2001, p. 459-527.
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RETOUR À L’INTIME
dans ses pratiques comme dans ses objectifs, passe souvent par
11latorture,levioldesfemmesetladestructiondescimetières ,
voire par l’enlèvement des enfants des victimes et, le cas
échéant, leur adoption par les bourreaux, comme cela se
produisit, par exemple, au cours de la «sale guerre» en
Argentine.
Ellevisealorsàromprelesliensquiunissentlescommunautés,
àprofanerl’ennemidanssonhumanité:c’estcequel’anthropologue Véronique Nahoum-Grappe appelle les «crimes contre
12lesliensdefiliation ».
Face à ces agressions, les modes de résistance sont variés.
Lorsquelesespacesdomestiquessontmenacés,onseraccroche
à des objets, que l’on cache ou que l’on emporte avec soi,
dans
l’espoirdepréserverunpeudelavied’avant-guerre.Lesdéplacements forcés, durant les périodes d’invasion, jettent sur les
routes des flots de réfugiés transportant avec eux matelas et
meubles, même lorsque l’encombrement risque de retarder les
populations dans leur fuite. Sans grande valeur matérielle,
ces
fragmentsd’uneviepasséesontinvestisd’unefortevaleursym-
bolique:ilsdisentlachaleur,sinonleconfortdelavied’avantguerre, la promesse de reconstituer l’espace domestique dans
l’exil,etsansdouteaussi,àterme,lerêvederevenirchezsoi.«Il
n’estpasraredevoirunménagesansvêtementstraîneraveclui
unsacpleindelingebrodé,denapperonsdethé,dedessousde
plateau, de dessus de piano, de surtouts de table, de chemises
en richelieu, de carrés de filet, de draps à jour et de serviettes à
fils tirés», constate le sous-préfet du Blanc (Indre), qui voit
passer les réfugiés du Nord en 1914. «Ce n’est pas tel objet
acheté très cher dans ungrand magasin,ce n’est pastel bibelot
11. Sur les pratiques de violence de la guerre civile espagnole, cf.
notamment Martin BAUMEISTER et Stefanie SCHÜLER-SPRINGORUM, dir.,
«If You Tolerate This…» The Spanish Civil War in the Age of Total War,
Frankfurt / New York, Campus Verlag, 2008.
12. Véronique NAHOUM-GRAPPE, «The Anthropology of extreme
Violence: the Crime of Desecration», International Social Science Journal,
décembre 2002, volume 54, numéro 174, p. 549-557. Sur l’extrême
difficulté de recréer des liens interpersonnels dans ce type de contexte, cf.
notamment Eric STOVER et Harvey M. WEINSTEIN, dir., My Neighbor,
My Enemy. Justice and Community in the Aftermath of Mass Atrocity,
Cambridge, Cambridge University Press, 2004. Cf. également Élisabeth
oCLAVERIE, «Techniques de la menace», Terrain,n 43, septembre 2004,
p. 15-30.
16Dossier : tallandier306507_3b2 Document : Retour_A_Lintime_306507
Date : 14/9/2009 11h55 Page 17/317
INTRODUCTION
d’antiquaire que la femme choisit pour garder le souvenir du
foyerqu’elleneretrouverapeut-êtreplusjamais,c’estlelingede
13la table ou du lit, qui dit toute l’intimité de la vie passée .»
Même situation au moment de l’exode de 1940. Préserver
l’intime, alors, c’est choisir d’emporter avec soi un peu de
ce
lingeblanc,brodéd’initialesettransmisdegénérationengénération, qu’onaentasséàl’arrière d’une voiture, comme le
montre la description saisissante qu’Irène Némirovsky fait de
14l’exode de 1940 dans Suite française .C’est entasser quelques
objets personnels dans un maigre bagage et s’engager dans le
flot monstrueux des réfugiés qui coule vers le Sud, ainsi que le
15constate par exemple Jean Moulin, à Chartres , entre le 14 et
16le18juin .
La radicalisation de la guerre au vingtième siècle
s’accompagne en outre d’une surveillance accrue de tout ce qui ressort
de l’espace intime, soit par l’État soit par d’autres instances de
contrôle. Ce qui risque d’entraver la mobilisation générale est
identifié et encadré. Les formes diverses du «temps pour soi»
sont perçues comme du temps volé à l’effort de guerre: on le
voit par exemple dans la Grande-Bretagne de 1915, qui
interdit les matchs de football professionnel et limite l’accès au
pub. L’administration de la pénurie, la promotion de
l’ascétisme alimentaire et de l’autodiscipline font partie intégrante
17de la mobilisation économique . Les rôles assignés à chaque
13. Ernest GAUBERT, «Scènes et types de réfugiés (notes d’un
souspréfet)», Revue de Paris,15 mai1915,p.376-400,citépar PhilippeNIVET,
Les Réfugiés français de la Grande Guerre. Les «boches du Nord», Paris,
Economica, 2004, p. 225-226.
14. Irène NÉMIROVSKY, Suite française, Paris, Denoël, 2004.
15. Moulin est à cette époque préfet d’Eure-et-Loir.
16. Jean MOULIN, Premier combat, Paris, Éditions de Minuit, 1983.
17. Pour la Première Guerre mondiale, cf. notamment les travaux
d’Avner OFFER (The First World War. An Agrarian Interpretation, Oxford,
Clarendon Press, 1989) de Belinda DAVIS sur l’Allemagne («Homefront.
Food, Politicsand WomenEveryday Lifeduring the First WorldWar»,in
Karen HAGEMANN et Stefanie SCHÜLER-SPRINGORUM, dir., Home / Front.
TheMilitary,WarandGenderinTwentiethCenturyGermany,Oxford,Berg,
2002, p. 115-138), Helen VEIT sur les États-Unis («We Were a Soft
People. Ascetism, Self-Discipline and American Food Conservation in the
First World War», Food, Culture and Society, 2007, volume 10/2, p.
167190),ainsiquel’article«FeedingtheCities»deThierryBONZONetBelinda
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RETOUR À L’INTIME
18classe d’âge, notamment aux enfants, sont redéfinis .Les
atteintes à l’ordre patriarcal ou à la morale sexuelle, parfois
plus relâchée en temps de guerre, sont réprimées. Le régime
de Vichy en donne un bon exemple, avec sa législation contre
l’adultère (loi du 23 décembre 1942 sanctionnant les amants
de femmes de prisonniers), l’intensification de la lutte contre
l’avortement (la loi du 2 septembre 1941 le considère comme
une «infraction de nature à nuire à l’unité nationale, à l’État et
au peuple français», passible de la peine de mort) et la
répres19sionduproxénétisme .
DAVIS, in Jay WINTER et Jean-Louis ROBERT, dir., Capital Cities at War:
Paris, London, Berlin, 1914-1919,Cambridge,CambridgeUniversityPress,
1997,p.305-341.PourlaSecondeGuerremondiale, cf.EricALARY,Gilles
GAUVINetBénédicteVERGEZ-CHAIGNON, LesFrançais au quotidien
19391949, Paris, Perrin, 2006; Jean-Marie FLONNEAU et Dominique VEILLON,
dir., Le Temps des restrictions en France (1939-1949), Cahier de l’IHTP
on 32-33, mai 1996; Fabrice GRENARD, La France du marché noir,
19401949, Paris, Payot, 2008; Kenneth MOURE et Paula SCHWARTZ, «On vit
mal. Food Shortages and Popular Culture in Occupied France,
19401944», Food, Culture and Society, 2007, volume 10/2, p. 261-295;
Dominique VEILLON, Vivre et survivre en France 1939-1947, Paris, Payot,
1995. Cf. également Gustavo CORNI et Horst GIES, Brot, Butter, Kanonen:
Die Ernaehrungswirtschaft in Deutschland unter der Diktatur Hitlers, Berlin,
1997 et, pour une mise au point générale, Adam TOOZE, The Wages of
Destruction,PenguinBooks,2006surlecasallemandouAmyBENTLEYsur
la société américaine (Eating for Victory: Food Rationing and the Politics of
Domesticity, Urbana IL, University of Illinois Press, 1998)…
18. Stéphane AUDOIN-ROUZEAU, La Guerre des enfants 1914-1918,
eParis, Armand Colin, 1993,2 édition, 2004; «Enfances en guerre»,
Vingtième siècle, revue d’histoire, janvier-mars 2006, numéro 89; Till KÖSSLER,
«Children in the Spanish Civil War», in M.
BAUMEISTER,S.SCHÜLERSPRINGORUM,dir., «If You Tolerate This…», op. cit., Frankfurt/NewYork,
CampusVerlag,2008,p.101-132;Jean-FrançoisMURACCIOLE,LesEnfants
de la défaite: la Résistance, l’éducation et la culture, Paris, Presses de Sciences
Po,1998;ManonPIGNOT,Allonsenfantsdelapatrie?Fillesetgarçonsdansla
Grande Guerre: expériences communes, construction du genre et invention des
pères(France1914-1920),thèsededoctoratd’histoire,Paris,EHESS,2007,à
paraître aux Éditions Gallimard; Nicolas STARGARDT, Witnesses of War.
Children’sLivesundertheNazis,Londres,NewYork,AlfredA.Knopf,2005.
19. Marc BONINCHI, Vichy et l’ordre moral, Paris, Presses universitaires
de France, 2005. Cf. aussi Hélène ECK, «Les Françaises sous Vichy.
Femmes du désastre, citoyennes par le désastre?», in Françoise THÉBAUD,
edir., Histoire des Femmes en Occident, volume 5: Le XX siècle, Paris, Plon,
1992, p. 185-211; Miranda POLLARD, Reign of Virtue: Mobilizing Gender
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INTRODUCTION
Cette «politisation des corps», sensible dans toutes les
sociétés en guerre, mais de manière accrue dans le contexte de
la guerre totale, prend diverses formes: réaffirmation des rôles
sexuels à travers la propagande de guerre, appel à la
dénonciation des pratiques immorales, répression de l’adultère, essor de
20lapolitiquefamiliale,strictencadrementdelaprostitution …
La polarisation du regard sur les corps sexués (plutôt sur celui
des femmes que sur celui des hommes, d’ailleurs), dont on se
fait fort de maîtriser les pulsions, est un bon indicateur des
menaces et des tensions du temps de guerre: sentiment de
dévirilisation des soldats qui souffrent de l’éloignement des
leursetviventdanslacraintedel’adultère, crainte que les
femmes ne profitent des circonstances exceptionnelles de la
guerre pour s’affranchir de la morale traditionnelle, peur de la
promiscuité, des déplacements de populations, de la contagion
vénérienne… Dans certains cas, la guerre est vue comme
l’occasion d’une moralisation de la société: «La guerre remet
21chaque sexe à sa place», résume Michelle Perrot . La victoire
se jouant sur le front de la politique familiale, le repeuplement
22devientalorsundevoirnational .
Une étude approfondie de la politique sexuelle des sociétés
en guerre permet cependant d’introduire certaines nuances.
Dans ses travaux sur la sexualité en Allemagne pendant et
après la Seconde Guerre mondiale, l’historienne Dagmar
Herzog nous invite ainsi à relire l’attitude du régime nazi à
inVichyFrance,Chicago,UniversityofChicagoPress,1998;OlivierCYRIL,
Le Vice ou la vertu. Vichy et les politiques de la sexualité, Toulouse, Presses
universitaires du Mirail, 2005; Francine MUEL-DREYFUS, Vichy et l’éternel
féminin: contribution à une sociologie politique de l’ordre des corps, Paris,
Éditions du Seuil, 2006.
20. À titre d’exemple, cf. Luc CAPDEVILA, François ROUQUET, Fabrice
VIRGILI, Danièle VOLDMAN, Hommes et femmes…, op. cit.; cf. Insa
MEINEN, Wehrmacht und Prostitution im besetzten Frankreich, Editions
Temmen, 2002. Trad. fr. Wehrmacht et prostitution sous l’Occupation
(19401945), Paris, Payot, 2006.
21. Michelle PERROT, «Sur le front des sexes: un combat douteux»,
Vingtièmesiècle.Revued’histoire,numéro3,juillet-septembre1984,p.69-76.
22. Sur la Grande Guerre comme occasion de régénération, cf. les
travaux de Jean-Yves LE NAOUR, en particulier Misères et tourments de la
chair durant la Grande Guerre, Paris, Aubier, 2002.
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RETOUR À L’INTIME
l’égard de l’intimité sexuelle comme profondément
ambiva23lente .D’uncôté,laguerrecontrelesJuifsetcontretoutesles
populations jugées inférieures ou dégénérées se traduit par une
politique extrêmement répressive, une criminalisation des
rapports sexuelsentre Aryens et non-Aryens,une angoisse
collectivedelacontamination,descampagnesdestérilisationforcée,
24la persécution et le meurtre des homosexuels . Dans le même
temps, le régime nazi promeut pour la population aryenne un
mode de vie hédoniste, une sexualité épanouie, un culte des
corps quipasseparl’exaltation de lanudité. L’intimité sexuelle
est donc à la fois au cœur du combat contre l’ennemi
intérieur
etl’unedescomposantesduprojetsocialpourlanouvelleAllemagne. Une contradiction que la période d’après-guerre a eu
tendance à oublier, en présentant le nazisme comme une
apothéosedelasexualitérépressive.
Parailleurs, lafin de laguerre nesignifie pas, loin s’enfaut,
une déprise des instances de contrôle et leur désengagement.
Outre l’intensification de la politique familiale et nataliste, les
années d’après-guerre sont marquées par des phénomènes de
rattrapage économique qui passent par la mobilisation de la
sphère intime: la consommation de masse est érigée en
25modèle , la politique sanitaire entraîne un changement
des
modesdeviequotidiens,surtoutaprèslaSecondeGuerremondiale. Dans les années 1950, les mouvements de
«modernisation»/«standardisation»/«américanisation» bouleversent le
fonctionnement de l’Europe d’après-guerre et aussi les valeurs
26deseshabitants .L’intimeresteunecibleprivilégiéecommeil
l’avait été pendant le conflit lui-même: c’est ce que montrent
23. Dagmar HERZOG, Sex after Fascism. Memory and Morality in
Twentieth-Century Germany, Princeton, Princeton University Press, 2005;
Sexuality and German Fascism, New York, Oxford, Berghahn Books, 2006.
24. Robert GELLATELY et Nathan STOLZFUSS, dir., Social Outsiders in
Nazi Germany, Princeton, Princeton University Press, 2001.
25. Michael WILDT, Am Beginn der «Konsumgesellschaft», Hambourg,
1994etsonarticle:«ConsumerMentalityinWestGermanyinthe1950s»,
in Richard BESSEL et Dirk SCHUMANN, dir., Life after Death. Approaches to
a Cultural and Social History of Europe during the 1940s and 1950s,
Cambridge, German Historical Institute / Cambridge University Press,
2003, p. 211-229.
26. Victoria DE GRAZIA, Irresistible Empire: America’s Advance through
Twentieth-Century Europe, Cambridge, Harvard University Press, 2006.
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INDEX
HERTZ, Alice: 219 LIST, Herbert: 110
HERZOG, Dagmar: 19 LOMBARDI, Martine: 283 n., 284
HESNARD, André: 234
HILBERG, Raul: 206
HIMMLER, Heinrich: 127, 169 MALKII, Lisa H. : 128, 129
HITLER, Adolf: 91, 101, 113, MALRAUX, Clara: 243
127, 168-171, 185, 186, 295, MANN, Klaus: 112
301 MANN, Thomas: 168
HULME, Kathryn: 121, 126 MARGALIT, Avishai: 211
MARTIN, Antoine: 217, 221,
225, 226
ISAAC, Jules: 27, 63 MARTIN-CHAUFFIER, Jean: 24
M-C, Louis: 24
MARTIN-CHAUFFIER, Simone:
JACOBI, Gerhard: 172 24
JACOBMEYER, Wolfgang: 129 MASSON, André: 85
JERING, Karl: 108, 113 MELIARD, Joëlle: 284
MENNINGER-LERCHENTAL,
Erich: 177
KADOCHNIKOV, Pavel: 142 MODEL, Walter, feldmarschal:
KHROUCHTCHEV, Nikita: 145- 169
147 MONTGOMERY, Bernard,
généKIERKEGAARD, Sören: 195 ral: 272
KLEMPERER, Victor: 176 MONTHERLANT,Henryde:63,87
KNORR, August: 177 MORGENTHAU,: 192, 193
KOLBENHOFF, Walter: 107, 109, MOSSE, George: 29
112 MOULIN, Jean: 17
KORCHAGIN, Pavel: 138
KRYSTAL, Henry: 207
NACHT, Sacha: 235
NAHOUM-GRAPPE, Véronique:
LAFFAY, Caroline: 234 16, 211
LEBLOND, Francine: 267 NÉMIROVSKY, Irène: 17
LECLERC DE HAUTECLOCQUE, NIEDERLAND, William G. :
199Philippe, général: 28, 269 210, 212
LEHMANN, Herbert K. : 123 NOURRISSIER, François: 126
LEMARCHAND, Charles: 267 NUSSBAUM, Martha: 182
LEMERCIER,
Eugène-Emmanuel: 86
LESAGE, Marguerite: 230 OSTROWSKI, Nikolaï: 138, 139
LEVI, Primo: 203, 207 OZOUF, Philippe: 153, 156
LIFTON, Robert Jay: 208, 209 n.,
210
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RETOUR À L’INTIME
PAULHAN, Jean: 34 SALOMON, Ernst von: 191, 192
PERNOUD, Laurence: 289 SATTLER, D. : 114
PERROT, Michelle: 19, 37 SCHELER, Max: 196
PETER, Richard: 109 SCHMITT, Carl: 19
PETERSON, Roger D.: 196 SCHNARNAGL, Karl: 108
PIGNOT, Manon: 27, 32, 280, SCHNEIDER, Reinhold: 178
281 SCHWARTZ, Paula: 285
PIKETTY, Guillaume: 11, 27 SHAY, Jonathan: 14
PLEVEN, René: 152 SHIRER, William L.: 168
POLEVOÏ, Boris: 142 SONTAG, Susan: 264
POLLAK, Michael: 205 STALINE, Joseph: 135, 137, 144
POURÉSY, Emile: 240 STEKEL, Wilhelm: 235
PRADEL, Georges: 255, 256 STERN, James: 111
STOLPER, Aleksandr: 142
STROMINGER, Léon: 235
QUANDT, Harald: 169
TEILHARD DE CHARDIN, Pierre:
RACINE, Jean: 90, 91
27, 51-55, 57, 64, 98
RAUSCHNING, Hermann: 168
THIBAUDET, Albert: 87
RAYNIER, Julien: 57
TICHAUER, Zippi: 296
REMARQUE,Erich-Maria:85-87,
TREVISAN, Carine: 32, 64, 211
89, 92
TRIOLET, Elsa: 98RÉMI, Henriette: 47
RETOUR,Maurice:219-221,226,
227
VERNANT, Jean-Pierre: 27, 159RETOUR, Yvonne: 219-222, 226,
VIDAL-NAQUET, Clémentine: 32227
VIOLLET, Jean, abbé: 239RIOU, Gaston: 61
VIRGILI, Fabrice: 274RIVIÈRE, Isabelle: 220, 226
VOISIN, Pierre: 262R, Jacques: 220
ROBERTS, Mary Louise: 31
ROOSEVELT, Eleanor: 125, 130
WESSEL, Horst: 170R, Franklin Delano:
WIESEL, Elie: 209263
WIMMER, Thomas: 108ROUSSEAUX, André: 93
WOODBRIDGE,George:124,128ROUSSET, David: 127, 199 n.
WURM, Theophil, Mgr: 189ROYNETTE, Odile: 27, 50
RUST, Bernhard: 169
ZOLTAN, photographe: 294