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Rêves de Ville

De
292 pages
Ce livre met en lumière l'importance des mémoires collectives et des imaginaires de la Ville dans la constitution et la pérennisation des groupements volontaires, depuis les premières "sociétés" des années 1880 jusqu'aux "associations Loi 1901" les plus récentes. Les associations contribuent à faire vivre des Rêves de Ville en ouvrant des possibilités d'expérimenter de multiples formes de solidarité par l'échange, l'entraide et la convivialité, dans un cadre peu contraignant et conciliable avec d'autres formes d'appartenance sociale.
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RÊVES DE VILLE

http://www.1ibrairieharmattan.com diffusion.harmattan @wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr

@ L'Harmattan, 2005 ISBN: 2-296-00053-3 EAN : 9782296000537

Brigitte Girard-Hainz

RÊVES DE VILLE
Récits d'une vie associative de quartier

Préface de Bruno Péquignot

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris FRANCE
L'Bannattan Hongrie Espace L'Harmattan Kinshasa Fac..des Sc. Sociales, Pol. et Adm. ; BP243, KIN XI Université de Kinshasa - RDC L'Harmattan Italia

Kônyvesbolt Kossuth L. u. 14-16 1053 Budapest

Via Degli Artisti, 15 10 124 Torino ITALIE

L'Harmattan Burkina Faso 1200 logements villa 96 12B2260 Ouagadougou 12

Logiques Sociales Collection dirigée par Bruno Péquignot En réunissant des chercheurs, des praticiens et des essayistes, même si la dominante reste universitaire, la collection Logiques Sociales entend favoriser les liens entre la recherche non [malisée et l'action sociale. En laissant toute liberté théorique aux auteurs, elle cherche à promouvoir les recherches qui partent d'un terrain, d'une enquête ou d'une expérience qui augmentent la connaissance empirique des phénomènes sociaux ou qui proposent une innovation méthodologique ou théorique, voire une réévaluation de méthodes ou de systèmes conceptuels classiques. Déjà parus

Norbert ALTER, La bureautique dans l'entreprise, 2005. Raoul NKUITCHOU NKOUATCHET, Les ouvrières du fastfood, 2005. Sébastien FROIN, Flux tendus et solidarité technique, 2005. Roland GUILLON, Les avatars d'une pensée dirigeante, le cas du parti socialiste, 2005. Olivier MENARD (dir.), Le conflit, 2005. Claude GIRAUD, Du secret. Contribution à une sociologie de l'autorité et de l'engagement, 2005. Thierry BLIN, Les sans-papiers de Saint-Bernard, 2005. J.P. LARUE, Baccalauréat, à qui profite la démocratisation ?, 2005. J.-M. CHAPOULIE, O. KOURCHID, J.-L. ROBERT et A.-M. SOHN (Sous la dir.), Sociologues et sociologies. La France des années 60, 2005. Frédéric ROYALL, Mobilisations de chômeurs en Irlande (1985-1995), 2005. Brigitte BOUQUET (dir.), La prévention: concept, politiques, pratiques en débat, 2005. François GRESLE (dir.), Sociologie du milieu militaire, 2005. P.-N. DENIEUIL et H. LAROUSSI, Le développement le social local et la question des territoires, 2005. Bernard GANNE et GL YSI-SAF A, Les «creux» du social, 2005.

REMERCIEMENTS

Je remercie tous les bénévoles associatifs, les habitants, les élus, les professionnels du travail social ou de l'animation socioculturelle que j'ai rencontrés à SaintFerjeux, et qui se sont mis à ma disposition avec beaucoup de sympathie. Ils se reconnaîtront au fil des pages, chacun retrouvant ses contributions à travers ces récits d'une vie associative de quartier.

Je remercie également Bruno PÉQUIGNOT, Professeur à l'Université de Paris III et Jean-Michel BESSETTE, Professeur à l'Université de Franche-Comté pour leur attention, leurs encouragements et leurs précieux conseils tout au long de mon apprentissage du métier de sociologue.

Photographie de la couverture: Elle a été prise par l'auteure au cours de l'enquête. Il s'agit d'un des chars de la « Cavalcade de SaintFerjeux », le dimanche 10 septembre 2000.

PRÉFACE Lien social et vie associative
«Une société composée d'une poussière infinie d'individus inorganisés, qu'un État hypertrophié s'efforce d'enserrer et de retenir, constitue une véritable monstruosité sociologique. Car l'activité collective est toujours trop complexe pour pouvoir être exprimée par le seul et unique organe de l'État (u.) c'est pourquoi là où il est le seul milieu où les hommes se puissent former à la pratique de la vie commune, il est inévitable qu'ils s'en déprennent, qu'ils se détachent les uns des autres et que, dans la même mesure, la société se désagrège. »1 Le livre de Brigitte Girard-Hainz nous propose une étude originale sur un aspect essentiel de ce qui organise l'espace social d'un quartier: le mouvement associatif. Il n'est guère utile de rappeler que le mouvement associatif est un des modes les plus fréquents d'organisation de la vie sociale et on trouve des applications de la Loi de 1901 dans tous les secteurs de la société: culture, recherche, activités humanitaires, sports, etc. L'originalité de la recherche ici présentée vient à la fois de l'objet de la recherche et de l'angle sous lequel elle est abordée. L'objet, tout d'abord: un quartier historique dans une grande ville, Besançon, capitale régionale de la Franche-Comté. Il existe ici ou là en France des «communes libres », associations qui cherchent à faire vivre des traditions, organisant des fêtes et des cérémonies, certaines ont même droit périodiquement aux « honneurs» des télévisions nationales, telle par exemple celle de Montmartre à Paris. Ce qu'il y a d'original dans
lÉ. DURKHEIM, De la division du travail social, 1893, Alcan 1930 (La préface à la deuxième édition de 1902), pages XXXII et XXXIII. 9

celle de Saint-Ferjeux à Besançon, c'est qu'il y a plusieurs associations qui cherchent toutes à maintenir une sorte de « village» dans la ville, chacune ayant ses spécificités, dues pour l'essentiel à leurs histoires et aux circonstances de leurs naissances et de leurs développements. Le point de vue pris pour cette recherche est lui aussi original. Il s'agit pour Brigitte Girard-Hainz de repérer les modalités de fonctionnement des diverses associations qui animent ce quartier à partir de l'idée qu'elles s'appuient largement sur un mythe urbain qui justifie en retour leur action. Je ne veux pas ici décrire le contenu du livre, encore moins le résumer, il faut le lire et une préface doit en donner l'envie non remplacer sa lecture. Ce livre d'ailleurs se suffit bien à lui-même et seule l'amitié, forgée par plusieurs années de travail commun, justifie ces quelques mots d'introduction. Je voudrais seulement insister sur un aspect essentiel de la thèse défendue par l' auteure et qui touche à la question du lien social et de son fonctionnement. Ce concept qui a connu de nombreux avatars, désigne pour moi ce qui maintient le collectif comme tel et résiste à ce qui tend à dissolution. Il s'agit au sens de la physique d'une force d'attraction qui établit à chaque instant la place de chacun par rapport à tous les autres aux quels pour de multiples raisons ils sont liés: affection bien sûr (et sans doute aussi haine), coopération dans le travail ou les loisirs aussi, ou tout simplement «hasard» de la cohabitation ou de la rencontre. C'est cette réalité non matérielle (invisible au sens strict, comme l'est l'attraction universelle de Isaac Newton) dont on ne perçoit l'existence que dans certains moments particuliers où apparaît avec évidence qu'il se passe quelque chose d'autre ou de plus qu'une simple addition d'individus autonomes dans la vie sociale. 10

Par exemple, un wagon de métro ou un bus: au quotidien banal de sa fréquentation, rien ou presque ne se passe, chacun rêve, lit son journal (la distribution de gratuits a augmenté considérablement cette pratique), des femmes lisent des livres (l'observation simple montre qu'elles sont très largement majoritaires dans cette pratique) ; il n'y a que peu de rapports ou d'interactions entre des individus ici rassemblés, autres que quelques « excusez-moi» quand il s'agit de se déplacer dans cet espace confiné. On a pu décrire cet univers comme un rassemblement de monades enfermées dans des bulles psychiques, se protégeant d'un environnement parfois pénible. Jamais ailleurs que dans un tel lieu, chacun d'entre nous n'accepterait d'être ainsi physiquement si proche, à se toucher, de gens qui nous sont parfaitement Inconnus. Et pourtant, il suffit que survienne un incident quelconque pour que tout change, un événement comme ce comportement inhabituel de cette personne qui un jour tira le signal d'alarme parce qu'on lui avait marché sur les pieds, et qui dans une sorte d'instant de panique existentielle n'a pas trouvé d'autres moyens d'être assurée de son existence, niée par la grossièreté d'un passager qui lui marchant dessus avait omis de s'en excuser et ainsi avait nié son existence. Immédiatement, l'atmosphère a changé, les personnes qui, il y a un instant, ne se voyaient pas, se parlent et ,commentent l'événement.2

2 Précisons qu'il s'agit d'une anecdote vraie, et que après le sourire et l'étonnement, le sentiment général qui avait considéré la personne en question comme « folle» a fmi par considérer avec un peu d'effroi, que peut-être c'était la seule qui avait dans de telles circonstances un comportement raisonnablement humain. Le sociologue ne peut qu'être intéressé devant un tel retournement qui en dit long sur la masse de frustrations et de souffrances psychiques quotidiennement supportées par la plupart d'entre nous et la plupart du temps en silence. Il

Là apparaît qu'en fait nous sommes liés les uns aux autres et ce qui n'apparaissait pas clairement comme lien se révèle alors, permettant la libération de la parole, la levée des inhibitions sociales (notamment celle qui veut qu'on ne s'adresse pas spontanément à un inconnu) et même parfois favorisant qu'au-delà du seul moment qui suit l'événement, quelque chose perdure. Les habitués du métro de 8h 05 et qui se croisaient parfois depuis plusieurs mois, voire plusieurs années sans se voir dans ce deuxième wagon, se reconnaîtront le lendemain, se diront bonjour, voire se parleront à nouveau et parfois... Ainsi, au cours de mon enquête sur les lectrices de romans sentimentaux deux de mes informatrices m'ont dit s'être connues dans le RER à la suite d'un incident de parcours, alors qu'elles se voyaient sans se voir depuis fort longtemps, chacune lisant dans son coin son roman. Aujourd'hui elles se les échangent et en parlent et parfois prennent le temps d'un thé avant de rejoindre leurs domiciles respectifs. Or c'est bien de cela qu'il s'agit ici dans la recherche de Brigitte Girard- Hainz : le lien social, cette force invisible qui lie au quotidien, jusque dans les aspects les plus discrets de la vie sociale des inconnus entre eux alors qu'ils n'ont apparemment en commun que d'habiter un même espace, aux contours d'ailleurs flous et susceptibles d'évolution. Ce lien, insu le plus souvent de ceux qui sont par lui reliés, va se révéler à l'occasion d'évènements qui peuvent être fortuits, mais plus souvent encore lorsqu'ils sont organisés. La fonction sociale des associations de quartier qui sont étudiées par Brigitte Girard-Hainz, est justement de créer des évènements qui vont permettre cette révélation du lien social, un peu comme la poussière jetée par Indiana Jones3 qui révèle un
3 Dans Indiana Jones et la dernière croisade film de Steven Spielberg de 1989 avec dans le rôle titre Harisson Ford. 12

instant après son passage l'existence d'un pont invisible (qui permet d'ailleurs dans le film de révéler un autre lien invisible, cher aux états-uniens : la foi religieuse et sa force). À l'occasion des fêtes de quartiers, mais aussi d'actions diverses d'entraide, ces associations vont apprendre aux habitants qu'ils sont voisins (socius en latin), qu'ils vivent ensemble et que quelque chose de plus fort que le hasard les lie entre eux, ouvrant sans doute parfois la voie à d'autres rapports plus explicites.

Brigitte Girard-Hainz va ainsi décliner à travers divers angles d'approche les multiples facettes qui permettent de comprendre la place de ces associations dans la vie du quartier. Elle commence par construire son objet de recherche à partir de deux concepts essentiels bien sûr pour un tel projet: celui de territoire tout d'abord et celui d'imaginaire collectif, nourri de mémoire et socle du mythe en jeu ici. Puis à partir de la présentation de ce qu'elle désigne comme récits associatifs, l'auteure élabore l'image de la cité rêvée, en introduisant une comparaison très pertinente avec les cités utopiques ou idéales, et décrit la rencontre entre les mythes soutenus par les associations et les réalités urbaines où ils s'incarnent. L'ensemble débouche enfin sur une analyse des solidarités associatives qui ouvre à un véritable programme futur de recherche sur la ville et les imaginaires qui nourrissent le lien social. Brigitte Girard-Hainz, dans cet ouvrage, évite le piège métaphysique de la question du pourquoi il y a du lien social plutôt que rien, pour travailler à la question du comment ce lien fonctionne et comment il se révèle à ceux qui y sont pris, c'est-à-dire tout le monde.

13

Ce qui fait l'originalité réelle de cette recherche, c'est qu'elle articule descriptions d'actions concrètes, mythes fondateurs et imaginaires sociaux, comme l'auteure le dit bien elle-même, son enjeu étant peut-être non de « savoir si la Cité idéale est possible, mais bien de montrer comment l'utopie est une composante du vécu social... »4.

Bruno PÉQUIGNOT Sociologue, Professeur des Universités, Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle Département Médiation Culturelle (décembre 2005)

4

Page 239. 14

INTRODUCTION Monographie d'une vie associative de quartier
« La vie associative est quelque chose d'indispensable. Certains ont des liens professionnels, d'autres n'en ont malheureusement plus. De même concernant les liens familiaux. Un certain nombre de personnes trouvent dans la vie associative une dimension qu'ils ne trouvent pas ailleurs. » (Monsieur M, Président du Comité de quartier de Rosemont - SaintFerjeux, entretien en 1999)

Les Rêves de Villel appartiennent à tous ceux qui s'impliquent dans la vie associative pour construire ensemble «un quartier à vivre »2. Ce livre montre comment les fêtes, les animations, les activités culturelles ou de loisirs, organisées par les groupements volontaires3, contribuent à enrichir la vie urbaine dans une partie de la ville de Besançon4 communément appelée le quartier de Saint-Ferjeux. La présentation de cette vie associative locale pourrait commencer par: il était une fois, un Quartier-Village dans la Ville..., car il s'agit d'une monographie dans laquelle les récits des associés prennent une large place.

I

Note aux lecteurs:

Les termes ou les expressions qui ont un sens spécifique dans le cadre de cette recherche sont écrits en caractères italiques. Les citations des personnes interrogées ou extraites des publications locales sont en caractères italiques et elles sont mises entre guillemets. Les citations d'auteurs sont en caractères normaux et mis entre guillemets.

Les Nouvelles du Doubs, 29 octobre 1991. Article: Saint-Ferjeux Rosemont, La tradition d'un « quartier à vivre ». 3 Les termes de groupement volontaire, association ou collectif associatif sont utilisés indifféremment pour désigner des groupes constitués ou en cours de constitution dans le cadre de la loi de 1901.
4

2

Besançon, dans le département du Doubs.

15

Cette monographie d'une vie associative dite de quartier répond à l'intention théorique de reprendre la question du lien social, posée en ces termes: comment se fabrique le lien qui rend possible le vivre et l'agir ensemble ?5 Dans cette visée, il s'agissait de forger un étayage conceptuel sous la catégorie générale de «lien social »6 en la positionnant «dans sa dimension

dynamique, plastique et dialectique» 7 et de mettre ainsi à
profit toute sa fécondité opératoire pour mettre en lumière une de ses formes possibles, à savoir dans le cadre de cette enquête, le lien associatif ou la solidarité associative. L'acte de s'associer librement, de s'engager dans un groupement volontaire est une forme particulière de mise en lien avec d'autres, dans la mesure où il permet une extension de sa sphère relationnelle au-delà des réseaux familiaux, amicaux ou professionnels. L'implication associative est largement encouragée dans notre société, où, selon les statistiques, elle concernerait près d'un français sur deux8. Elle est considérée comme une manière de favoriser les rencontres, au-delà des différences sociales et culturelles. L'existence de groupements volontaires actifs est donc perçue comme un facteur de mixité sociale, de renforcement des solidarités de voisinage lorsqu'elles se donnent pour objectif l'animation

5

B. PÉQUIGNOT,

Le lien social, un objet originaire en sociologie, In :

Revue UTINA~ L'Harmattan, 1993, pages 21 à 31. Tout en rejetant a priori des approches qui renverraient à une conception implicite d'un lien social qui serait plus fragile dans la société contemporaine que dans le passé, cette enquête sur les formes du lien associatif participe comme le pose Bruno Péquignot à « l'analyse et à la compréhension de ce qui est facteur de cohésion et de désagrégation, d'équilibre ou de déséquilibre dans la vie sociale}). 6 Le terme de lien social peut être remplacé par le terme de solidarité utilisé par Émile Durkheim. 7 F. FARRUGIA, La crise du lien social, L'Harmattan, 1993, page 214. 8 Selon les résultats d'enquêtes publiées en 2001 au moment de la célébration du centenaire de la loi de 1901 sur les associations. 16

socioculturelle d'une localité ou d'un quartier d'une ville9. Ce sont ces idées plutôt valorisantes sur le phénomène associatif qui sont mises à l'épreuve des réalités urbaines, en observant comment se construisent ces mises en lien entre individus qui font le libre choix de s'associer, et plus particulièrement, de s'associer sur la base d'une appartenance commune à une partie de territoire urbain qu'ils considèrent comme leur quartier. Le phénomène associatif en France est ici abordé sous l'angle particulier de la vie associative de quartier, en tant que « secteur de l'expérience humaine »10.Cette étude permet de reprendre la problématique du lien social de manière empirique, dans des «ensembles humains réellement constitués »11.

9 J-L. LAVILLE et R. SAINSAULIEU, Sociologie de l'association. Des organisations à l'épreuve du changement social, Paris, Desclée de Brouwer, 1997, pages 30 et 37. Les auteurs posent la question de «l'apport spécifique du fonctionnement associatif aux autres types d'organisations et même plus largement à une société affrontée au délitement du lien social». Ils estiment que « comprendre les raisons d'être des associations devient un problème d'autant plus actuel que la société est en quête de nouvelles formes de collectifs capables d'inventer, de produire et de gérer des réponses aux difficultés d'une époque marquée autant par l'individualisme que par les fondamentalismes et les sectarismes». 10 1. DUVIGNAUD, Introduction à la sociologie, Paris, Gallimard, 1966, page Il. L'auteur écrit: « Ce que propose Durkheim et ce qui reste pour nous valable, c'est de prendre la réalité comme un tout organique et vivant, un secteur de l'expérience humaine irréductible et appelant ses principes d'explications et ses modes de connaissances spécifiques. » 11Idem, pages 111 et 112. Selon l'auteur: « La première exigence consiste donc à s'assurer qu'il s'agit d'ensembles humains réellement constitués, de "phénomènes sociaux totaux", comme disait Marcel Mauss, ou des mécanismes humains réellement enracinés dans des "milieux sociaux effervescents". Le "cadavérisé", le "figé", l'institutionnel même ne devraient intéresser l'analyse sociologique que négativement. » 17

La question centrale autour de laquelle ont été organisées les investigations est celle de l'ancrage territorial des associations. Elle s'inscrit dans une perspective holiste privilégiant une approche globalisante du fait associatif tant du point de vue des collectifs associatifs et des individus qu'ils rassemblent que du point de vue du rapport entre ces collectifs et les territoires urbains dont ils revendiquent l'appartenance. Elle s'est révélée féconde pour montrer que le sentiment d'appartenance exprimé par des groupements volontaires ne peut être considéré seulement comme une forme d'héritage, en partie surannée, d'un temps aujourd'hui révolu des appartenances à des communautés de vie locales. Ce sentiment d'appartenance peut se comprendre aujourd'hui comme une recherche d'un espace d'articulation entre une multiplicité possible d'appartenances sociales, lesquelles sont favorisées par le développement de réseaux relationnels sur une base plus individualisée et plus diffuse dans des territoires urbanisés en extension. Cette question de l'ancrage territorial des associations pose un problème de définition: qu'est-ce qu'un quartier et une association de quartier? Il n'y a pas une définition, mais une multitude de définitions possibles du quartier, en fonction de l'usage que les individus ou les groupes font de cet espace qu'ils délimitent chacun à leur manière. Dans le cadre de cette recherche, une association de quartier est définie comme une association qui exprime sa volonté de s'inscrire dans un espace résidentiel urbain, quelle que soit la manière dont elle délimite cet espace et quelle que soit la taille de cet espace. Ainsi, le quartier de SAINT -FERJEUX est l'ensemble de territoires urbains que les neuf associations

18

DE SAINT-FERJEUX considèrent elles-mêmes comme leur quartierl2. En fonction de cet angle d'approche, la démarche monographique s'est avérée la mieux adaptée pour tenter de «conquérir des points de vue », pour «comprendre l'humaine diversité» d'une vie associative locale même si, comme le remarque C. Wright Mills, cette diversité « est si ample et si profonde qu'on peut se demander si cela est possible» 13. Cette démarche s'est concrétisée par la collecte de matériaux hétérogènes à travers la réalisation d'une succession d'enquêtesl4 sur une période de sept ans, de 1995 à 2001. Ces matériaux concernent à la fois les groupements et les territoires urbains dans lesquels ceux-ci inscrivent leurs projets et développent leurs actions, et ce, dans une perspective historique, soit une centaine d'années de vie associativel5, en prenant en compte le contexte urbain de Besançon, lui-même inscrit dans le contexte plus général de l'évolution sociale de la France. La vie associative est explorée tant à partir des modes d'implication individuelle que des expériences collectives. L'observation des pratiques associatives est indissociable du recueil des points de vue des associés sur le sens qu'ils confèrent eux-mêmes à leurs pratiques.
12

Note aux lecteurs:

Le terme SAINT-FERJEUX écrit en caractères majuscules signifie l'entité urbaine qui sert de cadre de référence aux associations dites du quartier de SAINT-FERJEUX. Le terme Saint-Ferjeux, écrit en caractères normaux, signifie le quartier ou la localité dans le langage courant. Le terme de Saint-Ferjeux quartier 07 signifie un découpage administratif de l'INSEE. 13 C.W. MILLS, L'imagination sociologique, Paris, Maspero, 1967, pages 140 et 141. 14 Ces différentes enquêtes sont présentées dans l'annexe méthodologique. 15Le point de repère historique est la loi sur les associations de 1901. 19

Différentes méthodes d'analysel6 ont été mobilisées pour parvenir à la production d'un raisonnement cohérent sur le fonctionnement associatif dit de quartier considéré comme un «phénomène social total» au sens de Marcel Mauss, afin de «percevoir l'essentiel, le mouvement du tout, l'aspect vivant, l'aspect fugitif où la société prend, où les hommes prennent conscience sentimentale d'euxmêmes et de leur situation vis-à-vis d'autrui »17.Puis, pour «recomposer ce tout », après «avoir forcément un peu trop divisé et abstrait »18,il s'agissait de croiser ce que Georges Gurvitch appelle des «éclairages dialectiques» qui «mettent en relief les complexités, les sinuosités, les flexibilités, les tensions toujours renouvelées des ensembles humains »19. La monographie de SAINT -FERJEUX met en lumière l'importance des imaginaires de la ville, des mémoires et des identités collectives dans l'existence des groupements volontaires, mais aussi, la contribution de ceux-ci à la construction de représentations des territoires urbains qui s'entrecroisent, territoires de vie quotidienne, résidentiels et/ou affectifs à géométrie variable, compatibles avec diverses modalités d'appartenance dans l'ensemble de la ville ou au-delà, intégrant à la fois deux principes de la vie urbaine: la proximité et la mobilité spatiale. Elle montre également comment l'ancrage territorial des groupements volontaires s'actualise à travers l'invention d'un cadre commun d'expérience de solidarité associative, une «Forme-Symbole », selon un

16

Ces différentes méthodes et le modèle d'analyse

sont présentés dans

l'annexe méthodologique. 17 M. MAUSS, Sociologie et anthropologie. Essai sur le don, Paris, Presses Universitaires de France, 1989 (1950), page 275.
18

Idem, page 276.

19

G. GURVITCH,Dialectiqueet Sociologie,Paris, Flammarion,1962,
20

pages 180 à 182.

concept emprunté à Raymond Ledrut20. Cette forme nommée dans cette recherche le Quartier-Symbole de SAINT-FERJEUX peut-être considérée comme un ensemble de représentations symboliques formées à partir d'appropriations de différents courants d'idées et représentations qui traversent le corps social dans le contexte délimité de cette partie de la ville. Comme des éponges, les groupements volontaires drainent amalgament et recomposent en permanence des formes symboliques de leur quartier selon deux logiques: l'une qualifiée de fusionnelle lorsque l'entité quartier résulte d'une fusion de plusieurs secteurs résidentiels, et l'autre qualifiée de sectorielle lorsque le quartier résulte d'une différenciation d'un secteur résidentiel à l'intérieur de SAINT-FERJEUX qui reste le cadre de référence. Du point de vue de la constitution et de la pérennisation des groupements volontaires, le concept de Quartier-Symbole permet de rendre compte de la capacité d'invention collective qui permet, selon l'expression de Maurice Halbwachs, de «dessiner sur le sol »21 un territoire associatif, en traçant son périmètre, son centre symbolisé par exemple par «la place de la Commune libre» (inaugurée en juin 1999), en transformant des espaces publics en lieu de convivialité comme « la place de la Bascule» et « la rue de Dole» qui deviennent des espaces festifs lors de « la Cavalcade» organisée chaque année, « l'allée Ducat» qui prend toutes « les couleurs du monde» (lors du marché «Couleurs du monde»), le «parc de la Basilique» où se tiennent par exemple la «fête de l'amitié et du Printemps» ou des pique-niques

R. LEDRUT, La forme et le sens dans la société, Paris, Méridiens Klincksieck, 1964. 21 M. HALBWACHS, La mémoire collective, Paris, Albin Michel, 1997 (1950), page 232. 21

20

organisés par plusieurs associations, sans compter l'implantation des locaux associatifs qui permettent une offre diversifiée d'activités et d'animations locales. Ce territoire associatif de SAINT-FERJEUX est susceptible d'être investi tout autant par les habitants de SaintFerjeux22 que par ceux qui, quel que soit leur lieu d'habitation dans ou en dehors du quartier, sont à la recherche d'un certain «esprit» ou d'une certaine « ambiance» qui, selon les expressions des associés, sont censés exister dans cette partie de la ville. Le concept de Quartier-Symbole est également un cadre d'analyse des mythes associatifs23, tant du point de vue de leurs contenus que des processus de leur fabrication à travers les différentes compositions, décompositions et recompositions du mythe du QuartierVillage dans la Ville. À partir d'éléments composites d'imaginaires polarisés sur l'espace de la ville lui-même constamment remodelé, le Quartier- Village de SAINT FERJEUX exprime différentes métamorphoses du mythe de la Cité idéale24qui peut se comprendre à la fois comme un récit des origines, c'est-à-dire une histoire locale telle que les groupements volontaires ont besoin de l'imaginer pour s'accorder aux projets associatifs actuels, et comme une recherche de quelque chose d'autre pour surmonter les manques, les contradictions et les tensions sociales, c'està-dire une utopie qui ne se situe pas dans un « nulle part »,

22 23

Quartier de Saint-Ferjeux, tel qu'il est défmi par l'INSEE. H. DÉROCHE, Les mythes administratifs, Paris, PUF, 1966. On peut en effet parler de mythes à propos du fait associatif: de la même manière que Henri Déroche parle de mythes à propos du fait administratif. 24 R. MUCCHIELLI, Le mythe de la Cité idéale, Paris, Presses Universitaires de France, 1960. 22

mais « dans le présent en train de se faire par la trame de

la vie sociale» 2S.
Bien que les mythes associatifs ne soient pas les mêmes d'une association à l'autre selon l'origine de celleci et ses domaines d'activités, les neufs groupements qui se considèrent comme des associations de quartier et la quarantaine d'associations aux activités variées qui coopèrent régulièrement ou ponctuellement avec eux dans le cadre d'animations ou de fêtes de quartier, s'entendent pour entretenir le mythe de SAINT-FERJEUX comme un patrimoine symbolique qu'ils ont intérêt semble-t-il à faire fructifier ensemble. On peut faire l'hypothèse que ce quartier mythique exprimait dans ses formes originelles, dans la période de création des premières « Sociétés» avant 1900, une forme d'appropriation de territoires résidentiels par des groupements volontaires dont les membres étaient des habitants de Saint-Ferjeux. Cependant, durant la centaine d'années de vie associative, il semble qu'un renversement du processus se soit opéré et que la dynamique créée au sein du pôle associatif local permette aujourd'hui de faire vivre ce mythe d'un Quartier- Village dans la Ville dans un contexte où les pratiques associatives s'organisent de moins en moins sur une base résidentielle et de plus en plus sur une base de relations interpersonnelles et de micro-appartenances dans la sphère plus large de l'aire urbaine. L'analyse des métamorphoses des mythes associatifs au fur et à mesure des transformations des territoires urbains, donne un nouvel éclairage sur I'histoire et le fonctionnement actuel des groupements volontaires, et sur les modes d'implication des associés.

J. DUVIGNAUD, L'utopie, composante du vécu. In: Utopies et sciences sociales, Textes réunis par Bruno PÉQUIGNOT, Paris, L'Harmattan, 1998, pages 190 et 191. 23

2S

La manière dont cet exposé est construit tient compte d'une double visée: La première est de rendre compte d'une démarche théorique en mettant en relief les aspects les plus significatifs du phénomène associatif dans ses dimensions géographiques, historiques et symboliques. Il s'agit de montrer comment le quartier auquel les associations se sentent appartenir est une production imaginaire collective. Elle est à la fois un cadre d'organisation de pratiques associatives, un cadre d'expérience de la solidarité et de l'engagement bénévole, et un mode de légitimation et de régulation de la vie associative locale. En ce sens, cette recherche s'inscrit dans une sociologie de la vie urbaine tout en versant des contributions à l'anthropologie de l'imaginaire. La deuxième visée est d'illustrer ces constats théoriques en présentant de manière vivante la vie associative de SAINT-FERJEUX animée par une quarantaine de groupements, inscrite dans une partie du territoire urbain de Besançon d'une vingtaine de kilomètres carrés et comptant environ 6000 habitants. Il s'agit de rendre compte de sa complexité et de sa dynamique à travers les paroles des informateurs, les articles des différentes revues ou journaux, les photos collectées ou prises au cours de l'enquête, et des éléments statistiques concernant la population et l'habitat. Dans le cadre de cet ouvrage, il n'est pas possible de présenter l'ensemble des éléments monographiques ainsi mis en forme26. Un choix a donc été fait parmi les plus significatifs.

26

B. GlRARD-HAINZ, Mythes et réalités urbaines dans la vie

associative de quartier. Imaginaires de la ville, mémoires et identités collectives dans la construction de la solidarité associative à SaintFerjeux (Besançon), Thèse de Sociologie et anthropologie, soutenue le 9 janvier 2004 à l'Université de Franche-Comté, 721 pages. 24

L'exposé qui suit est organisé en sept parties:

1- ASSOCIATIONS ET TERRITOIRES

La vie associative de quartier est décrite à travers ses acteurs (les associés), son histoire et le fonctionnement actuel des différents groupements volontaires qui contribuent à entretenir un pôle d'animation attractif, en conciliant un ancrage de quartier et une ouverture sur la viIle.
11-L'IMAGINAIRE DE LA VILLE

En montrant comment des mémoires et des imaginaires collectifs sont mobilisés pour entretenir et recomposer le mythe d'un Quartier- Village dans la Ville, il est possible de comprendre par quelle alchimie, associations et territoires se construisent mutuellement.
111-LES RÉCITS ASSOCIA TIFS

Les contenus des récits associatifs sont résumés sous la forme de cinq fictions correspondant à différentes périodes de la vie locale, depuis l'existence d'un « hameau hors des murs» jusqu'au «quartier» actuel proche du centre- ville.
IV-LA CITÉ ASSOCIATIVE

Le fonctionnement actuel du pôle associatif et les modes d'engagements bénévoles sont éclairés par la mise au jour des enjeux symboliques autour desquels s'accordent les principaux groupements. Cette analyse tend à montrer comment le mythe de la Cité idéale est au cœur de la vie associative.

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V-MYTHES ASSOCIATIFS ET RÉALITÉS URBAINES

Les résultats de différentes enquêtes portant sur l'habitat et la population du quartier d'une part, sur les modes d'implication associative d'autre part, apportent de nouveaux éléments de compréhension des logiques de fonctionnement des groupements volontaires pour concilier maintien des traditions et recherche de nouvelles réponses sociales.

VI- LA SOLIDARITÉ ASSOCIATIVE

À partir de l'observation des pratiques associatives dans le cadre d'activités de loisirs ou d'entraide, ou dans le cadre de rencontres conviviales ou festives, de multiples formes possibles d'expériences de la solidarité associative sont exposées.

VII- L'IMAGINAIRE DU LIEN SOCIAL

À partir de cette monographie d'un mouvement associatif local, un modèle théorique de la dynamique du mythe du lien associatif est proposé. Des pistes sont ouvertes pour la construction d'une sociologie de la solidarité associative.

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I. ASSOCIATIONS ET TERRITOIRES
«"Ce n'est pas un quartier à camions", a-t-on coutume de dire chez les adeptes de la vie à Saint-Ferjeux. Ceux-là parlent de leur quartier comme d'un village, d'une entité bien délimitée, héritage probable de sa vocation des siècles passés.» (Journal Les nouvelles du Doubs, 1991)

Comment comprendre les rapports existant entre des associations dites de quartier et les espaces urbains dont ils revendiquent l'appartenance? En posant l'hypothèse que les deux entités, quartier et association, sont définies l'une par l'autre dans un même processus de construction sociale des groupes et des territoires, processus nommé dans le cadre de cette recherche l'ancrage territorial des associations de quartier, différents angles de vue sont proposés pour rendre compte du fonctionnement d'un ensemble de groupements volontaires qui forment l'un des pôles d'animation de la ville. Cette vie associative de quartier est tout d'abord décrite du point de vue de ses acteurs, à savoir les associés qui font vivre leur pôle associatif local et qui dessinent ensemble leur territoire associatif. Elle est ensuite décrite à travers son histoire, en montrant l'influence des institutions locales, principalement la paroisse et la municipalité, dans la création et la pérennisation des associations. Enfin, elle est décrite à travers les relations et les jeux d'alliances qui rapprochent plus ou moins les différents groupements. 1- Un pôle associatif dans la ville Sans pour autant considérer que le quartier de SaintFerjeux est plus intéressant qu'un autre, voire même « exemplaire» comme certains responsables associatifs ont tendance à l'exprimer dans un désir bien compréhensif 27

de valoriser leurs actions collectives, cette partie de Besançon présente, d'un point de vue sociologique, des caractéristiques particulières qui en font un terrain d'enquête adapté à l'étude des «significations affectives du quartier»1 dont les groupements volontaires peuvent être porteurs. En effet, Saint-Ferjeux est à l'origine le nom d'une ancienne paroisse au Moyen-Âge. C'est aujourd'hui une entité urbaine située entre le centre-ville concentré dans «la Boucle» du Doubs et le grand ensemble de «Planoise» construit dans les années 1970 à la périphérie Ouest2. En tant qu'« espaces géographiques produits affectivement, socialement, culturellement et symboliquement »3, les territoires urbains qui la composent ont fait l'objet de délimitations successives au fur et à mesure de l'extension de la ville de Besançon. À l'origine « un hameau hors des murs », puis une paroisse importante depuis la construction d'une basilique à la fin du XIXe siècle, elle recouvre actuellement, en grande partie, le quartier défini par l'INSEE4 qui comptait 6176 habitants lors du recensement de 1999. Cette entité urbaine a donc une histoire et présente une grande diversité du point de vue des formes d'habitat et des périodes de construction. Elle rassemble une population hétérogène tant du point de vue des catégories

K. NOSCHIS, Signification affective du quartier, Paris, Librairie des Méridiens Klincksieck, 1994. L'auteur montre comment «le quartier est avant tout une suite de lieux auxquels l'usage répété a imprimé une valeur de symboles affectivement chargés, assouvissant l'imaginaire des habitants». 2 Voir dans l'annexe monographique, le Plan 1 : le quartier INSEE de Rosemont - Saint-Ferjeux, situé dans la ville de Besançon. 3 J. BONNEMAISON, L. CAMBREZY, L. QUINTY-BOURGEOIS, Les territoires de l'identité. Lien ou frontière?, Paris, L'Harmattan, 1998, tome 1, Introduction de l'ouvrage collectif.
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Institut National de la Statistique et des Études Économiques.

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sociales que de celui des origines géographiques des habitants, entre les anciens et ceux qui s'y sont installés plus récemment.
« Saint-Ferjeux », une ancienne paroisse Le nom de «Saint-Ferjeux» est celui d'un des saints pour lequel la « basilique de Saint Ferréol et Saint-Ferjeux » a été érigée. C'est donc à l'origine le nom d'une paroisse qui existe encore aujourd'hui, comme c'est le cas d'autres quartiers de Besançon ou également dans de nombreuses villes5. Cette partie de Besançon est également nommée par le terme de « quartier de Rosemont - Saint-Ferjeux », c'est-à-dire le regroupement de deux secteurs résidentiels: au bourg qui entourait la Basilique, située sur la droite lorsqu'on sort de Besançon en direction de Dole. - « Rosemont », un espace urbanisé à partir du début du XIXe siècle, situé de l'autre côté de la rue de Dole, sur la gauche lorsqu'on sort de la ville. L'INSEE a délimité le « quartier 07 », appelé « Quartier de Rosemont - Saint-Ferjeux». Cependant, les limites de ce quartier INSEE ont varié au cours des 35 dernières années, ce qui traduit la difficulté de déterminer des limites cohérentes dans un objectif de recensement dans une partie de la ville qui s'est considérablement transformée au cours du XIXe siècle. L'actuelle « paroisse de Saint-Ferjeux» est plus large que le quartier INSEE car elle comprend le secteur résidentiel des « Tilleroyes» en pleine expansion ces dernières années. Elle comprend aussi une partie d'un ancien secteur résidentiel de Besançon appelé « La Butte» .

- Le « vieux

Saint-Ferjeux

», la partie la plus ancienne correspondant

C. NEVEU, Habitant et citoyen, citoyenneté et territoire dans les quartiers de Roubaix. In: J. BONNEMAISON, L. CAMBREZY, L. QUINTY-BOURGEOIS, Op. Cit., page 191. L'auteure montre que les 17 quartiers de Roubaix mentionnés par certains élus correspondent en fait aux 17 anciennes paroisses de la ville.

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