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Révoltes, résistances, réparation

156 pages
ÉDITORIAL "Pendant la guerre, il n'y a pas de névroses…" Thierry Goguel d'Allondans / SI TU T'IMAGINES… Furor pectoris Roger Dadoun / ENTRETIEN AVEC… FRANCIS JAURÉGUIBERRY / LA CHRONIQUE de David Le Breton Le recours à la forêt ou au désert / ÉCHO DU TERRAIN Bali, les rizières et l'Unesco Franck Michel / LE DOSSIER DU TRIMESTRE : RÉVOLTES, RÉSISTANCES - RÉPARATION ! sous la direction de Roger Dadoun / HORS CHAMPS Jalousie. Quand tu nous tiens… Guy Lesoeurs / INITIATIQUES Si du danger naît le pouvoir. Combinaisons politiques sur l'échiquier des risques Tobias Girard / [RE]DECOUVRIR… Frank Tannenbaum, la dramatisation du mal et l'"épinglage" du déviant Lionel Lacaze / LU & VU
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Comité scientifique
Michel Autès (Lille), Georges Balandier (Paris), Cai Hua (Pékin), Boris Cyrulnik(La-Seyne-sur-Mer),ChristineDelory-Momberger(Paris-13),Pierre-André Dupuis (Nancy), Jean Duvignaud (1921-2007), Paul Fustier (Lyon), Remi Hess (Paris-8), Françoise Hurstel (Strasbourg), Martine Lani-Bayle (Nantes), François Laplantine (Lyon-2), Cosimo Marco Mazzoni (Sienne), Guy Ménard (Montréal), Jean Oury (La Borde), André Rauch (Strasbourg), Claude Rivière (Paris-V), Christoph Wulf (Berlin)
Comité de rédaction
Rédacteur en chef: Thierry Goguel d’Allondans
Directeur de publication: Jean Ferreux
Président de l’association des Amis dela revue: J.-François Gomez
Comité de rédaction :Roger Dadoun, Sylvestre Ganter (Pin Sylvestre),PhilippeHameau,DavidLeBreton,YolandeTouati,RenaudTschudy
Collaborateurs :Yan Godart, Pascal Hintermeyer, Jocelyn Lachance, Nancy Midol
Couverture: LGStudioGraphique
Corrections ortho- et typographiques & mise en pages: Isabelle Le Quinio
Photos: Francis Jauréguiberry © J. Lachance; Bali © F. Michel; dossier © Pin Sylvestre.
Sommaire
ÉDITORIALPendant la guerre, il n’y a pas de névroses Thierry Goguel d’Allondans
SI TU T’IMAGINES...Furor pectoris Roger Dadoun
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ENTRETIEN AvEc... FRANcIS JAUREGUIbERRy13
LA chRONIqUEde David Le BretonLe recours à la forêt ou au désert
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ÉchO DU TERRAINBali, les rizières et l’Unesco Franck Michel21 LE DOSSIER DU TRIMESTRERÉvOLTES, RÉSISTANcES - RÉpARATION ! sous la direction de Roger Dadoun33 Pour l’établissement de la République socialiste universelle. Manifeste Roger Dadoun35 La véritable résistance est celle de la pensée. Cheminer avec Simone WeilJean-François Gomez40 « L’invention de Jésus » : atelier de rétroversion-réparation David Dadoun47 De la révolte deGros-Câlinà la révolution de Ludwik Zamenhof : l’espéranto, langue de résistance Marielle Giraud53 La philosophie résiste, la philosophie répare Giovanni Invitto58 Wilhelm Reich : vivre, c’est résister Jacques Lesage de La Haye62
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Émile Masson : un résistant ordinaire Didier Giraud67 Habiter. Réparer. Résister Pascal Dreyer72 La pensée de la différence sexuelle comme résistance Marisa Forcina78 Des clefs, pour quelle médecine? Paul Benaïm, entretien avec Roger Dadoun82 Silence de résistance David Le Breton87 Présentation de Charles Péguy à Notre-Dame de Chartres Roger Dadoun91
hORS chAMpSJalousie. Quand tu nous tiens Guy Lesœurs
INITIATIqUESSi du danger naît le pouvoir. Combinaisons politiques sur l’échiquier des risques Tobias Girard
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[RE]DÉcOUvRIR... FRANk TANNENbAUMLionel Lacaze119
LU & vU
LE bILLET DE L’ASSOcIATION DES AMIS DE LA REvUE
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Pendant la guerre, il n’y a pas de névroses…
Thierry Goguel d’Allondans
C’est François Tosquelles, psychiatre et psychanalyste catalan, fonda-teur – avec d’autres – du mouvement de psychothérapie institutionnelle, qui, fort de l’expérience d’une guerre civile et d’une guerre mondiale – excusez du peu ! – constatait cela, ajoutant d’ailleurs qu’il y avait même, pour ces temps troublés, « des psychoses qui guérissent »! Il précisait, toutefois, qu’il était bien « dommage que ça fasse autant de morts » !
Dans un monde de surconsommation, les névroses ne sont plus banales et atteignent, pour certaines, un point irréductible. Parfois, elles cristallisent la haine, le rejet du différent de soi, le repli dans l’entre-soi. Il y a, à l’évidence, dans toute société humaine, des situations d’inégali-tés ou, pour les moins pires, des situations fortement contrastées. Sans rentrer dans les détails démographiques et considérations géopolitiques, une partie d’entre nous – chacun se reconnaîtra et l’Autre les siens – mange à sa faim, a accédé ou va accéder à la propriété, peut partir en vacances, avoir des loisirs, se soigner, offrir une éducation à ses enfants et, même, consommer du superflu, assez fréquemment beaucoup de superflu... L’autre partie n’a pas tous ces privilèges cumulés; et parmi elle, une part grandissante n’a même carrément rien de tout cela. Pour bon nombre d’êtres humains, sur notre planète, c’est le gîte et le couvert quotidiens qui deviennent l’unique préoccupation. Oserait-on penser qu’ils ont un peu choisi cela – quand même ! – ces empêcheurs de pros-pérer en rond? Qu’ils l’ont bien mérité, ces fainéants et ces parias? Plus que jamais reste d’une actualité vive l’appel – qui sonne comme
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un avertissement – de l’abbé Pierre, « faire la guerre à la pauvreté, pas aux pauvres »! Pour la France, l’inseevient de publier (avril 2013) les données chiffrées de 2010 (ce qui n’est guère rassurant) : 8,5 millions de Français vivent sous le seuil de pauvreté, un enfant sur cinq est en situa-tion de précarité, le salaire médian est de 1 600 euros. Où commence le déclin d’une société riche ?
Comment comprendre, dans ce contexte, que certains s’inquiètent – fin d’un rêve ? – des taxes sur les salaires exorbitants du football pro-fessionnel ? « Il faut vous dire, monsieur, que certains de ces joueurs-là, perçoivent, oui monsieur, mensuellement, plus de mille salaires mini-mums interprofessionnels de croissance (smic) » ! Comment expliquer, à des employés, la nécessaire réduction de la masse salariale au nom de la sacro-sainte compétitivité, alors que les actionnaires vont faire de juteux bénéfices et que leur patron empochera, en une seule prime, le salaire de toute une vie d’ouvrier ? Que vaut une vie d’ouvrier ? Comment justifier qu’un petit braqueur qui a rêvé, pour lui et sa famille, d’une sortie de la misère, se retrouve, pour plusieurs années, en prison, alors que l’élu qui a détourné l’argent de nos impôts n’écopera, au pis, que d’une peine avec sursis ?
Naître à Neuilly ou à Kandahar, grandir dans un palace ou dans un abri précaire, ne manquer de rien ou d’à peu près tout, apprendre dans une école prestigieuse ou n’avoir aucune école digne de ce nom… sont – juste – autant de variables, de conditions, de modalités… d’existence. Être ouvert au Monde ou formaté à son monde, être curieux de tout ou inquiet pour un rien, aimer l’autre différent ou n’apprécier que le même que soi… sont, malgré nos environnements contraignants, parmi les rares alternatives de l’humaine existence. Il y a une flopée de com-bats, mais il n’y a pas mille et une résistances. C’est quoi résister, chère lectrice,cherlecteur,pourtoi,intimement?
Je m’y risque, mois de juillet oblige, au temps des cerises, au siffle-ment du merle moqueur, au souvenir que je garde au cœur. Déjà, nous le rappelle Lucie Aubrac, « Le verbe résister doit toujours se conjuguer au présent. » D’autres résistants, nous aident à préciser : « Même en temps de paix relative, il y a peu de résistants, peu de collabos et beau-coup de moutons. » La résistance renverrait à l’éthique. Résister, ce n’est donc ni s’en remettre aux règles et conventions (déontologie), ni à une conception – forcément unilatérale – du bien et du mal (ah, la morale – « Ce qu’il y a de gênant dans la morale, c’est que c’est toujours la morale des autres », chantait Léo Ferré). Ce serait prendre un risque : sans risque, nulle résistance! Partager – et, donc, sans tous les autres, nulle résistance (égos monophasés bye bye) ! Respect – déguerpissez : arrogance des nantis, mépris des ignorants! Sens – De l’élaboration d’une pensée : « Moins on a de connaissances, plus on a de convictions » (Boris Cyrulnik,Un merveilleux malheur, 2009)…
Allez, les points de suspension n’auront jamais été si opportuns! Ce numéro coordonné par Roger Dadoun ouvre un chemin. Si vous y cheminez, il n’est pas impossible qu’il vous conduise à Chartres, fin août, pour nos rencontres « cévenoles » annuelles (voir à la fin de ce numéro), après quelques détours, d’autres passants, d’autres passeurs… Occasion de saluer Stéphane Hessel, Robert Castel… ces humbles qui nous manquent parce qu’ils nous indiquaient des chemins.
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Furor pectoris
Roger Dadoun
Je comptais naïvement [imagine-t-on à quel point persiste au plus creux de nous-mêmes, sous toutes croyances abêties, convictions den-tues, opinions rumoreuses, idéalismes, ratiocinations et progressismes aux promouvants labels – persiste, dis-je, irréductible et irradiant, un noyau, abyssal, qui est un point aveugle, un point d’aveuglement, d’où partent en ondes inépuisables tous ces flux d’hallucinations ou hallu-cinogènes qui enrobent le réel et nous font extravaguer dans les nuées] – moi donc, naïf, compté-je, pour soutenir la présente chronique, sur l’érection d’un Pape neuf, auréolé du compassionnel esprit chrétien. J’avais imaginé pour l’occasion à la fois le titre et la musique et les foules en délire – la totale iconique, quoi. Le titre me tombait droit du ciel, expectoré d’une cheminée vaticane exhalant une coquine volute de candide fumée où se décryptait la fameuse annonce « historique » : Habemus Papam!La musique devait plaisamment s’y accorder, avec l’illustrissime ouverture deL’hymne à la Joiede Beethoven :Papapa-pam Papapapam Papapapam. S’y serait glissée, imaginez ça, relent de kitsch médiatique, une inattendue touche de sexy, dupom-pom girls vaticanesque. C’est que desgirls, et des gars aussi, il y en avait tant et plus dans ces masses extasiées qui venaient chercher et trouver sainte chaussure au pied de leur foi. Micros et betacams la répercutant à travers toute la planète, l’hallucination collective s’en donnait à cœur joie, bon pied bon œil. Face à ceWebd’universelle hystérie,urbi et orbi, Toileou pourpreVeloursimmensément tendu qu’on pourrait qua-lifier d’Hysterium,je ne disposais, pour rester dans l’axe pontifiant de l’« avoir »latin,habere, que d’un seul et unique contre-feu, mais