Revue des Deux Mondes avril 2016

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Grand entretien : Michel Onfray persiste et signe
Michel Onfray s’insurge contre le principe d’ingérence : « Si l’on devait se faire le gendarme du monde au nom des droits de l’homme, il y aurait cent pays dans lesquels il faudrait intervenir. [...] Toute guerre faite dans un pays nous transforme de facto en cible pour une riposte : c’est élémentaire mais inaudible ». Terrorisme, islamophobie, antisémitisme : le philosophe commente l’actualité politique et sociale de la France ; il déplore la destruction des valeurs républicaines qui résulte, selon lui, d’un libéralisme forcené pratiqué aussi bien par la gauche que par la droite.

Dossier : La France et ses services de renseignement
Le Secret du roi par Lucien Bély
Louis XIV rêve de contrôler l’information et de l’utiliser à son service ; il a le goût du secret. C’est sous le règne de Louis XV que se met en place un véritable réseau d’espions : le « Secret du roi ». L’historien Lucien Bély raconte certaines missions aventureuses.

Regarder la terreur en face par Alain Chouet

Alain Chouet
met en garde contre la confusion des termes « terrorisme » et « guerre ». Selon l’ex-patron de la DGSE, les récents attentats ont été commis en France par « les rejetons de notre société » et non par une armée étrangère. Il faut mettre en place une politique de coopération avec les pays musulmans, même les moins fréquentables.

Antiterrorisme, une réorganisation en question par Jean Guisnel

Jean Guisnel
analyse les échecs des services de renseignement suite aux attentats de 2015. En cause : la nouvelle nature du terrorisme, les candidats toujours plus nombreux au djihadisme et la mauvaise réorganisation des services en 2008 qui a fortement nui aux connaissances sur le terrain.

Entretien avec Marc Dugain : « L’homme sans secret va émerger de cette civilisation » Marc Dugain place le monde du renseignement au cœur de son œuvre romanesque. L’espionnage de demain sera technologique. Seulement l’évolution du big data inquiète l’écrivain : au nom de la sécurité, notre liberté s’amenuise.

Et aussi Richard Labévière, Sébastien-Yves Laurent, Rémy Kauffer, Jose Manuel Lamarque, Jean-Jacques Cécile, Marin de Viry

Littérature

Dans cette rubrique, retrouvez chaque mois des textes littéraires inédits et exclusifs :
Inédit « Jours de colère » par Jean Clair
Inédit « Josef Wende » par Frédéric Mitterrand

Études, reportages, réflexions

Soyons pragmatiques en Libye ! par Renaud Girard


Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782356501387
Nombre de pages : 196
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› Valérie Toranian

Grand entretien

| Michel Onfray persiste et signe

› Valérie Toranian

Dossier | La France et ses services de renseignement

| Le Secret du roi

› Lucien Bély

| Regarder la terreur en face

› Alain Chouet

| Mais que font les services ? La communication contre l’État

› Richard Labévière

| Antiterrorisme, une réorganisation en question

› Jean Guisnel

| L’analyse, la ressource cachée du renseignement

› Sébastien-Yves Laurent

| Agentes secrètes : des femmes dans un monde d’hommes ?

› Rémi Kauffer

| Marc Dugain. « L’homme sans secret va émerger de cette civilisation »

› Marie-Laure Delorme

| Une agence de renseignements européenne est-elle possible ?

› Jose Manuel Lamarque

| Contre-espionnage : du bon usage de la rouille soviétique

› Jean-Jacques Cécile

| OSS 117-James Bond : la battle

› Marin de Viry

Études, reportages, réflexions

| Soyons pragmatiques en Libye !

› Renaud Girard

| Lévi-Strauss tel qu’en lui-même

› Robert Kopp

| La démagogie à l’ancienne

› Jean-Yves Boriaud

| Le défi de l’ubérisation

› Annick Steta

Littérature

| INÉDIT – Jours de colère

› Jean Clair

| INÉDIT – Josef Wende

› Frédéric Mitterrand

| Journal

› Richard Millet

| La place de la littérature

› Michel Delon

| Le rêve idéologique d’un homme ridicule

› Pierre Cormary

| Trésor et conjuration

› Frédéric Verger

Critiques

| LIVRES Nouvelle charge contre Heidegger

› Eryck de Rubercy

| LIVRES Louis XVIII, le jacobin fleurdelysé

› Hadrien Desuin

| LIVRES Où en est le bien commun ?

› Patrick Kéchichian

| LIVRES Kandinsky, le pouvoir de l’abstraction

› Henri de Montety

| LIVRES Une sociologue de l’art dans la tradition de Norbert Elias

› Robert Kopp

| EXPOSITIONS L’atelier au corps-à-corps

› Bertrand Raison

| EXPOSITIONS Gustave Moreau et Georges Rouault : une leçon de liberté

› Robert Kopp

| DISQUES Monteverdi : de Venise à Versailles

› Jean-Luc Macia

Notes de lecture

Éditorial

Sommes-nous bien protégés ?

La France continue à s’interroger sur le sens et la réponse à apporter aux attentats du 13 novembre 2015. Après la stupeur et l’émotion, après les polémiques sur l’état d’urgence et la déchéance de nationalité, voici le temps de la réflexion et des questions. Pour avoir soulevé celle de la responsabilité de la politique étrangère de la France dans la violence djihadiste qui frappe notre pays, Michel Onfray s’est pris une volée de bois vert médiatique. Quatre mois plus tard, le philosophe persiste et signe à l’occasion de la sortie de deux ouvrages, une autobiographie politique, le Miroir aux alouettes (1), et un recueil de textes et interviews, Penser l’islam (2). Dans l’entretien qu’il a accordé à la Revue des Deux Mondes, Michel Onfray n’en démord pas : « Si l’on devait se faire le gendarme du monde au nom des droits de l’homme, il y aurait cent pays dans lesquels il faudrait intervenir. [...] Toute guerre faite dans un pays nous transforme de facto en cible pour une riposte : c’est élémentaire mais inaudible... »

Le terrorisme n’est-il pas plutôt la déclaration de guerre mondiale de l’islam radical à l’Occident ? Dans tous les cas, il frappe durement et met le gouvernement face à une responsabilité écrasante : protéger ses citoyens.

En première ligne, les services de renseignement chargés de neutraliser ceux qui nous menacent avant qu’ils ne passent à l’action. Sont-ils à la hauteur des défis qui nous attendent ? Les attentats « nous rappellent nos contradictions et nos incohérences », souligne Alain Chouet, ancien chef du renseignement de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) : « Il faut s’attaquer au problème de mutualisations des procédures à l’intérieur de l’espace Schengen » mais aussi « développer en liaison avec les gouvernements légaux des pays musulmans une coopération militaire, sécuritaire, judiciaire et policière. Certains de ces gouvernements sont peu fréquentables. C’est vrai. Mais il y a des priorités ».

Autre urgence, pour Sébastien-Yves Laurent, professeur à la faculté de droit et de science politique de l’université de Bordeaux: former les analystes à la compréhension des phénomènes de « radicalisation ou aux crises géopolitiques régionales en s’appuyant sur les sciences humaines et sociales », au moins aussi nécessaires « que les algorithmes et les données massives ».

Par ailleurs, comment faire face à une menace personnalisée par trois mille jeunes Français tentés par le djihad, « alors que pour surveiller un seul suspect à temps complet il faut une douzaine de personnes au bas mot ? », s’interroge le journaliste Jean Guisnel. Après la réorganisation des services en 2008, les Renseignements généraux ont été dissous et leurs effectifs redistribués. « Résultat, une exceptionnelle capacité de connaissance du terrain par des policiers formés au renseignement politique s’est trouvée disloquée. »

Le problème de la France, soulignent un bon nombre d’experts, c’est qu’elle n’aime pas ses services secrets. « Depuis leur création, ils sont frappés d’une triple malédiction : instrumentalisation politique, marginalisation et méfiance », explique le journaliste et écrivain Richard Labévière. « Il suffit de rappeler quelques-uns des moments les plus abracadabrantesques : les ratages accumulés jusqu’à la défaite de Sedan (1870) ; le Deuxième bureau dans l’affaire Dreyfus, l’OAS et les barbouzes, [...] et les dernières dénégations du financement pourtant aveuglant du terrorisme par les monarchies du Golfe. » Alors que les Anglo-Saxons, eux, sont terriblement fiers de leurs espions ! James Bond contre OSS 117 ? Marin de Viry nous livre une étude comparative des deux mythes à la conclusion étonnamment patriotique.

L’écrivain Marc Dugain, qui met en scène dans son œuvre le monde du renseignement, imagine l’agent du futur enfermé « dans son bureau, à partir duquel il peut écouter, surveiller n’importe qui en direct ». L’espionnage sera technologique : l’univers du big data apportera « la santé, la sécurité et la gratuité, qui sont les trois plus grandes attentes de l’individu moderne. En contrepartie, il nous dépouille de notre liberté et de notre vie privée. » Nos gouvernants goûteront-ils autant que Louis XIV le plaisir d’être informé ? Écoutons-le, sous la plume de l’historien Lucien Bély, prodiguer ses conseils à son arrière-petit-fils, le futur Louis XV, créateur du Secret du roi, premier service de renseignement français : « Tout ce qui est le plus nécessaire à ce métier est en même temps agréable ; [...] apprendre à toute heure les nouvelles de toutes les provinces et de toutes les nations, le secret de toutes les cours, l’humeur et le faible de tous les princes, [...] pénétrer parmi nos sujets ce qu’ils nous cachent avec le plus de soin. [...] Et je ne sais enfin quel autre plaisir nous ne quitterions point pour celui-là, si la seule curiosité nous le donnait. »

Valérie Toranian

 

 

1. Michel Onfray, le Miroir aux alouettes. Principes d’athéisme social, Plon, 2016.

2. Michel Onfray, Penser l’islam, Grasset, 2016.

 

Bande passante

GRAND ENTRETIEN

MICHEL ONFRAY
PERSISTE
ET SIGNE

› Entretien réalisé par Valérie Toranian

Dans Penser l’islam(1) il accuse l’Occident belliqueux d’avoir en partie créé le terrorisme islamique. Et il imagine sous quelles conditions la République pourrait exiger et obtenir un islam compatible avec elle. Dans son autobiographie politique le Miroir aux alouettes(2), il retrace l’itinéraire d’un fils d’ouvrier agricole qui rêvait de vie monacale mais finira « athée intégral ». Michel Onfray reste fidèle à ses idéaux et répond avec force à ses détracteurs. Interview sans complexe.

 

 

 

«Revue des Deux Mondes – Dans quel lignage, quel héritage personnel, s’inscrit votre engagement ? Quel est le personnage auquel vous devez le plus ?

 

Michel Onfray Je n’ai jamais pensé pouvoir prendre place dans une histoire et, donc, m’inscrire dans un lignage. Mes origines sociologiques modestes m’interdisaient d’imaginer pareille chose... J’ai publié un livre, puis deux, puis dix, et je m’achemine vers la centaine. Il se fait qu’au bout du compte des lectures ont été importantes pour moi, des lectures sans lesquelles je ne serais pas ce que je suis. Je songe, en philosophie, à Diogène et Épicure, Lucrèce et Marc-Aurèle, Montaigne et Spinoza, Schopenhauer et Nietzsche, Proudhon et Camus. Mais celui auquel je dois le plus, c’est mon père, ouvrier agricole, par les valeurs et les vertus qu’il m’a enseignées. Il y a aussi mon vieux maître Lucien Jerphagnon, professeur de philosophie antique à l’université de Caen, qui m’a épargné les modes structuralistes et marxistes, althussériennes et foucaldiennes, lacaniennes et derridiennes et qui m’a enseigné ce qu’il nommait une « méthode érudite » et qui, loin des extravagances méthodologiques du moment, reposait sur la lecture patiente et le travail opiniâtre.

Revue des Deux Mondes – Quel rôle a joué le « religieux » dans votre engagement, dans votre vie ?

Michel Onfray Je suis un athée intégral. Adolescent, j’aurais aimé la vie de moine mais, le minimum pour ce faire, c’était d’avoir la foi ! Or je ne l’ai pas et, aussi loin qu’il m’en souvienne, je ne l’ai jamais eue. J’ai cru aux figures de l’Histoire sainte

Michel Onfray est docteur en philosophie. Il a créé l’Université populaire à Caen en 2002, puis l’Université populaire du goût en 2014. Derniers ouvrages parus : Penser l’islam (Grasset, 2016) et le Miroir aux alouettes. Principes d’athéisme social (Plon, 2016).
› m.onfray.pro@gmail.com

aussi longtemps que j’ai cru au Père Noël, mais tout cela a disparu en même temps à l’âge auquel, théoriquement, on congédie les fables. La vie vécue au plus près des idées, la philosophie entendue non pas comme une pensée mais comme une existence, la construction de soi par la méditation, la réflexion, les lectures et tous ces autres horizons que me faisait miroiter la vie monacale, je les ai finalement atteints dans, par et pour la philosophie.

Revue des Deux Mondes – Quel est l’événement politique ou la personnalité politique qui vous a marqué dans votre jeunesse ?

Michel Onfray Ma rencontre avec Pierre Billaux, le coiffeur de mon village, qui avait été résistant et déporté à Neuengamme. C’est à lui que je dois la découverte de ce que les hommes peuvent faire de pire et de meilleur à leurs semblables. J’avais 11 ou 12 ans. Le meilleur : résister à l’oppression et défendre corps et âme la liberté. Le pire : humilier, avilir, détruire son prochain uniquement parce qu’il est différent de soi. C’est également chez Pierre Billaux que j’ai découvert la presse à laquelle, à l’époque, je croyais (il y avait chez lui Charlie Hebdo et la Gueule ouverte, le Nouvel Observateur et Ouest-France) mais aussi les cahiers anarchistes Noir & Rouge dans lesquels ma gauche a trouvé sa formule. La gauche, c’était alors le souci des humbles et des faibles, des pauvres et des démunis, du peuple et des travailleurs, des victimes du capitalisme et de la religion de l’argent. C’est resté ma gauche.

Revue des Deux Mondes – En Syrie, en Libye, en Irak ou ailleurs, pensez-vous qu’on puisse faire la guerre pour des raisons morales ? Au nom des droits de l’homme ? Ou doit-on rester indifférent aux exactions des dictateurs, de peur de payer cher les conséquences de nos ingérences ?

Michel Onfray La guerre est la dernière des choses qu’il faut faire – et faire faire aux autres, car ceux qui la veulent la font rarement euxmêmes et les font toujours faire aux autres. S’ils faisaient les guerres auxquelles ils invitent, ils auraient alors un peu plus de crédit. L’intellectuel est souvent généreux du sang

“le concept extravagant de guerre préventive est philosophiquement sidérant”

d’autrui, rarement du sien. La guerre, c’est le pire auquel on doit recourir quand on a tout essayé : les négociations diplomatiques secrètes, le recours aux services spéciaux, les opérations commando ciblées... Être un pacifiste dans l’absolu n’a pas de sens. Il y a des guerres que, bien sûr, il faut faire : celles qui permettent, sur notre territoire, de recouvrer une souveraineté perdue, une liberté abolie. Mais le concept extravagant de guerre préventive est philosophiquement sidérant : je frappe celui dont j’estime que, sinon, il m’aurait frappé ! C’est le talion sans l’offense qui le justifie ! De même les guerres chez autrui au nom du droit d’ingérence qui permet de s’occuper des affaires de l’autre, pourvu qu’on y ait intérêt. Si l’on devait se faire le gendarme du monde au nom des droits de l’homme, il y aurait cent pays dans les quels il faudrait intervenir : de l’Iran à la Corée du Nord, en passant par l’Arabie saoudite ou la Russie, sans oublier la Chine et Cuba. Pourquoi n’intervient-on pas dans ces pays ? Pourquoi intervient-on dans d’autres pays, qui ont tous en commun de nous êtres militairement inférieurs ? Toute guerre faite dans un pays nous transforme de facto en cibles pour une riposte : c’est élémentaire, mais apparemment inaudible...

Les guerres menées par George Bush depuis 1991 ont occasionné quatre millions de morts musulmans. Se rend-on compte de ce que sont quatre millions de morts ? Mes sources ? Le politologue britannique Nafeez Ahmed, qui travaille à la BBC et au Guardian. Il dirige également l’Institute for Policy Research and Development de Brighton et enseigne à l’université du Sussex. Pas un islamo-gauchiste, donc. Imagine-t-on, en France, que nous, qui avons fait partie de toutes ces coalitions mortifères avec les Bush, sauf l’épisode Chirac-Villepin, nous ne soyons pas devenus des cibles en ayant choisi ce camp ? Les nouvelles croisades voulues par Bush et auxquelles la France a consenti nous ont installés dans une logique de guerre dont, côté islamique, le terrorisme est la formule.

Revue des Deux Mondes – L’islam radical fanatise des jeunes par le biais des réseaux sociaux partout dans le monde et le terrorisme sévit aussi dans des pays musulmans ou des pays qui ne sont pas en guerre avec l’État islamique. Faut-il lier le terrorisme à la politique de la France au Moyen-Orient alors que tout le monde semble visé ?

Michel Onfray Croyez-vous vraiment que tous les pays soient visés ? Combien de pays en Amérique du Sud, par exemple, doivent faire face à des actes de terrorisme islamique ? Au Brésil ? Rien. En Bolivie ? Rien. En Équateur ? Rien. En Argentine ? Rien. Au Paraguay ? Rien. En Uruguay ? Rien. Au Pérou ? Rien. Au Venezuela ? Rien. En Bolivie ? Rien. Même chose en Amérique centrale : Panama ? Costa Rica ? Nicaragua ? Guatemala ? Mexique ? Rien. Mais aussi : rien au Japon, rien en Chine, rien au Viêt Nam. Et en Europe ? Rien en Islande, en Suisse ou au Portugal. Etc. Nous ne sommes pas le monde. Le terrorisme est toujours une riposte.

Revue des Deux Mondes – Bachar al-Assad est-il autant notre ennemi que l’État islamique ?

Michel Onfray Un ennemi est celui qui fait savoir qu’il nous en veut et a décidé de nous rendre la vie impossible, de nous terroriser, de nous affaiblir, de nous humilier, de nous tuer. Bachar fut invité et reçu par le président Sarkozy et ses soldats ont défilé sur les Champs-Élysées en 2008. Je ne crois pas que les troupes de l’État islamique soient invitées aux mêmes réjouissances... Allez sur Internet, vous trouverez encore ceci, mais désormais sans date et sans images : « Sur Paris Match, suivez toute l’actualité de Bachar al-Assad : photos, vidéos et interviews exclusives. Découvrez sa biographie, ses amours et sa carrière. » Pas certain que la rédaction ait le même projet avec le calife Al-Baghdadi...

Revue des Deux Mondes – Notre société est de plus en plus nihiliste. Ce nihilisme conduit certains jeunes à devenir des ennemis de la République et à tuer des Français au nom d’Allah. Quelle est la cause de ce nihilisme ?

Michel Onfray Je travaille à un livre qui va vers les mille pages et qui s’intitulera « Décadence », pour expliquer ce que chacun sait : les civilisations sont mortelles. Nul besoin d’avoir lu Paul Valéry, il suffit d’avoir vu des reportages à la télévision, sinon d’y être allé, sur les pyramides égyptiennes, l’Agora athénienne ou le Forum romain, ou bien encore les alignements de Carnac ou le cercle de pierres de Stonehenge, les pyramides aztèques ou les statues de l’île de Pâques, pour le savoir. Mais, de même que nous vivons comme si nous ne devions jamais mourir et que la dénégation affecte chacun quant à son âge ou à son état, il en va de notre civilisation : nous ne voulons pas la voir mourir, or elle se meurt. Le judéo-christianisme est né avec l’empereur Constantin au début du IVe siècle, il s’effondre et nous vivons cet effondrement. La gauche le nie, la droite imagine pouvoir le conjurer, mais c’est un fait et un fait ne se conjure pas. Quand on constate une voie d’eau dans le Titanic, il est trop tard, c’est l’heure !

Revue des Deux Mondes – L’universel républicain est aujourd’hui battu en brèche par les particularismes, le relativisme culturel, le communautarisme, la revendication par chaque groupe de ses droits spécifiques. C’est une tendance de fond depuis trente ans. Faut-il revoir la loi de 1905 sur la séparation des Églises et de l’État ? Peut-on imaginer une France où les musulmans, par exemple, pourraient avoir un statut aménagé qui prenne en compte leur culte, leurs mœurs ?

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