Salon de madame de Staël, ambassadrice de Suède

De
Publié par

BnF collection ebooks - "C'est une des chances les plus heureuses pour une femme littéraire que d'avoir à parler de madame de Staël..., cette femme dont le génie a jeté de si brillants rayons, non seulement sur nous, pauvres déshéritées de toutes les gloires, mais sur le siècle qui la vit naître et celui qui, plus heureux encore, fut témoin de ses succès. Madame de Staël est un de ces êtres que la nature a richement dotés : car elle le fut non seulement par le génie, mais Dieu,..."


Publié le : jeudi 23 avril 2015
Lecture(s) : 8
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782346004980
Nombre de pages : 58
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat
etc/frontcover.jpg
À propos de BnF collection ebooks

 

BnF collection ebooks est éditée par BnF-Partenariats, filiale de la Bibliothèque nationale de France.

Fruit d’une sélection fine réalisée au sein des prestigieux fonds de la BnF par un comité éditorial composé de ses plus grands experts et d’éditeurs, BnF collection ebooks a pour vocation de faire découvrir des textes classiques essentiels dans leur édition la plus remarquable, des perles méconnues de la littérature ou des auteurs souvent injustement oubliés.

Morceaux choisis de la littérature, y compris romans policiers, romans noirs mais aussi livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou sélections pour la jeunesse, tous les genres y sont représentés.

Éditée dans la meilleure qualité possible eu égard au caractère patrimonial de ces fonds, conservés depuis de nombreuses années par la BnF, les ebooks de BnF collection sont proposés dans le format ePub, un format ouvert standardisé, pour rendre les livres accessibles au plus grand nombre sur tous les supports de lecture.

Salon de madame de Staël1, ambassadrice de Suède

C’est une des chances les plus heureuses pour une femme littéraire que d’avoir à parler de madame de Staël…, cette femme dont le génie a jeté de si brillants rayons, non seulement sur nous, pauvres déshéritées de toutes les gloires, mais sur le siècle qui la vit naître et celui qui, plus heureux encore, fut témoin de ses succès. Madame de Staël est un de ces êtres que la nature a richement dotés : car elle le fut non seulement par le génie, mais Dieu, en lui donnant son intelligence, lui mit au cœur cette bonté native, cette noblesse de sentiments, cette grandeur dans les pensées qui la firent adorer de tout ce qui l’entourait. On sait bien qu’elle fut la femme la plus remarquable de son temps ; mais tout le monde ne sait peut-être pas que madame de Staël avait un cœur d’or et qu’elle était bonne, mais bonne à être aimée tous les jours davantage dès qu’on l’avait connue.

Son éducation fut singulière, et peut-être doit-on être surpris que cette femme étonnante soit devenue ce qu’elle a été, après avoir été conduite par une main aussi peu faite pour guider sa jeune et brillante intelligence que sa mère. Madame Necker2 avait une instruction remarquable, et lorsqu’elle se maria peut-être était-elle plus habile que sa fille à cette même époque de sa vie. Son père, M. Naaz, ministre protestant dans le pays de Vaud, avait une instruction savante ; il l’inculqua à sa fille, et madame Necker était une des femmes les plus profondément instruites de son temps. Mais, en même temps qu’elle recevait de la science, son esprit recevait des opinions, et l’une des plus positives était que tout peut s’acquérir par l’étude. Ainsi donc, elle étudiait la société comme elle aurait étudié une question littéraire ; elle observait tout, réduisait tout en système, et tirait alors de tout aussi des inductions et des observations qui, pour être toujours finement exprimées, n’étaient pas toujours justes. Un grand inconvénient de cette manière d’agir, c’est de faire attacher trop de détails aux grandes choses. L’esprit veut trouver à tout un point de contact, et il devient métaphysique.

Il faut ajouter à ce que je viens de dire de madame Necker qu’elle avait une moralité parfaite et que rien chez elle ne donnait l’idée d’une imperfection ; elle était dans cette rectitude qui efface peut-être ce qui est imparfait, et M. Necker le sentait lorsque lui-même disait spirituellement :

Pour que madame Necker fût trouvée parfaitement aimable par le monde, il faudrait qu’elle eût quelque chose à se faire pardonner.

Ce n’est pas qu’elle fût sévère ; elle était même caressante et prévenante dans son accueil, ses yeux bleus étaient doux et gracieux dans leur regard, et l’expression pure et angélique, la naïveté même de sa physionomie contrastait d’une manière adorable avec le maintien raide et compassé que la contraignait à avoir la triste maladie dont elle est morte.

Je ne parle ici de nouveau de madame Necker que pour dire à quel point elle différait avec sa fille, dont la nature de feu avait une puissance terrible sur elle-même, et devait plus tard mettre un obstacle à la réussite d’une éducation qui ne pouvait manquer d’être bizarre, appliquée par une mère comme madame Necker à une fille comme madame de Staël. Madame de Staël était toute âme, toute imagination, tendresse et pressentiment ; tandis que madame Necker n’avait conservé aucun instinct de cette nature si brillante et si riche dans sa fille, habituée qu’elle avait été par elle-même à tout combattre et à tout dominer. Et puis ensuite madame Necker était à la vérité bonne mère, mais avant tout elle aimait son mari. Il était le point dominant de ses affections : lui, d’abord ; et puis le reste venait ensuite… C’est donc par devoir qu’elle entreprit, toutefois avec zèle, l’éducation de sa fille, enfant unique, fruit de son union avec M. Necker.

On pense bien qu’avec sa manie d’appliquer à tout un système, madame Necker en eut un pour élever sa fille : ce fut l’opposé de Rousseau. Madame Necker pensait, au reste, avec raison que le système de Rousseau menait au matérialisme3. Voulant le combattre sous toutes ses formes, elle prit la route opposée, et fit agir l’esprit sur l’esprit. Elle avait pour opinion qu’il faut faire entrer dans une jeune tête une grande quantité d’idées ; l’intelligence les mettra bien en ordre ensuite, disait-elle. L’exemple de madame de Staël le prouverait.

Mademoiselle Germaine Necker était une enfant charmante, quoiqu’elle n’eût pas cette beauté qui avait dû être remarquable dans sa mère… Elle était brune, fortement colorée, et offrait surtout l’apparence de la plus belle santé ; ses grands yeux noirs révélaient déjà ce qu’elle devait plus tard prouver à l’Europe, et leur regard parlait de bonne heure la langue du génie4.

M. Necker adorait sa fille ; il lui parlait avec tendresse, la caressait, et lui donnait ainsi tout ce qui lui était refusé du côté de sa mère, qui, tout en l’aimant avec amour, ne savait pas revêtir son affection de ces formes douces et tendres qu’une mère sait si bien prendre. Souvent ses regards sévères contraignirent M. Necker à s’éloigner de sa fille…

– Vous défaites mon ouvrage avec votre faiblesse pour Germaine, disait madame Necker.

Mais Germaine avait une de ces natures qui jamais ne se déforment et jamais ne s’altèrent… Elle était aimante, surtout : C’est mon âme qui a fait mon esprit, disait-elle, aussitôt que j’ai vu qu’il était en moi un moyen de plus pour attacher.

Aimer, pour elle c’était la vie ; exister, c’était aimer : aussi son père et sa mère furent-ils longtemps des dieux pour elle. Sa mère, par sa froideur apparente, concentra la tendresse de Germaine pour elle : mais son père en fut aimé avec l’idolâtrie qu’elle aurait eue jadis pour le dieu le plus vénéré ; elle aima son père avec un sentiment indéfinissable : ainsi par exemple, en lui répondant même une plaisanterie, ce ne fut jamais sans émotion, et une émotion vive. Que de trésors dans cette âme ! quelle fête du cœur continuelle !… Madame de Staël devait être...

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.

Diffusez cette publication

Vous aimerez aussi

Musotte

de bnf-collection-ebooks

Le Christianisme Ésotérique

de bnf-collection-ebooks

Les Mémoires

de bnf-collection-ebooks

suivant