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Santé, éducation et usages du corps chez l'enfant

169 pages
Le dossier de ce numéro rassemble plusieurs textes qui illustrent comment parents et professionnels abordent et répondent ensemble ou séparément à certains enjeux liés à la santé de l'enfant, du nouveau-né au jeune adulte, de l'enfant "bien-portant" à l'enfant en situation de handicap.
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Santé, éducation et usages du corps

@ L'Harmattan, 2008 5-7, rue de l'Ecole polytechnique, 75005

Paris

http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan l@wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-06788-2 EAN : 9782296067882

La revue internationale l'éducation familiale 0°24,2008

de

Santé, éducation et usages du corps
Coordonné par Bernadette Tillard

L'Harmattan

La revue internationale de l'éducation familiale n024,2008

Santé, éducation et usages du corps
Sommaire
Éditorial
Monique Robin... ... ... ... ...page 7 Présentation du dossier: La santé des enfants au cœur des relations entre familles et autres instances éducatives Bernadette Tillard ...page 9
Les pères et J'allaitement sous l'angle du rapport au corps Jean-Marie Miron, Francine de Montigny et Carl Lacharité..page La question de la santé au cœur des relations familles-écoles (XYIIIe-XIXe siècles) Séverine Parayre.. . . . . . . . .. . . . . . .. .. . . . . . . . . . . . . . .. . . . . .

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. . .. ..page 41

L'apprentissage de la gestion des corps dans la formation des jeunes élites sportives Les paradoxes de la médecine du sport? Baptiste Viaud page 57 Sexualité et contraception devenir adulte. Éric Santamaria en institutions spécialisées: le besoin de

...page 77

Savoirs informels des familles et savoirs professionnels de la santé: mieux répondre aux besoins des familles d'un enfant ayant une déficience Diane Pelchat, Hélène Lefebvre, Marie-Jasée Levert et Claire David ...page 99

La revue internationale

de J'éducation

familiale, 11°24,2008

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Varia
Compréhension des pratiques et représentations protection de l'enfance Michel Boutanquoi Pour une lecture démocratique Philippe Maubant du partenariat sociales: Le champ de la .page 123

en éducation page 137

Notes de lecture

page 155

Sellenet, c., David, D., & Thomère, C. (2007). Médiation familiale. La régulation des litiges familiaux. (A-M Doucet-Dahlgren) Abstracts (résumés en anglais) Liste des experts
Nouvelles internationales. ... . . . . . . . . . .. . . . . .. . . . . . . . . . . .

page 157 page 161
. . . . . . . .. ..page 163

Note aux auteurs Tarifs

page 166 .page 167

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Revue internationale

de l'éducation

familiale, n024, 2008

Éditorial

Le dossier de ce deuxième numéro de 2008 de la revue internationale de l'éducation familiale porte sur les questions d'éducation dans le domaine de la santé, des soins et des usages du corps. Il a été coordonné par Bernadette Tillard qui a mobilisé ses triples compétences de médecin, d'anthropologue et d'enseignante-chercheuse en sciences de l'éducation, pour rassembler cinq textes illustrant comment les parents et les professionnels abordent et répondent ensemble ou séparément à certains enjeux liés à la santé de l'enfant, du nouveau-né au jeune adulte, de l'enfant« bien-portant» à l'enfant en situation de handicap. Faisant suite à ce dossier thématique composé de textes de recherche, nous proposons deux articles de réflexion «hors thèmes» ; l'un de Michel Boutanquoi qui interroge l'usage de la théorie des représentations sociales dans le champ de la protection de l'enfance, l'autre de Philippe Maubant qui s'intéresse au développement des nouveaux dispositifs de partenariat entre les différents acteurs de l'éducation visant à remédier à l'échec scolaire. Le courant théorique des représentations sociales, présenté par Michel Boutanquoi, est issu de la psychologie sociale et conduit à établir des liens entre les pratiques des acteurs et leurs représentations que l'auteur incite à questionner avec prudence en rappelant le rôle essentiel des contextes institutionnels et organisationnels du travail social. Philippe Maubant, quant à lui, propose sa lecture des «territoires éducatifs », unités géographiques et culturelles où se développent des liens croissants de partenariat entre familles, professionnels de l'éducation et acteurs sociaux, et nous incite à réfléchir aux enjeux sociaux et politiques de ces nouvelles configurations de coéducation. Ce numéro comprend également la liste des lecteurs internationaux qui ont accepté d'évaluer «à l'aveugle» les manuscrits soumis à publication à la revue en 2007-2008. Nous les remercions pour leur travail et pour le rôle central qu'ils jouent pour maintenir et garantir la validité scientifique de notre revue. La rubrique «actualités internationales », consacrée à l'annonce des prochains colloques dans le champ de l'éducation familiale et des domaines proches, s'enrichit de la publication du sommaire du dernier numéro de la très récente « Rivista La revue internationale de l'éducation familiale, n024,2008 7

italiana di Educazione familiare ». Cette nouvelle revue, publiée en langue italienne, a été initiée et développée à partir de 2006 par Enzo Catarsi (Université de Firenze). Nous nous réjouissons de l'existence de ce nouveau support de diffusion des recherches en éducation familiale et travailleront ensemble pour créer une synergie entre ces deux revues « amIes ».
Monique Robin

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Revue internationale de l'éducation familiale, n024, 2008

Introduction et présentation du dossier
La santé des enfants au cœur des relations entre familles et autres instances éducatives
Bernadette TillardI

Ce dossier thématique intitulé «Santé, éducation et usages du corps» aborde certains aspects des relations entre les familles et les institutions à propos de la santé de l'enfant. Il y a matière à recherches pour donner aux soins du corps de l'enfant et à sa santé toute la place qu'ils pourraient occuper en éducation familiale. Ainsi, dans le célèbre livre de Didier Houzel sur la parentalité, la place des soins corporels donnés par les parents à l'enfant n'est pas centrale. La pratique de la parentalité y est relativement peu développée et toujours subordonnée à la dimension psychique. «On entend ici par soins non seulement les soins physiques, qui ont bien sûr toute leur importance, mais également les soins psychiques» (Houzel, 1999, p. 151). De même, les désormais classiques douze besoins énoncés par Jean-Pierre Pourtois et Hugette Desmet (Pourtois, & Desmet, 2007) laissent à l'écart les besoins physiques de l'enfant, évoquant cette question en fin de chapitre. Corps, quotidien et parentalité Or, la démarche anthropologique suggère d'inverser l'approche: partir du quotidien et de la pratique pour montrer comment le symbolique s'articule avec la gestuelle des soins. N'est-ce pas en répondant aux besoins physiques de l'enfant que les parents lui apprennent les principales règles sociales explicites ou implicites? Nourrir un enfant, c'est en même temps lui permettre de constater la répartition sexuée des tâches, le rôle des aînés vis-à-vis des cadets, la part de l'individu et celle de la collectivité (plat commun ou assiettes individuelles), la formation du goût (associations encouragées ou évitées), les règles sociales (matières interdites ou restreintes selon l'âge et la période de l'année). De même, d'autres activités quotidiennes des parents à l'égard des enfants jouent ce rôle d'apprentissage. Ainsi la toilette faite par le père ou la mère permet à l'enfant de constater que cette tâche est remplie de manière plus
1 Bernadette Lille3 La revue

Tillard, Maître de conférences, de l'éducation

Sciences de J'éducation, familiale, n024, 2008

PROFEOR,

internationale

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ou moins fréquente selon les parents. La présence des frères et sœurs au moment du bain, leur implication dans le fait de donner un biberon sont autant de gestes qui contribuent à la constitution progressive du sentiment de fratrie. Par ailleurs, selon les conditions de 1'habitat, le lieu de la toilette renseigne ou non l'enfant sur la séparation des lieux et des instruments nécessaires aux activités domestiques. La manière de frotter illustre les fonctions de la toilette (soin, hygiène, jeu, esthétique, rituel) (Bonnet, & Pourchez, 2007 ; Stork, 1993). Enfin, les parties du corps traitées différemment, entre éviction et insistance selon les cas, lui enseignent dès la naissance des éléments préparant sa compréhension du vécu du corps adulte dans son milieu de vie (Epelboin, 1991, 1993). Ainsi, on peut imaginer que l'ethnographie de nos manières de donner à manger à l'enfant ou de le laver puisse illustrer non seulement « la pratique de la parentalité », mais également une part importante de « l'exercice» et de « l'expérience» de celle-ci. Les descriptions des soins à l'occasion du repas et de la toilette ont été fréquemment menées à propos de sociétés lointaines, avec plus ou moins d'articulation entre les pratiques et leurs dimensions symboliques en fonction des différents ancrages disciplinaires de leurs auteur(e)s (Bril, & Parrat-Dayan, 2008). Cette articulation entre l'activité concrète et la prise en compte du vécu des parents est perceptible également dans certaines collaborations entre praticiens du corps et spécialistes du psychisme à propos du soutien à la parentalité de certains groupes tels que les mères aveugles (Thoueille, Candilis, Soulé, & Vermillard, 2006). Définition de la santé En ce début de numéro spécial, peut-être n'est-il pas inutile de rappeler une définition de la santé. Nous reprendrons ici une définition de 1980 qui tirait déjà partie des définitions successives de l'OMS et qui fut énoncée par des spécialistes de santé publique: « La santé est l'équilibre et l 'harmonie de toutes les possibilités de la personne humaine, biologiques, psychologiques et sociales. Cet équilibre exige d'un part la satisfaction des besoins fondamentaux de 1'homme qui sont qualitativement les mêmes pour tous les êtres humains (besoins affectifs, nutritionnels, sanitaires, éducatifs et sociaux), d'autre part, une adaptation sans cesse remise en question de 1'homme à un environnement en perpétuelle mutation. [...] Mais à cette notion de santé individuelle totale, doivent s'ajouter les notions de santé familiale et de santé communautaire» (Monnier, Deschamps, Fabry, Manciaux, & Raimbault, 1980, p. 18). Si la définition initiale de la santé de l'OMS en 1946, qualifiait la santé d'« état de bien-être », la définition que nous

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avons retenue introduit l'idée d'une dynamique, d'un processus dans lequel la santé apparaîtrait comme la résultante d'un équilibre. Par la suite, la charte d'Ottawa élaborée en 1986, soit six ans plus tard, ne traite plus seulement de la santé, mais de la promotion de la santé: « La promotion de la santé a pour but de donner aux individus davantage de maîtrise de leur propre santé et davantage de moyens de l'améliorer. Pour parvenir à un état de complet bien-être physique, mental et social, l'individu, ou le groupe, doit pouvoir identifier et réaliser ses ambitions, satisfaire ses besoins et évoluer avec son milieu ou s'y adapter. La santé est donc perçue comme une ressource de la vie quotidienne, et non comme le but de la vie; c'est un concept positif mettant l'accent sur les ressources sociales et personnelles, et sur les capacités physiques. La promotion de la santé ne relève donc pas seulement du secteur de la santé : elle ne se borne pas seulement à préconiser l'adoption de modes de vie qui favorisent la bonne santé; son ambition est le bien-être complet de l'individu» (OMS, 1986, p. 18). Dans cette définition, le concept de promotion de la santé concerne les individus (au pluriel dans le début du texte) ou un ensemble d'individus (le groupe). Malgré la présence du groupe, la santé de l'individu est le but ultime de cette promotion, énoncé au singulier. Par ailleurs, le concept présente une vision utilitaire de la santé envisagée comme ressource, terme utilisé à deux reprises au singulier puis au pluriel. Le concept de promotion de la santé illustre donc une ambivalence toujours présente entre d'une part, une analyse des responsabilités de l'environnement et de la collectivité sur la santé de l'individu et d'autre part une interprétation centrée sur la responsabilité de chacun quant à son état de santé. Un parallèle peut être fait avec les concepts d'empowerment traité par B. Vallerie et Y. Le Bosset (Vallerie, & Le Bosset, 2006) ou de bientraitance (Gabel, Jésu, & Manciaux, 2000) à laquelle a été consacré un livre collectif. Ces deux concepts ont connu des évolutions convergentes au concept de santé: traiter positivement des questions de bien-être de la personne considérée dans un environnement, passer d'un constat à l'idée d'une dynamique, interroger sur les responsabilités individuelles et organisationnelles. Cependant, le caractère profondément révolutionnaire, au sens politique du terme, de l'approche proposée par l'empowerment est souvent ignoré ou édulcoré derrière la tentation toujours proche de tenir l'individu pour responsable de son malheur et d'en gommer la part de responsabilité collective, voire institutionnelle.

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Un paradoxe persiste: ce bouillonnement de concepts cache que, dans le sens commun, c'est toujours par rapport à la santé physique que nos concitoyens définissent majoritairement la santé (Herzlich, & Pierret, 1984), la considérant en premier lieu comme l'absence de maladie. C'est à cette même santé physique que les politiques publiques s'intéressent essentiellement. En France, des services et des enfants De longue date, la grossesse et la petite enfance, de la conception à la fin de la scolarité obligatoire font l'objet de politiques publiques mettant en place un contrôle soutenu exercé par les instances sanitaires en direction des familles, soulignant les enjeux majeurs pour la société de contrôler, soutenir, accompagner la naissance et l'enfance. La médicalisation de la grossesse s'est intensifiée progressivement au cours du XXe siècle (Tillard, 2005). En France, cette attention sanitaire se double d'un suivi social discret, la plupart du temps, mais bien réel. Le retard dans la déclaration de grossesse, le jeune âge de la future mère lors de la conception, le nombre d'enfants auxquels la mère a déjà donné naissance, l'absence de ressources des parents (Tillard, 2007b) et d'autres informations présentes sur le formulaire de déclaration de grossesse transmis par les parents aux services des Caisses d'Allocations Familiales et de Protection Maternelle et Infantile permettent dès le 3e mois de grossesse aux services médicaux et sociaux du département de « suivre» la grossesse, puis la naissance de certains enfants en fonction de critères normatifs choisis par chaque département. Dès la naissance, sagesfemmes, puis puéricultrices, peuvent soit recevoir l'enfant aux « consultations de nourrissons », soit se rendre au domicile des parents, si elles l'estiment nécessaire. Le séjour à la maternité étant de plus en plus bref (3 à 4 jours), dès la sortie de la maternité, ce sont les services de PMI qui tiennent une place centrale pour accompagner les parents dans leurs questions, comme celle par exemple concernant la manière de nourrir le bébé. Les préconisations dispensées peuvent-elles prendre en compte les questions délicates du rapport au corps de la mère, de l'enfant et du père, abordées dans ce numéro par lM. Miron, F. Montigny (de) et C. Lacharité dans le contexte québécois? Sans exclure une parole possible à propos du vécu des parents, force est de constater que l'essentiel du message transmis a pour objectif de porter à la connaissance des parents des informations concrètes et utiles d'un point de vue sanitaire. Cependant, c'est aussi lors de ces contacts que les professionnels transmettent des informations sur les associations spécialisées qui peuvent être des relais possibles, vers d'autres interlocuteurs expérimentés. Ainsi, circule l'information à propos d'autres structures

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ayant des missions particulières comme les Centres d'action médicosociale précoce (CAMSP) qui accompagnent les parents d'enfants porteurs d'un handicap. Jusqu'aux 6 ans de l'enfant, le service de Protection maternelle et infantile (PMI) occupe une place centrale dans ce suivi. Durant la scolarisation en école « maternelle », la PMI passe le relais au service de promotion de la santé en faveur des élèves. Ce service a pour mission de veiller sur la santé des enfants à l'école, au collège et au lycée. L'histoire de ce service est chaotique. Comme le soulignent Tricoire, Pommier et Deschamp (1998), la médecine présente dans les lieux d'instruction a toujours été considérée comme importante, mais n'a cependant jamais eu les moyens de travailler sereinement. Il s'agit là d'un paradoxe souvent rencontré dans les préoccupations de Santé Publique (Dozon, & Passin, 2001) où les déclarations d'intention ont d'autant plus de raison d'être répétées qu'elles ne sont que rarement suivies d'effets. Tout au moins, ceux-ci sont-ils rarement perceptibles. Quand bien même ils s'avèrent efficaces, d'autres préoccupations de santé font leur apparition ou sont mécaniquement dévoilées par la réduction du précédent problème. Les services médicaux et sociaux des écoles ont transité d'un Ministère à l'autre tous les vingt ans environ, changeant à cette occasion de responsables hiérarchiques, divisé entre service social, service infirmier, service médical et secrétariat. Ces professions sont le plus souvent exercées par des femmes. Étant donné la répartition des locaux scolaires entre mairie, département et région, les professionnels de santé qui couvrent chacun des âges de la vie de la l'école maternelle au lycée, doivent s'adresser à différents interlocuteurs selon l'âge des enfants pour rassembler les conditions matérielles nécessaires à leur travail (téléphone, locaux.. .). L'exercice de la prévention, de l'éducation et des premiers soins en milieu scolaire nécessite donc de se forger progressivement un savoir et un savoir-faire institutionnel... Présentation des contributions Ce sont trois jeunes chercheurs français qui occupent les places centrales de ce dossier (S. Parayre, B. Viaud, E. Santamaria). Tous trois ont mené leurs travaux de recherche à propos d'établissements recevant des enfants, dont deux sous forme d'internat se prolongeant au-delà de la semaine. Dans ces internats, la figure du médecin apparaît; au cours du XVIIIe siècle, la présence du médecin devient plus fréquente, jusqu'à être dépêché par des parents aisés au chevet de l'enfant pour garantir ce « bien inestimable» qu'est la santé (S. Parayre). Dans l'internat de jeunes sportifs, le médecin semble davantage être un interlocuteur qui discrimine
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les blessures graves des traumatismes moins importants ou des douleurs ou usures considérées par l'institution comme le prix à payer pour l'excellence (E. Viaud). En IME, le médecin est une ressource extérieure à l'établissement consultée pour son expertise et la prescription, en particulier en matière de contraception. Les parents y sont associés à des groupes de paroles et sont donc davantage partie prenante que dans les deux internats (E. Santamaria). C'est à l'ancêtre de cette médecine des écoliers que s'est intéressée Séverine Parayre. Elle rend compte des préoccupations de santé abordées par les parents dans leur correspondance avec les écoles auxquels ils confient leurs enfants. L'attention à la santé y est un argument de notoriété de l'établissement auprès de l'aristocratie du XVIIIe siècle. Ensuite, elle devient une préoccupation qui se diffuse au cours du XIXe siècle dans l'ensemble des classes sociales, un argument motivant les relations entre les instituteurs et les parents. Si ces relations entre la famille et l'école à propos de la santé de l'enfant persistent, l'éducation à la santé est complétée et médiatisée au cours du XXe siècle par des campagnes de prévention qui évoluent dans ses thèmes et dans les interlocuteurs qu'elles privilégient au sein de la famille. À l'exception de la fonction d'attribution d'un nom et d'un statut à l'enfant dès la naissance, tous les champs de la parentalité sont mobilisés par les recommandations énoncées à propos de la santé (Tillard, 2007a). Les lieux de vie collective auxquels la famille confie l'enfant sont fréquentés pour diverses raisons. Éloignement en zone rurale, suppléance familiale, mais aussi parfois la constitution d'une élite (Persell, & Cookson, 2001). Ainsi Baptist Viaud s'intéresse à la question de l'apprentissage de la gestion de la douleur par une élite sportive de jeunes se préparant aux compétitions nationales ou internationales. L'objectif commun aux entraîneurs, aux parents et aux enfants conduit à une sorte de mépris du droit des parents et à une forme raffinée de maltraitance à l'égard des jeunes sportifs. Être le meilleur suppose des sacrifices qui semblent faire passer au second plan les principes éthiques de la profession médicale, privilégiant le «forçage» de la graine de champions. Si cette question d'un « au-delà de la douleur» se pose dans certains métiers artistiques, comme c'est le cas chez les danseur(se)s (Sorignet, 2006), la spécificité est ici qu'elle concerne des enfants dont il n'est pas certain que la parole à propos de leurs souffrances soit entendue. À l'issue de cette lecture, on s'interroge sur l'existence ou non d'un regard extérieur sur ce que les enfants vivent dans ce lieu. Qui inspecte ces structures particulières? S'agit-il de personnes suffisamment désintéressées par rapport au sport? Qui est en mesure de contrôler cet

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appétit de performance, de modérer le désir de gloire, nouvelle figure de l'ogre des temps modernes qui dévorerait les enfants les plus doués pour un sport ? Si la recherche de la performance conduit au mépris des besoins de l'enfant, quand le handicap est avéré, nous sommes dans un contexte très différent. Cependant, comme dans le cas précédent, les trois parties (jeune, parents, professionnels) sont concernées par la question. Comment permettre à de jeunes majeurs d'exercer tout ou partie des attributs de l'âge adulte? Quels outils parents, éducateurs et jeunes adultes se donnent-ils pour aborder la délicate question de l'accès à la sexualité. Ce sont ces questions que pose Eric Santamaria à la lumière de son expérience professionnelle et de son investigation durant sa thèse. Chaque numéro de la revue tente de donner la parole à des praticiens qui ont mis leur expérience à l'épreuve de la recherche. L'article expose les objectifs d'un service créé au sein d'un Institution Médico-Educatif (IME) pour faciliter l'autonomie de jeunes adultes. Il relate plus particulièrement comment les professionnels y abordent les questions relatives à la sexualité des jeunes en lien avec leurs familles. Les articles des auteurs québécois donnent essentiellement la parole aux parents. Le premier texte du dossier est écrit par des chercheurs québécois. Jean-Marie Miron, Françoise. de Montigny et Carl Lacharité s'intéressent aux pères en situation ordinaire et à leur vécu de l'allaitement, tandis que le cinquième article qui clôt le dossier se préoccupe de la recherche d'informations par des parents d'enfants atteints de trisomie 21 ou de déficience motrice cérébrale. Avec Diane Pelchat et ses collaboratrices, la relation entre parents et professionnels est explorée. C'est à propos de l'enfant que cette relation se noue, mais ici l'enfant n'apparaît pas à proprement parler comme un acteur pris en compte dans la recherche. Les auteures considèrent non pas l'éducation à la santé du point de vue des soignants informant ou «éduquant» les parents, mais la recherche active des parents à propos du handicap dont leur enfant est porteur. Cette recherche est pour partie une autoformation dont les retombées dans la vie de tous les jours sont appréciées. Cet article illustre la complexité des enjeux de la relation parentsprofessionnels de santé. La question qui s'y pose peut être considérée comme une variante de la question plus générale des relations entre patients et professionnels. La temporalité y joue un rôle important. Comment laisser aux parents le temps de comprendre l'annonce du handicap qui leur est faite? Quand auront-ils besoin d'en savoir plus? Les recommandations énoncées par La revue internationale de l'éducation familiale, n024,2008 15

les parents dans cette enquête qualitative soulignent la temporalité de leur point de vue. Pour les professionnels, la notion du temps n'est sans doute pas la même. Le temps du soin ne cesse d'être comptabilisé (Pouchelle, 1998). La gestion de ce temps permet-elle aux soignants d'exercer leur rôle éducatif? Si on considère par exemple les infirmier(e)s, malgré l'importance qu'ils/elles donnent à leur rôle propre qui comprend l'éducation thérapeutique, ont-ils/elles les moyens de le mettre en pratique? Les travaux de Acker (2005) sur les évolutions du travail infirmier dans un contexte où les durées de séjours sont de plus en plus brèves soulignent combien les aspects relationnels de la pratique professionnelle sont mis à mal. Cependant, paradoxalement ce raccourcissement conduit à mettre par écrit et à formaliser les temps d'informations en direction du patient et de la famille. Moins inscrite dans un processus relationnel, cette information est parfois mieux codifiée. La pression de l'utilisation de l'Internet par les usagers joue un rôle tant au niveau des familles que des professionnels qui se voient contraints de suivre de près les avancées de la science s'ils ne veulent pas en être instruits par les patients et leur famille. Cependant l'usage de l'Internet dans le cas des parents d'enfants porteurs de handicap semble essentiellement être circonscrit aux premières années de vie et aux évolutions de l'enfant. Si les parents cherchent des informations, ils soulignent l'importance du relais trouvé auprès d'une personne qui confirme, redit, traduit l'information, l'adapte au contexte de leur enfant. Un passeur, plutôt qu'un traducteur. Dans ces articles, les auteurs abordent la manière dont les parents interrogent les professionnels, collaborent avec eux, ou suppléent aux insatisfactions des relations qu'ils entretiennent avec eux à propos de la santé de leurs enfants. Ils éclairent le vécu de la coéducation entre parents et professionnels sur un aspect important de l'éducation de l'enfant, la santé.

Références bibliographiques Acker, F. (2005). Les reconfigurations du travail infirmier à l'hôpital. Revuefrançaise des affaires sociales, 161-181. Bonnet, D., & Pourchez L. (dir.). (2007). Du soin au rite dans l'enfance. Ramonville-Sainte-Agne : coédition Erès - IRD. Bril, B., & Parrat-Dayan, S. (2008). Materner. Du premier cri aux premiers pas. Paris: Odile Jacob.

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