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Santé mentale de l'enfant et de l'adolescent dans le Pacifique

De
313 pages
Les mutations sociétales dans les pays du Pacifique sont rapides et leurs incidences psychiques souvent méconnues.
Voici un ensemble de contributions sur la petite enfance et la santé mentale dans le Pacifique, les particularités océaniennes du lien mère enfant, la maltraitance des enfants, les spécificités du don d'enfant en Océanie, violence et adolescence, le suicide des jeunes, l'échec scolaire en milieu mélanésien, les violences intrafamiliales.
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Santé mentale de l'enfant et de l'adolescent dans le Pacifique
Violences face à l'autre

http://www.librairieharmattan.com harmattan 1@wanadoo.fr

@ L'Harmattan, 2005 ISBN: 2-7475-9159-X EAN : 9782747591591

Sous

la Direction

du Docteur Marie-Odile Pérouse de Montclos

Actes du premier colloque

Santé mentale de l'enfant et de l'adolescent
dans le Pacifique
Violences face à l'autre

Nouvelle-Calédonie
4, 5 et 6 avril 2002
L'Harmattan

Remerciements
À M. Garrigue-Guyonnaud, Ambassadeur de France auprès du Pacifique, qui a d'emblée soutenu le projet de ce colloque international au sein du Pacifique et a permis sa réalisation pratique à Nouméa en avril 2002 grâce au soutien financier du Fonds de Coopération Économique, Sociale et Culturelle et au concours de la Communauté du Pacifique et de l'Institut de Recherche pour le Développement (IRD). À M. Gain, son successeur, qui, dans la continuité de cette action, a permis de finaliser la rédaction et la publication des actes du colloque tant attendus par les nombreux participants à ces journées et tous ceux qui n'avaient pu en faire partie. Au Pro P De Deckker, Président de l'Université de NouvelleCalédonie, pour la confiance qu'il m'a accordée, en m'intégrant dans l'équipe d'accueil du D.E.A. d'anthropologie dont il a la responsabilité et en favorisant la tenue de ces travaux scientifiques autour du thème de la Violence. Au Congrès de la Nouvelle-Calédonie, la Province Sud et la Province des lies, la Mairie de Nouméa, le Consulat Général d'Australie, Qantas et Nestlé qui ont permis, par leurs soutiens logistiques et leur intérêt, la tenue de ce colloque dans de très bonnes conditions. À Mme Hélène Missotte et Mme Lee Destremeaux qui ont, grâce à leur patience et leur ténacité, permis la rédaction de ces actes. À tous mes collègues, conférenciers et organisateurs de tables rondes qui, par la grande qualité de leurs interventions ont fait de ces journées un moment inoubliable pour beaucoup d'entre nous: à tous les membres du comité d'organisation, avec une attention plus particulière pour Mesdames M.-E. Ducamp, R. Aucher, P Fourny et Monsieur J.-P Helloa : à mes ami(e)s et ma famille qui par leur patience et leur compréhension m'ont aidée au quotidien dans l'organisation des journées et la rédaction des actes: cet ouvrage leur est dédié. Enfin, c'est avec une attention toute particulière que je m'adresse aux enfants et à leurs familles de Nouvelle-Calédonie qui pendant dix ans m'ont fait confiance lors de consultations thérapeutiques: ils sont tous encore présents dans mon esprit et m'ont aidée à mener à bien cette réflexion scientifique qui leur appartient.

Sommaire
Introduction. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .11

1

- Discours

d10uverture
du colloque. . . . . . . . . . . . . . . . . . .1 5 . . . .17

et présentation

Discours du Président du Congrès de la Nouvelle-Calédonie. représenté par Madame HÉNIN Discours de l'Ambassadeur de France
auprès de la Commission représenté par Monsieur De Ia vi0 le n ce Professeur du Pacifique Sud. Olivier LACROIX

. . . . . . . . . . . .19 21

Paul De DECKKER

Aspects psychopathologiques de la violence au travers de dix ans de pratique pédopsychiatrique
en Nouvelle-Calédonie. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .25 Docteur Marie-Odile PÉROUSEDe MONTCLOS Petite enfance et santé mentale. Professeur Marcel RUFO . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .37

2 - Petite enfance
et santé mentale dans le Pacifique. . . . . . . . . . .q7 Infancy and mental health in Australia. . . . . . . . . . . . . . . . . . . .Q9 Professor Campbell PAUL Synthèse en français. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .57 Perinatal and infant psychiatry in Japan. . . . . . . . . . . . . . . . . . .59 Doctor Keiko YOSHIDA Synthèse en français. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .65 Petite enfance Docteur à Tahiti. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .67 Noëlle BARBIÉRA

3

- Spécificités

océaniennes

du lien mère-enfant.

.83

The civilized and the savage The Stolen Generation and Indigenous History. . . . . . . . . .85 Doctor Helen MILROY Synthèse en français. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .99

Don d'enfant Docteur

à Tahiti: Noëlle

Le faaJamuraJa BARBIÉRA

. . . . . . . . . . . . . . . . . .101

Ladoption chez l'enfant en milieu kanak: lien social ou violence faite au processus d'attachement? Docteur Marie-Odile PÉROUSE De MONTCLOS

. . . . . . . . .11 7

it

- Violence

et adolescence.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . .1 37
. . . .1 39 1 it 1 . . . . . . . . . . . . . . . . . . .1 it7

Discours d'ouverture de M. Jean LÈGUES, Maire de Nouméa. représenté par le Docteur Anne-Marie MESTRE Le sui cid e des jeu n es Ca Iéd 0 nie n s Monsieur La violence La violence Docteur Docteur Professeur NidoYsh Marcel Alain NAISSELlNE adolescent. RUFO du processus chez l'adolescent

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .1 53
-

BRACONNIER

Le suicide des jeunes aux Fidji
AGHANWA

Synthèse en français

-

159

Violence to the other, harm to self: two australian national policies on youth self-injury and suicide. . . . . . . .161 Doctor Michael DUDLEY Synthèse en français. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .1 73

5

- Violence

et interculturalité

. . . . . . . . . . . . . . . . . .1 77

Présentation de la Province des lies. Monsieur Charles WASHETINE

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . .179

The inter-cultural and socio-historical context of aboriginal personal violence in remote Australia. . . . . .183 Professor Ernest HUNTER Synthèse en français. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .199 « L'enfant vulnérable}), une notion entre clinique et anthropologie - Approche transculturelle en pédopsychiatrie
Monsieur Yoram MOUCHENIK
-

. . 203
.219

Creating
Mrs.

systems
Basia
en

of care that work
ARNOLD
français.

A view

from

New Zealand

Synthèse
8

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .235

6

-

Rapport

des

ateliers.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .239 .2ft 1 .2ft9 .253

Don d'enfants Maternité Violences Violences

(Docteur

Noëlle BARBIÉRA) (Madame (Docteur (Docteurs (Docteur Nicole ROBINEAU) Alain BRACONNIER) Isabelle MISSOTTE Anne-Marie Jean-Paul

et attachement familiales et adolescence

Pascale COTTEREAU-REISS).. .2ft5

(Madame

Suicide et adolescence et Marie-Odile Violences Rencontre Questions et sexualité interculturelle scolaires

DE MONTCLOS). . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .257 MESTRE) . . . . . . . . . .261 .269 . . . . . . . . . .273 . . . .275 (Monsieur Yoram MOUCHENIK). . . . . . . .265 HELLOA)

(Monsieur et clôture

7 - Conlusions

du colloque.

Point de vue d'un spécialiste Professeur

de l'enfant et de l'adolescent.

Marcel RUFO

Child and teenager mental health in the Pacific: Perspectives. . .281 Professor Campbell PAUL Synthèse en français. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .291

La recherche fondamentale
un espace Docteur Clôture Professeur psychique Marie-Odile

en santé mentale:
d'élaboration face aux violences. . . .293 PÉROUSEDe MONTcLos

du colloque.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .299

Paul De DECKKER

8 - An nexes Interventionà l'atelier don d'enfant: Le Ihamë
Monsieur Introduction Doctor Synthèse Billy WAPOTRO maternity and attachment. to the workshop Keiko YOSHIDA en français.

301
. . . . . . . . . . . . .303 . . . . .309

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .31 3

9

Introduction
tenu les it, 5 et 6 Avril2002, à Nouméa (Nouvelle-Calédonie). Il a été organisé à notre initiative, sous le haut patronage du Haut Commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie et du Secrétaire permanent pour le Pacifique, sous l'égide de l'Université de Nouvelle-Calédonie dans les locaux de la Communauté du Pacifique (dont les services ont également assuré la traduction des débats en français et en anglais) et de l'Institut de Recherche pour le Développement (IRD). Ce colloque a rassemblé des spécialistes réputés dans le domaine de la pédopsychiatrie, de France et des États de la région Pacifique: le ProM. Rufo et le Dr. A. Braconnier (France), les Prs. E. Hunter et C. Paul, le Dr. M. Dudley et le Dr. H. Milroyd'Australie, le Dr. Yoshida (Japon), le Dr. N. Barbiéra (Polynésie Française), le Dr. Aghanwa (Fidji), Mme B. Arnold (Nouvelle-Zélande), M. Y.Mouchenik (France) et le Dr. de Montclos (Nouvelle-Calédonie). Ouverte par le sénateur de la Nouvelle-Calédonie, la réunion s'est articulée autour de plusieurs thèmes et ateliers: petite enfance

L

e premier colloque « Santé mentale de l'enfant et de

l'adolescent dans le Pacifique - Violencesface à l'Autre» s'est

et santé mentale dans le Pacifique: particularitésocéaniennes du lien
mère-enfant: problème de la maltraitance des enfants: spécificités du don d'enfant en Océanie: violence et adolescence, suicide des jeunes, échec scolaire en milieu mélanésien... Ce colloque a été suivi par une assistance nombreuse et motivée (entre 200 et 300 personnes) et a fait l'objet de nombreux reportages et articles de presse en Nouvelle-Calédonie. Les Nouvelles Calédoniennes estiment par exemple(8 avril2002) que cette réunionavaitpermis « pour la première fois des rencontres et des échanges entre de grands

spécialistesvenus de l'ensembledu Pacifiqueet de la Métropole».
Pour asseoir le succès médiatique et scientifique de cette initiative, il nous a semblé important de pouvoir publier ad integrum les actes de ce colloque. Rencontre symbolique s'il en est dans la mesure où la pédopsychiatrie s'est récemment développée en Nouvelle-Calédonie, officiellement et statutairement depuis 1991, date à laquelle a été créé le premier service de pédopsychiatrie au C.H.S. Albert Bousquet.

Sa mission. organiser la prévention, les soins et la formation sur l'ensemble de la Nouvelle-Calédonie et permettre ainsi une meilleure réponse aux souffrances psychologiques et psychiatriques des enfants ou des adolescents de 0 à 18 ans. Ainsi, le développement des soins en pédopsychiatrie a pu se faire progressivement en tenant compte des spécificités sociales, culturelles, ethniques, démographiques et géographiques de la Nouvelle-Calédonie mais aussi de l'histoire de la psychiatrie sur ce territoire. Et ce, en s'appuyant sur l'expérience de la pédopsychiatrie de secteur telle qu'elle s'était développée depuis 1960 en Métropole mais aussi sur toutes les réflexions théoriques et cliniques élaborées ces cinquante dernières années en matière de pédopsychiatrie qu'elles soient alimentées par les théories psychanalytiques, éthologiques, systémiques, ou ethnopsychiatriques. Si un chemin important a été parcouru depuis 1991 en termes de formation professionnelle, de mise en place de structures de soins sur le territoire calédonien, les réponses cliniques ou structurelles restent à améliorer au regard de la nécessité de développer une recherche psychopathologique plus affinée en Nouvelle-Calédonie. La recherche en Nouvelle-Calédonie en matière de santé mentale de l'enfant et de l'adolescent existe cependant, mais reste très récente, ponctuelle, embryonnaire et demeure souvent méconnue. Elle est aussi isolée des autres pays insulaires du Pacifique alors que la plupart d'entre eux ont des expériences voisines ou complémentaires et parfois déjà des actions de recherches relativement avancées dans notre domaine. Pour toutes ces raisons, le Professeur Paul de Deckker, Président de l'Université de Nouvelle-Calédonie, avait souhaité avec le soutien du ministère de l'Éducation nationale de Paris renforcer une équipe d'accueil et de recherche dans le cadre du DEAd'anthropologie dont il est responsable.

Ce DEAs'articulant autour du thème ({ société et culture dans le
Pacifique insulaire: Dynamisme et mutation» réunit juristes, historiens, philosophes, anthropologues, linguistes, littéraires et psychiatres. Connaissant mon action depuis dix ans en NouvelleCalédonie, le Professeur de Deckker m'avait invitée à prendre la responsabilité du champ de la santé mentale au sein de son équipe d'accueil.

12

Afin de trouver un thème commun à l'ensemble des intervenants du DEA d'anthropologie de l'Université de Nouvelle-Calédonie, le thème de la violence nous est apparu particulièrement porteur dans cette société en pleine mutation, mutation à la fois très dynamique mais parfois déstabilisante aux plans interpersonnel et interculturel. Les spécialistes de la santé mentale sont confrontés aux manifestations de cette violence chez l'enfant et l'adolescent (victime ou acteur) et tentent en permanence d'y apporter une réponse thérapeutique. De même, ils font face aux diverses violences institutionnelles liées au choc de la rencontre transculturelle et au problème de l'altérité. La relation à l'Autre est subjective, source de remise en question parfois violente en milieu interculturel. Elle nécessite une adaptation permanente des pratiques thérapeutiques, sociales et pédagogiques pour permettre l'épanouissement psychologique de l'enfant et de l'adolescent. C'est pour cet ensemble de raisons que ce thème a été choisi. Si le succès médiatique et scientifique de ce colloque a été évident, il apparaît important, suite à la parution des actes de ce colloque, que le dialogue amorcé à Nouméa au cours de ces trois jours de réunion puisse se perpétuer ultérieurement. Des colloques dans d'autres Îles du Pacifique et/ou des recherches ultérieures communes pourront exploiter les thèmes mis à jour par les ateliers de cette première rencontre. Lépanouissement des enfants et des adolescents des Îles est à ce prix! Marie-Odile Pérouse de Montclos Paris, Décembre 200lI

13

1

Discours d'ouverture et présentation du colloque

Madame

HÉNIN

Représentant le Président du Congrès de la Nouvelle-Calédonie

esdames, Messieurs, il me revient le privilège d'ouvrir les travaux de ce premier colloque sur la santé mentale de l'enfant et de l'adolescent dans le Pacifique et je le fais avec grand plaisir au nom du sénateur Simon Loueckhote, Président du Congrès de la Nouvelle-Calédonie, malheureusement empêché, qui a voulu que notre institution soit associée à son organisation. Nous sommes, en effet, satisfaits que la Nouvelle-Calédoniesoit au centre de cet événement majeur qui rassemblera pendant deux jours des éducateurs, des responsables institutionnels, des médecins, pédopsychiatres, psychologues, professionnels de l'enfance et de l'adolescence, d'horizons géographiques divers, avant tout des parents et des personnes qui accompagnent nos enfants et adolescents dans leur vie quotidienne. Au nom de mes collègues élus au Congrès de la NouvelleCalédonie, je souhaite la bienvenue à tous ceux qui ont accepté d'y participer et de contribuer à nourrir de leur expérience la réflexion sur la santé mentale de l'enfant et de l'adolescent dans le Pacifique.Je tiens à saluer en particulier tous les conférenciers originaires de pays et territoires voisins qui sont venus pour la circonstance. Le thème de ce colloque nous interpelle à plusieurs égards. Ilest vrai que l'Océanie offre encore à ses habitants un environnement exceptionnel où le lien à la nature est omniprésent et demeure un élément de structuration essentiel dans l'existence des individus. On pourrait, en effet, associer les troubles du comportement de la jeunesse des pays développés au fort taux d'urbanisation où l'environnement est, par définition, perturbateur. Les sociétés océaniennes sont aussi traditionnellement perçues comme présentant des facteurs d'intégration plus marqués que dans les sociétés occidentales où il est peut-être plus

M

difficile l'enfantet à l'adolescentde définirleuridentité, leur placedans à
un monde en pleine mutation. Ces croyances trouvent cependant leurs propres limites quand on considère le caractère pluriethnique de nos populations, en particulier en Nouvelle-Calédonie où s'expriment avec force des spécificités culturelles. Lévolution d'une société, tout comme celle d'un individu, ne peut se fairesans interactions entre des schémas de pensées qui ne convergent 17

pas nécessairement. Il est donc indispensable dans ce cheminement de disposer de repères. Ainsi, nous sommes exposés aux mêmes phénomènes qui sont si symptomatiques d'un mal-être de nos enfants, de nos adolescents et qui débouchent à l'extrême sur le refus d'exister. La violence contre soi, contre les autres, a donc été choisie comme thème central de ces débats et c'est une préoccupation qui nous touche tous. La violence fait, en effet, malheureusement partie de l'univers de nos enfants. Elle s'est quelquefois installée dans le foyer où ils grandissent, elle est présente à l'école, elle prend les formes les plus diverses. Elle nous dérange en ceux qui y ont recours comme un moyen d'exister par rapport aux autres. Comment expliquer que d'autres moyens de s'exprimer on accepter que nos sociétés d'enseignement du respect de pour que la jeunesse parvienne nos cultures et qu'elle en proposons-nous pour enrayer comme le reste du monde? certains enfants et adolescents n'aient pas que par ce type de comportement? Peutacceptent une telle carence en matière soi et du respect de l'autre? Et que faire à se reconnaître dans les fondements de accepte les valeurs? Et surtout, que ce phénomène qui affecte l'Océanie

Ouvrir un débat sur la santé mentale de l'enfant et de l'adolescent, c'est aussi accepter de nous regarder dans un miroir car, dans leurs quêtes identitaires, les enfants et les adolescents se définissent par rapport aux adultes qui les entourent. Il n'est donc point de place pour le simple constat ou la résignation devant un tel phénomène. La réflexion doit porter sur le niveau de responsabilité de chacun d'entre nous, sur le degré de notre engagement à permettre à l'enfant de se construire de la façon la plus harmonieuse possible dans un environnement qui comporte bien des aléas et, en particulier, sur notre capacité à leur donner les outils pour se faire. Je ne doute pas de l'aptitude des intervenants et de tous ceux qui participeront aux débats et aux ateliers à orienter la réflexion dans ce sens. Nous savons l'enjeu essentiel car chacun d'entre nous mesure dans sa vie d'adulte l'importance de cette période de l'enfance que l'on qualifie souvent à tort de « privilégiée» où toute difficulté peut avoir des retentissements à très long terme. Je souhaite donc que les débats soient très fructueux et que la réflexion, qui sera menée pendant ces deux jours, puisse aboutir sur des orientations qui guideront chacun dans son rôle de professionnel de l'enfance et de l'adolescence ou, tout simplement, dans son rôle de parent.

18

Monsieur

Olivier

LACROIX

Représentant l'Ambassadeur de France auprès de la Commission du Pacifique Sud

de la Province Sud, membre du Congrès de la Nouvelle-Calédonie et représentante du sénateur, président du Congrès de la Nouvelle-Calédonie, docteur Marie-Odile Pérouse de Montclos, Monsieur le Président de l'Université de la Nouvelle-Calédonie, Madame la Présidente du Congrès, Vice-Présidente de la Province Sud, Mesdames et Messieurs les représentants du corps diplomatique, du Congrès et des Provinces de la Nouvelle-Calédonie, Mesdames et Messieurs les professeurs, chercheurs, médecins, Mesdames et Messieurs,

M

adame la Conseillère

C'est un grand honneur pour moi que d'ouvrir, à la suite de Madame la représentante du sénateur Simon Loueckhote, ce colloque

organisé sur le thème de
l'adolescent dans le Pacifique:

{(

La santé mentale
violences

de l'enfant
».

et de

face à l'autre

Le secrétaire permanent pour le Pacifique, l'ambassadeur Pierre Garrigue-Guyonnaud, aurait dû être parmi nous aujourd'hui mais, pour des raisons professionnelles, il n'a malheureusement pu se libérer de ses obligations parisiennes et faire le déplacement jusqu'à Nouméa. Aussi m'a-t-il demandé de le représenter au titre non seulement du secrétariat permanent pour le Pacifique, mais aussi du Fonds de coopération économique, sociale et culturelle dit « Fonds Pacifique» que l'ambassadeur Pierre Garrigue-Guyonnaud préside. Je dois, en effet, mentionner l'importante contribution financière du Fonds Pacifique à cette remarquable initiative, qui avait rencontré, dès son origine, l'intérêt de l'ambassadeur Pierre Garrigue-Guyonnaud. Il y a plus d'un an, en effet, lors du comité directeur du Fonds Pacifique organisé le 17 février 2001, auquel participaient des représentants de nombreux ministères français - Ministère des Affaires
étrangères, d'État à l'Outre-Mer, Ministère des Finances pour - l'ambassadeur avait plaidé avec force et détermination pour que ce colloque fût retenu et, dès lors qu'une contribution avait été décidée, que celle-ci fût d'un niveau suffisamment élevé pour lui donner les moyens et les facilités qu'il méritait. Secrétariat

ne citer

que

ceux-là

19

Il est par ailleurs extrêmement

heureux
-

que, grâce à la volonté

et à la ténacité de ses organisateurs

et je voudrais bien sûr citer le

docteur Marie-Odile Pérouse de Montclos qui n'a cessé d'insister sur l'importance de cet événement auprès de la Délégation Française tant d'éminents spécialistes venus de tous les horizons du Pacifique puissent se rencontrer ici, en Nouvelle-Calédonie pour étudier avec nous ce thème à la fois sensible et d'une grande importance qu1est la santé mentale de l'enfant et de l'adolescent dans la région.

Dans sa décision du 17 février 2001, le comité directeur du Fonds Pacifique avait souligné tout l'intérêt de ce qui était un projet à l'époque: il s'agissait de donner l'occasion aux différents psychiatres et spécialistes qui siégeaient et officiaient dans le Pacifique, confrontés à la santé mentale en milieux transculturels, de se rencontrer et d'engager une collaboration plus effective à l'échelle de la région. Il s'agissait également de présenter le mode de fonctionnement pédopsychiatrique mis en place en NouvelleCalédonie et je crois que cette dernière est bien représentée parmi vous au cours de ces journées de travail. Il s'agit donc bien d'une initiative exemplaire qui met en valeur les connaissances et l'expérience de nos propres spécialistes au service de la région tout entière.
Les thèmes choisis dans le cadre de ce colloque répondent tout à fait aux souhaits qu'avait manifestés l'ambassadeur Pierre GarrigueGuyonnaud lorsqu'avaient été examinés avec lui l'organisation et le déroulement de cette manifestation, en particulier les spécificités océaniennes des troubles chez l'enfant qui seront pour la première fois examinés ici à Nouméa, des troubles reposant notamment sur des pratiques culturelles particulières que je laisse le soin aux spécialistes de présenter. Je forme donc le vœu que ce colloque puisse ouvrir la voie à de nouvelles pistes de recherche et de coopération mutuelle en matière de santé mentale des enfants et des adolescents, sujet qui nous concerne tous, nous, parents, médecins, éducateurs, décideurs. Enfin, j'adresse tous mes vœux de succès aux participants à ce colloque au nom du secrétaire permanent pour le Pacifique, en remerciant également la Communauté du Pacifique qui nous accueille aujourd'hui et qui assure l'interprétation des travaux.

20

De la violence
Paul DE DECKKER Professeur d'anthropologie sociale Université de Nouvelle-Calédonie

M

adame la Conseillère du Congrès,

Monsieur le Conseiller diplomatique, Monsieur le Premier Président de la Cour d'Appel, mes chers collègues, Mesdames et Messieurs,

Je voudrais tout d'abord effectuer un rapide rappel de l'origine de ce colloque. Au sein de la formation doctorale qui existe à l'Université de la Nouvelle-Calédonie, un séminaire a été tenu l'an dernier, séminaire mensuel qui traitait des violences. Lors de ce séminaire, le docteur Marie-Odile de Montclos a effectué une présentation sur Pédopsychiatrie~ violence et enfance et a germé dans son esprit, avec le soutien de la formation doctorale, l'idée d'organiser cette manifestation qui nous réunit ce jour. Il lui a fallu beaucoup de ténacité, le conseiller diplomatique l'a rappelé, et il lui a aussi fallu beaucoup de volonté personnelle pour éviter tous les écueils qui lui ont été tendus au travers de l'organisation de cette manifestation. Donc je tiens à cet égard à la saluer. Le sujet est, bien sûr, d'une intense actualité en NouvelleCalédonie. On connaît à Saint-Louis, certains diront des déviances, d'autres des dérives, d'autres encore parleront de violences sans doute stériles... qui doivent, il n'empêche, trouver une (voire des) explication(s). Ce n'est pas J'objet de ce colloque aujourd'hui, même si nous avons tous à l'esprit que la Calédonie revit des troubles, des événements qu'elle a connus par le passé et qui, malheureusement ou heureusement, qui sait, fondent son identité en émergence. Je pense qu'il est intéressant aussi de réfléchir sur l'étymologie du mot violence parce qu'il y a divers types de violences. Cela vient du latin vis qui signifie force en action et, en particulier, force exercée contre quelqu'un. Lorsque c'est la force exercée contre quelqu'un, on parle de violence. On peut réduire le mot en disant que cette force exercée contre quelqu'un est parfois un viol. Parmi les premiers 21

philosophes qui ont traité de ce concept, on retrouve Cicéron. Pour lui, la force de violence est synonyme du mot grec dynamis qui a donné la puissance, (ascendant. On parle effectivement de la force d'une personne, de la force d'une chose, de la force même d'une plante. Dans ce contexte, il s'agit alors de la valeur, de la vertu: la force d'une monnaie, la violence d'une monnaie en est la valeur. Tout cela est rattaché à cette notion de vis. Le pluriel du mot vis est vires en latin et désigne les forces physiques, les ressources mises à la disposition d'un groupe social pour exercer sa vie, sa force, en particulier les forces militaires, les troupes et ensuite, par métonymie, les organes sexuels virils. On voit donc bien les deux concepts, celui de

force de la nature, un tel style de violence
de mort naturelle par opposition

-

par exemple, on est mort

est automatiquement
Le mot violence,

culturalisé
en fait,

-

à on est mort de mort violente qui donc le concept forme un tout.
se dit de
{(

contraindre quelqu'un à quelque chose: force brutale employée pour soumettre, femme, à un enfant, la violer ou le violer.

l'abus de la force pour faire violence ». C'est la

pour

faire violence

à une

Nous allons réfléchir sur ces concepts appliqués dans trois domaines. Et grâce à son entregent, à son réseau, le docteur de Montclos a réussi à faire venir chez nous parmi les plus grands spécialistes de ces questions de violence face à l'enfant, les violences naturelles, les violences culturelles. Je me rappelle d'un article que Marie-Odile de Montclos et une des étudiantes du D.E.A. ont rédigé et publié, dans une revue nationale, sur (adoption de (enfant qui parfois fait violence.
». Madame la Conseillère du Ensuite {( violence et adolescence Congrès le rappelait, l'adolescence est une période de transition où les jeunes cherchent à obtenir des repères en fonction de cadres qui sont prédéterminés, qu'on veut soit leur imposer, soit leur faire comprendre qu'il faut s'y couler avec tous les mécanismes de résistance qui peuvent se produire. Et enfin,
{(

violence

face

à

l'interculturalité

».

En

tant

qu'anthropologue, je tiens à être le plus mesuré possible. On a souvent tendance à différencier voire à opposer ce qui, en fait, relève de détails. Je participe d'un humanisme qui est celui de l'universalité selon lequel nous sommes en fait très proches les uns des autres et les différences qui peuvent nous séparer sont souvent des différences de complémentarité lesquelles se doivent d'être maintenues parce que 22

cette diversité

fait la richesse de l'humanité. Mais si l'on peut quantifier les choses, il faut bien dire qu'un Kanak par rapport à un Euro-calédonien, un Javanais ou un Vietnamien sont dans une formule de fusion d'avenir qui, un jour, en fonction de toutes ces différences, produira un être humain nouveau, que lion appellera, en espérant que tout le monde s'y identifie: « le Calédonien ». Le pari sera alors gagné. Nous aurons les conclusions du colloque samedi matin et je pense que, à ce moment-là, il faudra se déterminer sur l'une ou l'autre motion. Peut-être que nos travaux ici seront un point de départ qui nécessitera d'autres manifestations du genre, pas nécessairement à Nouméa, peut-être en Australie, avec le soutien de nos collègues australiens, ou en Nouvelle-Zélande et pourquoi pas à Fidji. Après ces quelques réflexions rapides, je vous remercie de votre présence en nombre qui démontre bien l'intérêt que cette question des violences face à l'autre représente pour vous et à ceux de vos collaborateurs, à ceux comme les représentants des institutions, le Congrès, l'État, le Délégué du Gouvernement, Monsieur le Haut Commissaire de la République, je souhaite que ces travaux soient les plus fructueux possible, et sachez combien l'Université continuera de soutenir ce type d'initiative.

23

Aspects psychopathologiques de la violence au travers de dix ans de pratique pédopsychiatrique en Nouvelle-Calédonie
Docteur Marie-Odile PÉROUSE
DE MONTClOS

Chef du service de Psychologie et psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent du centre hospitalier Sainte Anne, Paris Ancien chef de service de Pédopsychiatrie du C.H.S.Albert Bousquet de Nouvelle-Calédonie

a pédopsychiatrie s'est développée en Nouvelle-Calédonie à partir d'octobre 1991 , date de notre arrivée pour la création du Service au C.H.S. Albert Bousquet. Nous avons poursuivi notre mission de prévention, de soins et de formation pendant dix ans avec l'approche la plus large possible, en tenant compte des spécificités sociales, culturelles, ethniques, démographiques et géographiques de la Nouvelle-Calédonie, mais aussi de l'histoire de la psychiatrie sur ce Territoire: nous appuyant ainsi sur l'expérience de la pédopsychiatrie de secteur telle qu'elle s'est développée depuis 1960 en Métropole, mais aussi sur toutes les réflexions théoriques et cliniques dévelop-pées ces cinquante dernières années en matière de pédopsychiatrie qu'elles soient alimentées par les théories psychanalytiques, l'approche éthologique ou le développement très nécessaire de l'ethno-psychiatrie.

L

Notre projet de soins s'est développé autour des objectifs fixés tels que:
- la création d'un hôpital de jour:

- le développement de l'intervention pour la petite enfance: - le développement des missions en Provinces Nord et lies: - la création de C.M.P, d'un C.A.T.T.P:
- le développement de la psychiatriede liaison: - la mise en place d'un projet de soins pour adolescents.

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Au bout de dix ans de cette pratique clinique, notre vision des besoins en matière de pédopsychiatrie pour le territoire calédonien s'est affinée. Elle nous permet donc de mener une réflexion rétrospective mais aussi prospective sur les moyens mis ou à mettre en œuvre pour répondre aux besoins des enfants ou adolescents de 0 à 16 ans en souffrance psychologique en Nouvelle-Calédonie. Le bilan de ces dix premières années permet déjà de noter une évolution majeure de l'offre de soins pédopsychiatriques en terme de structures, de fonctionnement et de file active clinique:
-

qu'il s'agisse du chemin parcouru de l'obsolète

internat de

pédopsychiatrie de consultation C.M.P :
-

du C.H.S. de Nouville fermé en 1990 aux structures novatrices d'accueil à temps partiel du C.A.T.T.P ou du

qu'il s'agisse du chemin parcouru de la chronicisation

passée

inévitable de quelques enfants présentant le plus souvent des symptômes psychotiques secondaires à des atteintes organiques cérébrales, à l'actuelle prise en charge en consultation et à la carte d'enfants dits dysharmoniques : - qu'il s'agisse du chemin parcouru de la file active très faible de
la consul tation pédopsychiatrique avant 1991, au développement toujours croissant du nombre d'enfants pris en charge jusqu'en 2001 :
-

qu'il

s'agisse

du chemin

parcouru

d'une

prise

en charge
en

pédopsychiatrique limitée à la ville de Nouméa, d'une pratique de secteur sur les trois Provinces place des missions ethnopsychiatriques :
-

au développement grâce à la mise

enfin,

qu'il s'agisse du chemin

parcouru,

du constat

tardif de

pathologies d'intervention de Magenta

psychiatriques lourdes à la pratique précoce en matière de pédopsychiatrie depuis dix ans: est réelle et inéluctable.

de prévention et menée au C.H.T.

...l'avancée

Mais ce saut en avant en matière de pédopsychiatrie reste très neuf et nécessite d'être encore développé et consolidé. En effet, la mise en avant de la nécessité d'une couverture des besoins en matière de pédopsychiatrie en Nouvelle-Calédonie n'est plus à démontrer à l'heure actuelle, mais reste à affiner aussi bien dans les réponses structurelles apportées que dans la réflexion théorique qui sous-tend nos activités. Ainsi, si les bases minimales, structurelles, d'un travail en pédopsychiatrie ont été jetées en Nouvelle-Calédonie, elles sont encore fragiles du fait de la faiblesse des moyens humains mis à 26

disposition, de l'absence de structure essentielle à la prise en charge d'enfants très en difficulté (nous pensons ici à l'accueil psychiatrique pour adolescents), qu'il s'agisse encore de la jeunesse du travail de réflexion et de recherche clinique pourtant indispensable dans notre spécialité au vu des spécificités culturelles, historiques et démographiques de la Calédonie. Enfin, qu'il s'agisse d'un programme de prévention, d'information et de formation insuffisamment développé sur le Territoire pour les personnels non seulement de la psychiatrie mais aussi des milieux de l'éducation, de la santé et du social. Ainsi donc, au terme de ce constat et de ces dix ans de pratique pédopsychiatrique, l'idée d'une collaboration plus étoffée entre les différents professionnels pédopsychiatres des pays du Pacifique nous est apparue intéressante:
- d'une part, pour présenter l'outil de soins pédopsychiatrique mis

en place en Nouvelle-Calédonie, à notre avis très novateur en comparaison avec l'équipement d'autres territoires insulaires du Pacifique:
- mais d'autre part, pour permettre un échange théoricoclinique entre les différents professionnels du Pacifique pour tenter de

résoudre

au mieux l'abord

de certains

problèmes

de l'adolescent

à l'entrée dans notre troisième

phares de l'enfant millénaire:

et

- enfin, pour donner la parole aux différents professionnels de Nouvelle-Calédonie intervenant dans le champ de l'enfance et de l'adolescence. En effet, nombre d'entre nous, professionnels de Ilaide spécialisée à l'enfant et l'adolescent, sommes confrontés à l'enfant en devenir, à ses potentialités extraordinaires mais aussi à ses difficultés de construction psychique inhérentes à son contexte environnemental en pleine mutation et donc soucieux de lui offrir des réponses d'aide l'accompagnant tout au long de son parcours de vie.

Force est de constater, néanmoins, que l'adaptation de ces réponses au contexte transculturel dans lequel évolue l'enfant se calque, le plus souvent, soit sur des modèles occidentaux, soit sur
l'adaptation empiriques propres et le plus souvent et de l'adolescent que nous sommes tous. Pourtant, tous s'accordent pour manifester leur désir de progresser dans les offres de soins et/ou pédagogiques, voire personnelle des convictions des professionnels de l'enfant

sociales ou éducatives, mais se disent souvent isolés dans leur
réflexion et leur pratique en milieu transculturel.
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recherche mentale de l'enfant récente, ponctuelle, Elle est aussi isolée plupart d'entre eux et parfois déjà des notre domaine.

La

en Nouvelle-Calédonie en matière de santé et de l'adolescent existe cependant mais reste très embryonnaire et demeure souvent méconnue. des autres pays insulaires du Pacifique alors que la ont des expériences voisines ou complémentaires actions de recherche relativement avancées dans

Pour toutes ces raisons, le Professeur Paul De Deckker, Président de l'Université de la Nouvelle-Calédonie, a souhaité, avec le soutien du Ministère de l'Éducation nationale à Paris, renforcer une équipe d'accueil et de recherche dans le cadre du D.E.A. d'anthropologie dont il est le responsable. Dans les séminaires de ce D.E.A., interviennent juristes, historiens, philosophes, anthropologues, linguistes, littéraires et psychiatres parmi d'autres. Connaissant mon action depuis dix ans en Nouvelle-Calédonie, le Professeur De Deckker m'a invitée à prendre la responsabilité du champ de la santé mentale au sein de son équipe d'accueil.

Voulant soutenir cette initiative, l'Ambassadeur de France, Secrétaire permanent auprès de la Communauté du Pacifique et relayé par le Haut-Commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie, permet financièrement la tenue du colloque pour lequel nous sommes rassemblés aujourd'hui. Ce colloque représente pour nous une opportunité d'ouverture et de réflexion exceptionnelle au sein du Pacifique insulaire pour aborder des thèmes propres à l'enfant et à l'adolescent et je serais bien sûr désireuse que le plus grand nombre d'entre vous puisse y participer activement. Ce colloque est avant tout un outil pour initier des recherches qui seront à étoffer en matière de santé mentale en Nouvelle-Calédonie: toutes les pistes de réflexions y seront les bienvenues et elles pourront être intégrées durant les ateliers et les interventions plénières. En fonction des résultats obtenus, des recherches et des conférences ultérieures pourront être entamées et coordonnées. Afin avions pris du D.E.A. depuis le conserver de donner corps à cette rencontre de trois jours, nous l'option, Paul De Deckker ainsi que les autres intervenants et moi-même, de travailler sur le thème de la violence début de l'année 2001. Il m'a semblé intéressant de ce thème comme pilier de notre colloque avec comme
({

corollaire:

la relation à l'autre.
d'altérité.

})

En effet, la violence n'existe que

dans un rapport 28

à l'autre », fécond, riche, toujours en devenir, mais aussi sans cesse menacé de violence et de ruptures dès qu'il met en jeu les fragiles assises narcissiques des uns et des autres, qui m'a inspiré l'ensemble du contenu de ce colloque. La violence nous préoccupe ici en tant qu'attaque des liens qui nous unissent aux autres, mais aussi à nos objets externes ou à nos objets internes. Durant mes dix années de pratique clinique et institutionnelle en Nouvelle-Calédonie, j'ai pu percevoir l'ampleur de la tâche qui m'était dévolue et mesurer au quotidien la difficulté du rapport avec l'autre quand il s'agit d'innover, de créer, de soigner, de coopérer, de travailler en réseau, d'aller vers l'autre: celui-ci est parfois habité par des idées, des affects, des représentations, des craintes liées au changement parfois omniprésentes, qu'il nous faut décrypter au jour le jour et qui peuvent entraver la progression. Cette rencontre avec l'autre a été, bien entendu, quotidienne dans notre pratique clinique et je remercie encore aujourd'hui tous les enfants et les familles qui m'ont manifesté leur confiance en permettant une alliance thérapeutique riche d'enseignement et de réflexion. J'espère que mon souci de créer des liens secure et empathiques avec ces enfants et leur famille a permis à beaucoup d'entre eux d'avancer dans la vie, là où le symptôme signifiait régression ou stagnation et surtout d'internaliser un lien thérapeutique positif et permanent, pouvant être réactualisé à tout moment. C'est dans une élaboration permanente inspirée et remaniée quotidiennement par mes expériences institutionnelles, cliniques et sociales, que les thèmes de la violence, de l'attaque des liens, l'attaque de l'autre me sont apparus centraux dans ma pratique de dix ans de pédopsychiatrie en Nouvelle-Calédonie. Sur le plan clinique, j'ai, comme nombre d'entre vous, confrontée directement à la symptomatologie violente manifeste:
-

C'est ce « rapport

été

maltraitance

des enfants vécue parfois comme

un destin

inéluctable. Ainsi, je me rappelle une petite fille adressée à ma consultation par l'A.S.E. : celle-ci avait été placée en famille d'accueil par les services sociaux pour la sauver d'un milieu familial négligent. Hélas, après deux ans de séjour dans cette famille, le constat était 29

affligeant. Cette enfant était devenue le souffre douleur de la famille d'accueil et subissait une maltraitance morale et physique avérée, ayant aggravé et réactivé une pathologie post-traumatique et abandonnique: maltraitance sexuelle. Les nombreuses victimes de maltraitance m'ayant été adressées soit directement par l'Association « SOS Violences Sexuelles» ou par le Tribunal, soit découvertes fortuitement lors de consultations en maternité ou en néonatologie, étaient des témoins des méfaits de la pathologie post-traumatique : - violence des jeunes enfants, souvent sous-tendue par des phénomènes de clivage avec désir d'omnipotence sur l'environnement par évitement des angoisses dépressives:
-

violence de l'adolescent,

caractéristique

des passages à l'acte
des

auto ou hétéro-agressif : nous rappellerons ici que le suicide jeunes est l'une des principales causes de mortalité à cet âge: - violence familiale avec rôle désinhibiteur de l'alcool, etc.

La liste, malheureusement, des violences cliniques est trop longue. Face à cette violence, les moyens thérapeutiques sont multiples et fonction des problématiques rencontrées et notre colloque nous donnera sans doute des pistes de réflexions pour y répondre.
Sur le plan institutionnel, les violences existent aussi sous forme d'autoritarisme rigide et non constructif, d'intrusions directes dans le monde du thérapeutique avec attaque directe du cadre, mutation autoritaire de personnel, etc., sans aucun souci du bien de l'enfant. Elles peuvent d'ailleurs donner lieu à des décompensations psychiatriques du personnel y travaillant, objet de violences morales professionnelles. Mais à vrai dire, ce ne sont pas les aspects voyants de cette violence objectivable, réelle, évidente et parfois sensationnelle qui nous intéressent, mais plutôt l'interrogation constante qu'elle suscite sur les mécanismes qui la sous-tendent et sur les traits communs pouvant exister entre les violences historiques, sociales, familiales, individuelles. Bien évidemment, nous ne sommes pas les premiers à nous interroger sur ce point car la violence a fait partie du paysage historique au cours des siècles. Néanmoins, il semble prendre des figures spécifiques à notre époque qui voit apparaître, de manière plus fréquente, la violence de très jeunes adolescents, des violences

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gratuites, la maltraitance à enfant, les violences morales, etc. Les psychiatres psychanalystes que je représente aujourd'hui sont tentés de proposer diverses pistes interprétatives et donc thérapeutiques quant aux expressions de la violence. Depuis les travaux de Freud (191 5- 1918), divers psychanalystes ont élaboré autour de ce thème (Mélanie Klein entre autres) ainsi qu'autour du thème de la psychose et de la perversion (Michel De M'Uzan). Plus récemment, ce concept de violence est, au travers de l'actualité sociale, très médiatisé et il a pris le pas sur des thèmes tels que l'agressivité ou la haine plus récemment. Nous citerons ici principalement les travaux de Jean Bergeret, André Green, Philippe Jeammet, ce dernier se consacrant plus particulièrement à la violence des adolescents.

Voici en quels termes,

en 1932, Einstein questionnait

Freud:

« La Société des Nations me donne l'occasion de m'entretenir avec vous d'une question de la plus haute importance pour l'avenir de la civilisation. Existe-t-il un moyen d'affranchir les hommes de la menace de la guerre? » : il poursuit: « Je suis convaincu qu'un homme tel que vous, qui a une profonde connaissance de la vie instinctive de l'homme, pourra indiquer les moyens éducatifs de nature à éviter la redoutable menace qui pèse sur le monde. De puissantes forces psychologiques sont à l'œuvre, parmi lesquelles le désir de puissance pour contrecarrer les tentatives de paix. Lhomme a-t-il en lui un besoin de haine et de destruction qui existerait à l'état latent, pourrait être réveillé par certains facteurs et dégénérer alors en psychose collective? », question qui taraude Einstein. « Seul le grand connaisseur des instincts humains que vous êtes peut nous apporter des lumières» , poursuit-il. A ces réflexions toujours d'actualité, excessivement lucide sur le monde humain, Freud répond deux mois plus tard: « Vous m'avez surpris en me posant la question de savoir ce que l'on peut faire pour libérer les humains de la menace de la guerre, j'ai été effrayé de mon incompétence! Vous évoquez la question des rapports entre le droit et la force. Puis-je me permettre ainsi de substituer au mot force, le thème plus incisif et plus dur de Il violence Il. Et Freud continue: « Vous vous étonnez qu'il soit si facile d'exciter les hommes à la guerre et vous présumez qu'il y a en eux un instinct de haine et de destruction, et bien nous croyons, nous, à l'existence d'un tel 31