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SAVOIR VIVRE AVEC LES ALLEMANDS

De
361 pages
Voici un itinéraire à travers les habitudes et rituels, les traditions et usages, les soucis au quotidien de notre voisin d'outre-Rhin. L'auteur s'engage dans une perspective sociologique que l'on ne trouve dans aucun guide - à faire fi de tous les tabous, devançant par là même les interrogations les plus osées des Français sur cet ancien ennemi héréditaire désormais devenu un partenaire européen privilégié : la confrontation au passé nazi et l'extrême droite actuelle, l'ex-RDA, la réunification, l'immigration et le code de la nationalité, les spécificités de la vie au jour le jour...
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Savoir vivre avec les Allemands
Petit guide interculturel

Collection Allemagne d'hier et d'aujourd'hui dirigée par Thierry Ferai
L'Histoire de l'Allemagne, bien qu'indissociable de celle de la France et de l'Europe, possède des facettes encore relativement méconnues. Le propos de cette collection est d'en rendre compte. Constituée de volumes réduits et facilement abordables pour un large public, elle est néanmoins le fruit de travaux de chercheurs d'horizons très variés, tant par leur discipline, que leur culture ou leur âge. Derrière ces pages, centrées sur le passé comme sur le présent, le lecteur soucieux de l'avenir trouvera motivation à une salutaire réflexion.

Dernières parutions Georges SOLOVIEFF, une enfance berlinoise (1921-1931),2002. Christian GREILING, La minorité allemande de Haute-Silésie 19191939, 2003. Thomas ROSENLOCHER, La Meilleure Façon de Marcher, 2003. Andréas RITTAU, Interactions Allemagne-France, Les habitudes culturelles d'aujourd'hui en questions, 2003. Thierry FERAL, La mémoireféconde. Cinq conférences, 2003. Martin IMBLEAU, La négation du génoscide nazi, 2003. Michel DUPUY, Histoire de la pollution atmosphérique en RDA, 2003 Christa VON PETERSDORFF, « Dans ma France, c'était bien autrement ». Réflexions sur la mésentente franco-allemande, 2003.

Bettina MROSOWSKI

Savoir vivre avec les Allemands
Petit guide interculturel

Préface du Dr Julian Nida-Rümelin

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

Mes remerciements tout particuliers vont à mon mari, Alain CHAUIET. Son encouragement, ses remarques critiqUleset constructives m'ont été d'un grand soutien. Madame Renate LANCE-OITERBEIN a eu la gentillesse de prendre en charge la révision d'une grande partie du manuscrit. Je lui suis particulièrement reconnaissante de ses très nombreuses réflexions et corrections qui ont grandement contribué à fmaliser le présent ouvrage. Je lui adresse mes remerciements chaleureux. Je remercie celles et ceux qui m'ont fait partager l'expérience de leur vie professionnelle et personnelle dans nos deux pays. Les suggestions que mes amies françaises et allemandes ont apportées ont permis d'enrichir ce petit guide. Je remercie vivement:
.Mme Angèle CHAULET, Mme Gisela GRANGERET, Mme Renate KRÜGER, France Allemagne

Allemagne France France

Mme Odile-Tf-Ynn MEYER, Mme Maryvonne RÜBCKE,

Mme Marie-Jeanne VEDRENNE-P AGES, France

Je remercie cordialement Mme Marianne WALZ, Allemagne, du lTIOntagephoto de la couverture.

@ L'Harmattan,

2003

ISBN: 2-7475-5342-6

A nos enfants

Crédit iconographique

:

Cranach, l'Ancien. Luther aIs Junker J argo Museum der Bildenden Künste Leipzig. Marianne Walz, Corinne Lindlahr, Bettina Mrosowski, Karneval : Hyatt Regency Cologne

Sommaire
Préface Vorwort L'Allemand existe-t-il ? Des Alamans, Teutons et de leurs descendants
Ce passé qui ne veut pas passer Faire le mur était plus facile... Le puzzle Protestants, Grandir fédéral, une autre forme de vie démocratique catholiques et musulmans... en Allemagne

9 11 13 55 71 85 101 111 117 131 137
en deux

et apprendre

NIort annoncée L'entreprise Des syndicats

d'un Etat-Providence

allemande et de la poire coupée nature?

151 159 173
183 189 195 231 241 255 273 297 317 327 335 341

Die Natt/Test-elle Wellness

et business

Les citoyens prennent l'initiative La bougeotte Une année de fêtes Les "boîtes à relations" Emancipées ? L'Autre Quand est~ce qu'on mange? Si, si, la politesse, ils connaissent! Un sou est un sou f L'objet de culte Sans blague? Le chez-soi, l'endroit le plusgemiitliclJ Ces petits riens... En guise d'épilogue Index des noms propres Bibliographie

349 355 357 359

Préface
Sans pr#itgiJ; le monde serait arseZ' c0l1!Pliqué.Les Américains ne pourraient pas être stÎrs que les Allemand! se promènent en culottes de cuir courtes et boivent beaucoup de bière. Les Allemand! ne sauraient pas que les Franfaises ne disent.JamatS non d un jltit. Et les Franfats ne s attendraient pas d rencontrer outre-Rhin desfirêts sombres et une ame romantique. Les pr#itgés sont donc il1!Porlants. Ils .facilitent Ii;rientation et animent les premières rencontres avec des cultures étrangères. A un moment donné; il nous parait clair que nous nous trouvons dans la même situation que Ludwt;g Wittgenstein.. nous r~étons lëchelle que nous avons utiltsée. Devant nous apparalt un monde .fait de diverstié et de contrastes: d!fllrences régionaleJ; d!fllrences des habtiudes locales altiJJentaires et des modes de Vt~ des interactions entre 1l1oderntiéet tradtiio~ de Itncidence de ItiJJmfgratio~ de la reltgio~ des idéaux et de Ii;ngine sociale. Le prisent (( Guide interculturel)) s ~dresse aux Franfatses et aux Franfats qui stntéressent d 1:Allemagne. Il ne sqgti pas d~n guide tounstique mats dûn It'vre sur les mentaltiiJ; les Qiodes dÎJxtstence et le quotidien en Allemagne. L!Allemagne est une nation tardt've. Sa culture est donc restée multIPolaire.Jitsqu a ce.J'ou!: Berltit ne.J'ouepas en Allemagne le même rôle que Pans en France. LEtal It"bre,titBavière oH.J"aigrandt}résenle son htsloire dans un ((lifusie nall'onal de Bavière)) el s ÎJnoJgHeilltidans les Icoles dt/ne tramiion millénaire. Les tn/Jus et lespeuplades allemandes conhnuent d se reconna/tre d leurs couleurs malectales. Ce n'estpas uniquement la tltstancegéographique

qui lloignepitts Hamboutg de Munich que Munich de SalZ'bou~ La
Ruht; .Jams centre européen deproduchon d~cier et de charbon est devenue une régt'onmoderne de semices avet; semble-t-i~ la plus grande denstié de thlat-res au monde. De renommée mondtélk la Flte de la Bière d Munich a lieu tous les ans et d Ii;ccast'o~ tl peut vous am'ver de rencontrer l'un ou l'autre Bavarots en costume régt'onal Dans le même tel1!PJ;les tndustnés /es

9

pitts modernes se sont .fixées i~ enparticulier dans /eMmaine des médiaJj anciens et nouveaux De mêm6} la Bavière avec une population mt!Joniairement catfolique a tOlflours eu un gouvernement social-démocrate d lexcq;tion de quelques annéeJj alors que nombre danciens bastions rouges de la RHfr cfoirirsent al!/otlrd'!Jui des maires cfrétiells-démocrates. Dalls 1!Allemqgne modern6} /es antqgonirmes dalltan Ollt dt"-!Jam et de lIotlveatlx sont appams. Pitts de trois militons de Mtlstllmans se sont installés en Allemagne ces dernières années. Beaucoup dAllemandr pr{fèrent la cuisine tialienne. us mouvements pour les drotis civiqtles de la RDA. ontfiit tnompfer la démocratie etpeJ7jJis lun!fication des deux Allemagnes. Cinq nouveaux Liinder on/ adIJéré d la R{publique Fédérale d!Allemagne. us points communs entre lEst e/ IlOues/ on/ progressé mais les d!lférences de mentaltié sont restées e/ les ifjè/s des décennies dJJistoire s#Jaréepersistent alflourdJJui encore. Les Franfais ont encorebeaucottp de cfoses d découvnr dans cepqys. Et si ce (( Guide interculturel)) susctie votre cunosti~ apporte tine premie're onentation et con/noue d dt'.rsoudrele monde si/l!P1edespr#ilgés dans celui

plus complexe de la réalti~ tl aura apporté sa con/nou/ton d len/ente
germano:franfat'.re.

Prqf Dr. Jultan Nida-Riimeltil.
Mini.rlre CQa'Xé de.r A.ffaire.r ctlltltrelle.r el de.r Média.r dElal at(/Jre'.r dit CQancelier Fédéral attpres dit GotllJememenl Fédéral allemand Berlin) mai 2002

10

Vorwort
Obne Vomrteile weire die Welt t'emlicb homplt"ttert. Amerihaner hi/nnten sicb nicbt sicber sei~ dass Deutscbe in Lederbosen bemmlao/è)J Ilnd PIel BIer trlnhen. Deutscbe wiissten nicb;; dass Fran:r/isinnen immer .fIir einen F Itit i',u baben sind Und Frani',osen wiirden nicbt .Jenseits des Rheins dunhle Watder und ein romantiscbes Gemiit eJWarten. Vomrteile sind also wicbltg. SIe erleicbtem cite Onentiemng und b#iigeltt cite ersten Begegnungen mit .fremden I<Hlturen. Itgendwann wird dann deutlte4 dass es uns Wle Ludwig Wittgenstein gebt: Wir wefèn citeLeiter weg, nacbdem wir SIegenut{t baben. Vbr uns entstebt dann eine Welt der Vie!fàlt und der D!fIèren{e~ der regionalen Unterscbleck der Iohalen Ess- und Lebensgewobnbeite~ des Zusammen-!pIel.r pon Modeme und Tracltiio~ der Ein}li/sse durcb Einwanderung, Reltgio~ Weltanscbauung und so!?,ale Herhunft.

Der porltégende Guide interculturel(( wendet sicb an Frani',iisinnen und Frani',osen mli einem Interesse an Deutscbland Es i.rt aber kein Reiseji/bret; sondem ein Bucb iiber Mentaltiale~ Lebeniformen und Alltag in Deutscbland Deutscbland ist eine -!pale Nation. Selite I<Hltur i.rt daber multIPolar bis at!! den beutigen Tag geblieben. Berltit -!pielt in Deutscbland nicbt dte gleicbe Rolle Wle Pan's lit Frankreleb. Der Frel'staat Bqye~ in dem icb at!fgewacbsen bi~ stellt in einem JJbqyen'scbenNationalmuseum(( selite Gescbicbte dar und riibmt sleb lit den Scbulen eliter mnd tausend.Jtibngen Tradition. DIe deutscben Stamme und Viilkerscbqften slitd scbon an ibren Dialehflirbungen immer nocb deutltéb {u erhennen. Hambutg und Milncben slitd nlebt nur geograpbl'scb welier eng'èmt ais Miincben und Sal{bu~ Das Rttb'Xebie;; elitst elit europai'scbesZentmm der Stabt und Kobl1Jroduktio~ l'st i',u eliter modemen Dlenstlel'stungsregiongeworde~ mli der permutltéb cltébtesten Ansammlttng pon Tbeaterbiibnen der Welt. ln Milncben jindet alja/;rlteb das weltberiibmte Oktobefèst stalt und
JJ

11

gelegentliclJ sieIJt man aucIJ im Alltag den einen oder anderen Bqyer in TracIJ/j aber {ugleiclJ IJaben sicIJIJier die modemsten liildustrien angesiede/lj mti einew ScIJweJjJunkt at!f alten und neuen Medien. Bqyem IJat eine tibeJWiegendkatIJolisclJeBeviilkerl/~f!, aber MlinclJen i.ft mti der AusnaIJme wenigerJaIJre immer sOf:ia/demokratisclJ r~iett gewese~ wa/;rend in lJielen /ti/oeren roten Hoco/;utgen des Rttotgebiets oeute Constdemokraten den Blitgetmetster ste~1t. Im modemen Deutsco/and sind alte Gegells/it{e verscbwunden und neue entstandelt. Über tlrei Millionen Mushme sind in den veJgangenen Jabren bier IJeimisclJ eworden. Flir viele Deutscbe i.ft die betJorg {agte Kiicbe die tiaheniscbe. Dte BIi'Xerbewegungen in der/riiberen DDR baben die Demokratie erkiimpji und die deutscb - deutscbe Vereinfgung elmifglicbt. Fi/if neue Bundeskinder sind der Bundesr¥tlbh"k Detltscb/and beigetreten. Dte Gemeinsamketien !{WiscbenOst und West sind gewacbsen., aber Unterscbiede der Mentahiiit sind gebheben und dte JabT{ebnte getrennter GescIJicIJte W/rken bis IJeute nacIJ. Es gibt ji/r Fran{osen viel {U entdecken in dtesem Land. Und wenn meser }}Guide interculture/{{ neugteng macIJ/j erste Onenttemngen 1Jetmitteltund me ei'!facbe Welt der Vomrteile in citekomplexere der Realitiit at!fi.uliisen bi~ dann IJdlte er seinen Beitrag {tir deutscIJ:fran{iifiscben Verstditmgtlng geletstet.

Prqf DI: Jtllian Nida-Riimelin
StaatsllItiti.rter Bea'!firqgter der Btlndesregiemng.fiir Angelegenoeilen betilt Btlltdeshalti,kr

der Kit/lllr tlnd der jt1edien Ber!t~ till Mai 2002

12

L'Allemand existe-t-il?
Au-delà de l'appartenance à une ethnie, une nation, il n'existe bien entendu ni Allemand type ni Allemand moyen, tout comme le Français type ou moyen est une absurdité. Ainsi, Monsieur Dupont et Madame Dutand, Herr Meier Nnd FraN SCbNI{6Jne servent-ils qu'à schématiser et simplifier des représentations complexes. Chaque individu a sa propre histoire, sa propre vision du monde et est unique. Si nous parlons ici" des Allemands", nous utilisons ce terme en tant que raccourci quelque peu commode, en insistant sur l'impossibilité de réduire un peuple à un terme générique. Il sera question de tendances, de dispositions plus que de caractéristiques flXes et immuables applicables à tout Allemand. Et même ces tendances ne se font sentir souvent qu'en filigrane et peuvent s'exprimer aussi bien par leur contraire. D'un point de vue légal, il existe curieusement deux types d'Allemands. La majorité des Allemands sont citoyens de l'Etat allemand - deN/J'cber S/aa/J'angeblil7gel'j deN/J'cber S/aa/J'biJtger ce qui correspond à l'appartenance politique et territoriale. La Loi Fondamentale prévoit cependant un deuxième type d'Allemand qui se réfère à l'ethnie, à la culture et aux ancêtres - der deN/J'cbe VoIkJ'{ugelJiing'1t l'individu faisant partie du peuple allemand, de la communauté d'ascendance. Il peut être citoyen de certains pays voisins, dont les territoires faisaient partie de l'Allemagne d'avant 1937. L'attribution de la citoyenneté allemande repose en principe sur le droit du sang: c'est-à-dire sur l'origine ethnique qui privilégie les liens organiques entre individus partageant la même langue, la 13

même culture et les mêmes ancêtres. Malgré les dispositions tendant à limiter l'acquisition de plusieurs nationalités, il n'est donc pas impossible qu'un Allemand possède une deuxième nationalité. Les descendants d'Allemands, aujourd'hui citoyens de pays comme la Russie, la Roumanie ou la Pologne sont aussi deJure Allemands. Les Spiitatlssiedler,ces Allemands ethniques rapatriés tardifs, arrivés par centaines de milliers après la désintégration du bloc soviétique, sont des detltscIJe olks!(;tlgelJongequi V font partie du peuple allemand par leur la,ngue, leur culture, leur éducation et leur filiation. Le paradoxe des individus de nationalité allemande, nés et vivant en dehors des frontières, et de ceux nés à l'intérieur du pays et vivant depuis deux ou même trois générations en Allemagne tout en demeurant des étrangers, tend à se résoudre. Le législateur allemand a complété, en 2000, et après des années d'âpres polémiques, cette loi ethnique datant de 1913 par un principe territorial pour les enfants étrangers nés sur le sol allemand et par des facilités d'acquisition de la citoyenneté allemande pour les adultes séjournant depuis plus de huit ans en Allemagne (voir aussi L'Atltr~. L'Allemand se nomme lui-même der DetltscIJe,c'est-à-dire par l'adjectif substantivé qui désigne en même temps sa langue, fait rare en allemand pour désigner le membre d'une nation.l Ceci reflète bien l'importance que revêtent la langue qu'il parle et l'image qu'il a de lui-même, très liée à sa langue maternelle. La désignation officielle est Bitiger der Btlndesrq;tlblik Detltsc!Jlandcitoyen de la République Fédérale d'Allemagne, ou plus court, der
BtlndesbiJt;ger.

Le passeport français déf111itla nationalité d'une personne, alors que dans le passeport allemand est mentionnée l'appartenance de l'individu à l'Etat - die StaatsangeIJongkeit. ous StaatsangeIJongkeit S
1 Das DelllscIJe désigne la langue allemande, delllsc/; allemand, de,./ die Delllsc/;el'Allemand(e). La plupart des autres adjectifs désignant des langues finissent en "-ÙC/J': el'{g/isc4alli:iisl.rc4 ila/ieIlÙc/;,etc. et les membres des nationalités respectives sont appey lés par des noms dérivés du pays concerné: ElIgliindefj Amen'kallefj Cbines~ Ila/feller, mais derFralli:0sepour le Frmçais, dérivé de.frallfoÙ 14

figure cependant deutscn- allemand, et non" citoyen de RFA", comme on pourrait l'attendre} On n'a pas d'a priori, mais... "Ce ne sont pas des Latins comme nous l'' Si cette exclamation à propos des Allemands est une lapalissade, son sous-entendu est plus complexe: elle résume à elle seule tous les préjugés que l'on peut avoir en France par rapport aux Allemands. Si elle valorise, elle excuse aussi les Français dans leurs rapports avec leurs voisins d'outre-Rhin. Même si aujourd'hui les préjugés et les ressentiments ont diminué à l'égard des Allemands, on s'étonne de leur persistance. Ils ont la vie dure malgré les échanges entre les jeunes, les jumelages2, les voyages et les contacts personnels et professionnels. Spécialiste des relations franco-allemandes, E.-M. Lipianski explique la raison et la nature de ces attitudes: Les r¥réJ'entations
que les peuples sejOnt les tins des autres sont un des éléments jOnMmentaux de la communIcation tair~ elles s ?:xpnment interculturelle. Dans leur expression la plus mtlimenou ci travers /es stéréo!ypes et /es pr!;itgés ethniques

nationauX'. Ce sont des tmages scnématiques et souvent évaluatives qui se ramènent à quelç;tles traits sommatreJ; po/siqtleJ; p!Jco%giqueJ; moraux ou 3 cOIq;ortementaux.

En France, il existe une représentation des Allemands portée par toute une tradition de relations conflictuelles entre les deux pays pendant plus d'un siècle; si bien que même quelç;uun qt/i nat/rait Jamais rencontré d!Allemand pot/ffait avol;; Çjt/and m;m~ une image de celttt:ci: c ?:stlajOlme lapitts pure duprçjitgi4

1

Les termes utilisés sont Staatsatlgehtii7gketl~'appartenanceun Etat) et StaatsbiilgeTschcji à

~e droit de citoyenneté). Le terme Natiotlaliliit ne figure pas dans les te xtes législatifs allemands. ~ 1500 villes françaises et allemandes sont jumelées. 3 LIPIANSK~ E.-M. La .fom/atiotl itlteTcttlturelkcOlisiste-t-el/e combattre/es stéréotYpes /esprgilà 6'1 gis ? In: Texlt's pédagogiques. Sur: www.clfjw.org/texte/ stéréofrZ.html, consulté le 01/02/1999. 4 Jbide/JI. 15

Les stéréotypes, dont le terme est emprunté à l'imprimerie, désignent également des représentations fortement simplifiées et répétitives. Définies comme "constructions se composant d'un petit nombre de caractéristiques invariables" 1, les stéréotypes n'évoluent que peu dans le temps. Ils peuvent provenir également d'expériences personnelles qui viennent confltmer ou renforcer des préjugés. Il s'agit de généralisations qui, à partir d'un fait, d'une situation, génèrent une image fixe de "l'autre". Comme toute généralisation, celle-ci est également sujette à caution, car on est en droit de se demander si l'expérience vécue, qu'elle soit positive ou négative, est le fait de la spécificité d'un peuple, d'une région ou bien d'une personne. Par la suite nous allons voir comment certains comportements des Allemands s'ancrent dans l'histoire, dans la religion, acquièrent ainsi leur spécificité et contribuent aux préjugés et images toutes faites. Vouloir combattre les préjugés nécessite de les nommer. .. ce qui conduit inévitablement à en produire d'autres! Préjugés et stéréotypes existent et perdurent; il doit y avoir une raison à cela. Ils permettent en effet de nommer, de classer et ensuite de schématiser et réduire à des formules simples des rumeurs ou des situations vécues. A l'aide de ces schématisations, l'individu peut se distinguer qualitativement, se valoriser et trouver, dans la confrontation, sa propre identité. En même temps, le ,comportement de "l'autre" devient plus prévisible et l'attitude à son égard peut être adaptée d'avance. Cela nous amène à voir ces schémas de pensée sous un jour moins négatif; ils peuvent aussi parfois jouer un rôle de défense et de réconfort. Parfois, les stéréotypes reprennent l'idée que "l'autre" peut avoir de lui-même. Cette image de soi-même peut évidemment venir

1 I<LEINSTEUBER, Stereo!ypeJ) Il/ageJ'lnd Vomr/eile. In : Trautmann, G. (édit.) H.-J. I t Die hl/J'J'lichenDell/J'chen? Darmstadt: Wissenschaftliche Buchgesellschaft, 1991. 16

de l'acceptation de la vue extérieure ou de convictions d'expériences intimes. Ainsi la boucle se ferme... Que leur renvoie le miroir? Quelle est la représentation, mand de lui-même?

et

l'imagel que se fait le peuple alle-

Contrairement aux Français qui, avec la belle Marianne, s'attribuent une image plutôt flatteuse, révolutionnaire, combative et aussi féminine, les Allemands se voient en général sous un jour moins attrayant. Cette attitude qui va jusqu'à l'auto-dénigrement n'est pas une tendance récente. Martin Luther n'était pas très tendre en déclarant: Nous autres AllemandJ sommes et devonst0l!l0ursresterdes bestiaux et animaux )ouJj comme nous appellentlespqys aux alentours et comme nous le minions
certaInement.

.

')

Trois siècles plus tard, en 1826, le poète aUemand Heinrich Heine, dans ses &isebi!der- Tableaux de voyage - trouvait que Ce qui est bien che{ les Alleman4 c~st qu~ucun d~ux n~st asse{)ou
pour nepas Irouver un aulre Allemand pitts )ou que Itti qui le comprenne.

Der deutscheMiche! (mli der Sch!ifmiil{eJou Vetter Michet le cousin Michel, le Michel alémanique ou teuton - un bonhomme ennuyeux et balourd, peu instruit et borné, dont le signe de reconnaissance est un bonnet de nuit - fut longtemps une des images peu flatteuses que les Allemands avaient d'eux-mêmes.3

l Das Btlcl l'image. Dans ce contexte on rencontre également das I/l/qg~ prononcé à l'anglaise ['imidg], qui renvoie davantage à la représentation construite et votÙue. Das lll/qge der Dell/scDeff- l'image que peuvent avoir les autres des Allemands.
2 lco Jtlfl.rSwoot class wir Dell/scDeff Il/lisseff lill/11erBeslfeff
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del/II die IIlJlliegetldel/Lill/der tlelltletl Iltld WI'" wool allcD lJerdtétletl. Cité il/: KOCHHILLBRECHT, M. Dds Dell/scoellb,ld München : C.H.Beck-Verlag, 1977. 3 Michael Obentraut était, selon la légende, un officier allemand servant dans l'armée danoise pendant la Guerre de Trente Ans. Mort vers 1635 sur un champ de bataille près d'Hanovre où il s'était rendu en toute urgence, sans bottes ni uniforme, ce personnage aurait donné par la suite l'image de l'Allemand "typique", le Michael Germ anicus : rustre, lent, naïf et peu cultivé. Il est devenu pendant un moment, au XVIIe siècle, le symbole de l'honnêteté (derAtI.r/al/~ et de la simplicité pour redevenir au XVIII e siècle le symbole du petit bourgeois endormi et peu enclin à faire avancer les choses. 17

Germania, figure féminine, en tant que symbole du Saint Empire romain germanique n'a eu que peu de reflets dans le miroir que se tend le peuple allemand. Le Velter Micbel symbolique est caractérisé par son manque d'humour, d'esprit et d'à-propos. Les Allemands trouvent en effet que leur sens de l'humour serait moins développé que celui des Français dOJ1tils envient der Eprit) Cela ne les empêche cependant pas de bien s'amuser tout au long de l'année, d'avoir des stars de l'humour de tout genre et de se raconter avec verve les dernières bonnes blagues sur leurs hommes et femmes politiques ou encore les Frisons du Nord. ev oir aussi Sans blague.~ Fiers d'être Allemands? Moins que les Français, les Allemands trouvent dans leur histoire et leur culture des facteurs créateurs d'une identité nationale. La conscience nationale allemande n'a commencé à pr,endre forme qu'au moment de l'affrontement au régime d'occupation napoléonien, c'est-à-dire au début du XIXesiècle. Mais où fallait-il situer l'Allemagne à construire? Faute d'autres références culturelles unificatrices fortes, faute de pouvoir central, d'empereur ou de roi centralisateur, on la situait au début simplement là oÙ l'on parlait allemand... Ainsi, c'était d'abord moins une nation unie qui était visée qu'un peuple uni, ein iJereintes Vol};. La conscience historique allemande est marquée par le sentiment de grandes discontinuités et de ruptures.2 L'Empire allemand de 1871 marqua la fm de la Prusse, la N()/Jemberre/J()/ttti()n - la Révolution de Novembre 1918 - et la République de Weimar mettaient fm à cet Empire. Le Troisième Reich fut la négation absolue de l'Etat républicain et de la démocratie. Suite à la

1 BEST, O. F. Volk (Jolie IPilf: Über eill dettlsc!Jes D~~il. Frankfurt/M.: Fischer Taschenbuch Verlag, 1993. ~ Certains aspects historiques se situent pourtant dans la durée, bien que récente: der S(J~ialslaat,l'Etat social, dont les fondements se retrouvent chez Bismarck, tout comme le fédéralisme, bien qu'interrompu pendant le Troisième Reich. 18

reddition sans conditions en 1945, deux Etats allemands antagonistes se construisent. A l'Ouest, la République Fédérale d'Allemagne, la RFA - dieBRD- va se fonder entièrement sur la Loi Fondamentale qui devient sa référence principale.l A l'Est, la République Démocratique Allemande, la RDA- ale DDR- va être dirigée par un parti deftctounique, communiste, la SED. Elle prend rapidement les traits d'un Etat totalitaire après avoir nationalisé l'industrie et la terre. L'effondrement de la RDA, imprévisible encore quelques semaines auparavant, est la dernière de ces ruptures. Il a fmalement permis le renforcement idéologique de la démocratie basée sur le Grundgeset?,- la Loi Fondamentale. La discontinuité est aussi d'ordre spatial. Si le fédéralisme allemand atténue les antagonismes province - capitale et accentue l'appartenance à une région ou à un Land, il rend également plus flou le sentiment d'appartenir à un pays et à une nation homogènes. Pour l'étranger, il est toujours étonnant de constater ce manque de sentiment d'identité nationale que le germaniste Edmond Vermeil constatait déjà dans un essai de 1927 sur La démocratieen A/kmagne: L:Alkmand ser~ par exempl6} bavaroiJjmembre dtl parti populaire de cetEta4 membre de telle ou telle.fédérationéconomiqtle de et
pmsietlrs associationJj membre enjin de l'Eglise catfoliqtle bavaroise. Il sera tOtlt cela avant d'être Alkmand tOtlt COtir!.

Aujourd'hui, il est peut-être Allemand.. .

même

Européen

avant

d'être

Martin, étudiant en histoire à Berlin, 23 ans, s'exprime dans une enquête menée par un journal français: je nepeux pas être de ma fler nalionaltii- et insiste sur son engagement européen.2 Etre fier d'être Allemand - et en plus le dire haut et fort - fera ranger le locuteur rapidement dans le camp de la droite, voire de l'extrême droite.!
1

.francoJURT, J Jelen/ililt. In : Picht, R. et aL (éd.). Ali .jardin des /lJalentendtls.Le CO/lJ/llerce
Sud, 1997. décotltJrellt la /l/ondiali.ralion. In: Témoignage chrétien,

alle/lIand des idées. Arles: Actes ~ LINDEL, H. Les}ilr de ut/kr 03/01/2002.

19

Par contre, faire preuve de Heimawerbundenheit- d'attachement à sa ville, à son village, d'enracinement régional ou local - est moins choquant. Ceci s'explique certainement, d'une part, par le vague sentiment d'appartenance "biologique" à une communauté ethnique, matérialisé par le droit du sang et transmis par la notion du deu/scheVo/ks/um2 -l'héritage commun du VoIR - et d'autre part, par celle de la Schicksal.rgemeinschqfllacommunauté historique de destin, tous des termes rendus ambigus. D'autre part, on ne peut s'empêcher de penser que cet évitement d'une identification de l'individu avec le Deutsch/um, la germanité, et la recherche d'un ancrage à la fois dans le local et l'européen, permettent une fuite "hors de l'histoire". 4 Il est évident que l'image que les Allemands ont d'eux-mêmes continue d'être fortement imprégnée de leur histoire récente, qui semble d'ailleurs toucher davantage les deuxième et troisième générations que ceux qui étaient directement impliqués dans le nazisme et la Seconde Guerre mondiale. Die Al!farbeitung der Vergangenhei/n'est pas terminée. Au contraire, ce travail de recherche, de deuil, de prise de conscience, de culpabilisation et déculpabilisation semble être plus intense de nos jours que dans les années cinquante ou soixante par exemple. ev air CeptlJ'sl...) Il est à remarquer que depuis la réunification des deux Allemagnes, la question de l'identité se pose à nouveau et d'une toute nouvelle façon.

A la question "Etes-vous fier d'être Allemand ?", la moitié des jeunes ouest-allemands et un tiers des est-allemands répondaient par non. Enqllête IBM de 11195, citée dans: NOACK, P. L:Attlillde def,jellnef AIleIJJtll'l@d /Igard def étranger.r. n : HUNOT, P. (00.). I llll/l?igrationet ldenllii en France et en AIk/llqglJ6'.111e International Scope Review, vo1.l, 1999, issue 1. :! SCHIPPERS, 111. K. L'idenllié ellllllrelle:&e/;erehe d'tlne d(/inition. In : HUNOT, P. op. cil. 3 [../{;&signifie approximativement "peuple". Si en français ce terme désigne aussi "le petit peuple" comme catégorie sociale ou politique (peuple a par ailleurs, sous l'influence de la Révolution française, donné en allemand der PolJe/,la populace), Volk est davantage lié à la notion de nation et d'ethnie. Son abus sous Hitler fait que ce mot est utilisé avec une certaine prudence. 4 Cette réflexion a été faite par K.-M. Gauss à propos de l'identité et de l'identification des Autriclùens. De IAlltriche (et de quelqllefAlt/richien.r). L'esprit des Péninsules. 2001.

1

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Interrogé sur les contradictions de la mondialisation libérale, le conseiller du ministère fédéral de la Culture explique: Les
Allemandr ne peut/ent pas at/oir fa meme appréhension de /a mondialisation libérale que leurs t/oisins. Alors que les Franfals pe1}'oit/en/fa menaee contre leur nation unt~ nous ne sat/ons t0l!l0urs pas ee qu ~st 1!Allemagne. Apré:r fa réun!Jieatio~ 1!Allemt{gne s ~st pltttoJ r~mt& sur elle-mlm6j mair sans t/raiment se re/rout/er)

Si le regain d'activité des groupuscules d'extrême droite inquiète à juste titre les Français, il ne faut pas oublier les efforts considérables contre l'oubli et contre le racisme dont font preuve institu tions, écoles et médias allemands. La tradition des Lief/erkellen ~es chaînes humaines portant des bougies en signe de non-violence) est moins colportée en France que les actes racistes et xénophobes. Enfm, l'Allemagne compte parmi les pays d'Europe qui, jusqu'à la fin des années 1990, ont accepté le plus grand nombre d'immigrés par an en Europe (voir aussi L!Au/r~. La Maison de l'Histoire de l'Allemagne à Bonn avait entrepris une double réflexion dans une exposition qui avait pour thème le regard des autres peuples sur l'Allemagne. Le cliché du flirs/iefe Deutscfe- du laid (qui sous-entend méchant) Allemand - y est présent mais côtoie les héros sportifs et das Wirtsefq/isJjJunder le miracle économique allemand des années cinquante et soixante. Le résumé de cette exposition est assez significatif: si leurs produits et certains exploits techniques ou sportifs peuvent donner lieu à une certaine admiration, les Allemands continuent à ne pas être aimés et leurs forces et faiblesses se résumeraient à la fiabilité, la propreté, la ponctualité, l'arrogance et le manque d'humour.2 Dans un article paru dans Le Point de jeunes Allemands interviewés s'expriment ainsi: Trolsie'me génération apre'sla guerr6j nOtlsaimerionsneplus porter celle tem"bleculPabilitéqui nous étot#è en raIson de notre !J,stoire.Nous qui ne sommes ni des skin!JeadJjni des
1 LINDEL, H., op.dl. :2 DC?/II.fchland /Jona/I.f.ftlJ.Kra/lI.f - Fnk - Pi~t.f ?Exposition dans la Maison de l'Histoire de la République Fédérale d'Allemagne. De novembre 1999 à mars 2000. Catalogue de l'exposition. Bonn: Bouvier-Verlag, 2001. 21

électeurs dêxtrême droite., nous aimerions poupoir supporter notre équfpe

de

foot à Iet-ranget; sans que notre hourra nous reste bloqué dans la gotge parce que nous aponspeur qU?Jnnous tralie de méchants Allemandr. Ce n ÎJst as p Juste. 1 Si les jeunes Allemands ont aujourd'hui un profil personnel particulier - peut-être suite à leur éducation d'après 1968 - et s'affirment très nettement en tant qu'individus réclamant haut et fort bien-être et confort de vie, droit au divertissement, ils restent réservés quant à leur identité culturelle. ev oir aussi Ce pass!... ) Das Deutscheste
an den

Deutschen ist wahrscheinlich por alle~

nicht

deutschsein ftu wollelJ... Ne pas vouloir être Allemand, voilà ce qui est probablement le côté le plus allemand des Allemands.2 Cela n'a pas changé si l'on en croit ces deux avis, certes très caricaturaux, que de jeunes Allemands formulent sur un site Internet à l'égard de leurs concitoyens et d'eux-mêmes: Voilà ce
quipeut pous ami/et: On traperse /espqysages /esplus j'rustes du Pakista~ on jinli par trouperson cheminpar /e colKarakorum et tout d'un c01!P on s'aperçoit: "Ciel/ Même ie; des Allemandr/" ç~ 1!Allemand naime pas du toul} car Ia'-bas au Ioi~ dans /e monde., Il ne souhalie pas qU?Jn lui rappelle son cheft-sot: Il pense 'Mon Die/4 un Allemand j'~ et enface., lautre se dit: 'Mnc~ on ne leur échappe nulle part j'j Le jeune Allemand qui s'est exprimé ici n'aime pas les Allemands parce qu'il leur trouve tous les défauts dont il veut se distancier: ce sont les autres qui sont, bien sûr, typiquement allemands! Plus loin nous trouvons cette description résumant à elle seule tous les ,clichés: Ils [les Allemands} dressent /es garçons de cq/l d
l1tranger a'parler alleman4 sont des donneurs de lefo~ dénoncent tout «ait

1 HUGUES, P. Deqt/oirêlJenlksAIkII/andr lIn :Le Point du 19/09/1998. 2 STEPHAN, C. Der Belmftn/;etlf~t/It. Eine poltii.rche StNt'I{geschtc/;le. Berlin: Rowohlt, 1993. 3 Das halll/an nlln dalJon / Dt/rc/;~ret/i! die ~atgslen Landrchqjlen in Pa~i.rla~ jindel sc/;It¥ltc/; œn [Peg tï/Jer dell Kora~onlll/-Pajl tllld dann: ''DIIII/eine Glï/~ allcn hier / Delllsche / Da.r II/ag tier Det/Iscne gar nlcn~ denll da dral!/fé~ in der lPe~ will er nlcnl an seine Hetil/al erinnerl werden. Er dell~/: "Oô Golf., ein Det/Isc/;er /" Und der andere l'agi l'ICI;: 'j11Ù~ nti;gendwo ~ann II/an iônen 0/ deutschland, consulté le en/~Olllllle'/ !' SOt/rce: http://ma.,,.compuserve.de/inhalt/971 01/10/1999.

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à la règk aiment se retrouper /e soir autour de leur bie'r~ ne sont pas onginauxdatts leursgOffts et sont obsédéspar lapropretil

Ces visions sont évidemment plus que simplistes mais renvoient néanmoins à un certain sentiment de mépris à l'égard d'euxmêmes et au complexe d'infériorité des Allemands par rapport à d'autres natto/fis. Ce complexe se traduit souvent par le fait que les Allemands se plaignent facilement de leurs concitoyens, de leur Etat, de toutes leurs imperfections et querelles intimes, et notamment de la deutsc/;eMentaltiiit auprès des étrangers. On peut ainsi assister à des rencontres où le visiteur est étonné du peu d'estime que son interlocuteur germanique peut avoir pour ses compatriotes et, par extension, pour lui-même. Il constate ainsi une autocritique quasiment constante qui peut lui sembler être exagérée et presque un réflexe, et de ce fait interprétable comme hypocrisie ou masochisme. L'image de l'Allemand éternellement frustré se perpétue ainsi. On peut cependant s'interroger sur les raisons: n' est-ce pas parfois pour minimiser, vis-à-vis de l'étranger, son sentiment que l'Allemagne est plus riche, mieux nantie et qu'elle pourrait faire peur... Non, non, non nous ne sommes pas ce que vous pensez, nous ne sommes pas parfaits, vous voyez bien, nous sommes des gens ordinaires, nous ne vivons pas dans le meilleur des mondes possibles, bien que... Cette réserve des Allemands pour tout ce qui est mentalité allemande explique peut-être aussi pourquoi, vivant à l'étranger, ils se regroupent rarement en communautés telles que l'on peut les rencontrer chez d'autres populations de migrants. Etre citoyen d'Europe, sinon du monde, voyager, savoir parler une ou deux langues, être à l'aise dans la différence des cultures, construire la société multiculturelle, voilà un idéal allemand qui donne bonne conscience. Cela ne reste pourtant qu'un idéal, et l'Allemagne doit vivre avec l'irritation que provoquent les exactions de son extrême droite nationaliste, avec ses touristes sans gêne, aux Baléares notamment, et un tourisme sexuel intense en Asie, désormais passible de prison.
1

lbldell?

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Quant à leur propre langue, les Allemands la jugent eux-mêmes "difficile"l et ne la portent pas non plus en grande estime 'même si, pour beaucoup d'entre eux, elle constitue le ciment 'de la nation. ev air plus loin Deutsc/;-difficile. . . ). Si l'image que les Allemands croient voir dans le miroir que leur tendent les autres peuples semble imprégnée d'un certain mépris, de méfiance ou même de dédain, il n'en reste pas moins des domaines où les Allemands ont le sentiment de s'en tirer mieux que les autres, et même de s'en tirer nettement mieux. C'est typiquement allemand! ?

Se référer à la "mentalité" de quelqu'un, d'un groupe social ou ethnique, permet souvent de mettre l'accent sur la différence que l'on ressent par rapport à lui. Se révèlent par la même occasion ses propres particularités, tellement normales et habituelles, que l'on ne les voit pas ou plus. La mentalité des Allemands - die deutsc/;e Mentalitiit- ou aussi das deutsc/;eWesen2- est certes bien prononcée, mais sert en même temps d'excuse pour certains malentendus, auxquels les Français, et parfois les Allemands, se résignent: c'est typiquement allemand! - (Das ist) !ypiscIJ det/tsc/; .I Mais si nous regardons d'un peu plus près la mentalité, à savoir la façon de se comporter, de penser, ci'agir, de réaliser des projets, bref, d'être dans et avec le monde, nous constatons qu'elle est, bien entendu, présente de manière différenciée chez les individus mais que chacun la manifeste à sa façon et de manière plus ou moins inconsciente. L'individu est façonné par son héritage biologique, son éducation et son environnement social. Ces trois facteurs déjà sont chargés d'histoire, d'adaptation, d'éléments sociaux, religieux et culturels.
1 Detl/scoe Sprac/;~ sc/;wereSpracoe. . ..1- Langue allemande, difficile...! - est une boutade en allemand écorché que l'on cite volontiers quand on croit devoir excuser les fautes d'allemand d'un étranger ou encore ses propres incertitudes... :! Das dell/scoelPefen est "l'être" allemand qui englobe son essence, sa nature, ses manières, S011caractère.
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Nous allons brièvement discuter de ces facteurs dans ce chapitre qui nous servira de base pour les autres chapitres plus orientés sur le quotidien et la vie pratique. Les chapitres précédents pourraient faire croire que les Allemands sont pleins de complexes. Il n'en est pourtant rien, notamment pour certaines qualités que les Allemands s'attribuent volontiers, avec même une certaine fierté, voire condescendance. Dans un article sur un entrepreneur de la vieille garde, l'hebdomadaire Dtr Sptégt/ énumère les vertus Ordnt/ng, Sparsamkei4 Anstand - ordre, sens de l'économie et respect des convenances - qui donneraient la clé du caractère allemand) Voyons un peu plus en détail ce qu'elles recouvrent dans l'esprit et dans l'action. On gagne la moitié de sa vie
Car: Ordnt/ng ist das fa/be Leben...
2

Die Ordnt/ng - l'ordre - serait un des principes de vie des Allemands; c'est au moins l'image qu'on s'en fait à l'extérieur. Ordnt/11g t/sssein .1- approximativement, l'ordre avant tout! - est m un impératif difficile à traduire, malgré son évidente simplicité. On y trouve la volonté de poursuivre, d'imposer ou de s'imposer à soi-même un ordre qui est du domaine du rangement, de la correction, du respect des règles et d'une attitude générale envers toute confusion, tout désordre. Ce principe a pour beaucoup contribué à l'impression de manque de souplesse des ~Allemands tout comme à leur renom de bons organisateurs et de gens bien organisés. Die Ordnt/ng,telle qu'elle est présente dans l'esprit d'une grande partie des Allemands possède d'autres connotations que dans une langue latine où la notion "d'ordre" est plus ambiguë et ne revêt pas la même importance dans la vie quotidienne et dans la

1 Der 0?l~el du 05/08/2001. :2 Que l'on pourrait traduire par : l'ordre rend la (moitié de la) vie plus facile, vous fait gagner du temps. . .. 25

vision de la vie. En français elle peut renvoyer au cliktat1 et à la dictature. Die Ordnung n'a pas une aura négative auprès des Allemands, comme peut l'avoir le mot "ordre" en français. L'adjectif et l'adverbe ordentlie/;ont omniprésents dans le langage s courant: etwaf Ora'tntlieôef effen- manger quelque chose de consistant - fie/; ordentlie/;an{ie/;en- s'habiller comme il but. Le "comme il faut" rappelle en allemand l'ordre. Ein ordentlie/;erMenfe/; - quelqu'un d'honnête - eine ordentliehe ArbelÎ - un travail bien fait - sont autant de jugements positifs portant moins sur l'ordre, le rangement que sur le côté moral, l'honnêteté et la fiabilité, tandis que die Unordntlng- le désordre, die Unordentlie/;ketÎ le caractère de celui qui est désordonné - vont au-delà du simple constat, et comportent un jugement moral de désapprobation sous-jacent. Ainsi il serait impensable de trouver dans les gares de France une affiche de la SNCF faisant appel au civisme en titrant d'un ton magistral: "c'est comme ça qu'il faut faire !" Le panneau intitulé So isls in Ordnung! énumérait les règles de comportement ainsi que les interdits dans les gares allemandes, sous l'œil vigilant d'un employé de la DeutsebeBundesba/;1Z2 Die Ordnung permet d'être systématique dans l'approche d'un sujet, d'un travail. Ce principe renvoie aussi à une méthode, à un fil conducteur salutaire pour celui qui cherche à parfaire le détail ; il permet l'efficacité malgré tout. Rappelons-nous qu'une grande partie des normes européennes se basent sur les normes Dm allemandes qui comptent parmi les plus élaborées et détaillées dans le monde. Elles servent souvent de base pour les normes de l'Union européenne. Elles ont cours dans la plupart des pays de la Communauté, en bon voisinage avec les normes nationales, telles que l:Aftor en France.

1 Attention à ce faux ami : das Dik/tl/est aussi la dictée. 2 Campagne de la Dell/scoe Bundesbtlon au printemps 2001. 3 DIN - Dell/scoe Indtls/lielJOI7H 26

Le principe d'ordre à l'allemande est plus qu'un principe de respect des lois, d'obéissance à des règles établies par la société, il est aussi celui qui est intériorisé par l'individu. Hormis cet aspect de "civisme" formel, l'ordre permet de régler les choses à l'avance, de prévoir, de se prémunir contre les aléas de la vie. TI crée un cadre de vie bien précis dans lequel on peut évoluer sans crainte de se perdre et où l'on retrouve les schémas familiers. A ce titre l'ordre peut devenir vital quand il permet de se retrouver dans le chaos de la vie. En Allemagne, l'ordre est visible à l'œil nu: les chemins de randonnée autour des villes sont goudronnés, les petites villes ont l'air de sortir tout droit d'un album de photos pour touristes, les jardins ouvriers (voir Les AssociationS;sont tirés au cordeau et possèdent de coquettes maisonnettes. Il est vrai que la plupart des endroits publics sont d'une plus grande propreté qu'en France. Elle est due à un sens civique prononcé qui, lui aussi est le résultat de la peur du "qu'en dira-t-on" et des autorités. Cette crainte n'existe certainement ni à ce point, ni sous cette forme, en France. En d{pit de lapropaganck defOrtes amendeJjle prai Parisien restelatgementrésistantallx mesllres édagogiqlles.. commente p . Der Spiegeldans un article sur la propreté à Paris.1 L'incivisme des Français est, et pas seulement pour cet hebdomadaire, une "maladie française". Ses symptômes se trouveraient un peu partout: le nombre élevé de victimes de la route, les grèves sauvages, et surtout die Wegweifmentalitiit- cette mentalité de jeter les détritus sur la voie publique: le contenu d'un cendrier, l'emballage d'un sandwich, le paquet de cigarettes vide qui s'envole d'une voiture... Le principe de "tolérance zéro" prôné par l'administration de la ville de Paris est accueilli avec un certain scepticisme. Observée en toute circonstance, die Ordnllngpeut devenir pénible, même pour les Allemands: Un jeune étudiant nous a raconté que lorsqu'il fut invité chez un ami "punk", ce dernier lui offrit une part de pizza. Voulant la couper comme il le pouvait, avec les moyens du bord, notre
1 De,. JP/~e.ç fi 0

09/2002. 27

étudiant se fit littéralement rappeler à l'ordre: Schneid das dochmal ordentlicoab ! - Coupe-moi ça correctement! Par exagération, le respect de l'ordre peut devenir un simple respect des formes, vidé en quelque sorte de son sens, et tourner à l'obsession. Dans ses expressions les plus extrêmes, la recherche de l'ordre devient de la pédanterie et l'ordre lui-même un cadre sans contenu. Poussée jusqu'au bout cela devient die OrdnungsJJ/ut - la fureur de faire régner l'ordre. L'ordre dans ses extrêmes peut devenir fatal. La langue allemande possède une expression qui rend parfaitement compte du lien entre obéissance et ordre: Zucht und Ordnung- discipline et ordre ou subordination par discipline totale. Utilisée aujourd'hui plus par dérision, l'expression se retrouve par ailleurs dans certains slogans de l'extrême droite. Zucht rappelle l'éducation wilhelminienne et militaire, et Ordnung, dans cette association, l'ordre mortel qu'ont fait régner les nationalsocialistes pendant le Troisième Reich. La pression de la société sur l'individu, qui, en matière d'ordre, est plus forte en Allemagne qu'en France, fmit parfois par aboutir à des défoulements ':'c'est ainsi qu'on peut voir des groupes de touristes allemands en pays étranger se comporter exactement à l'inverse de ce que l'on peut attendre: Majorque (voir La bottgeott~est un exemple très parlant du laisser-aller hors de chez soi, et pas seulement d'une jeunesse débridée... Quelques expressions Das ist.lagant ordentlico. Ce n'est pas mal. Das geot in Ordnung ! - Ça marche. C'est réglé.
Das geot schon in Ordnung. -

ç a va aller. . .

Das ist sCbon in Orc/nung. Ça va comme ça. so Das hat schonallesseineOrc/nung! - Tout cela est dans les règles.

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L'organisation L'organisation est un corollaire de la recherche d'ordre Allemands qui s'exprime au niveau du temps et de l'espace. des

Ce désir d'organisation, de mise en tracé prévisible nettement plus prononcé que dans les pays latins, sert, lui aussi, les clichés du manque de "souplesse et de flexibilité" des Allemands. Si l'organisation prime dans la vie, elle permet aussi de partager les tâches et les responsabilités entre les personnes. Les domaines d'action sont ainsi bien délimités. Passer outre un planning ne présente pas nécessairement une preuve de largeur d'esprit ou de non-conformisme, mais peut être interprété comme un manque de concentration sur ce qui est imparti et qui doit être fait au mieux. Cette délimitation des activités, des compétences, du temps, fait aussi que nous assistons à une nette séparation de la vie professionnelle et de la vie privée.l En Allemagne cela ne signifie pas que les gens qui travaillent ensemble n'aient pas de contacts personnels, bien au contraire. Ils aiment bien se retrouver et partager des choses en dehors du travail. Un proverbe populaire met pourtant en garde quiconque veut effacer les frontières. Dienst ist Dienst und Sconaps ist Sconaps I renvoie dos à dos le verre que l'on peut boire ensemble et le travail. Le lendemain, le travail n'a pas à souffrir des conséquences de la fête! Et pendant que l'on s'amuse, on ne pense pas au travail. .. (voir L f:ntrq;ri.fe...et Une annéede.fêteiJ. Persuadé qu'une bonne organisation est le garant d'un fonctionnement parfait et que seule sa manière de concevoir cette organisation est bonne et généralement admise, l'Allemand a tendance à se placer rapidement en "organisateur". Da.f knégen wir .fcoonin den Griff exprime, en langage familier, la ferme intention de vaincre ou de maîtriser un problème, là où l'on croit détecter des confusions, désordres et hésitations.

1 Dans une petite boutade, les Allemands disent d'eux-mêmes qu'ils ne sont capables de faire la révolution qu'après le travail: Dell/scoe Ilfacoellill/lifer lIaco Fetèrabelld &IJ(}/tlli(}lI. Les manifestations à Leipzig, en 1989, avaient lieu le soir. . .

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Même si cette attitude paraît naïve et péremptoire et peut donner lieu à des réponses agacées, elle peut tout aussi bien donner des résultats étonnants dans des situations difficiles ptraissant sans issue. L'organisation et l'achèvement de la tâche qu'elle va permettre, demandent une certaine autodiscipline accompagnée d' Ordl1l111g et de Fleiss. L'ardeur au travail~ à l'étude...

Der Fleiss /Voilà encore un mot bien difficile à transposer dans une langue latine: bien s'appliquer à un travail, une tâche, être courageux(se) ne rend qu'insuffisamment cette notion de zèle, d'assiduité accompagnée d'effort volontaire. Accra du travail, peut-être? L'allemand contemporain cherche à rendre cette notion par l'anglicisme workaQolic. On attaque le travail sans appréhension et on travaille d'arrache-pied... pour en avoir fini rapidement et avoir du temps pour soi. ev air aussi Wel/l1ess...) Le Fleiss se réfère d'ailleurs davantage à la quantité de travail fourni qu'à son contenu. OQl1e Fleiss keil1 Preis /- on n'a rien sans mal ou tout effort est récompensé - est un des proverbes bateaux incitant élèves, ouvriers et P.D.G. à travailler pareillement sans relâche, avec sérieux et ardeur. Le lien que fait le proverbe entre ardeur à la tâche et récompense est très significatif. Nous verrons au chapitre Un SOliest lin SOli / que l'argent obtenu à la sueur de son front ou par un travail intellectuel, par le commerce ou toute autre activité utile est considéré comme bien mérité. On peut en faire étalage sans avoir honte, car l'argent gagné honnêtement - das eQrlicQperdiel1te Geld - renvoie en quelque sorte au Fleiss- à la vaillance.
Le contraire de der Fleiss est die Fall/l;eti

-

la paresse

-

ou dans un

style plus recherché der Miissfggal1g l'oisiveté. C'est une tare morale dont personne ne veut se voir affublé. Ainsi le proverbe Miissfggangist aller Laster A1!fang qui désigne l'oisiveté comme la mère de tous les vices lève son doigt moralisateur et rehausse le Fleissau rang de vertu morale. 30

A la phrase de Michel Serres Rienn~st plHs dangereHxqHele rq;os1 une grande majorité des Allemands peut encore s'identifier, ne s'arrêtant de travailler, d'être actifs et de chercher une occupation qu'en cas de force majeure. Si dans les pays latins le farniente est apprécié, envié et imité par les Allemands en vacances, une fois la frontière italienne ou française passée au retour, il redevient inacceptable et n'a pas de place dans la vie quotidienne. L'élève ou l'ouvrier professeur ou son compliment! Toute qui la juge moins sur qui se voit qualifié de lleissig par son contremaître est flatté: c'est plus qu'un la personne est glorifiée par cet adjectif... le résultat que sur l'effort consenti.

Les inscriptions sur les frontons des maisons anciennes rappellent les vertus protestantes du travail et de son organisation: Oon' Denken Itnd Sinnen ist kein gHt' Beginnen1- Il vaut mieux ne pas commencer sans avoir pensé et réfléchi! Ou encore: Nitr mit Fleiss Hnd Krqft wird gHt' Arbeit gesco'!ift1- Seuls zèle et force pennettent de bien accomplir l'ouvrage. FleissigPpeut se demander le Français qui essaie en vain d'avoir son collègue allemand au téléphone un vendredi passé midi. Pourtant, son collègue traivaille peut-être à ce moment d'arrachepied chez lui, dans son jardin, à parfaire sa maison ou organise la kermesse de son association, qui sait? ev air aussi Wel/ness...). Selon différentes études, le Fleis.r,lui non plus n'est plus ce qu'il était: il paraît que le lundi et le vendredi, le taux de maladie est particulièrement élevé, les délais dans les administrations sont de plus en plus importants et les congés les plus longs au monde (voir aussi Wel/ness...).2 Très liés à la notion de }leissig sont les mots arbeitsam, tlieotig qui notent celui qui est vaillant et constant dans le travail. Ils veulent avoir raison... Pourquoi les Allemands donnent-ils souvent l'impression d'avoir raison ou de vouloir avoir raison? Eux-mêmes connaissent bien
1 2 SERRES, M. H(}Il/ilJeSC6wce.Paris: CHANCEL, Editions du Pommier, 2001. PUF, 1996.

C. L'ElJtrejJn'.re dalJS la n(}/lt/elk éc(}lJ(}mie Il/(}ndiale. Paris:

31

ce petit travers et désignent l'attitude de toujours vouloir avoir raison par die Recbtbaberei t par die Bessemissereila conduite de e celui qui croit toujours tout mieux savoir que les autres et qui est
der BeJ'J'etWiJ'J'er.

Si on a tout organisé, préparé et mis son idée en pratique avec beaucoup d'énergie, il devient alors inimaginable que l'affaire puisse peut-être ne pas m,archer ou être acceptée par les autres. Cette attitude active et linéaire, rectiligne, n'a pas obligatoirement permis de prévoir des replis, des alternatives: ainsi avoir raison devient une quasi-obligation ou une fuite en avant! En avant toute! Quelqu'un peut être jleiJ'J'iget ne pas être strebsam. Un élève allemand qui se voit attribuer l'adjectif (ou adverbe) strebsamdans son carnet de notes peut être content: strebsam est très élogieux; nous y retrouvons l'application, le zèle, la participation, mais aussi la concentration sur un objectif donné. Dans ce sens, strebJ'amva plus loin que le seul jleissig (appliqué) car davantage orienté et tendant à des buts plus précis. D'autre part, cette appréciation place l'élève dans un contexte général allemand de Strebsamketi qui lui confère un certain statut social et le promeut au rang des personnalités ayant fait quelque chose de leur vie, étant arrivées à s'en tirer, die es im Leben:CIIelwa..rgebracbt baben. Ce qui en fm de compte peut être considéré comme le but final de la StrebJ'amketi,bien que le "etwa}', ce "quelque chose d'atteint", ne soit pas plus explicite dans la phrase allemande. Cette vertu peut prendre une tournure agaçante; la personne peut se transformer en der Streber - l'arriviste, le petit ambitieux hargneux. F. NUSS1,dans sa grande étude sur la mentalité des "Enfants de Faust", désigne das StrebeJi2 comme une des caractéristiques

1

Nuss,

F. Les el!fants de Fallst. Les Allelllandr

entre ciel et el!Jèr. Paris:

Autrement,

1994.

:2 Le verbe smYen, dans son étendue sémantique et émotionnelle fait partie des "intraduisibles". Il signifie l'aspiration vers quelque chose et la concentration maximale des efforts pour atteindre cet objectif. 32

allemandes fondamentales, spirituel.

tant sur le plan pratique que le plan

Réussir dans la vie est certes le Leitmotiv que les écoliers entendent dès leur plus jeune âge. L'expression etwas tJonder Pike at!! lemen- apprendre quelque chose et notamment un métier à partir de ses bases, des exercices pratiques, exprime la fierté du travailleur, du manager allemand d'avoir commencé en bas de l'échelle (voir Grandir. ..). L'ambition ne consiste pas nécessairement à rechercher un poste en haut de l'échelle, mais vise à trouver sa place et bien y faire son travail (voir L ~ntrq;tise...). Ceci permet ensuite de se valoriser par rapport à ce métier dans lequel les Allemands vont continuellement chercher à s'améliorer, à trouver de nouvelles solutions et à traquer l'erreur. D'abord faire, réaliser un projet et ensuite "faire mieux", avec une constante touche d'autocritique. Nous y retrouvons bien ce perfectionnisme allemand tant admiré ou décrié... Voir et encore revoir comment mieux faire, améliorer un produit, son appartement, le confort, la vie... et ensuite le mettre en pratique, ne pas se lasser de finir le travail commencé, et au besoin recommencer. Nous y retrouvons les notions d' OrdnHnget d' Otganisation, avec en plus la dynamique d'une volonté d'exécution qui n'élude pas la difficulté et préfère attaquer le travail de front. Le proverbe Wer raste4 der rostet! - qui se repose fmit par rouiller... - permet de justifier la constante fuite en avant et résume bien une certaine incapacité des Allemands de se poser et de se reposer. Le devoir les appelle Pour die .fJlicht nous trouvons une traduction littérale possible avec "le devoir", mais il s'agit d'un devoir qui est imposé par les règles et les obligations de la société, de la hiérarchie, du groupe. Die IJlicht est souvent très fortement intériorisée. La langue allemande en rend bien compte par das IJlicftbewHsstsein-la conscience d'un devoir à accomplir, tout comme die Pjlich/treHe la fidélité et la constance à son accomplissement, qui peuvent 33

devenir de très fortes stimulations d'action chez les Allemands. Die JfliclJ/e!fiillultg - l'accomplissement du devoir - peut devenir un but en soi. Le nazisme a su utiliser cet attachement au devoir en attribuant à la IJ'lichteJ'itlbtllg pseudo-sens de vie et en faisant régner une un confusion fatale entre" devoir" et responsabilité personnelle. C'est ainsi qu'après 1945 beaucoup de criminels nazis ont rejeté toute responsabilité personnelle en justifiant leurs crimes qui n'étaient, selon eux, qu'un "accomplissement de devoir". Monsieur et Madame Propre

Die Sauberkei/ - la propreté - fait partie des images positives que les Allemands ont d'eux-mêmes par rapport à d'autres peuples, notamment à ceux du Sud. Elle aussi peut devenir caricaturale à leurs yeux: elle est symbolisée par Herr ulld Frau Saubetmann (Monsieur et Madame Propre), ces gens obsédés par la propreté qui passent leur temps à nettoyer et épousseter. Par extension, ils représentent aujourd'hui en quelque sorte le Deu/sclJe MiclJel moderne par l'étroitesse d'esprit, un conservatisme à toute épreuve où se dessinent en filigrane les traits de la xénophobie. Ces personnages symboliques et caricaturaux renvoient au lien omniprésent entre la propreté "physique" de l'entourage, l'hygiène et la "pureté de l'esprit, des pensées" - qui élève la propreté au rang de qualité morale. Car Herr und Frau Saubetmann ne tiennent pas uniquement leur maison de façon impeccable; toute leur vie est irréprochable, du moins à leurs yeux. Ce besoin de propreté peut conduire, nous l'avons vu, à l'intolérance en général, à toutes les fo,rmes de racisme et d'exclusion de celui qui n'entre pas dans les normes, de celui qui est pauvre, moins soigné, jusqu'au sentiment de supériorité par rapport à des peuples pour qui la "propreté" n'a pas la même priorité... Mais d'autre part, l'engagement précoce et durable d'une très grande partie des Allemands, à des degrés différents, dans des actions pour la protection de l'environnement trouve ses racines certainement dans cette recherche du "propre", de "l'impec. . 7\ T ca bl e " et ci "." il Sain (VOl! D te J.va/ur. .. ) .
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Le jugement qui peut être porté au sujet de la propreté devient ainsi excessivement important et conditionne bon nombre de comportements, dont celui du nettoyage "comme il faut", Mf gnlndlicbeSat/oetmacben,parce que sinon "qu'est-ce que les voisins pourraient penser ou dire... ?" Der Hat/-!pt/t!{ - le grand nettoyage, le ménage - a lieu de préférence le vendredi ou le samedi et est mené comme une petite bataille, avec tactique et stratégie. Ici aussi, nous constatons souvent une sorte d'action ostentatoire qui se déroule par rapport à la société, aux voisins. Dans les immeubles d'habitation, les Allemands ne connaissent pas le système des concierges. Ici règne die Hat/sordnt/ng, qui, contrairement à ce que l'on croit, n'est pas uniquement la réglementation concernant le comportement correct dans l'habitat collectif, mais désigne avant tout le déroulement précis du nettoyage des cages d'escalier par les habitants, par roulement. Il convient alors de distinguer entre die kleilte Hat/fordltt/ltg, le dépoussiérage et die grosse Hat/sordtlt/ng qui déballe les grands moyens à savoir balayage, lavage, cirage des escaliers. Et gare si c'est oublié, car tout le monde veille à la bonne exécution. Bien entendu, des sociétés de nettoyage proposent leurs services, mais, notamment en ex-RDA, on préfère "se débrouiller" seul, car cela coûterait trop cher. La voiture est le chouchou déclaré des Allemands, et en tant que tel, objet de tous les soins: nettoyages, astiquages. Le moindre signe de rouille est guetté et immédiatement combattu. L'intérieur comme l'extérieur doivent être impeccables. Les villes et lieux publics sont de toute évidence plus propres qu'en France. Jeter un papier dans la rue peut attirer des regards, voire des remarques. Même dans une Kne!p~ un bistrot, les mégots finissent dans le cendrier et non par terre. Mais tout comme en France, il y a partout des graffitis sur les murs. Les trains, le métro dans les grandes villes, les autobus et autres tramways sont autant la cible de tagueurs et de hooligans qu'en France. Dans l'ensemble on peut pourtant avoir l'im35

pression que les dégâts sont plus rapidement réparés, que les trains, notamment rICE! - le TGV allemand - sont non seulement plus confortables mais aussi mieux entretenus. Beaucoup de villes ont suivi l'exemple suisse et proposent poubelles avec des sachets pour les déjections canines. des

La contrepartie de la pression sociale en matière de propreté se voit notamment dans certaines parties de l'ex-RDA, et particulièrement dans celles qui sont le plus laissées pour compte. Toutes sortes de détritus issus de la grande consommation jonchent les chemins de randonnée, les plages, les rues des villes, ce qui n'était pas le cas auparavant. Les déchets étaient alors d'une autre nature, plus sournois et dangereux (voir aussi Faire le I1fU/:.. Die Na/ur. . .). et Force est de constater que la propreté et l'ordre allemands ne sont plus ce qu'ils étaient. . . A noter que la propreté pour une ménagère française est immanquablement liée à l'usage de l'eau de Javel. C'est une invention française qui ne s'est pas répandue au-delà du Rhin ! Les piscines sont certes désinfectées avec du chlore, mais le grand public allemand ignore ce moyen de nettoyage à fond (s'il avait connu le même usage qu'en France, il aurait été déjà banni comme un des grands polluants) (voir aussi Die Na/Hr.. .). On peut compter sur eux! Die Zuverliissfgj;ei/ la fiabilité, die HifliclJj;eit- la politesse - et le sens de l'équité, de la justice

-

die GereclJtigj;eit - figurent parmi les

vertus qui sont de première importance pour les Allemands.

Est {HVerltirsig la personne sur laquelle on peut compter dans
toutes les circonstances. "Fiable" devient ainsi, tout comme l'ordre et l'organisation, un moyen d'échapper au désordre, aux imprévus.

1 Abréviation pour InterCityEÀ'Press

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