Savoirs critiques et recherches historiques

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À une époque où la pensée est en crise et où l'utilité sociale du savoir est sans cesse contestée, cet ouvrage collectif entend non seulement rappeler que le savoir a plus que jamais sa place dans la société d'aujourd'hui mais aussi que la société de la connaissance ne peut exister, évoluer sans celles et ceux qui cherchent et produisent de nouvelles connaissances. Ce recueil s'inscrit dans un contexte éditorial enclin à questionner l'utilité des savoirs « À quoi servent les sciences humaines ? » ou « Usages et mésusages publics de l'histoire ? »
Publié le : mercredi 1 juillet 2015
Lecture(s) : 8
EAN13 : 9782336385891
Nombre de pages : 188
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Diversités Diversités
Nous avons réussi dans ce volume à réunir plusieurs
contribut ons qui entendent brosser un tableau st mulant sur
l’ut lité contemporaine du savoir.
Comme dans les ouvrages précédents, la collect on Diversités, Sous la direction de Hedi S
fi dèle à son rôle de transmission des connaissances, entend
ainsi cont nuer à jouer sa fonct on de médiateur entre le public
académique et le grand public.
À une époque où la pensée est en crise et où l’ut lité sociale du
savoir est sans cesse contestée, cet ouvrage collect f entend
non seulement rappeler que le savoir a plus que jamais sa
place dans la société d’aujourd’hui mais aussi que la société de
la connaissance ne peut exister, évoluer sans celles et ceux qui
cherchent et produisent de nouvelles connaissances.
Ce recueil s’inscrit plus largement dans un contexte éditorial
enclin à quest onner l’ut lité des savoirs « À quoi servent les
sciences humaines ? » ou « Usages et mésusages publics de
l’histoire ? »

Ce livre se propose de contribuer à ce grand chant er
intellectuel.
Savoirs critiques
Hedi SAIDI est enseignant à l’Inst tut social de Lille et chercheur et recherches historiques
associé dans l’Unité de Recherche Migrat ons et Société -
URMIS-, Paris-Diderot, Université de Paris VII (CNRS-UMR Pour quels usages ?
8245). Il est aussi Chevalier de la Légion d’honneur et Chevalier
des Palmes académiques.
ISBN : 978-2-343-06489-5
19 €
Hedi S (dir)
Savoirs critiques et recherches historiquesSavoirs critiques
et recherches historiques
Pour quels usages ? Collection « Diversités »
Dirigée par Hedi SAIDI, historien.

Cette collection est destinée à présenter les travaux théoriques,
empiriques et pratiques des chercheurs scientifiques, et des acteurs
sociaux. Elle a vocation à publier des ouvrages essentiellement
universitaires, traitant des rapports sociaux, de la mémoire, de
l’histoire et de l'altérité. Elle se propose de constituer un portail
d’accès à l’étude des sociétés contemporaines et offrir une
plateforme d’échanges à des chercheurs de plusieurs disciplines.
La collection entend faire connaître la production française dans
les domaines historiques et sociologiques mais aussi relayer les
travaux de chercheurs étrangers et devenir ainsi un point d’appui
dans le développement des échanges scientifiques au niveau
international en sciences humaines et sociales.

Comité scientifique international : ARFAOUI Khémais – Université
de Tunis, Tunisie ; BARBOUCHI Sarah – Université de Toulouse-Le
Mirail, France ; BELGACEM Brahim – Université de Tunis, Tunisie ;
BELLAMINE Meriem – Université de Tunis, Tunisie ; BELKHOJA
Chedly – Université de Moncton, Canada ; BENSEDRINE Lamjed –
Tunisie ; BOUCHER Colette – Université Laval, Canada ; BRICHARD
Christiane – Belgique ; COSTEA Simion – Université de Targu Mures,
Roumanie ; DAHMANI Said – Université de Toulouse 1, France ;
DRAME Patrick – Université de Sherbrooke, Canada ; JOLIOT Bernard
– universitaire, France ; LABORI Michel – historien, France ; MANAA
Ammar – Université de M’sila, Algérie ; MEKKI Nidhal – Université de
Tunis, Tunisie ; M’RABET Tarek – CCMA, France ; PRIMEAU Marie
Douce – Université de Montréal, Canada ; SAPICAS Marina – France ;
SAYAH Jamil – Université de Grenoble, France ; SAYAH Mansour –
Université de Toulouse-Le Mirail, France ; SOW Abdoulaye – Université
de Nouakchott, Mauritanie ; TADLAOUI Jamal-Eddine – Université de
Sherbrooke, Canada ; TITO Anna – journaliste, Italie.

Déjà parus

Jamil SAYAH, L’acte II de la Révolution tunisienne : La Constitution,
2015.
Hedi SAIDI, Histoire de la Tunisie. Modernité, élites et finance dans la
Tunisie du XIXème siècle, 2014. Sous la direction de Hedi SAIDI
Savoirs critiques
et recherches historiques
Pour quels usages ? © L'HARMATTAN, 2015
5-7, rue de l'École-Polytechnique, 75005 Paris
http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343-06489-5
EAN : 9782343064895Nous tenons à remercier vivement le Conseil régional
Nord Pas de Calais pour son aide et son soutien. SOMMAIRE



Introduction générale
L'histoire, un chantier toujours ouvert sur l'avenir
Hedi SAIDI ............................................................................... 11

CHAPITRE I
Le parler judéo-arabe comme véhicule de mémoire
Mansour SAYAH ..................................................................... 17

CHAPITRE II
Inégalités devant l’éducation en Algérie
Abla ROUAG ........................................................................... 31

CHAPITRE III
Ecole, violence et adolescence
Hamoudi ROUAG .................................................................... 45

CHAPITRE IV
L’enseignement de l’histoire coloniale en Tunisie
Les événements du Cap-Bon : un chapitre oublié
Hedi SAIDI ............................................................................... 59

CHAPITRE V
Le bourguibisme : une plus-value certaine
pour une Tunisie post-révolutionnaire
Jamil SAYAH ........................................................................... 75

CHAPITRE VI
Sousse et son port dans la tourmente de la Deuxième Guerre
mondiale: d’après le journal de Pierre Griffe (1942 – 1943)
Adel BEN YOUSSEF ............................................................. 107

CHAPITRE VII
Les mains sales de Jean Paul Sarte
Jessica : un personnage secondaire ?
Najet LABIDI ......................................................................... 141
9 CHAPITRE VIII
Le sport en Tunisie sous le protectorat (1881-1956) :
pour servir quel modèle ?
Hedi SAIDI ............................................................................. 153
APPEL
Sonia COMBE
Hedi SAIDI 183
10 Introduction générale

L'histoire, un chantier toujours ouvert sur l'avenir

1Hedi SAIDI



Cet ouvrage collectif, rédigé par des spécialistes de plusieurs
pays (Algérie, France, Maroc et Tunisie), étudie les rapports
entre la langue française, la langue arabe et les sociétés selon
une approche comparative tenant compte du développement
multi dimensionnel des situations observées. L’amélioration des
conditions d’apprentissage/compréhension du français en tant
que langue véhiculaire, mais aussi la valorisation de la langue
maternelle des apprenants avec pour visée une situation
2d’équilinguistique aussi satisfaisant que possible. L’ambition
envisage la langue française et la langue arabe non comme des
objets en soi mais bien comme les deux pôles constitutifs d’un
ensemble linguistique et communicatif capable de conduire
progressivement à un authentique échange de valeurs et de sens
(Chapitres I et VIII)
Ce livre a également pour but de mettre en place un
questionnement qui permette de mieux comprendre, voire
d’expliquer le passé avec l’espoir que cela puisse aider les
hommes d’aujourd’hui à mieux vivre.
Dans cet ouvrage, on trouve une intéressante étude sur le
système scolaire algérien (Chapitre II) qui met en lumière les
points forts et les lacunes de ce dernier. L’école en France a
connu d'importantes évolutions à travers l'histoire. Ces
évolutions n'ont pas été continues, mais cette histoire est
marquée par un accès de plus en plus large à l'enseignement,
depuis l'Ancien Régime jusqu'à nos jours. Longtemps réservé à
une certaine élite, l'enseignement en France a connu

1-Historien. Chercheur à l’Unité de Recherche Migrations et Société (URMIS)
-Paris Diderot-Université de Paris VII (CNRS-UMR 8245).
2-Voir sur ce sujet l’article de Mansour Sayah, et Christine Troupel, Une
novlangue en vogue chez les arabo-cathares pp61-78 in Discriminations et
mémoires (sous la direction de Hedi Saidi) Geai bleu éditions, Lille, 2006
11 une démocratisation importante. La question de l'enseignement
est soumise à des enjeux politiques, idéologiques et
économiques qui contribuent à nourrir son histoire. Citoyens,
familles, État et institutions (religieuses, économiques...)
constituent les groupes de pression qui vont permettre
l'aboutissement de l'école généralisée, notamment au travers
des lois Jules Ferry. Même si le niveau de formation s'est élevé,
le rôle d'ascenseur social du système éducatif est fortement
contesté. Les sociologues Pierre Bourdieu et Jean-Claude
Passeron ont mis en évidence dès 1964 que la proportion
d'individus provenant des classes populaires et accédant aux
études supérieures reste faible. Ils ont démontré que le système
scolaire reproduit le schéma social et qu'il a pour objet de
conforter et légitimer la position des élèves dans la hiérarchie
sociale. Seules les familles détenant un capital culturel adapté
permettent à leurs enfants de réussir leur parcours scolaire

L’école est confrontée à l’ handicap socio-culturel (Chapitre
III). Un des changements provoqués par cette massification de
l’enseignement dans le domaine de la relation entre les parents
et l’école réside dans la prise de conscience du rôle déterminant
des familles dans la réussite scolaire de leur enfant. En effet,
malgré la mise en œuvre de l’égalité d’accès à l’enseignement,
l’épreuve des faits qui se traduit par l’apparition du phénomène
de l’échec scolaire qui fait apparaître des écarts importants de
3réussite scolaire selon les milieux d’origine des enfants.
Il devient ainsi évident que les enfants de milieux favorisés
réussissent globalement mieux que les autres, étant plus
habitués et plus rompus à la culture scolaire et à ses exigences.
Si l’école est d’abord mise en cause dans son fonctionnement,
par les contenus enseignés, par les méthodes d’enseignement
(etc.), la famille devient aussi l’objet d’un questionnement et
d’une attention particulière pour tenter d’identifier ce qui

3
Aujourd’hui, chacun le sait, l’école n’a plus la même place dans la société
qu’il y a trente ans. Actuellement, les élèves sont d’avance « éduqués » (ou
« déséduqués », selon le point de vue que l’on adopte), en dehors de l’école,
par un système de communication dont ils sont les consommateurs privilégiés,
à leur insu
12
rpermet, au sein de la famille, et dans les liens qu’elle établit
avec l’école, de favoriser ou d’entraver la réussite scolaire.
L’échec relatif de la démocratisation oblige à examiner de plus
près le rôle des familles, et l’on voit alors prospérer la théorie
du handicap socio-culturel.
L’école est tenue de faire ce qui a été défait par ce bain
d’images et de bruits (parfois à tendance communautariste, il ne
faut pas le négliger). Elle doit relativiser les idoles, construire
l’attention, la concentration, la mémoire, la considération
d’autrui. Il faut doter l’élève de cette arrière-boutique – au sens
où l’entendait Montaigne – où il puisse prendre du recul
vis-àvis de la grande machine à émotions préfabriquées, vis-à-vis de
situations victimaires, tsunamis compassionnels et téléthons
ethniques.
Dans ce livre, il est question de l’histoire impensée et de
mémoires oubliées en Tunisie (Chapitres IV-V-VI-VIII). Les
tentatives visant à mettre l’histoire au service de la politique
sont fréquentes voire permanentes en Tunisie. Manipuler et
travestir l’histoire du pays par les politiques afin de valider
leurs thèses étaient des pratiques courantes.
L’information-spectacle et l’instrumentalisation de la mémoire
poussent aux surenchères valorisant les démagogues, les
provocateurs et les amuseurs publics.
Les strates culturelles et religieuses ne peuvent être oubliées
dans un monde méditerranéen aux frontières mouvantes et aux
influences multiples. Non on ne peut pas faire du passé table
4rase .
A quoi sert l’histoire ?
Une fois encore la discussion mérite d’être abordée surtout
quand des conflits mémoriels enveniment les débats qui visent à
instrumentaliser la réflexion historique au profit de causes
5attachées à des intérêts divergents.

4 r Bernard Doumerc, In Histoire tunisienne. Modernité, élites et finance dans
la Tunisie du XIXème siècle, p9
5
Nous pensons que la faillite des historiens de la France de l’Ancien régime
avait révélé leur incapacité à susciter à leur époque, chez les sujets du roi, un
« civisme » monarchique, autrement dit à faire de ces siècles d’histoire un
fondement incontestable d’une légitimité dynastique. Elle avait laissé la
13

rLe rôle de l’historien consiste à élaborer et à transmettre des
connaissances rigoureuses sur le passé. Il doit faire en sorte que
les connaissances et les questionnements produits soient mis à
la disposition d’un grand public
L’historien doit expliquer, tout en explicitant et en tenant
compte de la récurrence des phénomènes. Il doit diffuser l’esprit
critique pour que les porteurs de mémoire examinent leur passé
avec davantage de recul et plus de tolérance à l’égard des
autres. Son rôle est de mettre à la disposition des citoyens des
connaissances dont la vulgarisation contribue à enrichir la
6mémoire de l’humanité. En participant à cette démarche
collective, il est amené à participer aux débats publics et à la
réflexion avec une vigilance accrue contre l’instrumentalisation
de l’histoire, contre son usage politique et communautariste. Il
refuse la domination symbolique que les médias, certains
institutionnels et certains intellectuels exercent sur l’histoire.
Dans une démocratie, il est nécessaire de débattre des ces
questions, et l’historien, dont la position n’est pas de droit divin,
doit également, à son tour, argumenter : c’est la nature même de
son métier.
Charlie, la laïcité, la liberté d’expression et nous
Une émotion immense et justifiée par les assassinats horribles
perpétrés en janvier contre Charlie Hebdo à Paris a traversé
toute la France. Celle-ci est expliquée par des responsables
politiques sur la base d’un conflit que, pour faire court, on peut
présenter comme celui de la « civilisation » opposée à la
« barbarie ».
Evidemment qu’on peut expliquer les choses de cette manière
mais cela me semble insuffisant voire réducteur. On ne peut
royauté française démunie au moment où elle avait le plus besoin de
s’identifier au sentiment national et au devenir de la nation
6-C’est à la cour de Frédéric II, en Prusse, que les plus grands historiens et
philosophes français comme Voltaire ont fait briller leurs talents et non au
èmechâteau de Versailles. Dans ce domaine, la III République a réussi bien
mieux que la monarchie à se présenter en aboutissement logique et moral de
l’histoire de France. Les pères de cette République ont compris qu’avant de
perdre sa tête sur l’échafaud, le roi Louis XVI avait déjà perdu, pendant son
règne, la bataille de la mémoire.
14
analyser sereinement la crise de la société dans laquelle nous
vivons actuellement en mettant à distance ou en extériorisant en
quelque sorte les facteurs endogènes de ces évènements
tragiques.
Nous devons faire lucidement l’analyse de nos responsabilités
communes et partagées. Bien naturellement, bien évidemment,
il ne s’agit nullement d’exonérer les preneurs d’otages et les
assassins de victimes innocentes de leurs responsabilités
individuelles. Et même je ne récuse pas apriori la nécessité de
certaines mesures de sécurité. La situation internationale joue
un rôle considérable dans ce que nous avons douloureusement
et tristement vécu.

Les mesures (Liberté/Sécurité) ne me semblent pas
complètement adaptées face à des fractures existantes, à des
impasses et des échecs socio-politiques parfois trop nombreux,
trop profonds et trop graves pour n’appeler comme seul espoir
de solution qu’une réponse sécuritaire.
On ne peut rendre compte de la crise dans laquelle nous vivons
actuellement en mettant à distance ou en extériorisant en
quelque sorte les facteurs qui sont à l'origine de ces événements
dramatiques.
Nous devons faire lucidement l'analyse de nos responsabilités.
La gravité de la situation économique et sociale de notre pays
exige un examen de profondeur. Cette situation urgente sinon
cruciale mérite amplement une réflexion et un débat nationaux
sur les voies directes et indirectes par lesquelles une telle
situation a pu survenir et émerger...
Tout d'abord en tant qu'enseignant (même si je ne suis pas dans
la situation de mes collègues de l'académie de la Seine-St
Denis), nous constatons une défaillance de notre système
éducatif. Nous n'avons pas pu et/ou pas su collectivement
réduire (et là je ne juge pas mes collègues) les nombreuses
fractures sociales, culturelles et identitaires présentes dans
nombreux établissements scolaires, celles-ci semblent prospérer
et s'aggraver d'une façon inquiétante.
Une éthnicisation des rapports écoles/familles s'est installée
dans certains établissements de quartiers "dits difficiles" sans
que l'on mesure réellement son impact.
15 En voyant les images des massacres du 7 et 8 janvier, des
sentiments de colère, de honte mais aussi d'échec ne cessent de
me torturer l'esprit. Des interrogations incessantes également:
Pourquoi? Que faire? Comment?
Mais également une responsabilité en tant que citoyen. Les
représentants politiques que nous avons choisis
démocratiquement ont-ils agi en proposant des solutions
adéquates à cette situation?
La classe politique a-t-elle défini des orientations claires pour
réduire ces fractures afin de ne laisser personne sur le bord du
chemin?
Ouvrons les yeux sur la situation, pour mieux cerner comment
on en est arrivé là, pour agir et construire une société laïque,
cultivée, plus juste, plus fraternelle et plus égale.
Croyez bien que je suis très convaincu qu'il y ait une réelle
gravité et que je n'utilise pas le mot crise de façon contingente.
L’objectif, une fois l'émotion légitime et l'indignation
républicaine (justifiée) passées, est de réfléchir sereinement
ensemble sur la France de demain.
Pour terminer nous pensons qu’écrire sur ces sujets nous est
apparu comme une invitation à prendre des risques. Mais grâce
au sérieux, à l’implication et aux savoirs des auteurs de cet
ouvrage, nous entamons ces articles avec sérénité et optimisme.
Il nous a paru significatif de publier cet ouvrage tant les idées et
les perceptions qu’il tente de cerner sont d’une constante
actualité. Les connaissances résultent d’une analyse critique
des sources disponibles et répondent (nous l’espérons) à des
questions qui ont pour but de mieux comprendre les
phénomènes historiques et sociologiques et non pas de les juger.
Ici les auteurs cherchent à nourrir l’esprit critique, en
fournissant à un large public, des éléments pour aiguiser leur
sens critique au lieu de s’exprimer à leur place.

Ce corpus d’articles ne représente qu’un modeste pas vers
l’analyse et l’explication d’un contexte dont bien des aspects
restent encore méconnus.
Notre souhait est de voir d’autres auteurs y consacrer leurs
travaux.

16 CHAPITRE I

Le parler judéo-arabe comme véhicule de mémoire

7Mansour SAYAH



« Mon attachement au parler judéo-arabe a des formes parfois
que je juge névrotiques. Je me sens perdu hors de cet idiome.
Les autres langues, celles que plus ou moins malheureusement
je lis, déchiffre, parle, ce sont de langues que je n’habiterai
jamais. »
Claude Hagège

La langue est elle-même une réalité sociale qui véhicule une
mémoire et en est imprégnée, et des souvenirs : souvenirs
d’enfance, souvenirs heureux, souvenirs traumatisants,
souvenirs d’une odeur, d’une saveur…Certains sont teintés de
joie, d’autres de tristesse, de fierté ou de mépris.
Les formes que prend la mémoire sont multiples. Les
neuropsycho-linguistes décodent leurs spécificités, leurs
interactions, la façon dont les souvenirs sont acquis « rangés,
rappelés, déconstruits et reconstruits. »
Ces mémoires sont le fondement de l’identité… La langue est
l’héritière d’une histoire longue et spécifique, inscrite en elle et
qui lui donne toute son épaisseur.
Chaque langue comme moyen d’expression d’une communauté
donnée, véhicule une culture, des référents particuliers sur la vie
et sur le réel, des valeurs, des modes de pensée, des fonctions
spécifiques, professionnelles, des intérêts sociaux particuliers
qui lui enlèvent toute neutralité par rapport à une langue voisine
alors que certains comme Cocteau trouvaient « que plus un

7 -Professeur à l’université de Toulouse -Le Mirail. Equipe LERASS-CPST.
Docteur en linguistique générale. Docteur en linguistique appliquée et
didactique du français. Auteur de plusieurs publications et articles sur des
situations sociolinguistiques au sein de l’espace francophone.
17

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