Scène Primitive

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Freud avait repéré l'occurrence de la scène primitive chez L'Homme aux Loups. Il s'était posé la question : cette scène, où l'enfant surprend ses parents en train de faire l'amour, réalité ou fiction ? En inventant la psychanalyse, il opéra sur le plan de la méthode un renversement de l'objectivité à la subjectivité. L'auteur suit la piste de ses propres rêves à partir d'une question que se posent beaucoup de personnes : ai-je été victime d'un viol dans mon enfance ? Puis-je me fier à mon souvenir ? Est-ce fantasme ou réalité ?
Publié le : mercredi 1 juin 2011
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EAN13 : 9782296807006
Nombre de pages : 248
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Scène Primitive
Une enquête psychanalytique
sur l’originePsychanalyse et Civilisations
Collection dirigée par Jean Nadal

L'histoire de la découverte de la psychanalyse témoigne que
démarche clinique et théorie issues de champs voisins ont concouru,
par étayage réciproque à élaborer le concept d'inconscient, à éclairer
les rapports entre pathologie et société et à reconsidérer les liens entre
le malaise du sujet singulier et celui de la civilisation.
Dans cette perspective, la collection Psychanalyse et Civilisations
tend à promouvoir cette ouverture nécessaire pour maintenir en éveil
la créativité que Freud y a trouvée pour étayer, repenser et élargir la
théorie. Ouverture indispensable aussi pour éviter l'enfermement dans
une attitude solipsiste, qui en voulant protéger un territoire et
préserver une identité, coupe en réalité la recherche psychanalytique
de ses racines les plus profondes.

Dernières parutions

Marie-Noël GODET, De la réglementation du titre de
psychothérapeute. La santé mentale, une affaire d’État, 2011.
M.-L. DIMON, Psychanalyse et empathie, 2011.
Roland BRUNNER, Freud et Rome, 2011.
Renaud DE PORTZAMPARC, La Folie d’Artaud, 2011.
Harry STROEKEN, Rêves et rêveries, 2010
Madeleine GUIFFES, Lier, délier, la parole et l’écrit, 2010.
Prado de OLIVEIRA, Les meilleurs amis de la psychanalyse, 2010.
J.-L. SUDRES (dir.), Exclusions et art-thérapie, 2010.
Albert LE DORZE, Humanisme et psy : la rupture ?, 2010.
Édouard de PERROT, Cent milliards de neurones en quête d’auteur.
Aux origines de la pensée, 2010.
Jean-Paul DESCOMBEY, Robert Schumann. Quand la musique
œuvre contre la douleur. Une approche psychanalytique, 2010.
Serafino MALAGUERNA, L’Anorexie face au miroir. Le déclin de la
fonction paternelle, 2010.
Larissa SOARES ORNELLAS FARIAS, La mélancolie au féminin.
Les rapports mère-fille en lumière, 2009.
Alain LEFEVRE, Les lesbiennes, une bande de femmes. Réalité ou
mythe ?, 2009.
Richard ABIBON, Les Toiles des rêves. Art, mythes et inconscient,
2009.
Jacy ARDITI-ALAZRAKI, Un certain savoir sur la psychose.
Virginie Woolf, Herman Melville, Vincent van Gogh, 2009. Richard Abibon
Scène Primitive
Une enquête psychanalytique
sur l’origineDu même auteur
De l’ « Autisme », tome I et II, EFEditions.
La bouteille à l’Ancre,
(roman, sous le pseudonyme de Léon Parkeur)
Le rêve de l’analyste, Éditions Le Manuscrit
Les toiles des rêves, Éditions L’Harmattan
© L’Harmattan, 2011
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-296-54734-6
EAN : 9782296547346Introduction
Une amie avait ?crit un texte dans lequel elle relatait ce
’ appelait sa passe, c'est -?-dire une exp?rience tr?s in-
time t?moignant de la fin de son analyse. Quelque chose, que
personnellement, ’ volontiers rattach? ? la sc?ne primi-
tive. Mais peu importe ce que ’ aurais fait, puisque ?a lui
appartient. Je voulais juste souligner le caract?re intime et
personnel de son r?cit. Elle avait un jour d?cid? de ’
bouteille ? la mer, au chef ’ grande ?cole de psychana-
lyse, afin de solliciter sa participation ? un grand colloque. Le
chef lui avait gentiment r?pondu de r?server ce genre de
chose ? son analyste. Elle lui avait vertement r?torqu? ’
se passerait de ses conseils, ce qui avait curieusement fait
changer ’ le grand chef en question.
Mais ’ ?tait l?, le probl?me auquel je ’
moi-m?me heurt? dans quelques ?coles. On ne parle pas de
’ oubliant que Freud avait fond? la psychanalyse avec
?a. Au œ de ’ la sc?ne primitive se r?v?le comme
le plus intime du sujet. ’ se d?voile, le sujet re-
trouve ’ ? son fondement. Une certaine honte semble
entacher encore le contenu de ’ Or, la honte est ce
sentiment m?tin? de culpabilit? qui oblit?re la vie des sujets.
’ faut encore ? r?server ? ’ ? un certain nombre de
domaines, cela ne t?moigne-t-il pas de ce que la honte ne
’ pas ?vacu?e par la bonde plac?e sous le di-
van ? ’ ici possible de la discr?tion ’ -t-elle
pas encore recel aux valets de l’ aux servants du
sympt?me, aux nervis de ’ ?
Et si cet intime ’ pas disponible, sur quoi peut-on ba-
ser la th?orie ? La psychanalyse, une th?orie de
’ ? Pourquoi pas. Et pourquoi faudrait-il baser cette
th?orie, soit, uniquement sur la th?orie d?j? l?, soit, sur
’ des autres, la dite ? clinique ?, sans se rendre compte
7en quoi cette formule est auto-contradictoire : ’ des
autres.
A mon sens Freud a invent? la psychanalyse, non en 1895,
avec les Etudes sur ’ t?rie, mais en 1900, avec
’ des r?ves. ’ dans cet ouvrage ’ se
met en sc?ne lui-m?me, explorant son propre acc?s ?
’ ’ l? o? il pose ce postulat de la m?thode
analytique : elle confie au r?veur le soin ’ ses
propres r?ves. Ce ’ pas un exercice ’ des
r?ves des autres ni de quelque mat?riel que ce soit fourni par
’ ’ ’ et avant tout, la prise de parole du
sujet sur lui-m?me.
’ encore, je reste ?tonn? de ce que cet aspect de
la d?couverte freudienne soit rest? quasiment lettre morte.
Eventuellement, on dit que ’ ce qui se passe en analyse, et
que ’ r?serv? ? ’ se coupant ainsi de toute
’ th?orique qui pourrait en d?couler si on accep-
tait ’ parler publiquement. Car tout analyste peut bien dire
– et Lacan ne ’ est pas priv? - : tout ce que je vous dis l?
est bas? sur ma clinique ; certes, mais en disant cela, on nous
demande un acte de foi. On ’ -l?gitime sans donner aux
autres les pi?ces n?cessaires ? la brillante ?laboration qui fas-
cine les foules. Que dirait-on ’ chimiste ou ’ physicien
qui ’ urait jamais mis les pieds dans un laboratoire ? Bien
s?r, on peut apprendre les sciences dans les livres, mais tant
’ proc?de ainsi, on reste dans le cadre ’ religion : on
croit ? ce ’ lit dans le Livre, quitte ? en faire des ex?-
g?ses ? ’ La science commence lorsque, sans se passer
de ce que les pr?d?cesseurs ont ?crit, on opte pour leur mise
en question non seulement dans le champ litt?raire, mais sur-
tout au laboratoire. Le laboratoire de la psychanalyse, ’ le
divan, ou, plus exactement et pour ne pas ’ dans la
m?taphore mobili?re faisant r?f?rence ? un outil qui ’ pas
essentiel, ’ la parole, pas ’ Et je dis bien : la parole
analytique telle ’ ’ par associations libres,
8adress?e ? quelqu'un qui ?coute en position ’ flot-
tante. Pas le commentaire infini des Ecrits de Lacan et des
ΠCompl?tes de Freud. Ce laboratoire-l?, la parole ainsi
d?finie, voil? ce qui peut nous permettre de valider,
’ ou ’ dans une d?marche qui nous d?-
marque radicalement de la croyance.
Dans son Interpr?tation des r?ves, Freud analyse les r?ves
un par un, se servant de chacun pour une d?monstration pr?-
cise. Mon exp?rience ’ amen? ? ’ que
’ alyse ’ seul r?ve ne suffit pas ? en comprendre le sens,
et ’ seul r?ve, m?me tr?s important, ne saurait r?sumer
tout le sens ’ analyse. Au laboratoire de ’ tout
en restant fid?le ? la m?thode de Freud, je ’ que
chaque r?ve ’ ’ pi?ce ’ puzzle. Dans ses Cinq
psychanalyses, Freud proc?de un peu ainsi, se servant de cer-
tains r?ves comme marches dans ’ g?n?ral des
s?ances, celles-ci apportant non seulement le mat?riel asso-
ciatif n?cessaire ? ’ mais encore bien ’
mat?riaux issus de la vie de ’ N?anmoins, le r?cit
de ’ aux loups tourne autour ’ seul r?ve fonda-
mental, repr?sentant ce qui va nous occuper ici, la sc?ne pri-
mitive. Chez moi, elle ne se d?couvrira que peu ? peu, au fur
et ? mesure de ’ de toute une succession de
r?ves, donnant raison au p?re de la psychanalyse dans sa fi-
nale ?volution : la ? bonne ? interpr?tation importe beaucoup
moins que le processus lui-m?me qui, apportant du nouveau
mat?riel, engendre essentiellement le sujet.
Alors, quid de la dite ? passe ? qui serait cens?e fournir
des enseignements sur la fin de ’ ? Serait-elle r?ser-
v?e seulement ? ? quelques autres ? happy few, qui
’ que ’ presque rien le cercle de ’ ? Et
quid de ’ qui pourrait se frayer un chemin dans une
proc?dure qui ’ que trop souvent pris le sens ’ examen
de passage pour le postulant psychanalyste ?
9En ’ lui-m?me publiquement, Freud ’ don-
n? une r?serve : ne pas entrer dans la sph?re sexuelle. Bien
s?r, il cherchait ? se prot?ger en gardant une zone ’
R?flexe bien naturel que nous comprenons, mais un peu
dommage ’ conna?t la base sexuelle de sa th?orie. La
sexualit? est ? entendre au sens large de la libido, c'est -?-dire
du conflit entre libido du moi et libido ’ et finalement
entre les deux libidos comme pulsion de vie et la pulsion de
mort en laquelle Lacan reconna?tra ? le symbolique en tant
’ est muet ?. Ces deux conflits ’ ’ ? ’
cr?ant des contradictions qui n?cessitent le recours ?
’ .
On cache et on se cache ? soi-m?me ce qui nous fait honte
et nous culpabilise, car en disant cela, nous indiquons
’ de la libido du moi qui, ’ c?d? ? la pul-
sion sexuelle, ne se trouve plus aussi bon, aimable, et v?ri-
table ’ ’ souhait?.
On cache et on se cache ? soi-m?me les efforts que fait la
pulsion de mort pour symboliser des ?v?nements et des objets
non-symbolisables ou difficilement symbolisable. Cette diffi-
cult? de la symbolisation provient de la pulsion de vie qui
’ pas, via la libido du moi, les actes de violence en-
gendr?s par la pulsion de mort. Symboliser consiste ? se faire
une repr?sentation de ce qui se passe dans le monde ext?rieur,
incluant le corps. Une repr?sentation se distingue donc de la
perception en ce ’ peut demeurer ? ’ dans la
m?moire, tandis que les perceptions t?moignent de ce qui
reste ? ’ La perception ’ ’ acc?s ? une repr?-
sentation que si le moi accepte cette derni?re dans son int?-
rieur, ce qui revient ? admettre que cette repr?sentation fasse
partie de ? moi ?. Pour cela, sur le mod?le du manger, il faut
? m?cher ? ’ afin de le d?truire comme tel pour ’
garder ’ figure en deux dimensions : une lettre, sous
forme de son fig? ou ’ Cela revient ? lui ?ter sa troi-
10si?me dimension, caract?ristique de la r?alit? : voil? ce qui
rend digeste la Chose de la r?alit? ext?rieure.
Voil? une contradiction essentielle : pour garder en m?-
moire des choses et des ?v?nements de la r?alit?, le sujet doit
tuer celle-ci comme telle pour ’ accepter que le reflet sous
forme de repr?sentation. Or, dans ces repr?sentations que le
moi a admis en lui se trouvent d?j? des id?aux pour lesquels
il ne ’ pas meurtrier. Ces id?aux ont ?t? inclus de fa-
?on quelque peu forc?e par les parents : pour garder leur
amour, il a bien fallu en passer par le respect des limites
’ imposent. ’ l? o? la sexualit?, la libido sexuelle
’ avec plus ou moins de bonheur et de contradictions
avec la pulsion de mort et la libido du moi. Ainsi en est-il de
’ : pour acc?der ? maman, je dois tuer papa et mes
fr?res et œ Mais ?a ne se fait pas, a dit maman, sinon je
ne ’ plus. Ou, plus radical : sinon, je te coupe le zizi ou,
encore mieux dans ’ de la structure : sinon, tu vas
voir, ton p?re, quand il va rentrer ! Tout cela se complique
dans ’ invers? : ’ aussi papa que je voulais tuer
pour avoir maman pour moi tout seul, et pour avoir papa pour
moi tout seul, il va falloir tuer maman et mes fr?res et œ
’ la n?cessit? incontournable du clivage entre le sujet
(meurtrier) et le moi (ange de bont?).
La difficult? de tout ceci semblerait r?sider dans le mo-
ment ’ de ce clivage. Et pourtant ’ pose pro-
… d?s ’ : plus haut, ’ indiqu? que les id?aux,
qui commandent au tri des repr?sentations pouvant acc?der ?
un statut dans le moi, ont d?j? ?t? inclus auparavant dans ce
dernier. Quand donc a pu se produire le premier tri, c'est -?-
dire la premi?re construction ’ s?paration entre le moi et
le monde ext?rieur ? Entre le sujet et le moi ? Telle est la
probl?matique de la sc?ne primitive.
Je ’ pas ’ que beaucoup de choses aient ?t?
dites sur la sc?ne primitive depuis Freud et son analyse de
11 ’ aux loups. Th?oriquement, si, des flots ’ ont
coul?s. Mais, sans ?tayage sur la pratique, je ne vois pas bien
ce ’ peut ?tablir. Lacan lui-m?me critique cet ouvrage
1paru dans les ann?es 70, Le Verbier de ’ aux loups ,
dans lequel les auteurs fouillent la m?moire linguistique de ce
dernier, extrayant des ?tymologies, des significations qui ne
valent que pour le linguiste, et encore : ’ aux loups,
comme sujet parlant, ’ ?videmment jamais rencontr?
les auteurs. Ces derniers avaient oubli?s que la psychanalyse
promeut la parole du sujet, m?me s’ l f?t int?ressant
’ quelque savoir de tout un pan du vocabulaire et de
la culture.
’ auteurs se sont essay?s au m?me style ’
avec le pr?sident Schreber. ’ du ? miracle de
hurlement ?, dont fait ?tat le malheureux pr?sident de la cour
’ de Dresde dans son autobiographie, par le simple
d?cryptage de son nom, Schrei Bear, ’ qui crie, est certes
intellectuellement ?l?gante, mais psychanalytiquement ? c?t?
de la plaque. Qui ’ moi, maintenant ’ est
mort, de dire que son miracle de hurlement ’ ’
tentative douloureuse de tout simplement se faire en-
tendre ? Ma carri?re ’ donn? ’ de rencontrer une
analysante qui avait aussi d?but? son d?lire par un hurlement
de ce genre, que rien dans son patronyme ne pouvait expli-
quer. Et je ne parle pas de tous les dits-autistes que ’ c?-
toy?s, qui ’ gu?re que cela : le hurlement comme mode

Plus r?cemment, Jean Allouch a commis une tentative de
2ce genre avec Marguerite, ou ’ im?e de Lacan . La m?me
remarque ’ : travail ’ ’ de so-
ciologue, la fouille du pass? de la patiente de Lacan sur trois
1 Le Verbier de ’ aux loups, par Abraham et Torok, Flamma-
rion.
2 Marguerite, ou ’ de Lacan, Jean Allouch, EPEL.
12ou quatre g?n?rations ne saurait se pr?senter comme un tra-
vail de psychanalyste. Elle ’ parle pas, Aim?e : on fait par-
ler les archives ? sa place. Si la mise en sc?ne de ce primitif
’ s?duisante, je ne crois pas ’ puisse lui accorder
ce titre de sc?ne primitive qui, ? mon sens, vaut pour ce que
le sujet concern? peut dire de ce qui est inscrit au plus pro-
fond de lui-m?me, livrant son av?nement au statut de sujet.
Le sujet, ’ celui qui parle, non celui qui est parl? par
les autres.
Je vais donc parler, m?me si ’ par la voie de ’
Car tout ce que ’ ?labor? l?, je ’ pens? avec ’ ’
adresse au public, que ’ plac? ainsi en ce lieu du Grand
Autre conceptualis? par Lacan. Freud avait proc?d? de m?me
pour ce morceau de son analyse personnelle ’ nous a livr?
dans sa Traumdeutung. Voix de ’ expression paradoxale
puisque le second se d?finit de ’ de la premi?re. Sans
doute peut-on y lire – y entendre – la fonction capitale de
l’ ? un autre, primant sur celle du m?dium, voix ou
?criture. Je ’ jamais consid?r? la fin de mon analyse
comme la fin de ’ e. Bien au contraire, elle me permet-
tait de la continuer sans la n?cessit? de cet autre bien pr?cis
’ appelle ’ D?barrass? de cette honte que ’
?voqu?e plus haut, je pouvais adresser ma parole ? ’
qui. Ce dernier, peu importe ’ entende ou pas, ’ int?r?t
?tant ’ ’ je m'entende. Si, de surcro?t, il entend,
’ mieux. Je ’ attends pas moins de toi, lecteur.
Telle est la contribution que je peux porter ? la connais-
sance du public sur ce qui a ?t? appel? la passe par Lacan,
passe ? travers le fantasme, sp?cialement le fantasme de
’ ; passe, t?moignage de cette d?-id?alisation de
’ par laquelle je peux ’ , cet autre, tel ’ est
(?ventuellement sourd) et non tel que je souhaiterais ’ soit
(toujours entendant).
131 Un bien curieux r?ve
Apr?s s?paration ’ les autres… dans les Pyr?n?es (je
… je conduis la voiture par la grande route ’ la
petite ville. Je retournerai la chercher apr?s. Dans la ville,
paum?, je ne sais comment sortir de ce quartier. Finalement,
toujours en voiture, je contourne un p?t? de mai-
sons ; ’ une descente, suivie, apr?s un virage tr?s sec
et ’ petite mont?e derri?re le coin ’ maison. Je ’
plus ’ franchir cette petite rue qui ’ uvre devant moi
pour me retrouver sur la route que ’ l?-haut, ?
’ bout de la rue. Mais celle-ci, tr?s ?troite, est bouch?e
par une voiture stationn?e ? peu pr?s ? mi-pente. A
’ , un type qui fume. ’ un jeune, au nez fortement
busqu?. Il reste cependant un espace tr?s ?troit entre la voi-
ture et le mur de la maison ’ face. ’ de passer
quand m?me en profitant de cet espace, mais la jambe du
jeune homme reste coinc?e dans la roue arri?re du tracteur
(il ’ ? pr?sent que je conduis un tracteur). ’ sa
faute, il ’ avait ’ se bouger ; on roule un moment comme
?a de concert ; on dirait que sa jambe est prise dans la roue
de mon tracteur. ’ peur que ?a ne la lui brise. Finalement,
arriv? sur la route, ’ ? lui d?gager la jambe en lui en-
levant sa basket. Dans le fond de la basket, sur le talon int?-
rieur, il y a comme une de mes dosettes de caf?, tr?s blanche.
Dedans, une poudre blanche : de la drogue, coca?ne ou h?-
ro?ne. ’ me court apr?s pour la r?cup?rer, mais moi,
furax, je veux la jeter dans le foss?.
Le r?veil sonne.
’ quand m?me mis longtemps ? oser me formuler
’ ; un soir, peu apr?s, ’ pu en parler ? ma
153coll?gue et amie Jos?e Amrhein qui avait trouv? vraisem-
blable la dite interpr?tation. Et je dois dire ’ dit ? Jo-
s?e, ’ pleur? un bon moment, mes yeux offrant
’ validation de cette interpr?tation. La parole avait
lib?r? un flot affectif trop longtemps contenu. L?, secou? de
sanglots, avec sur mon ?paule la main rassurante de Jos?e, je
’ peu ? peu, dans ce bruyant silence, ?
’ que je venais de mettre ? jour.
Voici : cette jambe coinc?e dans mon tracteur ’ tout
de suite fait penser ? une sorte de relation homosexuelle ; je
’ aucun go?t homosexuel, alors, quoi ? Oui, ’ la roue
arri?re qui insiste dans le champ de mon souvenir. La jambe,
puis ensuite la basket, me renvoient ? nombre de r?ves faits
auparavant dans lesquels je ’ pas ? ’
m?taphore du membre inf?rieur et de la chaussure pour le
phallus. La crainte que cette jambe se casse ?voquait in?vita-
blement ’ de castration. Par la suite, le d?tachement
de cet accessoire de marche au recel toxique mettait en sc?ne
’ de cette crainte. Je ’ aucune inclinaison
f?tichiste non plus, je ne suis m?me pas collectionneur de
chaussures comme beaucoup de gens qui accumulent des
paires sans se douter le moins du monde des sources
sexuelles de leur passion. Mais, comme tout le monde, je suis
sous ’ de cette m?taphore et ’ bien ?t? oblig? de
’ faire. Pourquoi la jambe, le pied et la chaussure auraient-
ils une aussi forte valeur sexuelle ? Tout simplement parce
que cet ensemble constitue le bord du sexe f?minin. ’ le
dernier rempart de chair avant de tomber dans le vide, constat
que ’ peut faire aussi bien si ’ est homme que femme.
Selon les personnes, ce sera donc plut?t la jambe ’ le
go?t pour les jambes qui ’ finissent pas), le pied, ou la
3 A laquelle je renouvelle mes remerciements pour ’ r?guli?-
rement avec patience, ’ pay?e que de r?ciproque. Pour la m?me
raison, mes vifs remerciements ? Sabine Chagny.
16chaussure, cette derni?re pr?sentant ’ par son aspect
d?tachable, ’ un acc?s ? une repr?sentation de la cas-
tration d?plac?e sur le bord du trou. ’ ’ inven-
tion du talon pour la chaussure f?minine, inconfortable et
in?narrable substitut du phallus. Je ’ jamais eu le moindre
go?t pour les femmes portant des talons. La simple id?e de
leurs difficult?s ? utiliser de tels instruments de torture me
d?tourne de ’ esth?tique apparemment si r?pan-
due. Cependant, ’ du confort de la basket ne ’
jamais ?pargn? la m?taphore de la castration.
’ compris cette histoire de talon lorsque, il y a bien
des ann?es, ’ follement amoureux ’ tr?s belle jeune
fille passionn?e de danse classique. Elle ’ un jour ex-
pliqu? ’ it? de sa passion en ’ le descriptif de
sa croix : le chausson de danse, celui dans lequel on peut faire
des pointes. Eh bien, peu importe le sang qui ’ r?pand sous
’ , disait-elle. De m?me, la torture ’ longue prome-
nade en ville en hauts talons ’ rien pour elle en compa-
raison de ’ ’ -m?me que lui renvoyait son image
rehauss?e de ce p?destre compl?ment. ’ en ’ parlant
ainsi, en op?rant la conjonction entre le talon de la chaussure
de ville et le sang dans le chausson de danse, ’ avait
elle-m?me compris le rapport ’ phallique co?ncidant
avec le sang des r?gles, t?moins ’ castration certes ima-
ginaire, mais aux effets quotidiens. ’ sur le talon
comme sur la pointe construisait ’ faisant vibrer son
corps aux impromptus de la beaut? que lui renvoyaient en
?cho le public, les vitrines des magasins et ’ des
hommes : sur les planches comme sur la sc?ne de la rue, ?tre
le phallus dress?, faute de ’
Dans ma vie, je ’ jamais eu aucun rapport avec les Py-
r?n?es. Je ’ suis jamais all? ou alors ’ suis pass? rapide-
ment. ’ plein de souvenirs dans les Alpes, le Jura, le Mas-
sif C … Mais les Pyr?n?es, rien, nada, que dalle. Alors
’ la formule : il ’ a pas pires a? … mes fr?res.
17Ils sont deux, jumeaux, 11 ans de plus que moi. ’ comme
souvenir ’ ’ fait chier toute mon enfance, ?tant plus
?g?s, plus forts et fortement jaloux de ce que je leur ravissais
de ’ des parents.
Rapide calcul : ils avaient 14 ou 15 ans lorsque ’ 3
ou 4 ans. 14 ou 15 ans, ’ ’ pulsion sexuelle quasi
incontr?lable chez les ados. Alors ’ ceci : ’ ’
ou les deux, ont d? me violer ? ’ de 3 ou 4 ans. ’ cela
qui, dans le village des pires a?n?s, me barre le chemin et
’ ’ la grande route de la vie. Je lui prends
sa basket pour ’ lib?rer, euph?misme pour ? je prends son
pied ?. Autrement dit, il ou je prend(s) mon (son) pied. La
coca?ne ou ’ ’ fait pour ?a ; je ’ ai jamais tou-
ch?, mais la libido est de cet ordre-l?, celui ’ jouissance
ici ?voqu?e en deux temps par les deux m?taphores succes-
sives : la chaussure pour le phallus, la drogue pour la jouis-
sance. Il ’ bien de sa chaussure et de sa drogue : je suis
aux prises avec la jouissance de ’ ce qui explique que
’ sois si furieux. Je lui prends sa chaussure, oui, mais pas
son pied. Cet arrachage forc? d?signe ’ que je fais pour
me d?fendre contre ’ que ce pied pose sur la route de
ma vie. Je ’ prends aucun pied, moi.
La cause semblerait entendue. ’ ?t? victime ’ viol et
mes fr?res, ’ ’ ou les deux sont les coupables.
’ de ’ me laisse quand m?me un doute.
’ lacrymal lors du r?cit fait ? Jos?e suffit-il
vraiment ? accr?diter la chose ? Nous ’ pas encore
?lucid? tous les ?l?ments du r?ve. Attendons donc ’
de toutes les pi?ces ? conviction avant de prononcer le ver-
dict.
Par exemple, qui est donc le jeune homme du r?ve avec ce
nez crochu et fumant, seul dans la voiture ? Il me fait imm?-
diatement penser ? une sc?ne du film Rois et Reine, ’
Desplechin. Isma?l, le personnage jou? par Mathieu Amalric,
chass? de son logement, vit un moment dans sa voiture. Je
18revois une sc?ne dans laquelle il ?coute de la musique ? fond,
noy? dans la fum?e de ses cigarettes, gar? sur un emplace-
ment interdit. Un flic ’ pour lui demander de circu-
… comme dans mon r?ve, quelque part, il g?ne, et la loi
voudrait ’ d?guerpisse. Mes fr?res fument, certes, mais ils
sont deux, et Mathieu Amalric est loin ’ le nez crochu.
Un autre ?l?ment du film me revient aussit?t : dans ce film,
Isma?l est en analyse chez une grosse femme noire que je ne
pouvais ’ ? Solange Falad?, ’ de mes ana-
lystes. Alors, il ’ rien ? voir avec mes fr?res, qui ’
jamais eu un quelconque rapport avec des … ce se-
rait plut?t une figure de moi-m?me. Voil? qui nous com-
plique s?rieusement la t?che. Mais laissons l? pour ’ stant
cette ?nigme, en la d?posant toutefois au compte des doutes
quant ? la r?alit? de ’ Et le nez aquilin ? En ’
actuel de ’ je ne sais quoi en faire.
Autre ?l?ment ?trange : pourquoi ’ appara?t-elle
dans une dosette de caf? ? Comme Freud nous ’
dans un r?ve, tout est signifiant ; rien ’ laiss? au hasard, y
compris le plus petit d?tail, anodin ’
’ me vient assez rapidement. Peu avant ce r?ve,
profitant de ’ ’ voyage, j’ pr?t? mon ap-
partement ? mon fr?re, celui des deux jumeaux restant apr?s
la mort de ’ Le soir de mon d?part, que nous avions
pass?s ensemble ? converser amicalement, il ’ deman-
d? de lui expliquer le fonctionnement de ma nouvelle ma-
chine ? caf?. Or, mon fr?re ’ toujours pr?sent? comme
’ le plus fort, celui qui sait tout, celui qui est respon-
sable, celui qui prend les d?cisions. Ce soir-l?, il avait donc
os? ’ une faille. Revanche minuscule autant que ridi-
cule, je ’ avais pas moins pris mon pied en lui expliquant
avec ravissement ’ des dosettes. Pi?ce ? conviction,
cette fois ? d?poser dans le champ ’ fr?re. Certes, mais
conviction de quoi ? De ce que mon fr?re ?tait impliqu? dans
19une revanche ’ me permettait de mettre en œ sur des
ann?es de domination. Pour ’ rien de plus.
Est-ce suffisant pour expliquer le passage du noir de caf?
au blanc de l’ ? Une nouvelle association ’ que
’ rep?r?e depuis bien longtemps. Adolescent, au mo-
ment de la d?couverte des premiers ?mois sexuels, une hallu-
cination se pr?sentait devant mes yeux de mani?re assez r?gu-
li?re, pendant quelques secondes : une alternance de blanc et
de noir, surfaces sans forme aucune, c'est -?-dire sans la limi-
tation ’ cadre quelconque. Le blanc ’ comme par-
faitement lisse en opposition au caract?re grumeleux du noir.
Quelques 15 ans plus tard, dans mon analyse, je ’ pas eu
trop de peine ? y reconna?tre le blanc de la peau ’
au noir des poils pubiens. ’ il ’ du sexe de
ma m?re. Pas de phallus sur ce corps-l?. Pas de cadre qui
aurait pu faire limite ? la surface. Tout se passe comme si
’ remplac? la diff?rence sexuelle, impensable ? ’
tendre o? ’ d? ?tre soumis ? cette vision, par une diff?-
rence de couleur et de texture. Seule cette fronti?re entre les
poils et la peau avait arr?t? mon regard, rempla?ant la forme
qui, de tout autre objet, aurait organis? le contour. Ainsi ma
m?re ’ invit?e ? mon insu ? cet ?trange proc?s. Que fait-
elle donc l?, dans un r?cit qui apparemment ’ que
mes fr?res et moi ?
Des surfaces sans contours : ainsi apparaissaient cette op-
position de couleur. La fronti?re spatiale entre le noir et le
blanc avait ?t? censur?e par la transposition en une limite
temporelle : pas de noir en m?me temps que le blanc, ce qui
’ ?vitait ’ ? reconna?tre la localisation sexuelle. Sans
doute puis-je aussi faire ’ ’ errance du regard
qui, ne comprenant pas, oscillait du noir au blanc en cher-
chant d?sesp?r?ment un rep?re.
Or, ’ ?tait-ce pas ainsi que ’ les Pyr?n?es
dans mon r?ve ? Je ne voyais que tr?s vaguement des mon-
tagnes, juste un arri?re plan flou, non cadr? par le quelconque
20souvenir ’ montagne pr?cise. En y repensant, je
’ ’ en hiver ’ ’u n assemblage
de noirs et de blancs : rochers et sapins ’ c?t?, neige de
’ Mais ce ’ pas ce que je voyais dans mon r?ve, qui
’ ?tait ’ une tr?s lointaine ?vocation. ’ eurs ’ un
peu perdu, et je cherchais mon chemin, comme si ’
de l’ de mon regard sur le corps de ma m?re se trans-
posait en une errance dans un paysage inconnu. Il y aurait
donc une communaut? de structure entre les apparences topo-
logiques de ’ et du cadre de mon r?ve. Pourtant,
dans ce dernier, les noirs et blancs avaient perdu leur absence
de contour. Ils ?taient au contraire tr?s bien encapsul?s dans
la dosette. Et puis ’ ’ qui resituait ainsi
’ nance, tandis que le r?ve lui-m?me avait vir? le noir au
profit du blanc, sans doute ? cause de sa plus grande proximi-
t? avec ’ absence de rep?re phallique, cette
borne Michelin des contr?es sexuelles.
’ cette communaut? de structure ? En tout
?tat de cause, au moins une liaison entre le viol hypoth?tique
et le sexe f?minin. Une explication se pr?sente aussit?t : ?tre
viol? suppose ’ ?t? mis en position f?minine, ce qui
entra?ne la castration. Si cet acte avait eu lieu, il avait d? en-
tra?ner la r?miniscence ’ perception ant?rieure ’ sexe
f?minin. En fait, ’ ’ pas forc?ment n?cessaire,
puisque ’ ignore le temps. Ainsi se trouverait li?s
de fa?on logique ’ de la dosette dans la basket et ce-
lui de la jambe risquant de casser dans la roue du tracteur.
’ ’ de cette basket qui jouerait le r?le de mise
en relation, en tant que repr?sentation de la castration. Mais
o? donc avais-je pu prendre que la f?minit? est ?quivalente ?
la castration ?
Et pourquoi encapsuler une surface sans contour dans une
dosette ? Cela pouvait traduire le d?sir de donner bord et fi-
gure ? cette mati?re volatile et informe de fa?on ? ’
telle un sniff de coke ou une tasse de caf? : la mettre ?
21 ’ du corps, comme on dit ?com-prendre ?, c'est -?-
dire prendre avec soi en lui donnant une limite, celle des
bords de mon corps. Le fait ’ trouv? une drogue
comme m?taphore indique bien en quoi le sexe ’ ?
la toxicomanie. Du fait de cette perception de d?part ? sans
limite ?, le d?sir de la limiter ’ trouve insatiable. Pour ten-
ter ’ parvenir n?anmoins, il fallait trouver une surface qui
se referme sur elle-m?me, telle ’ du corps ’
comme totalit? close prot?geant du monde ext?rieur. De
m?me, les r?seaux ferm?s des sons (signifiants, repr?senta-
tions de mots) et des lettres (signifi?s, repr?sentations de
choses) ne ’ entre eux que sur le mod?le de ’
du corps, ? moins que ce ne soit ’
Reprenons ces ?l?ments en tentant une nouvelle organisa-
tion. Les Pyr?n?es de mon r?ve sont une surface sans con-
tour, ’ aucun moment je ne me pr?occupe des limites
de ’ dans lequel ’ Et pourtant, si cette pr?oc-
cupation est consciemment absente, elle est topologiquement
pr?sente. Si on reprend le r?cit que ’ fait de mon parcours
dans cette petite ville, je suis parti de la grande route pour
finalement y revenir. Une notation du d?but du r?cit implique
d?j? cette id?e de retour : Je retournerai la chercher apr?s.
’ sous-jacente ?tait que je devais poser la voiture dans
ce village pour y revenir ensuite la chercher. La suite d?-
montre dans ’ ce que cette incise myst?rieuse suppo-
sait dans le temps : une boucle. Il ’ de revenir ? un en-
droit o? ’ ?tait d?j? pass?, pour venir y …
quoi ? La voiture, comme m?taphore du corps et, aussi bien,
m?tonymie du phallus, un souvenir oubli? comme rem?mora-
tion de ’ m?me ’ ce corps avait surgit.
Or, je ne fais pas que poser cette intention de revenir. Mon
p?riple un peu d?sorient? dans cette ville se pose lui-m?me
comme une boucle. Je fais donc ?tat de cette pr?occupa-
tion : revenir l? ’ ’ parti, fermer un bord l? o?, vrai-
semblablement, ?a manquait. Autrement dit, transformer une
22inscription, trace de perceptions anciennes non ferm?e, non
4reli?e aux autres (les signes de perception de Freud ), en une
?criture, produisant du sens par sa mise en relation avec
toutes les autres (une lettre, repr?sentation de chose de
Freud). Qu'est -ce qui emp?chait cette fermeture ? Une voiture
bloquant le passage, c'est -?-dire un autre corps, peut-?tre ce-
lui de mon fr?re. Une jambe bloqu?e dans la roue arri?re,
risquant de casser, c'est -?-dire un phallus menac? de castra-
tion. Si je suis tant pr?occup? par sa jambe, ’ bien ’
doit ’ aussi de la mienne. Passer en force comme ’
tent? de le faire, dans un passage sans doute trop ?troit, met-
tant en jeu roue arri?re, jambe et pied, noir et blanc, peut d?s
lors ?tre entendu comme un rapport sexuel se produisant avec
quelque violence, avec pour cons?quence possible, ma castra-
tion.
Or, qu'est -ce que la dosette, en elle-m?me ? Un emballage,
c'est -?-dire une surface ferm?e. ’ aussi le passage de t?-
moin ? mon fr?re, au moment o? je lui pr?tais mon apparte-
ment. Gr?ce ? cette passation, ce qui ?tait rest? ouvert depuis
des ann?es peut se refermer. Je reviens en un endroit doulou-
reux de ma m?moire, mais cette fois en position de force par
rapport ? mon fr?re. La dosette ’ pas seulement le signe
’ ?change. ’ la marque ’ revanche, ’ passage
du passif ? ’ et de dessous ? dessus ’ ’ ’ rela-
tion sexuelle. ?a emballe donc tout ce ’ viol pouvait
avoir laiss? comme trace ’ ?a suture. Mais ?a
emballe aussi tout ? fait autre chose que le viol suppos?. ?a la vision archa?que du sexe maternel. Mais l?, le der-
nier r?flexe reste celui ’ rejet.
La dosette redouble donc le p?riple en forme de boucle.
Dans les deux cas, ?a enferme, dans les deux cas ’ li? ?
une violence. Au passage en force du bouclage succ?de la
4Au-del? du principe de plaisir, Payot p. 53. GW, XIII, p13.
23poursuite accompagn?e de col?re et de cris. A ’ de
la basket se substitue son rejet dans le foss?.
Le passage du passif ? ’ se r?f?re ? ’ qui jette
au loin (fort) un objet afin de se donner ’ ’ avoir une
position symboliquement active dans les d?parts de sa m?re.
Il ne fait pas que jeter au loin : comme dans mon r?ve, il fait
revenir ’ ? son lieu de d?part, op?rant un bouclage ? sa
5mani?re. ’ ’ ram?ne l? (da) , ’ ?videmment pas
sa m?re, mais un symbole de celle-ci avec, en corollaire, une
illusion de moi qui ma?trise, soit, tout simplement un
moi : une figure ferm?e qui se s?pare du monde ext?rieur
r?sum? ? la pr?sence-absence de la m?re. Si elle part, je
reste : son absence ne me d?truit pas. Ici, ’ jet?, la
chaussure, est une m?taphore du phallus, en tant ’ con-
tient ’ noir et blanc, c'est -?-dire ’ ab-
sence-pr?sence : cette vision archa?que du sexe maternel res-
t?e inscrite ? ’ de trace incompr?hensible dans la m?-
moire, trace qui ne pouvait trouver de contour. ’ -
pr?sence du phallus sur le corps de la m?re refl?te ’ -de la m?re ? mes c?t?s. Le bouclage a donc consist?,
au moment o? je parviens au terme de mon p?riple dans ce
village des Pyr?n?es, en une codification de ’ en
termes de castration : la jambe risque de casser et pour d?blo-
quer la situation, il faut admettre de se s?parer de quelque
chose, la chaussure, contenant de cette trace, premier t?moin
archa?que... ’ absence de t?moin.
Il reste un ?l?ment dont je ’ pas encore discut?. Pour-
quoi la voiture que je conduis se transforme-t-elle en tracteur
au moment du passage difficile ? Mon p?re ?tait ing?nieur
agronome et de surcroit directeur des services agricoles du
d?partement de la Haute-Loire. ’ tr?s fier ’ un
papa directeur. Dans son bureau tr?naient deux tracteurs mi-
niatures offerts par les constructeurs. Ce ’ pas des
5 Voir note 18 p. 153
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