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Scolarité et troubles du comportement

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Troubles du comportement : des mots lourds de sens qui stigmatisent durablement les élèves ainsi désignés. Souffrant de troubles psychiques avérés, ils sont engagés dans un processus handicapant reconnu par la loi qui, désormais, privilégie un accueil en milieu ordinaire à une scolarité en établissement spécialisé. L’ensemble de la communauté éducative se sent désemparée et ne sait plus comment agir avec ces élèves qui semblent voués à l’échec.

Les auteurs associent leurs compétences respectives – médicales et pédagogiques – pour proposer des solutions concrètes aux enseignants des premier et second degrés, aux éducateurs et à l’ensemble des professionnels qui ont en charge d’accueillir des enfants ou des adolescents souffrant de troubles du comportement.


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Scolarité et troubles
du comportement

Des solutions pour enseigner

 

Alain Krotenberg

Éric Lambert

 

 

Présentation : Troubles du comportement : des mots lourds de sens qui stigmatisent durablement les élèves ainsi désignés. Souffrant de troubles psychiques avérés, ils sont engagés dans un processus handicapant reconnu par la loi qui, désormais, privilégie un accueil en milieu ordinaire à une scolarité en établissement spécialisé. L’ensemble de la communauté éducative se sent désemparée et ne sait plus comment agir avec ces élèves qui semblent voués à l’échec.
Les auteurs associent leurs compétences respectives – médicales et pédagogiques – pour proposer des solutions concrètes aux enseignants des premier et second degrés, aux éducateurs et à l’ensemble des professionnels qui ont en charge d’accueillir des enfants ou des adolescents souffrant de troubles du comportement.

Auteurs : Alain Krotenberg, pédopsychiatre, est médecin chef dans le secteur médico social. Déjà auteur de plusieurs ouvrages, il a aussi été thérapeute  d’enfants et d’adolescents souffrant de troubles du comportement au sein d’un Institut Thérapeutique Éducatif et Pédagogique.
Éric Lambert est enseignant spécialisé, maître formateur. Il a consacré l’essentiel de sa carrière à la prise en charge d’adolescents  en très grande difficulté. Il travaille aux côtés d’élèves souffrant de troubles du comportement pour lesquels il a élaboré différents outils pédagogiques afin de faciliter leur parcours de scolarité.

 

 

 

La numérisation de cet ouvrage a reçu le soutien du CNL

 

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Et de la région Languedoc Roussillon

 

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Introduction

Les problèmes de comportement regroupent un ensemble de conduites perturbatrices : la désobéissance répétée, la provocation, le vol, le mensonge, l’agressivité verbale et physique. On peut ajouter à cette énumération peu engageante : la menace, les bagarres répétées, la fraude et la falsification, le refus d’aller à l’école, l’attrait pour la vie nocturne, le désordre systématique, la brutalité et les intimidations diverses. Ces troubles du comportement peuvent aller vers des troubles des conduites.

Kévin, âgé de 11 ans, refuse systématiquement tout ce que l’adulte peut lui demander et les justifications portent toujours sur des explications pseudo-rationnelles. « Pourquoi ranger les chaussures ? Je dois les remettre demain. Et puis là-bas, elles sèchent pas bien ! » ; ou encore : « Nadir va me les prendre parce qu’il a des chaussures usées...  Pourquoi aller me coucher ? Quelle idée d’aller en classe demain ! »... Toutes les obligations sont renvoyées vers un registre négatif et l’ensemble des adultes qui l’ont en charge se sentent totalement démunis.

À l’âge de 5 ans, Kévin mordait ses camarades dans les bras ou dans le dos ou encore dans les joues. Ce comportement a été observé jusqu’à l’âge de 9 ans. Dès qu’une obligation lui était adressée, il menaçait son entourage : « J’étais bien jusque là, c’est X ou Y qui m’a provoqué, je vous l’avais dit que ça ne se passerait pas comme ça ! »

En classe, outre un retard scolaire évalué à deux ans, il présentait un sérieux problème de concentration. Son attention n’a jamais dépassé une demi-heure. Il bénéficiait d’un QI performance évalué à 110.

La famille de Kévin avait peu de relations avec son environnement. Le père exerçait la profession de chauffeur routier, la mère faisait des ménages. Le couple mettait en œuvre des principes éducatifs très différents : la tolérance de la mère à l’égard de certains comportements du jeune, notamment à l’occasion de scènes d’agressivité et de violence, poussait le père à endosser le rôle de celui qui doit punir, le rôle du méchant. La mère, elle, était la « gentille », celle qui comprend et qui aime son fils. Cette situation crée un climat familial fait d’oppositions et de conflits dans lequel s’engouffrait Kévin pour manipuler ses parents et pour se mettre hors d’atteinte face à d’éventuelles remarques et obligations.

Aujourd’hui, Kévin n’a pas de camarades. Il est de temps en temps instrumentalisé par des pairs qui le poussent à commettre des esclandres en classe ou dans la cour de récréation. Ses troubles du comportement en font un jeune rejeté socialement, même s’il peut susciter auprès de quelques jeunes un mélange de rejet et de fascination devant l’audace dont il fait preuve en s’opposant.

Malgré le bénéfice de cette position ambiguë, Kévin a une faible estime de soi, il doute sans cesse de lui, ce qui alimente et amplifie ses troubles.

Au travers de l’évocation du cas de Kévin, nous découvrons quelques unes des nombreuses difficultés que rencontrent les jeunes souffrant de troubles du comportement : conflit au sein de sa propre famille, échec scolaire, rejet social, faible estime de soi. Nous nous représentons également à quel point l’ensemble de la communauté éducative peut se sentir impuissante à trouver des solutions pour un enfant qui semble déterminé à rejeter toutes les aides qu’on lui propose.

Pour autant le processus handicapant des troubles du comportement est aujourd’hui admis et de nombreux jeunes concernés, comme désormais tout autre enfant handicapé, pourront être scolarisés en milieu ordinaire. C’est ainsi que de nombreux enseignants voient surgir dans leur classe cette nouvelle population qui bouscule leurs habitudes, provoque leur autorité et appelle de nouvelles approches.

Ce livre s’adresse surtout à ces professionnels mais également aux éducateurs et à tous ceux qui s’occupent de ces enfants et adolescents que l’on appelle parfois un peu trop vite difficiles. Il se donne pour ambition d’une part de les aider à mieux comprendre ce que sont les troubles du comportement, mais aussi de mieux cerner le cadre de la scolarisation de ces enfants et adolescents et de leur proposer des approches pédagogiques différentes.

première partie

Comprendre pour aider

chapitre i

Troubles du comportement :

avant de définir, élargir le champ

de la réflexion

Dans le chapitre II de cette première partie, nous tenterons de définir avec précision ce que l’on entend par « enfant ou  adolescent souffrant de troubles du comportement ». L’expression désigne en effet des troubles différents parmi lesquels nous apprendrons à distinguer :

– le trouble des conduites ;

– la délinquance ;

– le trouble oppositionnel avec provocation ;

– les troubles associés tels que les déficits de l’attention, l’hyperactivité ;

– les troubles anxieux et dépressifs ;

– les troubles de l’alimentation ;

– la consommation de drogues ;

– la déficience intellectuelle qui parfois accompagne l’ensemble de ces troubles.

Ces troubles ont des conséquences et entraînent :

– des difficultés identitaires ;

– des difficultés d’apprentissage ;

– des difficultés d’ordre social et familial.

Mais au préalable, il convient de répondre à un certain nombre de questions, indissociables de notre réflexion : l’adolescence est-elle un facteur aggravant ? Quel est le mode de fonctionnement et de pensée de ces enfants ? Quelle distinction doit-on faire entre violence et agressivité ?... Inévitablement, ces interrogations se posent à toutes celles et ceux qui ont en charge ces enfants et adolescents dont le comportement nous semble parfois si déroutant. Les réponses que nous proposons visent d’une part à baliser le cadre de notre réflexion et d’autre part, à permettre à chacun de dépasser les représentations que l’on a pu se construire au regard de cette problématique qui éveille en nous tant de désarroi.

Bref historique

Nous n’effectuerons pas une analyse historique du vocable utilisé allant par exemple de « jeunes qui font peur » à « caractériels », de « troubles du caractère et du comportement » à, plus récemment, « troubles du comportement et de la personnalité ». Ces comportements ont fait l’objet de descriptions précises et détaillées dans les travaux de psychopathologie de l’enfant en 1888 dans un ouvrage intitulé La Folie chez les enfants, de Paul Moreau de Tours, cité par Jean E. Dumas dans Psychopathologie de l’enfant :

« Nous avons tous connu de ces enfants qui font le désespoir de leurs parents par leur indocilité, l’emportement de leurs petites passions, l’inertie ou la violence qu’ils opposent à toute discipline, dont on a toutes les peines du monde à faire fléchir la volonté par des punitions ou des récompenses, dont on peut faire des hypocrites mais qui au fond ne se corrigent jamais. »

Pour constater les évolutions, nous étudierons un document élaboré par un institut médico-psycho-pédagogique de la Somme. Cet établissement n’est pas une maison de redressement, mais un internat pédagogique spécialisé, qui s’adresse aux enfants inadaptés, soit pour des raisons tenant à l’enfant lui-même, soit pour des raisons sociales, et dont l’avenir paraît compromis au point de vue professionnel et moral.

Ce document, qui date de 1949, a été envoyé à des écoles et à divers partenaires de l’éducation des jeunes de l’époque pour « recruter » des « clients » pour cet établissement qui a ouvert en octobre de la même année.

Voici ce qui y est écrit :

Un établissement réservé aux garçons inadaptés en milieu normal et âgés de 8 à 13 ans, s’ouvrira en octobre 1949 à Péronne.

Avez-vous, parmi les enfants dont vous vous occupez, des cas entrant dans une ou plusieurs des catégories suivantes sans toutefois présenter un retard intellectuel supérieur à deux ans au-dessous de 10 ans d’âge réel et à trois ans au-dessus de 10 ans ?

1. Enfants ayant une attitude anormale en classe :

A) Instables : agités, ne profitant pas de la classe ;

B) Paresseux : ne s’intéressant à rien, même s’ils en ont les moyens ;

C) Indisciplinés : fortes têtes, brutaux, coléreux ;

2. Enfants ayant des défauts ou vices :

A) Mensonges : inutiles, nuisibles à autrui ;

B) Vols : chapardages répétés, vols caractérisés ;

C) Cruauté : envers les animaux, les camarades ;

D) Perversion sexuelle : actes ou paroles ;

E) Amoralité : avec vantardise ;

F) Actes impulsifs et dangereux ;

G) Passivité totale.

3. Enfants contaminés par le milieu social :

A) Enfants abandonnés ;

B) Éducation activement mauvaise de la part des responsables ;

C) Mauvaises fréquentations ;

D) Enfants maltraités, mal nourris, foyer dissocié, situation irrégulière.

Veuillez adresser vos propositions au directeur de l’Institut médico-psycho-pédagogique de … (Somme) qui vous fournira tous les renseignements utiles en vue de l’admission. »

Dans cette approche, l’enfant n’est pas le fruit de relations plus ou moins complexes avec l’environnement familial et social, mais il est décrit comme s’il s’était créé lui-même. Nous constatons que l’institution scolaire a une place prépondérante dans l’approche des symptômes des jeunes.

La stabilité ou la constance, le travail, la discipline sont des « vertus cardinales » et les écarts vis-à-vis de ces normes, associés à d’autres critères souvent moraux, favorisent une catégorisation. Outre des critères d’âge, apparaissent en filigrane des critères psycho-techniques associés à des conceptions morales. L’enfant est désigné comme présentant des « vices », des « défauts de fabrication » qu’il s’agira bien sûr de transformer, voire de réparer.

Le milieu social est considéré comme un foyer d’infection qui contamine le jeune et le rend malade. La justification est toute trouvée : il faut le retirer de son milieu pour le soigner, mais peut-être aussi pour le protéger. La liste des critères énoncés dans ce document sont aussi le reflet des normes sociales d’une époque et celles exprimées voilà un demi-siècle. Les normes ont évolué aussi en raison de la modification des seuils de tolérance.

À ce jour, nous ne disposons pas de définition « scientifique » du trouble du comportement parce qu’ils sont directement liés au contexte social et culturel. Tout symptôme observé ou tout diagnostic est à renvoyer aux normes sociales et à leurs évolutions. Pour autant, nous constatons à travers quelques statistiques relatives à la criminalité que les troubles sont en augmentation dans la plupart des pays industrialisés. La rationalisation croissante de nos sociétés, loin de rétrécir le champ de la violence ne contribue-t-elle pas plutôt à en accroître les effets ?

Comprendre la pensée de l’enfant ou de l’adolescent

Comment ces enfants pensent lorsqu’ils sont confrontés à ce qu’ils croient être une menace  qui les amènent non pas à réfléchir, à mettre des mots, à donner un sens, mais à passer à l’acte ?

Face à un danger, il y a finalement deux grandes réactions possibles : soit affronter, c’est à dire se battre, ou s’enfuir. Il est vrai que l’on peut aussi rester immobile dans un premier temps dans un état quasi stuporeux.

La pensée primaire

Tous les processus de pensée qui sont activés par les menaces s’appellent pensées primaires. Il s’agit d’un type de pensée qui se produit au stade le plus précoce du traitement de l’information puis ensuite chez l’enfant quand celui-ci pense en termes de bien ou de mal. Cela rejoint finalement les bons et les méchants dans les jeux d’enfants que nous avons tous connus… mais aussi dans certains westerns ou films de série B.

Ce type de pensée se rapproche de ce que Freud avait appelé « processus primaires », c’est à dire une forme de pensée qui opère en grande partie de manière inconsciente et qu’on peut retrouver évidemment dans les rêves mais également dans nos lapsus au quotidien.

Ainsi, cette pensée primaire est une pensée égocentrique, peu objective qui peut être intéressante et satisfaisante dans des situations de danger (des situations de vie et de mort) mais qui se retrouve totalement sans aucun sens dans le fonctionnement de la vie quotidienne où l’on doit résoudre un certain nombre de problèmes modernes.

Si je fonctionne avec ce mode de pensée primaire, il me sera très difficile de mettre du sens et du raisonnement pour comprendre à la fois ce que je suis, mon comportement et le comportement des autres. J’aurais donc tendance à faire des interprétations erronées, fausses et décalées de ce que je pense de moi et des autres ! Tel élève qui a de mauvaises notes par exemple pensera que c’est le professeur qui ne l’aime pas et comme il ne l’aime pas, il ne peut pas lui mettre autre chose que des mauvaises notes.

Dans ce mode de pensée primaire, ces enfants ont tendance à se focaliser sur une seule cause comme si les autres n’existaient pas. Cette cause étant « l’autre m’en veut, je dois donc me protéger et me venger ». On a donc toujours l’impression que le but est toujours la protection de soi, de son estime de soi alors que l’on a montré clairement que cela sert seulement à maquiller, à déguiser et non à éliminer le sentiment d’être inférieur, d’être mauvais ou d’être nul.

Confronté à des situations en présence de plusieurs variables, certains jeunes développent des stratégies de contournement, soit en modifiant l’une ou l’autre variable par des interprétations rapides soit encore en ritualisant leurs discours et leurs comportements. L’exemple ci-contre illustre notre propos : « Monsieur, je regarde la télé même si ce n’est pas l’heure. D’autres la regardent aussi et ma maîtresse a dit que c’est important et que ça me rendra intelligent ». D’autres jeunes confrontés à la même situation ont un discours analogue, mais qu’ils vont accompagner de rituels comme celui qui consiste à tourner et à retourner sa chaise de telle façon qu’il soit ou adossé ou faisant face au dossier. Ces rituels veulent certainement accompagner l’intérêt porté à l’activité. Nous rappelons aussi que les jeunes présentant des troubles du comportement sont souvent porteurs de rituels, à défaut d’observer certaines règles dictées par les contraintes sociales. Ces rituels interviennent comme des mécanismes de défense contre l’angoisse.

La pensée magique

Le jeune Jean-Pierre était très triste et déprimé à l’idée que ses parents allaient divorcer. Une photo de ses parents l’accompagnait et quand la tristesse l’envahissait, il sortait la photographie pour interdire à ses parents de divorcer tout en leur parlant et en leur attribuant des sentiments positifs.

Ce mode de pensée s’apparente à la pensée magique qui se substitue à une pensée plus rationnelle. Nous avons constaté à maintes reprises que le mode de pensée intuitif et sans raisonnement participe à des replis défensifs face à des conflits relationnels et/ou des tensions affectives. Le travestissement de la réalité semble nécessaire pour éviter la souffrance, tout en reproduisant les mêmes comportements pour affronter toutes les situations.