Se faire violence

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La violence… beaucoup l'infligent, plus nombreux sont ceux qui la subissent. Des chercheurs l'étudient aussi, mais elle est souvent un "objet" qui ne les implique pas. Les quatre anthropologues qui livrent ici leurs expériences de la violence se sont immergés dans leurs terrains. Non sans conséquences sur l'analyse des situations, sur leurs relations avec les enquêtés. Déstabilisés jusque dans leur vie personnelle, des années plus tard, ils se rencontrent pour mettre en commun leur vécu...

Publié le : dimanche 1 septembre 2013
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EAN13 : 9782336321325
Nombre de pages : 192
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978-2-336-00026-8
Se faire violence
analyses des coulisses de la recherche
©
ISBN 978-2-336-00026-8 ISSN 1763-1742
[2013]  48 rue Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie 75004 Paris
LES AUTEURS
Annie Benvenisteenseignante-chercheure à l’Université est Paris8 (circeft). Elle a publié plusieurs ouvrages et articles. Parmi les dernières parutions : « Nouvelles expressions du religieux : entre localisme et transnationalisme »,inBourqia (dir.), R. Territoires, localité et globalité. Faits et effets de la mondialisation, volume 2, L’Harmattan, 2012.
Judith Hayemest enseignante-chercheure en anthropologie à l’Université Lille 1 (Clersé-cnrs). Elle a publiéLa figure ouvrière en Afrique du Sud,ifas; « From May 2008 to 2011 :-Karthala, 2008 Xenophobic Violence and National Subjectivity in South Africa », Journal of Southern African Studies, n° 39 :1, 2013.
Giacomo Loperfido, anthropologue, est Mellon Foundation Fellow à l’Université du Western Cape (Center for Humanities Research). Il a publié « The Dragon’s eggs. Identity, time, and the politics of violence among neo-fascist young militants. Italy, late 70’s »,Theory, Culture, and Society, 2013 (à paraître).
Aude Rabaud estenseignante-chercheure en sociologie et anthropologie à l’Université Paris Diderot (urmis). Elle a publié « “Montré-caché”; de l’ethnicité, de la “race” et du sexe dans l’animation socioculturelle »,Raison présente, n° 178, 2011; « L’arrangement des origines » (avec E. Palomares)inC. Cossée, E. Lada & I. Rigoni (dir.),Faire figure d’étranger : regards croisés sur la production de l’altérité, Armand Colin, 2004.
sOmmaire
Préface.................................................................................7............ Par la voie des émotions Pascaldibie
intrOductiOn....................................................................................... 11 anniebenveniste
chaPitre1............................................................................................. 31 L’emprise du terrain Retour sur les non-dits d’une expérience éprouvante auderabaud
chaPitre2............................................................................................. 79 Du point de vue de l’ennemi Négociation de l’accès au terrain dans un milieu néofasciste GiacOmOlOPerfidO
chaPitre1193 ....................................................................................... Glissement amoureux et glissement politique dans le face-à-face avec la xénophobie Judithhayem
chaPitre4...........................................................................................157 Rencontres à Soweto : déplacement de la violence, déplacement de l’objet de recherche anniebenveniste
ParlavOiedesémOtiOns
Anthropologue, sociologue, ethnologue, postier, agent du gaz, simple voisin, mère de famille, enfants, adolescents, nous avons tous expérimenté la violence d’un ou de plusieurs lieux, d’une ou plusieurs personnes, sans l’avoir cherché bien entendu – quoi que la chose reste à débattre… Voilà quatre chercheurs, trois femmes et un homme, qui reviennent sur la réalité de leurs terrains, non pas tant sur le choix scienti-fique que sur l’aventure éminemment personnelle que leur a fait subir ce terrain. Parti pour une chose, pris/prises dans la temporalité du terrain, ils nous reviennent avec autre chose ou plutôt avec quelque chose en plus que l’une d’entre eux nomme les « péripéties relationnelles ». Revenir et ne pas en revenir, c’est déjà là un après-terrain sur lequel tout chercheurdoitrééchir.Autrementdit,ilfautprendreencompte l’« avant » et l’« après » si l’on veut analyser tous les ressorts du terrain. La question se complique quand il y a
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violence réelle à l’encontre du chercheur; quand il se trouvedans une situation de violence non seulement annoncée lors de l’« avant », mais concrètement rencontrée sur le terrain et qui viendra forcément entacher l’« après ». Nous voilà pris par « la voie des émotions » dont on ne peut plus se dépêtrer avant longtemps… d’où ce petit groupe de réflexion autour de « l’objet violence lui-même » rencontré sur des terrains géographiquement différents mais qui se ressemblent à bien des égards. Penser qu’aujourd’hui, un chercheur qui s’installe en ban-lieue de Bordeaux dans le but de « voisiner » pour mieux rentrer dans la temporalité des Autres, demande presque de l’héroïsme, est pour le moins une nouveauté. Partie au sein d’un programme sur Ville et hospitalité pour travailler sur les « pratiques de sociabilité des habitants », la chercheuse s’ins-talle, comme tout ethnologue consciencieux, à « la meilleure plus mauvaise place » : un premier étage au-dessus de l’entrée de l’immeuble… et la violence du terrain l’atteint jusqu’à l’in-quiéter, voire la perturber profondément et par là, pense-t-elle, perturber son travail. N’oublions pas que la violence s’invente sur une accumulation de « petits riens » qui finissent par s’imposer comme des poids insupportables que d’aucuns nomment à bon escient des « émotions ritournelles ». En fait, c’est la recherche, nos recherches, qui sont questionnées par ces irruptions intempestives de violence qu’on ne peut plus nier ou tenir à distance, quel que soit le terrain. Bien sûr, il nous paraît plus logique que pour le chercheur italien s’embarquant dans un travail sur le « spontanéisme armé » et ses tenants néofascistes à Rome, la prise de risque soit posée avant même de débuter le terrain, « enquêteur et enquêté tendent à se considérer l’un et l’autre comme porteur d’un danger ». Idem pour la chercheusepartie travailler sur « le rôle de l’école dans la transformation des rapports sociaux »
à Soweto, ou cette autre venue enquêter sur les effets des émeutes xénophobes de mai 2008 dans lestownshipsautour de Johannesburg. Dans ce face-à-face avec le racisme et la xénophobie, elles ne pouvaient que se trouver confrontées à des archétypesévoquant la violence et la déségrégation, qu’à chaque pas le terrain confirmait. Et maintenant, a-t-on envie de se demander après la lecture de ces quatre approches passionnées et passionnantes de ces « terrains à violences »? Il ne reste plus qu’à s’interroger bien entendu sur la construction sociale de la colère, mais plus encore, et c’est en cela que cet ouvrage est courageux et novateur, sur les « émotions » des chercheurs dont il ne fait aucun doute que, replacées dans leurs contextes, avant que d’être un jour « historicisées », comme une matière autant sociale qu’intime et personnelle, elles interviennent en tant qu’élément dynamique majeur et respectable de la constructiondelarechercheelle-même. Pascal Dibie
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