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Sexe et stéréotypes dans les médias

De
309 pages
Voici une analyse de la présence et de la représentation des femmes et des hommes dans les médias : quels sont les stéréotypes véhiculés par les médias ? Sont-ils sexués ou sexistes ? Comment définir et contrôler la beauté, la laideur, la minceur, le mauvais goût, la violence, l'injure, le fétichisme, l'érotisme, le porno-chic ? Les médias imposent-ils des modèles de beauté et des types de comportement ? Nier le caractère indispensable et ambivalent des stéréotypes ne risque-t-il pas de conduire à la négation du corps, à sa privatisation et donc à la négation de la liberté ?
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Sexe et stéréotypes dans les médias

Communication et Civilisation Collection dirigée par Nicolas Pelissier
La collection Communication et Civilisation, créée en septembre 1996, s'est donné un double objectif. D'une part, promouvoir des recherches originales menées sur l'information et la communication en France, en publiant notamment les travaux de jeunes chercheurs dont les découvertes gagnent à connaître une diffusion plus large. D'autre part, valoriser les études portant sur l'internationalisation de la communication et ses interactions avec les cultures locales. Information et communication sont ici envisagées dans leur acception la plus large, celle qui motive le statut d'interdiscipline des sciences qui les étudient. Que l'on se réfère à l'anthropologie, aux technosciences, à la philosophie ou à l'histoire, il s'agit de révéler la très grande diversité de l'approche communicationnelle des phénomènes humains. Cependant, ni l'information, ni la communication ne doivent être envisagées comme des objets autonomes et autosuffisants.

Dernières parutions P. RASSE, e. MASONI LACROIX, J. ARASZKIEWIEZ (dir.), Réseaux d'innovation. Enjeux de la communication au sein d'une technopole, Le cas Sophia Antipolis, 2008. e. LAVILLE, L. LEVENEUR, A. ROUGER (dir.), Construire son parcours de thèse. Manuel réflexif et pratique, 2008. e. LACROIX, N. PELISSIER (dir.) Les Intermittents du spectacle, de la culture aux médias, 2008. Arlette BOUZON et Vincent MEYER (dir.), La Communication des organisations. Entre recherche et action, 2008. Annabelle KLEIN (dir.), Objectif Blogs! Explorations dynamiques de la blogosphère, 2007. Yannick ESTIENNE et Erik NEVEU, Le journalisme après Internet, 2007. Eric DACHEUX, Communiquer l'utopie, 2007. Joëlle Le MAREC, Publics et musées, la confiance éprouvée, 2007. Stéphane OLIVESI, Footnotes, une socioanalyse de communication par le bas... de page, 2007.

Stéphane Hoebeke

Sexe et stéréotypes dans les médias

L'Harmattan

@ L'Harmattan, 2008 5-7, rue de l'Ecole polytechnique;

75005

Paris

http://www.!ibrairieharmattan.com di ffusion.harmattan@;wanadoo.fr harmattan l@wanadoo.fr ISBN: 978-2-296-06661-8 EAN : 97822960666] 8

«La Femme aura Gomorrhe et l'Homme aura Sodome Et se jetant de loin un regard irrité Les deux sexes mourront chacun de son côté» (Alfred de Vigny)

A Liesbeth, Jennifer et Jonathan

Publicité La City (2001)

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INTRODUCTION
« Les Etats prennent toutes les mesures appropriées pour modifier les schémas et modèles de comportement socioculturel de I 'homme et de la femme en vue de parvenir à l'élimination des préjugés et des pratiques coutumières, ou de tout autre type, qui sont fondés sur l'idée de l'irifériorité ou de la supériorité de l'un ou l'autre sexe ou d'un rôle stéréotypé des hommes et des femmes» (Art. 5, point a de la convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes, adoptée par l'assemblée générale de l'ONU le 18 décembre 1979). Il faut « promouvoir une image équilibrée et non stéréotypée des femmes dans les médias» et, «dans la mesure où le respect de la liberté d'expression le permet », diffuser « une image équilibrée des femmes et des jeunes filles et de leurs rôles multiples» (Objectif stratégique de Pékin, 1995).

Le combat n'est pas connu du grand public. Il se discute surtout dans quelques cercles d'initiés. Et pourtant, ce combat intéresse tout le monde. Il se trame depuis près de 30 ans, s'invite insidieusement dans les discours, se dissimule dans les films, les programmes de télévision ou la publicité et se répand inconsciemment dans nos esprits. Ce combat, c'est la lutte contre les stéréotypes sexistes dans les médias. Mais quoi? Pourquoi un livre sur cette lutte dont personne ne devrait contester la légitimité puisque l'égalité entre l'homme et la femme est un droit fondamental et puisque le sexisme, en tant que négation de cette égalité, est un acte condamnable en soi? Sans doute parce que le combat n'est pas aussi évident qu'il n'y paraît, que ce soit au niveau de ses principes ou de ses conséquences.

D'abord, il manque cruellement une définition précise de ce que recouvrent les stéréotypes sexistes. Parmi toutes les représentations médiatiques, il importe de vérifier lesquelles sont réellement illégales, sachant que, par hypothèse, nous sommes dans le domaine des médias, de la médiatisation, dont les modèles, les causes et les effets sont multiples. Ensuite, le combat ne se limite pas aux stéréotypes sexistes mais aborde toute la problématique des représentations sociales ou culturelles et déborde sur des objectifs de promotion d'une image équilibrée ou d'une représentation nuancée de la femme (et de l'homme), sans que ces concepts flous ne soient, à leur tour, définis. Cette absence de clarté sur l'objet et ce glissement au niveau des objectifs créent le doute quant à la légitimité d'une lutte qui pourrait, si l'on n'y prend garde, conduire à une nouvelle guerre de tranchées entre les sexes, à une guerre sainte du bien contre le mal, ou plutôt du bon contre le mauvais, du beau contre le laid, avec quelques apprentis sorciers en guides éclairés d'une société fatiguée dont le réveil pourrait être douloureux, notamment au regard d'une liberté d'expression malmenée. Pour cette dernière, le danger est double, puisqu'il porte à la fois sur la liberté d'expression de celui qui communique (auteur, créateur, artiste, journaliste, réalisateur, producteur) et sur la liberté d'expression de celui qui reçoit un message (public, spectateur, destinataire de la communication). L'égalité des sexes est un droit fondamental mais elle ne doit pas être dévoyée par des interprétations abusives des diverses représentations humaines. Attention au tête-à-queue démocratique, à la sortie de route, qui affecterait de manière définitive la liberté d'aller et venir, d'aimer et de choisir, de ne pas aimer et d'admirer, de montrer et de ne pas regarder, de séduire ou d'être séduit. Car la lutte au niveau des stéréotypes médiatiques se prête à toutes les dénonciations, de la juste cause pour condamner la violence dont les femmes subissent les conséquences scandaleuses, aux querelles puritaines contre la nudité ramenée consubstantiellement à de l'obscénité. Sous couvert d'une condamnation de la violence et de l'inégalité, certains en viennent à fustiger la moindre représentation de la femme et de son corps, au nom d'une vision viciée du monde. 10

Les exemples de ce dérapage sont nombreux. Ils jalonneront ce livre. Ils se retrouvent dans des critiques féroces du monde de la publicité, des vidéoclips, de la téléréalité, des séries télévisées, des journaux télévisés ou des dessins animés. En 2006, Florence Montreynaud, présidente de La Meute, association française contre la publicité sexiste, se déclare choquée par la vision de tous ces «corps parfaits» de mannequins qui montrent leurs longues jambes sur les abribus, laissant les femmes ordinaires face à leurs «corps imparfaits, marqués par la vie, fatigués par la journée ». D'autres accusent la publicité de faire du porno-chic, accusation-choc qui a été adressée à toute une série d'annonceurs comme Dior, Vuitton, Dolce & Gabbana, Dim, Les Galeries Lafayette, Sloggi ou La City. En mars 2007, en pleine campagne pour les élections présidentielles en France, deux affiches publicitaires pour la marque de lingerie Triumph montrant une femme en sous-vêtements, avec les slogans « Enfin une candidature bien soutenue! » ou «Avec moi, pas d'abstention! », suscitent une action véhémente de La Meute sous le slogan «Le choix des (b)urnes ». Dans le cadre d'une étude publiée par l'Université de Liège en 2007 sur l'intégration des stéréotypes sexistes chez les jeunes, une enfant du primaire se dit choquée par la nudité dans les publicités pour les produits de beauté, en exprimant les mots: «c'est dégoûtant» ou «c'est sale» (p. 36); l'étude précise que «sans préjuger de l'influence éventuelle des discours parentaux, force est de constater que ces enfants, garçons y compris, ont manifesté leur désarroi par rapport à ces images que beaucoup d'adultes jugent par ailleurs assez innocentes ». La même étude critique des séries télévisées comme Plus belle la vie ou Les experts Manhattan, des vidéoclips de RnB, des émissions de téléréalité comme la Star Academy, des dessins animés comme les Simpson ou Bob l'éponge, tous des programmes qui s'inscriraient dans un univers explicite ou implicite marqué par la domination des hommes et la soumission des femmes. Il

En janvier 2008, la publication d'une photo de Simone de Beauvoir nue (de dos), en couverture d'un numéro spécial du Nouvel Observateur consacré au centenaire de la naissance de la philosophe, provoque les réactions de différentes associations féministes comme les Chiennes de garde, Choisir la cause des femmes ou sos sexisme, qui accusent le magazine de machisme, de voyeurisme et de sexisme. Dans cette folle sarabande, cette danse macabre, certains mélangent, en toute innocence, par ignorance ou dans le but de nuire, tout à la fois le corps, la beauté, la séduction, le nu, le sexe, l'érotisme, la pornographie, l'injure et la violence. La réaction de cette enfant anonyme, perdue dans la marée d'une étude scientifique, interpelle et prend à la gorge: que penser de ses représentations mentales, nécessairement conditionnées par son environnement familial, scolaire et social? Une réaction qui me renvoie à une publicité télévisée superbe pour Evian, diffusée en 1998, où l'on voyait des bébés nus nager dans un ballet aquatique. Ce spot fit l'objet d'une recommandation de « vigilance» du BVP en France qui demanda qu'il ne soit pas «fait de plan sur les sexes des bébés»... C'est aussi pour cette enfant que je voudrais écrire ce livre. Pour l'aider à apprendre à être soi et à être avec les autres, à comprendre les relations humaines et les représentations médiatiques; pour lui donner confiance, lui épargner les peurs, les hontes, les gênes. Car vivre est un art compliqué et l'être humain n'a pas besoin d'intégrisme et de puritanisme, notamment à l'égard des représentations médiatiques, pour se développer et s'assumer dans la société. Si les médias peuvent menacer cet apprentissage (via des films ou des jeux-vidéos ultra-violents, par exemple), ils peuvent aussi et surtout contribuer à cet apprentissage, à condition que soit développée la capacité de conscience et de résistance de chaque personne, notamment à l'égard des stéréotypes. Les médias peuvent aider à comprendre les gestes et les mots, à poser des actes, à imposer sa personnalité, par référence à des expériences vécues ou inventées, à des histoires, à des symboles, à des images. Les médias 12

sont d'abord des instruments de socialisation et d'individualisation, avant de constituer des éléments de désocialisation ou de désarroi. Par ce livre, je veux combattre avec force une vision négativiste du sexe, compris ici à la fois comme geme distinguant I'homme et la femme, comme partie du corps ou organe anatomique reproducteur et comme synonyme de relation sexuelle; je veux écarter toute conception qui aurait tendance à dénaturer l'amour ou la séduction, toute doctrine qui associerait par principe le sexe au mal, au péché, à la violence, au viol: il y a d'autres modèles à donner à nos enfants pour qu'ils vivent une vie libre, pleinement épanouie, dans une société qui garantit la sécurité et l'intégrité de chacun.

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Couverture du Nouvel Observateur (janv. 2008)

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1 LE STÉRÉOTYPISME, DOMINATION LE SEXISME ET LA MASCULINE

Les exemples cités en introduction témoignent d'un modèle de société que certains voudraient voir instaurer, et qui est à l'opposé du modèle chèrement payé de la société moderne, démocratique, respectueuse des droits humains, ouverte et tolérante. Une vision du monde sans clin d'œil, sans second degré, sans intelligence, sans art, sans imagination, sans métaphore, sans folie, sans transgression. Une vision sectaire, sécuritaire, qui confond sexe et sexisme. Une vision totalitaire, totalisante, qui oppose égalité et nudité, dignité et érotisme, sécurité et pornographie, pose et posture, au nom d'un postulat que je chercherai à démonter: le postulat d'une représentation médiatique gangrénée par la domination masculine et son cortège de stéréotypes sexistes; une domination qui réduirait la femme à l'état de chose, d'outil de (re)production, d'objet sexuel soumis à la violence même symbolique de I'homme; une société patriarcale réduisant la femme à l'état d'être inférieur et restreignant ses fonctions sociales; une domination masculine qui dicterait sa loi immuable à travers le temps et les structures sociales et mentales. Parfois nourri de conceptions socialisantes, collectivistes voire marxistes, ce postulat fait en même temps le procès du capitalisme et de la mondialisation, d'une société individualiste globalisée, où tout s'achète et tout se vend, y compris le corps des femmes. C'est tout le postulat du stéréotypisme mais c'est aussi son paradoxe fondamental: il critique les médias pour leurs représentations stéréotypées, non nuancées, non équilibrées des femmes (et des hommes), mais il procède à une critique elle-même stéréotypée, non nuancée, non équilibrée des programmes, des histoires ou des personnages, dans le but de démontrer « les preuves des mécanismes qui institutionnalisent le sexisme dans les médias » et « le rôle aggravant des médias dans la discrimination envers les

femmes »1. L'impossibilité pour toute personne d'appréhender le réel sans actionner elle-même un certain nombre de stéréotypes est un constat inéluctable auquel je ne peux pas davantage prétendre échapper, mais elle est poussée ici à son paroxysme. Le terrain est dangereux parce que le combat contre les stéréotypes sexistes, initié par un certain discours féministe et répercuté partiellement par le discours politique, par le discours scientifique (essentiellement sociologique) et même par l'autorégulation, est celui de la représentation médiatique de I'homme et de la femme et, par conséquent, celui de la représentation mentale de I'homme et de la femme. Or, cette question essentielle n'est pas du tout analysée en profondeur par les pourfendeurs des stéréotypes, comme s'il était évident que les représentations médiatiques étaient et sont stéréotypées, reproduisant toutes et identiquement le modèle de la domination masculine et de la soumission de la femme. Comme s'il était définitivement acquis que ces représentations médiatiques étaient et sont intégrées de manière quasi-mécanique dans les représentations mentales de chacun, accréditant ainsi la thèse qui confère aux médias une puissance quasi-illimitée de persuasion et de manipulation du public. Et comme s'il était évident, enfin, que ces représentations mentales entraînent des types de comportements négatifs (comme la perte de confiance en soi ou l'augmentation du recours à la violence) dont on chercherait dès lors à obtenir la modification ou l'éradication. Mais que les choses soient claires dès le début de ce livre. En employant le néologisme stéréotypisme, je n'entends pas accuser de manière rigide tout qui pointerait l'existence de stéréotypes dans les médias et tout qui combattrait le sexisme. Ma thèse n'accuse pas des personnes mais un mode de lecture des médias qui voit le sexisme et le stéréotype de la domination masculine partout, au départ d'une méconnaissance de ce qu'est un stéréotype et d'une confusion majeure entre stéréotype sexiste et stéréotype sexué. En me référant au stéréotypisme, je dénonce une définition abusive du sexisme, qui étend cette notion au-delà de ce qu'une société démocratique peut raisonnablement sanctionner. En matière de 16

représentation médiatique, le sexisme doit être défini dans un Etat de droit non pas par référence à une notion évasive de domination masculine mais par référence à des messages qui constituent réellement et volontairement une incitation à la discrimination, à la haine ou à la violence sexuelle, une atteinte à la dignité humaine ou une injure en raison du sexe de la victime. Parallèlement, je n'entends pas considérer qu'il n'y aurait qu'un féminisme et que le féminisme serait le seul à se tromper dans ses combats. Mes critiques s'adressent tout autant au masculinisme à la Alain Soral ou Eric Zemmour, à tous ces précieux ridicules nostalgiques d'un monde révolu, d'une vision patriarcale où l'homme -le père - aurait tous les droits et la femme, une triple inclination en fonction de son statut d'épouse, de maîtresse et de prostituée. Cette vision est celle de l'inégalité, une inégalité «qui était le moteur traditionnel du désir », selon Eric Zemmour2. Une vision qui dénie aux femmes le génie créatif ou la conscience politique3. Le féminisme est multiple; il a ses chapelles comme toute idéologie. Il yale féminisme historique, le féminisme antibourgeois, le féminisme de la libération sexuelle, le féminisme lesbien, le féminisme radical contemporain à l'égard de la représentation médiatique des femmes et le féminisme pragmatique. Le féminisme que je condamne ici est ce féminisme radical contemporain qui confond sexe et sexisme, femme libérée et femme liberticide; un féminisme qui, loin d'un combat pour une vraie libération de la femme, s'empêtre dans une logique de classe, de caste, de séparation, l'œil rivé sur toute exposition de la nudité conçue comme réduisant la femme (toutes les femmes) à l'état d'objet et abandonnant la femme (toutes les femmes) à la violence du mâle. Un féminisme qui fait clairement fausse route4 et qui s'est éloigné du combat historique salutaire des femmes pour une égalité plus réelle, plus concrète, au-delà de sa simple consécration théorique dans un texte de loi. Un féminisme qui oublie que le combat pour une vraie égalité doit être mené par les femmes et par les hommes, pour les femmes et pour les hommes. L'égalité, la liberté, la dignité, la sécurité et l'intégrité n'ont pas de sexe. Poussé 17

aux limites que je dénoncerai, ce féminisme radical est une négation de la réalité, une perversion de lecture des faits. Il est aux femmes, ce que le sexisme est au sexe: une déformation, une manipulation. Non pas une ouverture à l'autre (en ce compris l'autre sexe) mais une fermeture, une intolérance, un rejet. Derrière le stéréotypisme, il y a une tentation d'écrire et de réécrire 1'histoire de 1'humanité pour montrer que la femme a toujours et partout été sous le joug de l'homme, ce qui est une chose impossible à démontrer. La science (histoire, sociologie, psychologie, éthologie, médecine) ne peut pas tout expliquer depuis l'origine du monde et des êtres humains et il ne lui appartient pas de dire ou de décrire ce qui n'est pas démontrable. Cela étant et sans tomber dans le piège dénoncé, on peut affirmer qu'en Europe, si la domination masculine n'a pas été présente partout de la même manière et si l'inégalité a pu affecter les hommes eux-mêmes à des degrés divers, la domination du sexe masculin sur le sexe féminin a été, trop souvent, la norme sociale. L'assujettissement des femmes a connu de trop nombreuses justifications coutumières, religieuses, politiques, philosophiques, psychologiques, scientifiques, médicales, qui visaient soit à protéger la société (des hommes) contre les femmes, soit à protéger celles-ci contre les dangers réels ou supposés de la société. La protestation contre cet assujettissement n'a pas toujours été très vive mais elle est néanmoins ancienne, avec notamment Aristophane et son Assemblée desfemmes, au 5e siècle avant JésusChrist. Pour Saint Jean Chrysostome (349-407 après J-C) : « Quelle joie y a-t-il pour l'époux quand il vit avec son épouse comme avec une esclave et non comme avec une femme libre? ». Pour Cornelius Agrippa, «Agissant contre tout droit, violant impunément l'égalité naturelle, la tyrannie de l 'homme a privé la femme de la liberté qu'elle reçoit en naissant» (Déclaration de la Noblesse et de l'Excellence du Sexe féminin, 1529). Poulain de la Barre, disciple de Descartes, est partisan d'une égalité totale (De l'égalité des deux sexes, 1673), comme plus tard Voltaire ou Diderot (Sur les femmes, 1772). En 1772, Madame d'Epinay prône l'égalité des sexes en
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pointant le fait que c'est davantage « la condition qu'on a assignée aux femmes dans la société» et donc l'éducation qui expliquent le rôle inférieur de la femme. Thèse que Simone de Beauvoir reformulera dans Le deuxième sexe. Pour Victor Hugo, « Une moitié de l'espèce humaine est hors de l'égalité, il faut l'y faire rentrer: donner pour contrepoids au droit de l 'homme le droit de la femme». Pour Stendhal, «L'admission des femmes à l'égalité parfaite serait la marque la plus sûre de la civilisation, et elle doublerait les forces intellectuelles du genre humain ». John Stuart Mill, considéré comme un des fondateurs du féminisme, écrit en 1869, à une époque où des pétitions étaient adressées pour le droit de vote des femmes, que l'égalité parfaite des deux sexes est la condition du progrès de la société (L'asservissement des femmes). Il combat l'idée que la naissance puisse justifier un quelconque privilège, ou, réciproquement, une incapacité à agir. Pour Mill, «il n 'y a pas d'esclave dont l'esclavage aille aussi loin que celui de la femme» et « l'état normal de la société, c'est l'égalité ».

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2 LES DROITS A L'ÉGALITE, LA DIGNITÉ, LA LIBERTÉ, LA SÉCURITÉ ET L'INTÉGRITÉ

Principes
Le postulat de la domination masculine semble oublier que la société moderne, occidentale en tout cas, a inscrit des droits humains fondamentaux dans ses textes fondateurs depuis 1789, dont l'égalité de I'homme et de la femme. En droit, ici et maintenant, il n'y a pas de place pour la domination d'un sexe sur l'autre. Tous les êtres humains, hommes et femmes, naissent libres et égaux en dignité et en droit. Chacun peut se prévaloir du droit à la vie, du droit à la sécurité, du droit à l'intégrité physique, du droit d'aller et venir, du droit à la liberté d'expression ou du droit à la liberté d'association, sans distinction ni discrimination, notamment de sexe. L'égalité de l'homme et de la femme est une condition décisive à la fois pour le développement d'une société et pour l'épanouissement individuel. Elle est une source du bonheur collectif et individuel. C'est l'idéal de l'être humain libre, libéré de la crainte et de l'oppression, libéré de Dieu et du monarque absolu. C'est l'idéal des Lumières et des Nations unies, consacré dans les Constitutions nationales ou encore dans les traités fondateurs de l'Union européenne ou du Conseil de l'Europe. C'est le règne de la dignité inhérente à tous les membres de la famille humaine, la consécration de droits inaliénables, imprescriptibles, naturels, consubstantiels à l'individu de par sa simple naissance, sans aucune discrimination de quelque nature que ce soit. Des droits mais aussi des obligations, puisque la liberté d'une personne s'arrête où commence celle de l'autre. Et, dans un tel idéal, la condamnation de la violence est une des règles essentielles de la vie en société.

La Déclaration française des Droits de ['homme et du citoyen du 26 août 1789
Préambule: «Les Représentants du Peuple Français, constitués en Assemblée Nationale, considérant que l'ignorance, l'oubli ou le mépris des droits de l'Homme sont les seules causes des malheurs publics et de la corruption des Gouvernements, ont résolu d'exposer, dans une Déclaration solennelle, les droits naturels, inaliénables et sacrés de l'Homme, afin que cette Déclaration, constamment présente à tous les Membres du corps social, leur rappelle sans cesse leurs droits et leurs devoirs; afin que leurs actes du pouvoir législatif, et ceux du pouvoir exécutif, pouvant être à chaque instant comparés avec le but de toute institution politique, en soient plus respectés; afin que les réclamations des citoyens, fondées désormais sur des principes simples et incontestables, tournent toujours au maintien de la Constitution et au bonheur de tous. En conséquence, l'Assemblée Nationale reconnaît et déclare, en présence et sous les auspices de l'Etre suprême, les droits suivants de l'Homme et du Citoyen.» Article 1er: «Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l'utilité commune ».

La Charte des Nations unies du 26juin 1945
Préambule: «Nous, peuples des Nations unies, résolus (...) à proclamer à nouveau notre foi dans les droits fondamentaux de l 'homme, dans la dignité et la valeur de la personne humaine, dans l'égalité de droits des hommes et des femmes (...) ».

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L'article 55 vise «le respect universel et effectif des droits de I 'homme et des libertés fondamentales pour tous, sans distinction de race, de sexe, de langue ou de religion ».

La Déclaration universelle des droits de ['homme du 10 décembre 1948
Article 1 : « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité» 5.

Des droits de ['Homme aux droits humains
La confusion entre le genre grammatical de la langue française et le caractère sexué des êtres a fait couler beaucoup d'encre. Considérer par exemple que, d'un point de vue grammatical, le genre masculin l'emporte sur le genre féminin, est un code de langage et non une consécration de la domination de I'homme sur la femme. Cet amalgame entre langue et sexe se retrouve dans la critique de l'expression « droits de I 'Homme », notion qui exclurait les femmes du bénéfice des droits fondamentaux et qu'une tendance de plus en plus lourde pousse à remplacer par «droits humains ». Mais lorsqu'en 1789, on parle de droits de l'homme, la volonté était-elle d'éliminer les femmes, à tout le moins au niveau des principes formels? La Déclaration française des droits de I'homme et du citoyen, et, plus tard, la Constitution ou la Convention européenne des droits de l'homme, se réfèrent explicitement à des notions génériques comme «toute personne », « quiconque », « individu », prouvant par là le caractère non sexué de la reconnaissance des principes. Les textes fondateurs visent l'homme et la femme en tant qu'êtres humains, membres de la société, et non en tant qu'êtres sexués.

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En français, le mot «homme» ne définit pas uniquement la personne de sexe masculin, l'être humain mâle; il désigne tout individu, quel que soit son sexe. Il est synonyme d'humanité, d'espèce humaine en général. C'est même la première définition du mot tiré du latin « homo », francisé au xe siècle (le latin connaissait aussi le mot « vir» pour désigner plus précisément la personne de sexe masculin). On parle dès lors de l'homme des cavernes, de l'homme de Néandertal, de l'homme de Cro-Magnon, de l'homo sapiens. Cette particularité de la langue française partagée par l'italien «diretti dell 'uomo », ne se retrouve pas dans d'autres langues: pour viser les «droits de l'homme », l'anglais utilise les mots «human rights»; l'allemand «Menschenrechte»; Ie néerlandais « rechten van de mens» ou « mensenrechten »; l'espagnol « derechos humanos ». Le mot «femme» désigne, quant à lui, l'être humain de sexe féminin, défini par ses caractères sexuels, qui lui permettent de concevoir et de mettre au monde des enfants. Il vient du latin «femina », femme, femelle, francisé au xe siècle. Mais si les dictionnaires peuvent être révélateurs de stéréotypes, conscients ou inconscients, leur lecture est également sujette à stéréotypes. Certaines féministes se sont offusquées de ces différences de définitions où I'homme est qualifié en tant que représentant de l'humanité, et la femme réduite à ses capacités reproductrices. Mais on pourrait facilement rétorquer que ces définitions sont aussi discriminantes pour l'homme qui n'étant d'abord compris que comme le genre humain globalisé, l'espèce humaine en général, asexué, avant d'être appréhendé comme le représentant du sexe masculin, serait par conséquent nié dans son sexe propre... On pourrait ajouter que le masculin est le genre neutre (celui du « il faut» ou du «il y a»); que le mot «sous-homme» n'a pas d'équivalent féminin ou encore qu'on ne parle que de «langue maternelle », d'école «maternelle », de «mère-patrie» ou de bande-mère.. .

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Arrêtons-là le jeu de massacre des interprétations grotesques. La notion d'homme-humanité ne signifie pas que la femme, par opposition et exclusion, serait synonyme d'humanité inférieure, de déshumanité ou de pur objet soumis. La femme n'est pas un soushomme, un être humain bafoué dans sa qualité et sa dignité de personne humaine, privée de ses libertés ou empêchée de s'épanouir. D'évidence, la femme ne se réduit pas à ses caractéristiques biologiques: elle est aussi et d'abord un être humain, membre de l'espèce humaine; elle est un Homme.

Egalité formelle et égalité réelle
L'idéal des Lumières et des Nations unies est un idéal politique, philosophique et un idéal juridique, contraignant. Il ne peut s'interpréter comme une simple utopie et il doit donc être concrétisé dans la réalité légale et quotidienne de chaque citoyen. Mais entre l'affirmation de principes irréductibles, d'une part, et la loi ou la pratique à l'échelle nationale ou planétaire, d'autre part, des nuances, pour ne pas dire des gouftfes, ont malheureusement dû être constatés, principalement mais pas exclusivement en termes de discriminations à l'égard des femmes. Souvent, derrière les principes généraux garantissant les droits fondamentaux, se sont maintenus ou se maintiennent encore, dans une incroyable contradiction, des lois particulières contredisant l'égalité ou la liberté des femmes. Ce fut vrai en France et en Belgique avec le devoir d'obéissance de la femme à son mari, inscrit dans le code civil de Napoléon de 1804; l'absence de droit de vote ou de droit de succession pour les femmes; le mariage forcé... Cette contradiction explique, par exemple, qu'en 1791, une femme, Olympe de Gouges, ait rédigé la «Déclaration des droits de la femme» en réaction à la Déclaration tfançaise des droits de l'homme et du citoyen de 1789. Elle mourra décapitée deux ans plus tard. Si le patriarcat s'est éteint en France en 1789 au niveau des principes, il faudra près de deux siècles pour que ses dernières braises lâchent leur dernier soufflé.
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Certaines décisions de justice n'ont pas évité le piège des interprétations partisanes: le Il novembre 1889, par exemple, la Cour de cassation belge jugea qu'une femme ne pouvait devenir

avocate - alors qu'aucune loi spécifique ne contenait pareille interdiction professionnelle - en déduisant de l'esprit de la
législation, inspirée du droit romain, que «la profession d'avocat constitue un office viril, dont l'exercice est interdit aux femmes ». Les motivations invoquées par l'avocat général à l'appui de cette interdiction méritent le détour: il invoque non pas une quelconque « incapacité» des femmes mais «leur mission sociale différente» (en clair leur assignation providentielle à l'état d'épouse et de mère) et les « exigences particulières de leur sexe» : « il ne sied pas à une femme, soucieuse de sa pudeur, d'entrer dans les réunions d'hommes », dans les emplois publics, dans les luttes publiques. Certaines habitudes, individuelles ou collectives, certaines coutumes, traditions, religions ou cultures ont constitué et constituent encore autant de freins au plein exercice de l'égalité et de la liberté. Elles montrent toute la difficulté de concilier liberté formelle et liberté réelle, une conciliation qui n'est pas encore totalement acquise dans toute une série de pays ou de traditions et qui explique la frustration et la révolte des femmes. Mais

juridiquement, les Etats - et, à travers eux, les gouvernants, les
parlementaires et les juges - sont tenus de donner à l'égalité homme-femme une efficacité et une effectivité réelles. Ils doivent promouvoir le respect universel, égal et effectif des droits. C'est d'abord une exigence morale liée à la condition humaine. C'est ensuite une nécessité pour assurer la paix, le développement, le progrès, le bien-être, la justice. C'est enfin une exigence pour protéger les enfants qui sont, fondamentalement, le seul véritable avenir de l'humanité et qui ont fait l'objet d'une convention spécifique adoptée sous l'égide des Nations unies le 20 novembre 1989. C'est dans ce cadre que s'inscrivent les différents actes politiques ou juridiques adoptés afin de lutter contre les stéréotypes médiatiques et de promouvoir l'image de la femme. 26

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LES TEXTES DE LA LUTTE CONTRE LES STÉRÉOTYPES MÉDIATIQUES La lutte au niveau international
Je prendrai comme document de base de la lutte contre les stéréotypes sexistes dans les médias, les résolutions de la quatrième conférence mondiale sur les femmes qui a eu lieu à Pékin du 4 au 14 septembre 1995. Sous l'égide de l'Organisation des Nations unies, cette conférence constitua et constitue encore aujourd'hui un acte politique majeur, traduit dans la plupart des pays. La conférence combat avec force les inégalités faites aux femmes, que ce soit au niveau social (la pauvreté notamment), politique (le peu de représentation des femmes dans les instances de pouvoir), économique ou, plus généralement, sous l'angle du respect des droits fondamentaux de la personne (telle la violence faite aux femmes notamment dans la « chaleur» du foyer ou lors des conflits armés). Un des points d'action de la conférence concerne la lutte contre la propagation de stéréotypes sexistes dans les médias. Le doute s'installe cependant sur l'objet précis de ce combat. D'abord, parce que le texte ne donne pas de définition précise des stéréotypes, laissant le champ libre à toutes les inévitables querelles d'interprétation. Ensuite, parce que le texte vise non seulement à mettre un terme à la « diffusion d'images négatives et dégradantes de la femme» mais aussi à combattre les programmes qui renforcent les rôles traditionnels des femmes et à promouvoir « une image ou une représentation équilibrée, nuancée, diverse, non stéréotypée» des femmes et « de leurs rôles multiples », une image «qui tienne compte des besoins et des préoccupations des femmes >/. La conférence de Pékin a toutefois le mérite et la lucidité de rappeler que cette lutte doit se faire « dans le respect de la liberté d'expression ». Nous sommes là au cœur du présent livre.

Les résolutions de Pékin n'évitent pas le piège dans lequel la société pourrait tomber si elle se laisse déborder par le sujet: en combattant les stéréotypes médiatiques, il est en effet hasardeux de croire que l'on puisse aboutir à l'éradication de tout stéréotype dans l'espace médiatique et que ce combat puisse être lui-même exempt de tout stéréotype. L'exemple le plus déterminant est constitué par la mesure suivante: «produire et/ou diffuser des documents audiovisuels sur les femmes qui occupent des postes de direction, en les présentant comme des responsables qui apportent aux fonctions qu'elles exercent l'expérience des rôles multiples qu'elles jouent, notamment mais pas exclusivement, en conciliant responsabilités professionnelles et responsabilités familiales comme mères, cadres administratives ou chefs d'entreprise, notamment en vue d'inciter lesjeunes femmes à suivre leur exemple» 8. Or, c'est précisément cette habitude qu'ont les médias de faire référence aux responsabilités privées d'une femme qui est considérée par d'aucuns comme le summum du stéréotype sexiste, le reproche étant alors fait au média de ne pas pouvoir communiquer sur une femme qui «réussit» sans passer sous silence ses éventuelles responsabilités familiales comme mère ou comme épouse et la compatibilité de ces responsabilités avec une carrière professionnelle. Reproche explicite ou implicite que l'on a pu faire aux médias portant leur attention sur des femmes politiques comme Edith Cresson, Ségolène Royal, Joëlle Milquet ou Angela Merkel, sur des sportives comme Amélie Mauresmo ou Justine Henin ou sur des chanteuses comme Madonna ou Britney Spears. Avant Pékin, l'importante convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes (CEDAW), adoptée par l'assemblée générale de l'ONU le 18 décembre 1979, a prévu que «les Etats prennent toutes les mesures appropriées pour modifier les schémas et modèles de comportement socioculturel de I 'homme et de la femme en vue de parvenir à l'élimination des préjugés et des pratiques coutumières, ou de tout autre type, qui sont fondés sur l'idée de l'infériorité ou de la 28

supériorité de l'un ou l'autre sexe ou d'un rôle stéréotypé des hommes et des femmes» (Art. 5, a). Aujourd'hui, la lutte contre les stéréotypes sexistes dans les médias est assurée concrètement, au niveau de l'ONU, par le Comité pour l'élimination de la discrimination à l'égard des femmes, par Womanwatch (réseau inter-agences sur les femmes et l'égalité des genres) et par l'UNESCO. L'Union européenne a également fait de cette lutte un des axes de sa politique, en créant notamment un Institut européen pour l'égalité entre les femmes et les hommes et en adoptant un plan d'action destiné à éliminer les stéréotypes sexistes (appelés aussi stéréotypes de genre). La résolution du 5 octobre 1995 concernant le traitement de l'image des femmes et des hommes dans la publicité et les médias dispose que les «stéréotypes liés au sexe dans la publicité et dans les médias constituent un des facteurs des inégalités qui influencent les attitudes envers l'égalité entre femmes et hommes»; «la publicité et les médias peuvent apporter une contribution importante au changement des attitudes dans la société en reflétant la diversité des rôles et des potentialités des femmes et des hommes, leur participation à tous les aspects de la vie sociale, ainsi que le partage plus équilibré des responsabilités familiales, professionnelles et sociales entre femmes et hommes ». La résolution invite «les Etats à promouvoir une image diversifiée et réaliste des possibilités et aptitudes des femmes et des hommes dans la société »9. Le 3 septembre 2008, une résolution du Parlement européen sur l'impact du marketing et de la publicité sur l'égalité des genres, souligne la nécessité d'éliminer les stéréotypes de genre tout en invitant à procéder à des études sur leurs effets au regard du principe d'égalité. Au niveau du Conseil de l'Europe, une recommandation du 21 février 1990 encourage entre autres « l'utilisation d'un langage exempt de sexisme dans les médias ». Une recommandation du 24 avril 2002 sur l'image des femmes dans les médias regrette les « représentations sexistes et stéréotypées des femmes» et demande aux Etats d'introduire dans leur législation la notion de sexisme et 29

de la condamner dans la même mesure que le racisme. Enfin, la résolution du 6 juin 2006 intitulée «Réaliser l'égalité entre les femmes et les hommes: un défi pour les droits de la personne humaine et une condition préalable au développement économique », contient un point s'adressant aux médias sous un titre « Protection des femmes contre la violence », qui leur demande notamment de «représenter les femmes et les hommes d'une façon équilibrée et non stéréotypée, en respectant pleinement leur dignité humaine» (point D, 3, c).

La lutte en France
Un plan d'action intergouvernemental relatif à l'égalité entre les femmes et les hommes, lancé en mars 2000, pointe les « représentations des femmes véhiculées par certains médias » et le décalage entre les stéréotypes à l' œuvre dans les médias et la pluralité des rôles et fonctions exercées par les femmes dans la société. Le 8 mars 2004, la Charte de l'égalité entre les hommes et les femmes est remise au Président de la République. Un chapitre est consacré à la publicité et à des représentations de femmes considérées comme humiliantes et dégradantes, attentatoires à la dignité humaine ou incitant à la violence contre les femmes: «La diffusion de telles images met à mal les efforts engagés en vue de promouvoir une égalité effective entre les sexes, ainsi que les actions menées par les pouvoirs publics, en collaboration avec le secteur associatif en faveur d'une politique de prévention et de traitement des violences faites aux femmes» (p. 141). La loi du 30 décembre 2004 qui sanctionne le délit de provocation à la discrimination, à la haine ou à la violence à l'égard d'une personne en raison de son sexe ou de son orientation sexuelle, de même que la diffamation ou l'injure en raison du sexe, a créé la Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l'Egalité (HALDE).
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