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Sexualité et psychothérapie corporelle

De
296 pages
"Prétendre atteindre l'inconscient au travers de pratiques corporelles : impensable ! Développer une empathie avec le patient : impensable ! Le toucher parfois pour l'aider à percevoir ses tensions ou diminuer un sentiment de solitude : plus impensable encore !" ... Dès que le corps est en jeu lors de pratiques psychothérapiques, cela inquiète. Ces pages exposent dans le contexte dramatique d'une mise en accusation judiciaire ce que peut être la nature spécifique du lien thérapeutique et des problématiques autour du corps sujet.
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SEXUALITÉ ET PSYCHOTHÉRAPIE CORPORELLE

Sexualité humaine Collection dirigée par Charlyne Vasseur Fauconnèt
Sexualité humaine offre un tremplin pour une réflexion sur le désir, le plaisir, l'identité, les rôles féminin et masculin. Elle s'inscrit dans un mouvement socio-culturel, dans le temps et dans l'espace. La sexualité ne peut être détachée de sa fonction symbolique. L'erreur fondamentale serait de la limiter à un acte et d'oublier que l'essentiel est dans une relation, une communication avec l'autre, cet autre fût-il soi-même. Cette collection a pour objet de laisser la parole des auteurs s'exprimer dans un espace d'interactions transdisciplinaires. Elle relie la philosophie, la médecine, la psychologie, la psychanalyse avec des ramifications multiples qui vont de la pédagogie à la linguistique, de la sociologie à l'anthropologie, etc. Déjà parus Drocella MWISHA RW ANIKA, Sexualité volcanique, 2006. Gaspard MUSABYIAMANA, Pratiques et rites sexuels au Rwanda, 2006. Bacar ACHIRAF, Les mœurs sexuelles à Mayotte, 2005. Josette FORT, Naissance etfantasme de mort, 2005. Rouria BOUCRENAF A, Mon amour, ma soeur. L'imaginaire de l'inceste frère-soeur dans la littérature européenne du XIX siècle, 2004. Ney BENSADON, Sodome ou l'homosexualité, 2004. Jean EMELINA, Les chemins de la libido, 2004. Annemarie TREKKER, La mémoire confisquée, 2003. Geneviève PAICHELER (dir.), Sexualité, normes et contrôle social, 2003. Rommel MENDES LEITE, Bruno PROTH, Pierre-Olivier BUSSCHER, Chroniques socio-anthropologiques au temps du sida. Sami A. ALDEEB ABU-SAHLIEH, Circoncision masculine, circoncision féminine. Sylvie BABIN, Des maternités impAnsables, l'accompagnement de l'abandon et des parentalités blessées. Martine COSTES PEPLINSKI, Nature Culture Guerre et Prostitution. Philippe CLAUZARD, Conversations sur l 'homo (phobie).

Maurice MOULA Y

SEXUALITÉ ET PSYCHOTHÉRAPIE CORPORELLE

Critique du corps moralisé

Préfacede
Gérard GUASCH

L' Hannattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique; FRANCE
L 'Hannattan Hongrie Kônyvesbolt Kossuth L. u. 14-16 Espace Fac..des L'Harmattan Kinshasa

75005 Paris

L'Harmattan

ltalia 15

L'Harmattan

Burkina

Faso

Sc. Sociales, Pol. et Adm. ; BP243, KIN XI de Kinshasa - RDC

Via Degli Artisti, 10124 Torino IT ALlE

1200 logements 12B2260 Ouagadougou

villa 96

1053 Budapest

Université

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www.librairieharmattan.com diffusion.halmattan@wanadoo. fr harmattan 1@wanadoo.fr @ L'Harmattan, 2006 ISBN: 2-296-01523-9 EAN : 9782296015234

Sous

l'effet de la bêtise, l'intersubjectif
l'intime devient l'impudique.

devient l'interchangeable,

Gilles Deleuze

Table des matières
Préface Avant-Propos Prologue Sexe ou sexualité? Lecture d'un fait Théorie et pratique Souffrance et expression somatiql e 7 15 27 31 37 47 49
'

.Théorie et clinique psychocor )orelles
.La somatoanalyse de Richard .La thérapie analytique reichie Guasch , . .L energle psyc hique... ' .Quelques situations cliniques Aléas et incompréhensions Incompréhensions dans la relation La fascination pornographique Le pouvoir du psy, versus autorité Comprendre l'emballement \1eyer me de Gérard

49
52 57

..........................

68
77 97 99 118 127 143

thérapeutique

Victime, versus agresseur

to

145
154 172 187 191

Sentiment de culpabilité, versus clllpabilité La thérapie corporelle comme per 'ersion ? Essai de typologie des thérapeutes déviants Perversion et perversions . ." Id eo Iogle et mora 1 lsme psyc hana..." ytlques ............. ' Incrimination et discrimination . ,

214
227

Epilogue ..

Vous avez dit autorité Psychothérapie et "psychanalyse" Les psy et la morale sexuelle Les modèles sociaux Annexes ... Bibliographie

'

'"

249
250 254 259 269 ... 283 289

Préface
Quand la justice voit trouble...
La loi reconnaît au médecin le droit de décider quelle forme de traitement il convient d'appliquer au patient. Elle lui reconnaît aussi le droit au secret professionnel et, même plus, lui en fait un devoir absolu. En est-il de même pour un psychologue? Il ne le semble pas. C'est ainsi qu'un psychologue clinicien, titulaire d'un titre universitaire et pouvant témoigner d'une solide formation professionnelle, voit un jour débarquer la police à son cabinet, son fichier et son ordinateur confisqués. De quoi le soupçonne-t-on ? De pratiques douteuses, d'incitation à la débauche, de tentative de séduction. Ses patients et lui-même interrogés, l'enquête s'intéresse très vite à un seul sujet: le sexe. Le sexe et les sectes, voilà le grand sujet de préoccupation actuelle de la justice qui entend faire régner l'ordre moral en pratiquant amalgame et confusion. Cette justice, on la représente habituellement avec un bandeau sur les yeux afin de marquer son impartialité. Mais lorsque ce bandeau trouble l'entendement de ceux qui ont pour charge de la faire respecter, alors il est bon que quelqu'un leur ouvre les yeux. C'est ce à quoi s'efforce courageusement Maurice Moulay dans les pages que l'on va lire. Il sait de quoi il parle, puisqu'il a été directement impliqué dans une tortueuse affaire suite à la plainte de l'une de ses patientes.

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Quelle est donc la pratique de ce psychologue clinicien qui aux yeux (aveugles) de la justice semble si douteuse et si dangereuse, sans doute, qu'elle justifie une garde à vue, des heures d'enquête et une mise en examen? Rien de plus (et rien de moins !) qu'une thérapie d'orientation psychanalytique, dans laquelle il inclut, suivant les besoins qu'il perçoit (n'est-ce pas justement là le rôle d'un psychothérapeute que de percevoir les besoins de son patient et de le guider au mieux vers la résolution des conflits pour lesquels il est venu consulter ?), une approche psychocorporelle. Et voilà où la justice s'émeut:
- Quoi? comment? un psychologueparle du corps et, pis

encore, du sexe. Un psychologue propose parfois à ses patients de se détendre, de se mettre à l'aise, de respirer profondément, de se relaxer, de mobiliser les tensions de leur corps pour les assouplir, de faire circuler l'énergie dans leurs centres vitaux et il appelle cela faire de la thérapie corporelle analytique! Mais pour qui se prend-il celui-là? Un psychologue n'a pas à se mêler de ces choses, pour ce faire nous avons des orthopédistes, des kinésithérapeutes, des sexologues, des rééducateurs... À chacun sa spécialité et le corps sera bien gardé! Et puis, d'abord, les thérapies psychocorporelles connais pas!
- Mais, Madame la Justice, si vous ne connaissez pas,

convoquez vos experts! Hélas, les experts ne semblent pas connaître non plus. Ne liraient-ils jamais de revues? Ne consulteraient-ils jamais l'Encyclopédie médico-chirurgicale ? Peut-être ont-ils trop à faire à rédiger leurs rapports pour avoir le temps de s'actualiser? Pourtant les thérapies psychocorporelles existent (et pas seulement en France) et ne datent pas d'hier.

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- "Impensable", crient les experts. Et le chœur de reprendre avec eux: "Impensable, impensable 1..." sur l'air de "À la trappe, à la trappe!..." Prétendre atteindre l'inconscient au travers de pratiques corporelles: impensable! Développer une empathie avec le patient: impensable! Le toucher parfois pour l'aider à percevoir ses tensions ou pour diminuer son sentiment de solitude: plus impensable encore! Que certains pratiquent 1'hypnose: impensable aussi, et antédiluvien puisque "prépsychanalytique" ! Il n'est jusqu'au fait psychosomatique, c'est-à-dire l'indissoluble liaison qui unit en chacun de nous corps et esprit, qui paraisse impensable à certains d'entre eux. Impensable pour qui? Pour qui ignore qu'il existe aujourd'hui de par le monde des centaines de formes de psychothérapies répertoriées, qui toutes font l'objet de publications, et que nombre d'entre elles considèrent que l'être humain est un tout psychosomatique éminemment complexe, qui nécessite des voies d'abord variées si on veut aider un sujet à acquérir plus de liberté face à ses conflits actuels ou passés. Et pour qui semble ignorer que si, dans le cadre d'une psychothérapie, le langage et le verbe sont certes des outils indispensables, il en existe d'autres qui permettent aussi, et même parfois mieux, d'explorer des zones obscures de la personnalité et d'accéder au monde oublié de la petite, voire de la toute petite, enfance. Si encore ces praticiens à courte vue, ou plutôt à "courte pensée", se limitaient à leur propre pratique clinique, cela serait sans doute assez peu gênant car du fauteuil au divan la distance n'est pas grande! Mais voilà qu'ils s'érigent en détenteurs d'un savoir absolu et prétendent régler ce qui serait pour chaque psychothérapeute

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une "bonne pratique". Ce faisant, ils dévoient la psychanalyse. Ils la sortent de sa voie et, la reléguant au rôle de servante de la justice, prétendent de façon hégémonique en faire la seule et ultime référence de toutes les psychothérapies. Oui mais, dit la justice, parler de sexe, d'activité sexuelle, de désir, de fantasmes, c'est déjà exercer une forme de séduction, d'incitation à la débauche. Alors pourquoi ne pas organiser de grands bûchers et au son d'hymnes moralisateurs brûler les ouvrages de psychanalyse, de sexologie, de physiologie et allumer le feu avec tous les écrits qui traitent du corps et de sa place en psychothérapie. Cela égaiera nos nuits et fera de la place dans nos bibliothèques publiques et universitaires. Après tout, cela a déjà été fait! Oui, cela a déjà été fait, le 10 mai 1933 à onze heures du soir très exactement sur l' Opernplatz de Berlin où, pendant que des orchestres nazis jouaient des hymnes patriotiques, des étudiants en uniforme jetaient frénétiquement au feu les œuvres de Freud en psalmodiant: "Contre l'exaltation des instincts corrupteurs de l'âme et pour l'ennoblissement de l'âme humaine, je livre aux flammes les écrits de Sigmund Freud. ..". Au fait, n'est-ce pas cela que craint la justice: que les psychothérapeutes corrompent l'âme des patients et s'emparent de leur esprit (ou pire encore de leurs corps !) pour en abuser? Oublierait-elle qu'il existe des règles déontologiques, une éthique professionnelle? Allons, trêve de - sinistres - plaisanteries, l'affaire est grave. Nous sommes en France à l'aube du XXIe siècle et

un psychologue se voit inquiété, ses patients mis à mal par l'interruption de leur thérapie et par les interrogatoires

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soupçonneux auxquels ils sont soumis; il serait temps que la justice mette ses lunettes et s'informe! Qu'elle sache au moins, par exemple: 1- que l'acte psychothérapique requiert le même secret professionnel que l'acte médical. 2- qu'un psychanalyste ou un psychologue clinicien pratiquant une thérapie d'orientation psychanalytique utilise habituellement un divan sur lequel le patient s'allonge après avoir été prié de communiquer, en les censurant le moins possible, toutes les idées, images, souvenirs, émotions, fantaisies qui lui viennent en tête. C'est là ce qu'on appelle la "règle fondamentale", règle édictée par Freud et qui "fonde" le caractère psychanalytique de ce type de thérapies. 3- que dans les thérapies corporelles analytiques cette règle fondamentale se complète d'une invitation à exprimer le plus librement possible ses émotions et à laisser son corps dire ce qu'il ressent à sa façonl. 4- que le patient étant invité à "tout dire", il ne faut pas s'étonner qu'à un moment ou à un autre il soit question de sexe (vécu ou fantasmé) et de comportements sexuels, ceux-ci pouvant être évoqués dans un langage académique ou familier -

même par des adolescents - les uns disant, par
exemple, qu'ils se masturbent alors que d'autres diront qu'ils se "branlent", ou bien certains disant qu'ils ont "des rapports" alors que d'autres diront qu'ils "baisent". 5- que reprendre les mots mêmes du patient pour l'aider à reformuler et à comprendre sous un nouvel
1

Cf. G. Guasch, Quand le corps parle..., Vannes, Sully, 1998, Rééd.

2002.

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éclairage ce qu'il vient de dire fait partie intégrante du processus thérapeutique. 6- qu'il existe en psychanalyse d'autres courants que ceux qui se référent à Freud et à Lacan, ainsi ceux qui prennent appui sur l'œuvre de Jung, Reich, Winnicott ou Mélanie Klein. 7- que la psychanalyse n'est pas la seule référence (loin s'en faut !) en psychothérapie. Il existe en particulier un vaste courant de thérapies nommées psychocorporelles2, et un non moins vaste de psychothérapies dites "intégratives "3. 8- qu'à la différence de la psychanalyse, en thérapie corporelle analytique le corps est pris en considération de façon particulière et qu'il arrive parfois qu'avec l'assentiment de son patient le thérapeute touche celui-ci ou l'invite à "mettre en jeu" ses tensions corporelles4. Cette "mise en actes" n'étant pas à confondre avec un "passage à l'acte", mot spécifique au langage psychanalytique, aujourd'hui galvaudé et souvent mal compris. 9- qu'en psychologie, et tout particulièrement dans le cadre d'une psychothérapie, tout ne se joue pas au niveau de faits concrets et repérables, mais aussi sur "une autre scène", celle de l'inconscient. 10- qu'il existe dans toute relation thérapeutique un effet particulier que l'on nomme transfert et que celui-ci peut prendre à l'égard du thérapeute des aspects positifs (confiance, admiration, amour...) ou négatifs (méfiance, suspicion, haine...) - il existe

une abondante littérature à ce sujet - et que le
2 Voir, par exemple: J. Kepner, Le corps retrouvé en psychothérapie, Paris, Retz, 1998. 3 Voir: A. Delourme, Pour une psychothérapie plurielle, Paris, Retz, 2001. 4 Voir: G. Guasch, op. cita

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transfert évolue au fil de la thérapie et peut connaître des revirements. 11- que la forme que prend le transfert est intimement liée aux vécus infantiles du patient et à sa problématique affective. 12- qu'un tiers ne peut s'immiscer dans le processus analytique sans risque pour le sujet qui est en thérapie. Je pourrais allonger cette liste tant il y aurait à dire, mais je crois qu'il est temps de laisser la parole à l'auteur qui nous propose de réfléchir sur les aspects périlleux de la pratique de cet art difficile que l'on nomme psychothérapie corporelle dans un contexte social de plus en plus craintif et suspicieux. Dr Gérard Guasch Psychiatre-psychanalyste. Membre du Comité Scientifique International pour les Thérapies Psychocorporelles. Ex-chargé de cours aux Universités Paris VIII et Paris XIII

Avant-propos
Il est nécessaire de m'expliquer sur ce qui a motivé ma décision de publier ce livre. Cette motivation n'est pas unique, même si un temps je fus surtout mû par un désir de m'expliquer face à la société. Plus encore pour me justifier auprès d'une justice sourde à mes arguments, quand je fus mis en examen il y a plusieurs mois, m'intimant d'expliquer des gestes jugés ambigus envers certaines personnes de ma consultation; sourde donc à des effets transférentiels dans les thérapies corporelles. Un long processus de maturation s'est mis en route, qui constitua une pression importante conduisant à des prises de notes des idées me venant à l'esprit. Une conscience, qui émergea progressivement, que les choses du corps ne sont pas faciles à expliquer à des tiers quand des gestes sont effectivement présents et objectifs. Avouer étant le maître mot de notre procédure inquisitoire judiciaire, le risque était donc de ne m'en tenir qu'à des dénégations, des désaveux, une stratégie défensive en miroir en quelque sorte, dont ne pouvait résulter que des mots à saisir, pauvres rejetons de ce qui est à la base de la thérapie en général. Comment peut-on rendre compte de thérapies, et a fortiori de "gestes" qui y sont inclus? C'était entrer dans ce jeu de miroirs dans lesquels chacun se regarde dès lors où il est question de sexualité. De quoi parlait-on dans cette mise en examen? De sexe sous couvert de sexualité, ou bien de sexualité sous couvert d'érotisme? Il ne fit pas de doute que ces tiers ne pouvaient comprendre que ce qu'ils voulaient bien entendre, et y mettre d'eux-mêmes en dehors du transfert singulier et indéfinissable que chaque patient-e développe dans ces séances invoquées.

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Il me fut surtout demandé de répondre de la scientificité des méthodes utilisées dans les séances! J'imaginais sans peine que la même question eût pu être posée à un ingénieur, qui on le sait passe le plus clair de son temps à gérer des projets à caractère humain, et non de l'ingénierie proprement dite. Je compris que je devais énoncer des titres d'ouvrages que j'avais lus comme autant de garanties de l'honnêteté de ma pratique psychothérapeutique. J'avais alors l'impression de me métamorphoser en leader de secte qui prenait forme sous mes yeux au cours des questions. Une disqualification sournoise et perfide, d'autant plus grossière qu'elle est en position de pouvoir. Qui vous a formé? Quelles sont vos références professionnelles? Il m'apparut nettement que toute la rationalité d'une formation que j'avais poussée jusqu'à une thèse en Doctorat de Psychologie clinique analytique, la mise en forme de ma pensée clinique, sa confrontation avec des collègues, tout cela ne valait rien en regard de ces exigences qui posaient comme un a priori une suspicion à l'égard de cette formation, formation qui en vérité se complétait d'une série d'autres, telles que les thérapies de groupe, les groupes analytico-thérapeutiques pour enfants en hôpital de jour, une formation à l'Expression Corporelle Analytique animée, à cette époque, par Jean Ledu, puis une formation au psychodrame analytique auprès d'enfants aux handicaps lourds avec René Diatkine au centre Alfred Binet dans les années quatre-vingt, et encore le psychodrame analytique de Didier Anzieu au CEFFRAP à la même époque, enfin les

thérapies d'enfants et familiales à supports plastiques dessins, peintures. Devais-je soudain mettre ces formations de côté pour ne citer que quelques livres tels que ceux de Françoise Elbaz, M-Alain Descamps, Gérard Guasch, J. Lesage de La Haye, Sami Ali ou de W. Reich. La formation d'un clinicien est plus dictée par un souci d'approfondir

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une pratique clinique, de la comprendre pour aider plus efficacement des personnes que pour répondre d'un académisme scientiste! C'est le point auquel la justice dans sa quête forcenée d'une vérité particulière met en doute, et par là même les fondements mêmes de l'Université de la République. Jugeant moins alors en fonction du Peuple français, appartenant à cette même République, qu'en fonction de critère moraux par lesquels le corps ici n'a pas de droit de cité. Drôle de censure que celle qui se cache derrière les stéréotypes les plus imagés, s'inspirant de la plus triviale pornographie et des intentions qui en découlent. Je me pris alors à penser que si la censure est forte c'est que le corps social est traversé des pulsions les plus réprouvables et les plus irrépressibles. Je devais assurément alors payer quelque chose de plus général, quelque chose qui me dépassait et qu'à toute force la justice voulait que je reconnaisse: l'exploitation du corps de l'autre sous couvert d'une pratique professionnelle faisant à ses yeux autorité. Il fallait que je reconnaisse que j'avais comme intention de séduire en profitant de ma pratique, que c'était là mon seul but, sans valeurs altruistes d'aucune sorte. Du zéro ou du un, sans nuance intermédiaire. Je devais reconnaître que la jouissance était le but de manœuvres de soumission de mon objet à mon désir. Que je reconnaisse que ces longues et profondes formations personnelles n'avaient été motivées que par le but d'exploiter les autres. Des dizaines d'années de réflexion, d'approfondissement clinique, de mémoires, de colloques et de charges de formations pour en arriver là ! Il y aurait eu assurément plus court si je m'étais révélé être un manipulateur pervers. Surtout avouer, cela eut été appartenir d'évidence à un monde très éloigné du mien: moyenâgeux et obscurantiste. Car le monde de la recherche clinique ne se nourrit pas de ces

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valeurs d'aveux et de foi dans le soin. Il est fait de pénibles remises en cause, de lectures attentives et de formations personnelles où l'interrogation sur soi est la constante. Comble de ridicule je dus donc donner des titres de livres. Le sentiment de révolte, je dois bien le dire aujourd'hui, a été constant, irrépressible et incontournable. J'ai dû l'assumer et ce fut un aiguillon pour la compréhension de la dimension sociale de ce problème du corps sexué posé là sur la scène judiciaire. Je m'apercevais que la loi judiciaire n'était pas en l'occurrence une loi symbolique, et qu'en matière sexuelle elle restait résolument dans l'imaginaire en faisant mine de s'accrocher à un réel irréfutable, réel qu'elle appelait objectivité. L'acte sexuel existe-t-il en dehors d'une sexualité propre à chacun ? C'est la question posée par J. Lacan quand il prétend de façon provocatrice "qu'il n'y a pas d'acte sexuel", signifiant qu'il n'y a qu'une sexualité qui fonde le sujet à son rapport à l'autre. Cela va contre toute vision pornographique de la relation à l'autre. Même quand j'appris que Lacan avait longtemps été le détenteur du tableau de Gustave Courbet, L'Origine du Monde, il ne pouvait s'agir que du transfert qu'il entretenait avec sa propre filiation passée et future, charnellement rappelée par ce corps ouvert au monde. D'autres y voient une simple indécence et un travers

pervers intime du psychanalyste - et sans doute de tout
psy, selon certains qui ne se cachent plus d'une telle opinion. Mais si l'indécence était précisément de refuser de lier le corps avec l'idée que le sujet a de lui-même, d'en faire un corps-sujet? L'autre est là et bien là, il ne peut être virtuel. Il parle son corps, avant que de parler de son corps. Alors comment sortir d'un réel débilitant en faisant valoir la dimension transférentielle dans les thérapies corporelles auprès de ceux qui ne veulent simplement pas

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en entendre parler? Mais le réel n'est pas la réalité de chacun et un juge, un policier ne peut que construire cette objectivité appelée réalité. Au titre qu'ils sont, faut-il le rappeler. .. des êtres humains. Je savais que le fait d'avoir travaillé avec des enfants pendant quasiment toute ma carrière, m'avait prédisposé à être très à l'aise avec mon corps. Qui a des inhibitions au toucher du corps de l'autre ne peut simplement pas travailler avec les enfants en consultation. Toucher le corps de l'autre - et être touché - de manière naturelle n'est donc pas donné à tout thérapeute sinon après une formation longue et rigoureuse qui pouvait impliquer diverses techniques, dont celles que je décris plus haut, et que j'ai éprouvées parallèlement à ma psychanalyse personnelle. La sublimation s'apprend, même quand les sens sont sollicités. J'évoquerai encore l'expérience personnelle que j'eus également au Québec dans les années quatre-vingt, dans le cadre d'études sur les ressources proposées aux toxicomanes, et au cours desquelles j'ai découvert que les courants psychothérapiques français n'offraient pas plus dans le domaine que ceux d'autres cultures. Je découvrais les concepts et les expériences personnelles autour de l'énergie, le mouvement corporel, l'hyperventilation, la respiration profonde et leurs effets dans des affections psychosomatiques et d'addictions diverses. J'ai entendu ces personnes, et pas seulement des "patients", ayant profité de ces approches avec très souvent un net succès à la clé. Des malades alcooliques qui s'en sortaient après des décennies d'enfer pour eux et leur famille, des adolescents accrochés à leur toxique qui refaisaient surface avec entêtement dans des centres d'accompagnement personnel alternatifs à la prison. Ces méthodes, l'hypnose

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eriksonnienne, la respiration hyperventilante, les massages métamorphiques, étaient alors inconnues des milieux universitaires classiques, tout du moins je n'en avais jamais entendu parler. J'étais en plein parcours psychanalytique personnel, je n'osais pas prononcer le nom de M. Feldenkrais5 qui, au Québec à l'époque, était une référence. Aussi, de retour en France après quelques séjours québécois d'implication dans ces actions, quand j'eus la naïveté de confier ces témoignages à mes professeurs d'Université, j'entendis des réponses qui encore aujourd'hui m'étonnent par leur étroitesse et leur ignorance clinique: "Freud avait déjà découvert tout cela, on n'en est plus là aujourd'hui!". Sous-entendu "Vous êtes ridicule, allez vous former ailleurs que dans ces pays"6. En tout cas la clinique était balayée du débat, comme magiquement annulée. La guérison mise sur le compte d'une rémission symptomatique déplaçable. Mais j'avais encore devant les yeux ces hommes et femmes qui s'étaient traînés dans leur souffrance pendant des décennies et qui avaient recouvré leur dignité de façon durable et stable grâce à ces approches. Qui devais-je croire? Ces gens revenus de l'enfer, ou bien ce professeur réputé? La question ne se posait pas pour moi, surpris que je fus d'entendre de tels propos de la bouche de grands penseurs de la chose clinique théorique, surpris également de leur manque d'interrogation, de l'assurance de leur position, et donc de leur certitude formelle, sûrs d'appartenir à une université des plus avancées dans le domaine de la Psychologie clinique, et de la Psychologie en général. C'est cette certitude qui empêche de se
5 Feldenkrais Moshe, Énergie et bien-être par le mouvement, Dangles, col. Psycho-soma, 1993. 6 Je pense même avoir été, dans ces années, écarté de ce fait de toute perspective de chargé de cours dans cette Université où j'avais fait mes premières études.

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confronter aux réalités de l'être humain. Je relativisais donc désormais les théories, toutes les théories, fussentelles les plus irréfutables. Elles pouvaient passer à côté de questions touchant à l'humain et sa souffrance. Le langage corporel m'est apparu également tellement naturel avec les enfants pendant ma formation initiale de thérapeute d'enfants à l'Université, que ma formation universitaire n'avait été qu'un appoint aux enseignements cliniques que je recueillais lors de chaque thérapie. Les discours universitaires, respectables en soi, ne pouvaient à eux seuls me définir. Ma formation en thérapie psychocorporelle ne pouvait aisément s'énoncer dans ce cadre théorique univoque, et qui n'avait d'autre prétention que de donner des pistes en dialectique avec le terrain. Elle ne faisait guère autorité comparée à l'expérience clinique de terrain. Je mesurais souvent le gouffre qui existait entre les théories cliniques et les incertitudes abyssales de la relation clinique. Mais, disait-on, le travail est ensuite personnel et les perfectionnements professionnels ad vitam. Perfectionnements que je pris avec constance, auprès de contrôleurs-superviseurs tels que René Diatkine et Serge Lebovici, sans doute en recherche avide de repères me permettant de relier mes expériences cliniques et des bribes de théorisation hypothétiques indispensables. Je fréquentais assidûment les présentations cliniques de troubles entre des mères et leur bébé, à la consultation de Serge Lebovici au Centre Alfred Binet à Paris. Je me formais à l'application de l'échelle de Brazelton pour l'évaluation des compétences des bébés, dans une maternité au nord parisien. Expérience inoubliable de découvertes inattendues, d'un corps traversé de langage, de signifiants dès les premiers jours, l'interdépendance de la psyché maternelle et de son bébé. Je pratiquais parallèlement le psychodrame pour enfants et

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adolescents carencés et psychotiques dans le même centre Alfred Binet, de 1983 à 1987, et participais aux groupes de supervision de cas organisés par René Diatkine, dans cette même période. Je suis encore aujourd'hui redevable de tout cela, bien plus qu'à l'Université elle-même. Sur le plan de la clinique des adultes, j'eus à faire un parcours psychanalytique personnel long et semé de rebondissements, dont les apports d'autres approches comme dits plus haut me séparaient plus que me rapprochaient des autres analystes. En relation avec le corps, je fus amené à connaître les séminaires de Jean Le Du qui, psychanalyste, pratiquait des formations en secteur éducatif spécialisé, secteur dans lequel j'intervenais également. Il m'initia comme stagiaire à l'Expression Corporelle Analytique (BCA)', et sa richesse de découvertes dans les symptômes inabordables par d'autres voies. Mon regard changea fondamentalement: je regardais désormais autrement les souffrances de personnes addictées, les anorexiques, les boulimiques, les accidentés amputés, les arriérés mentaux. Je me nourrissais des écrits de pionniers parmi lesquels S. Tomkievich et J. Finder qui, s'occupant d'adolescents carencés placés en foyer de semi-liberté à Ivry8, m'ont apporté des horizons nouveaux relativement à des supports thérapeutiques innovants tels que le sociodrame et le photodrame. Des horizons auxquels ne m'avait pas ouvert l'Université, bien au contraire, car ces laissés pour compte avaient figure de "contre-indiqués" pour une thérapie

,

Le Du Jean, Jusqu'où iront-ils? Texte ronéotypé destiné aux formations de travailleurs sociaux. Ainsi que d'autres textes non publiés à notre connaissance, traitant de L'accompagnement des mourants, de l'association Culture et Promotion. 8 s. Tomkievich et J. Finder, Les adolescents du foyer de semi-liberté d'Ivry, Maspero, années 70, sous réserve.

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analytique. Je découvrais qu'une dimension créatrice était présente chez toute personne indépendamment de son "niveau", de sa problématique, de sa pathologie, et finalement de sa "capacité à fantasmer", critère essentiellement retenu par la psychanalyse. À cette époque j'évoluais grâce à ces formations et rencontres, mettant souvent mes recherches sur moi-même au service de ma propre psychanalyse. J'appris les effets de la respiration profonde, des scénarios de l'expression du corps librement associée à la parole dans une perspective analytique, la nourrissant en retour, la liant à des signifiants importants, des photos utilisées à bon escient dans certaines thérapies d'adolescents difficilement diserts, passant des années dans des établissements thérapeutiques et rééducatifs, type I.M.P., I.M.Pro et I.M.E. Sur un plan plus personnel, je me délivrais également de mon hypocondrie, d'angoisses profondes que je ressassais sur le divan, de blocages sexuels liés à mon passé, relançant une activité onirique que je ne me connaissais pas, une créativité personnelle plastique,

d'écriture - je publiais mes premiers articles dans des
revues professionnelles. Chaque découverte était une véritable illumination, un véritable recadrage de vie. Je décidais d'entreprendre ma thèse de Psychologie clinique à cette époque. Et également je ne tardais pas à inclure naturellement et ponctuellement certains exercices psychocorporels dans les thérapies d'adultes que je commençais de conduire en milieu hospitalier. Non sans succès. Il m'est d'ailleurs arrivé de concevoir par la suite des exercices corporels de façon créative, en concertation avec des patients adultes, exercices que j'ai lus ensuite dans des ouvrages de façon tout à fait explicite, à quelques variantes près. Je n'étais donc pas le seul à cheminer dans ce sens!

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Les conseils de prudence que me firent certains thérapeutes en supervision chez le Professeur R. Diatkine n'étaient motivés, de leur propre aveu, que par le fait qu'ils n'avaient entrepris que peu, ou pas de formation psychocorporelle, et non pas pour des raisons de respect de l'orthodoxie analytique. D'autres au contraire utilisaient ces mêmes exercices en fonction des besoins de leurs patients, dans un processus analytique resté par ailleurs classique. Chacun voyait donc midi à sa porte de ce point de vue. Et finalement ce qui comptait à mes yeux c'était l'évolution des patients, hommes comme femmes. Et de cela je ne pouvais douter. Je reprenais alors à mon compte une phrase du Dr Gérard Guasch, déjà membre de l'équipe de Tomkievich et Finder à l'époque, mais que je ne connaissais pas encore, et qui dit en substance: la psychothérapie, qui est au service du sujet, doit savoir faire feu de tout bois pour soulager la souffrance tout en permettant de donner sens à l'existence du sujet! Deux idées donc m'amenèrent récemment à prendre la plume: celle que ces incriminations devaient faire l'objet d'un débat plus large où le politique devait rester important et ne pas céder le pas à une psychologisation de bazar dans le domaine, comme cela est trop souvent le cas pour moult praticiens, praticiens psy qui parviennent aujourd'hui à des responsabilités d'experts dans le domaine pénal, sans avoir pris conscience des nuances du terrain et des expériences positives passées, arqueboutés sur des pseudo-principes analytiques et sans interrogation sur les fondements de leur approche. Corrélativement, faire sortir ces affaires sexuelles d'un consensus frileux, qui n'est autre qu'un retour d'un ordre moral, qui revient cette fois sous les oripeaux d'une sensibilité émotionnelle derrière laquelle les censeurs d'hier se protégeaient pour infantiliser la jeunesse, les enfants, les femmes, les "faibles". Enfin

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privilégier l'existence sur l'essence comme disait J.P. Sartre, c'est-à-dire refuser d'enfermer, de m'enfermer, dans une image qui m'était tendue: celle d'un prédateur, par l'opération mentale collective, d'une substantialisation. Terrible injonction sous-tendant ces affaires mêmes, et qui veut qu'une personne saisie d'une plainte de cette nature devienne plus criminelle que le tueur le plus sanguinaire. Dans le domaine, on le sait désormais, il n'existe plus de délinquant ni de criminel, mais, selon l'expression de Denis Salas, magistrat, le "mal absolu" qui échappe maintenant réellement au droit, pour relever de la morale pure et simple, donc à l'irrationalité, l'obscurantisme et le lynchage social. Qui l'eut cru à l'aube du troisième millénaire? Il y a donc urgence de raison, de comprendre, au sens de prendre avec soi, d'embrasser divers champs d'analyse, afin de ne pas se plier au simple principe d'autorité. Fût-ce de la chose jugée, ou à juger par notre institution judiciaire. Puisse cet ouvrage parler à l'intelligence et pas seulement aux effets de modes sociaux, à la panique morale et émotionnelle. Nous prenons le risque d'être actuellement à contre-courant dans le domaine, mais de rester dans une humanité qui perd le sens d'elle-même.

Prologue

Nos patients sont nos maîtres

C'est toujours choquant d'être interpellé sur son lieu de travail, pour des faits qui relèvent de la pure fantaisie et des films les plus sombres. Lors d'un matin de printemps, on vint me signifier une "vérification de routine" dans le cabinet médical que je partageais avec d'autres collègues et confrères médusés, face à une secrétaire devenue livide. "Laissez-là vos documents, c'est une simple vérification administrative, une formalité !". Une réalité policière qui ne dit jamais ce qu'elle est vraiment, et dont je me suis toujours méfié. J'avais depuis longtemps appris dans les institutions de soins psy que la vraie violence ne montre jamais un visage public. Une "erreur" policière pendant mes années d'étudiant m'avait largement édifié. Une garde à vue ça dure, c'est même interminable. On se demande toujours ce qu'il va arriver, en envisageant la pire violence potentielle sur des choses tournant mal. Et ces événements ne dépendant pas de soi-même mais d'autres pour l'essentiel. On dort sur un banc large de vingt centimètres, dans la sueur, sans montre, sans ceinture, et sans lacets. L'ambiance est donc à l'humiliation. Le lendemain matin, c'est l'interrogatoire avec des questions hors réalité. On est malmené sur le plan relationnel, sorti d'un sommeil confus, la bouche pâteuse, le crâne douloureux, les cheveux hirsutes, pas rasé: la honte publique. Il faut donc s'accrocher à sa conscience la plus intime, répondre par oui ou non à des propos qui se