Simmel et l'espace: de la ville d'art à la métropole

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Cet ouvrage a pour but de faire mieux connaître les travaux de Georg Simmel sur l'espace, la ville d'art et la métropole du Mitteleuropa. Cette réflexion s'articule autour de trois thèmes majeurs : l'espace comme représentation, la ville comme oeuvre d'art et la Grande Ville comme expression et forme de socialisation. Simmel a été l'un des premiers à découvrir que l'interrogation sur la ville procède d'une interrogation sur la société et sur les nouvelles formes spatiales qu'elle a créées dans l'univers urbain.
Publié le : dimanche 1 octobre 2006
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EAN13 : 9782296154940
Nombre de pages : 272
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Au regretté Yoshio ATOJI Qui nous a encouragés à approfondir le domaine de l’espace dans la refléxion simmélienne

Remerciements Nous voudrions d’abord exprimer notre gratitude aux universités René Descartes de Paris, Marc Bloch de Strasbourg et de Bielefeld en Allemagne qui nous ont conseillés, soutenus et aidés dans cette longue recherche franco-allemande sur une page passionnante de l’histoire de la sociologie, de la philosophie, de l’urbanisme et de l’esthétique du Mitteleuropa au tournant des XIXe-XXe siècles. Parmi leurs enseignantschercheurs nous voudrions citer : Michel Maffesoli, professeur de sociologie de Paris V, qui nous a permis de publier nos premiers travaux sur l’esthétique des villes d’art de Simmel ; Freddy Raphaël, professeur de sociologie de l’Université Marc Bloch, ancien directeur du Laboratoire de sociologie du CNRS de Strasbourg, qui a assuré, dans le cadre de la coopération de recherche franco-allemande du Laboratoire, une place importante aux études simméliennes ; Patrick Watier, professeur de sociologie, responsable des études simméliennes à Strasbourg, qui nous a toujours soutenus et conseillés ; ces deux collègues ont bien voulu faire une première lecture de notre manuscrit ; Otthein Rammstedt, professeur de sociologie de Bielefeld, responsable des éditions des œuvres complètes de Simmel chez Suhrkamp à Francfort et cheville ouvrière de la coopération entre Strasbourg et Bielefeld pour les recherches simméliennes, qui nous a encouragés dans notre entreprise. Parmi les chercheurs et enseignants-chercheurs de la coopération européenne des recherches simméliennes ou autres, menées notamment dans le cadre de l’histoire du Mitteleuropa, nous voudrions remercier les collègues et amis qui nous ont encouragés et soutenus : nos pensées vont vers les regrettés professeurs Abraham Moles et Julien Freund de Strasbourg, Yoshio Atoji de Tokyo ; nous remercions les professeurs de sociologie Jean Rémy de Louvain-la-Neuve, André Ducret de Genève, l’historien de l’art Jozsef Vadas de Budapest, les philosophes Antonio de Simone et Claudia Portioli d’Urbino et de Bologne, le sociologue Mohamed Chehhar de Strasbourg. Nous voudrions dire notre reconnaissance à Emmy Jonas qui accompagne depuis toujours nos rédactions définitives et qui a, cette fois aussi, la délicate tâche de revoir notre texte.

Introduction « L’essai est une sorte d’art, une mise en forme (Gestaltung) spécifique et totale d’une vie spécifique et complète ». G. Lukàcs, Florence, Octobre 1910 (extrait d’une lettre adressée à Léo Popper) Cet ouvrage vise deux objectifs. D’une part s’inscrire dans la tradition universitaire strasbourgeoise des sciences sociales et de l’espace de faire mieux connaître dans le monde francophone les travaux des pères fondateurs allemands de la sociologie. D’autre part, présenter nos recherches sur l’un de ces pères fondateurs, Georg Simmel (1858-1918). Ancien professeur de l’Université Impériale de Strasbourg, il a passé dans la capitale historique de l’Alsace et dans notre université les quatre dernières années de sa vie. Ce véritable Berlinois reste d’ailleurs un Strasbourgeois d’honneur de la Ville de Strasbourg puisqu’il y est enterré au cimetière de Cronenbourg, et sa tombe y est maintenue grâce à une tradition locale qui a offert une concession quasi perpétuelle aux professeurs d’université. Si nous insistons ici brièvement sur ces données biographiques, c’est pour mieux souligner que l’excellente réception de Simmel en France au cours des deux dernières décennies – nous pouvons même parler d’une véritable découverte – nous a ici concernés et touchés peut-être un peu plus que d’autres régions françaises engagées dans la diffusion des études germaniques et simméliennes. Si le choix des trois socles thématiques du livre – espace, ville d’art et métropole – est quelque peu circonstanciel et personnel, il suit cependant la logique interne de s’inscrire dans les études simméliennes de diffusion et d’analyse du sociologue et philosophe allemand sur la ville et la société urbaine de son temps. Nous nous considérons ici plus comme continuateurs que comme défricheurs, puisque nous avons bénéficié pour cet ouvrage de nombreuses études et publications antérieures que nous avons largement citées. Dans l’ordre chronologique de nos découvertes et intérêts, nous nous sommes d’abord intéressés à la Großstadt, la Grande Ville simmélienne, suivie de sa vision de la ville d’art et de culture. C’est seulement ensuite que nous avons pris conscience de l’importance que revêt chez Simmel l’espace proprement dit, aussi bien dans son esthétique que dans sa sociologie. Pour cela nous sommes très redevables au regretté Yoshio Atoji qui nous a incités et encouragés à nous investir dans le domaine de l’espace, malgré le fait

connu que Simmel n’a jamais voulu produire un ouvrage ou un essai synthétique approfondi sur l’espace, qui est cependant présent à toutes les étapes de sa réflexion. En ce qui concerne la métropole de Simmel, notre hypothèse ici reste qu’elle est un modèle urbanistique, social et culturel du Mitteleuropa d’inspiration essentiellement germanique dont les deux idéaltypes sont Berlin et Wien. Par conséquent nous n’avons pas voulu reprendre la position des études françaises et belges de sociologie urbaine des années 1980 qui ont, à propos de l’Ecole de Chicago, suggéré que la Métropole de Simmel concernerait directement aussi la Metropolis américaine en tant que modèle universaliste. La caractérisation de la métropole simmélienne comme une métropole du Mitteleuropa, esquissée par le philosophe italien Massimo Cacciari (1973) nous conforte, nous semblet-il, dans le choix de notre hypothèse. Nous avons déjà esquissé nos premières idées à ce sujet lors de la première grande conférence internationale organisée en France sur Simmel en 1985 à l’Université de Sciences Humaines de Strasbourg, par Patrick Watier, soutenue par Freddy Raphaël et sous l’impulsion de Michel Maffesoli de Paris Sorbonne et d’Otthein Rammstedt de l’Université de Bielefeld. Un des traits simméliens les plus saisissants de la métropole est sans doute la place que la femme moderne y occupe. Si Simmel a un regard laïc sur la femme métropolitaine, il est loin de partager l’athéisme moderne d’un Nietzsche. La position du philosophe Jean-Louis Vieillard-Baron (1989), selon laquelle Simmel a, dans sa stylisation de la société industrielle avancée, élaboré deux grandes figures réelles et symboliques, à savoir la ville et la femme, nous a incités à consacrer à la femme moderne métropolitaine un chapitre à part. L’essai sur la métropole et ceux sur les villes d’art de Rome, Florence et Venise sont très souvent traités ensemble dans les études simméliennes. Or, s’ils sont publiés dans la même période, entre 1898 et 1907, et si leur forme unitaire d’essai peut les rapprocher, leur appartenance thématique, disciplinaire et épistémologique les sépare : esthétique sur les villes d’art et sociologique sur la métropole. Pour cette raison nous les avons étudiés séparément. Cependant, les recherches en sociologie de l’art d’André Ducret de Genève sur l’essai de Rome (1989), dans lesquelles il montre que Simmel prend la ville comme une œuvre d’art, ont pu constater que Simmel a déjà à cette époque opéré un rapprochement épistémologique dans son esthétique et sa sociologie entre la grande ville comme lieu
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spécifique de socialisation et comme espace d’émergence des formes esthétiques. Nous avons adopté cette hypothèse pour nos trois villes d’art et de culture italiennes. L’esthétique de Georg Lukàcs et ses observations critiques sur l’œuvre de son ancien professeur nous ont été fort utiles pour l’élaboration de notre position sur le caractère initiatique et allégorique des voyages philosophiques et imaginaires de Simmel à Rome, Florence et Venise. Nous insistons sur l’unité de ces trois essais en tant que tentatives esthétiques de Simmel de saisir la ville d’art comme une « ville de génie », en utilisant ses essais esthétiques sur les créateurs (artistes, philosophes, poètes) de génie tels que Michel-Ange, Goethe, Rembrandt, Kant et Rodin. L’unité des trois essais exprime aussi une progression épistémologique allant de la contemplation de la beauté esthétique (Rome) vers l’impossibilité de retrouver l’union de la nature et de l’esprit (Florence), pour arriver à la tragédie de la culture : la perte des racines de l’être (Venise) et l’impossibilité de retrouver chez l’homme urbain moderne l’unité perdue de la forme et de la vie ; thèmes récurrents qu’on a pensé pendant longtemps retrouver seulement dans les essais esthétiques sur les créateurs de génie. L’esthétique de l’espace lointain, principalement idéelle en tant que représentation, mais également positive en tant que monde extérieur objectif, matériel et environnemental, a cherché depuis longtemps sa centralité chez Simmel. Elle l’a finalement trouvée grâce à la conception allemande romantique de la centralité culturelle du continent européen : la méditerranée latine du sud et le nord germanique à la fois séparés et réunis par les Alpes. Et puisque chez Simmel s’élabore en même temps l’idée phénoménologique de l’être uni, rassemblé en son centre, à laquelle se surajoute sa conviction que les rapports individuels et sociaux à l’espace ne sont pas les mêmes dans le nord germanique et le sud latin, cela nous a poussés à consacrer un chapitre à part à ce rapport complexe nord-sud, teinté d’opposition héraclitéenne. La Sehnsucht romantique germanique et l’idéaltype du vieux Goethe latinisant poussent cette opposition géo-culturelle vers le sud universaliste sous le thème allégorique de la tragédie de la culture, à savoir les formes figées de la réalité extérieure s’opposant au courant continu de la vie, symbolisant la fragilité de la Vieille Europe trop achevée. La formation d’une théorie de l’espace cohérente chez Simmel peut être établie dans ses grandes lignes : influence des thèses positivistes et
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évolutionnistes de Comte et de Spencer pendant sa jeunesse ; prépondérance des thèses de Kant au moment de l’élaboration de ses essais sur les villes d’art et la métropole à l’âge adulte ; irruption des thèses phénoménologiques et vitalistes pendant les quinze dernières années de sa vie. A partir de son ouvrage majeur la Philosophie de l’argent (1900) et de son essai Kant et Goethe (1906), il opte définitivement pour la conception idéelle de Kant, à savoir que l’espace est notre représentation, mais sans accepter son apriorisme. Donc il n’a pas pu accepter les thèses de Durkheim sur l’espace et sur les origines exclusivement sociales des catégories de l’espace chez l’homme. La conception simmélienne de l’espace nous a intéressés aussi parce qu’elle joue un rôle prépondérant dans la formation de l’individualité de l’homme occidental moderne, où les caractéristiques spatiales de l’individu font partie intégrante de sa capacité d’acteur et de socialisation. Nous nous sommes également intéressés, sans pouvoir approfondir suffisamment cette piste, aux travaux, notamment ceux de V. Jankélévitch et A. Moles, qui indiquent qu’on peut déceler dans l’approche esthétique de Simmel sur l’espace une orientation phénoménologique exprimée par la centralité de l’être où les visions métaphysique et vitaliste prennent une place de plus en plus grande dans la dernière décennie de sa vie, sous la forme de l’unité perdue des deux parties de la vie : nature et esprit. Ces hypothèses nous ont conduits à nous appuyer sur ses poètes préférés : Hölderlin, Rilke et Baudelaire. Quand Friedrich Naumann a publié en 1915 son célèbre ouvrage Mitteleuropa, le plus gros succès de librairie de l’Allemagne de cette annéelà, Simmel, cet intellectuel de la Métropole de Berlin qui vivait alors déjà à Strasbourg, restait, lui aussi, profondément pénétré de l’idée du Mitteleuropa guidé par la dynamique germanique et considérait que l’Allemagne, successeur du Saint Empire Romain Germanique, avait une mission civilisatrice à accomplir dans l’Europe devenue une société industrielle et urbaine. L’avenir urbain de ce Mitteleuropa passait pour Naumann – et pour Simmel – par la Métropole et à ce sujet il a rejoint les autres pères fondateurs allemands de la sociologie comme Max Weber, Ferdinand Tönnies et Werner Sombart. Nous sommes conscients du caractère ambivalent de l’usage politique et idéologique actuel du concept du Mitteleuropa et de son instrumentalisation fréquente. Mais de nombreux chercheurs en sciences sociales et de l’espace des nouveaux pays démocratiques de cette région
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de la Vieille Europe rejettent le concept géostratégique officiel de l’Europe centrale et Orientale en sachant que l’Europe Centrale commence déjà dans les Vosges françaises et l’Europe Orientale va jusqu’au piémont de l’Oural russe. L’idée du Mitteleuropa née sous les empires wilhelminien et habsbourgeois correspond à une réalité : celle de la dynamique germanique en Europe du Milieu. Et la conception formulée par Friedrich Naumann est innovante selon le professeur Droz, politologue français, parce que Naumann a esquissé l’idée d’un Mitteleuropa qui exigeait une sorte de renonciation à l’expansion ethnique et nationale du germanisme (1960). Notre hypothèse dans ce travail est que Simmel était très proche de cette vision naumannienne, élaborée plus spécialement dans son ouvrage Mitteleuropa : « Les Allemands remplissent le milieu de l’Europe Centrale, mais à tous leurs confins ils attirent à eux les peuples voisins ; en cela ils sont fidèles au Saint Empire de nationalité germanique ». (cité par J. Droz, 1960, p. 213) Pour Naumann, et aussi pour Simmel, l’avenir du Mitteleuropa au tournant des XIXe et XXe siècles était lié non seulement à l’identité germanique, mais aussi à l’idée politique que la solution fédérale des peuples des Etats de l’Europe du Milieu était la seule conciliable avec les exigences de l’Etat moderne. C’était d’ailleurs une idée que partageaient les pères fondateurs leaders allemands de la sociologie.

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Première partie L’espace comme représentation

Chapitre 1 L’espace chez Simmel L’espace est une donnée fondamentale dans l’œuvre simmélienne qui est présente à toutes les étapes de sa réflexion. Si les historiens ne l’ont jusqu’ici pas jugée essentielle, c’est sans doute à cause de l’absence, chez Simmel, d’un traitement spécifique de la spatialité, semblablement à celle de la temporalité déjà constatée par A. Cavalli (1992). Il y a certes, comme tentative synthétique, « L’espace et les organisations spatiales de la société », que constitue le chapitre IX de son ouvrage majeur Soziologie, publié en 1908 1 . Mais ce chapitre est un assemblage assez incomplet et circonstanciel de travaux réunis à la hâte – digressions, essais et bribes (Bruchstück) – sur des sujets aussi divers que la frontière sociale, la sociologie des sens et l’étranger, où sont cependant abordés des thèmes simméliens aussi importants que le nomadisme, le vagabondage, le rendez-vous et la migration 2 . Les concepts spatiaux importants de proximité et de distance y sont également esquissés. A ce sujet le sociologue japonais Y. Atoji, spécialiste de Simmel, observe : « En sa qualité de philosophe de la vie et de sociologue, Georg Simmel s’intéressera tout naturellement et tout particulièrement à l’espace. Néanmoins, nous avons jusqu’ici une connaissance imparfaite de cette image de l’espace, du fait de la variété de ses aspects » 3 . A cette variété s’ajoute chez Simmel une grande complexité de l’espace ; caractéristique épistémologique qui ne facilite pas l’analyse. Cet espace est principalement idéal en tant que représentation, mais il est aussi – et cet aspect nous paraît important pour ses travaux sur la ville – positif en tant que réalité matérielle et environnementale. Pendant la période de la parution des essais esthético-philosophiques sur les villes d’art italiennes de Rome (1898), Florence (1906) et Venise (1907) et l’essai sociologique sur la Métropole du Mitteleuropa (1903), la
G. SIMMEL, Sociologie. Etudes sur les formes de la socialisation, PUF, Paris, 1999. La première édition allemande date de 1908. 2 Les textes de Soziologie ont été réunis à la hâte par Simmel pour appuyer sa candidature à un poste de professeur ordinaire publié par l’Université de Heidelberg en 1908. Malgré l’appui ferme de Max Weber, Dilthey et une coalition hétéroclite antisémite ont écarté sa candidature. 3 Y. ATOJI, « L’image de l’espace chez Georg Simmel », in Sociologica, Vol. 16, n° 1, Tokyo, 1991, p. 1 ; voir aussi : Le monde de Georg Simmel : l’espace, la cité et la culture, Tokyo, 1989 (en japonais).
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signification et l’image de l’espace chez Simmel revêtent une importance particulière. Sans donner un poids excessif à ce que les historiens de Simmel appellent les trois périodes de sa vie et de son œuvre (Landmann 1968, Dahme 1981), mais en reconnaissant l’existence de cette réalité chronologique, nous dirions volontiers que ses études sur l’espace touchées par ses travaux sur les villes, concernent essentiellement les deux premières périodes de sa vie ; périodes que, par rapport à notre sujet, nous situons entre sa thèse d’habilitation sur Kant en 1883 et son essai esthétique Pont et Porte paru en 1909. Rappelons qu’à cette époque paraissent quatre œuvres majeures : La différenciation sociale (1890), Les problèmes de la philosophie de l’histoire (1892), La philosophie de l’argent (1900) et Soziologie (1908). Pendant cette période, l’image de l’espace chez Simmel oscille encore, sur le plan épistémologique, entre les thèses positivistes et kantiennes, pour virer ensuite, dans la dernière phase de sa vie, vers les thèses sans rivages de la philosophie de la vie. Et dans les domaines de l’esthétique et de l’art, les coordonnées de l’espace utilisées dans les essais tels que le Paysage de Böklin (1895), Esthétique et sociologie (1896), MichelAnge (1899), La signification esthétique du visage (1901), Rodin (1902), Goethe et Kant (1906), Le Christianisme et l’art (1907), - proximité, distance, symétrie, asymétrie, nord, sud, centre, noyau, sphère, réseau, lieu, clôture, pôle, intérieur, extérieur, frontière, paroi, direction, etc. – sont souvent, mais pas toujours, des métaphores, voire des allégories. « C’est par la métaphore spatiale de la distance et de la proximité, observe Simmel en 1907, que nous sommes souvent obligé de fixer la relation aux contenus psychiques, alors que celle-ci, dans son essence intime, est tout à fait étrangère, finalement, à un tel symbole en ce qu’il suppose d’extrêmement mesurable» 4 . Dans ces essais esthétiques et de l’art déjà cités et ceux traitant des phénomènes de socialisation tels que la migration, le nomadisme, le vagabondage ou l’étranger, présents aussi dans le chapitre IX de Soziologie (1908), apparaissent aussi, en tant que formes et contenus spatiaux symboliques- métaphysiques ou réels, les concepts spatiaux et temporels déjà à forte coloration vitaliste tels que la fluidité, le mouvement, le déplacement, la mobilité et la pulsion. Mais dans cette même période Simmel publie aussi, en partie à l’étranger, les essais et les articles sociologiques et psychosociologiques que nous caractériserions volontiers d’empiriques et proches des thèses
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G. SIMMEL, « Le christianisme et l’art », in La tragédie de la culture et autres essais, Editions Rivages, Paris, 1988, p. 145.

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positivistes, tels que L’influence du nombre des unités sociales sur les caractères des sociétés (1894), Le nombre de membres qui détermine la forme sociologique du groupe (1902), Des projections spatiales des formes sociologiques (1903), Sociologie de l’espace (1903) 5 . Dans ces travaux, l’espace et le temps apparaissent à la fois comme données spatiales, morphologiques, géographiques et matérielles dans l’analyse du processus de socialisation des groupes et de la société, en même temps que représentations symboliques, culturelles ou autres, en présence des concepts spatiaux tels que la proximité, la distance, le lieu, le nombre, la mesure, la fixité, la substance, la circulation, la maison et la ville. C’est notamment pour ces études empiriques sur l’espace que nous considérons aussi Simmel comme un des fondateurs de la morphologie sociale et critique dans ce domaine aussi des thèses de Durkheim. (Nous y reviendrons). La dynamique de cette oscillation simmélienne certes critique sur l’espace entre les positions positivistes et néo-kantiennes va parfois vers le dépassement de ces deux thèses, vers les positions métaphysiques de l’espace ; direction qui dépasse le cadre fixé pour notre travail. Ici nous voudrions souligner que Simmel restera fidèle jusqu’à sa mort à sa conception philosophique kantienne de l’espace, à savoir que c’est l’esprit (Geist) qui in fine confère à l’espace valeur, signification et sens. Comment pourrions-nous mieux cerner, sans trop la simplifier, l’image de l’espace chez Simmel ? « Son image, observe Y. Atoji, est basée sur le principe idéaliste : l’espace est notre représentation, cela dénote une position kantienne » 6 . Pour nous il s’agit plutôt chez Simmel d’une position critique et enrichissante de la vision kantienne de l’espace, et cela dès sa thèse sur Kant. En effet, si Simmel accepte le principe idéaliste kantien de la représentativité spatiale, il refuse cependant son apriorisme. Pour lui l’espace en tant que représentation et réalité physique et matérielle n’est nullement une entité homogène ou isotope. Régi par la centralité, l’espace simmélien est généralement composé d’un noyau centré, qu’il appelle parfois un « point crucial », délimité par ses
G. SIMMEL, « L’influence du nombre des unités sociales sur les caractéristiques des sociétés » in Annales de l’Institut international de Sociologie, n° 1, Paris, 1894, pp. 373-385 ; « The number of members as determining the sociological form of the group » in American Journal of Sociology, n° 8, 1902, pp. 1 - 46, 158 – 196 ; « Über räumliche Projektionen sozialer Formen » in Zeitschrift für Sozialwissenschaft, n° 6, 1903, pp. 287 – 302 ; « Soziologie des Raumes » in Jahrbuch für Gesetzgebung, Verwaltung und Volkswirtschaft im Deutschen Reich, n° 27, 1903, pp. 27 – 71. 6 Y. ATOJI, « L’image de l’espace chez Georg Simmel », op. cit., p. 2.
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frontières, semblablement à l’espace de Goethe qui est pour lui l’idéaltype. L’individu perçoit l’espace non pas en tant que totalité abstraite, quoiqu’il fasse partie des grandes classifications historiquement et anthropologiquement établies par les différentes sociétés et civilisations. L’espace simmélien n’est pas non plus perçu en tant que spatialité en général, mais comme « les configurations particulières des choses », comme il l’a défini par rapport à l’art figuratif 7 . Puisqu’il était influencé par Spencer dans la première étape de sa carrière, nous pouvons affirmer qu’il a mis en question l’empirisme de celui-ci, en tout cas en ce qui concerne l’espace, à savoir la position du sociologue anglais selon laquelle c’est essentiellement avec l’expérience individuelle que sont construits les concepts et les grandes catégories tels que l’espace et le temps. Pour Simmel, c’est par l’action réciproque (Wechselwirkung) régie à travers le processus de socialisation entre l’individu et la collectivité que se construit l’image de l’espace chez l’homme. Un autre père fondateur de la sociologie, Emile Durkheim, aborde à la même époque ces questions fondamentales de la sociologie naissante. Durkheim veut, comme le remarque Raymond Aron dans son ouvrage intitulé Les étapes de la pensée sociologique 8 , aussi surmonter l’opposition de l’apriorisme et de l’empirisme, pour établir sa théorie de la connaissance, par son étude sur le totémisme, dans son premier ouvrage majeur, Les formes élémentaires de la pensée religieuse, paru en 1912 9 . Rappelons que dans l’introduction de cet ouvrage, intitulé « Objet de la recherche. Sociologie et théorie de la connaissance », Durkheim développe sa conception, sans doute la plus importante, sur l’espace (et le temps). « L’empirisme, rappelle R. Aron, est la doctrine selon laquelle les catégories et de manière générale les concepts sortent directement de l’expérience sensible, cependant que, selon l’apriorisme, les concepts ou les catégories sont données dans l’esprit humain lui-même » 10 . Pour Durkheim, c’est la vie collective et elle seule qui permet de rendre compte des concepts et des catégories. Et R. Aron observe, avec un point de critique, que chez Durkheim « La pensée collective est différente en nature, que la pensée individuelle et les concepts sont des représentations qui s’imposent aux
G. SIMMEL, Sociologie…, op. cit., p. 559. R. ARON, Les étapes de la pensée sociologique, NRF Gallimard, Paris, 1967, « Emile Durkheim », pp. 317-405. 9 E. DURKHEIM, Les formes élémentaires de la pensée religieuse, Quadrige PUF, Paris, 1990, 2e édition. La première édition date de 1912. 10 R. ARON, Les étapes …, op. cit., p. 359.
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individus parce qu’ils sont des représentations collectives » 11 . Depuis la publication de De la division du travail social en 1893, la thèse de Durkheim est – et il y restera fidèle pendant toute sa vie – que l’individu naît de la société et non pas la société des individus, et pour étudier un phénomène social, il faut l’étudier objectivement, de l’extérieur. Dans son article sur l’anthropologie, publié en collaboration avec Marcel Mauss en 1903, intitulé De quelques formes primitives de classification 12 , portant sur les représentations collectives en Australie, en Chine et chez les Amérindiens, il conclut que les premières catégories importantes, telles que celles des classifications, de l’espace et du temps, développées chez l’homme, ne peuvent être que des catégories exclusivement d’origine sociale. « C’est parce que les hommes étaient groupés et se pensaient sous formes de groupes qu’ils ont groupé idéalement les autres êtres, et les deux modes de groupement ont commencé à se confondre au point d’être indistincts » 13 . A cause de ses fondements épistémologiques positivistes, teintés de scientisme, la théorie de l’espace de Durkheim est difficilement comparable à celle de Simmel, malgré les tentatives intéressantes dans ce domaine faites par des spécialistes de Simmel, tels que la sociologue allemande E. Konau ou le Japonais Y. Atoji, qui ont relevé l’approche évolutionniste et historique semblable, selon eux, de Simmel et de Durkheim concernant leur conception de l’espace. E. Konau souligne aussi leur différence, celle-ci étant en faveur de Simmel : « Pour Durkheim, la tradition, les aspects relationnels de l’espace symbolique sont déterminants, tandis que Simmel insiste davantage sur le côté relationnel de l’espace physique et inébranlable de la socialisation. Tous deux sont convaincus de l’émancipation des structures de l’espace en tant que tendance évolutionniste ou bien résultant historique de la division sociale. (…) Simmel développe enfin diverses formes de la relation et de l’émancipation évolutionniste de l’espace du processus de la socialisation, en les différenciant plus que Durkheim » 14 . Y. Atoji insiste plutôt sur la différence qui les sépare concernant l’image de l’espace chez Kant : « Il est clair que Durkheim critique l’image de l’espace proposé par Kant. Il se distingue sur ce point de Simmel qui admet le principe idéaliste, c’est-

Idem, p. 359. E. DURKHEIM, M. MAUSS, « De quelques formes primitives de classification », in L’Année sociologique, Paris, 1903. 13 Idem, p. 67. 14 E. KONAU, Raum und soziales Handeln, 1977 ; cité par Y. ATOJI, op. cit., pp. 6-7.
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à-dire que l’espace est notre représentation » 15 . Mais il se garde bien de critiquer la théorie positiviste de l’espace de Durkheim, en se contentant de citer les formulations principales de Durkheim sur l’espace contenues dans Les formes élémentaires…, notamment cette formulation du temps et de l’espace : « Non seulement elles viennent de la société, mais les choses mêmes qu’elles expriment sont sociales. Non seulement c’est la société qui les a instituées, mais ce sont des aspects différents de l’être social qui leur servent de contenu : la catégorie de genre a commencé par être indistincte du concept de groupe humain ; c’est le rythme de la vie sociale qui est à la base de la catégorie du temps ; c’est l’espace occupé par la société qui a fourni la matière de la catégorie de l’espace ; c’est la forme collective qui a été prototype du concept de force efficace, élément essentiel de la catégorie de causalité » 16 . Nous voyons que cette conception de l’espace où l’individu, si elle existe, est en rapport systémique d’infériorité et de soumission vis-à-vis de la société, ne pouvait par être partagée par Simmel. « Une autre raison, explique Durkheim dans la conclusion de son livre cité plus haut, que les éléments constitutifs des catégories aient dû être empruntés à la vie sociale : c’est que les relations qu’elles expriment ne pouvaient devenir conscientes que dans et par la société. Si en un sens, elles sont immanentes à la vie de l’individu, celui-ci n’avait aucune raison ni aucun moyen de les appréhender, de les réfléchir, de les expliciter et de les ériger en notions distinctes. Pour s’orienter personnellement dans l’étendue, pour savoir à quels moments il devait satisfaire aux différentes nécessités organiques, il n’avait nul besoin de se faire, une fois pour toutes, une représentation conceptuelle du temps ou de l’espace » 17 . L’individualité est une valeur majeure dans la sociologie de Simmel, comme l’ont montré H.J. Dahme (1986) et O. Rammstedt (1988), qui ont même considéré que sa théorie sur la modernité s’organise autour du sujet de l’individualité. Les caractéristiques de spatialité de l’individu font partie intégrante de sa capacité de socialisation. Dans l’approche sociologique de l’individualité – à ce sujet il parle parfois de « l’individualité quantitative » pour la distinguer de « l’individualité qualitative » davantage philosophique – Simmel considère que l’individualité se construit, au cours du processus de socialisation, à l’interaction des cercles et des groupes sociaux où l’individu est un
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Y. ATOJI, op. cit., p. 5. E. DURKHEIM, Les formes élémentaires de la vie religieuse,… op. cit., p. 628. Idem, p. 632.

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véritable acteur social. Il est donc loin de l’individu durkheimien dépendant, voire soumis à la société ; c’est un individu qui résiste à la pression de la société : « Les cercles des intérêts sociaux sont concentriques autour de nous : plus étroitement ils nous enserrent, et plus petits ils sont par nécessité. Mais en fait, l’homme n’est jamais un être seulement collectif, comme il n’est jamais un être seulement individuel (…) L’individu est désarmé devant la société entière ; ce n’est qu’en accordant une part de son Moi absolu à quelques autres et en se liant à eux qu’il peut encore préserver le sentiment de l’individualité, et ceci sans repli excessif sur soi, sans amertume ni extravagance. Même en élargissant sa personnalité et ses intérêts à ceux d’une série d’autres personnes, il s’oppose ainsi au reste de la collectivité pour ainsi dire avec un poids supérieur » 18 . C’est à cause de la relation hiérarchique entre la collectivité et l’individu par rapport à l’espace et au temps, que Durkheim n’a sans doute pas pu aller dans ses travaux jusqu’à l’échelle micro-sociologique pour pouvoir construire une sociologie de l’espace individuel. Les limites de la théorie durkheimienne de l’espace auraient-elles aussi une origine philosophique ? « Ce que Simmel a librement construit, est, observe le philosophe Jean-Louis Vieillard-Baron, une philosophie de l’esprit ; il prend le nom de Soziologie pour désigner toutes les analyses touchant à l’essence du lien social et aux rapports sociaux, mais jamais il ne coupe radicalement l’individuel et le social, en sorte que son œuvre dite « sociologique » est tout à fait opposée à celle de Durkheim » 19 . L’espace proche et l’espace lointain Une meilleure connaissance de l’individu et la prise de conscience de sa dimension psychique et micro-sociologique dans les manifestations diverses de sa spatialité ont permis à Simmel d’élaborer une série de concepts spatiaux pour l’esquisse d’une théorie de l’espace que nous pouvons regrouper autour de deux pôles bien distincts : l’espace proche et l’espace lointain, dont les deux concepts-pivots sont la proximité et la distance. Ces deux espaces sont bien centrés, fixés, avec des frontières existantes et décrites. L’espace proche – le concept d’espace personnel sera inventé plus tard par la psychologie de l’espace – est centré autour du corps propre de l’individu et va, en cercles successifs, jusqu’à
G. SIMMEL, Sociologie…, op. cit., pp. 694-695. Georg Simmel ; philosophie de la modernité, Préface et traduction de l’allemand par JeanLouis VIEILLARD-BARON, Editions Payot, Paris, 1989, p. 9.
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l’intimité du regard. Dans ce domaine nous nous attacherons plus particulièrement à analyser ses essais sur le visage et la parure, les notions de la porte et de la paroi, ainsi que celle du tableau et du portrait. L’espace lointain concerne la vaste étendue spatiale et temporelle à travers laquelle les collectivités et des individus mobiles s’approprient l’espace, en cercles spatio-temporels successifs selon les trajets et les budgets-temps. Dans ce domaine nous étudierons notamment les travaux de Simmel sur le paysage, le pont, la circulation, le nomadisme, le vagabondage et deux idéal-types plus élaborés : l’Etat et la Métropole. L’espace proche et l’espace lointain ont certes un fond épistémologique commun, mais avec deux approches méthodologiques différentes : l’approche de l’espace proche est davantage esthétique-psychologique et celle de l’espace lointain est davantage sociologique. Il n’y a cependant jamais chez Simmel, comme c’est le cas dans d’autres domaines, une séparation nette, une approche unique par rapport à ces deux types d’espace. En mettant dans ses études sur l’espace l’individu à égalité avec la collectivité, Simmel peut être considéré – en tous cas c’est notre hypothèse ici – comme un précurseur de la psychologie de l’espace qui est un carrefour disciplinaire important des sciences humaines et sociales, mais qui sera conceptualisée quelques décennies après sa mort. Certes les études sur la psychologie qui abordent l’espace débutent au cours de la troisième étape de la vie de Simmel, mais elles se cantonnent encore dans le domaine de la psychologie animale (J.V. Uexküll, H. Hediger, M.E. Howard). Elles permettent cependant pour la Umweltforschung germanique, très dynamique et inventive, la création des concepts de l’espace tels que le territoire, la frontière, la distance de fuite, la proximité corporelle ou la distance intime : des concepts spatiaux importants pour notre sujet et pour Simmel dans la première période de sa vie quand il a commencé à faire ses études sur la psychologie. Les études européennes et nord-américaines seront par la suite étendues à l’individu (enfant, malades mentaux) et son environnement proche et étendu, pour atteindre un très haut niveau interdisciplinaire : A. Moles (1959), E.T. Hall (1959) et P. Sivadon (1963), et seront appliquées à l’espace individuel et collectif. Simmel a pressenti, sans doute plus intuitivement que scientifiquement, qu’on pouvait construire une approche épistémologique de l’espace et du temps en partant de l’individu et de son corps propre, en élaborant un schéma de perception et d’appropriation à partir de l’être social comme centre mobile. Dans son schéma de psychologie de l’espace, A. Moles, qui
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est aussi l’auteur d’un essai remarquable sur le secret chez Simmel 20 , distingue huit « coquilles de l’homme » allant en cercles successifs de l’individu et de son corps propre jusqu’à l’étendue du projet 21 : 1 – le corps propre ; 2 – le geste immédiat ; 3 – le domaine visuel ; 4 – la sphère d’appropriation personnelle ; 5 – le lieu charismatique : le quartier ; 6 – la coquille de l’anonymat : la ville centrée ; 7 – la région de l’agenda ; 8 – l’espace de projets 22 . L’espace proche de Simmel va, en fait, du corps propre (visage) via le regard (portrait), jusqu’aux relations interpersonnelles rapprochées et à la maison (porte, parois). L’espace proche simmélien correspondrait ainsi aux quatre premières coquilles d’A. Moles. Dans le schéma de psychologie de l’espace de E.T. Hall, l’espace proche est cerné par quatre distances :distance intime, distance personnelle, distance des négociations impersonnelles et distance publique rapprochée 23 . Et dans le schéma de P. Sivadon nous avons trois zones d’espace proche : l’espace péricorporel, l’espace gestuel élargi et l’espace du regard intime 24 . Proximité et distance Les concepts spatiaux de proximité et de distance seront développés par Simmel dans le cadre de ses travaux sur l’espace proche et l’espace lointain, principalement dans deux directions disciplinaires : l’esthétique et la sociologie. Pour ce qui concerne l’art, Simmel part, dans ses essais
20 A. MOLES, « Du secret comme expression de la réactivité sociale : contribution à la sociopsychologie de Simmel », in P. WATIER (Dir.), Georg Simmel, la sociologie et l’expérience du monde moderne, Méridien Klincksieck, Paris, 1986, pp. 221-234. 21 « Le premier système est celui de l’évidence sensible, de la perception immédiate : le Moi est le centre du Monde. (…) Une phénoménologie de l’espace, tout comme une phénoménologie du temps partira du lieu de mon corps, Ici et Maintenant, elle le prendra comme centre. A mon instant de vie, à mon point de vue, le monde se découvre et s’échelonne autour de moi en coquilles successives, perspectives, subjectives. (…) Un second système d’appréhension sous-tend la connaissance que l’homme s’acquiert de l’espace. Nous l’appellerons ici, en l’opposant au précédent, philosophie de l’étendue que nous rattacherons, pour ordre, à la pensée « cartésienne », créatrice des axes de coordonnées pour mesurer l’étendue ». in A. MOLES, E. ROHMER, Psychologie de l’espace, Casterman Poche, Paris, 1972, pp. 8-9. 22 Idem, chapitre III, pp. 41-62. 23 E.T. HALL, Le langage silencieux, Seuil, Paris, 1984 (La première édition américaine date de 1959) ; La dimension cachée, Seuil, Paris, 1978 ; voir aussi : « Language of space » in AIA Journal, Feb. 1961, pp. 71-74. 24 P. SIVADON, « Constantes psychologiques », in Revue Réalités, 1965 ; « Le problème de l’espace à l’hôpital psychiatrique », in Acta neurologica et psychiatrica Belgica, Vol. 62, 1963 ; « Espace vécu, incidences thérapeutiques », in L’évolution psychiatrique, 1963, T. XXX, fasc. III.

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