Six mois qui incendièrent le monde, juillet-décembre 1914

De
Publié par

28 juin 1914 : lorsque l’assassinat de François-Ferdinand allume la mèche, la guerre, que l’on croyait pouvoir limiter aux Balkans, s’internationalise par le jeu des alliances. Alors que certains pays se tournent vers la neutralité, d’autres, comme la France, l’Allemagne, la Russie et l’Autriche-Hongrie, mobilisent plusieurs millions d’hommes.
Les premiers combats aux frontières déjouent les prévisions : résistance des Belges, victoire allemande imprévue à Tannenberg, échec de l’offensive française en Alsace et Lorraine, échec du plan Schlieffen dont l’Allemagne attendait la victoire en moins de quarante jours, sursaut français sur la Marne.
La guerre se prolonge et s’étend au Proche-Orient, sur les mers, dans les airs, aux colonies. Tous espéraient une guerre courte, finie au plus tard pour Noël ; il faut maintenant s’engager dans une guerre longue. Sur des fronts continus, les combattants s’enterrent dans des tranchées ; c’est une situation qui déconcerte des états-majors impuissants.
1914, ce sont six mois qui s’achèvent par l’enlisement et le piétinement sur place, six mois qui conduisent à un face-à-face défensif et meurtrier, six mois qui engagent les belligérants dans une guerre mobilisant toutes leurs ressources humaines, économiques et morales, six mois qui mènent à une Grande Guerre dont les contemporains ne peuvent prévoir ni la fin ni le résultat. L’assentiment des peuples se fait dans l’effroi d’une conscience de la généralisation du conflit à l’ensemble du monde.
Publié le : jeudi 20 mars 2014
Lecture(s) : 2
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9791021006393
Nombre de pages : 560
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat
Cet ouvrage est publié sous la direction de Denis Maraval.
Éditions Tallandier – 2, rue Rotrou – 75006 Paris
www.tallandier.com
© Éditions Tallandier, 2014. Cartographie © Flavie Mémet/Éditions Tallandier, 2014.
EAN : 979-10-210-0639-3
Ce document numérique a été réalisé parNord Compo.
AVANT-PROPOS
Août 1914. En quelques jours, l’Europe bascule dans la guerre. Ce dénouement rapide continue de nous surprendre. Certes, la guerre était dans les esprits et depuis plus de quarante ans les états-majors la préparaient. Pourquoi s’est-elle déchaînée à ce moment et si rapidement sur le continent européen ? Pourquoi, à partir de l’Europe, s’est-elle étendue à une grande partie du monde ? Le point de départ est un crime politique : l’assassinat le 28 juin 1914, à Sarajevo en Bosnie-Herzégovine, de l’archiduc François-Ferdinand, l’héritier du vieil empereur François-Joseph. Dans les jours qui suivent, personne ne pense à une guerre entre les grands États. Au pire, on prévoit une nouvelle guerre balkanique limitée dans laquelle l’Empire austro-hongrois serait cette fois impliqué. Brusquement, dans la dernière décade de juillet, tout s’accélère ; en quelques jours, l’Europe bascule de la paix à la guerre, une guerre qui mobilise d’emblée des millions d’hommes, une guerre qui s’étend aux colonies et à une grande partie du monde. Pourquoi les dirigeants européens se sont-ils précipités tête baissée dans la guerre ? Pourquoi, cette fois, la négociation a-t-elle été impuissante à trouver les compromis qui auraient pu maintenir la paix ? Il faut commencer par revisiter avec des yeux neufs la crise de juillet 1914 et plus spécialement la semaine qui commence le soir du 23 juillet et au cours de laquelle tout bascule. Pourquoi, par qui et comment ont été prises les décisions ? Une explication est souvent avancée, celle de l’engrenage implacable de la mécanique des alliances. Par défaut, on se résigne à invoquer la fatalité. Or aucune guerre n’est fatale ; toute guerre est évitable. Il faut donc identifier ceux qui ont pris les décisions, les conditions dans lesquelles ils les ont prises, transmises et fait appliquer, les informations dont ils disposaient, les buts qu’ils recherchaient, leurs erreurs et leurs défaillances. Il faut déterminer les lieux, les dates précises où l’irréparable a été consommé. Bref, il faut passer des rumeurs, des accusations sans preuves, des dénonciations, à un examen lucide et nuancé des responsabilités. Lors des déclarations de guerre, tous les augures prédisaient une guerre courte. La décision interviendrait avant Noël. Toutes ces prévisions initiales ont été déjouées. Pour la première fois depuis un siècle, depuis la fin des guerres napoléoniennes, tous les grands pays, tous les grands peuples sont engagés d’emblée dans la guerre : les Russes, les Allemands, les Français, les Anglais, les multiples peuples de l’Autriche-Hongrie. C’est avant tout une guerre des peuples et des États. En raison de la participation de la Grande-Bretagne, c’est une guerre mondiale qui s’amorce, car celle-ci entraîne derrière elle tout son empire. La guerre se déroule dans l’Ouest, dans l’Est et dans le Sud de l’Europe, sur les mers, dans les airs et jusque dans les colonies d’Afrique, d’Asie et du Pacifique. Les pays du continent américain, qui (sauf le Canada) restent à l’écart jusqu’en 1917, en subissent rapidement les conséquences sur leurs activités économiques et financières et leurs relations avec l’Europe. Ce livre est consacré aux cinq premiers mois de la guerre. À l’ouest, et plus encore à l’est, durant les premières semaines se déroule une guerre de mouvement : les
fantassins, les artilleurs, les cavaliers se déplacent sur des dizaines de kilomètres ; ils chargent à la baïonnette et engagent des corps à corps meurtriers. Est-ce 1870 qui recommence ? Immédiatement, les soldats de 1914 découvrent, soudain et à leurs dépens, une terrible différence apportée par le progrès technique des fusils, des mitrailleuses et des canons ; victimes de la puissance et de la précision du feu, ils périssent par dizaines de milliers. Les offensives initiales tournent vite court ; aucune décision n’intervient ; des fronts continus s’établissent et pour passer l’hiver, les soldats s’enterrent dans des réseaux de tranchées. Notre regard se porte d’abord et pour l’essentiel sur les grands pays belligérants ; il doit aussi observer les pays qui se sont déclarés neutres. Sont-ils tous destinés à le rester ? Certains ne se préparent-ils pas à rejoindre l’un ou l’autre des deux camps ? Les neutres subissent les conséquences du conflit ; ils sont d’abord des pays de contacts où s’opèrent des transferts commerciaux et financiers ; ils sont aussi des pays où chacun des deux camps se livre à la propagande et à l’espionnage, des pays enfin qui portent un regard sur les misères et les horreurs de la guerre et qui peuvent chercher à les atténuer. Enfin, il faut mesurer la place des événements de l’année 1914 dans la suite de la guerre, la façon dont ils ont été perçus, vécus et compris, car ils pèsent directement ou implicitement sur les décisions des états-majors et des gouvernants et sur les comportements des combattants et des civils. Rapidement, ils sont commémorés et entrent dans les mémoires nationales. Deux débats importants commencent durant la guerre et se poursuivent presque jusqu’à nos jours : le débat sur les responsabilités des politiques et des militaires dans le déclenchement du conflit et les débats sur les atrocités et crimes de guerre commis par les armées allemandes en août et septembre 1914. Entre militaires, les débats sur les combats de 1914 se sont prolongés au-delà de la guerre : du côté français, sur la Marne et sur les responsables de la défaite de Morhange ; du côté allemand, sur tout ce qui se rapporte à l’occultation de la défaite de la Marne et à l’exaltation de la victoire de Tannenberg. Un siècle après, il est nécessaire d’engager une nouvelle réflexion d’ensemble sur l’année 1914, sur le passage de la paix à la guerre, sur des événements militaires inattendus qui ont déjoué toutes les prévisions. Le temps des témoins et des histoires engagées doit céder la place à une histoire plus sereine et dégagée enfin des passions et des cultures nationales. L’historien est submergé par des milliers de publications qui défient la synthèse. En confrontant les nombreux témoignages et en les associant, en prenant appui sur les nouveaux territoires de la recherche, il semble possible de porter un nouveau regard, critique et distancé, sur deux phénomènes majeurs : le passage de la plus grande partie de l’Europe et du monde, de la paix à la guerre, et l’étonnante mutation d’une guerre que tous prévoyaient courte en un conflit mondial interminable qui n’a cessé de s’étendre et qui a encore duré quatre longues années, jusqu’au 11 novembre 1918. La guerre de 14 est alors devenue la Grande Guerre. Cette guerre qui a mobilisé des millions d’hommes est la première des guerres de masse. Grâce aux travaux des chercheurs de nombreux pays, bien des zones d’ombre sont désormais connues. Sont-elles toutes éclairées et résolues ? Nous ne le croyons pas. Des documents importants ont disparu et cette disparition laisse la place à des hypothèses et à des interprétations parfois contradictoires. Certes, nous pouvons maintenant mettre l’accent sur des questions que les contemporains, bousculés par la rapidité avec laquelle les événements se succédaient, n’avaient eu ni le temps ni les moyens de
soulever. Recherche et réflexion sur le matériel disponible progressent de pair. Les historiens ne cessent de s’interroger.
CHAPITRE PREMIER
LES RISQUES DE GUERRE
e Au début du XX siècle, la guerre est présente dans les esprits de la plupart des Européens. L’instauration du service militaire obligatoire dans presque tous les pays, même les neutres, et l’attention portée par chaque pays à la protection de son territoire en témoignent. Jamais les armées permanentes n’ont été si nombreuses, jamais les budgets militaires n’ont été aussi élevés. Jamais on n’a compté en temps de paix autant de casernes, de camps, d’établissements militaires, de forts, d’hommes sous les drapeaux ! Et pourtant, les hommes politiques et les souverains tiennent des discours de paix ; les états-majors des grands pays peuvent préparer la guerre future, les hommes politiques se gardent bien de la souhaiter. Guillaume II ne se présente-t-il pas comme l’empereur de la paix ? Au cœur de l’Europe continentale, trois facteurs de tension sont susceptibles d’engendrer un grand conflit : l’antagonisme franco-allemand, l’antagonisme germano-russe et l’affaiblissement de l’empire multinational d’Autriche-Hongrie.
Alliances et systèmes d’alliances
À partir de 1890, les grandes puissances se sont progressivement regroupées, selon leur position géopolitique, leurs intérêts et parfois leurs affinités, en deux systèmes d’alliances : la Triple-Alliance ou Triplice d’un côté, la Triple-Entente d’un autre. On compare parfois cette configuration avec le partage de l’Europe en deux blocs, celui de l’ouest et celui de l’est, situation qui s’est imposée entre 1947 et 1990. Mais ce qui s’est passé après la Seconde Guerre mondiale est totalement différent : c’était un système mondial organisé autour des États-Unis et de l’Union soviétique ; l’Europe était coupée en deux du nord au sud alors qu’avant 1914 le pôle central était l’Empire allemand, plus étendu que la République fédérale d’aujourd’hui. Entre les pays européens, rien n’était fermé, rien n’était bloqué par des frontières fortifiées et militarisées ; les hommes circulaient librement, à l’exception de la Russie, un monde encore un peu à part. La plupart des petits pays ou presque étaient neutres ou avaient l’intention de proclamer leur neutralité si les grandes puissances entraient en conflit. La plus ancienne de ces alliances remonte à la fin des années 1870. Son noyau dur continental associe les deux Empires centraux, l’Empire allemand et l’Empire austro-hongrois, qui ont signé le traité dit de Duplice en 1879, renouvelé en 1889 puis devenu permanent. Cet héritage de Bismarck a naturellement évolué : l’Allemagne s’est renforcée tandis que l’Empire austro-hongrois, le brillant second, s’est affaibli sur le plan politique. En effet, à terme, il paraît même menacé d’éclatement par les revendications des peuples slaves qui aspirent à fonder leurs propres États nationaux.
Les intérêts de Vienne sont dans les Balkans où les Austro-Hongrois administraient depuis 1878 la Bosnie-Herzégovine, territoire qu’ils ont annexé en 1909, au grand mécontentement de la Russie et du petit royaume de Serbie. L’Allemagne doit gérer l’antagonisme austro-russe dans les Balkans où la Russie s’est instituée protectrice des Slaves et n’a pas renoncé à s’avancer jusqu’à Constatinople et aux détroits qui lui ouvriraient la Méditerranée. Dans les années 1880, le royaume d’Italie est venu s’associer à la Duplice dans le cadre de la Triple-Alliance ou Triplice. Entre ces trois e pays, les liens ont surtout été étroits à la fin du XIX siècle lors du passage au pouvoir de Francisco Crispi, au point d’obliger la France à fortifier sa frontière alpine. La Triplice, qui a été renouvelée pour cinq ans en 1912, est un accord strictement défensif : elle prévoit que l’Italie n’interviendrait aux côtés de l’Allemagne que si celle-ci était attaquée. L’Italie est le maillon faible de la Triplice, car elle s’est rapprochée de la France. À Rome, l’ambassadeur français, Camille Barrère, suit avec beaucoup d’attention les relations entre les deux pays et veille à apaiser leurs éventuels conflits. Les relations avec Vienne se sont dégradées, car l’Italie revendique les territoires peuplés d’Italiens et restés dans l’empire d’Autriche-Hongrie : Trieste, le Frioul, le Trentin, l’Istrie et les îles de la côte dalmate, ce que les Italiens appellent les « terres irrédentes ». L’Autriche-Hongrie, qui entend bien conserver ces territoires, entretient une marine de guerre à Pola et à Raguse et dispose d’une fenêtre sur la mer Adriatique. Ce refus persistant et cette présence navale indisposent l’Italie. Le second système d’alliance, la Triple Entente, est encore plus lâche et plus fragile que la Triplice. Son noyau dur est la convention militaire franco-russe négociée en 1892 et ratifiée en 1892-1894. En août 1912, le président du Conseil et ministre des Affaires étrangères Raymond Poincaré est venu renforcer les liens lors d’un voyage en Russie. Ce premier voyage a été critiqué par ses adversaires moins au moment où il a été accompli que plus tard, lorsque s’est engagée la campagne « Poincaré la Guerre ». Poincaré affirme qu’il ne connaissait pas le texte exact du traité de 1894 et qu’avant son voyage il s’était fait ouvrir l’armoire de fer où était conservé le document dans une enveloppe portant une note manuscrite du président Félix Faure. Il a constaté que les accords franco-russes étaient strictement défensifs et ne joueraient qu’en cas d’agression de l’Allemagne. En aucun cas la Russie n’avait assuré son soutien militaire à la France dans l’hypothèse où celle-ci se lancerait dans une guerre de revanche pour reconquérir l’Alsace-Lorraine. Cette alliance durait depuis plus de vingt ans et avait été consolidée par un important volet financier qui avait permis à l’État russe de placer ses emprunts sur le marché français et, entre autres, de construire son réseau ferré ; elle avait résisté à plusieurs difficultés et tentatives de dissociation de la part de l’empereur Guillaume II. Le but du voyage du président du Conseil en 1912 est d’établir une « pratique plus intime, plus étroite de l’alliance ». En effet, la Russie s’est engagée dans les Balkans sans en avertir son allié et lors de son voyage Poincaré découvre des « accords balkaniques » signés à l’insu de la France. Plusieurs historiens ont affirmé qu’il avait donné à son allié « ce qui équivalait à un chèque en blanc » et transformé de fait l’alliance défensive en alliance offensive. C’est aller beaucoup trop loin. Certes, Poincaré s’est placé dans une politique de bloc, ce qui pouvait inquiéter l’Allemagne. On peut dire aussi que la paix de l’Europe reposait sur un équilibre des forces. Rendre l’alliance plus efficace, c’était aller dans ce sens et non dans celui de la guerre. Ce premier voyage a été étudié par Pierre Renouvin puis, un demi-siècle plus tard, par René Girault. À la lecture des journaux français, Poincaré apparaît comme un patriote
clairvoyant qui a resserré les liens entre les deux pays et acquis une stature internationale. La réalité est plus modeste. Même s’il est excessif de parler d’« enterrement de première classe » comme le fait Girault, on ne peut aller jusque-là puisque les négociations financières entre les alliés se poursuivent. Dans le sens inverse, d’autres estiment que par ce voyage Poincaré a mis le doigt dans l’engrenage fatal de la guerre. Aucun document ne permet de soutenir cette interprétation. Son objectif n’est pas de provoquer l’Allemagne, mais plutôt de « prêter à nos alliés un concours effectif et veiller au maintien de la paix européenne ». Cette alliance franco-russe est-elle aussi solide qu’on l’a dit ? Elle comporte deux éléments de fragilité : le régime tsariste est faible et une guerre un peu longue pourrait le mettre en difficulté ; la présence dans l’administration et l’armée russes d’hommes et d’officiers de culture allemande pourrait lui faire rechercher un accommodement avec l’Allemagne. Les deux alliés encadrent l’Empire allemand : à l’est l’Empire russe, à l’ouest la France. En raison de cette position géographique se répand en Allemagne l’idée courante que le pays serait menacé d’un encerclement(Einkreisung) qui serait un obstacle majeur à son développement. Cet encerclement, auquel la marine anglaise apporterait son concours, deviendrait de plus en plus inquiétant au point que l’intérêt du pays serait de le rompre. C’est l’argument de ceux qui suggèrent une guerre préventive pour le briser. Mais n’est-ce pas largement imaginaire ? En 1914, rien n’empêche le commerce allemand de gagner des positions dans le monde, ni l’Allemagne de communiquer avec ses colonies. Le mot « encerclement » se retrouve souvent dans les propos des journalistes, les interventions des hommes politiques, des responsables de la marine. Est-ce une réalité, une menace ou une impression ? Dans ce qu’on appelle la Triple Entente, la place de la Grande-Bretagne est bien délicate à cerner. Elle est une puissance mondiale ; elle possède la première marine du monde, malgré la concurrence allemande ; elle n’est liée à ses partenaires par aucun traité ; avec eux, elle n’a contracté aucune obligation militaire. D’ailleurs, ses moyens ne le permettraient pas, car le service militaire obligatoire n’a pas été introduit en Grande-Bretagne ; elle dispose seulement d’une petite armée de terre d’engagés. Avec cette armée de métier, elle doit assurer diverses formes de présence et de protection dans son immense empire ; pour remplir cette mission, elle s’est assurée l’aide de troupes indigènes. Par rapport aux armées de masse allemande, française et russe, l’armée anglaise est dérisoire. Serait-elle en mesure d’intervenir sur le continent ? Il faudrait aussi que le gouvernement et la population l’acceptent. Or rien de tel ne s’est produit depuis 1815 ! Avec la Russie, la Grande-Bretagne n’a contracté aucune obligation militaire en Europe. De même, avec la France, l’« Entente cordiale » n’en comporte pas ; lors de la dernière crise marocaine, il faut signaler que la diplomatie anglaise a aidé la France et que des contacts discrets ont été noués entre les états-majors. Dans l’hypothèse d’une guerre européenne, la Grande-Bretagne a préparé un petit corps expéditionnaire qui pourrait, selon les circonstances, intervenir sur le continent. En 1913, à la suite de l’échec des négociations navales entreprises à Berlin par Lord Haldane, ministre anglais de la Guerre, des accords navals ont été signés avec la France en cas de guerre : la France assurerait la surveillance de la Méditerranée, la Grand-Bretagne prendrait en charge l’espace Manche-mer du Nord, beaucoup plus dangereux et beaucoup plus stratégique, car elle pourrait s’y heurter à la marine de guerre allemande si celle-ci cherchait à s’avancer en mer du Nord. Les dirigeants allemands pensent que l’Angleterre n’interviendra pas sur le continent ; si elle prenait
ce risque, elle arriverait trop tard pour peser sur les événements militaires ; les moyens terrestres de l’Angleterre sont trop dérisoires pour dissuader l’Allemagne, pour modifier le rapport de force et pour entraver la rapidité d’une offensive terrestre allemande.
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.