Société numérique

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Quels regards portés sur la société numérique ? Quels sont ses rouages institutionnels ? Et comment les bâtisseurs de l'économie virtuelle ont-ils pensé l'architecture techno-symbolique des réseaux mondiaux de communication ? L'affirmation de cette société s'accompagne de représentations idéologiques et d'initiatives - incitatives et régulatrices - qui font écho à celles qui étaient produites au sujet des premiers réseaux de télécommunication de type télégraphique. En définitive, quel avenir donner à cette société où chacun peut prendre part ?
Publié le : dimanche 15 mai 2016
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EAN13 : 9782140009303
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Quels regards portés sur la société numérique ? Quels sont ses
rouages institutionnels ? Et comment les bâtisseurs de l’économie
virtuelle ont-ils pensé l’architecture techno-symbolique des réseaux
mondiaux de communication ?
L’affrmation de cette société s’accompagne de représentations
idéologiques et d’initiatives – incitatives et régulatrices – qui font
écho à celles qui étaient produites au sujet des premiers réseaux de
télécommunication de type télégraphique.
Entre tensions et crispations, la société de l’information et de la
communication est traversée par des dynamiques socio-culturelles
qui se développent non sans complexité. En défnitive, quel avenir
donner à cette société où chacun peut prendre part ?
Tiphaine Zetlaoui est maître de Conférences en Sciences de
l'Information et de la Communication à l'Université catholique de
Lille au sein du Département Médias, Culture et Communication
(MCC). Docteure en sciences politiques de l'Université
PanthéonSorbonne à Paris 1, elle centre ses recherches sur l'articulation entre
les pouvoirs publics et les technologies numériques. Elle a publié de
nombreux articles dans ce domaine et a assumé la responsabilité
éditoriale de numéros et dossiers portant sur les représentations
idéologiques et politiques que génèrent les nouveaux outils de la
communication.
ISBN : 978-2-343-09098-6
15 e 1


Illustration de couverture : dessin original de Nicolas Lannoy, 2016.



















































Société numérique













































© L’Harmattan, 2016
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-09098-6
EAN : 9782343090986
Tiphaine ZETLAOUI
















Société numérique






























La collection De VISU

Focalisée en direction de l’audiovisuel dans son sens le
plus large et plus particulièrement des médias et des
multimédias, la collection De VISU est un outil de travail
destiné aux étudiants, aux enseignants en communication,
en audiovisuel ou en cinéma, mais aussi aux
professionnels de ces différentes disciplines.

Alliant exigences théoriques et facilité d’accès, cette
collection d’ouvrages courts et de synthèses est ouverte à
de jeunes chercheurs et à des professionnels/experts ainsi
qu’à des chercheurs confirmés livrant le fruit de leurs
réflexions sous forme de prémisses ou d’aboutissement de
leur recherche ou de leur mission dans ces différents
domaines.

Les productions originales et innovantes contribuent à
défricher les champs de recherche ou d’expertise en cours
de construction et à éclairer la compréhension des enjeux
actuels et à venir.

Yannick Lebtahi
Directrice de collection


6 Introduction


Les sociétés numériques se développent au rythme
effréné des Nouvelles Technologies de l’Information et de
la Communication (NTIC). Celles-ci recouvrent
l’ensemble des dispositifs de traitement et de transmission
de l’information issus principalement de l’informatique,
des réseaux de télécommunication et du multimédia. Pour
expliquer ce phénomène massif de numérisation mondiale
amorcé à la fin du XXe siècle, une pluralité de facteurs est
à prendre en considération tels que technologique,
sociopolitique, économique et symbolique.
Grâce à la codification binaire (0/1) des données, le
procédé digital est plus performant que le système
analogique en ce sens où les conditions de traitement de
l’information combinent à la fois la rapidité de circulation
des données et leur capacité de stockage à une malléabilité
1multi et trans-médiatique sans précédent . Par exemple le
remplacement du réseau analogique de télévision par le
réseau terrestre numérique (TNT) a permis d’améliorer la
qualité de retransmission des images et de démultiplier les
canaux ainsi que les supports de diffusion des chaînes
hertziennes au niveau planétaire. Les réseaux Internet et
mobile doivent également leur impressionnante
convergence et sophistication à la technique numérique.
Cette société n’existerait pas, du moins en France,
sans les représentants politiques qui ont promu et
continuent de promouvoir l’expansion de ces (N)TIC. Ces
derniers vantent ainsi leurs bienfaits en adoptant des
mesures législatives qui oscillent entre dérégulation et
régulation du marché. L’objectif étant de dynamiser

1
Phénomène matérialisé par l’émergence d’un « big data » lequel
génère des méga données électroniques.
7 l’économie du secteur et d’encourager les entreprises et les
citoyens à prendre part au mouvement.
Notons toutefois que l’expansion de ces outils n’est pas
dénuée de contradictions ni de complexité. Les réseaux
électroniques sont traversés par des zones d’opacité qui les
rendent difficiles à étudier.
En outre, l’impact du phénomène de numérisation
n’est pas aussi révolutionnaire que certains experts le
laissent entendre.
Force est de reconnaître que ces nouveaux outils sont
portés par des dynamiques sociales souvent conflictuelles,
voire contradictoires, sachant que le poids des traditions
tend parfois à s’imposer face à l’affirmation d’une
modernité technologique aux contours souvent incertains.
Qui plus est, il existe à l’époque contemporaine des pans
de la réalité non touchés ou non concernés par les
techniques digitales.
Par ailleurs, l’analyse des représentations
idéologiques notamment produites par le politique au sujet
des premiers réseaux de télécommunication tels que le
télégraphe électrique, permet de mettre en évidence des
points de correspondance entre des périodes qui a priori
semblent se différencier.
En définitive, les enjeux du numérique dépendent
de paramètres aussi bien structurels et propres à l’objet
réticulaire lui-même que variables et circonstanciels
circonscrits à chaque territoire et société.
C’est pourquoi l’objet de ce travail relève d’une démarche
diachronique qui est sensible à la fois aux points de
continuités entre les époques et aux effets de fluctuations
d’une période ou d’un espace à l’autre.
Nous explorerons les mécanismes de la société
numérique selon quatre axes d’orientation. Nous les
développerons en nous appuyant sur des analyses
produites par des experts ou en nous référant à des extraits
8 d’entretiens réalisés avec des professionnels du secteur. Le
premier axe s’intéresse au rôle et à la place que jouent les
pouvoirs publics qu’ils soient centraux ou locaux dans
l’émergence d’une « société communicationnelle » à
l’aune des systèmes de représentations et d’actions
politiques que les réseaux d’information cristallisent
depuis le XIXe siècle. Le second axe examine l’économie
de ces Nouvelles Technologies. Nous mettons en ce sens
en évidence les logiques de restructuration qui traversent
ce secteur depuis quelques décennies en nous intéressant
aux différentes lois qui ont marqué l’histoire de sa
libéralisation. Le troisième volet porte sur les enjeux
culturels des Technologies de l’Information et de la
Communication, nous questionnons les formes de
renouveau qu’elles matérialisent dans l’art et le mode de
vie des individus. Le dernier volet est quant à lui consacré
à une réflexion d’ordre épistémologique. Nous tentons ici
de mettre en exergue les mutations du phénomène de
numérisation en nous interrogeant d’un point de vue
cognitif à l’introduction d’une « complexité quantique »
dans l’ordre techno-organisationnel du réel.

9
10 Les pouvoirs publics français face aux TIC


L’État
Le processus de numérisation de la société
française débute au milieu des années 90 et suit de près
celui amorcé aux États-Unis. Il est en grande partie assuré
par les pouvoirs publics notamment étatiques. Ces derniers
favorisent et encadrent le développement des NTIC en
incitant les entreprises et les citoyens à les utiliser.
La dominante posture technophile
Au niveau international, ce sont les États-Unis qui
impulsent la volonté de développer les NTIC. Plus
précisément, c’est pendant la campagne du candidat
démocrate Bill Clinton de 1992 que le futur vice-président
américain Al Gore fait référence aux « autoroutes de
l’information ». La mise en place d’une série de mesures
œuvrant à la création d’une « National Information
Infrastructure » (NII) s’affirme par la suite comme une
nécessité. L’objectif de ce programme qui est fixé dans
l’« Agenda for Action on the National Information
Infrastructure (NII) » présente ces autoroutes comme un :
système permettant de fournir à tous les
Américains l’information dont ils auraient besoin
2quand et où ils le voudraient, à un prix accessible .
Pour reprendre les propos d’Al Gore l’envergure de leur
impact est historique :
Les nouvelles technologies qui renforcent la
capacité de créer et de comprendre l’information
ont toujours provoqué des changements

2 Publié par le gouvernement des États-Unis en septembre 1993, il est
appliqué au cours du premier mandat d’Al Gore :
<http://sunsite.unc.edu/nii/NII-Agenda-for-Action.html>.
11 spectaculaires dans la civilisation […]. Il ne fait
plus aucun doute que [ces nouvelles] machines
vont remodeler la civilisation humaine encore plus
rapidement et plus profondément que ne l’avait fait
3l’imprimerie .
Cet état de fait a des répercussions en Europe
puisque la Commission européenne édite un an après une
série de rapports sur le thème de la « Société de
l’Information et de la Communication » (SIC). Le premier
de la série s’intitule « Croissance, compétitivité et emploi :
les défis et les voies pour entrer dans le XXIe siècle ». Il
soutient l’impact positif de l’économie informationnelle
sur la compétitivité et l’emploi des États européens. Cette
idée sera reprise en 1994 par le Commissaire Martin
Bangemann dans son rapport sur « l’Europe et la société
de l’information planétaire ». Il préconise aux pouvoirs
publics la mise en application de mesures spécifiques.
En France, une prise de conscience politique
commence à se dessiner en 1995 sous le Gouvernement
d’Alain Juppé et la Présidence de Jacques Chirac. La
publication par le Commissariat général au plan en 1996
du rapport intitulé « Les réseaux de la société de
l’information » issu d’un groupe d’étude présidé par
Thierry Miléo conforte ce tournant. Le rapport a pour
objet de sensibiliser – par le biais de mesures stratégiques
à adopter – les pouvoirs publics aux enjeux des
technologies numériques alors que la déréglementation du
secteur des télécommunications vient d’être votée. Cette
prise de conscience atteint sa culminance lors de la
cohabitation avec la nomination du Premier ministre
Lionel Jospin. Dès sa prise de fonction, ce dernier instigue
un Programme d’Action pour faire entrer la France dans la
Société de l’Information (PAGSI). Six chantiers

3
Gore, Al. Infrastructure for the global village. Scientific american,
numéro spécial sur l’informatique au XXIe siècle, 1995, pp. 156-159.
12

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