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Sociologie de l'activité

De
126 pages
Cet ouvrage est un essai critique qui a pour objet l'activité en tant qu'élément essentiel de l'action collective. Il s'agit de revenir sur différents concepts de la sociologie afin d'en éprouver le sens au regard de cette dynamique actuelle qu'est la globalisation. Parmi ces concepts on retrouve les notions classiques d'institution, de communauté, de rapports sociaux, d'individuel et de collectif, de classe sociale, de progrès, de réseaux...
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SOCIOLOGIE DE L'ACTIVITÉ

@L'Hannattan,2005 ISBN: 2-7475-8381-3 EAN: 9782747583817

Roland GUILLON

SOCIOLOGIE DE L'ACTIVITÉ
Une lecture critique de la globalisation

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris France

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Degli Artisti 15 10214 Torino ITALlE

Logiques Sociales Série Déviance dirigée par Philippe Robert et Renée Zauberman
La série Déviance a pour vocation de regrouper des publications sur les normes, les déviances et les délinquances. Elle réunit trois ensemb les: Déviance & Société qui poursuit une collection d'ouvrages sous l'égide du comité éditorial de la revue du même nom; Déviance-CESDIP qui publie les travaux du Centre de recherches sociologiques sur le droit et les institutions pénales; Déviance-GERN, enfin, qui est destinée à accueillir des publications du Groupe européen de recherches sur les normativités. DÉVIANCE-GERN Groupement de recherche du Centre national de la recherche scientifique, le GERN réunit une quarantaine de centres ou de départements universitaires travaillant sur les normes et les déviances dans huit pays européens.

Dernières parutions Maria JAROSZ, Suicides, 2005.

Patrick PERETTI- W A TEL, Cannabis, ecstasy: du stigmate au déni, 2005. Bernard DIMET, Enseignants et ordinateurs à l'aube de la révolution Internet, 2004. Amedeo COTTINO, Vie de clan. Un repenti se raconte, 2004 P. PONSAERS, V. RUGGIERO, La criminalité économique et financière en Europe,. Economic and Financial Crime in Europe, 2002. S. GAYMARD, La négociation interculturelle chez les filles franco-maghrébines,2002 Cécile CARRA, Délinquance juvénile et quartiers « sensibles », 2001. Philippe ROBERT et Amedeo COTTINO (dir.), Les mutations de lajustice: comparaisons européennes, 2001. X. ROUSSEAU, S. DUPONT-BOUCHAT, C. VAEL (ed.), Révolution etjustice pénale en Europe, 1999.

Mes remerciements vont à Daniel Bachet, Jérôme Ballet, Gérard Desseigne, Jean-Pierre Durand, Michelle Durand, Madeleine Figeat, Pierre Grou, Jean-François Lemettre, Jean Lojkine, François-Régis Mahieu, Claude Serfati et Philippe Zarifian pour le caractère stimulant de leurs discussions au fil des années.

Du même auteur, ouvrages en sciences sociales chez L'Harmattan
Classes dirigeantes et université dans la mondialisation, Logiques sociales, 2004 Environnement et emploi, Quelles approches syndicales? Logiques sociales, 1998 Formation continue et mutations de l'emploi, Logiques sociales, 2002 Recherches sur l'emploi, Eléments de sociologie de l'activité économique, Logiques sociales, 1999 Regards croisés sur le capital social (coéditeur avec Jérôme Ballet), Ethique économique, 2003 Syndicats dans les mutations et la crise de l'emploi (Les), Logiques sociales, 1997 Syndicats et mondialisation, Une stratification de l'action syndicale, Logiques sociales, 2000 Tensions sur l'activité en Afrique de l'Ouest (Les), Une approche comparative Nord-Sud, Ethique économique, 2004

Avant-propos
Cet ouvrage est un essai critique qui a pour objet l'activité en tant qu'élément essentiel de l'action collective. Toute action collective repose sur des groupes organisés et sur des institutions qui agissent dans un environnement. En retour elle est aussi structurante de ce même environnement dont les éléments sont disposés, agencés - et même articulés - dans un espace de plus en plus large. Cet espace est défini par le concept de globalisation. Le propos de cet ouvrage est donc de revenir sur différents concepts de la sociologie, afin d'en éprouver le sens en regard de cette dynamique actuelle qu'est la globalisation. Avec pour corollaire d'en tester les relations avec plusieurs autres corpus de disciplines comme les sciences économiques ou les sciences politiques. Parmi ces concepts on retrouvera notamment des notions les plus classiques en sociologie comme celles d'institution, de communauté, de rapports sociaux. Ou encore cette dualité de l'individuel et du collectif, et, bien sûr, le concept de classe sociale. Avec d'autres encore que la globalisation met en cause comme le concept de progrès, ou fait émerger comme celui de réseau. Ainsi nous évoquerons d'abord deux concepts, celui d'institution et celui de communauté, parce qu'ils sont les plus perceptibles au regard de l'analyste. Nous en aborderons ensuite d'autres qui se laissent plus difficilement appréhender, mais qui ont une portée plus déterminante en termes de dynamique ou de structure. Ce sont

la division sociale du travail, les rapports sociaux et les classes sociales, avec aussi un retour sur la dichotomie entre individuel et collectif. Pour chaque concept, nous soulèverons plusieurs thèmes qui ont fait l'objet des travaux des grands auteurs, pour les mettre en perspective avec les traits de la globalisation. L'un d'entre eux est l'émergence de nouvelles formes de réseaux qui marquent fortement les rapports entre l'individuel et le collectif dans les cadres nationaux et internationaux de la division du travail. Ces réseaux perturbent fortement les formes de régulation publique. Sans toutefois être en mesure de les remplacer. Ce qui laisse ouverte la question des formes à venir que celle-ci peut prendre. Précisons bien que sous le terme d'activité, nous ne désignons pas tous les comportements humains, mais ceux qui font partie des rapports sociaux de production et d'échange. Ajoutons que travaillant exclusivement sur les rapports entre l'activité ou l'action collective et les procès de la globalisation, nous ne prétendons pas couvrir l'ensemble des agents ou des institutions. Nous ne retiendrons que ceux qui en constituent les animateurs ou les promoteurs. Le lecteur ne trouvera donc pas trace dans notre exposé des cohortes d'exclus ou de laissés-pour-compte que produisent aussi les rapports sociaux globalisés. D'autre part, nous n'adhérons pas aux problématiques franco-françaises - qui pour répondre à une montée du chômage de masse depuis trois décennies - ont tenté d'opposer le travail, l'emploi et l'activité. Ni à cette démarche connexe qu'est un projet politique visant à substituer à la notion de plein-emploi celle plus flexible et plus restrictive de pleine-activité. Car cette dernière met sur le même plan les périodes de chômage et celles de formation, les périodes d'emploi à temps partiel et celles d'emploi à temps plein pour établir des équivalences en matière de droits et d'indemnisation. Privilégiant une approche structurale, rationnelle et positive de l'activité, nous cherchons à en fixer les dimensions objectives que structurent différents procès. Tout en n'écartant pas pour autant les dimensions subjectives qui mobilisent les agents. Nous tenons

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compte ainsi des valeurs qu'assument de manière parfois surprenante certains agents. C'est notamment le cas des paradigmes messianiques que mettent en avant des pouvoirs parmi les plus puissants de notre planète pour expliquer leur politique. Ces paradigmes manifestent un sentiment religieux. Sentiment dont l'essence est multiple, puisqu'elle revient à appréhender la réalité du monde en termes de transcendance, de rapports sociaux et politiques. Ou en d'autres termes à instrumentaliser le religieux par le politique. Ajoutons - en regard d'un retour du religieux dans la littérature sociologique actuelle - que nous n'évoquerons que certaines croyances ou certains rites communautaires parce qu'ils animent des activités ou des réseaux. Enfin nous tenons à avertir le lecteur que notre essai ne prétend aucunement prévoir l'avenir de l'activité à l'échelle de la globalisation. Cette dernière reste encore un phénomène inachevé, comme le montrent une simultanéité de procès convergents, en même temps qu'une permanence de facteurs de différenciation. Nous souhaitons surtout proposer une grille de lecture qui, tout en s'appuyant sur la littérature sociologique, ne soit pas strictement académique, mais fasse écho aux débats de notre société. Dans cet esprit, nous garderons le souci de spécifier le plus largement possible les dimensions de l'activité en tant qu'éléments d'une dynamique sociale qui est projetée à l'échelle supranationale. Cette projection est opérée par des agents et des institutions dont l'ancrage dans le capitalisme est universel. Ce qui n'exclut pas pour autant des variantes dans les manières dont ils assument cet ancrage. Nous reviendrons ainsi en conclusion sur les rapports entre l'économique, le politique et l'idéologique qui en constituent le socle. Nous évoquerons aussi cette dimension qu'est la culture, et qui agit sur les trois dimensions précédentes en tant que médium. Le terme de médium marque le caractère à la fois symbolique et implicite des croyances que mobilise un groupe ou une communauté. Puis nous ferons une distinction entre plusieurs termes qui servent à désigner les espaces supranationaux. Pour aborder in fine ce défi à relever pour une sociologie de la globalisation qu'est d'apprécier les rapports entre deux modes

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d'appartenance des agents sociaux que sont les classes sociales et les communautés, et que nombre de postures à la mode aujourd'hui ont tendance à refouler. Notre travail représente un prolongement et une extension de nos recherches sur l'emploi. Car celles-ci restaient inscrites dans le cadre national. Traitant de l'activité à travers trois paradigmes - le marché du travail, le territoire et le développement durable -, nous n'avions qu'esquissé pour le troisième paradigme la perspective d'une globalisation (Guillon 1999).

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Qu'est-ce que le social?
Telle est la question que nous posons en guise d'introduction. Le social est le vecteur ou le filtre de l'action collective dont les formes sont inscrites dans la dynamique des systèmes et des structures d'activité. Sous le terme d'action collective nous entendons toute action qui implique plusieurs agents dans des relations collectives. Que cellesci soient ancrées ou non sur des projets collectifs. Projets manifestes et parfois latents que portent des groupes sociaux ou des instituti ons. La notion d'agent revient à définir chaque individu comme membre d'un groupe social ou d'une institution, ainsi qu'à le positionner sur des fonctions. Un même agent appartient à plusieurs groupes et institutions. Membre d'une famille plus ou moins étendue, occupant ou non un ou plusieurs emplois, adhérant ou non à un syndicat, à une association, ses interventions seront différentes selon les fonctions de chaque groupe ou de chaque institution. Mais aussi selon la place qu'il occupe dans une hiérarchie de rôles et de statuts. En fait, qu'il en soit conscient ou non, tous les groupes et toutes les institutions d'un même agent forment système. Système d'action et de projets qui le mettent en situation de construire un ensemble de relations pour mener ses activités. De telles relations sont tantôt volontaires, tantôt involontaires. Elles s'inscrivent dans des cadres qui sont plus ou moins strictement organisés. Et elles sont aussi

soumises à l'autorité d'un pouvoir. C'est pourquoi nous souscrivons à l'analyse durkheimienne selon laquelle les conduites et les pensées de tout agent sont douées d'une puissance impérative. A condition que cet agent agisse dans le cadre d'un groupe, d'une institution ou d'une assemblée qui cristallisent des croyances et des pratiques collectives. Par collectives il ne faut pas entendre seulement qu'elles sont partagées ou communes à des collectifs d'agents, mais qu'elles sont aussi transmissibles (Durkheim 1990). Ce caractère impératif des conduites représente une forme d'extériorité que nous évoquerons plus loin à propos des rapports sociaux. Nous tenons également à marquer que toutes ces activités ou relations ont un lien direct ou indirect avec la sphère de production et d'échange. A l'appui de cette thèse, nous rappellerons les enseignements que tirait un auteur des travaux anthropologiques sur l'activité des sociétés de chasseurs-cueilleurs. Celui-ci soulignait qu'on y relevait des modes d'appropriation sociale de la nourriture. Il précisait qu'il y avait là une forme de mobilisation consciente et collective pour organiser l'approvisionnement en vivres d'une société tribale. Cette mobilisation suivait des rites pour améliorer et réguler les rapports avec la nature. Et elle devenait idéologique lorsque des conflits éclataient entre les membres de la tribu (Mandel 1962). Ce rapport de l'activité avec la sphère de production et d'échange a marqué les débuts de l'Histoire. Il correspond au moment où les agriculteurs ont produit des récoltes, les ont stockées et distribuées. C'est alors qu'ont émergé des structures d'activité organisées pour gérer les surplus de ces récoltes. Cette phase a aussi singularisé et complexifié les formes du pouvoir politique et religieux. Ainsi se sont développées des formations sociales composées de groupes et d'institutions dont les fonctions se sont spécialisées. L'archéologie a permis de reconstituer toutes les étapes de cette évolution grâce à de multiples indices. Ce sont ces concentrations d'habitat rural qui ont succédé aux formes élémentaires d'abri pour devenir les premières cités. Des structures d'organisation communautaire ont mené des travaux d'irrigation, et ont mis en commun les récoltes dans des greniers publics. Simultanément les autorités tribales ou claniques ont

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