Sociologie de la police

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Les textes réunis dans ce livre constituent une introduction à cette discipline d'apparition récente qu'est la sociologie de la police. Ils évoquent l'histoire de son développement dans notre pays, inspiré des expériences nord-américaines, tout en soulignant les particularités de l'approche française de ces questions. Ces textes illustrent aussi la diversité des problèmes que cette analyse des réalités policières peut être amenée à aborder, qui sont le reflet des transformations plus générales que connaissent les sociétés contemporaines.
Publié le : vendredi 1 avril 2016
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EAN13 : 9782140005794
Nombre de pages : 312
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JeanLouis Loubet del Bayle
SOCIOLOGIE DE LA POLICE
République et Sécurité
SOCIOLOGIE DE LA POLICE
République et sécurité Collection dirigée par François Dieu République et sécurité entretiennent depuis toujours un lien aussi étroit que complexe. La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 – emblématique s’il en est des valeurs républicaines – élève la sécurité, à travers la notion de « force publique », au rang de droit naturel et imprescriptible. C’est donc faire œuvre républicaine que de garantir, pour nos concitoyens, une sécurité, condition première de la liberté que d’aucuns considèrent même comme un droit. Il s’agit surtout d’un bien commun qui se nourrit des valeurs de la République tout autant qu’elle entend les protéger. S’il est nécessaire de défendre une République contre les multiples atteintes auxquelles elle fait face – délinquance, violences, criminalité organisée, terrorisme – il s’agit tout autant de garantir le respect des libertés individuelles naturellement menacées par les instruments de la répression et de la prévention. Dès lors, les visages multiples de la sécurité rassurent tout autant qu’ils font peur. Cette ambivalence permet de saisir le caractère profondément polémique de ce terme « sécurité – et surtout de son épithète « sécuritaire » – dont les contours varient au gré des évolutions historiques, sociales et politiques. La sécurité doit être un facteur de cohésion, mais elle engendre controverses et débats. Sans sécurité, diffuse et quotidienne, l’idée même de République ne semble pouvoir se concrétiser voire subsister, au moins en tant que système politique promouvant les valeurs humanistes. C’est tout l’objet de cette collection que d’interroger sans détour ni polémique le lien entre République et sécurité et d’en explorer sans concession ni préjugé les diverses dimensions. Déjà parus : Jean-Louis Loubet del Bayle,Police et politique, 2006. François Dieu,Sociologie de la gendarmerie, 2008. François Dieu,Réponses à la délinquance2016.
Jean-Louis Loubet del Bayle SOCIOLOGIE DE LA POLICE
Du même auteur Les non-conformistes des années 30. Une tentative de renouvellement de la pensée politique française Points-Seuil, 1969-2001
Guide des Recherches sur la Police Presses de l'Institut d'Etudes Politiques de Toulouse, 1987
Police et Société Presses de l'Institut d'Etudes Politiques de Toulouse, 1989
Questions sur le monde actuel Presses de l'Institut d'Etudes Politiques de Toulouse, 1991
La police. Une approche socio-politique Montchrestien, 1992
Initiation à la pratique de la recherche documentaire L'Harmattan, 1997-2002
e L'illusion politique au XX siècle. Des écrivains témoins de leur temps Economica, 1999
Initiation aux méthodes des sciences sociales L'Harmattan, 2006
Police et politique L’Harmattan, « République et sécurité », 2006
De la police et du contrôle social Le Cerf, 2012 © L’Harmattan, 2016 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-08829-7 EAN : 9782343088297
Les textes qui sont ici réunis ont jalonné plus de trente années d’activités universitaires consacrées à la recherche sur les questions de police et de sécurité. Ces textes ayant fait l’objet de publications dispersées dans des revues et des ouvrages collectifs, il est apparu qu’il pouvait être judicieux de les rassembler et de les rapprocher – même au prix, parfois, de quelques redites – dans la mesure où ils peuvent constituer une approche utile de cette discipline naissante, au moins en France, qu’est la sociologie de la police (au sens fonc-tionnel de ce terme) ou la sociologie des institutions policières. La relative nouveauté de ce développement de la connaissance, qui, de manière générale, n’a guère plus d’un demi-siècle d’âge, amènera à envisager un premier questionnement concernant ses fondements et ses justifications, en s’interrogeant sur les raisons qui expliquent le caractère récent de cette curiosité et de cette réflexion sur les questions policières. C’est donc, ici, la démarche du sociologue de la police qui fait question, en recherchant quels sont les cheminements intellectuels qui peuvent conduire à privilégier l’étude de cet aspect des réalités sociales, quelles sont les raisons qui peuvent justifier l’intérêt qui leur est porté, quels sont les difficultés et les obstacles qui peuvent, en ce domaine, freiner ou parasiter la curiosité du chercheur. C’est donc le point de vue du sociologue de la police qui sera privilégié dans la première partie de cet ouvrage, en évoquant comment la sociologie de la police a pu prendre forme et se développer, tant au niveau individuel que collectif. Les développements suivants auront ensuite pour objet d’illustrer ce que peuvent être dans un certain nombre de domaines les résultats et les acquis de ces recherches concernant les institutions policières. Tout d’abord – ce sera l’objet de la seconde partie – en s’intéressant au rôle que jouent les institutions policières dans les processus plus généraux que l’analyse sociologique qualifie decontrôle social, en entendant par là les mécanismes qui assurent l’appli-cation des règles structurant la vie sociale et les rapports des individus et des
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groupes. Dans cette perspective, seront évoqués les liens des institutions policières avec l’environnement social et politique dont elles sont solidaires, et dont elles reflètent les transformations, en constituant, selon le mot d’un socio-logue canadien, une sorte de « sismographe social » permettant d’appréhender les changements sociaux ou culturels qui affectent les sociétés, en concernant aussi bien l’agencement collectif du lien social et ses fondements que les rapports de chaque individu à la société Enfin, dans une troisième partie, on s’intéressera plus directement aux institutions policières elles-mêmes. D’abord, aux problèmes qu’elles ont à gérer et à la façon dont elles les gèrent, en évoquant les débats que peuvent susciter des activités souvent controversées, et à propos desquelles sont assez fréquem-ment avancées des notions ou des idées reçues, dont le rapport avec la réalité est peu vérifié, en négligeant la complexité des situations auxquelles elles se rapportent. Les termes de « prévention », de « proximité » de « maintien de l’ordre » sont par exemple très représentatifs de ce questionnement. D’autre part, seront abordées certaines des questions d’organisation et de fonction-nement que soulève la part d’autonomie fonctionnelle que peut comporter le travail policier, avec les interrogations qui peuvent en résulter pour identifier et évaluer les facteurs susceptibles d’infléchir l’usage qui en est fait.
I Une histoire
Cette approche historique de la sociologie de la police est à la fois individuelle et collective. La première question, individuelle, est de savoir comment on devient sociologue de la police ou sociologue des institutions poli-cières ? C’est d’abord à cette question que l’on s’efforcera de répondre, dans des textes qui comportent inévitablement un aspect d’autant plus singulier et personnel que rien ne prédisposait le politologue qu’était initialement le sociologue de la police qui s’exprime ici à consacrer une part de son activité scientifique et universitaire à ce champ de la connaissance. Seront donc ici retracés les méandres de l’itinéraire qui l’a conduit à cette orientation intellec-tuelle, en évoquant l’articulation improbable qui s’est opérée entre ses premiers travaux d’histoire des idées et les recherches consacrées à l’étude des insti-tutions policières, qui se sont traduites institutionnellement par la création d’un Centre d'études et de recherches sur la police à l'Université Toulouse 1 Capitole. Cela dit, au-delà de leur aspect individuel, ces considérations ren-voient à des questions plus générales, qui relèvent de la psychologie et de la sociologie de la connaissance, tant sont particuliers et spécifiques les problè-mes que pose la recherche sur un objet – l’objet policier – qui est resté long-temps extérieur aux préoccupations des chercheurs en sciences sociales. On constatera pourtant que l’itinéraire personnel qui sera évoqué est loin d’être sans lien avec un contexte social et intellectuel particulier, qui a été pour une large part un contexte d’influences nord-américaines. En effet, de façon un peu fortuite, et par des voies inattendues et quelque peu imprévisibles, l’auteur de ces lignes s’est trouvé être, plus ou moins indirectement, l’héritier du courant de recherches sur les institutions et les pratiques policières, qui avait commencé à s’amorcer aux Etats-Unis dans les années 1950, et dont l’écho allait lui parvenir à travers le relais des chercheurs québécois de l’Ecole de criminologie et du Centre international de criminologie comparée de l’Uni-versité de Montréal. Cette filiation, assumée, est ici évoquée en faisant réfé-
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