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SOIGNER EN NOIR ET BLANC

De
110 pages
" Nous qui sommes là pour soigner, pourquoi nous regarder comme ces étrangers que nous sommes au lieu de nous considérer pour ce que nous savons ? Partout dans les cliniques de grande renommée, les hôpitaux de grand standing, dans les quartiers bourgeois ou dans les banlieues, nous avons entendu les mêmes témoignages. Le problème du racisme existe, il est effectif et notoire. " Témoignages et descriptions sans complaisance nous mettent en face de réalités qu'il faut regarder en face dans l'espoir de voir s'améliorer les comportements.
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SOIGNER EN NOIR ET BLANC

Du même auteur

L'Angola, vingt ans de guerre civile. Une femme accuse, L'Harmattan, 1995. Angola, femmes sacrées, L'Harmattan, 1997. insoumises, rebelles,

Dia Kassembe

SOIGNER EN NOIR ET BLANC

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris France

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) CANADA H2Y 1K9

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRŒ

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALŒ

(Ç)L'Harmattan,

2001

ISBN: 2-7475-0785-8

Avertissement

Pour réaliser ce petit ouvrage sur les relations intra-muros entre les membres du personnel hospitalier, j'ai utilisé un moyen simple qui me permettait de côtoyer des gens de tous les niveaux, dans l'exercice de la profession: j'ai fait des vacations entre 1984 et 1998, dans différents établissements, élargissant ainsi le champ d'investigation que j'avais eu comme stagiaire à l'époque où j'étais encore élève-infirmière. Je pouvais ainsi avoir des informations prises sur le vif et sans réserves. J'ai visité plus de vingt-deux établissements, privés en majorité et hors de Paris, dans le but d'apprécier la fiabilité des témoignages reçus et d'expérimenter moi-même certaines situations. Concernant les hôpitaux de l'assistance publique, la compatibilité des constats avec les témoignages reçus ne laisse aucune place au doute. Une révolution humaniste pourrait un jour contribuer à rendre ce milieu moins sinistre, malgré les apparences. On se demandera peut-être qui je suis pour en juger de la sorte! Ma réponse est toute prête: depuis les deux millénaires de l'humanité il n'y a pas, naturellement, des êtres humains inférieurs faits pour être dominés et des êtres supérieurs faits pour dominer; mais il y a des êtres intelligents qui construisent et qui détruisent. Et si j'étais un bâtisseur, le verbe serait mon outil principal. Puisque nous y sommes, et que je vis parmi les Blancs, et que les Blancs vivent parmi les Noirs,

nous observent, nous étudient et en tirent des assertions vraies ou fausses sans aucune réplique de notre part, je me permets de dire: "Si le maître connaît l'esclave, l'esclave aussi connaît bien le maître, et assez pour parler de lui". J'ai bien senti, tout au long de mes observations, que le maître n'admet pas que je le montre du doigt, il est convaincu que je lui dois tout, outre la vie. Comment accepterait-il mes remarques, celui qui se croit mon créateur?

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Avant-Propos

Le monde est si grand et si petit à la fois que tout être humain peut y survivre ou s'y perdre, disent nos Anciens, adeptes de la philosophie dite "bantoue". Et ils sont convaincants. Ils poursuivent selon leur logique métaphysique en rappelant ceci: l'intelligence liée à l'instinct développe dans l'être humain des réactions qui se traduisent différemment dans chacun de nous. Mais l'instinct de liberté est le plus développé chez tout être humain. L'homme aime aller là où il veut; et quand il peut le faire, aucune frontière, soit-elle la mieux protégée ne peut empêcher cette volonté de l'homme assoiffé de liberté. Selon cette philosophie, l'instinct est sauvage, "nato", l'intelligence est raisonnable; être sage, c'est raisonner. Il m'a fallu cinquante bonnes années pour pouvoir comprendre les paroles de ces vieilles femmes et de leurs "vieux", allongés toute la journée sur des nattes à l'ombre des baobabs, pendant que nous, petites filles impubères, apportions sans repos de l'eau fraîche dans des sangas, de la banane grillée au charbon de bois, des arachides fraîchement arrachées des billons, des bouillies, les meilleurs morceaux de manioc à la chair fondante et blanche. A cette époque, il m'aurait été difficile de distinguer un chasseur d'un guérisseur, un noble d'un simple paysan, un chef

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de guerre d'un sage philosophe. Avec du recul, je peux considérer autrement ce qui me semblait alors intolérable: voir toujours des femmes affairées et des hommes presque endormis, de plus, nourris et "chouchoutés". Dans leurs assemblées, il n'y avait jamais de jeunes ni même ceux qui n'atteignaient pas la soixantaine. Il n'y avait que des vieillards à la retraite. Ils avaient "dépassé largement l'âge de la vie", comme il était de tradition de le dire. Il y avait donc là les cerveaux penseurs de la région, les politiciens, les guérisseurs de l'esprit, les conseillers, les nobles tout court, les cheveux enneigés par l'âge dépassant largement la première moitié d'un siècle. Avec le recul, je trouve une certaine note de sublime, une beauté inégale dans cette façon de vivre sans souci du "challenge", et alors j'ai une tendresse particulière pour les hommes à cheveux blancs, au visage érodé par le temps. Il m'est resté en mémoire cette pensée: "Aucune frontière, fût-elle la mieux défendue et par des armes sophistiquées n'empêchera un homme en quête de sa survie de la franchir." Cette survie je la traduis, moi, par: rester en vie, choisir, penser. Quant à moi, je n'ai plus aucun doute à émettre à ce sujet: j'ai franchi tant de frontières, me voilà ici où se sont érigées d'autres frontières que je dois affronter, même si la liberté, disons-le, est une utopie quand on vit parmi les hommes. Je viens donc de ce continent qui suscite encore tant de légendes et vit encore tant de mystères. Et à travers moi, une page s'ouvrira, différente, sur cette mystérieuse Afrika, tantôt dépecée, tantôt adulée. Moi aussi, comme ceux qui sont passés avant moi, je dirai ma part de vérité et ma part de mensonge, car

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aucun de nous, nous qui sommes venus d'ailleurs, ne raconte toute la vérité sur lui-même. C'est l'instinct d'autodéfense qui agit pour empêcher le viol intérieur.

Il