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Soigner et penser au Brésil

De
168 pages
Parmi les nombreux défis auxquels le Brésil du XXIe siècle est confronté, cette étude se consacre à la santé publique. Après une radiographie poussée de Rio de Janeiro, les Indiens du Sertâo, mis à l'écart du développement économique, seront étudiés dans leurs pathologies, faisant émerger une réflexion inédite concernant les relations entre les maladies du corps et de la psyché. Celle-ci débordera le registre strictement médical pour appréhender les maux dont souffre notre civilisation.
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À Suzanne Bachelard (1919-2007)

SOMMAIRE
Préface de Jean-Luc Pouliquen…………..………… 11

I – Carioca
17 - La rue, l’école, la famille………...……………………13 31 - Brésilien et carioca………………………..………...…… - Un lien viscéral………...…………..…….………….…..36 44 - Beautés naturelles…..…………….………..……….…… 52 - A garota de Ipanema……………..……………………… 60 - Cultures cariocas…………..………………………….…. 78 - Cordialité…………………………….……………….…..

II – Médecin et philosophe
89 - Devenir médecin au Brésil………….…...………….…… 95 - Exercer dans le Minas Gerais……………………….….. 109 - Retour à Rio de Janeiro……………...……………….…. 119 - Un parcours philosophique………….…...…………….. 124 - Quand un médecin lit Platon…….……...…………….…. 9

- Mélancolie…………………………………...….….…135 145 - Un philosophe au travail…………………………...……. 155 Postface de Ivan Frias………………………….…………. Bio-bibliographie des auteurs…….….…………...………. 165

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Préface Ce livre prend son origine dans un colloque international organisé à Rio de Janeiro en septembre 2003 par la philosophe Marly Bulcão sur le thème : Bachelard, Razão e Imaginação. C’est comme poète que j’y avais été invité pour parler des relations que le philosophe avait entretenues avec la poésie et l’art. Et c’est à cette occasion que j’ai rencontré Ivan Frias venu écouter des communications qui s’inscrivaient dans le champ de ses préoccupations intellectuelles. Ensemble nous nous étions ensuite rendus dans le quartier historique de Santa Teresa, colline inspirée, aux rues en pente, qui surplombe le centre de Rio et que l’on compare souvent à Montmartre car il est le siège d’une vie littéraire et artistique intense. Visitant le Parque das Ruinas, en son sommet, nous avions regardé tous les deux la Baie de Guanabara et évoqué la tentative manquée quelques siècles auparavant des Français de conquérir la ville. Ainsi sans l’avoir prémédité nous amorcions un échange qui avait pour arrière-plan : Rio de Janeiro, la philosophie, les rapports entre la raison et l’imagination, les relations franco-brésiliennes. Il devait servir de cadre à nos conversations futures. Celles-ci prirent une tournure nouvelle lors de la venue en France d’Ivan Frias entre juin 2006 et juin 2007. Aussi bien lors de nos rencontres que durant nos communications par téléphone, nous continuions d’approfondir des discussions qui chaque fois débouchaient sur un angle d’approche inattendu. La culture, l’érudition de mon interlocuteur, l’originalité de son propos me donnèrent alors envie de fixer l’ensemble de ses paroles sur la page.

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Je disposais pour cela d’un procédé, voire d’une méthode, que j’avais déjà expérimenté, à savoir la réalisation d’entretiens. En effet depuis le début des années quatre-vingts je me suis lancé dans cet exercice de maïeutique pour recueillir auprès d’artistes, de poètes, d’intellectuels, ce qui me semblait constituer le cœur même de leur art et de leur démarche. Longtemps, j’ai pensé que ce goût pour l’entretien venait de mes études en sociologie. Amené à y réfléchir encore, je me suis aperçu qu’il relevait aussi du portraitiste et qu’il s’agissait au travers de questions de faire saillir les traits marquants de la personnalité de celui que j’interrogeais. Mais une autre composante entre encore en jeu, elle est poétique cette fois. En effet, je crois pouvoir dire, après plusieurs années de pratique, que la poésie est aussi un instrument de connaissance. Elle favorise une ouverture de tout l’être à l’univers de l’autre et permet ainsi de mieux l’accueillir et l’appréhender. Dans le cas présent, une nuance est à apporter car l’objet de ce livre dépasse le simple projet de faire connaître le parcours de mon interlocuteur. Nous souhaitions avec Ivan Frias proposer une conversation franco-brésilienne. Cela supposait de ma part d’intervenir différemment et de parler aussi de mes propres expériences et cheminements. Le portrait s’inscrit donc ici dans un paysage qui mêle des images de la France à celles du Brésil. Il y a quarante ans, rendant hommage à son ami Pierre Emmanuel, Bertrand d’Astorg fut amené à écrire : « Il n’y a guère d’exercice de la poésie sans une tentative de connaissance universelle, il n’y a guère de connaissance de la poésie sans une ouverture à toute l’histoire de la poésie, par là de toutes les civilisations1 ». Ces propos, je peux les reprendre en partie à mon compte aujourd’hui pour
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Pour Pierre Emmanuel, Editions du Seuil, Paris, 1969, p. 12.

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expliquer ce livre. Ils traduisent ce mouvement profond qui pousse un poète à aller au devant de l’autre et attise sa curiosité pour prendre en compte la totalité du monde. Lorsque l’autre habite sur la rive opposée de l’océan, sous des latitudes lointaines, il y a bien sûr une dimension d’exotisme. Mais nous entendons le mot dans le sens où l’entendait un Victor Segalen par exemple : une attitude orientée vers ce qui est différent de nous-mêmes, non pas pour échapper à notre condition mais au contraire pour y retourner après un détour qui nous l’aura fait percevoir différemment. Ainsi posée, la perspective de notre livre est double. Il nous conduit dans un premier temps à la découverte du Brésil, plus spécifiquement de Rio de Janeiro, au travers de ses caractéristiques naturelles et de ses particularités culturelles. Il nous propose dans un deuxième temps, par une confrontation des points de vue français et brésilien, de reconsidérer notre culture ainsi que notre modèle de civilisation. Le profil de mon interlocuteur est là pour y aider. Né à Rio de Janeiro, Ivan Frias y a suivi des études de médecine sous les années de plomb de la dictature militaire. Puis il est allé soigner les indiens dans le sertão du Minas Geiras pour revenir ensuite dans l’ancienne capitale du Brésil. Là, fort d’une expérience qui l’a sensibilisé aux relations entre les maladies du corps et les maladies de l’esprit, Ivan Frias a entamé un parcours philosophique inédit. Celui-ci s’est nourri entre autres de tout ce que la pensée de la Grèce ancienne avait produit sur le sujet. De sa lecture de Platon, d’Aristote, est née une approche originale de la mélancolie, devenue « dépression » dans nos sociétés occidentales. Nous voilà loin des clichés, des cartes postales. En suivant des cheminements intérieurs, en rentrant dans des géographies intimes, nous avons souhaité contribuer à des 13

représentations nouvelles, rendre compte de la vitalité et de l’originalité de la pensée et des approches qui nous viennent aujourd’hui du Brésil et peuvent enrichir notre propre perception. Dans le même temps nous n’avons pas voulu considérer la poésie comme un refuge et nous soustraire à des réalités dures et souvent tragiques. Si nous avons abordé la question des langues, des cultures, des civilisations sous l’angle de la durée et de leur permanence, nous avons aussi insisté sur ces problèmes de grandes urgences, relatifs à la sauvegarde de l’environnement, à la redistribution des richesses, à la violence urbaine, à la santé, à l’éducation. Pays de contrastes, le Brésil les met plus que d’autres en évidence. Si Soigner et penser au Brésil est le titre que nous avons choisi pour ce livre, il pourrait être également l’intitulé d’un programme gouvernemental visant à résoudre les problèmes évoqués. Et notre sous-titre ces chemins de la culture qui passent par la France serait alors là pour rappeler le rôle que notre pays a toujours à jouer au-delà de ses frontières. Jean-Luc Pouliquen

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I – Carioca