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Sommes-nous assez éduqués pour vivre ensemble ?

De
398 pages
Dans une communauté paisible, la famille éduque, l'école instruit et la curiosité saine cultive. Or, partout, l'individu est désorienté, la famille démise et l'école mêlée aux affrontements idéologiques. Ce livre fait référence à des textes sacrés et profanes, des histoires vraies, et des fables qui ont établi dans le monde des règles saines de vie commune et présente 120 couples de défauts et qualités pour mieux se connaître et être digne de vivre en communauté (couple, famille, voisinage, école, ville, pays, tourisme...)
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Mokhtar LakehalLorsque les pères s’habituent à laisser faire les enfants, lorsque les fls ne
tiennent plus compte de leurs paroles, lorsque les maîtres tremblent devant leurs
élèves et préfèrent les fatter, lorsque fnalement les jeunes méprisent les lois parce
qu’ils ne reconnaissent plus au-dessus d’eux l’autorité de rien et de personne,
alors c’est là en toute beauté et en toute jeunesse le début de la tyrannie.
(Platon, La République). Sommes-nous
N’attendez rien aujourd’hui de la famille pour vous instruire, de l’école
pour vous éduquer et des deux institutions pour vous cultiver. Dans une assez éduqués
communauté paisible, la famille éduque, l’école instruit et la curiosité saine
cultive. Or, partout dans le monde, l’individu est désorienté, la famille démise
et l’école mêlée aux afrontements idéologiques. pour vivre
Sommes-nous assez éduqués pour vivre ensemble ? est une interrogation
inspirée des résultats de deux enquêtes réalisées, par l’auteur, auprès de ses
étudiants de la Sorbonne et de l’UPEC, l’une en 2010 pendant le débat sur
l’identité nationale et l’autre en 2014 lors des polémiques sur le rejet des ensemble
élites politiques.
Individu, famille, école : le malentendu récu?rrentL’ouvrage fait référence à des centaines de textes sacrés et profanes, des
centaines d’histoires vraies, de dictons, maximes, proverbes et fables de tous
les peuples qui ont établi durablement des règles saines de vie commune.
Il s’adresse en priorité à tout lecteur qui a l’humilité d’admettre que nous
sommes tous porteurs de défauts dont nous ignorons l’existence et nous
étoufons à cause de cela des qualités au fond de notre âme. Or, ces qualités
ne cherchent que les sollicitations opportunes pour se manifester.
L’intention de l’auteur, qui enseigne depuis 1979, est de faire prendre
conscience à son lecteur que beaucoup de nos défauts nous font énormément
de torts avant même de nuire à autrui. Alors que toutes nos qualités font
du bien à ceux qui sont à la recherche de principes universels et de règles
harmonieuses pour notre savoir-vivre ensemble. La présentation des 120
couples de défauts et qualités répond à ce besoin de mieux se connaître
pour être digne de vivre en communauté (couple, famille, voisinage, voyage,
école, activité, quartier, ville, pays).
Mokhtar Lakehal (1949) est un universitaire indépendant. Il vit à
Paris depuis 1974, docteur d’État ès Sciences économiques (Paris
X-Nanterre), licencié ès Sciences sociales (Paris VIII-Vincennes). Il a
travaillé en entreprise (1968-1979), collaboré à des revues et journaux
(1979-2001), créé en 1984 le laboratoire LARMISES et publié des
dictionnaires et des ouvrages d’économie, de sociologie, d’histoire et de politique.
Il a enseigné dans de nombreux établissements : Sciences-Po Paris,
SorbonneNouvelle, UPEC, IPESUP-PREPASUP, CNFPT, etc.
Illustration de couverture : © Joaquin Croxatto
ISBN : 978-2-343-04559-7
38,50 €
Mokhtar Lakehal
Sommes-nous assez éduqués pour vivre ensemble ?










Sommes-nous assez éduqués
pour vivre ensemble ?



Mokhtar Lakehal










Sommes-nous assez éduqués
pour vivre ensemble ?

Individu, famille, école :
le malentendu récurrent



















Du même auteur
chez le même éditeur


Les Mhadja d’El Gaada et leur identité face au colonialisme français :
18301962, 2014.

Le Grand Livre de la politique, Géopolitique et Relations internationales :
4 000 termes pour comprendre le discours politique, 2014.

eDictionnaire de Science politique, 1e édition 2005, 4 édition, 2009.

L’émancipation contrariée du Maghreb, 2009.

eDictionnaire des Questions sociales, M. Lakehal dir., 2 édition 2005.

Algérie : de l'indépendance à l'état d'urgence (bilan de 30 années
d’indépendance), M. Lakehal dir., Coédition L'Harmattan-LARMISES, 1992.

























































































© L’Harmattan, 2014
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-04559-7
EAN : 9782343045597
Sommaire
Préambule 11
1. Agressivité et douceur 33
2. Autoritarisme et concertation 37
3. Arrogance et aménité 41
4. Avarice et générosité 45
5. Bassesse et noblesse 49
6. Bluff et droiture 53
7. Bouderie et conciliation 56
8. Broder et abréger 60
9. Cafouillage et ordre 64
10. Calomnie et authenticité 68
11. Chauvinisme et impartialité 73
12. Colère et sérénité 76
13. Colportage et silence 79
14. Concupiscence et sobriété 82
15. Condescendance et déférence 86
16. Crispation et détente 89
17. Cruauté et indulgence 91
18. Cupidité et probité 96
19. Curiosité malsaine et curiosité saine 98
20. Cynisme et moralité 101
21. Dédain et considération 103
22. Défaillance et régularité 106
23. Défaitisme et volontarisme 109
24. Déloyauté et honorabilité 113
25. Dénigrement et hommage 115
26. Désespérance et combativité 118
27. Déshonneur et vertu 120
28. Déviance et intégration 123
7 29. Diffamation et exaltation 127
30. Effacement et affirmation 130
31. Egarement et guidance 132
32. Egocentrisme et altruisme 136
33. Egoïsme et solidarité 138
34. Emotivité et raison 142
35. Entêtement et perspicacité 146
36. Ergotage et entente 149
37. Etourderie et concentration 152
38. Etroitesse et ouverture d’esprit 154
39. Exubérance et pondération 156
40. Faiblesse et force 159
41. Fatalisme et résistance 161
42. Fausseté et exactitude 164
43. Férocité et tact (délicatesse) 167
44. Fourberie et franchise 170
45. Frivolité et sérieux 172
46. Haine et amour 175
47. Harcèlement et pacifisme 178
48. Hargne et retenue 181
49. Hypocrisie et sincérité 183
50. Idolâtrie et personnalité 187
51. Ignominie et dignité 189
52. Ignorance et connaissance 193
53. Impatience et patience 198
54. Impertinence et pertinence 200
55. Impolitesse et courtoisie 203
56. Imprévoyance et prévoyance 207
57. Imprudence et prudence 211
58. Impudence et pudeur 215
59. Impulsivité et calme 219
8 60. Incivilité et bienséance 223
61. Incohérence et rigueur 227
62. Incompétence et aptitude 229
63. Indécence et décence 231
64. Indifférence et philanthropie 236
65. Individualisme et fraternité 238
66. Indolence et dynamisme 240
67. Infidélité et fidélité 242
68. Ingratitude et reconnaissance 246
69. Injustice et équité 249
70. Insatisfaction et enthousiasme 253
71. Insouciance et sensibilité 255
72. Intolérance et tolérance 257
73. Introversion et attention 260
74. Irrespect et respect 262
75. Jalousie et admiration 266
76. Lâcheté et courage 268
77. Lamentation et endurance 272
78. Légèreté et habilité 274
79. Lenteur et vivacité 276
80. Léthargie et éveil 278
81. Luxure et pureté 280
82. Machisme et égalité 283
83. Malfaisance et bienfaisance 286
84. Malhonnêteté et honnêteté 288
85. Malveillance et bienveillance 291
86. Mauvaise foi et bonne foi 293
87. Méchanceté et bonté 295
88. Médiocrité et excellence 299
89. Médisance et éloge 301
90. Méfiance et confiance 303
9 91. Mégalomanie et lucidité 305
92. Mensonge et vérité 307
93. Mépris et estime 311
94. Moquerie et sagesse 313
95. Naïveté et vigilance 315
96. Narcissisme et abnégation 317
97. Négligence et soin 319
98. Nervosité et apaisement 321
99. Orgueil et humilité 323
100. Opportunisme et clairvoyance 326
101. Outrage et honneur 328
102. Paresse et vitalité 331
103. Passivité et réactivité 333
104. Perfidie et loyauté 335
105. Pessimisme et optimisme 337
106. Précipitation et élaboration 339
107. Préjugé et jugement 341
108. Prétention et modestie 344
109. Profiteur et donateur 346
110. Radotage et persuasion 348
111. Suffisance et doute 350
112. Susceptibilité et détachement 352
113. Superficialité et culture 354
114. Superstition et savoir 357
115. Timidité et audace 360
116. Trahison et cohésion 362
117. Tyrannie et humanisme 364
118. Vanité et simplicité 368
119. Vantardise et discrétion 371
120. Vulgarité et finesse 373
Glossaire 377
10 Préambule

N’attendez rien de la famille pour vous instruire, ni de l’école pour
vous éduquer ni des deux institutions pour vous cultiver. Car la famille
éduque, l’école instruit et la curiosité personnelle cultive. Cette vérité ne
semble pas évidente pour tous. Et pourtant tout le monde constate que la
famille moderne ne dispose plus du temps nécessaire pour éduquer
méthodiquement et patiemment chaque enfant envoyé à l’école qui, quoiqu’on
veuille lui endosser comme rôle n’est pas le lieu pour éduquer mais
uniquement pour instruire. Le ministère de l’Education nationale ne
s’appelait-il pas, avant l’installation du gouvernement Herriot (1932),
ministère de l’Instruction publique ? Depuis le début des années
quatrevingt la famille se débat dans sa crise identitaire sans fin. Une crise qui a
conduit les sociétés individualistes – comme la France en délitement qui
illustre bien le concept de « dissociété » avancé par mon collègue de
Science-Po Paris, Jacques Généreux, et dont il a fait tout un ouvrage paru
aux éditions du Seuil en 2011– à se décharger sans consentement sur nous
les enseignants pour combler les lacunes éducatives des familles, en plus
d’assumer notre rôle statutaire de formateurs des futurs producteurs,
consommateurs et citoyens. Un transfert très risqué puisque objectivement
les enseignants n’ont pas la vocation d’éducateurs, mais celle d’instructeurs
ou de formateurs, et que nombre de familles contestent à l’école le droit de
transmettre à l’enfant certaines valeurs contraires à leurs systèmes de valeurs
(cf. les polémiques sur la théorie du genre, la place du fait religieux dans la
société, les limites de la laïcité, l’opposition droits de l’homme/droit des
peuples, l’opposition universalité/singularité, le droit au mariage des
homosexuels, l’affirmation du communautarisme avec son lot d’agressivité
chez les uns et d’hypersensibilité chez les autres, etc.).
Ce dysfonctionnement dangereux a conduit à une crise identitaire de
l’école, puis de la société entière et maintenant de plus en plus de jeunes sans
repères, livrés à eux-mêmes, ne savent plus réellement pourquoi ils
fréquentent l’école et pourquoi ils doivent respecter certaines règles et
normes sociales, et quel intérêt pour eux de se soumettre à l’autorité du père,
de la mère, du professeur ou des pouvoirs publics (policier, gendarme,
inspecteur, parlementaire, magistrat, ministre, chef d’Etat), puisqu’ils ne
trouvent dans ces autorités aucun bon exemple à suivre.
Le philosophe grec, Platon, notait, dans son ouvrage La République :
« Lorsque les pères s’habituent à laisser faire les enfants, lorsque les fils ne
tiennent plus compte de leurs paroles, lorsque les maîtres tremblent devant
leurs élèves et préfèrent les flatter, lorsque finalement les jeunes méprisent
11 les lois parce qu’ils ne reconnaissent plus au-dessus d’eux l’autorité de rien
et de personne, alors c’est là en toute beauté et en toute jeunesse le début de
la tyrannie ». Tandis que le Prophète de l’Islam, Mohamed (ç), avait bien
averti ses compagnons que : « La meilleure chose qu'un parent puisse léguer
à son enfant, c'est une bonne éducation », et l’Algérien, chef de file des
Oulama d’Algérie, Ben Badis, qui militait pour l’instruction des filles
musulmanes dira aux Algériens des années 30 majoritairement
analphabètes : « quand on éduque un garçon on éduque un individu, quand on
éduque une fille on éduque toute une communauté ». Devenues femmes, puis
mamans, ces filles instruites par l’école apprendront à leur tour à leurs
enfants, en lisant dans les textes, à respecter le contenu de ces deux versets
coraniques de la sourate 17. El-Isra (le Voyage nocturne) : « Et ton Seigneur
a décrété : "n'adorez que Lui ; et (marquez) de la bonté envers les père et
mère : si l'un d'eux ou tous deux doivent atteindre la vieillesse auprès de toi;
alors ne leur dis point : "Fi!" » (Verset 23) ; « et ne les brusque pas, mais
adresse-leur des paroles respectueuses ; et par miséricorde; abaisse pour
eux l'aile de l'humilité; et dis : "Ô mon Seigneur, fais-leur; à tous deux;
miséricorde comme ils m'ont élevé tout petit" » (Verset 24).
Un jour, dans les années quatre-vingt alors que commençaient à
apparaître les germes du désordre actuel de la France, j’entendis une mère
dire à son fils de six ans, qui aujourd’hui en a 34, « Nous sommes en
démocratie, chacun fait ce qui lui plaît », en présence d’un Arabe algérien
élevé dans une famille de chorfa (noblesse) où l’enfant ne faisait pas ce qu’il
voulait mais uniquement ce que son monde admettait comme convenant
pour sa communauté d’abord et pour l’humanité ensuite. Je me suis donc dit,
est-ce que ce gamin que je risque d’avoir comme étudiant dans douze ans
n’avait pas besoin plutôt d’entendre ceci de sa maman : « En France, mon
enfant, chacun doit faire ce qui est bon pour toute la communauté nationale,
parce que tous les travailleurs de ce pays réalisent pour lui,
quotidiennement par leur travail, beaucoup de choses dans l’agriculture, l’industrie,
le commerce, les services publics » ? Payer ses impôts et taxes, respecter les
règles et les normes, n’est-ce pas bon pour tous ? A priori, vivre en paix et
profiter légitimement, grâce à l’effort collectif, de toutes les infrastructures
et tous les services publics, paraît bon seulement pour soi dans l’immédiat,
mais a posteriori un individu heureux et épanoui est un gage de tranquillité
pour ses voisins, collègues et personnes en relation avec lui. Au contraire, si
chacun de nous devait réellement ne faire que ce qui lui plaît, le pays
deviendrait ingouvernable, et comme on ne peut pas avoir 60 millions de
« princes » et de « princesses » entretenus par 6 millions de travailleurs
immigrés accueillis pour les servir, des millions de familles excédées par le
désordre s’exileraient dans des Etats de droit où l’individu ne fait pas ce qui
lui plaît, mais uniquement ce qu’il a le droit de faire. Tous les conflits ont
pour source, soit une confusion entre liberté et droit, soit une incapacité
12 intellectuelle de comprendre ou le refus d’admettre que tout droit induit
obligation et que tout privilège s’octroie avec des devoirs ou que chaque
avantage statutaire est adossé à une responsabilité spécifique ou globale. Par
exemple, les longues et fréquentes vacances scolaires de l’enseignant ne se
justifient aucunement par la fatigue liée à l’exercice de la profession puisque
des dizaines de professions et métiers sont plus fatigants physiquement et
nerveusement et que ceux qui les exercent doivent se contenter des cinq
semaines légales de vacances par an. Les sciences et les connaissances
évoluent, l’enseignant a l’obligation d’être constamment à jour par des
lectures, des stages, des conférences, des colloques… et quand il est affecté
dans un établissement public d’enseignement supérieur son statut lui impose
de produire de la connaissance par les activités parallèles de recherches
scientifiques avec résultats tangibles et réguliers : communications, articles,
mémoires, rapports, thèses, livres. Est-ce que tous les enseignants évoluent
avec leur discipline ? Certainement pas, parce que la société – élèves,
parents, élus, hiérarchie ministérielle – n’exige pas la preuve du pendant du
privilège des vacances, c’est-à-dire l’obligation de l’enseignant d’être au
courant de l’évolution de la discipline ou spécialité enseignée, de maîtriser
les nouveaux savoirs et de posséder les nouvelles informations pour ne plus
continuer à propager ce qui est dépassé ou infirmé par de nouveaux progrès
des sciences.
« Sommes-nous assez éduqués pour vivre ensemble ? » est un
ouvrage qui s’adresse en priorité à tout lecteur qui a l’humilité d’admettre
que nous sommes tous porteurs de défauts dont nous ignorons l’existence et
nous étouffons à cause de cela des qualités au fond de notre âme. Or, ces
qualités ne cherchent que les sollicitations opportunes pour se manifester.
L’intention de l’auteur qui enseigne depuis 1979 est de faire prendre
conscience à son lecteur que beaucoup de nos défauts nous font énormément
de torts avant même de nuire à autrui. Alors que toutes nos qualités font du
bien à ceux qui sont à la recherche de principes universels et de règles
harmonieuses pour notre savoir-vivre ensemble. La présentation des 120
couples de défauts et qualités répond à ce besoin de mieux se connaître pour
être digne de vivre en communauté (couple, famille, voisinage, voyage,
école, activité, quartier, ville, pays).
Ce livre s’est inspiré des résultats d’une enquête sur les défauts,
qualités et valeurs, mise en ligne, réalisée en janvier 2010 auprès de 310 de
nos étudiants de première année de Paris 3 (Sorbonne Nouvelle) et de Paris
12 (Université de Paris Est). Il fait référence à des textes sacrés et à des
textes profanes, des histoires vraies et des fables pour établir des règles de
vie. Certains lecteurs pourraient dire, nous ne nous attendions pas à trouver
autant de références aux Ecritures saintes, pour un ouvrage sur le
savoirvivre ensemble. Certes, la démarche s’appuie sur 99 références islamiques
13 (Coran 59, Mohamed (ç) 40), 80 références judéo-chrétiennes (Bible 29,
Abraham 2, Daniel 1, Jésus 8, Loth 3, Luc 4, Mathieu 4, Moïse 4, Noé 2,
Paul 5, Pierre 1, Salomon 3, Talmud 17, Torah 1) et 20 références aux
sagesses orientales (Bouddha 10, Confucius 5, Lao-Tseu 5), et enfin à des
centaines de proverbes, maximes et dictons de tous les peuples du monde.
Mais ces lecteurs rétifs ignorent combien ils sont ignorants de tous leurs
défauts à l’origine de leur sentiment d’intolérance. D’autres, au contraire,
pourraient dire, nous ne pensions pas trouver une telle floraison de
références profanes pour un ouvrage de guidance. Certes, les références
profanes se comptent par centaines comparées aux
cent-quatre-vingt-dixneuf références religieuses. Mais ces lecteurs ont d’autres défauts qu’ils
ignorent et qui leur font le même tort dans leurs relations sociales.
En espérant que ces deux catégories de lecteurs seront très
minoritaires, nous dirons d’emblée aux autres que toutes les sagesses
méritent le même égard lorsqu’elles indiquent les moyens d’instaurer
l’harmonie entre les hommes, la faune et la flore. Ceux qui veulent se tenir à
équidistance des extrêmes doivent savoir qu’aucun ouvrage profane n’est
conçu pour montrer le chemin du paradis, et aucun ouvrage sacré n’incite
son lecteur à la turpitude. Mais, ensemble, les deux genres, lorsque leurs
auteurs sont savants et sages, peuvent assouvir les désirs des croyants et ceux
des non-croyants qui veulent réfléchir à la concordance entre leur image telle
qu’ils la conçoivent et ce que les autres voient en eux à travers la pensée,
l’attitude, l’action, la réaction et l’œuvre.
L’impératif de faire cohabiter toutes les identités sans heurts,
interpelle le politicien, le sage et l’enseignant sur la nécessité de faire vivre
sur le même palier d’un immeuble, un athée convaincu et un croyant sincère.
L’intelligence avec ses outils d’observation et la sagesse avec son acuité
nous indiquent toutes les deux, que l’athée peut avoir de nombreuses qualités
qui lui permettent de croire fermement à des valeurs universelles qui sauvent
l’homme. Certaines de ses valeurs agréent à Dieu, sauf que l’athée a un a
priori sur la primauté et l’existence de cet Etre suprême, en soutenant que
l’espèce humaine est le fruit du hasard, et qu’elle retournera en poussière
sans connaître a posteriori ni jugement, ni récompense pour ses bonnes
œuvres, ni châtiment pour ses mauvais actes, paroles, attitudes et pensées.
En revanche, le croyant sincère peut sortir du droit chemin, par erreur,
arrogance ou ignorance, et devenir un fanatique borné qui ne comprend pas
bien le rôle que son Dieu lui assigne. Et c’est là qu’il peut commettre
maintes injustices en excluant, persécutant, éliminant, ses frères et sœurs
porteurs de certaines valeurs profanes qui ne dérangent point l’ordre du
cosmos, ni ne déplaisent à son Créateur.
14 Pourquoi les gens ne se supportent plus alors qu’ils vivent dans une
époque où jamais les hommes n’ont disposé d’autant de commodités, de
nourritures, de soins, de temps libre pour se reposer, éduquer leurs enfants,
s’instruire et se cultiver pour être dignes d’intérêt pour se rencontrer et vivre
ensemble ? La liste des formes de conflits est interminable : conflits de
couples, conflits familiaux, conflits de voisinage, conflits entre consommateurs
et commerçants, conflits entre maîtres et élèves, conflits entre disciples,
conflits entre héritiers, conflits entre citoyens et administrations, conflits
entre concurrents, conflits entre société civile et acteurs politiques, conflits
tribaux, conflits religieux, conflits entre nations, conflits de civilisations, …
Et la courbe du nombre de conflits dans le monde n’arrête pas de monter
parallèlement à celle de l’accroissement des richesses matérielles créées par
l’homme exclusivement pour l’homme.
Pourquoi donc ces millions d’étincelles, d’incendies et de
désolations partout où des hommes croyaient n’avoir plus besoin de Dieu,
puisqu’ils avaient réussi à construire leur « paradis terrestre » qu’ils ont
nommé « société de consommation et de loisirs »? Cette réflexion sur 120
couples de défauts et qualités réveillera ceux qui ne pensaient pas que les
sociétés modernes enduisent l’esprit des gens d’un vernis trompeur qui leur
donne une apparence de beauté, afin qu’ils n’aient guère envie de
s’interroger sur leurs propres défauts. Oui, grâce aux industriels, dans ces sociétés
modernes, certaines personnes qui ne supportent pas leur pâleur, peuvent se
faire bombarder le corps d’UV pour tromper l’œil des gens grâce à des
appareils ou aller chercher en pharmacie la pommade qui donne à leur peau
l’aspect bronzé. Pour les pâleurs de l’âme et de l’esprit, la société
d’abondance a mis à leur disposition d’autres moyens pour les dissimuler, des
moyens disponibles partout et accessibles à tous.
Par orgueil certains ne cherchent pas à posséder les qualités qui leur
manquent ; et par stupidité, d’autres ne prennent même pas le temps de
méditer sur la pertinence des valeurs au nom desquelles ils s’engagent dans
des conflits où, quelle que soit l’issue, ils auront toujours perdu quelque
chose. Le poète de la grande tribu bédouine des Ouled Sidi Cheikh
(Sudouest d’Algérie), Sidi Abdel Rahman el Mejdoub, avait dit : « Je n’aime pas
entrer en conflit avec mon prochain ; battu je porterai en moi l’humiliation,
glorieux je redouterai toujours sa vengeance ». Qu’est-ce que chacun de
nous porte en lui comme défauts qui provoquent les conflits avec les autres ?
De nombreux candidats à des entretiens pour entrer dans une grande école
ou à des entretiens d’embauche sont restés pantois lorsque le jury ou le
recruteur leur a posé cette question inattendue : « Comment vous
définissezvous ? ».
15 En effet, il existe des centaines de défauts humains exprimés ou
latents et autant de qualités également exprimées ou latentes, parce que les
défauts et les qualités n’existent que par couples. Les jeunes qui utilisent
systématiquement, « nul », pour qualifier tout ce qui ne leur convient pas,
doivent admettre qu’il n’y a point de défauts en l’homme sans qualités
intrinsèques et guère de qualités exprimées sans résidus de défauts enfouis
dans son âme. Cet ouvrage sur les défauts et qualités est une suite de
réponses à une série de questions qui nous concernent tous, sans aucune
distinction de sexe, âge, classe, ethnie, obédience, idéologie, religion, région,
nationalité, etc. Avons-nous songé un instant aux dégâts sur autrui que
provoquent nos défauts ? Sommes-nous conscients que nous gênons les
autres avec certains des défauts que nous ne pouvons pas découvrir chaque
matin en nous regardant dans une glace avant de quitter notre domicile ?
Savons-nous ce que nous coûte chacun de ces défauts, en termes
d’opportunités manquées de réussite, de bonheur, de sérénité, d’amitié, de
camaraderie, de fortune, de succès, de salut ? Connaissons-nous les vertus
de chacune des qualités que nous ne possédons pas ? Nous sommes-nous
demandé comment acquérir telle ou telle qualité observée chez ceux que
nous admirons ? Concernant les valeurs, il est tout à fait certain que nous
vivons dans des sociétés caractérisées par la tendance au désordre dans leur
hiérarchie. Ce désordre, tout le monde le subit directement ou indirectement,
d’une manière ou d’une autre. Et si inconsciemment nous participons à sa
pérennité alors que consciemment nous souhaitons le retour de l’ordre,
pourquoi ne nous révoltons-nous pas contre les malheurs qu’il provoque
chez notre prochain ?
Parmi les centaines de défauts, qualités et valeurs humaines, cet
ouvrage présente 120 couples ennemis de défauts et qualités, c’est-à-dire 120
défauts intolérables destinés à être remplacés par 120 qualités nécessaires
pour le savoir-vivre ensemble. Ce livre n’entre dans aucun cursus
universitaire conçu pour un enseignement de masse. Il s’adresse à l’individu
qui a le temps d’interroger sa conscience, après lecture de l’ensemble des
défauts et qualités. En effet, ces 120 défauts intolérables pour une vie
harmonieuse doivent être éradiqués afin de laisser place à l’épanouissement
des qualités permettant à chacun de jouir de tout le respect dû aux êtres
civilisés. Comme dans les sociétés individualistes et permissives qui
entretiennent en permanence l’illusion que les individus sont entièrement
libres de vivre comme ils le souhaitent, vous rencontrerez partout des esprits
pervers portés sur la polémique qui contestent systématiquement votre droit
de désigner tel défaut par ses dégâts sur autrui ou telle qualité par ses vertus
pour vous-même et pour votre communauté. Vous retrouverez également
partout des esprits pervers enrôlés par le diable qui, sans la moindre pudeur,
tentent de vous convaincre que le mensonge, l’hypocrisie, l’égoïsme, le
cynisme ne sont pas des défauts puisqu’ils sont souvent utiles. Dans la même
16 fibre de perversion, d’autres encore vous diront que la courtoisie, la
générosité, l’indulgence ne sont ni des qualités ni des valeurs, mais
seulement des vices déguisés.
Le plus grand de nos ennemis se trouve en nous-mêmes, c’est
l’inertie. Ceux qui ont l’humilité en partage se préoccupent de découvrir
leurs défauts, cherchent à comprendre, savoir et apprendre, sur eux-mêmes
d’abord et sur autrui ensuite. Ce ne sont pas les flatteries sur leurs qualités
faites par leurs amis qui les réjouissent, c’est plutôt le manque de
confrontation avec des personnalités inconnues (donc neutres) pour prendre
conscience de leurs défauts qui les préoccupe. Car pour eux chaque défaut
est vécu comme une souillure sur un vêtement immaculé. Plus vite la
souillure aura disparu, et plus tôt le porteur du vêtement osera se présenter
en public.
Les défauts ne sont pas les stigmates des seuls humbles gens incultes
et les qualités les marques de reconnaissance des seuls nobles gens instruits.
En effet, le savant humble dira : « plus j’apprends, moins je sais ». « Après
soixante-dix ans de réflexion de jour comme de nuit, je n’ai retrouvé que
l’inanité de mes illusions » (Omar Khayyam). A l’opposé, le savant vaniteux
dira : « plus j’apprends, plus je vaux ». Le prophète Mohamed (ç) avait dit à
ses compagnons : « N’apprenez pas le savoir afin d’être admirés des
savants, de discuter avec les sots ou de faire partie des meilleures
assemblées ». Il a dit également que « l’ignorant fait à lui-même ce qu’un
guerrier fait à son ennemi ». Cet ignorant est frère du savant vaniteux. Mais
il est moins blâmable quand il confesse : « moins je sais, moins je
m’inquiète ». Lorsque l’ignorance et l’inconscience se donnent la main et
croisent en chemin l’orgueil, elles engendrent des ignorants barbares, fiers
de leur ignorance, qui défient toute autorité incapable de s’imposer par tous
les moyens que lui donne sa légitimité.
Chacun de nous, en parcourant le sommaire en fin d’ouvrage, se
réjouit spontanément que tous ces défauts présentés ne sont les siens, et
heureusement pour nous tous. Cependant, en commençant la lecture dans
l’ordre alphabétique des défauts, les certitudes commencent à flancher
doucement, à moins de manquer de lucidité au point de croire posséder des
qualités que les gens n’ont jamais vues en nous. Sans lucidité sur nos
faiblesses et sans humilité face à nos supérieurs, nous ne songerons jamais à
établir le programme qui nous débarrassera de nos incertitudes et nous
prémunira contre les défauts que nous craignons contracter par manque de
vigilance. Ce n’est pas dans une société primitive que l’individu cumule les
défauts par contagion. Les familles ont tout à craindre pour leurs enfants
dans les sociétés développées et les sociétés en décadence, car c’est là que le
mimétisme dans la turpitude se répand le plus vite, parce que les digues
17 contre les vices ont disparu, l’une après l’autre, sous l’action et avec la
bénédiction même des autorités publiques.
Vous constatez que les 120 qualités analysées dans cet ouvrage ne
sont pas toutes les vôtres. C’est bien dommage, mais rassurez-vous, nous
sommes tous des êtres imparfaits mais perfectibles, c’est-à-dire que tous les
êtres humbles sont en quête de la totalité du trésor de sagesse, alors que les
arrogants et les vaniteux se contentent de très peu, car ils sont intimement
persuadés que leur nom, leur fonction, leur fortune sont la preuve de leur
grandeur. Posséder abstraitement tout le trésor de sagesse est une chose
(c’est-à-dire bien lire et retenir l’essentiel de l’ouvrage), mais pouvoir
résister à l’environnement socioculturel qui tente de nous dépouiller de
certaines valeurs en est une autre. Car, combien de personnes de bonne
famille ont cessé d’être généreuses ou hospitalières à la suite d’abus qui leur
ont coûté cher, commis par de viles personnes? Combien d’hommes et de
femmes très confiants et sans a priori à l’égard de leur prochain ont été
trahis au point de devenir pessimistes jusqu’à friser la paranoïa ? Chacun
poursuit sa quête à son rythme et en fonction de ses motivations. Chacun
croit bien évidemment reconnaître ses qualités ou plutôt celles qu’il croit
avoir. Assurons-nous bien que celles que nous prétendons posséder
apparaissent naturellement dans nos pensées, œuvres, actions et réactions.
Ne trichons pas contre nous-mêmes. Cela ne nous servira à rien. Et si nous
faisions un effort de mémorisation ? Pensons à ce que nous croyons avoir
fait de bien dans les dix derniers jours pour voir où, quand et comment,
avons-nous été remarqués pour ces qualités que nous prétendons nôtres.
C’est bien après cet examen de conscience que nous devons faire l’effort de
comprendre le sens de toutes les autres qualités et valeurs que nous ne
possédons pas. C’est ainsi que progressivement nous commencerons à
envisager l’imprégnation de nos pensées, œuvres, actions et réactions par ces
qualités, afin d’accéder à un rang élevé de perfectionnement personnel : une
âme paisible, un esprit éveillé, dans un corps sain. C’est vers cet idéal
humain que toute éducation doit conduire. Sinon, nous continuerons
éternellement à nous poser la même question : « sommes-nous suffisamment
éduqués pour vivre ensemble ? » en couple, en famille, en communauté,
entre voisins, collègues, confrères, concitoyens. Se débarrasser de ses
défauts et acquérir de nouvelles qualités exigent deux choses : d’abord se
construire un système de valeurs solides, ensuite l’enrichir constamment par
l’éducation, l’instruction et la curiosité saine.

°°°

18 En plein débat sur l’identité nationale lancé avec une arrière-pensée
politique, par le président Nicolas Sarkozy et son ministre de l’Intérieur
Brice Hortefeux, entre octobre 2009 et janvier 2010, avec des dérapages
inquiétants et un fiasco en guise de conclusion, l’opportunité s’est présentée
pour faire une enquête auprès des étudiants de première année. Ces
nouveaux bacheliers qui venaient de s’inscrire dans les Universités
Sorbonne-Nouvelle (Paris III) et Paris-Est (Paris XII Créteil) devaient
répondre de manière anonyme à quatre questions : 1) Je me définis comme :
[…] ; 2) Les trois qualités que j’apprécie sont : […] ; 3) Les trois défauts que
je ne supporte pas sont : […] ; 4) Les trois valeurs auxquelles je m’identifie
sont : […].
Cette enquête n’a aucune prétention scientifique. D’abord on ne peut
pas parler d’échantillon, mais de deux groupes d’étudiants scolarisés dans
deux établissements parisiens différents par les origines sociales de leurs
publics. Avec un nombre réduit de réponses (310 étudiants) et un
déséquilibre dans la composition par sexe (une majorité de filles : 2/3 des
effectifs), on ne saurait parler d’échantillon représentatif des étudiants et
encore moins des jeunes en France. Cependant, l’intérêt d’une telle initiative
est de constater le décalage entre les projections que les dirigeants politiques
font sur la jeunesse et la conception de l’identité de la jeunesse par
ellemême. Par exemple, tout ce par quoi on suppose qu’un Français se définit
spontanément n’apparaît absolument pas de façon significative dans cette
enquête. A la question « je me définis comme : ……. », très peu d’étudiants
ont répondu : « Français », « républicain », « démocrate », « partisan de la
devise : liberté, égalité, fraternité », …
Dans l’ouvrage, les défauts et qualités présentés en 120 couples
ennemis ne correspondent pas entièrement aux 117 défauts, 120 qualités et
135 valeurs cités par les étudiants dans l’enquête. Les défauts dénoncés par
plus de 25 % des étudiants sont respectivement, l’hypocrisie (53 %),
l’égoïsme (27 %), le mensonge (27 %), la méchanceté (26 %). Les 112 autres
défauts évoqués ont eu chacun moins de 8 % des réponses. Les qualités
retenues par les étudiants sont respectivement l’honnêteté (38 %), la
gentillesse (33 %), la générosité (30 %), l’humour (18 %), le respect (14 %),
la sincérité (14 %), la franchise (14 %). Les 113 autres qualités ont recueilli
moins de 8 % des réponses. Enfin les étudiants ont mentionné 135 valeurs.
Seules 11 d’entre elles ont recueilli plus de 7 % de réponses : le respect (28
%), la famille (19 %), l’honnêteté (14 %), la liberté (11 %), la religion (11
%), l’amitié (11 %), l’amour (10 %), l’égalité (9 %), la gentillesse (9 %), la
générosité (8 %), la tolérance (8 %). Les 124 autres ont recueilli chacune
moins de 6 % des réponses.
19 Curieusement, les qualités et valeurs revendiquées par les étudiants
ne correspondent pas aux quatre principaux défauts soulignés : l’hypocrisie
(53 %), l’égoïsme (27 %), le mensonge (27 %), la méchanceté (26 %). Bien
au contraire, au lieu d’avoir en première position la sincérité en face de
el’hypocrisie (53 %), on retrouve cette valeur en 5 position (14 %).
eL’égoïsme (27 %) est placé en 2 position des défauts. La valeur qu’il éclipse
est normalement la solidarité. Malheureusement les étudiants l’ont placée en
e34 position avec un pourcentage ridicule de réponses (2 %) ! Finalement,
c’est la gentillesse (33 %) – un terme imprécis – qui occupe la deuxième
eplace. Le mensonge (27 %) est placé en 3 position parmi les défauts cités.
On s’attendait à trouver la vérité ou la franchise à cette place respectivement
dans les valeurs et les qualités évoquées. Mais il n’en est rien. Avec
eseulement 1 % de réponses, la vérité est placée en 48 position dans les
equalités recherchées ; tandis que la franchise (5 %) prend la 12 place dans
les valeurs reconnues. Les intellectuels faussaires qui font l’objet de tout un
livre de Pascal Boniface n’ont pas à s’inquiéter de la réaction des jeunes
lecteurs, ils peuvent continuer à prospérer, puisque la vérité n’est pas
quelque chose d’important pour ces jeunes, elle a recueilli seulement 1 % de
eleur suffrage. Enfin, les étudiants ont placé en 4 position la méchanceté (26
%) – terme aussi imprécis que la gentillesse – et auraient dû évoquer la
gentillesse (33 %) à la même position dans les qualités ou valeurs. Or, ils la
ecitent dans les valeurs en 9 position, après le respect, la famille, l’honnêteté,
la liberté, la religion, l’amitié, l’amour, l’égalité, mais avant la générosité,
la tolérance et la franchise.
Dans cette enquête sur les défauts, qualités et valeurs, nous
observons une série d’anomalies en termes de cohérence des défauts et
qualités. Un seul étudiant a évoqué la sobriété parmi les trois qualités
recherchées, soit moins de 0,5 % des réponses, mais aucun n’a pensé à la
concupiscence comme l’un des trois principaux défauts, ni d’ailleurs à la
convoitise, l’envie, la cupidité, l’appétence, le désir, la rapacité, l’ambition.
Seuls un peu plus de 1 % des étudiants ont retenu l’étroitesse d’esprit comme
l’un des trois défauts majeurs, contre 7 % des étudiants qui classent
l’ouverture d’esprit comme une qualité dans le sens de compréhension et
tolérance. Moins de 0,5 % des réponses admettent l’exubérance comme l’un
des trois principaux défauts insupportables. Et curieusement, personne n’a
considéré la pondération comme l’une des trois qualités appréciées. Cela
montre bien que nous vivons dans l’univers de l’exubérance et que les
enfants comme les adultes se sont fort bien habitués au ton employé dans
certains forums internet, émissions de radio ou télévision, jeux vidéo, films,
concerts, festivals, etc. Est-ce que la faiblesse mérite d’être classée parmi les
trois principaux défauts insupportables ? Oui, répondent 2,3 % des étudiants.
Est-ce que la force est une qualité humaine ? Oui, répondent moins de 1 %
des étudiants qui l’ont classée parmi les trois qualités appréciées. La haine
20 est désignée par moins de 0,5 % des réponses à notre enquête auprès des
étudiants comme un des trois principaux défauts insupportables, contre 10 %
des réponses qui retiennent l’amour comme l’une des trois valeurs
principales et 2 % qui notent que l’amour doit être considéré comme l’une
des trois qualités appréciées. De tous les défauts cités par les étudiants, c’est
l’hypocrisie qui est placée en tête, avec un taux de réponse de 53 % ; tandis
que la sincérité requiert seulement 14 % des réponses en tant que qualité
principale et 3 % en tant que valeur principale. Le couple de défaut et qualité
que sont l’impatience et la patience ne semble pas attirer l’attention des
étudiants, puisque moins de 0,5 % des réponses classent l’impatience parmi
les trois grands défauts qu’ils ne supportent pas et moins de 4 % considèrent
la patience comme l’une des trois qualités qu’ils apprécient et enfin moins de
2 % l’ont désignée comme l’une des trois principales valeurs auxquelles ils
adhèrent.
En plein débat national sur l’identité, cette enquête nous révèle que
moins de 1 % des étudiants sondés ont retenu la fraternité comme l’une des
trois qualités et 5 % comme l’une des trois grandes valeurs, dans un pays qui
a adopté la liberté, l’égalité et la fraternité comme devise nationale. Tandis
que l’individualisme a été considéré comme un des trois grands défauts par
moins de 1 % des étudiants. Le couple intolérance-tolérance est l’un des
rares couples de défauts et qualités à atteindre ou dépasser les 7 % de
réponses. En effet, l’intolérance est admise par 7 % des réponses comme
l’un des trois défauts insupportables et la tolérance est considérée par 5 % et
8 % des réponses respectivement comme l’une des trois qualités recherchées
et comme l’une des trois valeurs revendiquées.
L’irrespect est considéré, par 6 % des étudiants, comme l’un des
trois grands défauts humains. Par ordre d’importance décroissante, ce défaut
est cité en huitième position après l’hypocrisie, l’égoïsme, le mensonge, la
méchanceté, l’intolérance, l’avarice, la malhonnêteté. Tandis que le respect
est considéré par 28 % des étudiants comme l’une des trois valeurs
auxquelles ils croient et par 14 % des étudiants comme l’une des trois
qualités humaines. Le respect est donc placé comme la première des trois
grandes valeurs auxquelles ils croient. La jalousie a recueilli seulement 2,3
% des réponses, tandis que l’admiration aucune. Se plaindre ou inspirer de la
pitié sont des situations notées par moins de 0,5 % des étudiants comme
faisant partie des trois grands défauts humains ; tandis que l’endurance (la
passion) est évoquée par 0,6 % d’étudiants comme faisant partie des trois
grandes qualités humaines. Le machisme est cité par un seul étudiant comme
l’un des trois grands défauts humains, soit moins de 0,5 % des réponses.
Comme l’une des trois premières valeurs, l’égalité en fait partie pour 9 %
des étudiants, la malhonnêteté pour 6 % et l’honnêteté pour 38 % (14 % des
étudiants la retiennent aussi comme l’une des trois valeurs). Le mensonge est
21 placé en deuxième position, avec l’égoïsme, en nombre de réponses, soit 27
% des étudiants le considèrent comme l’un des trois premiers défauts qu’ils
ne supportent pas. Alors que son opposé, la vérité, ne recueille même pas 1
% des réponses ni comme qualité, ni comme valeur. Dans notre enquête seul
un étudiant a mentionné le défaitisme comme l’un des trois principaux
défauts qu’il n’accepte pas, soit moins de 0,5 % des réponses.
Etre entêté, est-ce un défaut important ? Oui, ont répondu moins de
1 % des étudiants interrogés. Mais aucun étudiant n’a considéré le tact ou la
délicatesse comme qualité principale à rechercher, comme d’ailleurs aucun
d’eux non plus n’a jugé bon de nous indiquer la férocité ou un terme
équivalent comme l’un des trois principaux défauts insupportables.
Nous remarquons que certaines valeurs ne sont évoquées par aucun
étudiant, comme la pudeur, la piété, même par les étudiants qui se déclarent
croyants et pratiquants. Un trop grand nombre d’étudiants font la confusion
entre « une qualité humaine » et « une valeur sociale », c’est-à-dire entre ce
qui en soi est soumis à l’appréciation des autres supposés éduqués pour le
reconnaître et l’apprécier (les qualités) et les idéaux communautaires qui
permettent l’instauration d’une harmonie dans la vie sociale (les valeurs). Ce
sont donc ces jeunes que le président de la République Nicolas Sarkozy et
son ministre de l’Intérieur Brice Hortefeux voulaient faire participer au débat
national pour aider la nation à défendre son identité contre ce que certains
idéologues et littérateurs de services ont commencé à nommer. Il s’agit pour
eux de la menace islamique et de l’accroissement du nombre d’immigrés
musulmans (confusion volontaire entre citoyens musulmans originaires du
tiers monde et immigrés musulmans venus de ce tiers monde). On voit
encore les confusions récurrentes entre une institution (la famille), une
valeur (la liberté) et une qualité (l’honnêteté).
Deux questions se posent au regard des résultats. Pourquoi ne
trouve-t-on pas chez tous les étudiants l’évocation des qualités qui
s’opposent radicalement aux défauts qu’ils ont mentionnés? Pourquoi les
étudiants qui se déclarent croyants ne connaissent pas les valeurs
fondamentales de leur religion et citent d’autres valeurs, ou n’évoquent pas
les défauts majeurs selon leur religion mais mentionnent d’autres ? Il y a
véritablement un problème de cohérence dans ce que ces jeunes exigent des
autres et ce qu’ils n’exigent pas d’eux-mêmes.
Le président de la République Nicolas Sarkozy et son ministre de
l’Intérieur Brice Hortefeux qui ont demandé aux enseignants d’organiser tant
que possible des débats sur l’identité nationale, m’ont donné l’occasion, à
travers cette enquête que j’ai menée pour la première fois après trente et un
ans d’enseignement, de m’interroger sur mon rôle à l’Université. Est-ce que
22 je travaille dans un ministère de l’Instruction publique ou dans un ministère
de l’Education nationale ? Mais si l’Education nationale avait vraiment pour
mission d’éduquer la jeunesse, tous les enseignants auraient dû avoir
euxmêmes la plus exemplaire des éducations, transmise par des hommes et des
femmes parés de nobles vertus. Imprégnés par l’aura de ces sages, ils
deviendront à leur tour, aux yeux de leurs élèves, des modèles de guidance à
suivre. Or, ce n’est pas le cas. Premièrement, instruire c’est transmettre des
techniques et des solutions, alors qu’éduquer c’est inculquer des qualités et
valeurs situées bien au-dessus de celles de la plupart des familles et de
suppléer la défaillance éducative d’enfants issus de certains milieux.
Deuxièmement, certains des 120 défauts exposés dans cet ouvrage sont
largement partagés par les étudiants et leurs professeurs. Puisque l’école qui
devait, en plus d’instruire ceux qu’on lui a confiés, aider à parfaire
l’éducation familiale (et non pas remplacer la famille), n’est pas irriguée par
les principes moraux et spirituels et les valeurs universelles d’éducation, qui
suppléera donc aux défaillances éducatives des familles ? Est-ce les bandes,
les sectes, les clubs, les associations, Internet ?
Dans les sociétés actuelles, les individus sont guettés par certaines
« maladies sociales » qu’on appelle communément les défauts de
personnalité. Ils apprécient plus ou moins fortement chez leurs semblables des
signes distinctifs et des comportements appelés « qualités personnelles ». La
nécessité de vivre avec les autres et la volonté de rendre moins pesante cette
contrainte les forcent à s’identifier à des « valeurs communes ».
Enseigner les sciences économiques, les sciences politiques ou les
sciences sociales en France vous met automatiquement dans la position
d’observateur statutairement non autorisé à éduquer vos élèves qui ont
chacun son modèle (une ou plusieurs idoles) hors de l’institution
universitaire. Pas d’illusion, nos étudiants viennent à l’Université chercher
seulement un parchemin pour trouver un emploi de cadre. Et pas de
confusion des rôles. L’enseignant n’a aucunement la prérogative d’ajouter
quoi que ce soit dans leur formation que n’exige le marché du travail. On lui
demande surtout de laisser là où ils sont ces jeunes filles et jeunes gens livrés
à eux-mêmes du point de vue moral, spirituel et éthique, dans une société
individualiste et permissive qui a la certitude d’assurer à sa jeunesse la
meilleure éducation, voire l’éducation universelle à laquelle doivent
s’inspirer toutes les sociétés non occidentales. C’est une tendance jamais démentie
par l’Histoire moderne de France (1789-2014), les Français qui ont un rôle
public (politiques, intellectuels, journalistes, artistes) ne s’abstiennent
jamais, quand ils ont l’occasion de se taire, de donner des leçons au monde
entier ; ce qui est choquant quand on voit dans quel état général se retrouve
ce pays qui vit depuis trois décennies au-dessus de ses moyens, et qui veut
défendre toutes les minorités du monde mais n’arrête pas de livrer des armes
23 aux dictateurs et oppresseurs, avec son industrie de l’armement qui emploie
40 000 actifs et réalise 30 milliards d’euros de chiffre d’affaires par an.
Ces dizaines de défauts que les étudiants affirment ne pas supporter
chez les autres devraient bien disparaître par l’éducation afin d’instaurer une
harmonie dans les relations sociales. Mais qui est censé éduquer la
jeunesse ? Les parents ? Les enseignants ? Les religieux ? Les médias ?
Internet ? Dans une société occidentale où les mœurs évoluent comme nulle
part ailleurs, les enseignants imprégnés d’une double culture (celle d’ici et
celle d’ailleurs) se retrouvent frustrés en prenant conscience que leur mission
n’a jamais été d’éduquer les jeunes filles et les jeunes gens que les parents
leur ont confiés. Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas une forte demande
individuelle pour le perfectionnement personnel. Simplement, on constate un
paradoxe. D’un côté, les gens sont satisfaits de cette évolution, en s’estimant
sortis d’une époque de rigidité des mœurs et d’excès d’autorité en tout genre
– voire de confusion entre autorité nécessaire et tyrannie exercée sur
l’enfant, l’élève, la femme, le fidèle, l’employé, l’administré, etc.,
respectivement par le père, le maître, l’époux, le prêtre, le chef, le
fonctionnaire. Souvent, c’est mai 68 qui est désigné comme la césure
historique entre l’époque de l’autoritarisme et l’époque de la liberté. De
l’autre, beaucoup de personnes s’estiment contraintes de supporter
l’insupportable, causé par un tourbillon de causes multiples qui ont
désordonné les valeurs et désorienté la perception que nous devons
réellement avoir d’autrui. Ces personnes s’estiment marginalisées dans leur
propre société à cause de leur résistance.
Dans ce contexte, n’est-ce pas une imposture de la part d’un
enseignant de prétendre éduquer qui que ce soit parmi ses étudiants ? Est-ce
que son rôle n’est pas objectivement réduit à celui d’un bon vendeur du
programme officiel aux usagers de ce service public qu’est l’Université, qui
eux-mêmes iront vendre essentiellement leur savoir-faire (et non leur
savoirêtre) au marché du travail ? N’est-il pas soumis à une hiérarchie
administrative qui lui confie la mission de transmettre une somme minimum de
savoirs ordonnés et dispensés selon des modalités définies, puis vérifier
périodiquement leurs acquisitions par l’étudiant conformément aux
exigences du marché du travail ? En vérité, l’enseignant a cessé d’être un
maître pour ses élèves, un modèle d’éducation, un « guide » pour leur
comportement, puisque l’Education nationale n’exige même plus de lui
d’être un modèle de conduite et lui-même ne peut guère choisir ceux qui sont
dignes, selon les règles morales et éthiques, de recevoir ses leçons. Bien au
contraire, professeur dans l’un des collèges ou lycées de France, il doit se
soumettre à l’injonction de la loi qui, d’un côté lui interdit d’exclure de sa
classe la vulgarité et l’indécence vestimentaires – qui ose faire sortir une fille
en mini short ou en micro jupe de sa classe ? – et de l’autre côté lui interdit
24 d’accepter une jeune fille qui ose se coiffer d’un bandana, d’un foulard ou
porter une robe qui couvre ses bras et jambes en évoquant la loi qui interdit
en lieu public tout signe religieux désormais assimilé à un acte de
prosélytisme et d’atteinte à la laïcité assimilée, par ses tenants les plus
ignorants de l’histoire de la laïcité en France, comme une « neutralité ».
Le décalage ne cesse de se creuser entre la perception traditionnelle
du maître chez les porteurs des cultures d’ailleurs (Orientaux, Asiatiques,
Africains, Arabes) et la perception de l’enseignant chez les porteurs de la
culture occidentale post-soixante-huitarde. En effet, chez les Occidentaux
émancipés des règles coutumières, quoiqu’en disent certains baroudeurs
contre le patronat, l’enseignant exerce de plus en plus un métier soumis aux
exigences du marché du travail ; tandis que pour les Orientaux fidèles aux
traditions des générations successives de maîtres, l’enseignement est avant
tout une vocation et l’enseignant est un modèle pour ses élèves. Mais cela ne
veut absolument pas dire qu’ailleurs le mimétisme de la culture
postsoixante-huitarde n’a pas déjà produit des comportements, des attitudes et
des considérations identiques à ceux des Occidentaux dits émancipés. Il
suffit de traverser la Méditerranée pour trouver à Casablanca, Alger, Tunis,
des Maghrébines et des Maghrébins qui se prennent pour plus
post-soixantehuitards que les vrais du Quartier Latin de Paris, pour plus laïcs que les
Occidentaux laïcs de père en fils, de mère en fille, depuis qu’on a inventé le
mot laïc.
°°°
La famille éduque, l’école instruit et la curiosité cultive. Mais seule
la curiosité saine permet à l’individu, à la fois de corriger ses défaillances
éducatives, de se cultiver grâce à son ouverture d’esprit et de combler ses
lacunes en matière de savoirs académiques. Quatre ans après cette enquête
sur les défauts, qualités et valeurs, j’ai proposé un test de culture générale
aux étudiants de première année des Universités Paris 3 (Sorbonne
Nouvelle) et Paris 12 (UPEC). Constatant la baisse du niveau de mes
étudiants depuis plusieurs années au point de ne plus leur proposer des sujets
de réflexion aux partiels, mais uniquement des QCM et des questions
basiques de cours, je voulais savoir si nos premières années, ces nouveaux
bacheliers de juin 2013 – une génération « accro » aux réseaux sociaux –
s’intéressent à autre chose qui serait plus noble, plus digne, plus importante,
… dans la vie que la science économique, comme d’ailleurs en février 2010,
lorsque le débat portait sur l’identité nationale, j’avais réalisé cette enquête
auprès des premières années de l’UPEC et de la Sorbonne Nouvelle, pour
mesurer le décalage entre la nouvelle idéologie identitaire des dirigeants
politiques français et la formulation de l’identité par nos étudiants,
actuelle25 ment en Master 2 pour ceux d’entre eux qui ont réussi tous leurs examens de
passage ou dans la vie active, voire en train de « galérer » de stage en stage.
Peut-être, me suis-je dit, qu’en 2014 l’étudiant incapable de se
rappeler des douze carences majeures qui caractérisent tout pays
sousdéveloppé (sujet du premier partiel 2013-2014), serait capable de m’étonner
dans d’autres domaines que la science économique académique ? Alors je
me suis dit, testons ces étudiants sur les « affaires », « doctrines », « idées
politiques », « auteurs » ou « acteurs publics » ! Ce test proposé aux 141
étudiants présents ce jour-là, n’a aucune prétention scientifique. Il servira à
chaque étudiant pour l’aider à se situer par rapport à la moyenne de son
groupe et surtout à constater par lui-même d’autres lacunes que celles qu’il
traîne en science économique. En clair, un étudiant qui n’a pas eu la
moyenne au partiel de science économique malgré ses efforts et qui de
surcroît déclare connaître moins du quart du contenu du questionnaire, devra
prendre conscience de l’urgence à combler ses lacunes, plus particulièrement
celles qu’il identifiera comme un handicap sérieux pour assimiler un
enseignement académique.
Dans le test proposé aux étudiants en février 2014, chacun doit
indiquer ce qu’il connaît et serait capable d’expliquer à ses camarades de
cours. Ce test comprend 1 question sur la constitution, 22 « affaires », 36
« doctrines », 104 « noms d’auteurs ou d’acteurs publics », 125 « idées
politiques », soit un total de 288 « références » (*). La moyenne des
réponses était de 28, le maximum de 80 et le minimum de 4 : le plus brillant
connaît donc 27,78 % du programme et le moins bon 1,39 % seulement. Les
termes « connaissez-vous » et « capable d’expliquer » n’ont pas été précisés
aux étudiants. Chacun les a donc interprétés à sa manière. Cela veut dire que
certains étudiants croyaient sincèrement être capables d’expliquer telle
« affaire », « doctrine » , « idée politique » ou connaître tel « auteur »,
« acteur public », alors que peut-être leurs connaissances en l’espèce étaient
extrêmement sommaires ou notoirement erronées, voire très orientées étant
donné la force de la propagande distillée quotidiennement sur la Toile, par
des « organisations », « sectes », « groupuscules », « gourous », « groupes
de pression », « officines », « gouvernements », etc., que nos étudiants sont
censés déjouer grâce aux méthodes d’analyses et aux savoirs que nous leur
transmettons à l’Université. Cela veut dire aussi que d’autres étudiants n’ont
souligné dans le questionnaire que ce qu’ils maîtrisaient très bien, parce
qu’ils avaient bien assimilé des leçons, reçu une formation particulière,
assisté à des conférences, lu des ouvrages spécialisés ou des articles sérieux,
voyagé ou fréquenté des personnes cultivées (amis, famille).
Par exemple, concernant le « racisme » que plus de 7 étudiants sur
10 de l’UPEC et plus de 8 étudiants sur 10 de la Sorbonne affirmaient bien
« connaître » et pouvoir « l’expliquer » à leurs camarades, combien ont une
idée précise des hypothèses avancées par les théoriciens du racisme, comme
26 le juif italien Cesare Lombroso (1835-1909), le Français Joseph Arthur de
Gobineau (1816-1882), le Docteur nazi Josef Mingele (1911-1979) et tous
leurs émules qui « professent » sur la Toile ? Concernant ensuite
« l’antisémitisme » que 6 étudiants sur 10 de l’UPEC et de la Sorbonne
déclaraient « connaître » et être « capable de l’expliquer », combien savaient
que les Juifs ne sont pas tous des Sémites alors qu’en revanche, tous les
Arabes et les Ethiopiens, le sont vraiment ? Concernant enfin «
l’anarchisme» que plus de 4 étudiants sur 10 dans les deux Universités répondaient
bien « connaître » et en mesure de « l’expliquer » à leurs camarades,
combien étaient à même de citer les 5 fondements de cette doctrine élaborée
par les fondateurs : l’Anglais William Godwin (1756-1836), le Russe
Bakounine (1814-1876), le Français Pierre-Joseph Proudhon (1809-1865) ?
On connaît le racisme (7 étudiants sur 10), le nazisme (plus de 6 étudiants
sur 10) et l’anarchisme (4 étudiants sur 10) ? Alors qui a dit : « Le Juif est
l'ennemi du genre humain. Il faut renvoyer cette race en Asie ou
l'exterminer... Par le fer, par le feu ou par l'expulsion il faut que le Juif
disparaisse » ? Jésus ? Mahomet ? Lombroso ? Gobineau ? Mingele ?
Proudhon ? C’est bien un anarchiste français, Pierre-Joseph Proudhon. Qui
peut donc parmi mes étudiants douter que lorsqu’on est de gauche, on doit
systématiquement être progressiste et gentil avec tous les peuples, groupes
humains ou ethnies du monde ?

A la lecture des résultats du test, on est stupéfait par certaines
elacunes chez des jeunes étudiants vivant dans la 5 puissance mondiale qui
donne à longueur de journée des leçons au monde entier, des jeunes jouissant
du droit de vote pour faire pencher, pour une nation de 66 millions d’âmes,
le verdict d’un côté ou de l’autre, dans les choix de société, de programme et
de projet collectifs. On vote sans avoir lu la constitution de son pays (9
étudiants sur 10). On connaît 2 « affaires » sur 22 proposées au test,
même pas 2 doctrines sur les 37 proposées, à peine 16 « idées politiques »
sur 125 proposées, et enfin même pas 7 « auteurs » ou « acteurs publics »
sur les 104 mentionnés dans le test. Au vu des résultats de ce test, ceux qui
pensent que les enseignements académiques intéressent moins les jeunes que
les paroles des blogueurs et autres gourous qui « professent » sur la Toile,
doivent se demander à quoi servent ces « réseaux sociaux » et que vont
chercher nos étudiants auprès du Cheikh Google et de Madame Wikipedia ?
Ce test c’est seulement 4,6 % des termes et 2,6 % des auteurs traités dans Le
Grand Livre de la Politique, Géopolitique et Relations internationales
(L’Harmattan, 2014), qui expose et commente plus de 4 000 termes et cite
plus de 1 200 auteurs, penseurs, acteurs d’envergure nationale ou
internationale !

27 Ce petit test sans prétention scientifique aucune aura servi
néanmoins à remettre en cause un préjugé tenace. On dit souvent à tort
que le niveau culturel des étudiants de la Sorbonne est sans comparaison
avec celui des étudiants des Universités périphériques, comme on m’a fait
croire, en arrivant à Paris en 1974, que le niveau des Universités parisiennes
est nettement supérieur à celui de toutes les Universités de province. La
comparaison des résultats obtenus auprès des deux établissements (UPEC et
Sorbonne-Nouvelle) montre que mes étudiants des deux Universités
semblent relativement homogènes concernant l’intérêt qu’ils portent aux
connaissances sérieuses (savoir académique), c’est-à-dire qu’en moyenne le
« milieu social » de l’étudiant ne semble pas impacter nettement ses
réponses : pas de nette différence comme on le voyait autrefois entre « le fils
du laboureur » et « le fils du Comte ». En effet, je m’attendais à trouver une
grosse différence de résultats entre mes étudiants de la Sorbonne-Nouvelle
(fréquentée par une forte proportion d’étudiants des milieux bourgeois et
intellectuels) et une Université périphérique comme l’UPEC fréquentée par
une population d’étudiants d’origine socioprofessionnelle moins marquée
que celle de la Sorbonne. Par exemple, en posant la question sur la
connaissance des « auteurs » et des « acteurs publics », je m’attendais à une
différence très élevée de réponses entre les deux Universités. Mais il n’en est
rien : en moyenne 6,5 « auteurs » et « acteurs publics » connus par
l’étudiant de l’UPEC (Créteil) contre une moyenne de 7,9 «auteurs » ou
« acteurs publics » connus par l’étudiant de la Sorbonne. Différence infime
(1,35 %) puisque la liste comprend 104 « auteurs » et « acteurs publics ».
Par ailleurs, que l’étudiant soit « upécien » ou « sorbonnard », connaître 7
ou 8 « auteurs » ou « acteurs publics », ce n’est que 0,6 % du nombre
d’auteurs présentés par Le Grand Livre de la Politique, Géopolitique et
Relations internationales (L’Harmattan, 2014). Donc, l’étudiant moyen ne
connaît même pas le 1 % des auteurs cités dans ce livre de référence !

Les résultats de ce test réconforteront, peut-être, ceux de nos
collègues qui disent que maintenant, dans l’Université de masse en France,
c’est à partir de la Licence 3 qu’on estime pouvoir travailler
confortablement, c’est-à-dire après une forte sélection qui élimine entre 30 et
60 % des effectifs sur les deux premières années du premier cycle.
L’Université procède donc à la sélection que les politiciens ont interdit de
faire au collège et ensuite au lycée, depuis la réforme Haby initiée par la loi
du 11 juillet 1975 ! Mais pendant combien d’années l’Etat français,
potentiellement en faillite, devra-t-il continuer à dilapider des milliards
d’euros pour sélectionner les étudiants, parce que son système éducatif ne
peut, ne veut ou ne sait plus très bien comment orienter les collégiens et les
lycéens, aux bons moments et aux bons endroits ?
28 En vérité, ces chiffres nous donnent un indice sur le fait que nous
avons réellement affaire à des générations d’étudiants qui poseront de plus
en plus de problèmes à tous les enseignants académiquement stricts (« les
profs pas sympas ») sur le niveau intellectuel requis à chaque semestre, pour
ne pas transformer insidieusement la Licence en un « méga Bac+ » et le
Master en une « super Licence ». Nous sommes quelques-uns à constater,
chaque année, que de plus en plus, par exemple, le contenu des mémoires de
stage des Masters 1 est de même niveau (une simple description des tâches)
que les rapports de stage des licences 3. En effet, nous ne trouvons aucune
réflexion théorique sur une mission. Cette négligence ne va-t-elle pas
transformer progressivement des départements entiers de l’Université en
centres par excellence d’apprentissage des métiers au lieu de demeurer
principalement le lieu de réflexion et de recherche scientifique et
accessoirement un centre d’apprentissage des « métiers » ?

C’est à tous mes collègues plus jeunes que je pense. Ceux qui ont encore
cinq, dix ou quinze ans de « sacerdoce » à accomplir. Quant à moi, je vais très
bientôt quitter l’estrade et « aller planter mes choux », en emportant avec moi les
meilleurs souvenirs de ma vie grâce à cette expérience enrichissante. Car jamais je
n’aurai publié autant d’ouvrages, de manuels, d’essais et d’articles, soit près de
14 000 pages de publications, si j’avais fait autre chose que l’enseignement
(19792014). C’est absolument certain. En douze ans passés dans les entreprises
(19681979), je n’ai jamais eu une seule fois le besoin de publier un seul papier, car
j’occupais mes journées de bureau à manipuler des chiffres et des documents
comptables. Alors que dans l’enseignement je me retrouvais quotidiennement en
face de centaines de cerveaux à former. Je m’efforçais donc à leur transmettre sans
relâche l’amour de la connaissance, l’exigence de la rigueur et le goût de l’effort,
et ces dernières années où la décadence morale a commencé à nous étouffer tous,
je leur demandais dès le premier cours de l’année, de méditer sur ces douze
sagesses : 1. « Il n’est de pauvreté que d’ignorance » (Talmud). 2. « Sont-ils
égaux, ceux qui savent et ceux qui ne savent pas ? » (Coran). 3. « Eduquer un
garçon c’est éduquer un individu, éduquer une fille c’est éduquer toute une
communauté » (Ibn Badis). 4. « Savoir mal est pire qu’ignorer » (Jean-Jacques
Casanova de Seingalt). 5. « Les épis vides portent la tête haute » (proverbe
allemand). 6. « Qui ne sait rien, de rien se doute » (proverbe français). 7. « Celui
qui confesse son ignorance la montre une fois ; celui qui essaie de la cacher la
montre plusieurs fois » (proverbe japonais). 8. « Qui s’assied au fond d’un puits
pour contempler le ciel le trouvera petit » (Maître Han Yü). 9. « Quand Dieu veut
rabaisser un homme, il le prive de savoir » (proverbe soufi). 10. « L’ignorant fait
à lui-même ce qu’un guerrier fait à son ennemi » (Prophète Mohamed (ç)). 11.
« L’encre du savant est préférable au sang du martyr » (Prophète Mohamed (ç)).
12. « La famille éduque, l’école instruit et la curiosité personnelle cultive »
(Mokhtar Lakehal).
29 (*) Les questions posées étaient les suivantes.

1) Avez-vous lu la constitution française de 1958 ?

2) Lesquelles de ces « Affaires » connaissez-vous et que vous êtes
capable d’expliquer à vos camarades de cours ?
Affaire Ben Barka, Affaire Boulin, Affaire Debreuil, Affaire de La
Cagoule, Affaire Dieudonné-Jakubowicz-Cohen-Valls, Affaire Dreyfus,
Affaire du LIBOR, Affaire du SAC, Affaire du Watergate, Affaire Enron,
Affaire Irangate, Affaire Leeson, Affaire Lumumba, Affaire Madoff, Affaire
Mattei, Affaire Mossadegh, Affaire Panama, Affaire Plame-Wilson, Affaire
Snowden, Affaire Stavisky, Affaire Wikileaks, Affaire Wilson.

3) Lesquelles de ces « doctrines » connaissez-vous et que vous êtes
capable d’expliquer à vos camarades de cours ?
Doctrine Brandt, Doctrine Brejnev, Doctrine Bush, Doctrine Calvo,
Doctrine Carter, Doctrine de Guam, Doctrine de « la destinée manifeste »
(Manifest Destiny), Doctrine de la guerre juste, Doctrine de la porte ouverte,
Doctrine Drago, Doctrine du Big Stick, Doctrine du bon voisinage ou
politique du bon voisinage (Good Neighbor policy), Doctrine Dulles,
Doctrine du plaidoyer politique (advocacy policy), Doctrine Eisenhower,
Doctrine Estrada, Doctrine Hallstein, Doctrine Jdanov, Doctrine Johnson,
Doctrine Kennedy, Doctrine Kirkpatrick, Doctrine Lehman, Doctrine Mc
Namara, Doctrine MAD, Doctrine Monroe, Doctrine Nixon (ou Doctrine de
Guam), Doctrine Obama, Doctrine Powell, Doctrine Reagan, Doctrine
Sinatra, Doctrine Sokolovski, Doctrine Stimson, Doctrine Tobar, Doctrine
Truman, Doctrine Ulbricht, Doctrine Weinberger, Doctrine Wilson.

4) Lesquelles de ces « idées politiques » connaissez-vous et que
vous êtes capable d’expliquer à vos camarades de cours ?
Absolutisme, Action directe, Alter-mondialisme, Agrarianisme
(agrarien), Anarchisme, Anarcho-capitalisme, Anacho-syndicalisme,
Antiaméricanisme, Anticléricalisme, Antisémitisme, Antisexisme,
Augustinisme, Autonomisme, Autoritarisme, Baathisme, Babouvisme,
Bakounisme, Bolchevisme, Blanquisme, Bonapartisme, Bossism, Boulangisme,
Bourguibisme, Capitalisme, Carlisme, Centralisme, Centrisme,
Colonialisme, Communautarisme, Communisme, Constitutionnalisme,
Conformisme, Conservatisme, Corporatisme, Démocratie, Démocratie chrétienne,
Démocratie directe, Démocratie libérale, Démocratie participative,
Démocratie représentative, Démocratie royaliste, Dictature, Droite,
Ecologisme, Ethnisme, Ethno-différencialisme, Extrême droite, Extrême
gauche, Extrémisme, Fascisme, Fédéralisme, Gallicanisme, Gauche,
30 Gaullisme, Georgisme, Gerrymandering, Humanisme, « Homéisme »
(idéologie des droits de l’homme), Individualisme, Insurrectionnalisme,
Irrédentisme, Islamisme, Jdanovisme, Khomeynisme, Laïcisme, Léninisme,
Libéralisme, Luddisme, Luxemburgisme, Marxisme, Marxisme-léninisme,
Maoïsme, Monarchisme, National-bolchevisme, Nationalisme,
Nationalisme révolutionnaire, Nacérisme, Nazisme, Néofascisme,
Néogaullisme, Néonazisme, Nihilisme, Oligarchisme, Ochlocratie, Opéraïsme,
Orléanisme, Pacifisme, Panafricanisme, Panarabisme, Pangermanisme,
Panslavisme, Patriotisme, Péronisme, Populisme, Providentialisme,
Primitivisme, Racisme, Radicalisme, Reaganisme, Régionalisme,
Républicanisme, Royalisme, Séparatisme, Sionisme, Situationnisme,
Socialdémocratie, Social-libéralisme, Socialisme, Souverainisme, Stalinisme,
Stochocratie, Supranationalisme, Syndicalisme,
Syndicalisme-révolutionnaire, Souverainisme, Technophobie, Thatchérisme, Totalitarisme,
Trotskysme, Traditionalisme, Ultramontanisme, Wahhabisme, Zapatisme

5) Lesquelles de ces personnalités connaissez-vous, c’est-à-dire
que vous êtes capable de situer leur époque et par quoi elles sont connues
ou reconnues dans le monde (invention, découverte, fonction, formule,
phrase, citation, réputation, filiation, obédience, rôle, etc.) ?
Abbé de Cîteaux, Abbé Pierre, Emir Abdelkader, Abdelwahhab,
Adenauer, Al-Banna, Albert (Thomas.), Allais, Arafat, Assange, Attaturk,
Bacon, Balfour, Ben Gourion, Bernays, Beveridge, Bismarck, Blum,
Bonaparte (Joseph), Bourdieu, Brandt, Braudel, Buffett, Carmichael,
Chomsky, Crémieux, Cukierman, Debord, Debré (M), Deferre, De Klerk,
De Monchrestien, De Tocqueville, El Boukhari, Engels, Farouk, Fourastié,
Giap, Goebbels, Gramsci, Gravier, Guizot, Hayek, Hegel, Hobbes, Homère,
Ibn Khaldûn, Jakubowicz, Kant , Keynes, Khrouchtchev, Kissinger,
Kosciusko-Morizet, Labrousse, Lansky, Laroque, Laval, Le Chapelier, Le
Play, Lévi-Strauss, Louis XVIII, Ludd, Luxembourg, Mac Carthy,
Machiavel, Madoff, Malcom X, Malraux, Maurras, Méhémet-Ali,
MendèsFrance, Michelet, Milgram, Monnet, Morgenthau, Mossadegh, Murdoch,
Mussolini, Nader, Nasser, Nerhu, Philippe d’Anjou, Pineau, Plame, Pol Pot,
Ponzi, Poujade, Proudhon, Ribbentrop, Ricardo (D.), Sabbah, Sade, Saint
Augustin, Saint-Simon, Salazar, Sauvy, Schacht, Sieyès, Smith (Adam),
Snowden, Solon, Stavisky, Taddeï

Mokhtar LAKEHAL BOUHADI AMAR


1. Agressivité et douceur

Les agresseurs ont tort là-haut ; ils ont raison ici-bas
Napoléon Ier

Celui qui est dépourvu de douceur est dépourvu de tout bien
Mohamed (ç), prophète de l’Islam


L’agressivité est un instinct de l’homme pour défendre son droit, son
honneur, son bien ou son territoire. Le terme n’apparaît qu’en 1873 alors que
la création, à partir du latin aggressio, du mot agression, date de 1395 ; il
signifie attaque, tentative, entreprise. La langue moderne, qu'elle soit
juridique, psychologique ou commune, n’a retenu que le sens négatif
d’attaque contre une personne, un corps, un territoire, une nation, en soulignant
le caractère violent des paroles ou actes.

L’agressivité verbale est un instinct de violence. Elle est reconnue
dans toute société civilisée comme un défaut de la personnalité. Car dans la
plupart des situations, l’individu dans une société civilisée (pacifiée) peut
1obtenir avec douceur ce qui lui revient de droit . Mais malheureusement
certaines personnes mal éduquées laissent leur instinct primitif parler en
premier. Ce comportement envenime les rapports sociaux et débouche sur
des dommages regrettables ou irréparables. Qui n’a jamais assisté à des
disputes qui se transforment en actes de violence physique pour une simple
place de parking ou un billet pour un spectacle?
L’agressivité verbale produit toujours des ressentiments chez sa
victime. C’est navrant de voir comment certains enfants font la loi chez eux,
et comment dans certaines familles on élève très vite la voix pour un rien. Le
comble, c’est que personne n’intervient pour se dresser devant
l’inconvenance. Bien au contraire, on croit que l’agressivité est la preuve qu’on sait se
défendre. Quel malheur insoupçonné fait-on courir aux enfants qu’on a
éduqués dans l’idée que l’agressivité a une vertu, lorsque leur certitude aura
2durci autant que leurs os ! C’est après les avoir conduits à l’irréparable que
cette certitude disparaîtra, en laissant apparaître l’agressivité pour ce qu’elle

1 « Souvent la douceur des paroles, employés à propos, a triomphé là où la violence
aurait échoué », Apollonios de Rhodes, Les Argonautiques.
2 « Dis : « Mon Seigneur n’a interdit que les turpitudes, tant apparentes que secrètes, de
même que le péché, l’agression sans droit, … » (Coran, sourate 7. Al-A’râf : 33). « Dis :
« Le mauvais et le bon ne sont pas semblables, même si l’abondance du mal te séduit »
(Coran, sourate 5. El-Mâ’idah (la table servie) : 100)
33 est vraiment : un grand défaut à combattre. L’agressivité n’a absolument rien
d’une de ces valeurs avec lesquelles les individus mal éduqués la confondent
par ignorance : pugnacité, ardeur, enthousiasme, chaleur, combativité,
ferveur, vivacité.
En effet, sans réaction de l’éducateur – en l’occurrence la famille –
l’enfant d’aujourd’hui, puis l’adolescent de demain et enfin l’adulte
d’aprèsdemain, usera systématiquement d’agressivité à chaque fois qu’il se sentira
importuné, attaqué ou offensé. Souvent disproportionnées, ses réactions sont
des actes d’agression, des manœuvres offensives, des attaques de choc, des
charges spontanées ou méditées.
Un des célèbres hommes d’Etat français, Napoléon Ier, qui usa et
abusa de l’agressivité sur les champs de bataille – jusqu’à ce qu’elle se
retourna contre lui pour mettre fin à son ambition démesurée – reconnut
vouloir s’attirer la reconnaissance des historiens dans la désobéissance au
3Créateur . Voilà une attitude qu’aucun croyant ne saurait adopter sans
dommage pour son âme. Mais tous les grands hommes qui rêvent d’être des
dieux – ou des immortels – ont-ils ce souci de sauver leur âme ? On est en
droit d’en douter quand on interroge l’histoire sur la vie de ces grands
personnages.
En revanche, pour nous autres simples mortels sans prétention de
déification ni espoir de citation au tableau d’honneur, conscients que nous
avons besoin les uns des autres pour vivre en harmonie, l’agressivité nous
causera au final plus de tort qu’elle ne nous résoudra de problèmes. Usons
donc de douceur en toutes circonstances pour préserver nos liens, car peu
d’entre nous sont effectivement capables d’assumer longtemps les
conséquences de leur agressivité. Mais pourquoi chaque membre de la cité
cherche à exiger plus de douceur de son voisin que de lui-même ? Pourquoi
tant d’hommes et de femmes veulent de leur conjoint plus de douceur qu’ils
n’en sont capables de lui donner en contrepartie ? C’est un problème de
conscience, d’éducation et de rééducation à reconsidérer. Donc,
objectivement c’est un programme qui demande plus qu’un mandat présidentiel et ce
serait intellectuellement malhonnête d’attendre de quelque président de la
République qu’il soit, d’instaurer en une législature, une société où la
douceur de vivre rendrait jaloux les dieux de l’Olympe.
La douceur est une sorte d’amabilité, de délicatesse, de bonté, de
légèreté, d’affabilité, d’aménité, de gentillesse et de patience envers autrui.
Cela ne s’improvise pas, mais s’obtient par un long processus d’éducation

3 « Les agresseurs ont tort là-haut ; ils ont raison ici-bas », Napoléon Ier, empereur des
Français (1769-1821), cité par Las Cases dans Mémorial de Sainte-Hélène.
34 (ou de rééducation) qui amène à la prise de conscience définitive que la
douceur est une vertu à cultiver tandis que l’agressivité est un défaut à
combattre. Et ce que nous faisons avec douceur, c’est justement ce que nous
accomplissons finement, subtilement, insensiblement, lentement (avec
patience). Partout où règne la douceur on aura le calme, et avec lui tout ce
qu’il y a de plus apaisé, atténué, lénifié, édulcoré, modéré, tempéré.
Finalement, on doit comprendre que la douceur est une « qualité morale qui
porte à ne pas heurter autrui de front, à être patient, conciliant, affectueux »
(Le Robert). Précisons que l’humanité ne se divise pas en deux catégories,
ceux qui naissent doux et ceux qui naissent rêches. Tous les bébés poussent
des cris à la naissance, ils deviendront ce que leurs parents, fratrie, famille,
école et société, auront voulu ou réussi à faire d’eux, en leur inculquant
certaines valeurs. Ce déterminisme socioculturel est tout relatif, dès
l’adolescence chaque individu disposant de toutes ses facultés mentales voit tracés
devant lui une multitude de chemins qui ne sont ni tous d’accès facile, ni
menant tous au même endroit.
Ceux qui ne supportent plus toute cette violence qui caractérise les
sociétés actuelles poussent quotidiennement un cri d’exclamation aussi fort
que leur impuissance à empêcher la décadence morale. Ah si dans tous les
foyers de France et du monde on respirait de la douceur matins et soirs ! On
mettrait au chômage un nombre considérable de policiers, gendarmes,
journalistes, infirmiers, médecins, juges, avocats, geôliers ! Ah si dans toutes
les rues des cités de banlieues on respirait de la douceur du matin jusqu’au
soir ! On mettrait au chômage nombre de trafiquants de drogues, de
journalistes pyromanes nostalgiques des barricades et des cocktails Molotov
et autant de ces journalistes spécialistes de l’amalgame entre la violence
urbaine et l’origine ethnique ou la confession religieuse.
Pauvres rappeurs des banlieues françaises tombés dans le piège du
mimétisme des Noirs américains, qui affirment ostensiblement leur
appartenance à l’Islam mais qui débitent à longueur d’ondes des paroles agressives !
Pauvres jeunes manipulés, issus de l’immigration, qui s’abreuvent
quotidiennement à cette source fort éloignée des Ecritures saintes et revendiquent
leur attachement à l’Islam tous les vendredis en allant écouter le prêche de
4l’imam du quartier ! Dans la Perse antique on avait coutume de dire
qu’« une main douce conduit un éléphant avec un cheveu ». La douceur
produit bien des merveilles pour qui veut bien troquer son agressivité. Il est
fort à parier que les personnes agressives sont privées de joie de la vie ; il

4 Le prophète Mohamed (ç) a dit à ses compagnons : « Celui qui est dépourvu de
douceur est dépourvu de tout bien ». A son propos, Allah a dit : « Et nous ne t’avons
envoyé que comme une miséricorde pour l’univers » (Coran, sourate 21. Al-Anbiyâ (les
prophètes) : 107).
35 suffit d’écouter les paroles de certains chanteurs de rap. Mais gare à ceux qui
sont doux alors que leur honneur leur dicte d’être rudes. Ceux-là doivent
5apprendre à ne jamais confondre douceur et faiblesse .


5 « Qui se fait miel, les mouches le mangent », nous avertit l’écrivain, poète et
dramaturge espagnol Miguel de Cervantès (Don Quichotte, II, XLIII). Son contemporain
français, le Duc François de La Rochefoucauld, distingue la véritable douceur de la
douceur par faiblesse : « Il n’y a que les personnes qui ont de la fermeté qui puissent
avoir une véritable douceur » (Maximes)
36 2. Autoritarisme et concertation
Le jarret n’est pas plus haut que la cuisse
Proverbe africain

La compétence sans autorité est aussi impuissante que l’autorité sans compétence
Le Bon


L’autorité est à la fois une qualité et un statut reconnus. Légitimée
6ainsi, elle mérite qu’on s’incline devant elle . Tandis que l’autoritarisme est
un défaut d’autant plus intolérable qu’il s’agit de société civilisée. Et nous ne
devons jamais penser que l’autoritarisme est le contraire de la mollesse et
qui serait donc une des qualités recherchées pour bien gouverner. Dans le
monde politique, ses synonymes sont effrayants pour ceux qui sont épris de
justice : absolutisme, dictature, hégémonie, tyrannie. L’idéal de justice veut
que tout refus de négocier, toute fin de non-recevoir, tout exercice personnel
du pouvoir est qualifié de pratique autoritaire ou d’autoritarisme.
Dans le monde professionnel aussi bien que dans le monde politique,
à l’échelle familiale ou à l’échelle individuelle, l’autoritarisme est un excès
d’autorité. Et dans ce contexte, nous rappelons que l’excès signifie manque
7de modération … Sauf lorsqu’il s’agit d’un détenteur du pouvoir qui craint
que ses ordres ne soient pas exécutés et que cette négligence, dorénavant lui
créera un précédent chez ses sujets, subordonnés ou serviteurs qui prendront
8leur aise au point de négliger leurs devoirs et obligations .
Au niveau professionnel, l’autoritarisme fait beaucoup de dégâts et
ses coûts n’ont jamais été évalués dans leur globalité pour une entreprise,
une administration, une institution. Comme la force et la justice ne peuvent
être séparées sans produire de dilemme imposant le choix entre
l’impuissance ou l’injustice, la compétence et l’autorité doivent aller de pair pour
éviter un autre dilemme. Le divorce entre la compétence et l’autorité est une
pure catastrophe. Car ceux qui savent tout de leur fonction sauf se faire
obéir, n’obtiennent jamais rien de bon et l’expérience le montre; tandis que

6 Deux proverbes africains nous rappellent cette nécessité de s’incliner devant l’autorité :
« La chèvre broute l’herbe là où en l’attache » (il faut respecter l’autorité), proverbe
Bamoun/Cameroun. « Le jarret n’est pas plus haut que la cuisse » (On doit respecter la
hiérarchie), proverbe Toucouleur/Sénégal.
7 « L’autorité, c’est moins la qualité d’un homme qu’une relation entre deux êtres »,
disait Maurice Barrès dans L’ennemi des lois.
8 « Aussitôt qu’un roi se relâche sur ce qu’il a commandé, l’autorité périt, et le repos
avec elle », écrivait le roi de France, Louis XIV, dans ses Mémoires.
37 ceux qui ne savent pas grand-chose de ce qu’ils prétendent savoir, sauf se
faire obéir par leurs subordonnés, font beaucoup de dégâts, dont certains ne
seront découverts qu’en leur absence ou après leur départ !
On a mis trop longtemps pour reconnaître le harcèlement moral
comme la cause directe d’une maladie professionnelle (le stress). Combien
de temps faudra-t-il pour reconnaître les dégâts de l’autoritarisme tant dans
les milieux professionnels qu’au sein des familles ? Dans les entreprises et
administrations, l’autoritarisme fait moralement d’autant plus mal aux
victimes que son auteur est notoirement réputé pour ses compétences limitées.
L’autorité des parents se justifie aux yeux de l’enfant par l’amour et
la protection sans faille qu’ils lui prodiguent. L’autorité du professeur sur
l’élève est légitimée par la détention des connaissances utiles que l’élève
vient chercher à l’école. L’autorité du représentant de l’Etat est acceptée par
le citoyen qui a compris que dans un Etat-nation, dans notre propre intérêt,
nous sommes forcés de déléguer à certains d’entre nous la mission d’assurer
l’ordre pour nous protéger contre nos excès et contre ceux des autres. Enfin,
l’autorité de tous ceux qui nous impressionnent n’est pas un défaut mais une
9qualité qui semble innée . Or, il n’y a rien de plus déplaisant que de voir un
individu totalement dépourvu par nature de cette qualité, abuser en
permanence de son statut de parent, d’enseignant, de chef, de gendarme,
pour subjuguer autrui en usant de violence verbale ou morale. Certains
enfants porteront jusqu’à la fin de leur vie les stigmates de l’autoritarisme
d’un père ou d’une mère. Adultes, ils demeurent persuadés que la médiocrité
de leur cheminement professionnel, voire leur déviance du droit chemin,
s’explique principalement par leur enfance vécue non dans la joie, mais
comme un fardeau familial. Certaines vocations ont été brisées par
l’autoritarisme d’enseignants incompétents qui ont contraint certains de leurs
élèves à changer d’orientation scolaire, à abandonner leurs études ou leurs
recherches en vue d’un doctorat. L’autorité légitime est parfois insupportable
pour beaucoup de personnes ; que penser alors d’un excès d’autoritarisme de
la part d’incompétents ? Peut-on imaginer ce que ressentent en permanence
tous ceux qui portent quotidiennement le joug de l’excès d’autorité que nous
appelons autoritarisme ? « Ne sait de quoi est fait le gourdin que celui qui
reçoit ses coups », dit un proverbe paysan algérien. Le plus pénible pour
ceux qui sont affectés par ce mal (l’autoritarisme), est de s’en défaire sans

9 « Certains hommes répandent, pour ainsi dire de naissance, un fluide d’autorité dont on
ne peut discerner au juste en quoi il consiste (…) Il en va de cette matière comme de
l’amour qui ne s’explique point sans l’action d’un inexprimable charme », Charles de
Gaule, Le Fil de l’épée. « L’autorité ne procède que de la responsabilité. Si un homme
doit répondre de ce qu’il fait et en répond, il a de l’autorité », Anton Makarenko, La
Pédagogie et l’Action individuelle.
38