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Sophrologie et estime de soi

De
286 pages
Si l'Estime de Soi est une valeur, quelle place prend-elle dans les psychothérapies d'aujourd'hui, comment concilier les nécessaires mais pathogènes contraintes de rendement avec le droit de chacun à être respecté, reconnu et estimé dans son travail ? La sophrologie, par son approche spécifique de la personne, peut-elle être une pédagogie de l'Estime de Soi ?
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«Agis de telle sorte que tu traites
l’humanitéaussibien dans ta personne que
dans la personne de toutautre, toujours en
même temps comme fin, jamais
uniquementcomme moyen »
EmmanuelKant,
Fondements de la métaphysique des mœurs,
1785INTRODUCTION
Thème porteur s’il en est, problématique identitaire
d’aujourd’hui, l’Estime de soi, danssa construction, ses aléas, la
vulnérabilité dechacun faceaux épreuves, les stratégies de défense
emises en place, s’est révélée un sujetbrûlant pource 42congrès.
Il nous a paru passionnant d’en débattre et ce débat nous vous
invitonsà le partager.
La notion d’estime de soi trouve tout son intérêt à être située
dans lecadre de l’affirmation d’une identité personnelle pouvant se
résumer ainsi: amour de la personne pour elle-même, bonne
reconnaissance sociale et liberté du sujet.
Le terme est relativement récent, puisque utilisé pour la
première fois par William James, « self-esteem » , en 1890.
L’individualisme sociétal actuel, l’évolution des rencontres
amoureuses via Internet, la compétition professionnelle et les
harcèlements divers qui l’accompagnent exigent une capacité
d’auto-évaluation face au jugement de l’autre et donnent à cette
notion un intérêt trèsactuel.
Que l’on ait de cette estime, soit une perception globale, soit
une vision compartimentée (il est possible en effet de s’estimer
dans son travail et non dans sa vie sentimentale et réciproquement),
elle est étayée par un amour de soi (écoute et respect de ses
besoins, de ses aspirations), par une vision positive de soi (les
capacités que se reconnaît un sujet lui permettent de se projeter
dans un avenir) et par une confiance en soi permettant de
relativiser lacrainte de l’échec et du jugement d’autrui.
L’estime de soi nourrit le narcissisme, mais inclut l’ouvertureà
l’autre, dans le processus de socialisation qu’elle implique, tout en
lui imposant des limites et en lui permettant de mettre en œuvre des
mécanismes de défenseadaptés.
Cette notion permet de réconcilier l’individu avec le collectif,
car labonne estime de soi trouve un écho dans le regard de l’autre.Est-elle fondamentalement constitutive de la personnalité ou
bien n’est-elle que le produit d’une transformation socioculturelle ?
Est-ce une valeur et si oui une valeur nécessaire ? Comment notre
vie, notre façon d’être en est-elle influencée ?
Dans une première partie se pose la question «l’estime de soi
est-elle une valeur ?»Saurons-nous y répondre ?
C’est ensuite sur l’importance qu’a pris cette notion
«commode » de l’estime de soi dans les demandes thérapeutiques,
que nous nous interrogerons.Une estime de soi défaillante peut en
effet aggraver un grand nombre de troubles comme l’anxiété, la
dépression, les phobies…
Quelle est donc la place prise par l’estime de soi dans les
psychothérapiesaujourd’hui ?
Un volet plus sociétal de cette recherche a concerné
l’adolescence etaussi les difficultés d’insertion et de maintien dans
la vie professionnelle.
Ce qui semble prépondérant dans laconstruction de l’estime de
soi, ce sont les désirs d’identifications aux conformismes sociaux,
pouvant parfois écraser l’adolescent, lorsqu’il les transgresse,
jusqu’à le menerà la révolte ouau suicide.
Bonne ou mauvaise, l’estime de soi est aussi le résultat d’une
transmission généalogique des désirs parentaux et de l’équation
personnelle du sujet.
Il est essentiel aussi de souligner le poids d’une société dure
excluant de ses rangsceux qu’elle perçoitcomme « différents ».
Ne serait-ce pas elle, cette société, qui génère une mésestime
de soi à tous les niveaux, familiaux et privés, et entraîne les
violences et rages dont noscités témoignent ?
Mésestime aussi en raison des conditions de travail de plus en
plus violentes dont la presse quotidienne se fait l’écho.
10C’est donc tout particulièrementàcesconditions de travail qui
s’aggravent, à la course insensée aux diplômes, aux blessures
multiples de l’estime de soi, qu’ont étéconsacrées les interventions
sous l’intitulé «Contrainte de rendement et estime de soi ».
Maisaussi l’importancedu regard de l’Autre, l’importance
de la reconnaissance, la douleur du rejet (réel ou fantasmé), la peur
du ridicule, la quête d’amour et d’amitié… Autant de souffrances
ou de questionnements qui s’expriment en thérapie.
Alors comment restaurer cette estime de soi, comment la
mesurer et l’apprivoiser? Ce dernier temps est celui des réponses
que peutapporter la sophrologieà partir de sesconcepts, ses outils,
ses techniques, à la question « la Sophrologie peut-elle être une
pédagogie de l’estime de soi ?»
SYNTHÈSE desCOMMUNICATIONS
En introduction à ce congrès, dans sa conférence d’ouverture,
le président Benoit FOUCHÉ évoque ce beau thème de l’estime
de soi, comme surtout un thème à la mode dans notre culture
occidentale.
Pour lui la question qui nous est posée, à nous Sophrologues,
est « je n’ai pas confiance en moi, est-ce que la sophrologie peut
me permettre d’acquérircetteconfiance ?»
Que l’estime de soi et l’amour de soi soient des valeurs
prégnantes de notre société, c’est sûr. Le devoir était la valeur
régnante de la société d’il y a 50 ans. Et nous sommes en droit de
questionner ces valeurs qui sont dictées aux personnes et qui
changent selon les époques: le devoir, la confiance en soi,
l’épanouissement personnel.
La psychothérapie aujourd’hui va se trouver alors non plus
centréecomme hier sur les rapports entre leSurmoi et leMoi, mais
11graviter autour du narcissisme. Est-ce là le but de nos
psychothérapies:construire unbon narcissisme ?
Cette question de l’estime de soi devient une question sociale.
Elle est confrontée à la question du rendement dans l’entreprise,
l’institution et lesactivités sociales.
Et nous finirons par comprendre comment la sophrologie par
sa démarche psychocorporelle spécifique peut améliorer l’estime
de soi.
L’ESTIMEDESOIEST-ELLEUNEVALEUR ?
En phénoménologue et germaniste,Jean-MarieFROISSARD
éclaireces notions difficilesautour de «Principes d’individuation
et intentionnalité chez Heidegger », Heidegger qui entreprit de
repenser l’homme hors de la pensée catégoriale: à pensée
nouvelle-existentiale-langage nouveau: d’où le « trans-concept »
Dasein dont nous examinerons quelques facettes pour définir
l’identité humaine. «Das Da zu sein zeichnet das Menschsein
aus » écrit Martin Heidegger : « être le là caractérise
l’êtrehomme ». Notion de Jemeinigkeit (l’être-à-chaque-fois-mien) :
rapport du Dasein à soi-même, rapport du Daseinau temps,
insubstituabilité et unicité de chaque Dasein ; le Dasein, un être à
réaliser constamment ; les deux modes d’être du Dasein:
l’authentique et l’inauthentique.Le solipsisme existential, etc.
L’être humain ne se caractérise pas seulement et
prioritairement par sa rationalité, maisaussi par son rapportaffectif
au monde, ce que Heidegger nomme l’être-affecté: das
Gestimmtsein, dont nous décrirons les différentes modalités.
Une importance particulière est attachée aux efforts de
Heidegger pour«liquider » le hiatus, lacoupure entre le sujet et le
« monde » que niKant niHegel et pas davantage Husserl n’ont su
vraiment résoudre.
BernardJEANROY s’interroge sur la question «L’estime de
soi: une impasse !?» Pour lui la Sophrologie n’est pas une
raccommodeuse de l’estime de soi. Par son insistance à vivre le
12moment présent dans toutes ses dimensions, corporelle d’abord,
mais aussi celle de l’environnement événementiel, et celle du
mouvement des humeurs, des sentiments ou émotions, elle
privilégie l’émergence de la pleine conscience comme base
inébranlable de la psyché. La déroute éventuelle du sentiment de
l’estime de soi peut être accueillie à l’instar de tout autre
phénomène, comme manifestation, dans ce moment présent, de
notre rapport à la Vie, à l’Être. Elle ouvre ainsi, à
« l’Individuation» c’est-à-dire à l’acceptation d’un chemin de vie
qui subvertit le sujet, lui retire la mainmise pour l’inscrire dans une
aventure qui le déborde, tout en lui révélant sa place unique et
ordinaire.
«Je est unautre, estime de soi, estime du mond e », c’est la
pierre qu’apporte au débat Gérard THOURAILLE. L’estime de
soi n’est pas une opinion flatteuse que la personne aurait
d’ellemême. Plus profondément il s’agit pour chacun de reconnaître sa
valeur en tant que sujet présent et ouvertau monde.L’estime de soi
procède d’un narcissisme sain à l’opposé des hypertrophies de
l’ego. En s’appuyant sur elle et en la renforçant, les pratiques
sophrologiques peuvent répondre aux nombreuses détresses
intensément liéesà la mésestime de soi.
«Estime de soi -Amour de soi »,YannickJOUAN nous en
livre sa vision en s’appuyant sur l’étymologie. En 1280, les gens
du dictionnaire de l’époque décident de remplacer le verbe esmer
par aestimar e qui deviendra estimer pour que cesse la confusion
avec aimer, la prononciation étant la même.Cette
rectificationa-telle vraiment permis que cette confusion cesse ? Il nous paraît
intéressant 728ans plus tard de se poser la question…
L’estime étant un jugement de valeur, l’estime de soi, en fait
estime de moi, va en quelque sorte nous permettre de nous évaluer
à nos propres yeux et aux yeux des autres, ce qui, sans éveil de
conscience, est quasiment la même chose ; cela a-t-il un rapport
avec l’amour et est-il nécessaire de s’estimer pour s’aimer ?
Il nous faudra faire la différence entre les deux et nous donner
la possibilité d’aimer même ce que nous n’estimons pas de
nousmêmes pour pouvoir enfin nous donner le droit d’être ce que nous
sommes et vivre pleinement notre vie.
13«Handicap – Sophrologie, amour et estime de soi »,
pudique illustration d’un long chemin thérapeutique, ce
témoignage de Jean THIERRÉ, sur la rencontre de la
sophrologie, qui luia permis de se reconstruire, longtempsaprès le
drame vécuà 8ans et qui l’avait privé de sa jambe droite.
Lecourage, la détermination dont ila fallu faire preuve dans la
construction d’une carrière de chirurgien-dentiste exercée pendant
30ans, n’ont pu empêcher les troubles émotionnels de ressurgir.
Il nous décrit alors le parcours qui lui donnera la«conscience
de son corps retrouvé », ainsi que d’heureux changements
intérieurs permettant l’ouvertureauxautres.
LAPLACEPRISEPARL’ESTIMEDESOIDANSLES
PSYCHOTHÉRAPIESD’AUJOURD’HUI
C’est courageusement qu’Agathe DELISLE aborde
l’inéluctable chemin de fin de vie et ses étapes progressives avec
ce titre «Jeunes-vieux, vieux-vieux, entre Sisyphe et Job, la
Sophrologie et le maintien de l’estime de soi ».
LaSophrologie peut être d’une grandeaideaucours descrises
qui marquent les quatre dernières décennies de la vie. Le
vieillissement et plus encore le grand vieillissement pose de façon
crue la question de l’estime de soi, du maintien du sentiment
d’identité, mais aussi de l’épreuve de l’entrée en institution. Le
paradoxe du vieillissement consiste en la nécessité: d’une part de
protéger l’estime de soiagressée de toute part par les douleurs, les
pertes de capacités, les handicaps, la perte de pouvoir social, la
perte decapacité de séduire, la perte des rôles sociaux et familiaux,
la prise de pouvoir sur la vie de l’individu par la famille, les
enfants, la société et ses systèmes d’aide.
Et d’autre part de lâcher les sources devenues obsolètes
d’estime de soi, très liées à tous les susdits pouvoirs et capacités
pour investir une estime de soi plus liée à l’être, plus pérenne et
plus de saison.
14IsabelleFONTAINE nous invite à sortir du regard spécifique
que nous pourrions porter sur «L’estime de soiau féminin » en le
déclinant différemment.
«Le véritable lieu de naissance est celui où l’on a porté pour
la première fois un œil intelligent sur soi-même », dit Marguerite
Yourcenar.
Qu’est-ce que l’Estime de soi ? eta fortioriau féminin ?
Elle nous propose, en sortant enfin du carcan dans lequel la
société a mis l’homme et la femme, d’apprendre à nous voir
différemment, en tant qu’individucompletavec l’éventail de toutes
les différentes facettes etcouleurs.
La force, la fragilité, la colère, la douceur, l’instinct, la
mesquinerie, la finesse, l’honnêteté, la vanité, l’humilité… réunir
comme dans un kaléidoscope toutesces facettes qui sontautant de
richesses. Réunir enfin chez la femme les différentes déesses en
soi, reliéesà l’énergie vitalecréatrice.
Elle propose, en revisitant les contes de fées, de tenter une
acrobatie sophrologique.
Puisse l’individu enfin réuni vivre sa « féminitude » ou sa
« masculinité » à tour de rôle, comme dans la chanson de Vincent
Baguian «ce soirc’est moi qui fais la fille… ».
«L’estime de soi comme autre, l’estime de l’autre comme
soi ». Au travers de l’exploration de trois correspondances
caractérisant cette confrontation, Norbert CHATILLON analyse
l’épreuve que constitue pour chacun les représentations de soi
comme facteur d’estime, l’importance intime du regard de l’autre,
de l’ami ou de l’étranger à soi, pour forger, renforcer, nourrir,
affinercette représentation.Il met en évidenceces instants délicats
où, dans la quête de l’estime de soi dans la vision de l’autre,
chacun se met au risque de perdre l’autre de vue, se reprend ou
oublie de le faire et se perd de vueà son tour.
«Entre soumission et différentiation: l’estime de soi
comme enjeu fondamental des problématiques
transgénérationnelles »,JulietteALLAIS y insiste…
La famille est un lieu ambivalent. Elle nourrit, mais attache
aussi l’enfantà des failles narcissiquesanciennes qui l’obligentà y
consacrer une énergieconsidérable et l’empêchent d’accéderà
lui15même. Repérer ces attachements et puiser dans son propre
narcissisme pour s’en défaire et devenir sujet: voilà l’objet de
l’analyse transgénérationnelle.
Benoit FOUCHÉ s’autorise à «Pour dépasser le
narcissisme: intégrer la part de l’ombr e ».
Une sophrologie comportementale et recherchant l’adaptation
sociale vachercherà renforcer l’image de moi-même donnéeà voir
aux autres. C’est ce que nous appelons le Moi centripète
narcissique. C’est une démarche de pédagogie de la confiance en
soi utile et légitime.
Mais il existe une autre voie qui est la voie de la
psychothérapie sophro-phénoménologique. Elle cherche, à travers
le travail de sophrologie en état modifié de conscience, à faire
émerger à partir de notre corps, les vécus corporels, les fantasmes
profonds, les rêves les plus fous ou les plus cauchemardesques
tapisau fond de notre vie intérieure.
Ces fantasmes et ces rêves constituent notre ou nos projets de
monde au sens de Binswanger. C’est en intégrant ces projets de
monde (qui peuvent apparaître à certains comme des cauchemars)
que nousallons fabriquer notreMoiCorporelImaginaire.
Ce Moi Corporel Imaginaire, en intégrant notre part d’ombre,
va nous permettre de vivre plusauthentiquement.
Brigitte PROT nous permet de mettre en relation
«Motivation scolaire et estime de soi ».
Articulées, la motivation scolaire et l’estime de soi se trouvent
en interaction permanente. Intrinsèquement liées à l’estime de soi,
la confiance en soi, la conscience de soi et l’image de soi sont
également sollicitées par la motivationàapprendre.
Pour chaque enfant ou adolescent, elles s’exercent et
s’expriment dans un parcours singulier et en devenir.
Pour se motiver, l’élèveabesoin de développercette« valeur »
qu’il s’attribue. Ainsi s’autorise-t-il à grandir, c’est-à-dire à
apprendre.
Plus que jamais, le rôle de l’adulte est de l’accompagner dans
ce sens, grâce à un regard constructif sur sa personne et ses
résultats.À sa place et encohérence.Pour le sécuriser, le valoriser
16et le stimuler, trois points d’ancrage de son estime de soi et de sa
motivationàapprendre.
CONTRAINTEDERENDEMENTETESTIMEDESOI
Fructueuse, certes, elle serait… Marie-Hélène ELBAZ nous
la présente. «Le sophrologue et le syndicaliste, une rencontre à
imaginer ».
Dans un contexte de profonde transformation du travail et de
désyndicalisation, il est proposé de passer par le prisme du
syndicaliste, lui-même parfois victime et toujours témoin des
nouvelles formes de souffranceau travail.
La sophrologie est présentée,au regard decette problématique,
en tant que forme de prévention et d’accompagnement en termes
de prophylaxie sociale. Mais aussi, lorsque cette phase est trop
tardive en termes de thérapie et de reconstruction.
Quelques réflexions sur le monde du travail aujourd’hui.
Partant du désir d’apporter uneaideà la diminution du mal-être du
syndicaliste salarié, elle réfléchit à sa position très particulière
aujourd’hui, les contraintes auxquelles il fait face, notamment
l’envahissement de tout son temps, ycompris son temps privé et le
manque de reconnaissance et de valorisation de son travail.
L’étape suivante est d’envisager en quoi l’envahissement par le
«négatif » auquel il fait quotidiennement face (la plainte, les
revendications, les conflits, les prises de position et de
responsabilités…) exige un puissant antidote: la sophrologie qui
lui permettra de renforcer l’équilibre entre ses émotions, ses
pensées et ses comportements, et de trouver de nouvelles
ressources en lui-même.
Ainsi il est vu comment le ou la sophrologue peut amener son
ou ses patients (groupe)à diminuer lesattaquescontre eux-mêmes.
D’autres questions sontabordées:
- le principe d’action positive à l’épreuve d’un monde
violent et face à des comportements souvent machistes et
de pouvoir,
- lecycle existentiel,
- la dimension ontologique et les valeurs caycédiennes au
regard des valeurs de militant(e)s et de certains salarié(e)s
17dont la sensibilité ne se satisfait pas d’un monde brutal et
aliénant.
Patrick JUBLIER s’inquiète de ces données récentes et en
témoigne. «Nouvelles méthodes de travail: en quoi le processus
de subjectivation est-il entravé ?»
À partir de la nouvelle donne économique, de l’accélération
des connaissances, de l’introduction de l’électronique, de
l’automatisme et de l’informatique dans toutes les organisations de
travail, il est possible de voir à quel point ces nouvelles méthodes
de travail asservissent l’Homme et entravent ses processus de
pensée. En particulier dans le travail social, le risque est que le
modèle gestionnaire l’emporte sur le modèle clinique, ce qui
entraînera des effets délétères sur l’organisation du travail et
l’accompagnement des sujets.
Puis c’est Théodore-Yves NASSÉ qui présente une étude
expérimentale sur le sujet suivant: «Apport de la sophrologie
modifiée dans laconfiance en soi et le renforcement du schéma
corporel chez le malade atteint de sclérose en plaques ». Cett e
étude a été menée sur 29 cas de patients atteint de sclérose en
plaques avant et après sophrologie, sur NeuroScan, appareil
hollandais qui mesure les réactions EEG et EMG de chaque
patient.
MichèleFREUD étaye le travail précédent par uncasclinique,
«Sclérose en plaques et estime de soi ».J’ai souhaité, dit-elle, en
corollaire avec l’étude menée par Théodore Nassé, psychologue
clinicien etNicoleVandeweghe, physiothérapeute, présenter lecas
clinique d’un patient,Jean,atteint d’une sclérose en plaques qui, de
par son vécu traumatique, n’a pu développer cette saine estime de
lui-même.Je l’ai suivi sur troisans etai voulu démontrerà travers
la thérapie et la sophrologie, comment au fil des mois il a réussi à
trouver de nouveaux repères, comment il a puisé en lui la force
nécessaire pour se reconstruire et malgré les douleurs et les
troubles moteurs appris à vivre différemment. La sophrologie a
contribué au processus de re-narcissisation de cette enveloppe
souffrance, à réduire l’intensité des douleurs et aussi à favoriser
l’émergence de sensations agréables lui permettant de retrouver
18confiance en lui et surtout de se connecter à ses émotions, celles
qu’ilavait enfouies et que sa mère ne l’autorisait pasà ressentir.
C’est ensuite une sonnette d’alarme qui est tirée par Marie
GRENIER-PEZÉ déplorant la «Destruction des ressources
humaines ».
Nous savons par la psychodynamique du travail qu’aucun
travail de qualité n’est possible sans engagement de la subjectivité
toute entière. Travailler, ce n’est pas seulement produire, mais SE
travailler soi-même. Le sujet qui affronte authentiquement le
travailaccepte de se faire habiter tout entier par lui.N’est-ce pasà
cause de nos lignes de faille que nous sommes parfoiscapables de
performances professionnelles remarquables ? La souffrance qui
s’ycache n’est-elle pas le moteur qui nous fait nous dépasser, nous
inventer ? L’entreprise ne se gêne pas pour utiliser cette faille
comme puissance de travail dans un premier temps puis comme
relais de déstabilisation psychique.
Les ressources humaines sont alors en danger. Car la manière
dont le travail est organisé produit de la solitude: impossible
construction des collectifs de travail, éloignement géographique
des équipes, perte des appuis sociaux et de la solidarité. À qui
demander conseil ? Vers qui se tourner quand on cale sur
l’exécution du geste de travail ?
À l’organisation de la solitude, s’ajoute la pression morale.Ces
pressions morales se sont organisées, institutionnalisées, elles sont
prescrites dans des guides de management où le
neurophysiologiste, expert en fonctionnement des souris, explique
que si on veut mobiliser davantage les énergies des équipes, il faut
induire de la peur.
À l’organisation de la solitude,à l’utilisation de la peurcomme
mode de management, s’ajoute l’effacement de la subjectivité. Si
on réduit l’exécution du geste à des mouvements sans symbolique
et qu’il ne reste plus que cadence, répétitivité, l’organisation du
travail dérégule l’économie psychosomatique.
Nos athlètes de la quantité, parfaits rouages du productivisme
demandé, s’excitent, puis s’usent, puis disparaissent, escamotés par
la maladie, vite remplacés par d’autres.Certains décident de partir
avec fracas et se suicident sur le lieu du travail. La mise en échec
au regard des exigences que nous avons de nous-même fait
19chavirer l’estime de soi. Le suicide comme seule délivrance peut
alors se profiler.
Difficile confrontation pour Anasthasia BLANCHÉ, entre
«Société hypermoderne et individu ».
Que ce soit dans la famille, à l’école ou dans le monde du
travail, l’individu hypermoderne est confronté à des exigences
d’excellence et de perfection qui vont au-delà de la nécessaire et
bonne estime de soi. La société hypermoderne devient flexible,
« liquide », sans limites, sans frontières. Y règnent le culte de
l’urgence, l’activisme forcené et l’idéologie gestionnaire. La
société individualiste crée deux pôles extrêmes: celui d’individus
vivant dans un excès permanent d’hyperconsommation marchande,
sexuelle, évènementielle, et qui se brûlent dans l’hyperactivité ; à
l’autre pôle, celui d’individus «par défaut », vivant des parcours
d’échecs ou d’exclusion, subissant des blessures morales et des
violences humiliantesau quotidien, perdant touteconfiance en
euxmêmes, tout sentiment de leur propre valeur ou jugement, perte
d’existence sociale quibalaie toute estime de soi.
Les pathologies qui affectent l’individu hypermoderne sont à
l’image d’une société dont l’idéal de perfection, de dépassement
permanent, de compétition, s’étaye sur un «Idéal du Moi » de
toute puissance absolue: pathologies de la défonce
toxicomaniaque,alimentaire,addictionsau travail.
Les pathologies professionnelles liéesà l’hyperfonctionnement
et aux contraintes du travail produisent des individus qui, soit
déconnectent comme des circuits électriques, « ils pètent un
plomb », soit tombent dans l’épuisement, la dépression ou le
«burn out ». L’on apprend à gérer le stress, il n’est pas encore
reconnu comme maladie professionnelle. Les critères de succès
sont de plus en plus exigeants, etchacun est mis sous tension dans
l’entreprise hypermoderne.Le narcissisme est l’instance psychique
la plus sollicitée, réclamant un investissement illimité de soi, un
désir sans fin de réussir et une quête éperdue de signes de
reconnaissance.
Les conditions de travail et le management «pervers »
répondent par du harcèlement,créant souffrances, peurs d’échouer,
angoisse, repli sur soi, lutte des places et pertes des collectifs
solidaires.
20Il est urgent de trouver des modèles de développement et
d’épanouissementcollectifsafin de protéger l’environnement et de
recréer du lien social.
LA SOPHROLOGIE PEUT-ELLE ÊTRE UNE
PÉDAGOGIEDEL’ESTIMEDESOI ?
L’intervention de Sandra HURET cernera «L’expression
musicale:conduite symbolique de l’estime de soi ».
La musique est un phénomène à la fois culturel et individuel.
On pratique la musique pour s’exprimer, pour partager mais aussi
pour donner une valeur symboliqueà nos étatsaffectifs.Faire de la
musique est une manière d’exister autrement, une école de soi qui
nourrit le narcissisme mais qui demandeaussi uneconnaissance de
soi passant par la confiance et surtout par l’estime, valeur
indispensable à toute conduite musicale créative. Comment la
sophrologie peut-elleaider le musicienà favoriser sa propre estime
afin de mieux se vivre musicalement ? C’est ce que cette
intervention se propose de développer.
Comment articuler «Échec scolaire, troubles du
comportement et estime de soi », c’est ce que fait ici François e
BOUVIER.
S’accepter, reconnaître sa valeur, s’affirmer, se responsabiliser,
se faire confiance, trouver sa motivation sont les éléments
déterminants de l’estime de soi. À travers les freins que
représentent les différents désordres de la vie scolaire, aider
l’adolescent à s’approprier les éléments moteurs de ses
dysfonctionnements est un moyen de les construire. L’utilisation
de la métaphore enaccélère l’acquisition.
Pour Bénédicte de MONTENAY, impossible de dissocier
«Narcissisme de vie et estime de soi: un duo inséparable ».
Elle dégage le rôle de la sophrologie dans la dynamique de l’estime
de soi en mettant en évidence deux axes essentiels pour la
construction du sujet. Ensuite il est insisté sur l’importance d’un
regard fondateur.
21Puis elle traite de l’unification narcissique qui passe aussi par
l’appropriation et le dessaisissement de soi.Estabordée en dernière
partie la vertu thérapeutique de l’esthétique pour terminer par un
exercice sur l’expérience de ce que nous convenons d’appeler le
soi essentiel.
«Quelles sont les techniques d’intériorité susceptibles de
nourrir l’estime de soi ?», c’est l’interrogation de Gilles
PENTECÔTE.
Il distingue les deux niveaux d’intégration des approches
traditionnelles: celui de la réussite et donc de l’estime de soi à
proprement parler, et celui transpersonnel de la conscience de Soi
uni au monde de façon non duelle, susceptible d’annuler la notion
même de l’estime de soi.
Sont successivement etbrièvementabordés les outils:
- Hindous du pranayama
- Chinois duQiGong et duTaïchi
- Soufis de l’acceptation
- Zen de la méditation
- Bouddhiste de lacompassion
- Puis plus récemment, du stoïcisme et de la sophrologie
Il propose ensuite de tenter une brève sophronisation: à partir
de l’un de ces outils, nous imaginerons en Sophro Correction
Sérielle (SCS) comment s’adapter à une situation réelle où sa
propre estime de soi risquerait d’être perturbée.
Enfin Sylvie THIZON-VIDAL note l’importance de «La
dynamique psychothérapeutique de la sophrologie dans la
construction du sentiment de soi ».
Son propos s’organisera sur laconstruction du sentiment de soi
et de la valeur psychodynamique de la sophrologie, miseau travail
dans uncadre, un lien psychothérapeutique.
Ce que son expérience lui a montré, c’est que la confiance en
soi, l’estime de soi, l’assertion, entre autres sont des composantes
d’un sentiment (c’est-à-dire une entité durable) qui subit d’autant
moins lesaléas des émotions, qu’il est permanent et profond – mais
peut être «pris » parfois par des mécanismes, des
pseudoémotions, angoisse, orgueil, colère, doute, incompréhensions,
22autant d’expressions même de difficultés à prendre en conscience
età remanier.
La sophrologie dans son intentionnalité et sa force permet de
se dégager du pathos afin de conduire la personne vers une
conscience éveillée etactive de son moi.
La prise en compte du corps, des ressentis, des émotions,
constitutifs de la sophrothérapie, est source de structuration et de
contenant psychique qui va accroître les élans de vie du moi et
enclencher des remaniements psychiques, vers un épanouissement
personnelcréatif et porteur debienveillance vis-à-vis deSoi.
Elle s’attache donc à mettre en lumière la puissance des
remaniements psychiques des techniques de la sophrologie.
Elle espère pouvoirainsi esquisser la valeur polysémique de la
prise de conscience en sophrologie: de la présentation et la
représentation ducorpsau sentiment même de soi.
Véronique ROUSSEAU-BARASZ conclut ce congrès,
l’inscrivant dans une perspective d’ouverture sur le monde, mais
aussi de recentrage sur les réponses propres de la sophrologie aux
crises sociétales et individuelles que, sans doute, nous aurons à
affronter.
23I
L’ESTIMEDESOI
EST-ELLEUNEVALEUR ?PRINCIPED’INDIVIDUATION
ETINTENTIONNALITÉDEL’AFFECTION
CHEZHEIDEGGER.
Jean-MarieFROISSARD
L’exposé que vous allez entendre, inspiré par la pensée du
philosophe allemand Heidegger est né d’un choix, donc d’un
renoncement. Je me proposais de brosser l’histoire de la notion de
sujet: cela eut permis une meilleure compréhension de la
démarche heideggérienne qui vise à affranchir la pensée sur
l’homme de toute subjectivité, mais descirconstances existentielles
particulièrement difficiles m’ont contraint à faire plus bref,
peutêtre même trop bref et trop simple. Je bornerai mes propos à
quelques notions clefs de l’analytique existentiale de «Être et
Temps ». Le point de départ de la pensée de Heidegger sur
l’homme ne sera donc pas la notionclassique et psychologisante de
sujet, d’un sujet doté d’une intériorité etconsidérécomme un étant
quelconque, un étant parmi d’autres étants.L’homme sera pensé,à
nouveaux frais,comme «Dasein », dans sacondition humaine que
le philosophe qualifiera d’existentiale: la compréhension que le
Daseina de lui-même est existentielle ;celle qu’ila de sa structure
ontologique et qui relève de l’être, existentiale. Nous évoquerons
certaines déterminations, certaines structures de cet étant si
singulier qu’est le Dasein et que Heidegger nomme des
«existentiaux ». Vous verrez apparaître l’être-à-chaque-fois-mien,
(die Jemeinigkeit) l’être-dans-le-monde, (das-in-der-Welt-sein)
l’être-jeté (die Geworfenheit), l’être-à (das Zu-sein), la disposition
(dieBefindlichkeit) et l’être tonalisé (dasGestimmtsein ), leOn (das
man ), l’authenticité (die Eigentlichkeit), la non authenticité (die
Uneigentlichkeit).
Nulle prétention de ma partà une étude d’ensemble présentant
avec fidélité la pensée du philosophe, mais plutôt un emprunt
sélectif, un « piratage », si vous me permettez cette expression, de
notions qui peuvent nous aider à réfléchir sur notre identité, – quisuis-je, qu’est-ce que le moi ou le je ou le soi – (estime de soi)
mais aussi sur notre rapportauxautres, au monde, sur notre destin
et nos pratiques. Ainsi insisterai-je sur
l’être-à-chaque-fois-lemien, j’essaierai de montrer les différentes facettes de ce principe
d’individuation, ainsi que l’importance du solipsisme existential
(solus ipse) et j’aborderai ce que l’on peut nommer
« l’intentionnalité du sentiment », de l’affection qui sera le
deuxième volet de mon travail. Non pas une introduction à la
pensée de Heidegger, enfin pas tout à fait, un peu quand même,
mais un essai, peut-être maladroit et immodeste, de réfléchir un
instantavec vous sur la vie humaine etce qui en est le ressort.Cet
exposé pourrait, me semble-t-il, servir de cadre à des
développements sur le thèmeannoncé: l’estime de soi.Encore une
remarque sur le style que j’adopte: je ne reculerai pas devant les
répétitions, les redites, devant l’emploi de formules livrant un sens
sensiblement proche. Je vous demande de bien vouloir me prêter
uneattentionà la fois patiente, indulgente et rigoureuse.
Ainsi l’étant qu’est l’être humain, que la philosophiemoderne
nomme sujet,Heidegger le nomme, vous le savez tous maintenant,
Dasein. Dasein qui traduit le mot latin existentia: l’existence,
Dasein que l’on peut traduire littéralement par « être-là » mais que
Heidegger traduit en français par « être-le-là ».Jecomprends votre
secrète irritation devant pareil néologisme, la langue deHeidegger,
pour traduire une pensée qui se veut résolument novatrice, a
souvent recours à des périphrases en forme de « trans-concepts »
ou à des formations sémantiques forgées à partir d’emprunts à
l’étymologie ; être-le-là, cette traduction fut proposée par
Heidegger lui-même. Il a voulu, par ce terme, nous donner l’idée
d’un être qui certes est un étant mais un étant qui a une manière
d’être bien différente des autres étants, un étant qui ne saurait être
simplement confondu avec un objet ou un lieu, mais qui,
participantà l’être, parconséquentau temps, est ouvert de manière
singulière à lui-même et à l’autre; le « là » est une structure
d’ouverture duDasein qui permet à l’homme d’avoir toujours une
compréhension de son propre être. Ce «là », dit François Fédier,
n’est pas un lieu mais un «avoir lieu »; il est le lieu où le temps
détermine le Dasein, où advient la manifestation de quoi que ce
soit, le lieu de l’événement, de l’avènement, de l’advenueà l’être.
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