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Sortir de la Massse ?

De
276 pages
Sortir de la Masse ? interroge la perplexité dans laquelle nous nous trouvons face aux métamorphoses de la société néolibérale, contraignant au déracinement des traditions, vécu parfois comme réminiscence de l'arrachement au corps maternel. C'est à partir des apports pluridisciplinaires de deux rencontres-débats que le Collège International de Psychanalyse et d'Anthropologie amène un nouvel éclairage aux problèmes brûlants de notre société.
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Sous la direction de
Sortir de la Masse ? Marie-Laure DIMON et Michel BROUTA
Psychanalyse et Anthropologie critique LES « RENCONTRES-DÉBAT » DU CIPA
Sortir de la Masse ? interroge la perplexité dans laquelle nous
nous trouvons face aux métamorphoses de la société néolibérale,
contraignant au déracinement des traditions, vécu parfois comme
réminiscence de l’arrachement au corps maternel.
La crise actuelle de la société engendre des processus de
déliaisons et de désappartenances tant sur un plan collectif que
singulier. Les ordres et les désordres du sexuel s’opposent, les uns
pour maintenir la stabilité de la société, les autres pour répondre
aux exigences continues des civilisations, parmi lesquelles,
les nouvelles techniques de procréation, les recompositions
familiales et la complexité des identités multiples.
C’est à partir des apports pluridisciplinaires de deux
rencontresdébat que le Collège International de Psychanalyse et
d’Anthropologie amène un nouvel éclairage aux problèmes
brûlants de notre société.
Les auteurs ouvrent un vif débat épistémologique fait de
controverses et de rencontres à travers leurs divers champs
cliniques, théoriques et politiques.
Sous la direction de Marie-Laure Dimon et Michel Brouta avec :
Anne-Lise Diet, Emmanuel Diet, Marie-Laure Dimon, Sylvie
FaurePragier, Christine Gioja Brunerie, Natalie Felzenszwalbe, Monique SortirSortir
Selz, Françoise Sironi, Michel Gad Wolkowicz, Georges Zimra.
de la Masse ?
Psychanalyse et Anthropologie critique
COLLECTION
« Psychanalyse et civilisations »
dirigée par Jean NADAL
Illustration de couverture : Le Passe-Muraille,
sculpture de Jean Marais, photographie de Jean-Bernard Klein.
Psychanalyse et civilisationsISBN : 978-2-343-04769-0
27
Sous la direction de
Sortir de la Masse ?
Marie-Laure DIMON
Psychanalyse et Anthropologie critique
et Michel BROUTA








Sortir de la Masse ?
Psychanalyse et Anthropologie critique

Psychanalyse et Civilisations
Collection dirigée par Jean Nadal

L’histoire de la découverte de la psychanalyse témoigne que
démarche clinique et théorie issues de champs voisins ont
concouru, par étayage réciproque à élaborer le concept
d’inconscient, à éclairer les rapports entre pathologie et société
et à reconsidérer les liens entre le malaise du sujet singulier et
celui de la civilisation.
Dans cette perspective, la collection Psychanalyse et
Civilisations tend à promouvoir cette ouverture nécessaire pour
maintenir en éveil la créativité que Freud y a trouvée pour
étayer, repenser et élargir la théorie. Ouverture indispensable
aussi pour éviter l’enfermement dans une attitude solipsiste, qui
en voulant protéger un territoire et préserver une identité,
coupe en réalité la recherche psychanalytique de ses racines les
plus profondes.

Dernières parutions

Pascal HACHET, Rahan chez le psychanalyste, 2014.
Alain DELBE, La voix contre le langage, 2014.
Albert LE DORZE, Cultures, métissages et paranoïa, 2014.
Louis MOREAU DE BELLAING, La genèse de la politique.
Légitimation VI, 2013.
Taïeb FERRADJI et Guy LESOEURS, Le frère venu d’ailleurs,
culture et contre-transfert, 2013.
Martín RECA, Heinrich/Enrique Racker, 2013.
Michel SCHROOTEN, Pour une psychanalyse de l’enfant adopté,
2013.
Claude BRODEUR, Regard d’un psychanalyste sur la société,
2013.
Gabriela TARANTO-TOURNON, La Psychanalyse comme
parcours poétique. Une odyssée de soi, 2013.
Marianne BOUHASSIRA-CHIRON, Frères et sœurs intimes
ennemis. A propos du complexe fraternel, 2012.
Marie-Laure DIMON (dir.), Fraternités, emprises, esclavages.
Psychanalyse et anthropologie critique, 2012.
Louis MOREAU DE BELLAING, L’accès au social, Légitimation V,
2012.
Dominique GLOPPE, Idéologie et religion : une passion
amoureuse. Mémoires, Histoire, Inconscient, 2011.

Sous la direction de
Marie-Laure DIMON et Michel BROUTA











Sortir de la Masse ?
Psychanalyse et Anthropologie critique




Les « Rencontres-débat du CIPA »




























































































Du même auteur,
chez le même éditeur


Psychanalyse et Politique.
Sujet et Citoyen: Incompatibilités ?,
les « Rencontres-débat du CIPA », juillet 2009.


Psychanalyse et Empathie.
Psychanalyse, Neurosciences et Sociopolitique,
les « Rencontres-débat du CIPA », avril 2011.


Fraternités, Emprises, Esclavages.
Psychanalyse et Anthropologie critique,
les « Rencontres-débat du CIPA », décembre 2012.













































L’organisation de cet ouvrage a été réalisée par
Marie-Laure Dimon et Michel Brouta,
en collaboration avec
Christine Gioja Brunerie,
avec le concours de
Anne-Lise Diet et Louis Moreau de Bellaing.















© L’Harmattan, 2014
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-04769-0
EAN : 9782343047690










Les auteurs

Michel BROUTA
Anne-Lise DIET
Emmanuel DIET
Marie-Laure DIMON
Sylvie FAURE-PRAGIER
Christine GIOJA BRUNERIE
Natalie FELZENSZWALBE
Monique SELZ
Françoise SIRONI
Michel Gad WOLKOWICZ
Georges ZIMRA SOMMAIRE


INTRODUCTION
Sortir de la masse : du mimétique au différencié ...................... 11
Marie-Laure Dimon
Parcours dans deux rencontres-débat ....................................... 25
Michel Brouta
AU COMMENCEMENT, ÉTAIT LA MASSE
L'origine est à la masse ................................................................ 39
Monique Selz
Personne ........................................................................................ 57
Georges Zimra
FIGURES DE DÉSORGANISATION
Devenirs de la masse : la crise des organisateurs
dans l’hypermodernité libérale ................................................... 85
Emmanuel Diet
Festen : de la groupalité incestuelle au groupe conscient ..... 103
Anne-Lise Diet
MASSE ET TRANSFERT
« Ne te fais pas si petit, tu n’es pas si grand » : singularité et
masse : métapsychologie et topique de la transmission ......... 123
Michel Gad Wolkowicz
7 ORDRES ET DÉSORDRES DU SEXUEL
DU NON SEXUEL AU SEXUEL
Le fantasme d’auto-engendrement, ontologie du couple ....... 151
Marie-Laure Dimon
Pour une critique radicale de l’idéologie queer ...................... 171
Emmanuel Diet
CLINIQUES D’AUJOURD’HUI
Le psychanalyste à l’épreuve des familles d’aujourd’hui ..... 195
Sylvie Faure-Pragier
Comment mettre fin à la maltraitance théorique ?
L’exemple d’une recherche-action avec des personnes
transsexuelles et transgenres ............................................................. 219
Françoise Sironi
DROIT ET EGALITÉ
Le triomphe de l’illimité : droit et traitement du corps .......... 245
Natalie Felzenszwalbe
CONCLUSION
De la masse au sexuel :
vers quelles nouvelles origines allons-nous ? ........................ 261
Christine Gioja Brunerie
8 Introduction
Sortir de la masse :
du mimétique au différencié…
Marie-Laure Dimon
Le collège International de Psychanalyse et d’Anthropologie
développe sa recherche dans le social à partir du corpus
pulsionnel freudien. Dans ce contexte, nos Rencontres-débat
portent une réflexion au croisement du sujet de la singularité et
d’une anthropologie freudienne. Cette réflexion prolonge celle
que nous menons avec nos collègues du séminaire « Un social
possible ? ».
Le présent ouvrage présente deux Rencontres-débat, La
Masse, le Groupe, la Singularité, (novembre 2012) et Ordres et
Désordres du Sexuel (novembre 2013). Il propose d’interroger
les phénomènes de masse à partir des transformations des
sociétés démocratiques qui, sous les impulsions
technicoscientifiques et du néolibéralisme, ont assigné aux masses un
retour au réel, à l’informe.
La crise de notre société de consommation rend de plus en
plus visibles les désaffiliations, les processus de déliaisons et de
désappartenances, pouvant conduire l’individu à de fortes
adhésions aux nombreux phénomènes de massification venant
de l’extérieur comme de lui-même lorsqu’il s’accapare le
monde pour « enfler son ego ». Ainsi, « L’homme de masse de
l’hypermodernité » fait-il coïncider ses forces pulsionnelles
avec celle du pouvoir intouchable de l’économie de Marché. La

 Psychanalyste, Présidente du CIPA, Thérapeute de couple.
11 question de « la Masse », masses venues de l’extérieur et masse
en soi, sous l’effet du néo-libéralisme, montre les dérives du
projet d’affirmation de soi et les destructions des organisateurs
culturels.
Le titre de notre ouvrage « Sortir de la masse ? » marque la
perplexité dans laquelle nous nous trouvons face aux
métamorphoses de notre société qui contraignent à un
arrachement au passé. Mais, il symbolise aussi naître à l’existence en
devenant sujet, en se séparant du corps de la mère par les
expériences sensorielles et à s’individuer par les processus
d’identification. Nous interrogeons les formes d’archaïcité d’un
moi corporel singulier qui se lie au travail de la culture par la
sensorialité, l’émotionnel et la subjectivité. Avec les notions
d’appartenance, de contrat narcissique, d’intégration du
fantasme d’auto-engendrement et de groupe, nous allons à la
rencontre de ces forces d’opposition de la masse tout en
tenant compte aussi de ses caractéristiques en tant que
matrice de l’individualité.
Penser la masse en soi, en différenciant le singulier et le
collectif, est la tâche qui incombe à chacun, tâche toujours à
accomplir pour mieux appréhender le monde et ses
significations. C’est à travers les médiations que le sexuel organise
un décalé entre le hors-soi et le en-soi. Ce décalé porte la trace
de l’étranger, de la différence : différence sexuelle marquée par
l’entrée du rapport à l’autre représentant de l’ordre du social. Le
sexe est indissociable des normes sexuelles qui sont de nature
sociale et elles posent une limite à l’impétuosité du sexuel par la
dialectique paradoxale du plaisir et de la loi, le sujet de
l’inconscient freudien ne connaissant pas de normes.
La psychanalyse met en travail un univers primitif
corps/psyché, mieux encore, elle considère cet univers,
« Je/corps/monde », où se mêlent les perceptions de l’enfant,
celles de la mère, de son propre corps et du corps de l’enfant
comme une enveloppe psychocorporelle, métaphore corporelle
qui, tout en liant le sujet au social, forme le soubassement de la
constitution du narcissisme. Ce socle, lieu de l’intrication et de
la désintrication d’Eros et de Thanatos mais aussi du sexuel,
12 donne un essor au Je pour rompre avec la masse sans pour
autant s’auto-éliminer.
Tout au long de cet ouvrage collectif qui se compose en deux
parties, nous rendons compte des conflits, parfois féroces, entre
le moi et le sexuel. D’abord il sera question de la masse, puis du
sexuel, afin d’en mieux saisir les régressions, les évolutions, les
répétitions et les transformations qui amènent les individus aux
confins de ces manifestations par un travail de subjectivation et
de culture propice aux projets d’émancipation et au vivre
ensemble.
La première partie de l’ouvrage est consacrée aux
phénomènes de « Masse ». Freud s’est toujours intéressé aux
phénomènes collectifs, à la culture, aux tragédies et aux mythes.
Il a fait du crime originel, celui de l’Urvater, l’entrée de
l’individu dans la culture, ceci dès sa naissance : « Ce qui
commence par le père se termine dans la masse. » À la suite de
Freud, nous prenons en compte cette courroie de transmission
qu’est « la psychologie individuelle d’emblée et simultanément
psychologie sociale », ce qui permet de saisir, selon Laurence
1Khan , les phénomènes à l’œuvre dans les masses primitives
grâce à la vie psychique des individus d’aujourd’hui et
inversement d’élucider dans la vie individuelle les phénomènes
observés dans la clinique individuelle grâce aux hypothèses
énoncées sur les foules.
C’est sur ce travail psychique de réappropriation et
d’assimilation de ces phénomènes, qu’avec les théoriciens
de l’archaïque, nous portons à ses limites la doctrine
freudienne, en reconnaissant la présence du social dans le
moi ainsi que la vie psychique à l’intérieur du social, en
interrogeant la trace de l’originaire pour sortir la psyché
individuelle de la masse. En lien avec les écrivains, les
poètes et les artistes, nous proposons une rêverie sur les
corps animant la construction d’un moi corporel singulier
et collectif. Dans la cure analytique, les maladies de

1 Laurence Kahn : 2012 « Tout naturellement », Libres cahiers pour la
psychanalyse, n° 24, « Grandeur et solitude du moi », p .141-167 In
Press, DOI : 10.3917/lCPP.024.O141.
13 l’idéalité, les somatoses, les mélancolies sont envisagées
au travers des régressions et, la relation
transfert/contretransfert, comme processus, permet d’atteindre les strates
les plus archaïques de la psyché, celles d’« une masse à
deux ». L’analyste s’appuie sur son contre-transfert pour
écouter l’analysant qui, par la parole, ouvre la boîte de
Pandore de la signifiance, inséparable de la corporéité,
ainsi le langage articule-t-il les identifications à autrui.
L’expérience du langage se fonde sur la métaphore des
pictogrammes, des signifiants énigmatiques et autres…
Ainsi la trace de l’originaire, le processus de la
signifiance, la parole appuyée sur le silence, produisent-ils
le déplacement du dire par rapport à lui-même, imposant
une rupture au transfert en masse. Il n’y a pas de
décentrement sans une fracture d’avec l’unique en soi.
L’analyste, adossé à la culture, soutient la dissymétrie de
son moi avec celui de l’analysant pour sortir la relation
transférentielle du pouvoir hypnotique de la masse,
préservant ainsi la notion de l’étranger.
Si Freud est ambivalent à l’égard de la masse et n’a pas
souhaité s’approcher plus près de la puissance maternelle
archaïque de celle-ci, néanmoins, en 1939, dans L’homme
Moïse et la religion monothéiste, comme le précise Françoise
2Coblence , il a été un visionnaire des masses avec meneur du
eXX siècle, celles des totalitarismes fasciste, nazi et stalinien.
Freud fait donc l’hypothèse d’une « psyché de masse-âme de
masse », hypothèse qu’il qualifia lui-même d’audacieuse.
L’individu prend en compte l’autre, les autres, du fait de son
besoin vital du social car son premier socius est le groupe
familial (parents, fratrie). Cet environnement est aussi une
masse, issue de la reviviscence de la horde originaire. Freud
montre ainsi que « la psychologie collective est la plus ancienne
psychologie humaine ».

2 Françoise Coblence : 2011, « Foules, masses, processus de
civilisation » Libres cahiers pour la psychanalyse N°24,
« Grandeurs et solitude du moi », p. 23-41, In Press.
14 En 1921 dans Massenpsychologie, Freud dégage l’analyse du
moi de la masse en rendant compte des mécanismes
individuels : identification, suggestion et intensification des
affects. Il définit le caractère inconscient de la masse ce qui lui
donne sa spécificité intrapsychique. Il attribue à l’idéal du moi
un caractère individuel et social, relais de transmission d’un
groupe social, d’une nation, ceci au prix du renoncement de
l’individu à son propre idéal du moi au profit du meneur
(l’objet) qu’il revêt de sa toute-puissance.
Actuellement, quel idéal collectif porté par le groupe
pourraitil compenser la restriction du narcissisme individuel nécessaire
au vivre ensemble ? Et quelle est la puissance de cet idéal quand
le meneur est une idée ou une abstraction ? Les masses
contemporaines sont sans meneur spirituel, ce qu’ont révélé les
Révolutions arabes, les Indignés d’Israël et d’Europe. La foule
tunisienne a élu un passant, auto-immolé, qui a rassemblé tout
un peuple au nom des valeurs de la Démocratie.
Selon Françoise Coblence, Massenpsychologie est
complémentaire de Totem et Tabou, à travers le prisme de
l’individu dont la force de l’héritage inconscient (le ça) a pour
fondement un narcissisme originel. Il ne s’agit pas pour Freud
de dégager les premiers temps de la vie individuelle, ni
d’analyser la masse en tant que telle, mais de repérer à travers
celle-ci ce que le groupe fait subir à l’individu pour le
transformer.
Toutefois, l’histoire des masses traverse toutes les civilisations
et la Révolution française est l’aboutissement de ce long
processus fondé sur le besoin de justice, de liberté et d’égalité.
Elias Canetti définit cette coupure de la société comme le fruit
d’un renversement d’une société stratifiée et de classes, où l’une
a eu plus de droits sur l’autre lui faisant subir pendant
longtemps le poison du mépris et de la soumission. La masse de
renversement est celle des faibles qui, par leur nombre,
prennent le pouvoir, et se libèrent ainsi par la décharge de cette
domination ; ce processus englobe une société entière. Canetti
définit la masse comme « un ensemble transitoire d’individus
15 égaux, anonymes et semblables, au sein duquel, les idées et les
3émotions de chacun tendent à s’exprimer spontanément ».
4Freud et Canetti auront deux conceptions opposées pour
comprendre la masse. Un des grands reproches que Canetti fait
à Freud, c’est de n’avoir pas vécu la masse de l’intérieur, de
l’avoir conçue à partir des processus psychiques de l’individu et
de se référer aux masses telles que l’église et l’armée qui sont
hiérarchisées. Or la masse n’est pas organisée, elle a un ennemi
extérieur non médiatisé. Canetti, poète et romancier, parle
d’instinct, d’énergies exponentielles et d’éprouvés, que
luimême a ressenti à plusieurs reprises à l’intérieur de la masse.
En 1960 dans son ouvrage Masse et Puissance, Elias Canetti
étudie la masse en tant que telle, c’est-à-dire libérée du fond des
religions traditionnelles permettant alors de voir la masse à nu,
biologiquement dépouillée des significations d’autrefois. Cette
conception de la masse apparaît après la deuxième guerre
mondiale et la Shoah, elle montre la faillite du Moi issue des
Lumières et dévoile les effets de masse au sein de l’individu.
Canetti y voit l’essence du capitalisme avec la multitude de
masses qu’il crée, mais aussi, le fait qu’il peut tout récupérer,
tout inclure, abolir les frontières et les codes grâce à la
domination de la science et de la technique et de la prééminence
5du modèle logico-mathématique . La masse constitue alors une
tentative d’abolition de l’écart entre le dedans et le dehors, c’est
un système qui ne laisse rien à l’extérieur.
Ce système sans manque assigne les individus aux sensations
les plus primitives, à l’absorption et au rejet du monde, aux
affects d’amour et de haine sans médiation possible. Le
fondement de la masse est sa substance instinctivo-archaïque,
celle du signe sous le signifiant. Ces deux états coexistent et

3 Elias Canetti : 1966, Masse et Puissance, Paris, Gallimard.
4 Éric Leroy du Cardonnoy : 2005, « Canetti : une résistance
« modèle » à Freud », Savoirs et clinique 2005/1 (N°6), Coll.
Transferts littéraires, Toulouse, Eres, Cairn.info DOI
: 10.3917/sc.006.0067.
5 Ibid.
16 forment un réseau en circuit fermé : signes et signifiants captent
les particules qu’ils libèrent.
Canetti étudie la paranoïa de masse, il se détourne alors de la
conception de Freud, celle de l’homosexualité réprimée de
Schreber. Il fait donc une analogie entre le tyran, le potentat et
le paranoïaque qui incarne la puissance politique dans sa
personne, dans son corps. De son côté, le délire du paranoïaque
joint le politique et le religieux, il est à la fois sauveur et maître
du monde. Par son désir de toute-puissance, le paranoïaque
ramène tout à lui, mais souffre de sa carence de métamorphose
qu’il tente de compenser par un intense besoin de causalité. Le
paranoïaque est la réplique exacte du souverain, son besoin
d’invulnérabilité et sa passion de survivre se confondent, reste
la différence de leur place dans le monde extérieur. La position
paranoïaque de masse peut s’exposer ainsi : « je suis la masse,
je ne me sépare pas de la masse, je suis au cœur de la masse,
soit à titre de chef, soit à titre de partisan. » Ceci permet de
rejoindre non seulement les critiques que Deleuze et Guattari
ont faites sur le capitalisme avec la multitude de masses qu’il
produit mais aussi de revenir aux sources de la libido, en ce
point paradoxal, mimétique et différencié par le surgissement
du sexuel, entre masse et singularité du sujet.
Dans la deuxième partie de cet ouvrage, nous envisageons
d’abord la rupture de la masse avec le couple, celui-ci étant
révélateur de l’antagonisme entre « amours sexués et liaison de
6masse ». Avec les mutations radicales de nos sociétés et leurs
effets sur les individus, notre réflexion porte sur la séparation
entre la sexualité et la procréation par le contrôle des naissances
et la filiation qui ne serait pas uniquement biologique, mais
d’adoption, avec la PMA (Procréation Médicalement Assistée)
et la GPA (Grossesse Pour Autrui) avec la congélation des
embryons et des ovules ; puis avec les recompositions des
familles et ses décompositions en familles monoparentales et
homoparentales. Ces mutations sollicitent, à la fois, les ordres
du sexuel pour maintenir la stabilité de la société, « sexe et loi »

6 Julia Kristeva : 2013 « Métamorphoses de la parentalité » Revue française
de psychanalyse N° 77, « Le Paternel », Paris PUF.
17 étant indissociables, et mobilisent aussi les désordres du sexuel
par les transformations et les exigences des civilisations, leurs
normes et leurs modes, toujours à réinventer.
En France, le droit s’est rapproché du citoyen, il se
consacre plus aux droits particuliers des minorités qui
revendiquent des droits spécifiques. De fait, les principes
démocratiques d’égalité et de liberté ont déconstruit les
rapports sociaux instaurés depuis des siècles sur le mode
hiérarchique – domination/soumission/dépendance – qui, par
là-même, ont dominé légitimement la féminité. La notion
d’égalité, en d’autres termes, de loi partagée commune à
tous, est le pivot des civilisations occidentales et avec elle, la
notion de consentement, de respect de chacun des partenaires
sexuels.
Avec l’égalité des sexes, le féminisme a contesté et mis en
travail l’invariant de « la différence sexuelle ». Selon Françoise
7Collin , ce mouvement a mis en question non pas un des sexes
mais bien le rapport entre les sexes et leurs définitions
respectives. Les visées théoriques féministes ne vont pas
seulement transformer les rapports de pouvoir entre sexualité et
genre, mais elles ont pour ambition de transformer la société en
y intégrant les avancées du féminisme pour trouver un nouvel
équilibre civilisationnel. Le féminisme, c’est une façon d’être
au monde et de penser le monde avec des ressources cognitives
8et politiques en dehors du phallocentrisme .
Ces avancées démocratiques bouleversent les repères
anciens et l’acquisition de l’identité sexuelle. Nous sommes
passés d’une société traditionnelle qui se situait autour de la
mise en conformité de l’individu à son sexe anatomique, à une
société où l’identité de genre peut se différencier du sexe
anatomique. Si tout paraissait plus simple autrefois, c’était
sans compter les souffrances, les ostracismes, les exclusions et

7 Collin F., « Féminisme - Les théories », Encyclopædia Universalis [en ligne],
URL :
http://www.universalis.fr/encyclopedie/feminisme-lestheories/
8 Dorlin E. : 2008, Sexe, genre et sexualités, Paris, Coll. Philosophies,
PUF.
18 les humiliations infligés à tous ceux qui n’avaient pas une
identité sexuelle répondant aux exigences d’un surmoi
collectif qui commandaient les idéaux du moi. Selon Henri
9Normand , « le genre imposait au sexe biologique une identité
formelle imposée par le groupe ». La dépendance des individus
au conformisme du groupe et leur soumission au social ont
contribué à réprimer leur subjectivité.
En 1955, les travaux sur les hermaphrodites de John Money
ont privilégié la subjectivité et l’éducation sur le biologique. En
1968, Robert Stoller psychiatre et psychanalyste sépare ce qui
est de l’ordre du ressort biologique et de ce qui est du ressort de
l’acquisition psychique. Puis dans les années 1990, le terme de
Queer, recouvrant un fait déjà connu au Moyen-Âge, a fait son
apparition, désigne ce qui est déviant et définit aussi la
constitution politique du sujet de la sexualité.
La théorie du Queer s’est imprégnée de la pensée
poststructuraliste sociopolitique des philosophes M. Foucault,
J. Derrida et G. Deleuze. Sa critique principale dénonce l’idée
que le genre et l’orientation sexuelle seraient déterminés par la
génétique et y oppose l’idée que la sexualité ou le genre,
masculin, féminin, ne serait ni inné, ni figé pour l’éternité.
L’historien, Thomas Laqueur démontrera le caractère construit
du sexe qui s’articule avec le genre.
Notre modernité s’est constituée autour de la sexualité, ce qui
a mobilisé de façon transdisciplinaire l’histoire, la philosophie,
la sociologie et l’anthropologie. Ces disciplines ont inscrit le
corps sexué, la sexualité et la différence des sexes dans
l’historicité. Le corps ne se vit pas de la même manière
aujourd’hui qu’au Moyen Âge.
eAu XVII siècle la reconnaissance de l’égalité des sexes
commence à modifier la vision des corps, puis aux siècles
suivants le modèle de la différence des sexes se précise avec
leur division, avec les discours médicaux définissant les
catégories masculin/féminin et installant un système fondé sur
ele biologique. C’est au XX siècle que des historiennes

9 Henri Normand : juin 2012 « Queer », Revue de Psychanalyse N°21,
« Penser/rêver », Paris, éditions de l’Olivier.
19 contemporaines et féministes, notamment, Michelle Perrot et
Geneviève Fraisse, philosophe et historienne, ont contribué,
après Simone de Beauvoir, à faire entrer la différence des sexes
dans l’histoire. Elles ont reconnu l’importance de l’œuvre de
Michel Foucault historisant les luttes pour le pouvoir et le
contre-pouvoir en introduisant la dimension des rapports de
sexes. Dans son livre, l’Histoire sur la sexualité, il fait
apparaître le caractère construit de la normalité hétérosexuelle.
Des féministes et sociologues, Colette Guillaumin, Christine
Delphy, Nicole-Claude Mathieu ont permis de quitter le
dualisme nature/culture. Elles ont concouru à désigner les
rapports hommes/femmes dans la dynamique du sujet et de
l’objet où le genre prendra un statut théorique de
construction/déconstruction des rapports sociaux au sein des
sciences humaines en dehors de toute idéologie.
Si le concept de genre a rencontré des difficultés pour
s’implanter en France, néanmoins, le genre est devenu un enjeu
sociétal et culturel autant que politique sur fond d’héritage
colonial et de tensions postcoloniales. La question du genre,
attributs symboliques masculin et féminin, travaille à la fois les
individualités et la société en profondeur, ce qui peut conduire à
dénoncer l’usage de ce concept.
Les théories féministes américaines dans leurs diversités, leurs
controverses et leurs excès ont déconstruit le genre et la
sexualité. Gayle Rubin et Judith Butler ouvrent le concept de la
différence sexuelle à un vertex politique et cognitiviste en
interrogeant le « biopouvoir » du sexe. Les frontières
psychiques et corporelles qui contenaient jusqu’alors des
situations sexuelles impensables, voire refoulées, ont rendu
visible un sexuel défiant la dichotomie corps/esprit. Les
diverses théories Queer viennent compliquer, complexifier la
saisie de la différence sexuelle par la multitude des identités
sexuelles. La théorie Queer sex, allant jusqu’à l’indécidabilité
des sexes, fera ensuite appel au neutre.
Proche de la pensée de Michel Foucault, Judith Butler précise
que le pouvoir et la sexualité sont coextensifs. Elle situe la
sexualité de façon ontologique dans l’échange et la
20 négociation : il s’agit de libérer la sexualité et le plaisir. J. Butler
considère la différence sexuelle comme le lieu où la question de
la relation du biologique au culturel se pose et se repose, mais
elle ne doit pas être considérée comme un concept limite.
Les dimensions psychiques somatiques et sociales ne peuvent
être ni confondues ni vraiment distinctes. Ce lieu du vacillement
de la différence sexuelle, considéré alors comme une frontière
flottante, exige une reformulation qui jamais ne disparaît ni
n’apparaît vraiment. Le sexe et le genre deviennent des
constructions culturelles et le genre s’entend dans un discours
performatif.
Ce discours a donc la capacité de produire ce qu’il nomme et
nous pourrions agir en modifiant les assignations imposées par
le pouvoir social. Les sujets sont nomades mais leur soi pour
soi, au-delà des entraves du social, et leur soi politique ne les
coupent-ils pas du corporel ? Lectrice de Freud, de Lacan, des
travaux de Maria Torok, J. Butler, bien qu’elle parle peu du lien
mère-enfant, interroge dans ses ouvrages, notamment dans
Défaire le genre, la question du corps et souligne que rien ne
peut être dit sans le corps. Néanmoins, J. Butler fait de
l’hétérosexualité un système construit sur la domination et la
violence, elle déconstruit ce discours normatif par un discours
acte sur le corps. Elle dénonce « l’excès de violence de
l’éthique, relation morale à soi et aux autres dès qu’elle s’arroge
le droit de dépasser les contextes singuliers dans lesquels se
trouvent placées les vies pour formuler des prescriptions
universelles ». Elle dit encore, « si le rapport à soi devient
constitutif de l’impossible rapport aux autres, comment faut-il
procéder dans une relation morale de soi à soi et aux autres,
pour qu’elle ne lui fasse pas violence, mais prenne le soi en
considération ? »
La clinique de l’hypermodernité est au bord du corps comme
de la représentation, ce qui est à entendre avant les mots, les
images. Aussi l’œuvre des artistes, écrivains, poètes et
cinéastes… permet de percevoir l’indicible, l’impensable
douleur d’exister. Les artistes sont des passeurs entre
l’éminemment singulier et le social. Pouvoir rêver, imaginer à
21 travers une expérience sensible, émotionnelle relance des
métaphores partageables à la source de la pensée. Ainsi, le
phénomène trans, le transsexualisme, vient-il interroger ce lieu
de l’auto-identification qui est au cœur de l’identité homme ou
femme. La fulgurance des métamorphoses des transsexuels
brouille la distinction habituelle entre homme et femme. Ces
métamorphoses amènent à sortir d’un monde binaire pour
penser la complexité des identités multiples.
L’ethnopsychiatrie propose une autre approche en
déconstruisant les catégories avec lesquelles nous pensons dans
les sociétés occidentales. Elle va à la rencontre des
métamorphoses demeurées muettes chez des êtres qui ont été
soumis à de graves changements traumatiques (tortures,
migrations…).
La psychanalyse s’est toujours préoccupée du sexuel en
convoquant le travail en soi et la rencontre du sujet de la
singularité et du social. Selon Henri Normand, « le débat entre
les psychanalystes et les Queer théoriciens peut s’engager à
partir d’un objet commun que constitue la mise en perspective
des prémices de l’identité sexuelle de genre et la mise en
perspective de la dimension subjective de la sexualité ».
Si masculin et féminin sont polysémiques chez Freud, les
théoriciens de l’archaïque prolongent sa théorie en interrogeant
leurs traces originaires dans le Moi. Traces d’une première
représentation spéculaire psyché/monde, dualité fondamentale,
antérieure à la dualité sujet/objet, elles permettent d’aller à la
racine du pulsionnel et par là-même de la subjectivation. Elles
mettent en mouvement l’altérité, ceci dès l’origine de la
singularité du sujet. Le corps est le témoin de ces premiers
mouvements et engrammes pictographiques, expériences
sensorielles qui constituent un savoir sexuel chez l’enfant.
Sentir et percevoir le monde sont au fondement de la matrice
des liens sociaux.
C’est avec ces fragmentations corporelles non hiérarchisées
que les pulsions, les fantasmes et les mythes s’inscriront à
travers la corporéité en tentant de psychiser les antagonismes
entre l’ontologie sexuelle du sujet et le corps du monde. La
22 tâche de l’individuation est de pouvoir se dégager de ce
maternel en accomplissant un travail de psychisation de ces
traces corporelles, travail qui, en aucun cas, ne sera l’effacement
du maternel. L’anticipation de la mère, son rôle de porte-parole
du groupe familial et du social assignent la reconnaissance des
genres. Ainsi pour la psychanalyse le genre précède-t-il le sexe
ce qui est à l’inverse des théories Queer. De fait, l’intégration
du genre dans la théorie psychanalytique de la différence des
sexes ouvre une brèche dans l’autocentrisme du sujet de la
singularité. Ce qui a pour effet, non seulement à faire penser, à
penser le monde et à mettre en débat des vertex opposés
masculin/féminin, mais aussi à prendre en compte l’énigme de
ce sujet de la singularité.
Toutefois, la reconnaissance d’une société différentielle
permet de soulever des problèmes qui, autrefois, auraient été
tabous et ainsi de lutter pour qu’à l’intérieur d’une société, des
citoyens ne deviennent pas les figures de l’abjection comme
d’autres ont été les figures de l’oppression. Cet ouvrage réunit
les textes des intervenants qui ont exposé leurs travaux. Les
écrits recueillis expriment la pensée des auteurs qui n’ont cédé à
aucune mode consensuelle ; leurs textes ont conservé toute la
vigueur et la passion exprimées lors des interventions. Certains
auteurs se sont même engagés dans une réflexion portant sur les
champs du politique.
Bibliographie
CANETTI E. : 1966, Masse et Puissance, Paris Gallimard.
COBLENCE F. : (2011) « Foules, masses, processus de
civilisation » Libres cahiers pour la psychanalyse N°24,
« Grandeurs et solitude du moi », In Press.
COLLIN F. : « Féminisme - Les théories », Encyclopædia
Universalis [en ligne], consulté le 1 août 2014. URL :
http://www.universalis.fr/encyclopedie/feminisme-les-theories/
DORLIN E. : 2008, Sexe, genre et sexualités, Paris, coll.
Philosophies, PUF.
FREUD S. : 1913 « Totem et Tabou » in Œuvres complètes,
Volume XI, PUF, Paris, 1998.
23 FREUD S. : 1921, Psychologie des foules et analyse du moi,
Paris, Pbp, Gallimard, 2012.
KAHN L. : 2012 « Tout naturellement », Libres cahiers pour la
psychanalyse, N° 24, « Grandeur et solitude du moi », Paris, In
Press, DOI : 10.3917/lCPP.024.O141.
KRISTEVA J. : 2013, « Métamorphoses de la parentalité »
Revue française de psychanalyse N° 77, « Le Paternel », Paris,
PUF.
LEROY DU CARDONNOY E. : 2005, « Canetti : une
résistance « modèle » à Freud », Savoirs et clinique N°6, coll.
Transferts littéraires, Toulouse, Eres, Cairn.info DOI :
10.3917/sc.006.0067.
NORMAND H. : 2012, «Queer », Revue de Psychanalyse
N°21, « Penser/rêver », Paris, éditions de l’Olivier.

24 Parcours dans deux rencontres-débat…
*Michel Brouta
Les textes qui vont suivre sont issus de deux rencontres débats
du CIPA. Ils explorent dans la lignée freudienne la dimension
anthropologique telle qu’elle a été initiée dans les textes Totem
et Tabou, Psychologie de foules et analyse du moi, Moïse et le
monothéisme, Malaise dans la civilisation. Il s’agissait de
reconsidérer ces avancées depuis notre questionnement actuel :
celui, suscité par l’évolution de la psychanalyse et les défis que
lui posent les nouvelles situations cliniques ; celui, obscurci par
les catastrophes historiques des régimes totalitaires et de
l’holocauste ; celui, incertain, des changements sociaux
politiques de l’économie libérale et des avancées
technologiques. Avec beaucoup d’énergie, de conviction et
parfois de passion, nos intervenants se sont affrontés pour
dégager ce qui pouvait leur apparaître comme déterminant dans
notre devenir.
Ouvrons les débats avec Monique Seltz, psychiatre,
psychanalyste et psychodramatiste, position qui met en contact
direct avec ce qui peut s’exprimer dans l’actuel des vécus
individuels d’une souffrance en quête d’aide. Dans la
dialectique masse/individu, l’auteur va porter l’accent sur le rôle
que joue le cheminement des processus identificatoires dans la
construction psychique. Elle part d’une description de la place
que peut occuper l’idéologie dans ce rapport individu/société et

* Psychiatre, Psychanalyste, Vice-président du CIPA.
25 des effets des mécanismes en jeu, depuis les dimensions
narcissiques de l’idéal du moi évoquées par Freud, jusqu’aux
interdictions de pensée évoquées par H. Arendt dans le
totalitarisme. Monique Selz aborde dans un second temps les
repères tant socio-historiques qu’individuels qui ponctuent le va
et vient masse/individu : de la masse en soi jusqu’à l’avènement
d’un processus individualisé de pensée, se trouvent ainsi
explorées les limitations de notre aptitude à penser.
G. Zimra, psychanalyste, psychiatre des hôpitaux, dans une
expérience de psychiatrie d’adulte, dirigea une unité d’accueil
mère-enfant. Il poursuit l’étude du devenir de l’individuel dans
l’une de ses directions actuelles, l’hyper-individualisme, forme
la plus aboutie de la masse, paradoxe en apparence, reflet de
notre modernité.
Les questions se posent maintenant dans un tableau
entièrement transformé depuis l’époque freudienne et, pour
cela, G. Zimra n’hésitera pas à nous retracer les références,
configurations, substrats de la construction qui participent de
l’individu, structuré différemment selon l’époque. Ainsi le
détour qu’il propose par le visible et l’invisible, l’image et
l’icône, l’incarnation et l’égocrate, nous permettra de mieux
comprendre le rapport des enjeux théologico-politiques avec les
possibles de l’individuation. Il dresse ainsi les tableaux de
l’individu à l’âge classique, celui de la démocratie, celui du
totalitarisme, pour en venir à notre modernité de l’individu
isolé, autonome, devenu conformiste dans un environnement où
l’expression d’une liberté dans notre monde communicationnel
devient elle-même source de massification, aboutissant à une
pénétration universelle des consciences.
C’est cette même question de l’isolement que va reprendre
E. Diet, philosophe et psychologue-psychanalyste, longtemps
responsable de formation des enseignants avec une orientation
vers les dimensions groupales. Cet abord se fait ici par le vif du
lien et les bouleversements observés de ses organisateurs,
transformant la subjectivation et multipliant ainsi, comme on
l’observe, les troubles narcissiques (états-limites, hyperactivité,
passage à l’acte).
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