Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 24,99 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

SOUFFRANCE ET PSYCHOSE

De
368 pages
La psychose est relue comme rupture psycho-sociale, ce qui permet une théorisation articulant la psychose du côté de la désocialisation, la théorie de l'affect étant sollicitée comme pont. Cette dynamique de l'interrogation débouche sur un examen des significations socio-idéologiques et des signifiants collectifs sur le refoulement psycho-social de la souffrance.
Voir plus Voir moins

YVES GERIN

SOUFFRANCE

ET PSYCHOSE

PSYCHOPA THOLOGIE SOCIALE CLINIQUE

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

L'Harmattan Inc. 55. rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y IK9

Collection Études psychanalytiques dirigée par Alain Julien Brun et Joël Bernat

La collection Études Psychanalytiques veut proposer un pas de côté et non de plus" en invitant tous ceux que la praxis (théorie et pratique) pousse à écrire, ce, "hors chapelle", hors "école", dans la psychanalyse.

Déjà parus

Joël BERNAT, Le processus psychique et la théorie freudienne. Au-delà de la représentation, 1996. Martine DERZELLE, La pensée empêchée, Pour une conception psychosomatique de l'hypocondrie, 1997. Thémélis DIAMANTIS, Sens et connaissance dans le freudisme, 1997.

(Ç)L'Harmattan, 1997 ISBN: 2-7384-5916-1

à mon père

''Le désir d'avoir sa mort à soi devient deplus enplus rare"
Lennox dans Nouvelle V qgue de Jean Luc Godard

INTRODUCTION

La notion de souffrance fait reférence à la maladie, à la médecine. C'est, selon nous, une représentation privilégiée qui associe la compréhension psychologique et clinique d'un cas. Cette interpretation clinique et psychanalytique de la souffrance et du symptôme psychopathologique a été progressivement reconnue. Une clinique du psychisme s'est constituée: étude de processus, primaires et secondaires, référés au fonctionnement d'une économie psychique.1

Son application s'est, on le sait, surtout développée sous la forme de la cure psychanalytique classique. Mais elle s'est avérée dans la maladie mentale, la psychose, beaucoup plus aléatoire, renvoyant à des difficultés structurelles et méthodologiques relatives au champ psychiatrique. Au modèle psychiatrique historiquement et épistémologiquement dominant, n'a pas correspondu l'affirmation, décisive, de la pratique clinique. L'infléchissement catégorisant et

1 Par exemple, S. Freud, L'inconscient, in Metapflchologie, Paris, Gallimard, 1968, p.147-174.

médical est resté constant, contribuant à exclure une intraitable dimension souffCatlte. Quoique mécofifiue, celle-ci reste essentielle cac relative à la rencontre clinique et concrète du sujet. L'objet de notre recherche, soufftatlce dans les psychoses, prend son intérêt en fonction de ce passage de la théorie à la pratique. Son motif, clinique et psychologique, est fondé sur la scientificité, parfois peu discemable, de l'écoute d'un sujet paradoxalement inaudible. Ce discours et, surtout, ce symptôme psychotique sont le devenir extériorisé d'une soufftatlce intime et mécofifiue. TIs supposent une réalité affective qui s'avère, dans la psychose, étrangère. A l'étude des différentes formes de psychose coaespondent des modalités différentes, mais proches, de la réalité clinique et affective de la souffrance. Plus qu'à une référence sémiologique rigoureuse des formes distinctes de psychose, nous retiendrons une génécalisation du concept de psychose, selon le modèle générique et historique, initialement construit en fonction de la schizophrénie. Le tableau clinique de la schizophrénie, hermétisme, froideur, sentiment de mort, anéantissement, refus, représente, au-delà des repérages formels, l'exemplarité d'une souffi:a:nce psychotique caractérisée pac la désagrégation de la pecsofifialité.

Le champ des psychoses réfère fondamentalement à la déconstruction de la pecsofifialité,à l'inexistence du moi et du corps. C'est là une réalité clinique d'abord présente dans les schizophrénies, domaine clinique d'une production de la souffi:a:nce, de l'abolition du moi, du détachement de la libido, de la perte de perception de l'extérieur. Elle coaespond en effet à l'affirmation essentielle d'un concept de psychose à définir comme dissolution de la subjectivité spéculaire, blocage du travail de la signification, perte du sens de la réalité. Nous ne mécofifiaîtrons pas pour autant la distinction clinique des pacanoïas et mélancolies, aux mécanismes proches, où le moi est cependant moins déstructuré. Plus qu'à une discrimination classique, nous nous intéressons à une clinique de l'altération subjective, soit à une clinique de la déperdition, de la déréalisation.

8

C'est en tant que symptôme, plus que simple lectw:e diagnostique, que nous envisagerons la manifestation psychotique à laquelle la souffrance est liée. L'approche par le discours clinique s'éloigne, en ce sens, du discours social, privilégiant l'unité du registre psychotique et l'exception du cas. Cette recherche de la connaissance de la psychose dépend de l'histoire, des représentations socio-médicales, de la place accordée à l'espace de travail attribué à la psychopathologie clinique. A la rencontre du sujet clinique, psychotique, souffrant, correspond un récit extraordinaire, déroutant, auquel se rapportent, dans un premier temps, représentations et pratiques sociales. C'est d'abord la notion d'aberration et de maladie qui s'impose, à laquelle s'associe une pratique noanalisante et ségrégative.! Quoique soumise à des variations historiques, celle-ci n'a jamais disparu et c'est toujours en fonction d'un déni social que se pose l'hypothèse de la rencontre clinique et psychopathologique. C'est, au-delà de la théorisation, la question d'une pratique psychopathologique effective qui se pose. Celle-ci a pour objet la recherche de l'inscription historique d'un symptôme où c'est la vie même du sujet qui est engagée. La clinique de la souffrance psychotique se construit théoriquement à partir de la complexité d'une déstructuration psychique, l'affirmation désorganisée d'affects non élaborés, l'inaptitude à penser l'événement, la perte du lien social et relationnel à l'environnement. Ces données essentielles sont à retenir comme une clinique de la désubjectivation et de la dépersonnalisation, d'abord généralement dissuasive et décourageante. Son intérêt se conçoit comme travail, sur l'émergence polymorphe d'une souffrance par rapport à laquelle les registres pratiques ne peuvent accorder d'intérêt soutenu et prolongé. S'imposant, la tendance réductrice et simplificatrice empêche la poursuite d'une compréhension et renforce l'incommunicabilité et la souffrance. Ce passage de la dimension clinique à la dimension de gestion sociale s'avère décisif. L'expression

1 Sur l'histoire de la clinique psychiatrique, Paris, Ed. Univ. 1992.

Bercherie P., Les fondements de la clinique,

9

psychotique n'est, il est vrai, jamais radicalement absente ni étrangère au milieu. Elle est la manifestation particulière, incompréhensible, d'un registre intime où le corporel et le psychique sont intriqués. Son aspect exceptionnel, subversif, illogique est une tentative indéfiniment répétée d'exprimer, sous une forme très particulière une intolérable souffrance. Les symptômes, la thématique délirante sont l'actualisation, variée, de ce qui ne peut plus se décrire, être conscient ou cohérent. Excessivement présente, la souffrance est méconnaissable, non dite. Elle sera paradoxalement d'autant plus présente que le sujet apparaîtra déstructuré. L'excès mélancolique sera, par exemple, moins porteur de souffrance que l'hermétisme du sujet dissocié schizophrène.

Si l'appréhension de la réalité clinique psychotique est déroutante, apparemment inabordable, elle ne doit pourtant pas méconnaître la persistance d'une sensibilité exacerbée du sujet à la réalité et au discours social. La complexité du rapport à l'environnement est insaisissable, mais elle reste réelle, constamment éprouvée par le sujet comme argument d'une expérience exceptionnelle de destruction et d'incompréhension. Les représentations cliniques, l'aspect énigmatique du récit schizophrénique sont l'aspect extérieur, superficiel, d'une inscription affective réelle, située concrètement à l'intérieur du corps. La recherche d'un savoir, d'une interprétation, d'une rationalisation, de cette souffrance du vide et de l'innommable manquent à leur objectif. Ces systèmes d'explication se rapportent à ce que le sujet élabore pour justement dénier et refuser une souffrance inaccessible et insoutenable. La pensée psychotique devient factice, artificielle, transposition psychique où l'essentiel de la souffrance n'existe plus. Ce qui est de l'ordre du discours social, mais aussi d'une scientificité objectivante s'éloigne irréductiblement de cette réalité clinique. A la référence à la réalité, et surtout aux normes, à l'agencement symbolique de la réalité sociale, répond, pour le sujet psychotique, l'impossibilité à penser son existence. Sa vie psychique est enkystée, perdue, transmise sous la forme appauvrie du délire: traduction lacunaire de la souffrance intérieure. La clinique de cette souffrance dépend fondamentalement de son sens social. C'est à partir de celui-ci qu'elle apparaîtra concevable, éventuellement susceptible d'être mise en pratique. La souffrance psychotique
10

correspond, en effet, à la fonne extrême du malaise subjectif, à l'ultime fonne d'impossibilité pour un sujet de construire une place sociale. Ce qui est en cause, insaisissable, de la souffrance intérieure, concerne l'économie psychique d'un sujet qui n'a pu agencer ni construire sa vie. C'est ce qui fonde la possible exigence d'une clinique de la souffrance d'un sujet socialement et psychiquement décomposé. Ce n'est pas une clinique objectivable, elle échappe, ne correspond pas à des critères scientifiques classiques, comme la souffrance orgao,ique, elle n'est pas explicable. Elle ne répond pas aux exigences sociales dominantes appelant la soumission à la réalité clinique d'un sujet non cohérent. TI ne s'agit pas de se référer à une approche intuitive, illusoire, abstraite, aux effets néfastes ou inutiles. Ce qui se définit comme projet clinique procède à l'inverse de la rigueur d'une scientificité du singulier. Celle-ci à concevoir comme relativiste, ouverte à des champs et perspectives extérieurs qui concernent toujours la vie psychique et sociale du sujet. La complexité de la souffrance exige, en ce sens, une lecture critique des distinctions, des traitements qui contribuent à occulter et chroniciser un sujet. Apparaît, avec la notion de souffrance, au-delà de la maladie et de la normalité, l'importance de référents culturels et idéologiques qui vont conditionner l'approche et la possibilité d'une investigation clinique. La pratique dépend du lieu, d'une conjoncture socioculturelle et politique qui va également jouer sur la sensibilité collective au sujet et la plus ou moins grande disponibilité accordée. L'émergence et l'expression des symptômes psychotiques dépend elle aussi des contextes sociaux, idéologiques, qui vont contribuer à plus ou moins amplifier, occulter ou nier la réalité de la souffrance. L'enjeu de la représentation de la souffrance est en rapport avec la capacité à admettre le processus où le sujet exprime sa tentative de survivre à une rupture, une décomposition. TIconcerne l'attention à une dimension psychique et affective qui s'avère, dans le cas de la psychose, altérée. A l'absence de construction psychique socialement stable, le vide, l'incohérence, l'improductivité répondent des nonnes et, plus généralement, la pensée du rapport social intersubjectif. C'est bien à celui-ci que s'adresse la clinique, constituée à partir d'une 11

tentative de compréhension de la genèse d'un conflit psychosocial refoulé, forclos et socialement récusé. Le traitement des différentes formes de psychose repose sur la recherche du non partageable, de l'incompréhensible, éprouvés par le sujet suite à une expérience insupportable d'expulsion du sens commun et des rapports collectifs psycho-sociaux. Au delà des particularités sémiologiques, s'impose l'unité de mécanismes psychiques spécifiques caractérisés par la dissociation mentale, l'atteinte de la logique cognitive, la forclusion d'une souffrance inaccessible à la pensée consciente. L'approche des conditions de la clinique, des supports sociaux, prend une importance décisive. C'est elle qui détermine la prégnance d'un oubli idéologique du sujet, la dénaturation de pratiques contradictoires aux effets de contribution objective, au renforcement de la souffrance et du déni de la réalité persécutoire. La réalité sociale accentue certains aspects persécutoires où se manifestent des conditions perçues par le sujet comme événement mortifère. Comme la souffrance, cet aspect est méconnu suite à des déterminants idéologiques où n'est retenue qu'une lecture réductrice du symptôme. A l'inverse de celle-ci, le discours clinique doit, dans une certaine mesure, renoncer à l'énumération formelle de causes, voire à la description de signes comportementaux. C'est en cela du risque de jugement porté sur un sujet qu'il est question. L'adéquation à la connaissance du sujet, de sa souffrance s'avère en effet des plus aléatoires; la saisie clinique étant de fait compromise par la mise en échec, par le sujet, d'une reconnaissance de la vie psychique et de la souffrance sous-jacente. Cette réalité effective singulière s'exprime sous la forme particulière des symptômes auxquels s'applique un discours idéologique superposé à l'écoute et à la recherche clinique.1 Toute tentative d'objectivation s'avère peu à même de traiter une telle complexité où le sujet fait obstacle à la rencontre de sa souffrance. La singularité de celle-ci intervient, dans un premier temps, comme hermétique aux approches psychologiques, psychopathologiques, sociales. Ce qui s'impose comme dimension affective est, dans la psychose, d'une construction

1 Sur ce thème,

cE Huguet

M., /'emuti ()Ilia dou/ellr du temps, Paris, Masson,

1987.

12

extrêmement aléatoire. Celle-ci dépendatlt d'effets sociaux de projection auxquels le sujet est toujours excessivement vuln.érable. La souffrance est à concevoir comme processus mtca-psychique, désorganisé, et confrontation rompue à l'environnement.

A cette émergence, cette dynamique conformes à l'objet de la psycho-pathologie clinique s'associe l'établissement d'autres données relatives au contexte que le sujet, s'il les perçoit malaisément, subit cependatlt comme effet d'un jeu de forces et de tensions destructrices. Le clinicien est amené à ouvrir sa démarche au social, contribution diffuse à la souffrance, à l'machèvement et au matlque, à la dynamique et à la mise en forme d'un syndrome. C'est ici fondamentalement la question de l'extériorité d'une souffrance mtérieuce qu'il doit poser. TIne s'agit pas pour autatlt de socio-genèse mais de recherche de la relation de la vie psychique du sujet psychotique avec le tcacé d'une réalité dont il pressent qu'elle lui dénie toute possibilité d'mscription. La souffcat1ce psychotique devient un malaise psychique, mais aussi social, extrême, présent dans une expérience quotidienne, concrète, à laquelle le sujet rapporte des convictions abstraites et déliratltes. Celles-ci sont l'unique réponse au sentiment de disparition et de déni; satlction d'une défaillatlce de la genèse du moi mais aussi témoignage du regard collectif. Affirmer la pratique clmique de l'écoute n'est certes pas s'autoriser à évoquer la guérison de la psychose. C'est surtout établir un dépassement des approches négatrices, céfutatrices, spéculatives: contributions â la disparition du sujet et au renforcement mdéfini de la souffcat1ce psychotique et schizophrénique.1

1 A ce sujet, sut: les enjeux thérapeutiques de l'institution, Oement R., Parentsen
s01ljfrance, Paris, Stock, 1993, p.277 et sq.

13

CHAPITRE I

CADRE PSYCHO-SOCIAL CLINIQUE DE LA SOUFFRANCE - DANS LA PSYCHOSE -

1 - N OnON DE SOUFFRANCE PSYCHIQUE.

La notion de souffrance est généralement associée

a celles

de

douleur et de maladie. Si sa spécificité psychique est rarement défmie, elle reste au centre de la dimension pathique du psychopathologique par exemple, par P. Fédida dans Crise et Contre-transfert1). accentuée suggère la tristesse morale, la mélancolie, et n'est pas éloignée de la douleur physique.

pourtant (défmie, Sa forme toujours

Elle annonce un dessaisissement qui évoque l'expérience d'effraction du corps, puis, au-delà, des structures organisatrices de l'unité de la personnalité. Nous retiendrons par exemple l'écrit poétique d'Antonin Artaud qui a poussé jusqu'à l'extrême limite la tentative d'expression d'une déchirure, d'une souffrance, d'une division interne. "TI suffit de s'imaginer une minute que cette impossibilité de m'exprimer s'applique aux besoins les plus nécessaires de ma vie, à mes

1 Fédida

P., Crise et Contre-transfert, Paris, p.u.P.,

1992, p.19 à 36.

17

éventualités les plus urgentes, et à la souffrance qui s'ensuit, pour comprendre que ce n'est pas faute d'acharnement que je renonce "1. C'est déjà, parler de la psychose, de ses différentes fonnes d'une souffrance psychotique. C'est au-delà, l'étude littéraire et artistique qui témoigne d'une expérience extrême et impartageable. "Lent cauchemar gé11ésique petit à petit élucidé sans cauchemar et sans effet, mais la souffrance du prénatal "2. A propos de Van Gogh : "Van Gogh n'est pas mort d'un état de délire propre mais d'avoit été corporellement le champ d'un problème autour duquel, depuis les origines, se débat l'esprit inique de cette humanité, celle de la prédominance de la chait sur l'esprit ou du corps sur la chait ou de l'esprit sur l'un et l'autre "3. Parlant de son expérience intime, Artaud dénonce: " car l'humanité ne veut pas se donner la peine de vivre, d'entrer dans ce coudoiement naturel des forces qui composent la réalité afm d'en titer un corps qu'aucune tempête ne saura plus entamer "4. Pris dans le mouvement de cette souffrance, il interroge : "Ce de quoi qu'on m'accuse, c'est pour avoit voulu trouver la matière fondamentale de l'âme et la dégager des fluides fonciers" 5. La description, la traduction d'A. Artaud est, dans ces textes, celle d'un" affrontement" psychique, une lutte incessante contre une souffrance excessive qui envahit son corps et sa pensée. Plus qu'une œuvre achevée, l'écrit d'A. Artaud exprime l'impossible, la lutte perdue, la mpture, l'impression d'un rapport imminent à la disparition. TI dépasse donc le cadre purement littéraire et manifeste une nouvelle dimension où disparaissent la réalité et l'identité du Moi. La tentative d'A. Artaud est à concevoit comme une tentative désespérée d'évocation de souffrance et d'horreur. En même temps

1

Artaud

A, Lettre

47, in Oellvres complètes, tome III, Paris,

Gallimard,

1961.

2 Artaud 3 Ibidem.

A, Van Gogh, le suicide de la société, K Editions,

1947, p.47.

4 Ibid, p.1S. S Artaud A, Oellvres complètes, op. cit., p.193-194.

18

qu'une reussite esthétique, elle est un échec; si elle d'une lutte, elle est aussi un refus, une perte l'impossibilité à pouvoir s'admettre comme sujet
pensant. Le texte littéraire est, pour Artaud, exploité, recupéré, où il y a encore à retenir une style qui ne soient pas la mort absolue, la perte et de la vie. Au centre de la pensée psychotique perte, de déperdition, de déliais on, d'inaptitude

prend la forme et, fitlalement, Il ordinaire Il et

un ultime support trace, un produit, un radicale de la pensée persiste une idée de à reconnaître l'objet.
Il

La pensée psychotique est donc une
n'est pas construite

Il

pensée en souffrance
personnalisée,

qui

comme structurée,

elle est en

quelque sorte une pensée en suspens, une pensée sans Il stabilité ", Il abstraite ". Elle n'est d'ailleurs pas sans analogie avec l'inconscient
freudien.l. Au désinvestissement de la réalité correspond un fonctionnement psychique différent; à la rupture et à la décomposition succède la tentative d'une survie psychique. La souffrance est dans ce mouvement de destruction du moi et d'atteinte de la pensée. Elle reste presente, persécutoire, latente, elle accompagne cette lutte incessante du Moi contre sa disparition. Elle est donc centrale; nullement marginale. La souffrance psychotique est dans ce mouvement de rupture où les assises de la pensée et de la personnalisation ne sont plus préservées. Elle annonce aussi ces formes accusées d'insupportabilité que sont les psychoses, celles-ci caractérisées par la dissociation, l'impuissance, la rupture.

Ce symptôme du double refus, du moi et de la réalité, que l'on reconnaît ici peut être étroitement associé à celui de souffrance (psychique) psychotique. Celle-ci, sans compromis, comme dans la névrose, est une réalité psychique caractérisée par l'inachèvement; souffrance de l'objet perdu, elle est à interroger en tant que processus attesté par une tension peu verbalisable. La souffrance suppose donc l'histoire d'un sujet aux prises avec la destruction de son Moi. Celle-ci pose le problème de sa représentabilité ; elle évoque de même le risque d'une herméneutique ou de l'heuristique de l'expérience psychotique, qui, en effet, quelles que soient leurs qualités, n'offrent pas de pleines garanties de scientificité. La souffrance psychotique

1 Freud

S., L'inconscient,

In Métapsychologie, Paris,

Gallimard,

1973, p.303.

19

apparaît, comme une entité relativement autonome; quoique difficile à formaliser. Elle est en quelque sorte un au-delà de la causalité sémiologique puisqu'elle correspond à l'intensité d'une expérience. Différentes formes en sont COt1t1ues, définies à partir d'une désarticulation plus ou moins radicale du Moi; pleinement manifestée dans la schizophrénie. La schizophrénie évoque cette inaptitude du moi à se supporter; un rapport très particulier à la durée, au ren01lcement, à l'insatisfaction. Celui-ci est relativement impensable, non localisable ; il ne peut être individualisé ou parlé puisqu'il évoque une souffran.ce globale et maléfique aux contours indéfiaissables. C'est bien Ut1e souffrance démesurée qui apparai't. Le Moi n'est plus qu'une fiction, il est détruit par la persécution. L'expérience de la souffi:a11ce s'amplifie jusqu'à tourner court, jusqu'à la métamorphose délira11te. L'enveloppe corporelle, lieu le mieux recot1t1u de la souffran.ce, se décompose; ce qui devient alors le champ clinique étant du domaine de l'expansion démesurée et narcissique du corps disloqué.

2 - LA CLINIQUE DU PSYCHISME.

L'approche clinique est à situer en fonction de la complexité exceptiot1t1elle d'Ut1 cas Ut1ique. C'est Ut1e démarche qui pose Ut1e difficulté majeure, elle est approche du singulier et de l'aléatoire. La psychose y renvoie ainsi à la perception d'Ut1 malaise, au c01lstat de symptômes dérangeants, impressiot1t1ants. Le clinicien s'y trouve confronté à la rencontre d'un sujet, autre, différent, dont l'histoire est devenue celle d'Ut1e fracture, d'une profonde transformation. La clinique nécessite de recot1t1aître l'expression d'Ut1 rejet massif, sans compromis; elle devient difficile à établir, la rencontre de la pensée psychotique, désorganisée, étant aléatoire. L'inaptitude à construire Ut1 discours implique son inaudibilité. P.L. Assoun évoque Ut1

20

" trouble du penser" que la clinique n'est plus à même de maîtriser!. Ce trouble devient dans la psychose un empêchement à propos duquel on peut encore citer A. Artaud: "Au moment où l'âme s'apprête à organiser sa richesse, ses découvertes, cette révélation, à cette inconsciente minute où la chose est sur le point d'émaner, une volonté supérieure et méchante attaque l'âme comme un vitriol, attaque la masse mot et image, attaque la masse du sentiment, et me laisse moi, pantelant, comme à la porte même de la vie "2. L'approche clinique se conçoit aussi comme mode d'approche centré sur l'histoire psychique et l'actualité du sujet. Celles-ci deviennent dans la psychose d'une infinie complexité, marquées pac le refus massif de la réalité, la revendication délirante, la reche:rche d'un idéal perdu, l'attente utopique de la transformation du monde. Le sujet psychotique exprime une interpellation nouvelle et inecevable, celle d'un sujet qui vit surtout, au fond, un drame et une impuissance fondamentales. C'est cette réalité psychique que le clinicien recherche encore, dont il essaye de déceler un hypothétique sens. Le clinicien témoigne lui aussi d'un affrontement à la réalité, ainsi que d'une histoire qui n'est plus, comme chez le névrosé, supportable. Cet éprouvé du sujet étant un matériel clinique particulier. Si la clinique doit reconnaître les symptômes: incapacité relationnelle, ambivalence ou discordance, dans le cas de la schizophrénie, pac exemple, elle doit aussi essayer d'être attentive à une souffrance vitale. Celle-ci n'est plus uniquement du domaine précis du discours sémiologique et social, du descriptif rigoureux. En ce sens, la clinique de la précarité psychotique devient rencontre impossible avec un sujet dont la pensée, indétenninée et complexe, échappe. La position clinique, si elle ne garantit pas la saisie d'un discoucs insaisissable, doit cependant assurer une présence. Mais la

1 Assoun P.L., L'entendement freudien, Paris, Gallimard, 1984, p.49-95. 2 Artaud A., Lettre àJ. Rivière,6 juin 1924, Un ombilit:des rêves,Paris, Gallimard, 1968, p.4l.

21

coupure, le blocage propres à la psychose nécessitent un mode d'approche particulier, original, singulier. Évoluant dans une souffrance impensable, incompréhensible, le sujet psychotique éprouve une impasse. Ce qui peut être mis en place comme écoute de celle-ci est généralement, pour lui, inadéquat. L'écoute mais aussi, audelà, la pratique mises en jeu dans la clinique de la psychose doivent admettre qu'en première lecture, le discours psychotique est celui d'un impossible à penser. Elles ne peuvent donc, dans un premier temps, déchiffrer cette atteinte de la pensée socialisée. Elles doivent pourtant s'attacher à reconnaître une histoire dont les modalités deviennent exceptionnelles. La clinique, dépendante des structures d'exercice, des lieux, s'attachera ici à la singularité radicale d'une souffrance où l'orgwique et le psychique ne sont plus dissociables. On sait qu'à ce propos, J. Oavreul a analysé, en profondeur, le dépassement de l'ordre médical par l'omniprésence de la clinique.! En effet, la souffrance psychique psychotique est dans un rapport logique, coextensif, à la souffrance orgwique qui prend déjà une connotation psychique. La logique inteme de la souffrance remet en cause tout un aspect idéologique de la clinique médicale dont le développement s'oppose à teane à la prise en compte d'une clinique psychopathologique. Le symptôme psychotique suppose une souffrance, où se trouvent mobi1isés le regard et l'interrogation, non pas d'un corps mais d'un sujet littéralement, au sens propre et figuré, égaré (soit hospitalisé ou bien asilisé, exclu). Le sujet, psychotique délirant, irrecevable, n'est donc plus un sujet clinique, scientifiquement classique. Le problème qu'il pose d'une subjectivité

incompréhensible dépasse ceux, traditionnels, de la

Il

science

hospitalière ". TIannonce un autre positionnement, un autre regard. Passer du Sujet de la Science au Sujet de la clinique met en cause des notions d'un pouvoir objectivant qui ne peanettent plus d'appréhender la souffrance de ce sujet déstructuré. Qu'exprime le sujet dans l'arrêt de l'échlUlgesocial, de la perception de la réalité? Quel arrêt, quelle catastrophe psychique ont pu amener ce profond

1 Oavreul J., L'ordre médical,Paris, SeuiL 1973.

22

bouleversement qu'on appréhende, cliniquement, comme incohérent? Le rapport du sujet psychotique à sa vie, à sa mort, est difficilement pensable, il est une conception. d'ensemble, une croyance diffuse, floue, imaginaire, où les relations sociales sont profondément transformées. Le clinicien rencontre cet ensemble où mots et choses sont confondus. S. Freud a précisé que le schizophrène traitait les choses comme si elles étaient abstraites.1 Sa confrontation au sujet concret renvoie aux origines mêmes de l'acte clinique que Foucault a abordées dans la Naissance de la clinique2. La clinique de la psychose suppose, au-delà de toute visée réductionniste, le repérage de processus dont l'origine pulsionnelle implique le corps, lieu physique et psychique. EUe n'est pas utopique, hors lieu; elle est encore du domaine d'un ajustement pratique original à un sujet qui se tient ailleurs, inaccessible. La clinique de la souffrance psychotique confronte, à partir de là à l'intraduisible, elle devient ceUe de l'expression, de la métaphore, se confirme sans ambiguïté comme une clinique psychologique, non organiciste. Ce corps figé n'est pas chosifié, il est visible et audible, précède dans la rencontre clinique l'accueil de la parole. TIsitue une souffrance et une négativité, un creusement du sujet, une lacune, il précède le non dit, indicible. Au-delà de la médecine, de la connaissance objective se profile donc une clinique de l'histoire psychique psychotique où la mort corporelle est discrètement mais constamment présente. Reste, à partir de là, au clinicien à reconnaître une expression. J. Broustra situe cette recherche comme fondement du processus thérapeutique.3 Si c'est bien là toute la difficulté, c'est aussi reconnaître qu'il n'y a pas à isoler et écarter un sujet et sa tentative désespérée de penser. Les catégories psychiatriques ne peuvent rendre compte de ce mouvement interne, auto-destructeur, que le sujet éprouve.

1 Freud S., op. cit., p.303. 2 Foucault M., Naissance de Jo clinique,Paris, P.U.F., 1981. 3 Broustra

J., PfYchose

et expression, Paris, ESF,

1987.

23

Sans doute est-il, en ce sens, possible d'envisager, avec la psychose, l'idée d'une clinique des pulsions. La pulsion est, pour Freud, à la limite du somatique et du psychique.! Elle permet de s'interroger sur les processus origi11aires constitutifs du psychisme que nous étudierons plus spécifiquement ultérieurement. Elle suppose des conflits origi11aires, l'atteinte de la construction du psychisme, l'inaptitude à la médiation sociale. Elle implique aussi la présence massive d'une insatisfaction, d'une souffrance mortifère. Cette perspective pousse l'attention clinique à ses extrêmes limites; elle conduit à envisager le sujet psychotique à partir du corps, lieu pulsio1l1lel et psychique. Poser U1lecli11ique de l'au-delà du regard, de l'échange, du sens, ai11si que du refus de la réalité, évoque la recherche d'U1l éclatement des structures de la perso111lalité. C'est a.in.si avoir affaire à la démesure, à la décomposition de l'espace temps, à la conception, par le psychotique, de soo extraordi11aire et " irrécupérable" destin. Ü11 en reste à la mobilisation par le sujet de défe1lSes ruineuses, de processus d'anéantissement; survie et souffrance envahissent massivement l'espace clinique et empêchent le travail de pensée. L'engagement, au Se1lS psychanalytique, d'un transfert ne pouvant s'orgao.iser, c'est un mode d'approche de l'inaccessible qui s'a1l1lonce : celui-ci n'étant pas sans heurts. Mais ce qui s'engage, entre clinicien et sujet, doit rendre possible l'émergence de mouvements d'ouverture dont parle P. Aulagnier Castoriadis.2 Savoir et rationalité ne suffisent plus, à eux seuls, y compris dans leur théorisation, à construire la clinique de la psychose. TIs doivent s'accompagner d'U1le se1lSibilité aux temps de rupture et de précipitation psychotiques qui soot des événements très réels auxquels le sujet s'interdit de penser.

La théorie conserve, coottontée à la psychose, un caractère, en dernier lieu, allusif; elle doit constamment s'adapter à chaque cas. Si

1 Laplanche et Pontalis, article Pulsion, in Vocabulaire de la p!Jchana[yse, Pms, PUF,

1967.
2 Aulagnier-Castoriadis DaHme!I:fJn,Toulouse, P., Les mONVements d'oll1Jerlure dans /es p!Jchoses : hommage à G. Privat, 1980, p.125-135.

24

elle est un éclairage irremplaçable et indispensable, elle ne se constitue qu'après coup. La théorie, en psychiatrie et psychopathologie, est déjà sensiblement décalée par rapport à ce qui se passe à l'intérieur de l'espace, original, unique, du travail clinique. L'approche clinique du sujet psychotique apparaît être un recueil de données essentielles où l'étude de l'histoire du cas doit associer, à partir de la souffrance, " réalité, vérité, conviction mais aussi le travail du doute "1. Appliquer cette perspective à la souffrance psychotique, la rencontrer, s'y confronter, est admettre, dans la recherche d'un sujet différent, une dissemblance, une absence de réciprocité. C'est rechercher une expérience individuelle non conforme à l'expérience collective; la place d'un sujet dont le socius ignore généralement la souffrance.

3 - DONNEES

SOCIOLOGIQUES.

L'approche clinique de la psychose place le clinicien en présence d'un objet déconcertant et inaccessible. Si nous avons à y reconnaître le phénomène de la souffrance, c'ést que nous ne devons pas faire l'impasse sur l'hypothèse d'un intérêt pour le sujet psychotique. Celuici échappe aux exigence du discours rationnel en même temps qu'il dépend des effets de représentation et des pratiques sociales. Le travail clinique individualisé apparaît facultatif, sinon contradictoire aux effets d'une perception sociale essentiellement porteuse d'incapacité à admettre la complexité du lien du sujet à l'environnement. Cette représentation sociale, collective, de la psychose évolue historiquement, on le sait. Si, au cours du 19ème siècle, elle était stigmatisée et dangereuse, enfermée, elle semble actuellement mieux acceptée. Les origines d'une clinique médicale du " malade mental" associèrent l'idée d'une inadaptation du sujet aux valeurs sociales ainsi qu'une référence philanthropique, morale, à

1 Revault

d'Allones

Cl., Lz démarr:he rlitûque en scienres hI/maines, Paris,

Dunod,

1989,

p.84.

25

partir de laquelle s'édifie l'idée de soms. On peut à ce propos citer les fondateurs de la psychiatrie clinique et classique: Pmel, Esquirol, pour qui, au fond, la psychiatrie est un acte de " médecme morale".
Le 19ème siècle fixera plus précisément les dogmes d'une psychiatrie

science médicale du sujet socialement mcompétent. Kraepelm, s'il établit des bases sémiologiques et clmiques remarquables et toujours actuelles (démence précoce), associe étroitement les troubles psychotiques à une dégénérescence socialement néfaste, soit à un handicap. Le glissement est sensible entre une sensibilité philanthropique et une médecine du handicap, c'est aussi celui du passage de la clinique à la rationalisation explicative de pathologies. L'mterférence de la constitution historique de la psychiatrie avec des données sociologiques aboutit à la cohérence de pratiques d'explication de l'exclusion et de la pathologie. il s'agit historiquement d'une psychiatrie experte où la description sémiologique du processus prévaut sur la dimension psychique et historique. Bleuler mtroduit ultérieurement la notion de Spaltung, où il précisera un modèle psychopathologique de la schizophrénie alors que Freud élaborera' une théorisation psychanalytique du délire. Si elles maugurent la question de la réalité psychique, ces deux perspectives fondatrices ne remettent pas en cause une lecture idéologique de la distanciation sociale. C'est toujours pour l'essentiel dans un contexte de pratique et de lecture sociale que çes théorisations psychopathologiques s'affirment. Réhabilitant le sujet psychologique, elles n'mtègrent pas cependant le sujet social. Théorie et idéologie construisent, pour l'essentiel, un regard clinico-psychopathologique dont l'étude des conditions sociales d'application et de pratique est occultée. Sans doute y a-t-il à envisager le décalage entre des conditions concrètes, leurs incidences subjectives et un discours psychopathologique exhaustif. La souffrance psychique est aussi une souffrance situationnelle, détermmée, à un moment ou à un autre, par une conjoncture réelle et sociale. Celle-ci fait partie des conditions psycho-sociales de la réalité; elle maugure la souffrance, précipite le sujet dans l'maptitude à la penser et la reconnaître. L'événement psychique dont nous avons précédemment saisi la réalité cli11iqueaccompagne des événements sociaux qui l'annoncent et le sanctionnent. L'impensable souffrance 26

de la psychose correspond à des contradictions, des impasses qu~ dans la réalité s'imposent. Les pratiques concrètes, l'écoute sont exceptionnellement en phase avec celles-ci qui sont, en fait, les temps forts de la désinsertion sociale et, surtout, psychique. Le discours idéologique et social ne retient pas la souffrance, il trace en même temps un cadre général où l'objectivité des conditions d'aliénation du sujet est méconnue. C'est également le retentissement psychologique de celles-ci qui n'est pas admis; la rupture psychotique relevant du domaine du trouble individuel et incompréhensible à orienter vers des dispositifs de traitements spécialisés. L'irruption dans l'histoire du sujet d'une rupture, soit la rencontre d'un ordre social inadmissible où se fait l'émergence du syndrome, n'est pas, socialement, audible. Le renvoi vers l'accueil et le soin psychiatrique sert d'opérateur à ce qui est socialement inadmissible, subversif; il y a neutralisation. Pourtant, la souffrance psychotique suppose aussi des composantes sociales, l'histoire, la rencontre du sujet avec une situation qu'il ne peut plus ni supporter, ni penser. Elle est perçue comme telle, sinon ignorée ou réfutée, mais inadmissible et dérangeante, détournée de sa réalité de vie sociale et psychique. L'identification pratique, lieu et référence psychiatrique, s'impose d'abord comme une véritable enveloppe idéologique et sociale qui précède et même occulte le travail psycho-clinique, l'explication spécifique du cas, comme le démontre par exemple A. Ogienl. Préciser ici la démarche clinique, le travail sur le symptôme psychique, sur la souffrance, et, à partir de là, analyser les conditions sociologiques de la rencontre par le clinicien du sujet, est essayer de démontrer que le travail clinique n'émerge pas, ne s'exerce pas in abstracto, à partir de ce moment, mais qu'il s'insère dans de multiples déterminations préalables, en réseaux. Ainsi le travail psycho-clinique avec le sujet psychotique, travail aléatoire, d'installation laborieuse et complexe, ne doit-il pas être une quelconque psychologisation ou un psychanalysme2. Rechercher la souffrance psychotique est alors, dans le dépassement

1 Ogien 38.

A.,

Le raisonnel1Jent p~chiatrÙJ1le,Paris, Klincksieck,

1989, L'affiliation, p.29-

2 Castel R., Le p~chana!Ys1lle, Paris, UGE 10/18, 1976. 27

de ces approches, essayer de mettre en évidence l'aspect, constant, d'une souffrance présente aussi bien dans un espace technicisé, tcansférentiel, thérapeutique que dans une oppression quotidienne et persécutoire.

4 - PSYCHIATRIE ET INSTITUfION.

La souffrance du sujet psychotique que nous défmissons comme l'au-delà du symptôme, apparaît donc à l'intérieur de lieux, de contextes spécifiques: - l'hôpital psychiatrique, - des structures diverses: cliniques privées, établissements d'hospitalisations partielles, - mais aussi des lieux de consultation situés directement sur le' teccain qui coccespondent donc à des périodes de non-hospitalisation (dispensaires d'hygiène mentale et sociale) -pas nécessairement de guérison ou de sédation importante des troubles. Sont aussi à envisager des placements thérapeutiques (familles d'accueil surtout infanto-juvéniles). Ces différentes structures, diversifiées, constituent des lieux de soins, de pratiques, de lecture dont nous avons vu qu'ils s'inséraient dans un projet social extensif et une demande, technique, à la psychiatrie. M. Huguet parle, à ce propos, de "structure de sollicitation ", en précisant l'orientation d'une lecture clinique qui serait rapportée au sujet mais aussi au sens génécal des pratiques et à leurs objectifs sous-jacents.1 Cette " catégorie" vise à définir des supports sociaux des pratiques à partie desquelles s'engage l'efficacité idéologique d'une situation. En effet, si l'idée d'une attention personnalisée et clinique au sujet n'est pas abandonnée, celle-ci tend pourtant à se confondre, à se

1 Huguet M., Structure de sollicitation sociale et incidences subjectives, in Bulletin de
PfYchologie, tome XXXVI, n0360, Mai-juin 1983, p.511-515.

28

diluer à l'intérieur de présupposés dominants de gesti01l socioéconomique et des dispositifs adéquats. La maladie mentale banalisée, est rendue à son statut originel de handicap et de coût, d'improductivité, de tabou social. Cela, appliqué au sujet psychotique et à sa souffrance, met en évidence l'idée que la procédure d'introduction du sujet à l'intérieur du champ psychiatrique est d'abord une situation d'assujettissement et d'efficacité sociaux où la dimension psychique est déplacée. TI s'agit, en ce sens, d'abord d'une pratique idéologique. Les pratiques psychiatriques actuelles seront, par exemple, des pratiques de prévention, d'accompagnement mais aussi de gestion institutionnelle et économique du sujet désocialisé où la place de la clinique peut apparaître singulièrement réduite. Les pratiques sociales en cours, basées sur le traitement de l'exclusion sous ses différentes formes, n'admettent plus l'intérêt clinique comme donnée essentielle. Cela implique .la méconnaissance de la réalité du processus psychotique dont les conditions d'avènement sont masquées, déplacées, renvoyées. aux fonctions de régulation sociale des institutions psychiatriques. Celle-ci n'est pas à confondre avec la mise en œuvre effective de projets clinico-thérapeutiques dont la réalisation s'avère généralement complexe et ponctuelle. Le fonctionnement actuel des institutions psychiatriques, sectorisées, privilégie la notion de traitement social qui paraît s'imposer à la rigueur de l'acte clinique. TIlégitime en cela un discours idéologique puisque, à la réalité de l'écoute du sujet, se substitue un principe explicatif dont la fmalité thérapeutique est, en partie, mythique, et surtout dépendante d'un fonctionnement social. Les consultations d'hygiène mentale en dispensaire s'inscrivent le plus souvent dans une demande où c'est apparemment l'intolérabilité des conditions de vie qui domine. La conception, idéologique, du soin psychiatrique transforme l'écoute de la souffrance. Elle détermine soit un repérage abstrait des données psychopathologiques, soit le recours à des pratiques proches du travail social traditionnel.Elle suppose l'étude d'une causalité qui, appliquée à la psychose, s'attacherait à reconnaître ce qui serait de l'ordre de la fatalité personnelle. Le déplacement de perspective n'autorise pas l'intégration des orientations sociales excluantes dont les effets contribuent à créer un phénomène 29

d'engrenage. " Pourquoi est-ce que je suis ici? TIs m'ont enfermée, ce sont tous mes ennemis, le monde entier veut me détruire, c'est pourquoi je suis ici ", dit une patiente hospitalisée à l'hôpital psychiatrique depuis six mois.

Les différents mécanismes institutionnalisants psychiatriques, s'ils répondent à une vocation thérapeutique, soignante, créent aussi une contrainte objective qui renforce la souffrance. Des effets sociaux, objectifs, de manipUlation, de dessaisissement ne sont pas absents, ils font aussi partie de la conjoncture où s'affinne le processus psychotique. L'idéologie du soin et de la compétence spécialisée tend à désarticUler l'analyse de la souffrance psychique des conditions d'intervention perçues comme disqualifiantes, persécutoires. Les idées souvent affinnées de déshumanisation, d'anonymat, d'abstraction persécutoire ne sauraient être séparées de projets sociaux, de regards collectifs, défavorables. Si elle n'est plus enfermante, la psychiatrie conserve, dans sa forme ambUlatoire, une fonction de focalisation et de stigmatisation sociale qui lui apparaît intrinsèquement liée. Elle ne peut donc méconnaître, ni annUler le déclassement éprouvé par le sujet, ni, surtout, la contribution objective de ce dernier dans le développement de la souffrance. L'hospitalisation du sujet psychotique correspond matériellement à une localisation physique, à une pratique enfermante, à une souffrance nécessaire et imposée. Le rôle idéologique de la psychiatrie se spécifie, à partir de ses fonctions historiques, d'institutionnalisation, comme pratique d'observation. A la fonction de soin, d'interprétation, s'associe celle d'une rationalisation des pratiques, d/une caution experte. Encadrement et contrôle des formes particUlières de désocialisation que sont les psychoses sont donc argumentés en fonction d'un repérage où la psychiatrie garantit une efficacité idéologique à des pratiques d'expUlsion et d'invalidation.TIreste impossible au sujet psychotique d'échapper à une violence sociale discrète, latente, dont la psychiatrie ne peut méconnaître la réalité.TIy a donc à s'interroger sur l'absence de neutralité de pratiques qui seront toujours celles du refus de l'autre, du sujet souffrant, des pratiques de préservation.

30

Structurellement Î1lterventionniste, la structure psychiatrique ne peut pleÎ1lement assurer sa mission clinique puisqu'elle n'est pas en mesure de résoudre les contradictions entre celle-ci et la gestion d'un Î1ltolérable social. Reste à souligner la convergence entre les thèmes du vécu psychotique et la configuration sociale, défavorable, mais fi perd mÎ1limisée. Évaluant la pathologie, fi l'opérateur psychiatrique ici de sa rigueur dès lors qu'il doit aussi retenir les pressions sociales qui renforcent et légitiment en partie l'Î1ltolérable. MédecÎ1les de poÎ1lte ou d'assistance? Les psychiatries ne seraient-elles, comme l'explique L. Vechaegen, qu'un travail de synthèse, adapté à chaque cas, où à l'empirisme s'associerait la nécessaire présence d'une idéologie préventive du risque.1

C'est celle-ci qui paraît, en dernier ressort, s'imposer à la clinique de la souffrance subjective. L'Î1ldividualisation, l'originalité du cas clinique ne sont plus préservées puisqu'il y a nécessité d'approches généralisantes, globales, moins précises mais que la commande sociale justifie.

5 - NECESSITE D'UNE CLINIQUE DECWISONNEE.

L'approche clinique ne saurait donc être isolée et abstraite. Aux éléments psychopathologiques s'associent des données conjoncturelles, situationnelles, détermÎ1lantes. Le travail clÎ1lique et psychothérapique doit aussi porter attention aux conflits sociaux, à l'impossibilité, pour le sujet, de vivre un quotidien porteur de menaces et de destruction qu'il est difficile de délimiter objectivement. psychose n'est jamais une clinique, fi Î1l abstracto fi, soit une démarche Î1ldividualisante, uniquement consacrée à une hypothétique

Nous Î1lsstons, à nouveau, sur l'idée que la clinique de la i

1 Verhaegen L., Les p~chiatries, Cabay, Louvain, 1985, p.223-239.

31

subjectivité, séparée des incidences sociales. Appliquée à la psychose, cette démarche dessaisit le sujet de toute intentionnalité sociale, le sépare dans un registre de processus psychiques. Mais le sujet psychotique ne serait plus ainsi sujet social mais exclusivement un sujet" psychique" déstmcturé, régressif. La perspective clinique nécessite d'étudier la relation entre la désorganisation psychique et les sollicitations insupportables d'un environnement social. A la différence de points de \Ille théoriques, abstraits, il est possible d'envisager la souffrance et la dynanlique psychotique dans une perspective extensive, décloisonnée. Saisir la signification générale de l'épreuve psychotique de la souffrance revient à envisager une mpture de la perception de la réalité sociale et, à partir de là, la revendication par le sujet d'rul nouvel ordre du monde. Telle reconstmction psychotique, telle interprétation délirante, si elles apparaissent inexplicables, sont cependant en relation avec une expérience vitale. Les modalités de celle-ci sont encore dépendantes de supports sociaux et d'une impression de disparition. C'est cette expression qui domine, argumentant un nouveau mode d'être au monde dont la réalité est fragmentée. La souffrance et la dérive psychotique correspondent alors à une inlpuissance, à un manque, à une tentative de défense et de réaménagement. Domine une épreuve de la disparition qui, intolérable, inlpensable, commande l'émergence d'une transfoffilation psychotique. Celle-ci dépend d'une nocivité du monde dont la verbalisation n'est pas recevable puisque formulée en ternIes excessifs et délirants. L'expression du syndrome psychotique n'apparaît pas comme une pathologie psychique artificiellement détachée des lieux oÙ vit le sujet. Ceux-ci accréditent la souffrance, ont souvent un rôle mortifère non négligeable. La rupture psychotique est aussi une réponse à des configurations d'annulation symbolique, de refus. Analyser celle-ci permet de comprendre l'émergence du processus, l'insurmontable épreuve originaire. C'est aussi prendre en compte des mécanismes complexes de dénégation, l'impossibilité pour le sujet à y opposer une révolte cohérente et compréhensible.

32

Le décloisonnement de la clinique doit associer à l'étude de la déstructuration de la personnalité l'idée d'un manque et d'un irrecevable liés au fonctionnement social. Si la souffrance psychotique n'est pas sans motif, si elle est argumentée sous la forme de délire, l'analyse de la conjoncture précipitante est aléatoire. C'est l'écoute du discours, des thèmes, qui permet, seule, d'essayer de repérer ces points de rupture, les lignes de fracture. Ce qu'il faut envisager comme survie délirante, à partit d'une idéalisation manquée du social et des objets perdus, n'est pas sans rapport avec ce qui transparaît comme étant un véritable interdit de V1vre. La psychose n'est pas uniquement une maladie de la subjectivité, elle doit aussi s'envisager à partit d'effets sociaux perçus et réinventés par le sujet comme démesurément conflictuels. Blocage et rupture sont le destin psychique, une dérive, surgie à partir d'un impraticable social et d'une opacité à la reconnaissance d'un désir' qui sont aussi une réalité clinique difficile à saisir. TIs'agit donc de reconnaître une forme particulière de réponse autodestructrice aux désaveux exercés par le social à certaines exigences complexes. Celles-ci s'avèrent insoutenables, sont annulées, retranscrites en pathologie psychotique. La souffrance qu'elles entraînent n'est plus retenue que sous une forme dichotomique, différente, manichéenne, inaccessible. TI reste toutefois un support concret que le sujet réinterprète en fonction de ses croyances et de l'artificialité du délire. La psychose suppose une rupture des liens, un échec relationnel en grande partie irrémédiable. TIy a à la saisir non pas comme une pathologie identifiée et circonscrite mais comme la modalité d'un nouvel échange d'une tension manquée au social.
TIn'est pas, en ce sens, satisfaisant de dissocier la clinique du sujet de ses multiples interférences et réseaux sociaux qui imposent le syndrome et le mettent en scène. Comment pourtant préserver un tel équilibre qui permette l'écoute du sujet sans qu'il soit occulté par le poids du réel social ?

33

La notion de décloisOtmement de la clinique exige une étude, malaisée, mais rigoureuse des institutions. Elle doit aussi interroger les phénomènes réducteurs ainsi que de multiples approximations qui contribuent progressivement à vider la clinique de .son sens intrinsèque. Gestion du risque et pratique sociale s'imposent donc aux dépens .de l'exigence psychopathologique théorique, comme l'explique R. Castel1.
Elles nécessitent une interrogation de fond sur les demandes sociales (et politiques) ambiguès rapportées aux sujets psychotiques et, au-delà, à ce que ceux-ci cristallisent comme violence diffuse. Partir de clinique décloisonnée revient au fond, à passer de l'abstrait au concret d'épreuves insurmontables et de dépossessi~ns que le sujet psychotique ressent avec une extrême et définitive acuité. Elle a été exposée par M. Fourré qui évoque une clinique des pratiques sociales2. C'est aussi, dans cette perspective, saisir une clinique psycho-sociale de l'indéfinition, de l'incertitude, de la nonreconnaissance de besoins narcissiques. Une clinique décloisonnée s'interrogera sur ce refus de discriminer une réalité sociale réfractaire. La faille schizophrénique témoigne d'un manque à penser un monde où l'étrangeté éprouvée est, indifféremment, celle de soi et d'un monde social parfois violent, souvent ambigu.3 C'est aller jusqu'au terme de l'indifférencié et de la dépersonnalisation impliqués par l'absurde.

1 Castel R., L:lgestirm des risques,Paris, éd. de Minuit, 1981, p.90-91. 2 Fourré M., Les lieux d'acCNeil, éditions, Nice, 1991. Z 3 Amati-Sas S., S'adapter à n'importe fév. 1994, p.197. quoi, in Autrement, L:I Souffrance,Paris, n0142,

34

6 - COMPLEMENTARITE

DES CLINIQUES PSYCHOWGIQUES ET SOCIOWGIQUES

Nous constatons que l'étude de la souffrance psychotique n'est pas accessible au seul registre sociologique. La singularité des processus psychotiques, les défenses mises en œuvre pour soulager la souffrance dépassent l'étude d'une aliénation strictement sociale. La souffrance reste dét~rminée par des exigences pulsionnelles insatisfaites, interdites par la réalité, qui appartiennent originellement à: un ordre psychique. Aux désaveux sociaux correspondent des réponses psychotiques déconnectées, non conformes aux normes. Elles font butée, symptôme et s'entretiennent comme une souffrance non résolutive. L'exigence psychotique n'est pas permise, pas réalisable. Le schizophrène refuse par exemple tout choix, toute pensée précise et efficace. Son histoire psychique et pulsionnelle n'accède plus à une réalité qui devient hostile, dangereuse, car antinomique à ses aspirations. TI ne peut plus traduire une souffrance énigmatique que les signifiants' sociaux ne sauraient accepter. L'imaginaire psychotique démesuré, absolu est en décalage irrémédiable avec la composition et le compromis de l'ordre social. A la recherche de lui-même, de son moi, le schizophrène n'échange plus puisqu'il ne lui est plus rien répondu. La méprise de l'Autre social le renvoie constamment à la production du délire, nécessaire mais stérile. La vie psychique du sujet psychotique ne se structure plus en fonction des acquis et de la reconnaissance de la société, du mouvement de socialisation et de réalisation, sexuelle, partielle. Elle est, par là, fictive, stérile, à rapprocher de la déliaison et de mécanismes mortifères de destruction. Le conflit du sujet psychotique est alors éprouvé comme une opposition totalitaire où la dialectique individu, société est faussée. Par exemple, ici, l'autobiographie du cas Schreber traduit-elle une opposition imaginaire à un ordre social sexuellement insatisfaisant.l

1 Freud S., Le cas Schreber, in Cinq P!ychaw.z!yses, Paris, PUF, 1973.

35

Le sujet psychotique ne peut plus aménager sa relation psychique au social: elle ne saurait se déchiffrer puisqu'elle est dans la continuité d'un délire dont la ftxation originaire est, pour l'essentiel, perdue. (Origines, voies d'entrée dans la psychose) Cette émergence de la psychose fait se poser une interrogation sur la régression. Elle échappe et ne peut se travailler comme la névrose peut l'être dans la cure. Cette" psychose naissante"l s'évoque, cliniquement, comme une destruction" psychique" à laquelle répondent initialement des indicateurs sociaux antithérapeutiques (police, etc .). La psychose, surtout dans sa forme schizophrénique, marque la fin d'une relation dialectique. Elle définit une clinique de l'affrontement au social, des ultimes réponses et défenses ~anifestées par le sujet. La médiation, l'intégration sociales se perdant, le sujet disparaissant, s'engage une survie psychique dont l'expression n'autorise plus de compromis ou d'intériorisation de la norme. Les échanges sociaux sont déséquilibrés. Le sujet n'évolue plus que dans l'excès, toujours proche de la violence et de la mort, terme obligé de la souffrance psycho-sociale. Le rejet adressé, concrètement, au sujet psychotique rend souvent illusoire toute dimension sociothérapeutique. Sa souffrance est globalement interdite. C'est pris dans un enchaînement social qui lui échappe qu'il accentue et amplifte l'expression de sa souffrance et de son discrédit. Confondu, dans une certaine mesure, avec l'expansion sociale de son délire, le sujet psychotique perd donc identité et individualité pour s'engager dans une lutte psychique déréalisée, abstraite. TI n'y a plus intégration d'un rapport psychique et social à la réalité~ adaptation, médiation, compromis mais une inaptitude à penser les conditions d'une appartenance sociale" ordinaire". Le sujet psychotique ne délire donc pas exactement dans l'abstrait, le métaphysique, l'irrationnel mais en tant qu'individu biologique, concret, qui essaie d'inventer un nouveau rapport à partir de son histoire psycho-sociale réfutée.

1 Cf. Grivois, Naître à lafolie, Paris, Delagrange éd., 1991.

36