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Sous le ciel de Naples

De
196 pages

C’était par une belle après-midi du mois de novembre dernier.

Le train roulait entre les derniers escarpements des Apennins, se dirigeant vers Naples, où il devait arriver en moins d’une heure. La température était d’une douceur printanière ; et, malgré la saison avancée, les vitres des portières étaient grandement ouvertes.

Le ciel était d’une pureté parfaite. Pas un seul nuage dans l’air. L’atmosphère — cette atmosphère si claire, si transparente qui fait l’admiration de l’homme du Nord voyageant dans le sud de l’Italie — permettait à l’œil émerveillé de distinguer tous les détails, si infimes fussent-ils, du paysage qui se déroulait de chaque côté de la ligne.

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Johan-Gavre

Sous le ciel de Naples

A MON EXCELLENT AMI

 

M. MICHEL-ANGE VACCARO

 

Avocat à Rome

 

Je dédie affectueusement ce livre.

 

J.G.

PREFACE

*
**

Mon rêve — un rêve ayant tous les caractères d’une véritable obsession — a toujours été, depuis que je suis capable de penser, de pouvoir visiter un jour l’Italie et la Grèce.

C’est la incontestablement la conséquence de mes études classiques.

Mes maîtres, en effet, m’ont tellement parlé de l’antiquité, m’ont tellement vanté les belles actions et les beaux exploits des hommes et des héros qui ont vécu plusieurs milliers d’années avant nous. que je n’ai pu faire moins que de désirer parcourir plus tard, lorsque je serais devenu homme, les lieux décrits par les historiens et les poètes des vieux âges.

Et le soir, à l’heure où le jour n’a pas encore disparu et où la nuit n’est pas entièrement venue encore, je me plaisais, au collège, à évoquer par la pensée le temps où mes auteurs préférés écrivaient leurs œuvres immortelles.

 

Je voyais tout au loin, là-bas, au fond de ma pensée, les puissants remparts, faits de gros blocs de pierre, des cités antiques. Entre ces murs, circulait une population bariolée bien différente extérieurement de la nôtre : à côté du sénateur à la longue barbe blanche, passait le patricien dédaigneux qu’escortait une foule de clients ; là, le jeune éphèbe, revêtu de la robe prétexte, hâtait le pas pour assister à quelque harangue de Cicéron, de Démosthène ou d’un autre orateur célèbre ; plus loin, des soldats romains ou grecs, le casque en tête, la lance au poing, frappaient de leur pas cadencé le pavé des rues. La matrone à l’allure grave et hautaine, se dirigeait lentement vers quelque temple, où elle allait implorer en vain assurément une des nombreuses divinités du paganisme. Et, pendant ce temps, une multitude de gens du peuple, de plébéiens et d’esclaves remplissaient les airs de leurs cris et de leur rumeur sourde.

 

Tout cela vivait, s’agitait sous le chaud soleil de l’Italie ou de l’Attique, tandis que les cigales chantaient à la cime des oliviers sur les bords de l’Illisus ou du Tibre aux reflets flavescents.

 

Je voyais défiler ainsi devant moi, tantôt Rome et tantôt Athènes, tantôt Sparte avec ses rudes guerriers et tantôt Capoue avec ses habitants amollis par la paresse et le luxe. Les plaines — des plaines que je n’aurais su placer en aucun lieu géographique — m’apparaissaient parfois couvertes de guerriers armés de boucliers et de longues lances ; et des javelots innombrables traversaient les airs entre les armées combattantes. C’étaient, sans doute, des héros grecs et des héros troyens luttant, sous les murs d’Ilion, pour la possession de la belle Hélène, tandis que des divinités descendaient de l’Olympe pour les protéger et pour leur apporter les armes fabriquées pour eux au fond des noires forges de Vulcain.

 

Tous ces souvenirs de l’antiquité revenaient en même temps devant mes yeux éblouis ; et c’était une suite ininterrompue de tableaux divers qui se succédaient rapidement les uns aux autres, qui se mêlaient, qui se pénétraient mutuellement. Et peu à peu, tout devenait vague et indistinct et se terminait par une sorte d’embrasement général de l’atmosphère, espèce d’apothéose sublime où disparaissaient toutes les réalités terrestres, toutes les souffrances et toutes les misères de l’humanité.

 

Il m’a été donné dernièrement de réaliser une partie de mon rêve : j’ai visité l’Italie.

 

Mais, faut-il le dire ? toutes ces belles évocations des âges passés se sont évanouies comme une vaine fumée dès que j’ai mis les pieds sur le sol de la péninsule.

 

Turin, Milan, Florence, sont des villes remarquables sous bien des rapports ; mais elles sont en tout semblables aux nôtres. Venise, bâtie au milieu de la mer, ressemble à une ville inondée. Rome elle même, à part quelques ruines lamentables, souvenirs bien ternes des temps antiques, a le cachet d’une cité moderne. Seuls, quelques arcs de triomphe bien conservés, le Panthéon d’Agrippa, le Colisée, la colonne Trajane et la colonne Antonine, sont encore debout pour attester la grandeur de la Rome ancienne.

 

Il faut, par suite, un effort d’imagination relativement considérable pour entrevoir le passé au milieu de ces ruines déplorables. Puisqu’il est difficile de reconstituer avec exactitude ce passé, il vaut mieux se rattacher au présent et chercher à voir les beautés naturelles de l’Italie moderne.

 

C’est dans ce but que je me suis dirigé vers Naples. Et je n’ai pas eu à me repentir d’avoir entrepris ce voyage.

 

Si la ville de Naples ne présente en soi rien de bien caractéristique, il faut reconnaître qu’elle est placée dans le plus beau site que l’on puisse imaginer, sous le plus beau ciel du monde.

 

On ne peut rien concevoir de plus délicat, de plus pittoresque, de plus charmant et de plus délicieusement agréable que ce golfe de Naples avec ses rives bordées de villes et de villages aux blanches maisons, de forêts d’un vert sombre tranchant avec les nuances changeantes du ciel et de la mer. de jardins plantés de citronniers et d’orangers. ces arbres aux fruits d’or qui semblent ne devoir pousser que dans le pays du rêve.

 

A côté du golfe s’élève, comme s’il sortait du sein des flots, le Vésuve, ce volcan aux formes arrondies et gracieuses, aux flancs recouverts d’une végétation luxuriante, qui cache dans son sein, sous son bel aspect extérieur, la désolation et la mort.

C’est à ses pieds que se trouvaient les deux villes d’Herculanum et de Pompéi que, dans un moment de colère, ce monstre engloutit sous un linceul de cendres et de scories incandescentes.

 

Le voyageur moderne aime à faire l’ascension du Vésuve, et se plait, dès qu’il en est descendu. à visiter les ruines presque intactes de Pompéi, sa victime. C’est là, en présence de ces monuments anciens, qu’il peut se faire une idée aussi exacte que possible de ce qu’était une cité antique.

 

C’est par là qu’après avoir visité Naples et parcouru tous ses environs : Pouzzoles, Ischia, Procida, Capri, la Grotte d’Azur, Sorrente et Castellamare, c’est par là, dis-je, que j’ai terminé mon voyage en Italie. J’ai emporté ainsi un souvenir fidèle de ce lieu enseveli sous les cendres du Vésuve ; ce qui m’a permis, une fois rentré en France, de reprendre mes rêves d’autrefois et de faire revivre dans ma pensée, telle qu’elle existait il y a dix-huit cents ans, une véritable ville romaine, avec sa population romaine, avec ses temples, son forum, son amphithéâtre, ses bains publics, etc.

 

Tout ce que j’ai vu dans ce ravissant paysage de Naples et de ses environs m’a tellement impressionné que je n’ai pu résister au désir de décrire ce qui a frappé mes regards et de raconter les péripéties de mon excursion dans ce délicieux recoin de la terre italienne.

 

C’est de là qu’est né mon volume : Sous le Ciel de Naples, que je publie aujourd’hui.

SOUS LE CIEL DE NAPLES

Ce pays n’a pas d’égal au monde.

P.-L. COURIER (Lettres).

CHAPITRE PREMIER

*
**

C’était par une belle après-midi du mois de novembre dernier.

Le train roulait entre les derniers escarpements des Apennins, se dirigeant vers Naples, où il devait arriver en moins d’une heure. La température était d’une douceur printanière ; et, malgré la saison avancée, les vitres des portières étaient grandement ouvertes.

Le ciel était d’une pureté parfaite. Pas un seul nuage dans l’air. L’atmosphère — cette atmosphère si claire, si transparente qui fait l’admiration de l’homme du Nord voyageant dans le sud de l’Italie — permettait à l’œil émerveillé de distinguer tous les détails, si infimes fussent-ils, du paysage qui se déroulait de chaque côté de la ligne.

Les rochers aux sommets violacés qui couronnaient les sommets des montagnes paraissaient si rapprochés de nous, par suite de la diaphanéité idéale de l’air, qu’on croyait pouvoir les atteindre avec la main.

La végétation dans ces gorges sauvages était maigre, comme honteuse, elle si délicate, de se trouver au pied de ces cimes qui la dominaient de toute leur taille monumentale.

Cependant, par moments, de chaque côté de la voie se montraient à nos yeux ravis des haies composées d’aloès et de cactus gigantesques. Habitués à voir, sous notre sombre ciel du nord, ces plantes végéter pauvrement dans des serres, nous ne pouvions pas détacher nos regards de cette puissante manifestation de la flore méridionale.

Au fond de la vallée, à droite et à gauche de la voie, se voyaient quelques champs presque incultes où des hommes et des femmes, suant la misère par tous leurs porcs, étaient occupés à déchirer les entrailles de cette terre avare qui suffisait à peine à les faire vivre misérablement. Quelques ânes étiques — toute la fortune de ces malheureuses gens — tondaient l’herbe rase et menue qui poussait dans ces lieux désolés, paraissant d’autant plus désolés qu’ils se trouvaient sous un ciel admirable.

Et le train roulait toujours : la machine faisait entendre ses halètements de bête sauvage en lutte contre les éléments ; nos oreilles étaient assourdies par ce bruit de ferraille caractéristique des convois de chemin de fer en marche et par ce grondement sourd et monotone de tout l’ensemble, dont le bruit était multiplié par les échos d’alentour.

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