Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 13,99 € Lire un extrait

Téléchargement

Format(s) : EPUB

avec DRM

Souveraineté, Droit, Gouvernementalité

De
263 pages
Que faire de la souveraineté, d’une idée de la souveraineté qui semble sortir plus dense de toutes nos tentatives pour nous en débarrasser ? Ne devons-nous pas plutôt l’effriter de l’intérieur, depuis son caractère absolu, exclusif, purement théorique, depuis son indifférence, depuis sa suffisance, pour comprendre qu’elle se joue en fait toujours dans le repli et la négation, qu’elle est d’abord un signe de faiblesse. L’analyse de la construction du principe de souveraineté et de sa mise au centre du politique à l’aube des Temps Modernes nous montre en effet une souveraineté essentiellement inquiète d’elle-même et n’ayant de sens que dans cette inquiétude, dans le projet de signifier, à l’encontre de Machiavel, que le politique peut être à l’abri de la variation et de la division. Cette souveraineté-là, dont on peut suivre pas à pas la construction dans les textes de Bodin, se révèle avant tout dans les relations de manque et de repli qu’elle doit entretenir avec le droit et le gouvernement.
Voir plus Voir moins
Thomas Berns
Souveraineté, droit et
gouvernementalité
Lectures du politique moderne à partir de Bodin Que faire de la souveraineté, d’une idée de la souveraineté qui semble sortir plus dense de toutes nos tentatives pour nous en débarrasser ? Ne devons-nous pas plutôt l’effriter de l’intérieur, depuis son caractère absolu, exclusif, purement théorique, depuis son indifférence, depuis sa suffisance, pour comprendre qu’elle se joue en fait toujours dans le repli et la négation, qu’elle est d’abord
un signe de faiblesse. L’analyse de la construction du principe de souveraineté et de sa mise au centre du politique à l’aube des Temps Modernes nous montre en effet une souveraineté essentiellement inquiète d’elle-même et n’ayant de sens que dans cette inquiétude, dans le projet de signifier, à l’encontre de Machiavel, que le politique peut être à l’abri de la variation et de la division. Cette souveraineté-là, dont on peut suivre pas à pas la construction dans les textes de Bodin, se révèle avant tout dans les relations de manque et de repli qu’elle doit entretenir avec le droit et le gouvernement. Thomas Berns, philosophe, travaille au Centre de philosophie du droit de l’Université Libre de Bruxelles.
EAN numérique :997788--22--77556611--0055992-15-8 EAN livre papier : 9782915280869www.leoscheer.com
Thomas Berns
© Éditions Léo Scheer, 2005
Thomas Berns
Souveraineté, droit et gouvernementalité
Lectures du politique moderne à partir de Bodin
Editions Léo Scheer
Non & Non Collection Philosophie dirigée par Catherine MALABOU
LIMINAIRE
Si quelque chose de la souveraineté et dans la souverai-neté doit justifier son dépassement, tout en formant le cœur de celle-ci et en étant sa meilleure arme pour résister à toute tentative de dépassement, c’est son caractère réso-lument sommaire, qui mêle pauvreté et suffisance. Sa pau-vreté s’affiche le plus ouvertement chez ceux-là mêmes qui, soucieux d’une paix vraiment perpétuelle (Emmanuel Kant, dansVers la paix perpétuelle) ou d’une humanité de l’homme qui ne soit pas sujette aux frontières (Hannah Arendt, « Le déclin de l’État-nation et la fin des droits de l’homme », dansLes Origines du totalitarisme), semblèrent vouloir la dépasser et ne purent se résoudre qu’à la contourner pour le simple motif que la souveraineté serait quand même indéfectiblement à la mesure de l’homme et de la diversité, par une sorte d’évidence indémontrable.
7
Souveraineté, droit et gouvernementalité
Sa suffisance ressort quant à elle, on ne peut mieux, du geste magistral de Michel Foucault qui nous enjoint expli-citement de nous en détourner pour saisir la réalité du pouvoir : et quand ce dernier se dévoile au travers des mul-tiples relations de gouvernement, de discipline et de contrôle, il ne semble vraiment plus rien pouvoir rester de positif du côté de la souveraineté par-delà ce que Charles Loyseau appellera dans sonTraité des Seigneuriesen 1608 le « comble [...] de puissance où il faut que l’État s’arrête et établisse ». La souveraineté se réduirait à cette nécessité d’arrêter. Purement théorique, négative, mortifère, elle se satisferait de sa propre répétition, telle cette autorité de la loi dont Montaigne affirme qu’elle consiste dans le fait qu’on ne peut obéir justement à la loi que parce qu’elle est la loi. La vie serait nécessairement autre part (et pour Montaigne le premier !). Mais en même temps, la souveraineté est aussi toujours nécessairement plus que cela, plus qu’un simple liminaire, 1 plus que le premier mot, balbutiant et balbutié , du poli-tique. Ou plutôt : aussi suffisante, nécessaire et simplement liminaire qu’elle tente d’être, elle ne peut toutefois jamais l’être totalement, elle n’a jamais été le liminaire de « n’im-porte quoi ». On ne peut pas entamer le politique, c’est-à-direagirdans les limites du politique moderne tel que centré sur la souveraineté, en se contentant de considérer qu’il nie la passivité du passif qui aurait empêché cette action, et donc en pensant la souveraineté de manière à la fois totalement première et totalement négative.
8
Un pour Un
Permettre à tous d'accéder à la lecture
Pour chaque accès à la bibliothèque, YouScribe donne un accès à une personne dans le besoin