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Stéréotypage, stéréotypes

De
297 pages
Que les stéréotypes soient utiles voire indispensables pour le confort de la communication entre membres d'une même communauté culturelle, comme le pensent certains ou qu'il faille les dénoncer, pour d'autres, en raison de leur nocivité intra et intercommunautaire, leur prégnance et leur impact sont tels qu'ils constituent, pour les sciences de l'homme et de la société dans leur ensemble, des objets d'étude dont l'intérêt n'a cessé de se confirmer durant ces dernières années.
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Stéréotypage, stéréotypes: fonctionnements ordinaires et mises en scène
TOME1
MÉDIA(TISATION)S

@ L'Harmattan, 2007 5-7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005 Paris http://www.1ibrairieharmattan.com diffusion.harmattan @wanadoo.fr harmattanl @wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-02959-0 EAN : 9782296029590

Stéréotypage, stéréotypes: fonctionnements ordinaires et mises en scène
TOME
MÉDIA(TISA
1

TION)S

Actes du Colloque International de Montpellier
(21, 22 et 23 juin 2006, Université Montpellier III)

Publiés sous la direction de
Henri

Boyer

Avec la collaboration de Carmen Alén Garabato, Ksenija Djordjevié, Mariana Negru, Eléonore Yasri-Labrique

L'Harmattan

Présentation
Les représentations partagées, qu'elles soient qualifiées de collectives, sociales ou (socio)/inguistiques, manifestent une tendance inéluctable au stéréotypage (ou à la stéréotypie). Les stéréotypes, comme structures socio-cognitives, peuvent donc être considérés comme les produits, toujours disponibles au sein des imaginaires des communautés culturelles, de ce processus de figement représentationnel. Qu'ils soient utiles, voire indispensables pour le confort de la communication entre membres de ces mêmes communautés, comme le pensent certains ou qu'il faille les dénoncer, pour d'autres, en raison de leur nocivité intra et intercommunautaire, il n'en est pas moins vrai que leur prégnance et leur impact sont tels qu'ils constituent, pour les sciences de l'homme et de la société dans leur ensemble, des objets d'étude dont l'intérêt n'a cessé de se confirmer durant ces dernières années, comme en témoignent de nombreux ouvrages, individuels ou collectifs. Le Colloque international de Montpellier: "Stéréotypage, stéréotypes: fonctionnements ordinaires et mises en scène", qui s'est déroulé du 21 au 23 juin 2006 à l'Université PaulValéry, a donné lieu à une riche confrontation des approches du stéréotypage et des stéréotypes produites dans divers champs disciplinaires: les sciences du langage (sociolinguistique, sémiotique) analyse du discours) et la didactologie des langues-cultures; la psychologie sociale, la sociologie et l'ethnologie; la politologie et les sciences de l'information et de la communication ou encore la sociocritique, l'analyse littéraire et l'étude des discours cinématographiques... Aussi, les contributions à ce Colloque rassemblées ici, de par l'hétérogénéité des angles d'attaque, des corpus traités et des préoccupations théoriques et méthodologiques ont permis de mettre parfaitement en évidence, au sein de productions discursives très variées où le stéréotypage est à l'œuvre, les modalités de fonctionnement, discret ou spectaculaire, des stéréotypes et les enjeux de tous ordres dont ils sont investis. Il a fallu gérer une certaine dispersion des objets et des perspectives, bien que la centration sur la problématique visée soit incontestable: nous avons opté dans l'organisation du Colloque pour une distribution en cinq ateliers qui, même imparfaite, permettait d'utiles regroupements. La composition de ce~ Actes en cinq Tomes reconduit cette distribution. L'exercice n'a pas été toujours aisé et il est évident que certaines communications auraient pu figurer dans une autre section que celle qui a été en définitive choisie. Par ailleurs chacune des trois conférences données en séance plénière s'insère dans l'un des cinq tomes, selon sa dominante. Aussi discutable soit-il, l'édifice nous semble bien présenter les lignes de force de la recherche actuelle sur le stéréotypage/les stéréotypes.

7

Ainsi,
ordinaires

les questionnements spécifiques, concernant aussi bien des fonctionnements

que des mises en scène, prennent place dans l'un des cinq ensembles publiés, dont on trouvera l'intégralité des sommaires dans les pages qui suivent:

- C'est

du vecteur

médiatique

qu'il est question

dans

le Tome

1: Média(tisation)s,

du

stéréotypage et des stéréotypes comme phénomènes communautaires, à propos desquels les médias ont une responsabilité particulière, dans les sociétés médiatisées. - Le stéréotype est lié fonctionnellement à la catégorisation: qu'elle soit groupale, sexuelle, sociale..., intra ou intercommunautaire, qu'elle soit ou non stigmatisante. C'est de la
construction, de la (re)production de l'/des identité(s) que traite le Tome 2: Identité(s). aux traitements du stéréotype dans - Le Tome 3: Education, Ecole, Didactique est consacré

le domaine éducatif et l'enseignement/apprentissage

dans un secteur particulièrement des langues-cultures.

exposé:

celui

de

- Le stéréotypage concerne aussi les langues, dialectes et autres parlures: les stéréotypes habitent les discours épilinguistiques. Les stéréotypes fonctionnent également, sur le mode

dialogique,dans les interactions,au sein des actes de communication: Tome 4: le
Langue(s), Discours accueille ainsi les interventions traitant de langue, de langage et de communication. - La création artistique (sous ses diverses modalités), si elle n'a pas le même rapport aux stéréotypes que les médias, n'en est pas moins concernée par leur prégnance, la littérature et le cinéma en particulier. Ilen est question dans le Tome 5: Expressions artistiques.

Henri Boyer

8

SOMMAIRES

DES CINQ TOMES

Tome 1: Média(tisation)s H. BOYER: Présentation C. ADINSI, A. ADINSI: La campagne de lutte contre la discriminationde 2001 et ses stéréotypes: Travail et stéréotypage V. BELIAKOV: La représentation stéréotypée des autorités: constructionde l'image à travers des discours médiatiques russes A. BLANCHET: Le cycle figement / défigement d'un stéréotype dans la presse vidéoludique française: le cas du remake V. BONNET: Stéréotypage et éthos dans le commentaire sportif: construction et évolution d'un genre C. CHABROL: Catégorisation de genre et stéréotypage médiatique: du procès des médias aux processus sociomédiatiques M. CHAUQUE: Mises en opinion médiatisées de la « crise des banlieues en France» : construction et déconstruction discursive de l'image stéréotypée des objets conflictuels (octobre/novembre 2005) V. COPPOLA, 0, CAMUS: Le sida dans la presse: du fait à sa représentation C. COURBIERES: Le principe du stéréotypage médiatique de l'image féminine de mode: de La Belle au Bois Dormant à La possibilité d'une iIe

F. DAGHMI:

Les images de « l'immigré»dans la presse française

M.R. DAGOSTINO, E. LEBEL: Métaphoresvisuelleset métamorphosedu stéréotype K. DJORDJEVIC: Violence urbaine: lorsque la presse en parle J.P. HONORE: 2002 : le Japon de L'Equipe. Quelques stéréotypes relatifs au Japon et à la Corée dans le discours sportif V. JULLIARD: Stéréotypes médiatiques et nouveaux modèles: étude des représentations femmes politiques dafls le cadre de la mé~iatisation de la loi sur la parité (1998-2005) E. LEBEL, M. LAVALLÉE, M.E.GIRARD, A. DESCHENEAU: un frein ou une ouverture à la connaissance L. LEVENEUR: alouettes
M. LOPEZ

des

Réceptiontélévisuelleet stéréotypage :

Réflexivitédiffuse et représentations stéréotypée du journaliste: le miroir aux

DIAZ: Stéréotype, reproduction et subversion dans la publicité Publicité et stéréotypes visuels

D. LYSARDO-DIAS: S. MONTANOLA: niveau

Représentations et stéréotypes dans l'image médiatique des boxeuses de haut
dans les news magazines français: la lesbienne-

E. MOREAU: La représentation des lesbiennes mère, vers un nouveau stéréotype? S. PAHUD:

Stéréotypage des identités sexuées dans le discours publicitaire

B. PEETERS:
Fourniret

Le stéréotypage du tueur en série dans un corpus de faitsdivers. Lecas de Michel 9

M. E. PERROT: Nature communauté minoritaire: S. PERROUTY-PERRET: associés aux fragrances

et fonction des stéréotypes linguistiques L'Évangéline de 1887 à 1930 Odeurs et influence de propre, persuasive de fraîcheur,

dans

le discours

de presse

d'une

de douceur...

Stéréotypes

culturels

O. PUL V AR: Le stéréotypage médiatiques

des identités

collectives

minoritaires:

dérives

identitaires

et dérapages

E. Y ASRI: « Une porte qui s'ouvre»

: quand

les journaux

français

mettent

en scène la Turquie...

Tome 2 : Identité(s)
S. BAILLY: G. BUDACH, Sexotypes langagiers et communication M. RICHARDS: Bison, feuille d'érable et fleur de lys du

C. MOISE,

A. DUCHENE, existent-ils

Canada:

les stéréotypes Processus P.A. MALLET:

toujours? croisée du Maroc chez dans les jurés l'iconographie des brochures touristiques:

S. CAILLAUD: P. CAILLE, T ypage

de catégorisation La Construction

et / ou Stéréotypage Stéréotypes pour et autonomisme: du Jura étude (Suisse) entre : Une discursif attribution représentation et démarcation sociale nom symbole sociale de l'enseignant universitaire: du monde chinois des représentations sociolinguistiques dans le

S. COTELLI: combat mené

l'indépendance

C. DA YER: S. DREYER: F. DUFOUR: E. GOUABAUL L. JEANNEAU, Influence

Stéréotypes

et homosexualité: romantiques»

« Les Français Le « Sud

», un stéréotype Stéréotype,

qui ne dit pas son

T: Le dauphin; N. ROUSSIAU: 'Idéal/Réel'

« contre-stéréotype», et Représentation

Stéréotype

du thêmata

A. LACHKAR: discours 'très'

Stéréotypes spécifique

de pensée

et stéréotypes

de langue:

Réflexion

sur le contenu

lexical

d'un

J.L. LEONARD:
guatémaltèque S. LOSA: cas d'un

Archétypes,
comme

prototypes,
révélateur

hypotypes,
identitaire.

antétypes
Analyse d'un

et stéréotypes:
discours oral

la situation
en interaction: le

Le stéréotype entretien

sociolinguistique intergroupes masculins vs féminins. Contexte professionnel et domination

P. MOLlNER:

Stéréotypes

masculine A. MORIN:
maghrébine N. PEPIN:

Se démarquer
Stéréotypes

de l' « arabe de service»,
en politique Eléments

Les candidats
de l'identité

issus de l'immigration

face à leur stéréotype

en interaction. turque»

d'une grammaire français et discours

V. PRICOPIE: B. RAFONI: stéréotype
J.B. RENARD:

La « Provocation « Sacrés

Stéréotypes

et roumains ordÎnaÎre

su l'Autre de l'Europe dans une littérature du

Français»,

méta-images

Le rôle des portraits

contrastés

dans

la formation

des stéréotypes

10

C. SCHURDEVIN-BLAISE: Les représentations de l'Indien dans les manuels scolaires et leurs enjeux dans la construction identitaire nationale du Chili de la fin du XIXe siècle - début du Xxe P. SIBLOT: Implicites d'une stéréotypie de la formation discursive coloniale relative à l'Algérie A. STERGIOU: Stéréotypes et discrimination: le cas des Albanais en Grèce et l'enjeu éducatif M. SUQUET: Les compétences féminines ont-elles un sexe? Stéréotypes et compétences masculines et

T. TREFAULT: Tsiganes et culture tsigane, dénominations, représentations et stéréotypes R-M. VOLLE: Les stéréotypes sur les Roms en Roumanie des discours médiatiques aux discours « ordinaires» : Position du sujet et mots des autres U. WINDISCH: Les représentations sociales ne naissent pas "hors sol" : l'exemple de l'immigration en Suisse
M. ZERV

A: Le rôle des stéréotypes

dans la construction

identitaire : une étude de cas

Tome 3: Education, Ecole, Didactique H. BaYER: Présentation K. AIT DAHMANE: La langue française en Algérie: Stéréotypes interculturels et apprentissage en contexte bilingue N. AUGER, P. DALLEY,S. ROY: Stéréotypes et stéréotypages de la diversité linguistique en classe de français langue seconde et minoritaire M. BENTO: Stéréotypes de la langue orale dans les ensembles pédagogiques de Français langue étrangère en Europe P. BOURDIER: Stéréotypes et manuels scolaires actuels: l'exemple du cinéma dans l'enseignement du français S. CLERC: La représentation des langues et de la France chez les élèves nouvellement arrivés en France

F. DERVIN,

E. SUOMELA-SALMI: des représentations et stéréotypes dans l'apprentissage du Rôle

français au niveau universitaire J-L. OUFAYS: Stéréotyper, suspendre, rouvrir: le chantier sans fin de la lecture et de l'apprentissage M. EISL: Représentations et stéréotypes à l'œuvre dans la classe de langue: pistes didactiques à l'exemple des regards croisés France-Autriche P. GARDIES: Stéréotypes et interculturalité: pistes pédagogiques G. IOANNITOU: L'impact des stéréotypes sur l'action parentale en ce qui concerne leur politique linguistique et éducative F. ISHIKAWA:Articulation entre la transmission du savoir et le stéréotypage en classe de langue: analyse interactionnelle du stéréotype dans le discours didactique A. JARLEGAN, Y. TAZOUTI, A. FLIELLER:Stéréotypes de sexe, attitudes et performances scolaires des élèves à l'école primaire A. KACPRZAK:Le stéréotype en tant qu'instrument de la propagande

11

B. KERVYN: Les phénomènes de stéréotypie: essai d'outillagepour la didactiquede l'écriture E. LEMAIRE: L'enseignement de la culture française aux mineurs étrangers isolés: impacts de la stéréotypie sur la construction identitaire de primo-arrivants en situation d'urgence S. LE ROHELLEC: Madagascar Mise en scène ethno-sociolinguistique par le conte: quelques cas d'écoles de

Ch. MORIN-MESSABEL:Logiques scolaires, logiques sexuées à l'école primaire T. NIKOU:L'enseignant de FLE devant un défi: démonter ses stéréotypes vis-à-vis de l'Autre Ch. ROMAIN:L'impact des stéréotypes de la violence urbaine en milieu scolaire J. SAUVAGE: L'image de soi à travers les discours des autres en ITEP

Tome 4: Langue(s), Discours H. BOYER: Présentation S. AL KARJOUSLI: Stéréotypage, stéréotypes et effacement de la polysémie dans la langue arabe S. ANQUETIL:Actes de langage indirects et inférences stéréotypiques H. BOYER: Le stéréotypage ambivalent comme indicateur d'une situation conflictuelle de contact de langues P. CHARAUDEAU: Les stéréotypes, c'est bien. Les imaginaires, c'est mieux

P. DANLER: "Les Italiensdu 20esiècle":relevés de textes politiquessur la base de la sémantique des stéréotypes et de la sémantique des scènes-et-cadres M. DREYFUS: Production et déplacement de stéréotypes en situation d'entretien O. GALATANU: Pour une approche sémantico-discursive du stéréotypage sémantique théorique et de l'analyse du discours I. GONZALEZ à l'interface de la

REY: Les stéréotypes culturelset linguistiquesdes expressions idiomatiques

S. LESENNE: Stéréotypes et culture écrite: la construction de l'identité de lecteur

J.

LONGHI, dénomination

G. E. SARFATI anon, doxa, vulgate: enjeux sociodiscursifsdu stéréotypage dans la C
INTERMITTENT

I. MACHADO: La même représentation de la prostituée dans deux discours culturellement différents: étude du stéréotype dans l'optique de l'analyse du discours M. MARGARITO:De la référence artistique au stéréotype culturel: cartes postales et plaquettes touristiques M. MATTHEY: Est-ce que vous êtes bilingue? Entretien de recherche et stéréotypage bilinguisme M. PESCHEUX: Stéréotypes sémantiques et stéréotypages polyphoniques dans des entretiens d'analyse de pratique discursifs: du

mécanismes

A.H. RHEAULT:

L'utilisation des stéréotypes et des lieux communs dans épilinguistique : vers une approche argumentative des représentations linguistiques

le discours

12

Tome 5: Expressions

artistiques

H. BaYER: Présentation
E. ARGAUD:
un texte

Apprivoiser

la différence

par le stéréotypage

: le recours

à la figure de l'inversion

dans

du XVIe siècle

C. BERTHET

-CAHUZAC:

Le stéréotype

dans

la

comédie

madrilène:

l'exemple

de Asignatura

pendiente
K. BLANCHON: A. BRASSART: J. P. CHAMPSEIX: Les stéréotypes Les homosexuels La construction dans les films de fiction dans le cinéma du stéréotype français: malgaches la fin des stéréotypes à Bécassine dans l'œuvre narrative

du Breton de Chateaubriand mass-médiatiques

P. DECOCK: Polysémie de César Aira R. DE MELLO:

et transformation

des stéréotypes

Les stéréotypes

dans « Enfance» par lui-même: en action:

de Nathalie archétype lecture

Sarraute contre stéréotype dans « Lost in translation» et

J. A. DIAZ: Salvador

Dali surréaliste

S. K. HONG-MERCIER: Stéréotypes « Stupeur et tremblements» L. MULLALY: Subversion des stéréotypes

de l'Autre

dans le cinéma

latino-américain

actuel Petit et Alain Robbe-

G. POTOCNJAK: Grillet : expression F. RIGAT: d'art

Le stéréotype contemporaine terribles

dans les créations de Michel Fano, Arnaud d'une pensée artistique de la perception de l'art moderne: usages et formes

Les enfants

des stéréotypes

dans l'exposition

J. SZLAMOWICZ: du jazz en France

Construction

idéologique

dans

la promotion

culturelle

institutionnelle.

L'exemple

B. T ABUCE: Le Masque et la malentendu sur les stéréotypes A. J. TONYE: J. VERDIER: dégradant Le stéréotype La Vamp

Robe: « La Guerre
élément doxique français

des Demoiselles»,

ou la spectacularisation

d'un

comme dans

dans

la littérature
Trente:

négro-africaine

le cinéma

des années

un stéréotype

fascinant

et

13

Les communications rassemblées dans les cinq Tomes d'Actes ont été présentées au

Colloque international:

Stéréotypage, stéréotypes:
fonctionnements ordinaires et mises en scène Perspectives interdisciplinaires
21, 22 et 23 juin 2006

Montpellier
organisé par l'Atelier de Recherche en Sociolinguistique et d'Etude des Représentations (ARSER, laboratoire DIPRAlANG.EA 739/ Université Montpellier III), en collaboration avec l'UMR 8069 CNRS-Paris V, le CREDAM-ParisIII l'IREC-EA740-MontpellierIII,l'EA737-Montpellier III et avec le soutien du Pôle universitaire européen de Montpellieret du Languedoc-Roussillon et du Conseil scientifique de l'Université Paul-Valéry
Coordinateur: Henri Boyer (responsable Laboratoire DIPRALANG-EA 739/Montpellier de l'ARSER, III) co-directeur du

Comité scientifique. Simone Bonnafous (Univ. Paris XII), Patrick Charaudeau (Univ. Paris XIII), Jean-François De Pietro (IRDP, Neuchâtel), Pierre Fiala (Univ. Paris XII), Montserrat Lopez (Univ. de Santiago de Compostela), Marinette Matthey (Univ de Grenoble III), Pascal Moliner (Univ. Montpellier III), Marie-Anne Paveau (Univ. De Paris XIII), Bernard Py (Univ. De Neuchâtel), Jean-Bruno Renard (Univ. Montpellier III), MichelLouis Rouquette (Univ. Paris V), Uli Windisch (Univ. De Genève), Geneviève Zarate (INALCO, Paris) Comité d'organisation: Henri Bayer, Carmen Alén Garabato, Nathalie Auger, Valérie Bonnet, Ksenija Djordjevié, Patricia Gardies, Jana Ockova, ,. Rose-Marie Volle, Sylvain Delouvée Michel-Louis Rouquette, Catherine Berthet-Cahuzac, Guy Lochard, Pascal Moliner, Julien Vidal.

Secrétariat:
DIPRALANG-EA

Carmen

Alén

Garabato,

Ksenija

Djordjevié

(ARSER-

739 / Montpellier

III)

14

La campagne de lutte contre la discrimination de 2002 et ses stéréotypes. Travail et stéréotypage

Constance ACINSI, Aurore ACINSI
La publicité télévisuelle joue de la mise en scène visuelle et discursive sur les peurs, les désirs, les besoins, les stéréotypes, en résumé sur l'imaginaire collectif. Elle véhicule et façonne des représentations entre les divers groupes sociaux de la société réceptrice. Et elle est le produit de la rencontre de plusieurs milieux de travail, de la conception à la diffusion des scénarii vers les récepteurs. Les trois films de la campagne de lutte contre la discrimination de 2002 sont, comme le dévoile l'analyse sémiologique, des scénarii de stéréotypisation. Dans ces spots, nous pouvons dégager un schéma répétitif dans la représentation du fonctionnement de la discrimination menant aux stéréotypages des catégories: discriminant! discriminé. Il existe ainsi une prégnance des stéréotypes y compris dans cette campagne de lutte contre la discrimination. Mais, ce stéréotypage est aussi le fruit d'un travail de plusieurs acteurs. Le travail rempli sa fonction psychologique s'il permet au sujet de faire partie du monde social fait de règles et d'idéologies communes. A l'inverse, sans règle ni idéologie communes, le travail isole l'individu et le laisse seul face aux différents enjeux de son travail au risque d'une aliénation sociale ou culturelle, selon François Sigaut. De ce fait, la réalisation d'une campagne publicitaire comprise comme l'articulation de plusieurs milieux de travail, permet de comprendre en partie la rentabilité des stéréotypages produits. Dans un premier temps, nous effectuerons l'analyse sémiologique des films de la campagne. Ensuite, nous présenterons le stéréotypage des catégories discriminant! discriminés. Pour finir, nous tenterons de montrer comment ce stéréotypage peut s'expliquer par le rôle du travail pour les différents acteurs de la réalisation de cette campagne.
L'analyse sémiologique de la campagne

Les publicités télévisées sont des discours sociaux ce « qui permet de souligner leur caractère à la fois discursif et social» 1 (Semprini, 1996). Notre analyse est donc sémiologique et étudie les signifiants des messages publicitaires de la campagne. Comme l'explique Martine Joly2, l'image publicitaire demande une analyse s'appliquant à divers niveaux: visuel et verbal. Elle se base ainsi sur les différents composants de l'image télévisée: le message visuel et le message linguistique. Dans le message visuel, deux messages se distinguent:

1 SEMPRINI

Andrea (1996), Analyser la communication, Paris, L'Harmattan, Champs visuels, p. 15
à l'analyse de l'image, Paris, Nathan Université, 15 col1.128

2 JOLY Martine (1993), Introduction

- le message

plastique qui offre une analyse du cadre (champ, hors-champ1), du cadrage (taille de l'image), l'angle de prise de vue et le choix de l'objectif, les couleurs, l'éclairage et le montage.

- le message iconique analyse la mise en scène: disposition des personnages les uns par rapport aux autres, leur gestuel. Son interprétation permet d'analyser les références aux usages sociaux: relations sociales, publiques.... L'analyse du message linguistique détermine la fonction du langage par rapport à l'image. Elle apporte des éléments sur l'image exposée ou offre une information sur le cadre de référence nécessaire pour interpréter l'image et conforter le spectateur dans son interprétation. Ainsi message visuel et message linguistique se mêlent afin de cadrer l'interprétation du téléspectateur. Après une description sommaire du spot, nous présenterons les résultats de notre analyse sémiologique. Les spots de la campagne publicitaire La campagne publicitaire de lutte contre les discriminations de 2002 est une des actions du gouvernement à la Grande cause nationale de 2002: la lutte contre les discriminations. Composée de trois publicités institutionnelles à la stratégie référentielle2, la campagne a été diffusée au mois d'avril 2002 sur les chaines hertziennes. Chaque spot est composé de deux séquences et dure 40 secondes. L'appartement Un homme à la peau noire sonne à l'interphone d'un immeuble. Ilvient pour l'appartement à louer, explique-t-il à la voix féminine qui lui répond et lui indique l'étage. Une porte s'ouvre, c'est une femme à la peau blanche. A la vue de l'homme à la peau noire, elle dit: « Ca va pas être possible! ». Pause. Elle ajoute: « Je viens tout juste de le louer 1» et lui ferme la porte au nez. Musique. L'homme est en gros plan de profil,face à la porte et ne dit rien. Ilfait nuit, une femme court dans la rue vers une pharmacie qui ferme. Elle crie: « S'il vous plait I». Arrivant devant le pharmacien qui baisse les grilles, elle reconnait l'homme auquel elle a refusé la visite. Elle lui dit « S'il vous plait, c'est urgent I» ... Après quelques secondes, le pharmacien soulève les grilles et la laisse pénétrer dans la pharmacie. Elle le remercie. La boîte de nuit Un homme de type maghrébin se voit refuser l'entrée d'une boite de nuit par un vigile à la

peau blanche qui dit: « Ca va pas être possible 1}) alors que ses amis à la peau blanche
viennent de rentrer. L'homme arrêté demande pourquoi. Le vigile lui répond: « C'est une
1

Tout ce qui est

montré

à l'image, à l'aide de l'œil d'une caméra est en cadre « champ ». A l'opposé, tout

l'environnement qui entoure l'image, et qui n'est pas présenté à l'écran est appelé « hors-champ ». 2 La stratégie référentielle et démonstrative (modèle Daniel Ogilivy) s'inspire de la création du copy strat, modèle créatif classique. Le choix est porté sur la valeur informative des qualités du produit ou de la marque, ce qui confère à l'information une fiabilité dans les dires (colle Superglue). La stratégie de création ou copy strat (modèle Procker et Gambie) est positive et se focalise sur les points forts du produit. Elle met en scène la simplicité, sans sous-entendus métaphysiques, car le décryptage sémiologique n'est pas à la portée de tous, même avec une même culture. C'est un message unique et cohérent. MARCENAC Louis, MILON Alain, St MICHELSerge-Henri (2002), Stratégies publicitaires, Bréal, Synergies 16

soirée privée». L'homme arrêté rétorque que ses amis sont rentrés mais le vigile réitère son refus. Musique. L'homme est face caméra devant le vigile et ne dit rien. Un bus quitte son arrêt, un homme court après. Il cogne à la porte du bus. Le chauffeur le regarde et reconnaÎt le vigile qui l'a recalé à l'entrée de la boÎte de nuit. Le vigile le reconnait aussi et le regarde avec supplication... Après quelques secondes, le chauffeur s'arrête. L'homme monte dans le bus. Ille remercie. L'entretien d'embauche Une femme de type maghrébine attend, parmi des femmes à la peau blanche, pour passer un entretien d'embauche. Son tour pour passer l'entretien arrive. Elle rentre dans le bureau. Quand le recruteur, un homme à la peau blanche, la voit il dit: « Euh. Je crois que ça ne va pas être possible! » Pause. Il ajoute: « La place est déjà prise». Musique. La femme est face caméra, face au recruteur hors-champ, et ne dit rien. Un homme est en panne sur le bord de la route, sous une pluie battante. Il arrête une voiture et demande de l'aide à la conductrice. Il reconnaÎt la femme et elle le reconnaÎt. Il explique que sa batterie est à plat. Elle démarre... et s'arrête à côté de sa voiture. Elle sort avec un parapluie. L'homme court vers elle. ilia remercie. La mise en scène des discriminés et discriminants Les trois scénarii se basant sur un même schéma répétitif de construction du message visuel, du message linguistique et de l'histoire, notre analyse des spots se présentera en forme de synthèse de la campagne entière. Dans les spots télévisés étudiés, les références au réel et à l'univers socioculturel français sont présents dans le message visuel à travers le décor et les situations de rencontres dans le monde possible des scénarii. Le téléspectateur français voit son environnement: une cour d'un appartement, une rue, une pharmacie identifiable, en France, par la croix verte, un pharmacien en blouse blanche, un bus, une banlieue... Le téléspectateur retrouve un monde connu à travers le message visuel. Le message linguistique, le slogan, « Sans discrimination la France est plus forte», cadre l'univers de référence d'interprétation. Les trois discriminés, deux hommes et une femme, n'ont pas la peau blanche. Ils présentent bien. Les hommes sont habillés en costume cravate et la femme en tailleur. Ils ont un accent français lorsqu'ils parlent, sont polis et ont un comportement « ordinaire». Ils se trouvent dans des situations courantes de la vie sociale: recherche de logement, accès aux loisirs et recherche d'emploi, où seules des personnes à la peau blanche sont dans la possibilité de leur en donner l'accès. Les discriminés sont selon leur rôle: de potentiels clients: locataire de l'appartement, ({danseur» en boÎte de nuit et candidate à un emploi: propose des services. Ils sont tous en situation de recherche où leurs « interlocuteurs» ont le pouvoir de décision. Nous observons une relation de discriminé/ discriminant. Dans ce rapport de force et de pouvoir, la campagne présente uniquement des personnes à la peau blanche comme discriminant des personnes n'ayant pas la peau blanche dans les trois spots. Dans les trois spots, la compréhension du fonctionnement de la discrimination raciale se fait selon la manière dont le refus est fait au discriminé. Visuellement, chaque discriminé répond par sa tenue, son comportement, son niveau de vie aux critères de sélection qui devraient 17

lui permettre l'accès à ses besoins. Cet accès lui est refusé sans délibération par « Ca va pas être possible! » du discriminant à la seule vue de la couleur de peau de la personne. Paroles, comportements, regards et expressions faciales des discriminants et des discriminés ont pour objectif de faire comprendre l'acte de discrimination au téléspectateur. Le message plastique diffère selon les protagonistes. L'image présentant les discriminants avec un plan américain ou large met une plus grande distance entre ce personnage et le téléspectateur. A l'inverse, l'expression faciale du discriminé est pris en gros plan ou de face en plan rapproché ce qui maximise son expression faciale et le rapproche du téléspectateur qui constate son énervement. Cette image du discriminé qui se contient est renforcée par la bande son qui débute. C'est une musique orientale qui semble renvoyer au rythme du cœur qui bat des discriminés, qui restent silencieux malgré l'injustice. Cela nous semble renvoyer les discriminés à un état primaire et animal et aussi, sans que cela ne soit nécessairement voulu, à l'idée de l'animal/ humain: avec ou non accès à la parole, de sauvage/ civilisé, de race inférieure/ race supérieure comme l'énonce le slogan final avec l'expression: «discrimination raciale». Le refus ne suscite aucune réaction verbale des discriminés. Seul leur corps parle. Ils inspirent et/ou contractent la mâchoire. Cette inspiration et cette contraction sont les signes de leur constat de la discrimination et de la rage qu'ils contiennent. Cet état de colère intérieure est renforcé par la musique orientale, ponctuée de percussions. Par cette musique, il nous apparaît que le discriminé est renvoyé à ses supposées origines géographiques, lieux définis comme sauvages par le colonialisme. Le contact avec la société civilisée a pu lui permettre de se contrôler sans toutefois lui donner accès au langage. De plus, la passivité du discriminé est renforcée par celle des amis et des témoins qui par leur inaction semblent comprendre la situation et l'accepter. Dans les trois situations de discrimination, le message visuel expose la couleur de peau comme phénotype discriminant: les discriminés semblent être originaires de pays ayant été colonisés par la France. Les données linguistiques pour les discriminés sont inexistantes face à la discrimination alors que les discriminants parlent pour leur refuser un droit ou un besoin. Le message iconique est primordial et présente les protagonistes dans des relations de force ou le pouvoir est détenu par les personnes à la peau blanche (porte au nez, main d'arrêt et place de décideur au bureau) et subies par les autres. Dans chaque spot, la séquence se termine sur le visage de la personne discriminée énervée et renfermée. Dans la seconde séquence, les rôles de dominants/ dominés sont inversés. Le discriminé est dans son univers de décision, il a le pouvoir. Cette position de pouvoir et d'action est exprimée avec la musique orientale qui continue depuis la fin de la première séquence. Avec la musique, le téléspectateur rentre dans le monde du discriminé: le client potentiel de l'appartement est dans sa pharmacie, le client de la boite de nuit est dans son bus et la candidate est dans sa voiture. A l'inverse, la supposée propriétaire est cliente, le vigile est usager et le recruteur sont en difficulté. Les discriminants demandent de l'aide. Ils sont dans l'espoir de recevoir un service qui ne leur est pas dû comme le dévoile leur regard de supplication précédé d'un regard de gêne à la vue de leurs anciennes victimes. Les discriminés regardent dans les yeux leurs anciens « inquisiteurs». Après un court instant de réflexion, les gestes des discriminés signifient qu'ils acceptent d'aider les discriminants toujours en silence. Ils font 18

ainsi preuve d'altruisme. Le pharmacien réouvre sa pharmacie à la supposée propriétaire, le chauffeur de bus s'arrête et laisse monter le vigile et la candidate va recharger la batterie de voiture du recruteur. Les discriminants remercient leurs anciennes victimes. Les discriminés usent de la supériorité de leur situation à l'avantage des discriminants. Le slogan et la voix over
Sans discrimination raciale

la France
est plus forte

Les images des spots mettent l'accent sur l'acte discriminatoire et l'aide au discriminant. A l'inverse, le verbal met l'accent sur la France au détriment de l'acte de discrimination et de ses conséquences pénales. Ainsi l'expression « Sans discrimination raciale}) a la plus petite police. L'expression « la France» est placée au centre de l'écran avec la taille la plus importante. Et « est plus forte» vient souligner en deuxième position en terme de grosseur « la France}) en étant placé en dessous tel un trait de soulignement. L'expression « sans discrimination raciale» est reléguée et ne fait pas office d'information centrale comme semble vouloir se définir la campagne. De plus, la voix over qui lit la phrase met l'accent sur « la France est plus forte». Il nous apparaît que les tailles d'écriture supérieures à « Sansdiscrimination raciale}) t l'accent de la voix cherchent ainsi un impact plus important au e niveau de la mémoire et semble noyer l'idée de la non discrimination. Quant au message linguistique verbal final émis par une voix over, il est exclusivement informatif: « La discrimination raciale est un délit pénal passible de 2 ans d'emprisonnement et de 30 000 euros d'amendes}) sur un écran noir où est indiqué: Victimes ou témoins d'une discrimination raciale appelez le 114 Ministère de l'emploi et de la solidarité et son logo Grande cause nationale de 2002 En conclusion, le message plastique à travers les prises de vue, le cadrage et le montage permet de présenter l'environnement socioculturel de la France et les expressions faciales des protagonistes afin que le spectateur interprètent le message publicitaire en fonction de son expérience en tant que membre de la société française et du vécu des personnages. Le message linguistique s'assure de la bonne interprétation de la discrimination subie dans les spots et informe des conséquences d'un tel acte. Quant au schéma narratif unique de la campagne, à travers le message visuel et la musique orientale, il ancre les personnages: discriminé! discriminant dans des phénotypes physiques explicites et conduit à un stéréotypage des personnages à la peau non blanche et blanche. Le stéréotypage de la discrimination dans les films

Nous allons décrire maintenant les actes des personnages pour montrer en quoi le phénomène de discrimination tel qu'il apparaît dans les trois films est un stéréotypage du phénomène de discrimination raciale.

19

L'appartement Une femme

à la peau blanche émet un refus basé sur la peau noire d'un homme.
sociale basique attendue: politesse et respect de la

.
.

Elle est en position de pouvoir Elle ne manifeste pas l'attitude

.
L'homme

personne: demande des salaires, faire visiter, etc., Prend une décision qui bloque l'insertion sociale de la personne

.
. Ensuite position . . L'homme conserver

à la peau noire, Il est en position de demande Il ne parle pas, ne revendique
dans un lieu isolé: la femme vulnérable de demande d'aide Elle parle et demande Elle reçoit de l'aide à la peau noire se retrouve son bien-être:

pas face au refus.

à la peau blanche a besoin d'aide et se retrouve - avec la possibilité de s'entendre dire non.

en

en position

de pouvoir

prendre

une décision

pour

.

. .

Il a un premier mouvement vers son bien-être et se ravise Il prend une décision qui lui fait perdre du temps pour compliqué

une personne

qui a

son insertion sociale et qui sans lui peut trouver facilement ailleurs ce qu'il lui refuserait - pharmacie de garde, L'homme à la peau noire ne parle toujours pas et ne relève pas le comportement passé de la femme.

La boÎte de nuit Un homme à la peau blanche, le vigile, en position à un homme de pouvoir, maghrébine.

.
L'homme

Emet un refus d'accès refusé

à partir de son apparence

.

.
.

Parle et rappelle que les autres (ses amis à la peau blanche) sont rentrés mais c'est sans succès. L'homme parle mais les témoinset ceux qui passent se taisent. Il ne parle plus et ne revendique pas.

Ensuite, le vigile a besoin d'aide et se retrouve en position vulnérable et manifeste son

besoin d'aide, il ne parle pas. L'hommed'apparence maghrébinese retrouveen positionde pouvoirprendre une décision pour conserver son bien-être au travail et suivre les consignes
de sécurité.

20

.

Il a un premier mouvement vers son bien-êtreet l'observationde la règle Ilse ravise et prend une décision qui le met en faute - non respect des règles et possibilité d'un précédent vis-à-vis des clients passagers. Il prend un risque pour une personne qui a compliqué son insertion sociale et qui sans lui peut trouver facilement ailleurs ce qu'il lui refuserait: un prochain bus. L'homme le laisse rentrer et ne relève pas le comportement passé du vigile.
profession nelle.

.

.
.

L'entretien d'embauche L'homme à la peau blanche, le recruteur,

.
.

.
.

Ilest en position de pouvoir Ilémet un jugement à l'emporte pièce que l'on imagine sur des préjugés Il ne manifeste pas une attitude sociale basique: politesse et respect de la personne

Une femme qui apparaît d'origine maghrébine: Elle ne parle pas et n'émet pas de revendication Ensuite dans un lieu isolé: . L'homme a besoin d'aide et se retrouve en position vulnérable de demande d'aide - avec la possibilité de s'entendre dire non. L'homme parle et demande: il reçoit de l'aide

.
. .

La femme se retrouve en position de pouvoir prendre une décision pour conserver sa sécurité:

Ellea un premiermouvementvers sa sécurité Elles'arrête et prend une décision qui la met en danger: aider un homme dans un endroit désert - dont elle sait déjà qu'il peut être violent socialementet symboliquement.

Dans les troisfilmsnous avons donc: un discriminant:

.
.
.

Qui a la peau blanche, Qui pose un acte raciste qui met en jeu l'insertion sociale des personnes
discriminées: par le biais du logement, des loisirs et du travail. Son action, bien qu'énoncée comme un délit, reste suffisamment anodine pour qu'il n'ait pas de rétorsion à attendre de la victime et qu'il puisse lui demander de l'aide. Lorsqu'il a besoin d'aide il demande et parle, ou manifeste son besoin par des gestes. Qui reçoit l'aide même des personnes dont il vient d'arrêter, de compliquer l'intégration, l'existence sociale. Qui ne risque rien, pas un rappel concret et direct à la loi par des sanctions: la voix over ne nous semble pas concerner la situation;

.
.

un discriminé:

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. . .

Homme ou femme, qui n'a pas la peau blanche et qui ne parle pas ou alors se contente de faire remarquer que « les autres sont rentrés». Il n'y a jamais de prononciation de l'acte réalisé. Le discriminé met son bien-être en jeu: sécurité pour la femme, travail et temps pour les deux hommes, pour des personnes qui n'ont pas hésité à les exclure socialement. quant ils existent sont silencieux: boîte de nuit et scène de recrutement.

Les témoins

Les scénarii se répètent sur le même schéma de fonctionnement de la discrimination, de ses conséquences et des catégories discriminant! discriminé. Le discriminé est de couleur de peau noire ou d'apparence maghrébine, face à un acte de racisme, il se tait et ne revendique pas, il n'attaque pas en justice, mais si besoin, il aide le discriminé y compris à son détriment. Il manifeste sa désapprobation par des gestes et des signes faciaux. Le discriminant, à la peau blanche, peut agir contre les règles de vie en société sans autre raison que la couleur de peau des personnes. Il peut ensuite demander de l'aide à la personne qu'il vient de discriminer, il est en droit d'attendre une aide de sa part. Il n'y a pas de risque de sanctions judiciaires par l'action des personnes discriminées. Les témoins quand ils existent, sont silencieux, laissent faire et collaborent à la poursuite de la
discrimination.

Cette campagne de lutte contre la discrimination Nous savons que différents acteurs sociaux: associations de lutte contre la discrimination campagne. Le gouvernement a passé commande, les associations l'ont validée.

est un stéréotypage de la discrimination. le gouvernement, les publicitaires, les ont participé à l'élaboration de cette les publicitaires ont créé la campagne et

Pourquoi cette prégnance des stéréotypes? Comment ces acteurs sociaux dont nous pouvons penser a priori qu'ils avaient réellement pour but de faire baisser les discriminations en arrivent à produire une campagne qui stéréotype le discriminé et le discriminant et contribue au stéréotypage de la discrimination raciale. Cette campagne semble plutôt confirmer les discriminations existantes par le stéréotypage, en simplifiant le phénomène tout en ne proposant pas des actions de lutte contre les discriminations ou de subversion de celui-ci. Le fait de penser ces trois acteurs comme impliqués dans une activité de travail permet-elle d'apporter un début de réponse?

La fonction psychologique et la centralité du travail
La fonction psychologique du travail apporte un début de réponse. Le travail ou plutôt l'activité a trois buts. Le premier but est dirigé vers l'objet du travail, la raison pour laquelle la personne travaille. L'autre but est en direction des autres, le collectif de travail. Et le dernier qui est dirigé vers soi et les raisons qui amènent chacun à s'investir dans son travail. Une direction de l'activité est donnée par l'objet du travail, une autre par les autres: le collectif de travail, et la dernière direction, par l'implication personnelle de la personne. Ces trois directions ne sont pas nécessairement convergentes. Le travail compris comme une activité dirigée vers l'objet du travail, dirigée vers les autres et dirigée vers soi peut être une source de conflits. En effet, chacun des acteurs travaillent les uns pour les autres, en fonction de son travail personne~ et du but de son travail. Son activité doit être comprise par

22

les uns et acceptée par les autres. En même temps, elle doit lui permettre de combler ses aspirations personnelles. Le tout, en réalisant le but de son travail. Le monde des médias est une partie du monde du travail, les associations de lutte contre la discrimination et le gouvernement font partie du monde social et du monde du travail. Pour Christophe Dejours, le travail a un rôle central dans la dynamique psychique parce qu'il fonde la dynamique de la reconnaissance sociale primordiale pour la santé mentale. Travailler serait le moyen et la preuve de la socialisation. La personne au travail cherche à conserver son travail pour s'intégrer socialement et rester socialement intégrée par son travail. En allant à l'encontre du monde social et des fonctionnements sociaux, elle met en jeu son insertion professionnelle, qui est centrale dans son insertion sociale laquelle impacte sa santé psychique. Dans notre situation, nous pouvons imaginer l'objet du travail des acteurs, c'est à dire le résultat attendu par chaque acteur en travaillant:

. . .

Pour le gouvernement: l'objet de la campagne est d'être perçu comme mettant en place une action contre la discrimination par la commande de cette campagne. Pour les publicitaires: leur objet est de répondre à la commande du client et de faire accepter sa création et d'obtenir le budget. Pour les associations de lutte contre la discrimination: leur objet est de valider la campagne comme conforme à la lutte contre la discrimination.

Nous avons ensuite l'activité dirigée vers les autres pour continuer à travailler ensemble pour parvenir à créer une campagne contre les discriminations:

. . .

Le gouvernement ne doit pas se mettre à dos les électeurs qui sont, selon les films de la campagne: discriminants et témoins en majorité et discriminés pour une minorité. Les publicitaires: leur objet est de répondre à la commande du client et de faire accepter sa création, par le gouvernement et les associations. Les associations de lutte contre la discrimination: leur objet est de valider la campagne comme conforme à la lutte contre la discrimination et légitimer leur action de lutte contre la discrimination.

Nous avons aussi l'activité pour soi pour chacun des acteurs. Fondamentalement, cette dimension est personnelle et intime et dépend des sources de l'investissement de chacun dans son travail. Toutefois, nous pouvons imaginer qu'elle comprend pour chaque acteur le désir de modifier les phénomènes qui concourent à la discrimination. Mais, si la personne s'implique, elle ne peut mettre en danger sa santé psychique. Or, nous savons que le coût cognitif d'une confrontation directe avec l'ordre social est élevé. Le risque est l'aliénation sociale: se retrouver seul au sein du collectif de travail à tenir un rapport direct et véridique avec la réalité. Et pour chacun des acteurs, il est difficile de risquer la rupture avec le collectif de travail.

On peut imaginer, extrapoler, qu'en proposant des scenarii moins consensuels et stéréotypés, chaque intervenantse pensait en danger:

23

.

Le gouvernement:

risquait

de se mettre une ou plusieurs catégories d'électeurs à
des films.

. .

dos: qu'il suppose discriminants, les électeurs ayant majoritairementla peau
blanche comme les discriminants

Les publicitaires: risquaient d'avoir une image orientée dans le champ de la
publicité qui peut créer un précédent pour l'obtention de futurs budgets. Les associations de lutte contre la discrimination risquaient de donner une image revendicative et déclencher un questionnement sur leur légitimité, elles ne sont pas constituées de représentants élus.

Les associations de lutte contre la discrimination raciale se retrouvent devoir valider ces scénarii tout en ne s'aliénant pas le monde social, les gouvernants et ceux qu'ils sont censés défendre. Comment garder le lien social au travers de scénarii discriminants et stéréotypés tout en apparaissant comme luttant contre la discrimination? Le tour de force consistera donc à donner aux discriminésune image positive. Elles y parviennent par le travail sur l'apparence des discriminés: costume pour les hommes, tailleur pour la femme, un pharmacien, une conductrice et un conducteur de bus qui ont une élocution claire. Ce qui signifie que pour se faire accepter, il y a des efforts à faire et que les discriminésles ont faits. Ils ne sont différents des autres que par leur couleur de peau. Ensuite, les discriminés, en ne réagissant pas et en aidant, se mettent en position d'aider l'autre à leur détriment. Ils assument ainsi une position altruiste. Ils ne modifient en rien l'ordre social, ils permettent à la discrimination de perdurer. Le tour de force consiste donc à présenter la situation de
discrimination comme une situation injuste

laquelle est transformée en une position altruiste - qui est aussi une positionde pouvoir, puisque basée sur un choix. Ainsi, tous les acteurs de la discrimination semblent avoir une position sociale positive. Selon nous, le conflit central qui a donné lieu au stéréotypage des scénarii était de produire une campagne anti-discrimination sans se mettre à dos la majorité de la population dont on suppose qu'elle est soit discriminante, soit témoins impuissants (déduction faite des films), tout en donnant une image positive des discriminés par le travail sur leur apparence, ils font les efforts d'intégration. Ces efforts ne sont rien face aux discriminants présentés comme tout puissants, qui bien qu'ils commettent un délit ne sont pas condamnés ni sanctionnés. Et, les discriminéssont des victimesà plaindre - mais altruistes - donc fortes, mais aussi sans danger pour les discriminés. Le rappel à la loi ne semble pas concerner des situations réelles. Il n'est qu'une information. L'aliénation culturelle permet à la personne de conserver le lien social au détriment du lien avec la réalité. Elle ne peut se fonder que sur le système idéologique de croyances et de représentations qui fondent la culture, la rendent légitime et est partagé par tous. La campagne, tout en étant présentée comme un moyen de lutte contre les discriminations, devient en fait un moyen de confirmer le système idéologique existant. Elle stéréotype les positions de discriminés et de discriminants, tout en donnant l'illusion de réaliser son objet: une campagne de lutte contre les discriminations. Nous pouvons aussi nous interroger sur les effets de cette campagne auprès des différents récepteurs, en proposant des modèles stéréotypés de discriminants et de discriminés: confirmation des stéréotypes, banalisation, prise de conscience, accroissement du sentiment d'injustice, etc. De même, en matière de stratégie publicitaire, la disruption qui

-

qui est une position faible et vulnérable -

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propose un scénario qui rompt avec les conventions et les idées reçues, semble être une des stratégies publicitaires qui aurait pu être appliquée. Mais, les idées reçues, ce sont des stéréotypes constitutifs de l'ordre social et du système idéologique sur lequel il repose. A partir du moment où la publicité ne rompt pas avec les stéréotypes, elle est aussi un moyen de ne pas confronter le monde social et le système idéologique qui le fonde. Elle favorise le lien social entre les protagonistes par l'aliénation culturelle et favorise un vécu positif au travail pour chacun. Pour conclure, un des enjeux du stéréotypage dans cette campagne a été de faciliter, donc de pérenniser l'insertion professionnelle et sociale des acteurs impliqués dans sa réalisation. Le fait de penser la production de cette campagne comme l'articulation de plusieurs milieux de travail nous permet de proposer des pistes de compréhension de la rentabilité des stéréotypes créés. Les stéréotypes employés ont une rentabilité pour chacune des parties en présence . Travailler avec des stéréotypes revient à être dans la vraisemblance plutôt que dans la vérité, tout en justifiant son activité. Ainsi, l'objet du travail s'il doit confronter le monde social semble devoir être négligé, tant que les travailleurs tirent leur intégration, la pérennisation de leur insertion sociale, de leur travail. Le travail parce qu'il est investi par la personne et dirigé vers les autres et vers l'objet du travail permet de sortir de soi, de ses sources d'implications et d'investissement au travail, pour se centrer vers les autres: le collectif de travail. Nous voyons que le stéréotypage peut apparaÎtre, alors que le groupe coopère contre la discrimination et qu'une des sources d'implications personnelles des acteurs du groupe semble être la lutte contre les stéréotypes et la discrimination. Pouvons-nous alors avancer l'idée que les activités, produites dans le cadre du travail, si elles sont surtout sources d'intégration sociale, rendent difficile la confrontation du monde social et favorisent la production et la reproduction des stéréotypes? Ceci nous amène à nous interroger sur la capacité du travail, y compris lorsque tel est son but revendiqué, à remettre en cause l'ordre social. Dans quelles conditions lors du travail, le rapport de vraisemblance au réel est-il privilégié au détriment d'un rapport de vérité au réel? Quelles sont les conditions d'une transformation de l'ordre social par le biais du travail? Existent-

elles?
Bibliographie
BAUGNET Lucy (1998), L'identité sociale, Paris, Dunod CLOT Yves (1999), La fonction psychologique du travail, Paris, PUF DEJOURS Christophe (2000), Travail, usure mentale, Paris, Bayard JOLY Martine (1993), Introduction à l'analyse de l'image, Paris, Nathan Université, co11.128,p. 59100 MARCENAC Louis, MILON Alain, St MICHEL Serge-Henri (2002), Stratégies publicitaires, Bréal, Synergies, p.146-173 MINOT Françoise (2001), Quand l'image se fait publicitaire, Paris, L'Harmattan, Audiovisuel et communication
25

SEMPRINI Andrea (1996), Analyser la communication, SIGAUT François (1990), Folie, réel et technologie,

Paris, L'Harmattan,

Champs visuels

Techniques

et culture, 15, p.167 -179

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La représentation stéréotypée du pouvoir: construction de l'image à travers les discours médiatiques russes

Vladimir (Université

BELIAKOV de Bourgogne)

Introduction Dans la présente communication nous nous intéressons à l'image du pouvoir telle qu'elle apparaît dans les textes médiatiques russes et tentons de localiser des caractéristiques à partir desquelles se construit son portrait largement diffusé dans la presse. Nous posons comme hypothèse qu'à travers les discours médiatiques qui représentent le champ discursif étroitement lié à l'actualité et reflètent les spécificités de l'environnement socioculturel d'un pays donné, l'interprétation de la signification1 de l'invariant sémantique attaché à l'idée du pouvoir dans le cadre du processus intense de son évaluation dépréciative, contribue à la conception d'un schème collectif à valeur péjorative, stable et simplifié, propre à la communauté linguistique russe. L'objectif de notre travail consiste à répertorier un ensemble de traits typiques associés au pouvoir et à décrire, ainsi, de façon cohérente sa représentation dans les aspects saillants. Nous tâcherons de montrer, à travers l'analyse des structures syntagmatiques et des figures de rhétorique, que le stéréotype du pouvoir affecte l'axe paradigmatique d'opposition

bien/mal.2
Afin de pouvoir apporter des arguments à notre hypothèse nous présenterons notre exposé de la façon suivante. Nous commencerons par un bref aperçu du corpus et de la méthodologie. La stéréotypie la plus voyante étant celle qui affecte l'axe syntagmatique, nous procèderons ensuite à un repérage des propriétés saillantes de la représentation ainsi que de sa dimension axiologique à travers des actualisations discursives du mot vlast' « pouvoir}) dans les syntagmes verbaux, nominaux et adjectivaux. Une série de constructions récurrentes destinées à disqualifier le pouvoir nous permettra de dégager un modèle cohérent et de relever les phrases stéréotypiques attachées au nom. Puis nous considérerons des figures rhétoriques et des clichés: métaphores, comparaisons, allusions et proverbes qui contribuent à la composition d'un portrait des autorités. Nous finirons par la mise en évidence des traits typiques de l'image associée au pouvoir que nous avons pu relever à partir de notre corpus avant d'esquisser une conclusion. Pour illustrer notre communication, nous proposerons des exemples traduits. Les extraits d'origine seront présentés en notes dans la version écrite de cet exposé. Soulignons également que les

1 En nous référant à 2 Nous nous inspirons

J.-C. Anscombre,nous appellerons l'ensemble des caractéristiquessémantiques attachées
de ce terme. (ANSCOMBRE, 2001 : 60)
est un phénomène qui affecte de l'idée de Jean-Louis Dufays selon laquelle le stéréotype

à un terme et relatives au locuteur considéré la signification

des structures de trois niveaux: des structures paradigmatiques, des structures syntagmatiques structures verbales (figures de style ou d'elocutio). (DUFAYS, 2001 : 1)

et des

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termes employés ne seront pas étudiés en soi et leur introduction sera réduite au minimum, non pour des raisons théoriques, mais afin de ne pas alourdir nos propos. 1. Corpus et méthodologie Pour constituer le corpus1 nous avons sélectionné des énoncés tirés des articles de presse et des interviews publiés dans les journaux russes (écrits et en ligne) entre 2002 et 2006. Bien qu'appartenant à la même typologie textuelle, ils sont hétérogènes quant aux publics visés, à leur orientation politique et approche idéologique ainsi qu'à l'organisation des matériaux qu'ils proposent aux lecteurs. Toutefois, leur interprétation des problèmes de la société semble assez homogène. A des fins de cohérence, la presse scientifique et spécialisée a été exclue de l'analyse. En premier lieu, nous avons procédé à un dépouillement systématique du corpus sélectionné afin de recenser les occurrences du terme étudié. Ensuite nous avons effectué l'inventaire des données recueillies au niveau phrastique et textuel selon cinq critères retenus à partir des différentes définitions de la stéréotypie qui nous ont paru prioritaires, à savoir: association, stabilité, récurrence, caractère axiologique et abstrait. L'analyse de cet inventaire nous a permis de dégager les traits typiques de la représentation du pouvoir dont nous ne donnons aujourd'hui, faute de temps, que quelques illustrations rapides. 2. Associations lexicales

Les structures syntagmatiques étant un support dont la constance est favorable à la familiarisation, on retrouve la manifestation de la stéréotypie dans les associations lexicales répétitives composées d'un nombre limité d'éléments récurrents. A travers ces constructions, l'image du pouvoir se développe, s'enrichit de variantes mais ne fait que reproduire inlassablement la même donnée initiale qui consiste à fournirune représentation toute faite, rapide et simplifiée. La relation qui unit le terme à ses prédicats et à ses cooccurrences nominales et adjectivales relève du préconstruit derrière lequel se profile une vision négative. Nous remarquons dans les textes médiatiques la constance avec laquelle est mis en première place un même type de syntagme où le nom est associé à une série de verbes, substantifs et adjectifs axiologiques intrinsèquement marqués du type: le pouvoir vole, pille, menace, blanchit, dégénère, rackette..., la psychose, l'impunité, la corruption, la médiocrité du pouvoir..., le pouvoir incontrôlable, cynique, criminalisé, autoritaire, impitoyable..., etc.2, dont l'apparition laisse glisser une évaluation, un jugement dépréciatif,
1 Notre corpus compte environ 2000 occurrences. 2 Nous citons, ci-dessous, quelques exemples des associations lexicales que nous avons relevées dans la presse: npOZHuawafl anacmb 60umcfI npaadb/,' Hapoda, u3MeHeHuu, ab/6opoa (t13aecmufI, 24.09.2002) - « le pouvoir pourri a peur de la vérité, du peuple, des changements, des élections », npuaamu3upoaaHa He6onbwou zpynnou onuzapxulIecKux KflaHoa (POccuucKafl za3ema, 03.12.2003) - « est privatisé par un petit groupe d'oligarques », Haznafl anacmb HaxodumcfI aHe 3aKOHa U Had HUM (MH, 12.06.2003) - «le pouvoir insolent agit

hors et se place au-dessus de la loi », 3zo~eHmpulIHafl anacmb o6ecnelluna ce6e 3aKpb/mocmb U 6ecKoHmponbHocmb (3xo MocKab/, 20.12.2003) - « le pouvoir égocentrique s'est assuré l'étanchéité et l'absence totale du contrôle », omopaanaCb om Hapoda U peanbHou >KU3HU (AuC/),N°7, 2005) - « a perdu le contact avec le peuple et la vie réelle », denaem mo, limo xOllem (t13aecmufI, 09,04.2003) - « fait ce qu'il veut », ace KOHmponupyem, KOMaHoyem (MI<,07.08.2003) - « contrôle tout, donne des ordres », pa3pewaem no co6cmaeHHoMYYCMompeHUlo(t13aecmufI, 12.11.2004) - « autorise à sa guise», npeapaw,aem ce6f1 a KYMupa, a 6o>Kecmao (t13aecmufI, 15.04.2004) - «se transforme en idole », 6e30maemcmaeHHafl anacmb nuxo
mpamum Ha ce6f1 6JOd>KemHb/e àeHbzu (AuC/), N°3, 2003)

-

«le pouvoir irresponsable

dépense

l'argent

28

qui sert de raccourci pour étiqueter les autorités et permet de dégager un modèle assez sommaire. Leur redondance dans les discours fait que les mêmes enchaînements, une sorte de fond commun citationnel peu renouvelé, se reproduisent en créant ainsi des clichés à vocation généralisante par lesquels toutes les caractéristiques du pouvoir sont condensées en quelques formules. Nous illustrons le fruit de ce travail de « fabrication» d'une image négative préconçue, sommaire et tranchée par deux énoncés banals tirés des journaux connus: Pourri et incapable, arrogant et lâche, le pouvoirrusse n'arrive pas à comprendre que personne n'ait besoin de lui.(Novaja gazeta). Le peuple se moque et se plaint de la
stupidité du pouvoir. (Argumenty i fakty)1

3. Phrases stéréotypiques La récurrence des structures verbales et nominales dépréciatives fait que lorsque le lecteur litdes énoncés comme, par exemple: C'est parce que le pouvoir corrompu a perdu le contact avec le peuple et qu'il ne comprend plus les soucis et les préoccupationsde celui-cique chacune de ses actions se solde par un échec. (Argument i fakty). Le problème fondamentaldu pouvoirc'est y qu'ilvole icien Russie et dépense tout ce qu'ila volé là-bas en Occident.(Grani.Ru).Qui va soutenir le pouvoir qui chaque jour manifeste son isolation clanique de la société. (Vremja)2, tc., e il n'a aucune peine à y reconnaître des expressions déjà vues qui émanent d'un grand nombre de textes et dont les éléments paraissent comme presque agglutinés les uns aux autres. Cette observation nous laisse présupposer que l'on pourrait considérer ces énoncés en tant que réalisations des potentialités sémantiques du nom pouvoir constituées des phrases stéréotypiques attachées au terme et activées par ses occurrences énonciatives. Le point de vue que nous adoptons ici en nous inspirant des travaux de Hilary Putman (PUTNAM, 1990), Bernard Fradin (FRADIN, 1984) et Jean-Claude Anscombre

budgétaire pour ses propres besoins», He ya8JKaem 06t,qecmao (J.13aecmufI,25.02.2005) - « ne respecte pas la société», pa60maem UCKnIOLlUmenbHO ce6f1 (npOcpV1fib, 3.07.2003) - « travaille uniquement pour son Ha 1 . profit», 6epem a3f1mKU(J.13aecmufI,26. 2006) - « prends les dessous-de-table» ; 6blmb nOaanbwe om 3mou caMOU anacmu, - « rester le plus loin possible de ce pouvoir», no a03MO)l(HOCmU cmanKuaambCfI C Heu a He nULlHOU )l(U3HU. (J.13aecmufI, 12.02.2002) - « essayer de ne pas côtoyer le pouvoir dans sa vie privée », nlOau pyaalOm, KpumuKYlOm cyt,qecmaylOt,qylOanacmb « les gens injurient, critiquent le pouvoir en place», nepecmanu aoaepflmb anacmu (BpeMfI MH, 05.02.2004) - « on ne fait plus confiance au pouvoir» ; nCUX03,

-

aeapaaau,ufI

anacmu

-

« la psychose,

la dégénération

du pouvoir»,

6e3HaKa3aHHocmb

HenopflaOLlHOU

anacmu

(rpaHu.Py, 07.06.2006) - « l'impunité du pouvoir malhonnête», 3anyauaaHue KoppYMnupoaaHHou anacmblO HapOaa (Hoaafl aa3ema, 03.04.2004) - « les menaces du pouvoir corrompu», pa3apa6neHue cmpaHbl anacmblO (MH, N°4, 2005) « le pillagedu pays par le pouvoir», cepocmb, nocpeacmaeHHocmb anacmu (MH, N° 3, 2005)- « la médiocrité du pouvoir», noaKyn, WaHma)l( anacmu (3xo MocKabl, 14.08.2006) - « la corruption, le chantage du pouvoir »,etc.

-

1 npoaHuawafl

U 6e3aapHafl,

HaaMeHHafl aa3ema,

U mpycnua

afl, POccUUCKafl CMeemCfl

anacmb

HUKaK He MO)l(em om anynocmu

nOHflmb, anacmu

Limo (Au(/),

OHa HUKOMY He H}'>KHa. (Hoaafl

29.08.2005).Hapoa

U cmOHem

N°7, 2006)
2 KoppYMnupoaaHHafl mpeaoa, np06neMa Ha 3anaae. nOaLlepKuaaem Limo nlO6oe anacmu anacmb aeucmaue 3aKnlOLlaemCfl 07.03.2006). HacmonbKO omopaanaCb npuaoaum om HapOaa, K 'owu6Ke. OHa 3aeCb, HacmonbKo (Au(/), a Poccuu, anacmb, (BpeMfI N°7, He nOHUMaem 2006). eao 3a6om U 3aKoHoMepHO (/)YHaaMeHmanbHafl HaaopoaaHHoe Ka)l(ablM caouM maM, waaOM

a mOM, Limo aopyem Kmo 6yaem

a mpamum Komopafl

(rpaHu.Py,

nOaaep)l(Uaamb om o6t,qecmaa?

caolO KnaHoaylO

u30nupoaaHHocmb

MH, 13.03.2002)

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(ANSCOMBRE, 2001) consiste dans le fait que la représentation sémantique d'un mot n'est pas la conjonction d'un nombre fini d'éléments discrets destinés à identifier le référent mais une suite ouverte de phrases de langue associées à un nom, qui peuvent d'ailleurs être erronées ou carrément fausses, que le locuteur possède dans son stock linguistique et convoque comme un simple utilisateur. Ces phrases stéréotypiques caractérisent la signification d'un terme considéré, représentent les idées, le point de vue, conventionnellement attachés à ce terme dans une communauté linguistique que le sujet parlant appartenant à cette communauté partage.1 En fonction du corpus analysé, nous proposons en simplifiant, ci-dessous, un échantillon de phrases supposées être stéréotypiques i.e. associées au mot pouvoir de façon stable ou localement à ses occurrences, présentées comme étant vraies pour tout locuteur de la communauté
linguistique russe ou n'ayant qu'une vérité relative et liées aux locuteurs particuliers2.

Le pouvoir dirige le pays.
Le Le Le Le Le Le Le pouvoir pouvoir pouvoir pouvoir pouvoir pouvoir pouvoir exerce son autorité. donne des ordres. a peur de tout. s'achète et se vend. est incontrôlable. s'enrichit au détriment ne respecte rien...

du pays.

4. Figures de rhétorique et clichés Afinde dénoncer le pouvoir,les discours médiatiquesconvoquenttoute sorte de figures de rhétorique et de clichés qui offrent un raccourci économique et percutant dans l'argumentation,qualité chère à la stéréotypie, et contribuent à la compositiondu portrait des autorités. La connivencede la langue et de la cultureest mise icien œuvre: ces figures sont fondées sur l'expérience commune, sur les contextes historiques ancrés dans la mémoirecollective,sur la présentation des faits par référence aux phénomènes déjà vus et vécus.
4.1 Métaphores Les textes de presse transforment l'image du pouvoir en véritable arsenal métaphorique. La stéréotypie s'installe à travers les rapports d'analogie entre le comparé et le comparant qui dirigent les jugements et forgent une représentation négative. Considérons quelques exemples. Ainsi, les énoncés métaphoriques qui relèvent du domaine référentiel historique sont construits sur une trace mémorielle préalable fondée sur la tradition du peuple russe lié à la période du servage. Or, les constantes qui composent le portrait du pouvoir sont autant de réminiscences de ce lointain passé. Efficaces et prégnantes, les étiquettes historiques dénotées par des lexies simples du type: le pouvoir: la noblesse, l'aristocratie ou des lexies composées: le pouvoir: la cour impériale, les princes apanagés, le tsar/le souverain
1 Nous entendons par communauté linguistique un ensemble de sujets parlants partageant une certaine liste de termes affectés des mêmes significations. (ANSCOMBRE, 2001 : 60) 2 Dans notre interprétation des phrases stéréotypiques nous nous référons à J .-C. Anscombre. (ANSCOMBRE, 2001 : 63-64)

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et ses boyards, etc., fonctionnent comme des clichés substituant le terme qui estompent les spécificités du pouvoir actuel et servent de moule pour le processus de stéréotypie. Par exemple:
La commercialisation à expliquer Cour. des Reste, différents reste. à travers clans (Argument (Nezavisimaja de la proximité la presse Gazeta). du pouvoir, y i fakty) du pouvoir. Les fournisseurs appliqués devant du Kremlin ont réussi de la les sévérités qui 1. des critères aux fournisseurs le tsar»

Il n'est pas exclu de voir les « boyards»
« se prosterneront

- représentants
en le suppliant:

De même, les références historiquessont convoquées pour comparer la situationactuelle à celle de la Russie médiévale déchirée par les guerres fratricides entre les princes apanagés :
Le pouvoir morcelle le pays en petites principautés apanagées qui sont partagées entre

des petits clans oligarchiques, Moskvy).2

que l'on appelle

à être politiquement

loyales.

(Exo

Ainsi que pour établir une relation de similitude entre les autorités d'aujourd'hui et le système de gestion du moyen âge appelé kormlenije - « en subsistance» selon lequel les représentants du grand prince ou du tsar nommés sur les postes administratifs étaient dotés d'un pouvoir illimité et s'enrichissaient aux dépens de la population.
A notre époque relativement « végétarienne», on ne fusille plus les hauts représentants du pouvoir mais on les prive du système « en subsistance ». (www.yavlinsky.ru)3

L'effet de ce genre de métaphores est davantage accentué par la présentation contrastée d'autres groupes sociaux par référence aux sujets, serfs ou esclaves:
Il faudrait une entente et une collaboration entre le pouvoir et ses sujets. (lzvestija)4

Les analogies historiques poussent le I~cteur à procéder à une « abstraction
métaphorisante » (MAINGUENEAU,1991 : 246) pour saisir ce qui est de commun entre les deux relations. Le principe de simplification sur lequel s'appuie la métaphore: un trait qui domine sur les autres et assumé comme le principal, le caractère autocratique du pouvoir en l'occurrence, engendre la généralisation de cette simplification dans un schéma réductif et fait des autorités d'aujourd'hui l'emblème d'autoritarisme propre à la Russie. Le recours au typique se fait également à travers les métaphores conventionnelles qui véhiculent les stéréotypes et mettent en lumière les traits incontestablement saillants du pouvoir. Ainsi, dans les énoncés que nous citons ci-dessous, son agressivité, sa cruauté,
1 TopaOBnfl 6nU30cmblO Bnacmu. (oo.) nocmaBUJ,UKU KpeMnfl ycnenu aOBonbHO nOap06HO 4epe3 npeccy 06bflcHumbcfl omHocumenbHO moao, KaK cmpoau 6blflU Kpumepuu, npeabflBnfleMb/e nocmaBUJ,UKaM IJ,Bopa.
(He3aBucUMafl pa3nU4HblX (/)aKm9/, N°47, 2 (...) Bnacmb onuaapXU4ecKUMU 17.04.2005). 3 B Hawu aa3ema, BnacmHb/X 2005). apo6um cmpaHY Ha ManeHbKue KomopblX yaenbHble KHfl)/(eCmBa, 6b/mb Komopble pa3aeneHbl nOflnbHblMU. Me)/(ay (3xo MenKUMU MOCKBb/, 01.06.2003). KflaHOB Henb3fl UCKfl104umb cumyau,uu, npu Komopoü «6oflpe»

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(www.vavlinskv.ru.

07. 12.2005) Bnacmu (J.13Becmufl,

B3aUMonOHUMaHue

U B3aUMOaeucmBue

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