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Stéréotypage, stéréotypes

De
223 pages
Que les stéréotypes soient utiles voire indispensables pour le confort de la communication entre membres d'une même communauté culturelle, comme le pensent certains ou qu'il faille les dénoncer, pour d'autres, en raison de leur nocivité intra et intercommunautaire, leur prégnance et leur impact sont tels qu'ils constituent, pour les sciences de l'homme et de la société dans leur ensemble, des objets d'étude dont l'intérêt n'a cessé de se confirmer durant ces dernières années.
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Stéréotypage, stéréotypes: fonctionnements ordinaires et mises en scène
TOME 3
ÉDUCATION, ÉCOLE, DIDACTIQUE

@ L'Harmattan, 2007 5-7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005 Paris http://www.1ibrairieharmattan.com diffusion. harmattan @wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-02961-3 EAN : 9782296029613

Stéréotypage, stéréotypes: fonctionnements ordinaires et mises en scène
TOME 3
ÉDUCATION, ÉCOLE, DIDACTIQUE

Actes du Colloque International de Montpellier
(21, 22 et 23 juin 2006, Université
Montpellier III)

Publiés sous la direction de

Henri Boyer

Avec la collaboration de Carmen Alén Garabato, Ksenija Djordjevié, Mariana Negru, Eléonore Yasri-Labrique

L'Harmattan

Présentation
Les représentations partagées, qu'elles soient qualifiées de collectives, sociales ou (socio)/inguistiques, manifestent une tendance inéluctable au stéréotypage (ou à la stéréotypie). Les stéréotypes, comme structures socio-cognitives, peuvent donc être considérés comme les produits, toujours disponibles au sein des imaginaires des communautés culturelles, de ce processus de figement représentationnel. Qu'ils soient utiles, voire indispensables pour le confort de la communication entre membres de ces mêmes communautés, comme le pensent certains ou qu'il faille les dénoncer, pour d'autres, en raison de leur nocivité intra et intercommunautaire, il n'en est pas moins vrai que leur prégnance et leur impact sont tels qu'ils constituent, pour les sciences de l'homme et de la société dans leur ensemble, des objets d'étude dont l'intérêt n'a cessé de se confirmer durant ces dernières années, comme en témoignent de nombreux ouvrages, individuels ou collectifs. Le Colloque international de Montpellier: "Stéréotypage, stéréotypes: fonctionnements ordinaires et mises en scène", qui s'est déroulé du 21 au 23 juin 2006 à l'Université PaulValéry, a donné lieu à une riche confrontation des approches du stéréotypage et des stéréotypes produites dans divers champs disciplinaires: les sciences du langage (sociolinguistique, sémiotique, analyse du discours) et la didactologie des langues-cultures; la psychologie sociale, la sociologie et l'ethnologie; la politologie et les sciences de l'information et de la communication ou encore la sociocritique, l'analyse littéraire et l'étude des discours cinématographiques... Aussi, les contributions à ce Colloque rassemblées ici, de par l'hétérogénéité des angles d'attaque, des corpus traités et des préoccupations théoriques et méthodologiques ont permis de mettre parfaitement en évidence, au sein de productions discursives très variées où le stéréotypage est à l'œuvre, les modalités de fonctionnement, discret ou spectaculaire, des stéréotypes et les enjeux de tous ordres dont ils sont investis. Il a fallu gérer une certaine dispersion des objets et des perspectives, bien que la centration sur la problématique visée soit incontestable: nous avons opté dans l'organisation du Colloque pour une distribution en cinq ateliers qui, même imparfaite, permettait d'utiles regroupements. La composition de ces Actes en cinq Tomes reconduit cette distribution. L'exercice n'a pas été toujours aisé et il est évident que certaines communications auraient pu figurer dans une autre section que celle qui a été en définitive choisie. Par ailleurs chacune des trois conférences données en séance plénière s'insère dans l'un des cinq tomes, selon sa dominante. Aussi discutable soit-il, l'édifice nous semble bien présenter les lignes de force de la recherche actuelle sur le stéréotypage/les stéréotypes.

Ainsi,
ordinaires

les questionnements spécifiques, concernant aussi bien des fonctionnements

que des mises en scène, prennent place dans l'un des cinq ensembles publiés, dont on trouvera l'intégralité des sommaires dans les pages qui suivent: - C'est du vecteur médiatique qu'il est question dans le Tome 1: Média(tisation)s, du stéréotypage et des stéréotypes comme phénomènes communautaires, à propos desquels les médias ont une responsabilité particulière, dans les sociétés médiatisées. - Le stéréotype est lié fonctionnellement à la catégorisation: qu'elle soit groupale, sexuelle, sociale..., intra ou intercommunautaire, qu'elle soit ou non stigmatisante. C'est de la
construction, de la (re)production de l'Ides identité(s) que traite le Tome 2: Identité(s). aux traitements du stéréotype dans - Le Tome 3: Education, Ecole, Didactique est consacré

le domaine éducatif et l'enseignement/apprentissage

dans un secteur particulièrement des langues-cultures.

exposé:

celui

de

- Le stéréotypage concerne aussi les langues, dialectes et autres parlures: les stéréotypes habitent les discours épilinguistiques. Les stéréotypes fonctionnent également, sur le mode

dialogique,dans les interactions,au sein des actes de communication: Tome 4: le
Langue(s), Discours accueille ainsi les interventions traitant de langue, de langage et de communication. - La création artistique (sous ses diverses modalités), si elle n'a pas le même rapport aux stéréotypes que les médias, n'en est pas moins concernée par leur prégnance, la littérature et le cinéma en particulier. Ilen est question dans le Tome 5: Expressions artistiques.

Henri

Boyer

SOMMAIRES

DES CINQ TOMES

Torne 1: Média(tisation)s H. BOYER: Présentation la discrimination de 2001 et ses stéréotypes:

Travail

C. ADINSI, A. ADINSI: La campagne de lutte contre et stéréotypage
stéréotypée

V. BELIAKOV: La représentation discours médiatiques russes

des autorités:

construction

de l'image à travers des

A. BLANCHET: Le cycle figement / défigement d'un stéréotype dans la presse vidéoludique française: le cas du remake V. BONNET: Stéréotypage et éthos dans le commentairesportif: constructionet évolutiond'un genre C. CHABROL: Catégorisation de genre et stéréotypage médiatique: du procès des médias aux processus sociomédiatiques M. CHAUQUE: Mises en opinion médiatisées de la « crise des banlieues en France» : construction et déconstruction discursive de l'image stéréotypée des objets conflictuels (octobre/novembre 2005) V. COPPOLAj O. CAMUS: Le sida dans la presse: du faità sa représentation C. COURBIERES: Le principe du stéréotypage médiatique de l'image féminine de mode: de La Belle au Bois Dormant à La possibilité d'une Île

F. DAGHMI:

Les images de ({l'immigré»dans la presse française

M.R. DAGOSTINO, E. LEBEL: Métaphoresvisuelleset métamorphosedu stéréotype K. DJORDJEVIC: Violence urbaine: lorsque la presse en parle

J.P. HONORE:

2002 : le Japon de L'Equipe.Quelques stéréotypes relatifsau Japon et à la Corée
des

dans le discours sportif V. JULLIARD: Stéréotypes médiatiques et nouveaux modèles: étude des représentations femmes politiques dans le cadre de la médiatisation de la loi sur la parité (1998-2005) E. LEBEL, M. LAVALLÉE, M.E.GIRARD, A. DESCHENEAU: un frein ou une ouverture à la connaissance L. LEVENEUR: alouettes
M. LOPEZ

Réceptiontélévisuelleet stéréotypage :

Réflexivitédiffuse et représentations stéréotypée du journaliste: le miroir aux

DIAZ: Stéréotype, reproduction et subversion dans la publicité Publicité

D. LYSARDO-DIAS: S. MONT ANOLA: niveau

et stéréotypes visuels

Représentations et stéréotypes dans l'image médiatique des boxeuses de haut

E. MOREAU: La représentation des lesbiennes dans les news magazines français: la lesbiennemère, vers un nouveau stéréotype? S. PAHUD: Stéréotypage des identitéssexuées dans le discours publicitaire
B. PEETERS: Le stéréotypage du tueur en série dans un corpus de faits divers. Le cas de Michel

Fourniret 9

M. E. PERROT: Nature communauté minoritaire: S. PERROUTY-PERRET: associés aux fragrances

et fonction des stéréotypes linguistiques L'Évangéline de 1887 à 1930 Odeurs et influence de propre, persuasive de fraîcheur,

dans le discours

de presse

d'une

de douceur...

Stéréotypes

culturels

O. PUL V AR: Le stéréotypage médiatiques

des identités

collectives

minoritaires:

dérives

identitaires

et dérapages

E. Y ASRI: « Une porte qui s'ouvre»

: quand

les journaux

français

mettent

en scène la Turquie...

Torne 2 : Identité(s)
S. BAILLY: Sexotypes langagiers et communication Bison, feuille d'érable et fleur de lys du

G. BUDACH, C. MOISE, A. DUCHENE, M. RICHARDS: Canada: les stéréotypes existent-ils toujours? S. CAILLAUD: Processus de catégorisation croisée

chez les jurés des brochures touristiques:

P. CAILLE, P.A. MALLET: La Construction Typage et / ou Stéréotypage

du Maroc dans l'iconographie

S. COTELLI: Stéréotypes et autonomisme: étude combat mené pour l'indépendance du Jura (Suisse) C. DA YER: Stéréotypes S. DREYER: F. DUFOUR: E. GOUABAUL et homosexualité: romantiques})

des représentations

sociolinguistiques

dans

le

entre attribution

et démarcation sociale du monde chinois

« Les Français Le « Sud»,

: Une représentation discursif

un stéréotype Stéréotype,

qui ne dit pas son nom symbole sociale de l'enseignant universitaire:

T: Le dauphin;

« contre-stéréotype», et Représentation

L. JEANNEAU, N. ROUSSIAU: Influence du thêmata 'Idéal/Réel' A. LACHKAR: Stéréotypes discours 'très' spécifique

Stéréotype

de pensée

et stéréotypes

de langue:

Réflexion

sur le contenu

lexical d'un

J.L. LEONARD:
guatémaltèque S. LOSA: cas d'un

Archétypes,
comme

prototypes,
révélateur

hypotypes,
identitaire.

antétypes
Analyse d'un

et stéréotypes:
discours oral

la situation
en interaction: le

Le stéréotype entretien

sociolinguistique intergroupes masculins vs féminins. Contexte professionnel et domination

P. MOLlNER:

Stéréotypes

masculine A. MORIN:
maghrébine N. PEPIN:

Se démarquer
Stéréotypes

de l' « arabe de service », Les candidats
en politique Eléments d'une grammaire français et discours de l'identité

issus de l'immigration

face à leur stéréotype

en interaction. turque»

V. PRICOPIE: B. RAFONI: stéréotype
J. B. RENARD:

La « Provocation « Sacrés

Stéréotypes

et roumains ordinaire

su l'Autre de l'Europe dans une littérature du

Français)}!

méta-images

Le rôle des portraits

contrastés

dans

la formation

des stéréotypes

10

enjeux dans la construction identitaire nationale du Chilide la fin du XIXe siècle - début du Xxe P. SIBLOT: Implicites d'une stéréotypie de la formation discursive coloniale relative à l'Algérie A. STERGIOU: Stéréotypes et discrimination: le cas des Albanais en Grèce et l'enjeu éducatif M. SUQUET: Les compétences féminines
T. TREFAUL T: Tsiganes R-M. VOLLE:
({

C. SCHURDEVIN-BlAISE: représentations de l'Indien dans les manuels scolaires et leurs les

ont-elles un sexe?

Stéréotypes et compétences
représentations

masculines et

et culture tsigane, dénominations,

et stéréotypes

Les stéréotypes sur les Roms en Roumanie des discours médiatiques aux discours ordinaires» : Position du sujet et mots des autres
sociales ne naissent pas "hors sol" : l'exemple de l'immigration

U. WINDISCH: les représentations

en Suisse
M. ZERV A: Le rôle des stéréotypes dans la construction identitaire : une étude de cas

Torne 3: Education, Ecole, Didactique H. BOYER: Présentation K. AIT DAHMANE: la langue française en Algérie: Stéréotypes interculturels et apprentissage en contexte bilingue N. AUGER, P. DALLEY,S. ROY: Stéréotypes et stéréotypages de la diversité linguistique en classe de français langue seconde et minoritaire M. BENTO: Stéréotypes de la langue orale dans les ensembles pédagogiques de Français langue étrangère en Europe P. BOURDIER: Stéréotypes et manuels scolaires actuels: l'exemple du cinéma dans l'enseignement du français S. CLERC: La représentation des langues et de la France chez les élèves nouvellement arrivés en France F. DERVIN, E. SUOMELA-SALMI:Rôle des représentations et stéréotypes dans l'apprentissage du français au nÎveau universitaire J-L. DUFAYS: Stéréotyper, suspendre, rouvrir: le chantier sans fin de la lecture et de l'apprentissage M. EISL: Représentations et stéréotypes à l'œuvre dans la classe de langue: pistes didactiques à l'exemple des regards croisés France-Autriche P. GARDIES: Stéréotypes et interculturalité: pistes pédagogiques G. IOANNITOU: l'impact des stéréotypes sur l'action parentale en ce qui concerne leur politique linguistique et éducative F. ISHIKAWA:Articulation entre la transmission du savoir et le stéréotypage en classe de langue: analyse interactionnelle du stéréotype dans le discours didaètique A. JARLEGAN, Y. TAZOUTI,A. FlIELLER: Stéréotypes de sexe, attitudes et performances scolaires des élèves à l'école primaire A. KACPRZAK:Le stéréotype en tant qu'instrument de la propagande

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B. KERVYN:Les phénomènes de stéréotypie: essai d'outillage pour la didactique de l'écriture E. LEMAIRE: L'enseignement de la culture française aux mineurs étrangers isolés: impacts de la stéréotypie sur la construction identitaire de primo-arrivants en situation d'urgence S. LE ROHELLEC: Mise en scène ethno-sociolinguistique par le conte: quelques cas d'écoles de Madagascar Ch. MORIN-MESSABEL:Logiques scolaires, logiques sexuées à l'école primaire T. NIKOU:L'enseignant de FLE devant un défi: démonter ses stéréotypes vis-à-vis de l'Autre Ch. ROMAIN:L'impact des stéréotypes de la violence urbaine en milieu scolaire J. SAUVAGE: L'image de soi à travers les discours des autres en ITEP

Tome 4: Langue(s), Discours H. BaYER: Présentation S. AL KARJOUSLI: Stéréotypage, stéréotypes et effacement de la polysémie dans la langue

arabe
S. ANQUETIL:Actes de langage indirects et inférences stéréotypiques H. BaYER: Le stéréotypage ambivalent comme indicateur d'une situation conflictuelle de contact de langues P. CHARAUDEAU:Les stéréotypes, c'est bien. Les imaginaires, c'est mieux P. DANLER:"Les Italiens du 20e siècle": relevés de textes politiques sur la base de la sémantique des stéréotypes et de la sémantique des scènes-et-cadres M. DREYFUS: Production et déplacement de stéréotypes en situation d'entretien

O. GALA T ANU: Pour une approche sémantico-discursivedu stéréotypage à l'interface de la sémantique théorique et de l'analyse du discours
I. GONZALEZ REY: Les stéréotypes culturels et linguistiques des expressions idiomatiques S. LESENNE: Stéréotypes et culture écrite: la construction de l'identité de lecteur J. LONGHI, G. E. SARFATI Canon, doxa, vulgate: enjeux sociodiscursifs du stéréotypage dans la dénomination INTERMITTENT I. MACHADO: La même représentation de la prostituée dans deux discours culturellement différents: étude du stéréotype dans l'optique de l'analyse du discours M. MARGARITa: De la référence artistique au stéréotype culturel: cartes postales et plaquettes touristiques M. MATTHEY: Est-ce que vous êtes bilingue? Entretien de recherche et stéréotypage bilinguisme M. PESCHEUX: Stéréotypes sémantiques
d'analyse

du

et

stéréotypages

discursifs:

mécanismes

polyphoniques

dans des entretiens

de pratique

A.H. RHEAULT:L'utilisation des stéréotypes et des lieux communs dans le discours
épilinguistique : vers une approche argumentative des représentations linguistiques

12

Tome 5: Expressions

artistiques

H. BaYER: Présentation
E. ARGAUD: Apprivoiser un texte du XVIe siècle C. BERTHET-CAHUZAC:

la différence Le

par le stéréotypage
dans

: le recours
madrilène:

à la figure

de l'inversion

dans

stéréotype

la

comédie

l'exemple

de Asignatura

pendiente K. BLANCHON:
A. BRASSART:
J. P. CHAMPSEIX:

Les stéréotypes
Les homosexuels

dans les films

de fiction
français:

malgaches la fin des stéréotypes
de Chateaubriand à Bécassine

dans le cinéma
du stéréotype

La construction

du Breton

P. DECOCK: Polysémie de César Aira R. DE MELLO:

et transformation

des stéréotypes

mass-médiatiques

dans l'œuvre

narrative

Les stéréotypes

dans « Enfance»
par lui-même:

de Nathalie
archétype

Sarraute
contre stéréotype

J. A. DIAZ: Salvador Dali surréaliste
S. K. HONG-MERCIER: Stéréotypes « Stupeur et tremblements» L. MULLALY: Subversion

en action:

lecture

de l'Autre

dans

« Lost in translation»

et

des stéréotypes

dans

le cirtéma

latino-américain

actuel

G. POTOCNJAK: Grillet : expression

Le stéréotype contemporaine terribles

dans les créations de Michel Fano, Arnaud d'une pensée artistique de la perception

Petit et Alain

Robbe-

F. RIGA T: Les enfants

de l'art moderne: usages et formes des stéréotypes dans l'exposition L'exemple

d'art J. SZLAMOWICZ: Constructionidéologiquedans la promotionculturelleinstitutionnelle.
du jazz en France

B. TABUCE:Le Masque et la Robe: « La Guerre des Demoiselles»J ou la spectacularisationd'un
malentendu sur les stéréotypes A. J. TONYE: Le stéréotype comme élément doxique dans la littérature négro-africaine J. VERDIER: La Vamp dans le cinéma français des années Trente: un stéréotype fascinant et dégradant

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Les communications rassemblées dans les cinq Tomes d'Actes ont été présentées au

Colloque international:

Stéréotypage, stéréotypes:
fonctionnements ordinaires et mises en scène Perspectives interdisciplinaires
21, 22 et 23 juin 2006

Montpellier
organisé par l'Atelier de Recherche en Sociolinguistique et d'Etude des Représentations (ARSER, laboratoire DIPRALANG.EA739/ Université Montpellier III),
en collaboration avec l'UMR 8069 CNRS-Paris V, le CREDAM-Paris l'IREC-EA 740-Montpellier III, l'EA 737-Montpellier III et avec le soutien du Pôle universitaire européen de Montpellier et du Languedoc-Roussillon et du Conseil scientifique de l'Université Paul-Valéry III

Coordinateur: Henri Boyer (responsable Laboratoire DIPRALANG-EA 739/Montpellier

de l'ARSER, III)

co-directeur

du

Comité scientifique. Simone Bonnafous (Univ. Paris XII), Patrick Charaudeau (Univ. Paris XIII), Jean-François De Pietro (IRDP, Neuchâtel), Pierre Fiala (Univ. Paris XII), Montserrat Lopez (Univ. de Santiago de Compostela), Marinette Matthey (Univ de Grenoble III), Pascal Moliner (Univ. Montpellier III), Marie-Anne Paveau (Univ. De Paris XIII), Bernard Py (Univ. De Neuchâtel), Jean-Bruno Renard (Univ. Montpellier III), MichelLouis Rouquette (Univ. Paris V), Uli Windisch (Univ. De Genève), Geneviève Zarate (INALCO, Paris) Carmen Alén Garabato, Nathalie Auger, Valérie Bonnet, Ksenija Djordjevié, Patricia Gardies, Jana Ockova, Rose-Marie Volle, Sylvain Delouvée ; Michel-Louis Rouquette, Catherine Berthet-Cahuzac, Guy Lochard, Pascal Moliner, Julien Vidal.

Comité d'organisation:

Henri Boyer,

Secrétariat:
DIPRALANG-EA

Carmen

Alén

Garabato,

Ksenija

Djordjevié

(ARSER-

739 / Montpellier III)

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La langue française en Algérie: Stéréotypes interculturels et apprentissage en contexte plurilingue

Karima

AIT DAHMANE d'Alger)

(Université

Le cadre méthodologique Les recherches linguistiques et didactiques en Algérie, notamment dans le contexte actuel, admettent que le bilinguisme est un atout et non un problème. L'apprentissage des langues n'est pas une fin en soi mais un moyen d'acquérir des connaissances scientifiques et technologiques. Il facilite l'insertion dans la mondialisation et les défis que l'on doit relever pour survivre. La distinction entre le stéréotype comme schème collectif ou représentation culturelle figée, et le stéréotypage comme processus cognitif, peut être féconde pour toute réflexion sur les stéréotypes interculturels. Le français est-il véritablement une langue étrangère en Algérie? Quel est l'impact des différentes campagnes d'arabisation sur l'usage institutionnel et social de cette langue? Quelles attitudes les étudiants adoptent-ils vis-à-vis des langues en présence? Quelles stratégies linguistiques pour l'Algérie d'aujourd'hui? Ce sont ces questions de base qui nous permettent de réfléchir sur les représentations dans la perspective de l'enseignementapprentissage du français. Nous faisons l'hypothèse que l'acquisition des langues est fondée sur une certaine idée de leur utilité, sur le bénéfice que nous attendons de leur possession: ici les représentations déterminent les pratiques et ont une influence sur la réussite des apprentissages scolaires des langues étrangères. Il nous semble que le procès de la formation des impressions ne peut être étudié en dehors de la démarche de schématisation et de catégorisation qu'autorise le stéréotypage. Ces impressions sont un premier pas vers la compréhension de l'environnement social et l'établissement des vues claires et signifiantes. Ce travail a été accompli suite à une étude basée sur une enquête semi-directive auprès de 100 étudiants de l'Université d'Alger (Bouzaréah), âgés entre 19 et 24 ans. Elle s'est déroulée hors des cours pour permettre à ces étudiants d'être moins contraints et donc plus confiants. Nous avons estimé que leurs points de vue sont précieux pour montrer comment ils gèrent ou ils ne gèrent pas leur bi- plurilinguisme. 1.1. Stéréotype et stéréotypage Il existe tout un ensemble d'attitudes, de stéréotypes, de sentiments face aux langues, aux variétés géographiques de langues et à ceux qui les utilisent. Comment les locuteurs se situent par rapport aux autres pratiques, comment ils situent leur langue par rapport aux autres langues en présence. Ce qu'il faut retenir ici est le rôle important accordé aux représentations car celles-ci déterminent:

15

des jugements sur les langues et les façons de les parler, jugements qui souvent se répandent sous forme de stéréotypes; des attitudes face aux langues, aux accents, c'est-à-dire en fait face aux locuteurs que les stéréotypes discriminent; des conduites linguistiques tendant à mettre la langue du locuteur en accord avec ses jugements et ses attitudes (L.J. Calvet, 1999 :158).

Mais un premier constat s'impose: les stéréotypes jouent un rôle très important dans l'acquisition, l'élaboration et le stockage des informations. Leynes propose de distinguer le stéréotype, comme une opinion, une croyance, une représentation concernant un groupe et ses membres, du stéréotypage (appelé stéréotypisation), qui peut être utile en fonction des conditions de son usage. Nous insistons sur la distinction entre les stéréotypes- le contenu social- et la stéréotypisation-le processus individuelqui prend place dans un contexte social et qui est modelé par lui. Les gens peuvent se passer de certains contenus spécifiques mais pas du processus (R. Amossy,1997 : 49).

La tendance à étudier le procès du stéréotypage comme démarche cognitive bénéfique nous permet d'interpréter les premiers résultats de cette enquête, qui ouvrent des perspectives dans la conception d'une didactique plurilingue et interculturelle de la construction des connaissances.
1.2. Représentations sociales des langues

Certaines qualifications servent parfois à évaluer l'importance relative des langues: « langues minoritaires», « langues moins parlées», « langues véhiculaires», {(langues internationales », appréhendées ici en tant que représentations sociales et catégorisations qui fluctuent au gré des histoires nationales, des renversements géopolitiques, des visions du monde traversées par les profondes mutations résultant de la mondialisation. Ces classifications relèvent plus des rapports de force que de la science. Ainsi, on classe le plus souvent comme « internationales» les langues retenues comme langues de travail par les organismes internationaux (rONU, l'OUA, l'UNESCO, etc.). L.J. Calvet ajoute que « l'avenir des langues dépend en partie du rapport entre un besoin social (la demande) et les potentialités des langues en présence (l'offre) » (Idem: 105). Du point de vue théorique, les représentations sociales du langage interviennent dans l'enseignement et l'apprentissage des langues, soit « sous la forme de croyances vernaculaires précritiques, soit sous la forme de connaissances linguistiques acquises dans un cadre institutionnel, notamment de type scolaire ou universitaire» (8. Py, Langages n0154, 2004 : 15). Dans cette même logique, la notion de « représentations sociales» est d'une efficacité opératoire pour expliquer la nature des liens sociaux qui unissent les individus, des pratiques sociales qu'ils développent, pour concevoir ou adapter des outils d'enseignement, pour prendre en compte l'identité sociale des élèves et introduire la pluralité des points de vue. 1.3. L'interculturel

dans l'enseignementI apprentissage des langues

L'interculturel se définit comme un « choix pragmatique face au multiculturalisme qui caractérise les sociétés contemporaines» (Maddalena de Carlo, 1998 : 40). Ilest centré sur l'affirmation de l'identité, sur l'échange culturel qui permet la comparaison des convictions,

16

des représentations, des valeurs... Ilfournit l'occasion d'éviter les stéréotypes, de relativiser ses jugements en fonction des situations vécues. Le défi interculturel est de montrer que la classe de langue est un espace où se rencontrent la culture de l'apprenant et la culture de la langue à enseigner. On pose par hypothèse que les élèves ne sont pas tous égaux. Si les motivations, les besoins et les résultats diffèrent d'un individu à l'autre, ilest également vrai que l'opportunité d'être confronté à une seconde langue est variable. Certains d'entre eux ont la possibilité d'apprendre deux langues simultanément (enfants de diplomates, de cadres supérieurs, de médecins, d'enseignants de français, enfants de couples binationaux..), alors que d'autres, la majorité, sont confrontés à un apprentissage consécutif de deux langues. Il est évident que ces deux types de bilinguisme mènent à des degrés de maîtrise différents des langues pratiquées. D'une façon générale, l'enseignant de langue se trouve en charge d'une problématique qui lui échappe: un questionnement sur l'identité sociale et sur l'altérité. Il «occupe plus ou moins consciemment une position stratégique dans tout système éducatif, puisqu'il construit cet espace interstitiel entre le semblable et le différent, l'intérieur et l'extérieur, le lointain et le proche» (G. Zarate, 2004: 11). Sa tâche est donc de recenser les représentations disponibles qui permettent d'orienter le déroulement d'un cours. 2. Le plurilinguisme en Algérie face à la mondialisation Aujourd'hui, le plurilinguisme est un phénomène non seulement reconnu mais également recherché dans les contextes internationaux afin de pouvoir s'adapter et faire face aux enjeux de la mondialisation. La question qui s'impose dès lors est d'essayer de comprendre comment la politique linguistique algérienne s'adapte ou non aux nouvelles exigences pédagogiques et soclo-é~onomiques; si le contact des langues, dans un contexte multilingue, favorise l'interaction. 2.1. Aperçu de la situation linguistique en Algérie Il existe dans la société algérienne une configuration linguistique quadridimensionnelle, se composant fondamentalement de l'arabe algérien, la langue de la majorité, de l'arabe moderne pour l'usage de l'officialité (textes officiels, administration, école et médias), du tamazight, langue du patrimoine culturel, qui se compose lui-même d'un ensemble de parlers (le' kabyle, le chaoui, le mozabite, le targui etc.) et du français, langue héritée du colonialisme, pour l'enseignement scientifique. 2.2. Politiques linguistiques et confli~s de représentations Commençons par deux définitions. L.J. Calvet appelle « politique linguistique un ensemble de choix conscients concernant les rapports entre les langue(s) et la vie sociale, et planification linguistique, la mise en pratique concrète d'une politique linguistique, le passage à l'acte en quelque sorte» (2003 : 110). Pour Henri Boyer, l'expression politique linguistique est plus souvent employée en relation avec celle de planification linguistique: tantôt elles sont considérées comme des variantes d'une mêm'e désignation, tantôt elles permettent de distinguer deux niveaux de l'action du politique sur la / les langue(s) en usage dans une société donnée. La planification linguistique est alors un passage à l'acte juridique, la concrétisation sur le plan des institutions ($tatiques, régionales, voire internationales) de considération de choix, de
17

perspectives

qui sont ceux d'une politique linguistique (1996 : 23).

Si la gestion politique des langues passe par l'analyse de leurs fonctions symboliques ou pratiques, le recours à l'histoire permet de retrouver la genèse des représentations. Dans cette perspective, il semble que la recherche de l'authenticité a conduit d'abord l'Association des Oulémas, par la création de médersas, à fixer un double objectif: rétablir l'Islam dans sa pureté et « arabiser» les Algériens menacés par la « francisation». Au lendemain de l'indépendance, malgré le manque de moyens, les nationalistes du FLN ont mis au point une politique linguistique d'arabisation pour affirmer l'identité arabe sans tenter de préserver les langues minoritaires. H. Boyer nous précise ce point: Ilest évident que les pays du Tiers- Monde qui ont souhaité, à la suite de la colonisation, instaurer des planifications linguistiques, n'ont pas toujours eu les moyens (en particulier financier) de leur ambition. Car les politiques linguistiques, comme d'autres types d'intervention étatique, coûtent cher, par ailleurs les conditions historiques et culturelles elles-mêmes sont parfois des obstacles quasi insurmontables devant lesquels le volontarisme reste relativement impuissant (1991 : 107).

Les héritiers des

Oulémas

{(

se sont voulus, pour reprendre

l'expression

de G.

Grandguillaume, plus arabes que tous les Arabes» (M. Benrabah, 1999 : 132) en proposant d'anéantir ce mélange d'éléments de cultures disparates, et contradictoires, héritées des époques de conquêtes coloniales et de lui substituer une culture nationale unifiée, liée à la civilisation arabo-islamique : L'arabisation est devenue synonyme de ressourcement, de retour à l'authenticité, de récupération des attributs de l'identité arabe qui ne peut se réaliser que par la restauration de la langue arabe, récupération de la dignité bafouée par les colonisateurs et la condition élémentaire pour se réconcilier avec soi-même (Kh.Taleb Ibrahimi, 1997 : 184). Le rapport langue nationale / langue étrangère est un rapport conflictuel définissant chacune des langues par un statut qui, tout en précisant les rôles et les fonctions qui leur sont assignés, fixe aussi leurs aires d'emplois ainsi que certains usages. 1978 est l'année

effective de l'application de l'école fondamentale totalement arabisée. Les langues étrangères sont décrétées langues d'ouverture sur la civilisation universelle et sur l'univers scientifique. Dans cette même perspective, ilfaut noter que l'enseignementde la civilisation est un enseignement pour la communication, c'est-à-dire pour l'usage effectif, par
l'apprenant, de ce qu'il a appris. D'une façon générale, l'arabisation des Sciences humaines, politiques et juridiques a créé des divisions, voire des affrontements, au sein de la communauté universitaire entre trois courants: arabophone, francophone- dénoncé comme « francophiles »- et berbérophone. L'application du multipartisme à partir de 1988, s'est accompagnée d'un intérêt pour la langue et la culture berbères et d'une réactivation de l'arabisation. Le 17 décembre 1996, le Conseil national de transition (CNT), l'assemblée législative algérienne désignée, votait à l'unanimité une loi sur la' « généralisation de l'utilisation de la langue arabe», elle n'a
cependant

pas été suivie de texte officieldéfinissantles modalitésde son applicationdans

les divers secteurs concernés. La position des partisans de cette loi conduirait à attendre la disparition du français, voire à l'accélérer. Position peu réaliste, qui a relancé la guerre linguistique entre arabophones et francophones.

18

Des changements dans la perception des statuts des langues du pays semblent caractériser le discours officiel algérien depuis l'arrivée de M. Abdelaziz Bouteflika à la présidence de la République. En 2003, la Commission nationale pour la réforme du système éducatif (CNRSE) propose, en s'appuyant sur le choix des parents d'élèves, que la langue française soit introduite comme première langue étrangère dès la 2èmeannée du cycle primaire et serve de médium d'enseignement des disciplines scientifiques dans le cycle secondaire. En somme, cette chronologie, qui ne distingue que les moments forts d'un discours sur l'arabisation, ne se prétend pas exhaustive. Cette politique linguistique algérienne est basée sur le monolinguisme: une nation, une langue, elle a privé le pays du multilinguisme
pourtant bien réel dans la société.

3. Synthèse interprétative des principaux résultats obtenus Sur 100 sujets retenus, on n'en compte que 18 de sexe masculin. Ceci n'est pas une situation particulière à cette enquête, les filles paraissent plus coopératives et plus nombreuses que les garçons. Cet entretien permet aux étudiants de verbaliser leurs interrogations, leurs expériences personnelles, leur souffrance, leurs attentes... Leurs représentations permettent de s'auto-catégoriser et de justifier le choix de certaines langues par rapport à d'autres en fonction des enjeux pédagogiques, sociaux, culturels, affectifs et techniques. 3.1. Analyse des représentations des langues

Il n'est pas toujours possible d'établir une distinction tranchée entre la production de stéréotypes et le processus individuel de stéréotypage : le premier prend la forme d'une reconnaissance du déjà dit, tandis que le second prend place dans le contexte social et s'apparente à la prise en compte de la relation personnelle d'un étudiant avec ses langues et sa culture (situation de gêne ou de malentendu, explication de la différence culturelle...). a) Les premiers éléments dégagés montrent que le rapport diglossique se réalise dans les valeurs attribuées à chaque variété dans le « marché linguistique ». De nombreux étudiants ont exprimé cette coexistence conflictuelle entre les langues en présence. « Tout plurilinguisme est dans le cadre d'une dynamique sociolinguistique plus ou moins fortement conflictuel» (H.Boyer, 1997 :15), autrement dit on assiste à une concurrence « plus ou moins violente et déloyale où une langue en position de force occupe tous les secteurs de l'activité langagière au détriment d'une autre langue (ou de plusieurs) ». Le plurilinguisme algérien est problématique car les langues maternelles sont considérées comme « langues minoritaires» : « est plurilingue celui qui parle trois langues: arabe, français et anglais». Les étudiants interrogés choisissent plutôt d'apprendre une langue très parlée dans le monde que le berbère, une langue qui ajoutera un « plus» à leur curriculum. b) L'ancrage dans le connu) le familier, le rassurant demeure une caractéristique majeure des représentations estudiantines. L'arabe algérien- langue maternelle- est en évolution, bien qu'il soit stigmatisé par rapport à la langue de l'école. L'arabe classique- langue officielle- est associé à des représentations de valeurs sacralisantes : « c'est la langue du Coran». La langue française bénéficie d'une présence à la fois symbolique et linguistique. Pour beaucoup d'étudiants, elle fut et demeure une langue d'ouverture à la modernité et de relation au monde. Elle est présente dans les parlers arabes et berbères. L'origine de 19

certains échecs dans l'apprentissage de cette langue réside, selon eux, dans les préjugés idéologiques transmis par les islamistes dans les années 90; on interdisait son enseignement dans certains établissements scolaires. c) L'introduction du berbère dans le système scolaire reste timide mais envisageable: toute langue représente un pan de connaissance, quel que soit son statut. Les étudiants berbérophones disent: « halte à la répression culturelle », « le tamazight exprime l'authenticité maghrébine». Ils accusent l'arabisation d'avoir islamisé l'école en optant pour l'enseignement de l'arabe classique, coranique ou littéraire, enseigné comme

langue « haute» « Notre pays est bien connu pour ses différences linguistiques et
>

culturelles. Pourquoi ne pas reconnaître cette réalité « pluraliste» ? » Certains d'entre eux pensent que la valorisation de la culture nationale passe par la promotion de la littérature francophone d'origine algérienne. Jean Amrouche, Mouloud Feraoun, Mouloud Mammeri et Kateb Yacine... admettent, à titre d'exemple, que la valorisation des langues et des cultures maternelles est au service des intérêts identitaires nationaux: faire en sorte que chacun se sente reconnu dans sa différence pour adhérer à l'ensemble, c'est-à-dire « construire une identité algérienne stable et citoyenne». 3.2. Contextes d'enseignement de la langue française et enjeux politiques

En ce début du 3èmemillénaire, des indices montrent que la direction à suivre, en matière d'apprentissage des langues, dans le contexte de la mondialisation, est nettement en faveur du français. Héritée de l'histoire, cette langue demeure, grâce à l'accès aux médias étrangers facilité par les antennes paraboliques et le câble, un élément constitutif de l'environnement linguistique et culturel des sujets parlants. Nous reprenons- pour décrire la réalité concrète de la langue française en Algérie- les remarques de Rabah Sebaa : Sans être officielle,elle véhicule l'officialité, ans être la langue d'enseignement, elle s reste une langue privilégiéede transmissiondu savoir, sans être la langue d'identité,elle continue de façonner de différentes manières et par plusieurs canaux l'imaginaire collectif,sans être la langue de l'université,elle demeure la langue de l'université(Extrait d'un articlepubliépar lejournalElWatan du 1erseptembre 1999 : 7). Cet entretien semi-directif nous a permis de dresser un bilan, de dire que le français, « butin

de guerre» (selon l'expression de Kateb Yacine), ne peut pas disparaître du marché linguistiquealgérien car cette langue est étroitement liée aux grands idéaux scientifiques, éthiques, esthétiques et humanistes. « L'Algérie est un pays qui n'appartientpas à la
francophonie mais nous n'avons aucune raison d'avoir une attitude figée vis-à-vis de la langue française qui nous a tant appris et qui nous a, en tout cas, ouvert la fenêtre de la culture française», déclare le Président Abdelaziz Bouteflika au sommet de la francophonie tenu à Beyrouth. (Ct. El Watan, 1/8/1999). Ici, la francophonie- respectueuse de la diversité des cultures- est considérée comme un pôle de liberté et d'ouverture au monde. Ce n'est certes pas la défense de la langue française qui compte; mais la défense de ceux qui la parlent. Ces locuteurs sont aussi biculturels, ils disposent d'un éventail plus large et plus souple dé représentations à propos des langues, de leurs fonctionnements et de leurs usages sociaux. Par ailleurs, la mondialisation a fait naître un besoin de communication. L'acquisition du français comprend l'acquisition d'une compétence culturelle et celle de la capacité de vivre ensemble avec d'autres. Cette langue est associée' à des stéréotypes valorisants qui

20

renvoient

aux représentations affectives: « j'aime bien cette langue», « c'est une belle

langue». Elle est aussi le produit d'une recherche de prestige culturel ou de positionnement social car elle est souvent liée au travail et à la promotion professionnelle, même si pour cet aspect l'anglais commence à gagner du terrain dans le domaine des sciences exactes. Certaines branches de l'enseignement supérieur (médecine, biologie, sciences vétérinaires, pharmacie, architecture, informatique) et les secteurs clés de l'économie nationale (industrie, hydrocarbures, technologie, banques...) continuent à utiliser le français. Les facteurs qui sous-tendent ce choix sont: l'Internet, les impératifs de la recherche, la nécessité de s~ouvrir aux nouvelles technologies, les manifestations pour l'année de l'Algérie en 2003, la pénurie de la documentation scientifique en langue arabe, malgré les efforts déployés en faveur des importations et des traductions. 3.3. L'alternance codique Les étudiants se trouvent forcément dans une situation de contact des langues puisqu'ils apprennent l'arabe classique dès la première année primaire, et le français comme première langue étrangère un peu plus tard, suivi par l'anglais. Ce contact de langues il génère aussi un produit des interférences, des alternances codiques et des stratégies: problème de communication sociale ». (L.J. Calvet, 2003 : 47). L'alternance des langues sert à compenser un déficit de compétence linguistique dans au moins une des deux langues utilisées, «une telle communication a d'importantes fonctions communicatives et comporte des significations qui, à bien des égards, sont semblables à celles des choix stylistiques dans les situations monolingues» (J. Gumperz, 1989 : 111).
({

Les résultats analysés révèlent que les étudiants d'Alger sont plus régulièrement au contact de la langue française que ceux des autres universités. Mais aucune des langues pratiquées n'est suffisamment maîtrisée. Les personnes interrogées nous expliquent que lorsque l'enseignant aborde des sujets dits scientifiques ou techniques, il fait intervenir le français qu'il alterne parfois avec l'anglais (quelques emprunts). Le recours à l'arabe dialectal sert à interpeller les étudiants pour participer. La répétition d'un même message dans deux ou plusieurs langues différentes a pour but d'apporter des informations supplémentaires, de maintenir le contact qui déclenche l'échange communicatif, de s'assurer que le cours est bien compris. En guise de conclusion, la mondialisation nécessite la reconnaissance des langues, l'adaptation aux nouvelles cultures technologiques et impose sa propre orientation en matière de politique éducative, qui dépend à la fois de l'Histoire nationale et des orientations géo-politiques. Dans cette même logique, on ne peut pas instaurer une politique linguistique par la contrainte. Il serait souhaitable, pour dépasser les difficultés, de débattre la question de l'enseignement des langues avec les spécialistes (linguistes, pédagogues et parents d'élèves) afin de définir les stratégies d'apprentissage, de cibler les manuels pédagogiques (définir~ à titre d'exemple. la place à accorder à la littérature algérienne d'expression française dans ces manuels) et de réaliser des programmes scolaires à partir des besoins de la société. Les résultats obtenus de cette enquête semi-directive ouvrent, on l'a dit, des perspectives dans la conception d'une didactique du plurilinguisme et du pluriculturalisme, qui s'interprète à travers les discours portés sur les langues, la conception de l'identité nationale et de la relation à l'altérité. Ils semblent confirmer l'utilité de dépasser le constat d'échec par des 21

propositions pédagogiques concrètes {appréciation du bénéfice linguistique de l'enseignement bilingue, prise en compte des besoins des apprenants, nécessité de les doter des moyens leur permettant « la communication interculturelle »..). Il est urgent de revoir la formation des enseignants et des formateurs. A ce sujet, il apparaît opportun de les aider à : a) inscrire leur enseignement dans une perspective interculturelle (réappropriation de la mémoire plurielle de l'Algérie et ouverture sur le monde), b) acquérir une maîtrise minimale des outils liés aux techniques d'information et de communication afin de former des étudiants plurilingues prêts à se distinguer sur le plan professionnel car les « portes de l'ouverture s'ouvrent de l'intérieur». Avec de la volonté, ces futurs diplômés auront la chance de devenir motivés, productifs et efficaces.

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22

ANNEXES
Guide d'entretien semi.directif

Fiche de renseignements: Prénom: ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ...

.

Age: Sexe: Filière:
12a b

,........................... 0............. ..........
~---------------

Quelles sont les langues apprises à l'école?

..
Que représentent pour vous les langues suivantes: l'arabe algérien ?.. ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... l'arabe classique ?.. ... ... ... ... ... ... ... ... '.. ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ._,

c
d

lefrançais?
le tamazight

,.........................................................

?.

. ... . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . .. .. . . . . . . . .. . . . . ... . . . . . . . . . . . . . .. . . . . .. ... . . . .. . . . . .

34-

Quelle langue étrangère faut-ilapprendre? ....................................... -Pourquoi? ........................................................................................................... Que pensez-vous de l'introduction français dès la deuxièmeannée de l'enseignement primaire? du

...
5- Quel avenir pour le tamazight en Algérie?
" H....................................................
...........................................

6-

Y a t- il une concurrence entre le français et ranglais dans l'enseignement?
... ... .. . .. . .. . .. . . .. .. . .. . ... .. . .. . ... .. . .. . . .. . .. .. . .. . .. . .. . .. . ... L'utilisation

78a b

pédagogique de l'Internet peut-elle promouvoir la langue française en Algérie?

...

............

...

...

......

.........

De ces langues, dites laquellevous semble la plus belle, la plus utile,la plus cultivée,la plus pratiqueet la plus difficile: l'arabe classique ?............................................................................................... le français? ,.................................................................
l'anglais
le tamazight

c
d

?
?..

"...................................................................................
. .. ... ... .. . ... . .. . .. .. . ... ... .. . ... :.. .. . .. . . . . . .. ... . .. ... ... .. . .. . . .. . .. . . . . .. . .. ... ... . . . .. . . . .

9a. b. c. 10-

Quelleplace occupe le français dans l'ensei.gnementsupérieur? Languedominante Langueseconde Langueétrangère Selon vous, qu'est-ce que la francophonie?

...
11- Si vous aviez à choisir entre le français et l'arabe comme langue d'enseignement laquelle choisiriez-vous?
H
Pourquoi?

P.................................................

... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... .., ... ..>... ... ... ... ... ... ...
H " H H..............

12- L'utilisation du français est-elle indispensable dans certaines filières?

Si oui,dites pourquoi?

'H

13- Lorsque la langue d'enseignement n'est pas adaptée aux capaCités des étudiants, les enseignants ont-ils recours à d'autres langues (ou dialectes)? Oui... Non..... Si oui lesquelles ?.. ... ... ... ... ... ... ... .,. ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ...

H................................................................
14- Les langues pratiquées à l'université sont-elles suffisamment maîtrisées par les étudiants? . Oui Non 15- L'avenir scientifique en Algérie est-il au monolinguisme ou au plurilinguisme? Pourquoi? H ...........
23