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Stéréotypage, stéréotypes

De
329 pages
Que les stéréotypes soient utiles voire indispensables pour le confort de la communication entre membres d'une même communauté culturelle, comme le pensent certains ou qu'il faille les dénoncer, pour d'autres, en raison de leur nocivité intra et intercommunautaire, leur prégnance et leur impact sont tels qu'ils constituent, pour les sciences de l'homme et de la société dans leur ensemble, des objets d'étude dont l'intérêt n'a cessé de se confirmer durant ces dernières années.
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Stéréotypage, stéréotypes: fonctionnements ordinaires et mises en scène
TOME2
IDENTITÉ( 5 )

2007 5-7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005 Paris http://www.1ibrairieharmattan.com diffusion.harmattan @wanadoo.fr harmattan! @wanadoo.fr

@ L'Harmattan,

ISBN: 978-2-296-02960-6 EAN : 9782296029606

Stéréotypage, stéréotypes: fonctionnements ordinaires et mises en scène
TOME

2

IDENTITÉ{S)

Actes du Colloque

International

de Montpellier

(21, 22 et 23 juin 2006, Université Montpellier III)

Publiés sous la direction de Henri Boyer

Avec la collaboration de

Carmen Alén Garabato, Ksenija
Mariana Negru, Eléonore

Djordjevié,

Yasri-Labrique

L'Harmattan

Présentation
Les représentations partagées, qu'elles soient qualifiées de collectives, sociales ou (socio)/inguistiques, manifestent une tendance inéluctable au stéréotypage (ou à la stéréotypie). Les stéréotypes, comme structures socio-cognitives, peuvent donc être considérés comme les produits, toujours disponibles au sein des imaginaires des communautés culturelles, de ce processus de figement représentationnel. Qu'ils soient utiles, voire indispensables pour le confort de la communication entre membres de ces mêmes communautés, comme le pensent certains ou qu'il faille les dénoncer, pour d'autres, en raison de leur nocivité intra et intercommunautaire, il n'en est pas moins vrai que leur prégnance et leur impact sont tels qu'ils constituent, pour les sciences de l'homme et de la société dans leur ensemble, des objets d'étude dont l'intérêt n'a cessé de se confirmer durant ces dernières années, comme en témoignent de nombreux ouvrages, individuels ou collectifs. Le Colloque international de Montpellier: "Stéréotypage, stéréotypes: fonctionnements ordinaires et mises en scène", qui s'est déroulé du 21 au 23 juin 2006 à l'Université PaulValéry, a donné lieu à une riche confrontation des approches du stéréotypage et des stéréotypes produites dans divers champs disciplinaires: les sciences du langage (sociolinguistique, sémiotique, analyse du discours) et la didactologie des langues-cultures; la psychologie sociale, la sociologie et l'ethnologie; la politologie et les sciences de l'information et de la communication ou encore la sociocritique, l'analyse littéraire et l'étude des discours cinématographiques... Aussi, les contributions à ce Colloque rassemblées ici, de par l'hétérogénéité des angles d'attaque, des corpus traités et des préoccupations théoriques et méthodologiques ont permis de mettre parfaitement en évidence, au sein de productions discursives très variées où le stéréotypage est à l'œuvre, les modalités de fonctionnement, discret ou spectaculaire, des stéréotypes et les enjeux de tous ordres dont ils sont investis. Il a fallu gérer une certaine dispersion des objets et des perspectives, bien que la centration sur la problématique visée soit incontestable: nous avons opté dans l'organisation du Colloque pour une distribution en cinq ateliers qui, même imparfaite, permettait d'utiles regroupements. La composition de ces Actes en cinq Tomes reconduit cette distribution. L'exercice n'a pas été toujours aisé et il est évident que certaines communications auraient pu figurer dans une autre section que celle qui a été en définitive choisie. Par ailleurs chacune des trois conférences données en séance plénière s'insère dans l'un des cinq tomes, selon sa dominante. Aussi discutable soit-il, l'édifice nous semble bien présenter les lignes de force de la recherche actuelle sur le stéréotypage/les stéréotypes.

7

Ainsi, les questionnements spécifiques, concernant aussi bien des fonctionnements ordinaires que des mises en scène, prennentplacedans l'undes cinqensemblespubliés,

dont on trouvera l'intégralité des sommaires dans les pages qui suivent:

- C'est

du vecteur

médiatique

qu'il est question

dans

le Tome

1: Média(tisation)s,

du

stéréotypage et des stéréotypes comme phénomènes communautaires, à propos desquels les médias ont une responsabilité particulière, dans les sociétés médiatisées. - Le stéréotype est lié fonctionnellement à la catégorisation: qu'elle soit groupale, sexuelle, sociale..., intra ou intercommunautaire, qu'elle soit ou non stigmatisante. C'est de la
construction, de la (re)production de l'Ides identité(s) que traite le Tome 2: Identité(s). aux traitements du stéréotype dans - Le Tome 3: Education, Ecole, Didactique est consacré

le domaine éducatif et l'enseignement/apprentissage

dans un secteur particulièrement des langues-cultures.

exposé:

celui

de

- Le stéréotypage concerne aussi les langues, dialectes et autres parlures: les stéréotypes habitent les discours épilinguistiques. Les stéréotypes fonctionnent également, sur le mode

dialogique,dans les interactions,au sein des actes de communication: Tome 4: le
Langue (s), Discours accueille ainsi les interventions traitant de langue, de langage et de communication. - La création artistique (sous ses diverses modalités), si elle n'a pas le même rapport aux stéréotypes que les médias, n'en est pas moins concernée par leur prégnance, la littérature et le cinéma en particulier. Ilen est question dans le Tome 5: Expressions artistiques.

Henri Boyer

8

SOMMAIRES

DES CINQ TOMES

Tome 1: Média(tisation)s H. BOYER: Présentation C. ADINSI, A. ADINSI: La campagne de lutte contre la discriminationde 2001 et ses stéréotypes: Travail et stéréotypage V. BELIAKOV: La représentation stéréotypée des autorités: construction de l'image à travers des discours médiatiques russes A. BLANCHET: Le cycle figement / défigement d'un stéréotype dans la presse vidéoludique française: le cas du remake V. BONNET: Stéréotypage et éthos dans le commentaire sportif: construction et évolution d'un genre C. CHABROL: Catégorisation de genre et stéréotypage médiatique: du procès des médias aux processus sociomédiatiques M. CHAUQUE: Mises en opinion médiatisées de la « crise des banlieues en France» : construction et déconstruction discursive de l'image stéréotypée des objets conflictuels (octobre/novembre 2005) V. COPPOLA, O. CAMUS: Le sida dans la presse: du fait à sa représentation C. COURBIERES: Le principe du stéréotypage médiatique de l'image féminine de mode: de La Belle au Bois Dormant à La possibilité d'une Île

F. DAGHMI:

Les images de « l'immigré»dans la presse française

M.R. DAGOSTINO, E. LEBEL: Métaphoresvisuelleset métamorphosedu stéréotype K. DJORDJEVIC: Violence urbaine: lorsque la presse en parle J.P. HONORE: 2002 : le Japon de L'Equipe. Quelques stéréotypes relatifs au Japon et à la Corée dans le discours sportif

V.

JULLIARD:

Stéréotypes médiatiques et nouveaux modèles: étude des représentations des Réceptiontélévisuelleet stéréotypage :
le miroir aux

femmes politiques dans le cadre de la médiatisation de la loi sur la parité (1998-2005) E. LEBEL, M. LAVALLÉE, M.E.GIRARD, A. DESCHENEAU: un frein ou une ouverture à la connaissance L. LEVEN EU R: Réflexivité diffuse et représentations alouettes
M. LOPEZ

stéréotypée du journaliste:

DIAZ: Stéréotype, reproduction et subversion dans la publicité Publicité et stéréotypes visuels

D. LYSARDO-DIAS:

S. MONT ANOLA:
niveau

Représentations et stéréotypes dans l'image médiatique des boxeuses de haut
la lesbienne-

E. MOREAU: La représentation des lesbiennes dans les news magazines français: mère, vers un nouveau stéréotype?

S. PAHUD: Stéréotypage des identitéssexuées dans le discours publicitaire
B.
PEETERS:

Le stéréotypage du tueur en série dans un corpus de faits divers. Le cas de Michel

Fourniret 9

M. E. PERROT: Nature communauté minoritaire:

et fonction des stéréotypes linguistiques L'Évangéline de 1887 à 1930 de propre, persuasive de fraîcheur,

dans le discours

de presse

d'une

S. PERROUTY -PERRET: Odeurs associés aux fragrances et influence O. PUL V AR: Le stéréotypage médiatiques E. Y ASRI:

de douceur...

Stéréotypes

culturels

des identités

collectives

minoritaires:

dérives

identitaires

et dérapages

« Une porte qui s'ouvre»

: quand

les journaux

français

mettent

en scène

la Turquie...

Tome 2 : Identité(s)
S. BAILLY: G. BUDACH, Canada: Sexotypes langagiers et communication M. RICHARDS: Bison, feuille d'érable et fleur de lys du

C. MOISE,

A. DUCHENE, existent-ils

les stéréotypes Processus P.A. MALLET:

toujours? croisée du Maroc chez dans les jurés l'iconographie des brochures touristiques:

S. CAILLAUD: P. CAILLE,

de catégorisation La Construction

Typage
combat

et / ou Stéréotypage Stéréotypes pour et autonomisme: du Jura étude (Suisse) entre : Une discursif attribution représentation et démarcation sociale nom du monde chinois des représentations sociolinguistiques dans le

S. COTELLI: mené

l'indépendance

C. DA YER: S. DREYER: F. DUFOUR: E. GOUABAUL L. JEANNEAU, Influence

Stéréotypes

et homosexualité: romantiques»

« Les Français Le « Sud

», un stéréotype Stéréotype,

qui ne dit pas son

T: Le dauphin; N. ROUSSIAU: 'Idéal/Réel'

« contre-stéréotype et Représentation

», symbole sociale de l'enseignant universitaire:

Stéréotype

du thêmata

A. LACHKAR: discours 'très'

Stéréotypes spécifique

de pensée

et stéréotypes

de langue:

Réflexion

sur le contenu

lexical

d'un

J.L. LEONARD:
guatémaltèque S. LOSA: cas d'un

Archétypes,
comme

prototypes,
révélateur

hypotypes,
identitaire.

antétypes
Analyse d'un

et stéréotypes:
discours oral

la situation
en interaction: le

Le stéréotype entretien

sociolinguistique intergroupes masculins vs féminins. Contexte professionnel et domination

P. MOLlNER:

Stéréotypes

masculine A. MORIN:
maghrébine N. PEPIN:

Se démarquer
face Stéréotypes

de l' « arabe de service»,
en politique Eléments d'une

Les candidats
de l'identité

issus de l'immigration

à leur stéréotype en interaction.

grammaire

V. PRICOPIE: La ({ Provocation turque}) Stéréotypes français et roumains su l'Autre de l'Europe
B. RAFONI: stéréotype
J.B. RENARD:

« Sacrés

Français»,
portraits

méta-images
contrastés dans

et discours
la formation

ordinaire

dans une littérature

du

Le rôle des

des stéréotypes

10

C. SCHURDEVIN-BLAISE: Les représentations de l'Indien dans les manuels scolaires et leurs enjeux dans la construction identitaire nationale du Chilide la fin du XIXe siècle - début du Xxe P. SIBLOT: Implicites d'une stéréotypie de la formation discursive coloniale relative à l'Algérie A. STERGIOU: Stéréotypes et discrimination: le cas des Albanais en Grèce et l'enjeu éducatif M. SUQUET: Les compétences féminines ont-elles un sexe? Stéréotypes et compétences masculines et

T. TREFAULT: Tsiganes et culture tsigane, dénominations, représentations et stéréotypes R-M. VOLLE: Les stéréotypes sur les Roms en Roumanie des discours médiatiques aux discours « ordinaires» : Position du sujet et mots des autres U. WINDISCH: Les représentations sociales ne naissent pas "hors sol" : l'exemple de l'immigration

en Suisse
M. ZERV A: Le rôle des stéréotypes dans la construction identitaire : une étude de cas

Tome 3: Education, Ecole, Didactique H. BOYER: Présentation K. AIT DAHMANE: La langue française en Algérie: Stéréotypes interculturels et apprentissage en contexte bilingue N. AUGER, P. DALLEY,S. ROY: Stéréotypes et stéréotypages de la diversité linguistique en classe de français langue seconde et minoritaire M. BENTO: Stéréotypes de la langue orale dans les ensembles pédagogiques de Français langue étrangère en Europe P. BOURDIER: Stéréotypes et manuels scolaires actuels: l'exemple du cinéma dans l'enseignement du français S. CLERC: La représentation des langues et de la France chez les élèves nouvellement arrivés en France F. DERVIN, E. SUOMELA-SALMI:Rôle des représentations et stéréotypes dans l'apprentissage du français au niveau universitaire J-L. DUFAYS: Stéréotyper, suspendre, rouvrir: le chantier sans fin de la lecture et de l'apprentissage M. EISL: Représentations et stéréotypes à l'œuvre dans la classe de langue: pistes didactiques à l'exemple des regards croisés France-Autriche P. GARDIES: Stéréotypes et interculturalité: pistes pédagogiques G. IOANNITOU: L'impact des stéréotypes sur l'action parentale en ce qui concerne leur politique linguistique et éducative F. ISHIKAWA:Articulation entre la transmission du savoir et le stéréotypage en classe de langue: analyse interactionnelle du stéréotype dans le discours didactique A. JARLEGAN, Y. TAZOUTI, A. FLIELLER:Stéréotypes de sexe, attitudes et performances scolaires des élèves à l'école primaire A. KACPRZAK:Le stéréotype en tant qu'instrument de la propagande

11

B. KERVYN:Les phénomènes de stéréotypie: essai d'outillage pour la didactique de l'écriture E. LEMAIRE: L'enseignement de la culture française aux mineurs étrangers isolés: impacts de la stéréotypie sur la construction identitaire de primo-arrivants en situation d'urgence S. LE ROHELLEC: Mise en scène ethno-sociolinguistique par le conte: quelques cas d'écoles de Madagascar Ch. MORIN-MESSABEL:Logiques scolaires, logiques sexuées à l'école primaire T. NIKOU:L'enseignant de FLE devant un défi: démonter ses stéréotypes vis-à-vis de l'Autre Ch. ROMAIN:L'impact des stéréotypes de la violence urbaine en milieu scolaire J. SAUVAGE: L'image de soi à travers les discours des autres en ITEP

Tome 4: Langue(s), Discours H. BOYER: Présentation S. AL KARJOUSLI: Stéréotypage, stéréotypes et effacement de la polysémie dans la langue arabe S. ANQUETIL:Actes de langage indirects et inférences stéréotypiques H. BOYER: Le stéréotypage ambivalent comme indicateur d'une situation conflictuelle de contact de langues P. CHARAUDEAU:Les stéréotypes, c'est bien. Les imaginaires, c'est mieux P. DANLER: "Les Italiens du 20e siècle": relevés de textes politiques sur la base de la sémantique des stéréotypes et de la sémantique des scènes-et-cadres

M. DREYFUS:

Productionet déplacement de stéréotypes en situationd'entretien

O. GALA TANU: Pour une approche sémantico-discursivedu stéréotypage à l'interface de la sémantique théorique et de l'analyse du discours

I.GONZALEZ REY: Les stéréotypes culturelset linguistiquesdes expressions idiomatiques
S. LESENNE: Stéréotypes et culture écrite: la construction de l'identité de lecteur J. LONGHI, G. E. SARFATI Canon, doxa, vulgate: enjeux sociodiscursifs du stéréotypage dans la dénomination INTERMITTENT ,. MACHADO: La même représentation de la prostituée dans deux discours culturellement différents: étude du stéréotype dans l'optique de l'analyse du discours M. MARGARITO: De la référence artistique au stéréotype culturel: cartes postales et plaquettes touristiques M. MATTHEY: Est-ce que vous êtes bilingue? Entretien de recherche et stéréotypage bilinguisme M. PESCHEUX: Stéréotypes sémantiques
d'analyse

du

et

stéréotypages

discursifs:

mécanismes

polyphoniques

dans des entretiens

de pratique

A.H. RHEAULT: L'utilisation des stéréotypes et des lieux communs dans le discours
épilinguistique : vers une approche argumentative des représentations linguistiques

12

Tome 5: Expressions artistiques H. BaYER: Présentation
E. ARGAUD:
un texte

Apprivoiser

la différence

par le stéréotypage

: le recours

à la figure

de l'inversion

dans

du XVIe siècle

C. BERTHET-CAHUZAC: pendiente K. BLANCHON: A. BRASSART: J. P. CHAMPSEIX:

Le stéréotype

dans

la comédie

madrilène:

l'exemple

de Asignatura

Les stéréotypes Les homosexuels La construction

dans les films de fiction dans le cinéma du stéréotype français:

malgaches la fin des stéréotypes à Bécassine dans l'œuvre narrative

du Breton de Chateaubriand mass-médiatiques

P. DECOCK: Polysémie de César Aira R. DE MELLO:

et transformation

des stéréotypes

Les stéréotypes

dans « Enfance» par lui-même: en action:

de Nathalie archétype lecture

Sarraute contre stéréotype dans « Lost in translation» et

J. A. DIAZ: Salvador

Dali surréaliste

S. K. HONG-MERCIER: Stéréotypes « Stupeur et tremblements» L. MULLALY: Subversion des stéréotypes dans
d'une de l'art

de l'Autre

dans le cinéma les créations
pensée moderne:

latino-américain Fano,

actuel Arnaud Petit et Alain Robbe-

G. POTOCNJAK:
Grillet F. : expression

Le stéréotype
contemporaine terribles

de Michel

artistique usages

de la perception et formes des stéréotypes dans l'exposition

RIGA T: Les enfants

d'art
J. SZLAMOWICZ: du jazz en France Construction idéologique dans la promotion culturelle institutionnelle. L'exemple

B. TABUCE: Le Masque et la Robe: malentendu sur les stéréotypes A. J. TONYE: J. VERDIER: dégradant Le stéréotype La Vamp comme dans

« La Guerre

des Demoiselles

», ou la spectacularisation

d'un

élément

doxique français

dans

la littérature
Trente:

négro-africaine

le cinéma

des années

un stéréotype

fascinant

et

13

Les communications rassemblées dans les cinq Tomes d'Actes ont été présentées au

Colloque international:

Stéréotypage, stéréotypes:
fonctionnements ordinaires et mises en scène Perspectives interdisciplinaires
21, 22 et 23 juin 2006

Montpellier
organisé par l'Atelier de Recherche en Sociolinguistique et d'Etude des Représentations (ARSER, Laboratoire DIPRALANG.EA739/ Université Montpellier III), en collaboration avec l'UMR8069 CNRS-ParisV, le CREDAM-ParisIII l'IREC-EA740-MontpellierIII,l'EA737-Montpellier III et avec le soutien du Pôle universitaire européen de Montpellieret du Languedoc-Roussillon et du Conseil scientifique de l'Université Paul-Valéry
Coordinateur: Henri Bayer (responsable Laboratoire DIPRALANG-EA 739/Montpellier de l'ARSER, III) co-directeur du

Comité scientifique. Simone Bonnafous (Univ. Paris XII), Patrick Charaudeau (Univ. Paris XIII), Jean-François De Pietro (IRDP, Neuchâtel), Pierre Fiala (Univ. Paris XII), Montserrat Lopez (Univ. de Santiago de Compostela), Marinette Matthey (Univ de Grenoble III), Pascal Moliner (Univ. Montpellier III), Marie-Anne Paveau (Univ. De Paris XIII), Bernard Py (Univ. De Neuchâtel), Jean-Bruno Renard (Univ. Montpellier III), MichelLouis Rouquette (Univ. Paris V), Uli Windisch (Univ. De Genève), Geneviève Zarate (INALCO, Paris) Comité d'organisation: Henri Bayer, Carmen Alén Garabato, Nathalie Auger, Valérie Bonnet, Ksenija Djordjevié, Patricia Gardies, Jana Ockova, Rose-Marie Volle, Sylvain Delouvée , Michel-Louis Rouquette, Catherine Berthet-Cahuzac, Guy Lochard, Pascal Moliner, Julien Vidal.

Secrétariat:
DIPRALANG-EA

Carmen

Alén

Garabato,

Ksenija

Djordjevié

(ARSER-

739 / Montpellier

III)

14

Sexotypes langagiers et communication
Sophie BAILLY
(CRAPEL-A TILF, Introduction Cette communication traite du stéréotype et du stéréotypage dans le cadre des études du rapport sexe-langue. La première partie est consacrée aux idées reçues sur les différences sexolectales qui émergent à partir d'études empiriques menées depuis les années soixantedix. La deuxième partie porte sur la persistance des sexotypes langagiers dans divers types de discours et interroge l'effet d'imposition de normes de ces discours chez les locuteurs ordinaires. La troisième partie s'intéresse à comprendre les significations sociales et communicatives des sexotypes langagiers. I. Idées reçues sur le rapport sexe-langue Le rapport sexe-langue est un objet rarement traité par les linguistes en France, mais il fait l'objet d'une littérature anglophone abondante. Sous l'impulsion pionnière de la linguiste américaine Robin Lakoffet de son ouvrage Language and Woman's Place paru en 1975, de nombreuses études empiriques ont pris pour objet d'abord, le parler féminin puis le parler masculin. Il apparaÎt aujourd'hui, à la lumière de trente années de travaux sur la question du CNRS, UMR 7118, Université Nancy Il)

rapport sexe-langue que ces études ont pour point de départ des idées reçues et aboutissent souvent à des généralisationsqui s'apparentent fortementà des stéréotypes. Les idées reçues sur le rapport sexe-langue se résument en deux grandes idées principales.Ilest fréquentd'entendre dire premièrement,que les hommes et les femmes ne parlent pas la même langue ou plus exactement ne pratiquentpas la langue de la même façon, et deuxièmement, que les hommes et les femmes ne peuvent pas se comprendre. Les différences communicationnelles hommes et des femmes montrent une variabilité des spatiale, temporelle et sociale qui réfute l'hypothèse d'un quelconque déterminisme
biologique.
1.1. Parler

féminin:

des

clichés

langagiers

Pour LAKOFF (1975, 1990), le parler féminin, au moins pour les femmes des classes moyennes blanches américaines, se distinguerait du parler masculin par:
1) moins de précision phonétique (voyelles assombries) 2) une prosodie plus variée 3) des diminutifs et des euphémismes plus nombreux 4) des mots (verbes et adjectifs) plus émotionnels: lovely, divine 5) des adverbes intensifs comme so, such 6) des hedges: well, kind of, I don't really know. .. but 7) des intonations montantes qui véhiculent l'incertitude ou la recherche d'approbation même lorsqu'elles sont sures de ce qu'elles disent 8) plus de souffle dans la voix 9) un discours plus indirect et poli 10) moins d'affirmation de leur opinion

15

11) plus de variété dans les noms de couleur 12) moins de jurons, de mots familiers 13) une grammaire plus correcte 14) plus d'expressivité non-verbale (intonation et gestes) De plus, en conversation, les femmes feraient moins de blagues, seraient plus souvent interrompues, parviendraient moins souvent à imposer leurs sujets de conversation, se montreraient plus collaboratives que compétitives. L'ouvrage de Lakoff, reposant surtout sur des intuitions personnelles, prétendait avant tout dénoncer le fait que le langage des femmes était un symbole de leur oppression par les hommes qui détiennent non seulement le pouvoir mais aussi la langue du pouvoir. Après le temps de la dénonciation de la dominance, vint le temps de la revendication de la différence et les linguistes s'attachèrent à parer le parler féminin de vertus communicatives dont le parler masculin serait dépourvu. 1.2. Styles communicatifs masculin et féminin: des attitudes, des évaluations

Les différences communicationnelles liées au sexe mises au jour par de nombreuses études empiriques sur la variation sexolectale aboutissent à des typologies contrastées qui reflètent des attitudes envers la communication.
Le style féminin Indirect Conciliant Facilitant Collaboratif Moindre contribution en public Réaction de soutien Tourné vers autrui Intérêt pour le processus Dimension affective Le style masculin Direct Oppositionnel Compétitif Autonome Domine temps de parole en public Interruptions agressives Tourné vers l'action Intérêt pour le résultat Dimension référentielle

1. Typologie de HOLMES et STUBBE (2003 : 574) Sympathie I Sympathy
Rapport I Rapport Ecoute I Listening Privé I Private Connexion I Connection Soutien I Supportive Intimité Ilntimacy

Résolution de problème I Problemsolving Report I Report Discours I Lecturing Public I Public Hiérarchie I Status Opposition IOppositional Indépendance Ilndependence

2. Typologie de

TALBOT

(2003 : 475)

Ces styles communicatifs correspondent généralement aux attentes sociales sur les rôles masculins et féminins et reflètent les qualités attendues des femmes pour s'occuper des

enfants et du foyeret des hommes pour gérer la vie publique et professionnelle.Comme le
dit SHERZER (1997), les stéréotypes sur les parlers masculins et féminins reflètent les stéréotypes sur les hommes et les femmes: si les femmes sont censées être douces, leur parler est vu comme plus doux que celui des hommes; si les hommes sont censés être 16

combatifs, leur parler sera vu comme plus agressif. Cependant les particularités langagières féminines sont en réalité des clichés d'un archétype de femme, la femme bourgeoise blanche. Les études empiriques sur des quantités de corpus variés montrent que toutes les femmes n'agissent pas selon ces normes et que des hommes peuvent les employer. I. 3. Féminins 1.3.1. Variabilité ici, masculins géographique ailleurs: de la variabilité des sexotypes langagiers

Ailleurs qu'en Occident d'autres stéréotypes caractérisent les parler féminin et masculin. Par exemple, à Madagascar il existe un village où les femmes sont associées à un style discursif direct et les hommes à un style discursif indirect, nommé kabary (KEENAN 1974/1989 citée par BUCHOLTZ 2003 : 47). Chaque style de discours est associé à une forme différente de pouvoir. Le style direct des femmes de ce village malgache leur permet de s'engager dans des activités économiques et politiques de pouvoir, où elles doivent s'opposer, marchander et commérer, et auxquelles les hommes ne participent guère, voire pas du tout. Cependant, selon l'idéologie linguistique malgache, le style oratoire indirect, qui nécessite habileté et astuce convient mieux en public que le style direct, dont le manque de
sophistication est considéré comme un signe du déclin de la culture malgache.

Le langage

des femmes incarne donc négativement la modernité. Le style indirect, nommé le kabary, est associé aux hommes sur la base du fait que les femmes sont par nature plus directes dans le langage que les hommes, alors que c'est l'idée contraire qui prévaut en occident. Dévalorisé en occident parce qu'associé aux femmes, le style indirect est dans ce village malgache valorisé par son association aux hommes. Autre exemple de la variabilité géographique des différences sexolectales, à Gapun, un village Papou de Nouvelle-Guinée, le discours colérique est féminin et le discours conciliant

est masculin

(KULICK

1998, cité par BUCHOLTZ 2003 : 59). Un genre discursif spécial,

nommé kros en Tok Pisin, est associé principalement aux femmes: le kros est une tirade d'injures verbales à caractère obscène livrée sous forme de monologue (KULICK 1993 cité

par CAMERON 2003 : 450). C'est la situation inverse qui prévaut en Occident. Et contrairement aux valeurs du village malgache de KEENANce sont les formes discursives masculines qui sontassociéesà la modernité et à la civilisation. 1.3.2.Variabilité temporelle

L'idéalde la femme silencieuse et réservée qui semble encore parfois prévaloirdans nos sociétés occidentales semble avoir émergé avec la montée de la bourgeoisie européenne
en réaction contre les valeurs de l'aristocratie décadente. La bourgeoisie, et particulièrement celle qui a embrassé des valeurs religieuses puritaines, avait certaines visions des relations entre hommes et femmes, confinant la femme à la sphère domestique et à la soumission au père et au mari. Le fait pour une femme de parler librement en public représentait pour les valeurs bourgeoises l'immoralité des classes supérieures aristocratiques (CAMERON 2003). En effet, d'après les travaux de Rosalind JONES (1987, citée par CAMERON 2003 : 451) sur les manuels de savoir-vivre, en Europe, à l'époque médiévale et à la Renaissance, les femmes des classes supérieures qui gravitaientautour des cours royales étaient loin d'être exhortées à se montrer silencieuses et déférentes. Au

contraire, ces dames de la cour devaient pouvoir participer
17

à des duels verbauxet à des

échanges spirituels qui se déroulaient en public et en compagnie mixte.

Le discours sur l'idéal de la femme silencieuse fait donc partie non seulement de l'idéologie de la différence sexuelle mais aussi de l'idéologie de la différence et du conflit entre les classes sociales. La classe bourgeoise est finalement sortie victorieuse de ce conflit en étendant l'idéal de la femme silencieuse aux femmes de toutes les classes y compris celles des classes supérieures. Plus tard, la représentation de la femme de classe moyenne réservée et discrète s'opposerait non plus à la représentation de l'aristocrate immorale mais bonne oratrice, mais à celle de la femme de la classe ouvrière vulgaire et indisciplinée. En Grande-Bretagne, comme en France ce stéréotype est connu sous le nom de fishwife, ou de poissonnière (CAMERON2003). 1.3.3.Variabilité sociale Au Texas à la fin du vingtième siècle (GALINDO1999, cité par TRECHTER 2003) certaines femmes Chicanas rompent, dans leur parler avec l'image de la locutrice pure, chaste et conservatrice, en adoptant des vocabulaires argotiques et masculins, nommés pachuco ou ca/a, qui caractérisent les parlers des hommes des gangs, des classes populaires et des détenus. En parlant "dur", ces femmes défient les stéréotypes et les attentes sexuelles traditionnelles. Chaque région, chaque époque, chaque milieu engendre ses propres visions de la façon dont les hommes et les femmes sont censés se comporter en communication, ce que j'appelle les sexotypes langagiers, c'est-à-dire des stéréotypes liés à la différence sexuelle dans les pratiques de communication. Ces sexotypes langagiers font partie d'un ensemble plus vaste de représentations de la différence sexuelle qui envisage la division de l'humanité sur la base du sexe biologique, génétique et social. Pourtant tous ces exemples montrent clairement que l'expression féminine n'a rien de naturelle et qu'au contraire elle est le fruit d'un processus d'acquisition. Les stéréotypes sociaux ont à l'évidence un rôle à jouer dans ce processus. Il. Persistance et pérennisation des sexotypes langagiers La représentation de différences communicatives liées au sexe est présente dans toutes sortes de discours influents qui véhiculent des idées reçues sur la différence sexolectale et jouent un rôle de prescription et de reproduction sociale (BOURDIEU 1996, AMOSSY et HERSCHBERT PIERROT 1997). Il.1. Discours d'influence: imposition de normes La littérature, les proverbes et dictons, les aphorismes et les préceptes, les expressions figées, les blagues, les médias écrits et audio-visuels, la publicité, les manuels de savoirvivre, les self-help books et les stages de communication sont autant de vecteurs d'imposition de normes sexolectales.
11.1.1. Dictons

AEBISCHER (1985) et KRAMARAE(1982) rapportent plusieurs exemples de dictons en différentes langues qui stigmatisent des caractéristiques de la parole féminine: (1) Ie bruit: "où femme y a, silence n'y a". "Where there are women and geese there's noise" (Où il y a des femmes et des oies il y a du bruit, proverbe anglais). En japonais, l'idéogramme qui signifie femme, lorsque représenté trois fois signifie bruit; 18

(2) l'abondance: "L'eau manquera plus tôt à la Mer du Nord que les mots manquerontà une femme" (proverbe du Jutland) ; (3) l'irrationalité: "Winter's weather and women's words often change" (Le temps en hiver et
les paroles des femmes varient souvent, proverbe anglais) ; (4) l'abondance et la dangerosité: "La langue est le sabre de la femme, jamais elle ne le laissera rouiller" (proverbe chinois). La langue est aussi représentée comme le lieu essentiel de la féminité, l'organe qui survivra le plus longtemps à sa propriétaire: "A woman's tangue is the last thing about her that dies" (La langue d'une femme est la dernière chose chez elle qui meure, proverbe anglais), ce que l'on peut interpréter au sens propre ou au sens figuré. Les dictons incitent également à ne pas se confier à elles: "Tell nothing ta a woman unless you want the world ta know' (Ne dites rien à une femme à moins que vous ne vouliez que le monde entier soit au courant, proverbe anglais). Il.1.2. Aphorismes Sur un intitulée parole". pouvoir site Internet consacré aux dictons et proverbes français1 il existe une rubrique "la femme et la parole" bien qu'il n'existe aucune rubrique intitulée "l'homme et la Ceci est bien le signe d'une inégalité de traitement et de la répartition inégale du de dénigrement entre les hommes et les femmes. Car ces aphorismes d'hommes courants de la parole féminine, comme le bavardage ou le mensonge.

de lettres sont souvent péjoratifs pour les femmes. Plusieurs d'entre eux pointent les
stéréotypes Ily a mille inventions pour faire parler les femmes, mais pas une seule pour les faire taire (Guillaume Bouchet, poète français du 16ème siècle) Les hommes sont les roturiers du mensonge, les femmes en sont l'aristocratie (Etienne Rey, auteur dramatique et critique littéraire français né en 1879) Les femmes sont fausses dans les pays où les hommes sont tyrans. Partout la violence produit la ruse (Henri Bernardin de Saint-Pierre, essayiste français académicien 17371814) Si les avocats et les curés ont des robes c'est parce qu'ils sont aussi menteurs que les femmes (Sacha Guitry, auteur comédien réalisateur français du 20èmesiècle) (Source: http://iquebec.ifrance.com)

Ces aphorismes reflètent une époque, une culture et une idéologie: leurs auteurs sont des hommes de lettres, qui mettent le monde le discours et dont la parole est légitimée par leur position sociale et leur érudition. Cependant ces visions de la parole féminine, et en particulier le stéréotype du bavardage, traversent les siècles. 11.1.3.Blagues Même plusieurs siècles plus tard, ces stéréotypes de la parole féminine sont toujours actualisés et convoqués dans des routines aux connotations péjoratives et sexistes comme

"Les femmes ça dit n'importe quoi", "Sois belle et tais-toi", "Quelle pie l'', "Quelle
commère l'' ou dans des blagues. La blague sexiste trouvée sur un site Internet et reproduite icijoue sur l'attribution de stéréotypes féminins à des hommes:
Hier,

des chercheurs irlandais ont révélé que la bière contient des traces d'hormones

1 http://village.cvberbrain.com

19

femelles. plutôt sont Aucun Ils ont peu se sont

Pour après

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théorie, à boire 100% que

les scientifiques entre d'entre pour presque prévu. cinq eux totale

ont réuni litres

un panel de bière futiles.

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chacun. 100°1<> d'entre Et 100% d'entre

ont pris du poids. des choses de conduire

mis à parler montrés

interruption l'incapacité n'est

raconter

leur véhicule.

test complémentaire

La volubilité et la futilité des propos seraient des indices imparables d'une féminité incongrue chez les hommes. Le ressort comique tient d'ailleurs à cette incongruité.
11.1.4. Médias

Les articles, chroniques, débats et jeu-tests portant sur la différence sexolectale ne sont pas rares dans la presse magazine, et particulièrement dans la presse dite "féminine" qui exploite commercialement le filon de la différence des sexes:
Il

Spécial femmes: parlez-vous le langage homme ?" (Version fémina Juillet 2004) liCe que les hommes ne disent pas aux femmes" ("What men don't tell women") (Woman's world février 1990) "D'où vient le malentendu homme-femme" (Psychologies septembre 2005) "Boulot: le "parlermec" expliqué aux femmes" (lsa novembre 2005)

Très souvent ces articles s'inspirent des travaux des chercheurs. C'est notamment le cas du dossier intitulé "Boulot: le "parler mec" expliqué aux femmes" (lsa novembre2005) qui cite

la linguiste états-unienne Deborah Tannen dont l'expertise dans le domaine du rapport
sexe-langue sert de caution scientifiqueaux stéréotypes qui sont livrés aux lectrices: "elle est solidaire, ilest défensif; elle lance des conversations, il les clôt; il parle clair, elle prend des pincettes". Les petites phrases de la différence sexolectale se rencontrent également dans des émissions de radio et de télévision. "Ça c'était une question gratte-poil une question de fille", plaisante un journaliste,à propos de la question que vient de poser sa collègue, pour combler le silence de l'interviewé (radio Classique été 2005). "IIfaut te confesser ma fille mais les femmes sont un peu longues au niveau de la confession et là on n'a que cinq minutes" plaisante un prêtre chroniqueur avec l'animatrice d'une émission matinale (France Inter été 2005). "Les femmes entre elles c'est terrible elles se cassenf' dit un chroniqueur
commentant
sarcastique

l'échange
(Canal

entre

deux journalistes

femmes

qui a précédé

son commentaire

+ en mai 2006).

11.1.5. Manuels

et stages

Les discours pédagogiques contenus dans les manuels de savoir-vivre, les self-help books ou les stages d'apprentissage de la communication renvoient également à des particularismes sexolectaux, comme le manque d'affirmation des femmes2, le manque de communicabilité des hommes (Ces hommes qui ne communiquent pas: NAIFEHet SMITH

1984, trad/1987) ou les différences communicationnelles des hommes et des femmes (Les hommes viennent de Mars, les femmes viennent de Vénus : GRAY 1992, trad/1997).

2 Au sujet des Assertiveness

Training, lire CAMERON 1994

20

Il est difficile de dire si la présence régulière des stéréotypes de la différence sexolectale dans ces types de discours a une influence sur les représentations individuelles ou si elle ne fait que refléter des représentations collectives. L'on constate néanmoins une certaine rétroaction entre les discours d'influence et les discours d'individus ordinaires et anonymes: ceux-ci seraient-ils sous influence?
Il.2. Discours sous influence: intégration de normes

Lorsque l'on interroge des individus "non-experts", au sens scientifique, sur leur vision de ce qui distingue les hommes des femmes au plan de la communication, l'on retrouve les mêmes stéréotypes que ceux déjà mentionnés. Ainsi au cours des entretiens semi-dirigés

de l'enquête que j'ai menée en 1990 (BAILLY

1992)

et lors d'une interview diffusée sur

France Inter, des témoins montrent leur connaissance des normes féminines et masculines de la communication. 11.2.1.Entretiens de recherche La consigne de départ d'une enquête par entretien semi-dirigé sur la différence sexuelle dans le langage - "Je fais une recherche sur le langage des hommes et des femmes: qu'est-ce que cela évoque pour vous ?"- invite les témoins à formuler des stéréotypes de la différence sexolectale.
- "les hommes parlent pas aussi intimement"; moins d'eux, de leurs sentiments, générale savent beaucoup de leurs émotions ils ne parlent

- "les - "si

femmes

de manière

mieux écouter

et ne pas mes attitudes trop

interrompre"; je veux pouvoir discuter avec une femme il faut que j'abandonne la parole"; ça c'est plus masculin masculines style vouloir absolument avoir raison couper

- "c'est vrai que le fait de parler fort les discussions passionnées aussi genre compétition où on peut dire c'est moi qui ai raison"; - "nous les femmes on a davantage à verbaliser

de mots à mettre sur les choses"; davantage leurs problèmes leurs sentiments peut-être"; sur un sujet que les

- "les

femmes

arrivent

hommes"; - "elles font plus

attention

à ne pas blesser

leurs interlocuteurs

- "avec les hommes c'est peut-être plus des discussions quelconque une série d'informations".

à l'emporte-pièce

Les femmes écoutent plus et parlent plus d'elles-mêmes et de leurs sentiments, les hommes échangent des informations, interrompent plus facilement: ces stéréotypes recoupent à la fois les conclusions de la plupart des études empiriques internationales qui sont résumées dans les typologies des styles communicatifs masculins et féminins (partie 1.2)et les stéréotypes présents dans les discours médiatiques et pédagogiques. Il.2.2. Interview radiophonique L'extrait qui suit est un passage de l'interview d'une journaliste, grand reporter sportif au journal l'Equipe, qui a été diffusée le 2 août 2005 au cours d'une émission de France Inter consacrée aux femmes intitulée /I était une femme.
"concernant par exemple les interviews (1) c'est évident au'il v a une différence je pense
qu'il y a des fois une capacité à ou une caractéristique en tous cas des hommes qui vont

21

interviewer

à rester un petitpeu dans (2) ce côté un peu virilun peu à Quifait pipile plus

loin il y a Quand même touiours cette petite compétition euh même sur une interview et que ils ont l'impression que (3) Quand ils ont affaire à une femme pff ils peuvent se relâcher être moins sur la défensive + quand vous faites une longue interview c'est très important vous avez des choses (4) un travail de Qualité de part et d'autrell La journaliste de l'Equipe commence par admettre l'évidence de la différence sexuelle (1), puis elle décrit les pratiques d'interview masculines (2) et ce qui différencie une interview faite par une femme d'une interview faite par un homme (3). Elle termine par un commentaire qui revient sur la différence sexuelle et gomme l'éventuelle impression de dénigrement des hommes que pourraient susciter ses propos précédents (4). Dans un second extrait, la reporter évoque les stéréotypes des relations entre collègues au journal: du parler féminin dans le cadre

lion va pas (1) minauder et (2) on va pas surtout euh jouer sur (3) des ressorts typiquement fémininsou en affichant (4) une sensibilitéexacerbée parce que justement on est une femme etcetera non c'est c'est tomber dans (5) des clichés Qui Qui sont attendus aussi par nos collèaues donc essayer de (6) les éviter et (7) on s'en porte tous bien mieuxll
Dans son discours, elle convoque certaines visions de la féminité (1 et 4) mais pour s'en démarquer (2 et 6) en montrant qu'elle sait bien que les comportements qu'elle décrit sont des stéréotypes et que s'y conformer (3 et 5) pourrait avoir des conséquences négatives sur les relations professionnelles (7). Elle a donc le sentiment que dans son milieu professionnel, se montrer trop féminine serait tomber dans une sorte de piège. Ses mots disent qu'il y a une hyper-féminité, aussi inappropriée à la situation que les hypercorrections de locuteurs en situation discursive formelle. Ilserait intéressant de savoir qui fixe les limites de la féminité acceptable et si les collègues de cette reporter ont vraiment les attentes qu'elle le décrit. Néanmoins, les stéréotypes de la différence sexuelle dans le langage lui servent à l'évidence de ressources pour décrire et partager son expérience professionnelle dans un milieu où l'identité sexuelle semble compter dans les relations avec les collègues.

Les stéréotypes de la différence sexolectale, présents dans des discours d'influence et disponibles pour les locuteurs individuels peuvent être envisagées comme des normes, donc comme des guides d'action pour les interactions: savoir comment les femmes et les hommes sont censés parler permet d'adapter son discours en fonction de certaines variables comme les buts poursuivis par les locuteurs ou les attentes supposées des interlocuteurs. La connaissance des normes langagières sexées permet également d'interpréter le discours d'autrui en fonction de sa conformité ou non à ces normes et d'évaluer les locuteurs à l'aune du degré d'adéquation entre leur discours et leur sexe. Car les sexotypes langagiers sont disponibles à tous les locuteurs et locutrices quel que soit leur sexe. III.Fonctions communicatives et sociales des sexotypes langagiers

Les sexotypes langagiers sont des énoncés ou des discours qui servent de ressource pour parler comme des hommes et des femmes, parler à des hommes et des femmes et parler des hommes et des femmes. Ils remplissent ainsi trois fonctions communicatives et sociales : une fonction éthique (de l'éthos aristotélicien), c'est-à-dire de présentation de soi, une fonction phatique, c'est-à-dire d'établissement de lien, et une fonction idéologique, c'est-à22

dire de reproduction sociale d'idées ou de valeurs liées à la dimension sexée des individus, c'est-à-dire à la masculinité ou à la féminité et à la sexualité.

III.1. Parler comme des hommes et des femmes
Les normes langagières féminines et masculines sont accessibles à tous les locuteurs quel que soit leur sexe. Elles peuvent servir de ressources pour forger une image de soi qui peut être alignée ou non sur le sexe biologique. Selon les divers courants de la linguistique, l'emploi de ressources langagières sexées est considéré, soit comme le reflet soit comme l'accomplissement d'une identité sexée. Pour des linguistes variationnistes comme LABOV (1976) ou TRUDGILL (1974/1986) les pratiques langagières reflètent l'identité sociale et sont donc le résultat d'un déterminisme à la fois biologique et social tant l'acculturation des rôles sociaux est liée au sexe reçu à la naissance. Pour des linguistes interactionnistes et des socio-constructivistes s'inspirant des travaux du sociologue Ervin GOFFMAN (1959) ou de la philosophe Judith BUTLER (1993), l'identité est construite dans le discours. Le sexe (ou l'identité sexuelle) est plus un accomplissement, une performance, un construit, un travail, qu'un reçu biologique ou un acquis socioculturel. Chaque femme peut potentiellement incarner dans ses pratiques identitaires (parlure, parure) et ses activités (rôles) une image "couillue" hyper-féminine,voire les deux en même temps (la pin-up à ou testicules: Technikart décembre 2005). Chaque homme peut présenter un soi plus ou moins viril, macho, voire sexiste, selon les situations ou au contraire féminin, voire efféminé (le papa queer: Technikart décembre 2005). L'ethos renvoie à des valeurs qui sont en lien

avec l'identité sexuelle dans un sens large c'est-à-dire une articulation entre le sexe
biologique, le genre (sexe social) et la sexualité (hétéro ou LGBT). Les sexotypes langagiers permettent donc d'agir comme une femme ou un homme selon les normes sociales en vigueur mais ils ne s'alignent pas nécessairement sur le sexe biologique. Ils participent de la présentation d'un soi sexé dans le discours. La construction discursive du genre peut être normative ou subversive. Par exemple, des individus qui n'adhèrent pas aux visions dominantes de la féminité (la femme bourgeoise bien élevée) et de la masculinité (l'ouvrier viril)ou de la sexualité normative (hétérosexualité) peuvent se servir des ressources langagières sexées pour se forger une image ou une identité spéciale. C'est le cas par exemple de certaines femmes lesbiennes qui combinent des stéréotypes langagiers de la féminité traditionnelle à des stéréotypes langagiers lesbiens eux-mêmes forgés sur des stéréotypes langagiers masculins dans un but de parodie de soimême et d'autrui (QUEEN 1997: 239, citée par MILLS2003: 172). Les drag queens afroaméricaines (des hommes noirs) s'approprient également les stéréotypes langagiers des femmes blanches pour parodier et critiquer des stéréotypes de blancs contre les hommes noirs, dont le mythe du violeur noir (BARRETT 1994). C'est aussi le cas, déjà évoqué (1.3), des jeunes filles chicanas, qui se distancient d'une certaine féminité soumise en laquelle elles ne se reconnaissent pas par le recours à des stéréotypes langagiers d'hommes durs, construisant ainsi pour elles-mêmes, pour les membres de leur propre communauté et pour les membres de la communauté dominante anglo-américaine, une image transgressive de

la féminité (MENDOZA-DENTON

1996, GALINDO 1999). C'est aussi le cas des lycéennes

23

états-uniennes
d'intelligence,

qui parlent
de technicité

nerd3 pour revendiquer un statut fondé sur des valeurs et d'indépendance normalement réservées à certains garçons.

Parler comme une femme ou un homme est donc une stratégie de présentation de soi, liée aux valeurs revendiquées par un individu et qui relève de la fonction éthique. Cette stratégie peut aussi être influencée par le sexe de l'interlocuteur: elle relève alors de la fonction phatique.

111.2. Parler à des hommes et des

femmes

Le recours à des ressources langagières sexées peut être motivé par un désir d'établir un lien psychosocial qui prenne en compte la dimension sexée et sexuelle des locuteurs et des interlocuteurs. Les sexotypes langagiers participent alors de la recherche d'un terrain commun, de l'établissement de liens, en compagnie homosociale ou hétérosociale entre partenaires conversationnels hétéro ou homosexuels. Leur utilisation montre l'adhésion aux mêmes normes sociales et crée un cadre interprétatif commun, reconnaissable par autrui, qui participe de l'accomplissement de l'amitié (doing friendship) ou de la séduction. Par exemple, des femmes ensemble peuvent construire un cadre interactif commun en
recourant à des stéréotypes langagiers féminins (compliments, hyperboles, autorévélations,

modalisations, choix de thèmes "féminins" etc. ..) et ainsi aller ensemble dans la conversation (HOLMES 1998, COATES 1996). Elles peuvent aussi employer des
stéréotypes du parler masculin pour parodier des hommes pour qui elles ont un intérêt sentimental ou érotique et signifier ainsi leur hétérosexualité commune (GEORGAKOPULOU 2005). Des hommes entre eux peuvent recourir à des stéréotypes féminins et homosexuels pour parodier des hommes insuffisamment virils et affirmer ainsi leur propre hétérosexualité (CAMERON 1997), ou recourir à un style communicatif indirect

réputé féminin

pour signaler

un désir d'affiliation

homosocial

mais non homosexuel

(KIESLING 2005). Des hommes peuvent aussi recourir à des stéréotypes langagiers féminins dans un désir de séduction d'hommes homosexuels, comme le font certains opérateurs de sexe au téléphone qui gagnent leur vie en parodiant un certain type de femme pour créer un cadre interprétatif aisément reconnaissable par leurs clients: "I always wear peach, or apricot, or black lace

- or charcoal - colored lace, not just

black. I'll talk about how my hair feels, how curly it is. Yeah, I probably use more feminine words. Sometimes they'll ask me, "What do you call it" (female genitalia) ?" And I'll say, well my favourite word is the snuggery.. .And they crack up, because it's such a feminine, Il funny ward.

"Je porle toujours de la dentelle pêche, ou abricot, ou noire, ou anthracite, pas juste noire. Je parlerai de mes cheveux, comme ils sont doux et bouclés. Quais, j'utiliserai probablement plus de mots féminins. Parfois ils me demandent, "comment tu l'appelles ?" (le sexe féminin). Et je leur dis, eh bien, mon mot favori est "snuggery" (littéralement petite pièce douillette, ou petite arrière-salle)... Et ils craquent complètement parce que
c'est un mot si féminin si amusant" HALL 1995 : 199-200 citée par TALBOT

2003 : 477)

Pour ces travailleurs et travailleuses, faire la femme de façon efficace c'est "mettre de gros seins dans la voix" commente l'une d'elles (HALL 1995: 199 citée par KULICK 2003 : 136).
3 Nerd:

intello-ringard.

Label qui désigne
d'autres

les collégiens
adolescents

et lycéens
dit cool.

états-uniens

qui s'intéressent

aux études

et à

l'informatique

et se démarquent

24

III. 3. Parler des hommes et des femmes Les discours sur la façon dont les hommes et les femmes s'expriment ou devraient s'exprimer sont des sexotypes langagiers qui prescrivent des normes et fournissent des ressources langagières sexées, comme nous l'avons vu dans la deuxième partie. Ces discours remplissent une fonction idéologique car ils participent au processus de reproduction de l'idée de la différence des sexes qui sert souvent de justification aux inégalités sexistes ou homophobes. Et paradoxalement, l'idée de la différence sexolectale ne joue pas toujours en faveur des hommes. En Angleterre un recruteur pour centres d'appels téléphoniques reconnaÎt embaucher parfois des femmes pour la seule raison qu'elles sont des femmes et qu'elles sont censées avoir de meilleures dispositions pour ce travail, comme le fait d'être plus à l'écoute et plus empathiques que les hommes
(CAMERON 2003) :

"I suppose we do, yes, if we're honest about it, select women sometimes because they
are women rather than because of anything they've particularly shown at the interview" ''je suppose que oui, pour être honnête, nous choisissons parfois des femmes parce qu'elles sont des femmes plutôt que pour quelque chose qu'elles auraient
particulièrement montré pendant l'entretien
Cameron

d'embauche".

(Tyler and Taylor

1997 : 10, cités par

2003 : 455)

la parole des membres d'un groupe sexuel servent à maintenir une hiérarchie entre les hommes et les femmes, entre les hétéro et les homo et à dicter les règles de la normalité qui permettent de distinguer les vrais hommes et les vraies femmes de tous les autres.

Les discours qui stigmatisent

Conclusion
Les stéréotypes de la différence sexolectale, comme les autres stéréotypes de la différence sexuelle, obscurcissent les zones de ressemblance entre les sexes. Il n'y a de parler féminin et de parler masculin que si l'on veut voir les hommes et les femmes comme des êtres différents. En revanche il y a des stratégies communicatives qui permettent de s'adapter ou de s'imposer à autrui. Les stéréotypes langagiers, de sexe, de génération ou de milieu, sont autant de ressources pour forger des ethos qui participent de l'efficacité communicative. Cependant l'efficacité, tout comme la politesse, reste une évaluation sociale qui varie avant tout selon les valeurs de l'évaluateur, donc de ses représentations. D'où

l'importance de s'intéresser aux stéréotypes de la communication en tant qu'élément constitutif des représentations sur lesquelles se construisent et se négocient les
interactions.

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27

Bison,

feuille d'érable et fleur de lys du Canada: les stéréotypes existent-ils toujours?
(Université de Francfort), Claudine MOISE (Université
DUCHENE (Université de Bâle, Mary RICHARDS (Université de Toronto)

Gabriele BUDACH

d'Avignon), Alexandre

1. Introduction Cette contribution explore la valeur et la mise en scène de certaines images stéréotypées sur le Canada lors de deux événements précis, une foire commerciale publique à Montpellier en octobre 2005 et un marché de Noël à Montbéliard en décembre 20054. Nos analyses, qui reposent sur une approche ethnographique et discursive des données portent sur les façons dont ces représentations contribuent à créer une image particulière du Canada. Nous soutenons l'hypothèse que l'image du Canada qui se dégage des stéréotypes n'est ni univoque ni incontestée, mais qu'elle repose sur différentes « lectures» et interprétations possibles, en lien avec des univers discursifs repérés, comme ceux centrés sur le nationalisme, l'économie ou le tourisme. Le champ des stéréotypes a largement été parcouru depuis de nombreuses années et il ressort des multiples analyses (Putman, 1975, Barthes, 1965, 1975, et plus récemment Amossy, 1991) quelques traits communs distinctifs. On peut mentionner à propos du stéréotype « sa grande récurrence, son semi-figement, son absence d'origine précisément repérable, son ancrage durable dans la conscience d'une société assez large, le caractère quasi automatique de son emploi (dans l'énonciation comme dans la réception), son caractère abstrait, général, passe-partout, la réversibilité de ses valeurs (le stéréotype change de statut selon celui qui le considère), le caractère polémique de son emploi» (Dufays, 2001).

Dans le cadre de la recherche qui nous intéresse et dans la façon que nous avons d'aborder l'analyse, résolument poststructuraliste, il nous semble que la notion de stéréotype, telle que reconnue, demande à être élargie et revisitée. Elle se trouve mise à
mal par les nouvelles caractéristiques de notre monde mondialisé et complexe, fait de

mouvance, de changements, de déplacements des croisement entre les biens et les personnes; cette notion se voit alors contrainte par des événements qui se répondent et
par les intérêts des acteurs sociaux, Ainsi, les images sur le Canada, comme peut-être tout phénomène mondial, ne pourront plus être appréhendées dans leur figement, leur grande

récurrence, leur emploi automatique ou leur ancrage
seront, comme nous le verrons, sans cesse

durable

dans les consciences. Elles
par des acteurs

inventées

ou réinventées,

4 Cette analyse s'inscrit dans une recherche plus large, le projet, La francité transnationale: pour une sociolinguistique de la mouvance (chercheurs principaux: Monica Heller, Université de Toronto, Annette Boudreau et Lise Dubois, Université de Moncton, chercheure associée: Claudine Moïse, Université d'Avignon, chargée du travail ethnographique en Europe), financé par le Conseil de recherche en sciences humaines du Canada (Progamme 2004-2007) et le Conseil International d'Etudes Canadiennes (2006).

29

repérables, dans une visée sociolinguistique critique fondée sur la « mouvance» (Heller, 2002). De cette façon, les représentations - stéréotypes encore? - sur le Canada se construisent à travers de multiples lectures, qui sont le fait ici, d'une part, du cadrage spécifique de l'événement, « la foire» : on cherche à vendre un pays qui, au-delà des liens historiques entre la France et le Canada, présente des réalités socio-culturelles qui lui sont propres. Elles sont, d'autre part, le fait d'intérêts d'acteurs sociaux, participant à l'événement, qui divergent: ces acteurs expriment chacun, à travers leurs expériences subjectives et personnelles, leur accord ou désaccord à l'encontre d'une certaine vision du Canada produite sur la foire. En même temps, leurs prises de positions démontrent que « les images stéréotypées» ne suscitent pas seulement des jugements d'ordre esthétique, mais qu'elles contribuent, de manière fondamentale, à l'élaboration de relations sociales. Nous montrerons donc ici la complexité de la construction des images sur le Canada - dans une économie mondialisée, à qui servent-elles et pourquoi? - et, dans une démarche qui nous semble novatrice, nous nous interrogerons sur la pertinence aujourd'hui de la notion de stéréotype telle que définie jusqu'ici. 2. Cadre théorique et méthodologique 2.1. « l'événement» ou saisir le cadre de l'objet Pour saisir le cadre de notre objet d'étude nous faisons référence à la notion « d'événement», (event) conceptualisé par Hymes (1974, voir aussi Heller (1995)). L'événement renvoie à un moment d'interaction sociale précis qui s'inscrit dans un contexte spatial et temporel déterminé et qui réunit un ensemble d'acteurs spécifiques. L'événement représente un moment particulier dans une série d'actions du même type; il est construit sur l'expérience et reconnaissable comme tel par les membres d'une communauté partageant les mêmes valeurs et pratiques culturelles. Les interactions et les interactants sont donc pris dans une multitude de liens et de relations qui participent de l'élaboration interactionnelle, au-delà des routines et des contraintes conversationnelles. Ainsi, l'interaction sociale, qui se déroule dans un cadre événementiel particulier, repose sur un nombre de pratiques sociales ritualisées qui rendent compte des intérêts des acteurs et de leurs expériences, en écho avec d'autres interactions antérieures du même type. L'événement discursif visé dans cette contribution est la foire5 qui fait partie du domaine d'activités commerciales mettant en avant la présentation et la vente de produits. Le « produit à vendre» est le Canada, pays invité lors des deux manifestations commerciales. L'événement sert donc, en premier lieu, à promouvoir la vente de produits canadiens y inclus des produits touristiques, afin de renforcer les liens économiques entre la France et le Canada. À ces fins et dans le cadre de la foire, les acteurs sociaux produisent maintes représentations du Canada en s'appuyant abondamment sur des ressources visuelles, verbales et gestuelles. Les éléments stéréotypisés s'ancrent alors dans des représentations matérielles multiples et hétérogènes, prospectus, signalétiques, produits commerciaux, présentations commerciales... Dans le cadre d'une économie mondialisée, caractérisée par les croisements de biens et de personnes, notre approche est nécessairement de type
5

Par la suite nous nous référons

toujours

à l'événement

de la « foire» ce qui sous-entend

les deux rencontres

commerciales, la foire publique à Montpellier tenue en novembre 2005 et le marché de Noël à Montbéliard en décembre 2005. Nous les traitons « en unité» puisqu'ils partagent un nombre de critères communs qui font l'objet de notre analyse.

30

ethnographique multi-sites, de Montpellier à Montbéliard, puis ailleurs. Il s'agira donc d'explorer comment le Canada est « réinventé » dans ces configurations spatio-temporelles. Quelles images pré-construites (stéréotypées) ont été investies? Que disent-elles de la vision des exposants - en grande partie d'origine canadienne - vis-à-visde leur propre pays, et sur l'image qu'ils se font du public français? Et comment ce public réagit-il à cette mise en scène du petit cousin de l'autre bord de l'Atlantique? 2.2. « La construction du sens» ou saisir l'objet et ses manifestations Comment saisir les différentes formes de la représentation du Canada sur la foire? Afin de répondre à cette question nous adoptons une approche de sémiotique sociale (Halliday 1978) qui s'intéresse aux processus de construction des relations sociales, dans une perspective sémiotique. L'interaction sociale est donc considérée comme une {( construction de sens» (meaning making) qui se nourrit de différentes ressources sémiotiques, notamment du visuel, du verbal et du gestuel. En valorisant la dimension multimodale, Halliday questionne la primauté du verbal: « language is only one of the semiotic systems used by humans to "mean"» (Halliday 1987, cité dans Jaworski & Pritchard 2005: 4) et propose une approche théorique et méthodologique qui sert à analyser les « significations du social» (social meanings) à partir de différents modes. Ainsi, pour comprendre l'image du Canada représentée sur la foire et la façon dont cette image est perçue par des acteurs sociaux, nous nous penchons sur deux questions analytiques: 1) Comment le cadre de l'événement est-il construit? Quelles formes de représentation sur le Canada y sont présentes? 2) Quels types d'interactions sociales y ont lieu? Quelles sont les images produites par les acteurs sociaux dans ces interactions, et quelles {(interprétations» donnent-ils (les agents commerciaux et les visiteurs) de cette invention évènementielle du Canada? paysage sémiotique» (semiotic landscape) qui désigne « the range of forms or modes of public communication available in a society. Each feature of a landscape has its history, as does the landscape as a whole, and each is subject to constant remaking» (Kress & van Leeuwen 1996: 33). Il s'agira donc de comprendre le paysage sémiotique, d'une part, dans ses éléments et, d'autre part, dans son ensemble. Toutefois, « le Canada à la foire» ne peut être vu comme une création indépendante et décontextualisée, mais doit être compris comme la (re-)création d'un espace à caractéristiques physiques, symboliques et discursives qui renvoie à d'autres formes de cadrage sémiotique dans des contextes préexistants. 2.3. L'entextualisation, le genre et la performanceou saisir les symbolesanalysés Afin de délimiter notre objet de recherche nous nous sommes arrêtés à trois symboles6, dits représenter la canadianité : le bison, la feuille d'érable et la fleur de lys. Pour comprendre leur rôle respectif dans le paysage sémiotique de la foire nous étudierons d'abord les différentes formes d'entextualisation (Urban 1996 ou en encore Bauman et Briggs, 2005), c'est-à-dire les formes d'actualisations contextuelles concrètes, à travers lesquelles ces
6 Nous partageons ici la définition de Dyer qui entend « symbole» comme I being relatedto sign production,as it rests on conventions or tcontracf.' (1982 : 124~ Il distingue « symbole» de « icône» et « index », définissant « icône» comme exprimant une relation de ressemblance (or likeness) entre signifiant et signifié, et « index» comme présupposant une relation de dépendance séquentielle ou causale entre signifiant et signifié. 31

Pour aborder la question du cadre nous nous référons au concept de

{(

symboles apparaissent. Une autre notion utile pour analyser l'entextualisation est celle du genre? Les trois symboles sont imbriqués dans diverses manifestations matérielles

concrètes (( artefacts»)

qui peuvent être groupées sous différents genres présents à la

foire. Ceux-ci sont liés à l'activité économique et comprennent plusieurs types d'inscriptions multimodales (par exemple des panneaux, des drapeaux, des descriptions de produits, des récits historiques ou actuels au sujet des pratiques culturelles des Amérindiens, un menu de restaurant comme guide d'une expérience alimentaire in situ, etc). Ces supports appartiennent à des pratiques culturelles spécifiques et renvoient à des valeurs symboliques plurielles; ils peuvent ainsi être lus de manière multiple ou bien même contradictoire. Néanmoins, certains genres offrent des formes de lecture (voire d'interprétation) privilégiées dépendamment du contexte dans lequel ils sont produits et reçus. Cette perspective rejoint la définition de Bauman qui considère le genre comme « conventionalised orienting frameworks for the production, reception, and circulation of
discourse)} (2003:

2).

Dans notre analyse nous tenterons donc d'identifier les genres émergeants à la foire à travers nos trois symboles et nous essayerons de comprendre quelles sont les significations qu'ils produisent. Nous verrons comment elles'inscrivent dans des discours pré-existants, expression de continuité ou de rupture. Les significations sociales ne sont pas stables, mais soumises au changement, surtout depuis qu'elles font l'objet d'échanges économiques transnationaux et globalisés: « global flows of capital and information dissolve not only cultural and political boundaries but also semiotic boundaries» (Kress & van Leeuwen 1996: 34). En d'autres mots, la mondialisation entraÎne la transformation de l'image du Canada tel que produite en France. Cette transformation dépend à la fois des acteurs, de leurs ressources interprétatives, mais aussi de l'événement et de son cadrage. Et la « multiplicité» des significations sociales se joue non seulement d'un événement à un autre, mais également lors d'un même événement à travers les positionnements subjectifs de différents acteurs. Pour aborder la deuxième question qui nous intéresse (cf. paragraphe 2.2), celle des interactions sociales en jeu dans l'espace de la foire,nous nous inspironssurtoutdu concept de performance. Nous partageons l'idée que la performance est une mise en scène de la réalité (Goffman 1974) mue, d'une part, par les intérêts des agents metteurs en scène et qui s'inscrit, d'autre part, dans un nombre de rites et règles conventionnalisées dont les acteurs (metteurs en scène) cherchent à se servir pour accomplir leurs buts. Une forme de performance sur la foire est celle du restaurant « l'Auberge des Trappeurs» qui cherche à inventer une expérience du Canada véritable et authentique en vendant des plats à base de bison. Puisant dans des références sémiotiques multiples le restaurant est un site de reproduction culturelle que Coupland, Garrett & Bishop caractériserait comme: « a set of constantly re-enacted discoursive forms, which each performance orienting both to ifs precursors and to its new local context». (2005: 202)

La notion du genre a été introduit par Bakhtin (1981, 1986) afin de distinguer différents types de textes littéraires, tels que le roman, le sonnet ou la ballade. Dans un deuxième temps la notion a été adaptée à d'autres types de discours médiatiques ou professionnels (Fiske 1987, van Leeuwen 1993). Plus récemment, genres au
7

pluriel ont été compris comme (Fairclough 2003).

des façons d'agir et des tentatives

d'organiser

des réseaux

de pratiques

sociales

32

Est-ce que « l'invention du Canada» sur la foire est un succès? Est-ce que « l'expérience de manger du bison}) dans « l'Auberge des Trappeurs» est perçue comme une expérience authentique canadienne? Comment donc tenir compte des réponses multiples, et comment les expliquer? L'ethnographie offre une approche méthodologique intéressante puisqu'elle permet d'aborder cette question de double manière. Premièrement, par le moyen de l'observation participante nous réussissons à capter le paysage sémiotique tel qu'il est visualisé à la foire (notes d'observation, photos, dépliants). En même temps nous arrivons à bâtir notre propre expérience de la foire en nous engageant dans l'interaction et en mobilisant nos propres ressources sémiotiques interprétatives. Deuxièmement, par le moyen d'entretiens individuels avec des agents commerciaux et avec le public visiteur nous avons pu recueillir des positionnements subjectifs sur la foire et sur la mise en scène du Canada, ce qui a laissé paraître de multiples discours, pour certains développant des positions hégémoniques traditionnelles, pour d'autres hégémoniques globalisantes ou bien pour d'autres encore alternatives contestataires. 3. Analyse des données L'analyse est divisée en deux parties. La première est consacrée au symbole du bison, la deuxième à ceux de la feuille d'érable et de la fleur de lys. Parmi toutes les images mobilisées sur la foire (les grands espaces, l'ours, la musique traditionnelle, la neige, etc), nous avons choisi ces formes pour leur fréquence et leurs multiples déclinaisons, donc la richesse possible de leur interprétation. Si elles se distinguent aussi par leur origine - la figure du bison est fondée sur une réinvention de mythes, celles de la feuille d'érable et la fleur de lys correspondent à un détournement de symboles politiques - ces images sont réinvesties dans le cadre d'un événement mondialisé selon les mêmes procédés. 3.1. Le bison Formes de représentations: artefacts et actions Le bison figure dans différents types d'artefacts présents à la foire, éléments représentatifs des activités économiques et touristiques spécifiques. Nous nous sommes intéressés à des produits disponibles sur les stands des exposants canadiens et nous avons repéré les représentations du bison sur les emballages. Nous avons aussi saisi l'espace de restauration de « l'Auberge des Trappeurs» et étudié le paysage sémiotique. Ils'agissait là d'analyser les différents genres discursifs dans lesquels le bison apparaissait. Nous proposons ainsi une analyse des représentations qui participent à la construction d'images sur le Canada: il s'agit de dénouer les liens qui se créent autour du bison en relation avec différents types de discours en circulation. a) Le premier « artefact» qui nous intéresse montre le bison comme élément du logo sur un paquet de canneberges, bison qui renvoie au distributeur du produit en France, « Planète Bison» au siège social implanté dans la région de Dijon. La création de logo s'inscrit dans une pratique de « branding», pratique de commercialisation qui cherche à donner au produit, par son authenticité prétendue et son identification, une légitimité. Le choix du bison (accompagné du mot « tipi)}) est doublement motivé. D'abord l'entreprise est distributeur de viande de bison en France et le logoà valeur d'icône puisqu'il renvoie directement au produit Ensuite, le bison comme le tipi 33

relèvent d'images stéréotypées sur le Canada faisant référence aux Amérindiens et au romanticisme autour de la conquête de l'Ouest. L'entreprise ({ Planète Bison» se sert de ces ressources sémiotiques symboliques puisqu'elle ne distribue que des produits canadiens en France; elle a donc grand intérêt à créer une légitimité autour de ses produits pour qu'ils soient perçus comme authentiquement canadiens. b) Pendant que le stand de « Planète Bison» offre la viande de bison à la vente, « l'Auberge des Trappeurs» crée l'expérience véritable de « manger du bison». Cet événement de consommation in situ, qui ressemble à une performance à laquelle le visiteur prend part activement, s'inscrit dans un paysage sémiotique complexe. De sa table, le visiteur découvre différentes formes visuelles et verbales évoquant le bison, animal ou/et plat tout prêt à consommer. Intégré dans différents genres, il apparaît comme objet de signalisation, comme photo sur le menu et les produits de consommation, ou imbriqué textuellement dans de l'information diversifiée pour le consommateur. Deux genres attirent l'attention du visiteur de la foire. Ce sont les panneaux de signalisation délimitant l'espace

de l'Auberge, et le menu mettant à disposition un
ensemble d'informations pour le consommateur. Les panneaux d'indication représentent le bison sous deux formes. La première est un panneau rectangulaire avec une image de bison noir sur un fond blanc. La deuxième est l'imitation du signe apparemment connu, qui représente un kangourou australien traversant la rue (kangourou noir sur fond jaune). Sur ce signe qui provient du contexte australien et qui a été reproduit d'innombrables fois
comme souvenir touristique, le bison apparaît comme danger routier - chose assez peu probable au Canada de nos jours - et s'inscrit, en même temps, dans un genre discursif spécifique qui est celui du tourisme comme événement de vente globalisé.

Le menu qui est offert aux clients sous forme de set de table contient un mélange hétérogène de genres et crée ainsi une toile discursive assez originale. Il inclut des images et de l'écriture stylisée transmettant différents types d'informations au consommateur. D'abord les blocs d'écriture donnent les noms et la description des plats, tels que « Burger Chef», « Trappeur» ou « L'Indien », et le prix du repas. Le logo de « Planète Bison» (bison et tipi), que nous connaissons déjà à partir de l'emballage des canneberges, réapparaÎt et permet l'identification de cette entreprise comme fournisseur des produits servis, surtout ceux composés de la viande de bison. Ce qui n'apparaÎt pas, c'est le fait que « Planète Bison» est en même temps propriétaire du restaurant, deuxième source de revenus sur place. Dans une époque qui connaît toutes sortes de scandales autour de la qualité de la viande, cette démarche doit rassurer le consommateur sur la qualité du produit, ses origines et ses conditions de production. Afin de renseigner le public sur une viande qui est toujours assez peu connue en France, le menu contient une série d'informations que l'on ne trouverait pas habituellement sur un menu de restaurant. Afin de favoriser la légitimité du produit et de convaincre le consommateur, les propriétaires se servent de deux stratégies discursives. grands espaces, la convivialité - et d'autre part ils essaient de rallier les discours autour de
D'une part ils puisent dans l'imaginaire positif des Français à l'encontre du Canada

-

les

34