Stratégies et campagnes électorales en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis

De
Publié par

Ces contributions identifient les particularismes de la communication politique britannique et américaine et évaluent dans quelle mesure des techniques et des stratégies similaires sont reproduites ou adaptées lors des campagnes électorales. En prenant en compte les théories sur les évolutions politiques contemporaines, elles examinent le positionnement idéologique, l'image de marque ou les messages conçus pour l'électorat des deux côtés de l'Atlantique.
Publié le : dimanche 1 novembre 2009
Lecture(s) : 488
EAN13 : 9782296243101
Nombre de pages : 207
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

Stratégies et campagnes électorales ,
en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis

Psychologie politique
Collection dirigée par Alexandre DORNA

La collection «Psychologie politique» répond à une attente: réhabiliter la dynamique de l'âme, du logos et de la cité, afin de faire connaître et de réunir ce qui est épars dans ce domaine. En conséquence, elle s'inscrit dans une méthodologie transversale et pluridisciplinaire, contre l'esprit de chapelle et la fragmentation de la connaissance. Déjà parus: Alexandre DORNA, Jean QUELLIEN, Stéphane SIMONNET (sous la dir.), La propagande: images, paroles et manipulation, 2008. Michèle ANSART-DOURLEN, Le Fanatisme. Terreur politique et violence psychologique, 2007. Pierre ANSART et Claudine HAROCHE (sous la direction de), Les sentiments et le politique, 2007. Alexandre DORNA et José Manuel SABUCEDO (coordinateurs), Etudes et chantiers de Psychologie politique, 2006. Alexandre DORNA et Jean QUELLIEN (coordinateurs), Les Propagandes: actualisations et confrontations, 2006. Benjamin MATALON, Face à nos différences, Universalisme et relativisme, 2006. Alexandre DORNA, De l'âme et de la cité, 2004. Michel NIQUEUX et Alexandre DORNA (sous la dir.), Le peuple, cœur de la Nation ?, 2004. Constantin SALA VASTRU, Rhétorique et politique, 2004.

Coordonné par

Renée Dickason, David Haigron et Karine Rivière-De Franco

Stratégies et campagnes électorales , en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis

L'Harmattan

Cet ouvrage est publié avec le concours

du centre Littératures et sociétés anglaises et américaines - LSA,
de l'Équipe de recherche interdisciplinaire de l'université sur la Grande-Bretagne, l'Irlande

et l'Amérique du Nord - ERIBIA, EA 2610,
de Caen/Basse-Normandie

@ L'Harmattan, 2009 5-7, rue de l'Ecole polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fIharmattan l@wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-10565-2 EAN : 9782296105652

SOMMAIRE
Avant-propos
RENÉE DICKASOl\

9

Introduction KARINERIVIÈRE-DE fRANCO

13

Early Elections in the UK: An Unfair Advantage or a Calculated Risk?
MATT LEGGETT

21

Lessons from America ou la « clintonisation » du Parti travailliste britannique
E\1MANLELLE AVRIL

35 Construction 65

Entre influence états-unienne et matrice nationale: d'un modèle britannique de spots politiques télévisés DAVIDHAIGRON

Mobilisation des électrices et instrumentalisation de la différence: les campagnes électorales de 2004 et 2005 en Grande-Bretagne et aux États-lJnis VÉRO\!IQLEMOLINARI 85 The Youth Vote and Electoral USA, 2005-2008 SARAHPICKARD De l'image britannique Communication in the UK & the 107 visuels du Parti libéral 127 2008 aux
145

à l'identité: étude des supports (1945-1959)

CV]\;TI-IIA BavER

La campagne des primaires présidentielles démocrates États-lJnis : les paradoxes de la démocratie locale?
CIIRISTI\lE ZUMELLO

7

Justification for War: A Comparative Study of How George W. Bush and Tony Blair Presented the Iraq War to Their Respective Citizens
LORI MAGUIRE

165 aux États-Unis? 183

La fin du progressisme PIERREGLJERLAI:-J Biographies des auteurs

199

8

AVANT-PROPOS
RENÉE DICKASON

Ce livre qui fait suite à Image et communication politique - La Grande-Bretagne depuis /980 (ColI. Psychologie politique, Paris, L'Harmattan, 2007) s'intéresse aux stratégies et aux campagnes électorales dans le monde anglophone, plus particulièrement aux ÉtatsUnis et en Grande-Bretagne. Fruit des travaux de l'ERIBIA (EA 2610, Equipe de Recherche Interdisciplinaire sur la Grande-Bretagne, l'Irlande et l'Amérique du nord. Maison de la Recherche en Sciences Humaines - MRSII-UMS 843 CNRS, Université de Caen/Basse-Normandie), cette étude, qui se veut comparative et diachronique, met en perspective les initiatives communicationnelles qui ont jalonné l'histoire des campagncs électorales au fil du temps. La «persuasion clandestine» I, de plus cn plus sophistiquée, Ütbrique de nouveaux instruments qui tendent à brouiller les repères. Les stratégies, qui ont pourtant été éprouvées, se « modernisent ». La conquête des électeurs se professionnaJise, devenant un combat toujours plus âpre où il convient de se livrer à une lutte acharnée, à une concurrence effrénée où la loyauté est parfois oubliée au profit de basses manœuvres politiques. Car gagner l'élection est ce qui importe. Retracer les principales étapes d'un développement sans précédent, tant des outils de communication que des tactiques utilisées, qui vont, dans certains cas, bouleverser les modcs d'expression, permet de s'arrêter sur ce qui révolutionne J'art de séduire et de convaincre les citoyens-électeurs. Face à un inéluctable renouveau de la subtile alchimie inhérente à la communication politique, les façons de (bien) communiqucr (à un public toujours plus large) ne cessent d'intriguer et de fasciner. L'Histoire révèle des tendances diverses qui vont dans le sens d'une homogénéisation, d'aucuns parleront d'une
1

Persuaders

Allusion au titre français de 1'ouvrage majeur de Vance Packard, ,he (1957).

Hidden

AVANT-PROPOS

« américanisation », de procédés souvent nébuleux et peu compréhensibles par le commun des mortels. Les liens (linguistiques, culturels, historiques) qui unissent la Grande-Bretagne aux États-Unis renforcent ce sentiment de ressemblance. Sans doute parce qu'ils mettent les téléspectateurs en confiance, certains principes ont inspiré les uns et les autres. C'est le cas, par exemple, des « discussions au coin du feu» (fireside chats) ou de la présence rassurante d'une famille modèle autour des candidats. Pour autant, la communication politique n'est pas figée, elle se métamorphose d'élections en élections. En ce début de XXIc siècle, on assiste à un autre type de théorie de l'évolution, celle où un darwinisme politique privilégie une sélection naturelle conditionnée par un environnement médiatique en pleine mutation. Lors de la campagne de Barack Obama, un arsenal impressionnant de techniques et de stratégies a été déployé. Le processus de fidélisation des électeurs s'est appuyé sur les stratégies de marketing classiques que sont la conception d'événements dont les finalités à peine voilées sont bien d'attirer les masses et de créer ou de consolider un lien avec des électeurs qui ne doivcnt surtout pas se laisser distraire par les arguments du/des camp(s) adverse(s). Certes, les dispositifs d'une «démocratie participative» sont mis en œuvre; ainsi, le «bottom up» qui aide à faire remonter 1cs idées au candidat ou l'instauration d'un dialogue entre les électeurs et l'équipe du prétendant à la présidence deviennent des techniques d'un manuel mis progressivement à l'épreuve: celui de « l'animateur politique »2, Et là, de nouveaux moyens sont mis à la disposition des Hommes (site Internet, blog, facebook, twitter, y ouTube, sonneries de téléphones portables...). L'époque où les tribuns haranguaient la foule, comme au .'j'peakers' Corner de Hyde Park, à Londres, n'est pas forcément révolue mais il convient de constater que les nouvelles techniques de communication mobilisent plus de monde et dépassent rapidement des frontières devenues invisibles. C'est sur ce foisonnement d'idées, qui régit la communication politique anglo-saxonne, que porte cette étude qui ouvre de vastes horizons et propose une richesse exploratoire de grande envergure, tout en apportant des éclairages nouveaux à un paysage communicationnel
Parodie de la traduction française (Manuel de l'animateur social) de j'étude de Saul Alinsky, Rules for Radicals (1971), dont les idées ont manifestement inspiré Baraek Obama. 10
1

AVANT-PROPOS

qui n'est encore, sans doute, qu'à un stade de frêle éclosion. L'originalité et l'inventivité dans ce domaine en renouvellement perpétuel testent les limites d'une créativité tout aussi captivante qu'« hypnotisante ». Le produit (la personnalité politique) ayant constamment besoin de conquérir un nouvel électorat, les stratégies doivent se décliner à l'infini au gré des modes et des tendances... un véritable défi...

Renée Dickason Professeur en études britanniques Université de Caen/Basse-Normandie Directrice de l'ERIBIA - EA 2610

Il

INTRODUCTION
KARINE RIVIÈRE-DE FRANCO

Dans le contexte de la « relation spéciale» entre la GrandeBretagne et les États-Unis, toujours d'actualité, comme l'illustre de manière anecdotique le film en préparation « The Special Relationship », représentant les rapports entre Bill Clinton et Tony Blair', les deux pays, malgré des systèmes politiques et des types de consultations électorales différents, semblent partager nombre de caractéristiques au niveau des campagnes électorales ainsi que des stratégies élaborées et mises en œuvre à' l'approche d'un scrutin. Ces liens, inf1uences ou transferts s'expliquent-ils uniquement de manière historique, par un héritage linguistique et culturel commun, ou sont-ils dus à des modifications profondes des sociétés: cynisme et désintérêt croissants pour la politique éprouvés par l'électorat, utilisation par les partis politiques des nouvelles technologies de communication, place grandissante dans la sphère politique de l'économie, du marketing et de la publicité ou mutation des systèmes médiatiques? Est-il possible d'observer l'émergence de traits communs, d'invariants de la communication politique anglo-saxonne et d'uniformisation, de globalisation à travers l'utilisation de techniques et de méthodes internationales, appliquées de manière systématique dans tous les pays2, ou, au contraire, malgré des caractéristiques inhérentes à la communication politique moderne, chacun conserve-t-il sa spécificité nationale, en raison notamment de dif1ërences liées aux systèmes de

Projet de Peter Morgan, qui y fera ses débuts de réalisateur après avoir été le scénariste de The Deal en 2003 et de The Queen en 2006. Le tournage devrait commencer été 2009 aux États-Unis et le film devrait sortir en 20 Il en GrandeBretagne. The Internet Movie Database, <www.imdb.com/title/ttII17646/>. consulté le 20/04/2009. 2 Notamment en raison des « conseillers politiques globe-trotters », Gerald Sussman & Lawrence Galizio, «The global reproduction or American politics », Political Communication, vol. 20, July-September 2000,314.

1

INTRODUCTION

financement des partis, aux conditions d'accès aux médias ou à la manière de sélectionner les leaders et les candidats?

Cette introduction entend esquisser les contours du débat sur ce que certains appellent l'américanisation de la vie politique britannique, qui ne représente évidemment qu'un des aspects des élections et des campagnes électoralcs dans Ic monde anglo-saxon. En effet, du point de vue britannique, de nombreux hommes politiques, journalistes et politologues se sont penchés sur l'inl1uence américaine qui affecterait la politiquc britannique3 et qui revêtirait trois aspects. Tout d'abord, le système politique lui-même évoluerait vcrs une sorte d'américanisation du fait des mutations du rôle et des fonctions du Premier ministre. En concentrant les pouvoirs et en s'entourant de conseillers personnels inf1uents qui supplantent les ministres et le Cabinet, le Premier ministre ne scrait plus simplement « le premier d'entre ses pairs» (<< first the among equals») mais se comporterait de manière présidentielle en ne respcctant guère les traditions et les coutumes britanniques. Plusicurs ministres ont d'ailleurs expliqué leur démission par ce qu'ils considèrent comme une dérive du systèmc; ainsi, Nigel Lawson en 1989, tout comme George Brown dès 1967, entendaient dénoncer le style de gouvernemcnt de Margaret Thatcher et dc llarold Wilson4. Comme l'explique Sue Pryce au sujet de la Dame de fer:
la polémique sur le rôle dc ses conseillers fut un sujet récurrent de ses onzc années au pouvoir et les critiqucs sur sa présidentialisation de la fonction de Premicr ministre devinrent monnaic courante [...] on l'accusa de se comporter de manière présidenticlle ct dc ne pas respecter les conventions du Cabinct5. 3 A noter que ce débat n'a pas lieu uniquement en Grande-Bretagne. Lors de la campagne présidentielle française de 2007, Ic quotidien britannique l'Independent souligne l'américanisation de la politique française (<< l'absence de grandes idées En ou de grands hommes, l'élection a pris une tournure américaine. Les valeurs ont remplacé les idées », «ln the absence oj' Big Idew' or Big People, the election has taken an American turn. Idea.\' have been replaced by values ») et qualifie Ie scrutin d'« élection zapping dans laquelle les propositions vont et viennent tous les quinze jours» (<< zapper election in ,vhich proposals come and go every two weeks »), a 19/04/2007. 4 Sue Pryce, Presidentializing the Premiership, Basingstoke, Macmillan press Ltd, 1997,4. 5 « controver.lY about advice was an enduring theme o/her eleven years in office and claims that she was presidentializing the premiership became commonplace [...] she 14

INTRODUCTION

Par ailleurs, les idéologies des partis et les programmes mis en œuvre par les gouvernements seraient fortement sous influence états-unienne. Cette thèse se trouve étayée par les rapprochements opérés entre Margaret Thatcher et Ronald Reagan ou entre Tony Blair et Bill Clinton. De manière plus concrète, la doctrine de la « troisième voie» «( the third vFay»), la politique de « tolérance zéro» en matière de criminalitë ou le concept de « }vorMare » pour ne citer que quelques exemples ont d'abord été introduits aux F:tats-Unis avant d'être adoptés en Grande-Bretagne7. Enfin, l'influence américaine serait décelable au niveau de la communication politique, particulièrement en période électorale. Certains des termes utilisés pour décrire les campagnes ou le personnel politique britanniques sont nés aux États-Unis, comme l'expression « spin doctor », employée pour la première fois dans le quotidien le Nelli York Times lors de la campagne présidentielle de 1984 et utilisée pour décrire notamment Peter Mandelson, « gourou» de Tony Blair et du Parti travailliste avant de devenir ministrex. De manière plus générale, les conseillers britanniques, que ce soit pour le compte des conservateurs ou des travaillistes, observent les pratiques outreAtlantique avant de les adapter aux élections législatives britanniques. Au sein du Parti conservateur. Gordon Reece se rend aux F:tats-Unis

Il'as accused of behaving presidentially and failing to ohserve the conventions of cabinet government », Ihid., 163, 176. (, « Tough on crime, tough on the causes (!l'crime », Labour Party Manifesto, 1997. 7 Voir notamment les ouvrages et articles suivants: Andrew Adonis & Tim Hames (eds.), A Conservative Revolution? The ThatcherReagan Decade in Per.spective, Manchester, Manchester University Press, 1994. Norman Birnbaum, « Clinton-Blair: doit-on croire à la troisième voie? », in Etudes, 02/1999, n° 2. Andreas Cebulla, Karl Ashworth, David Greenberg [et al.], Welfare-to-Work: New I_abour and the U<.,' experience, Ashgate, Aldershot, 2005. David P. Dolowitz, « Policy transl'cr: something old, something new, something borrowed, but why red, white and blue? », in Parliamentary Affairs, 10/1999, vol. 52, n° 4. David P. Dolowitz (cd.), Policy tra/1.~jèr and British Social Policy: learning,/rom the USA?, Buckingham, Open University Press, 2000.

Expression utilisée pour désigner les spécialistes des médias les plus influents, elle décrit l'effet donné à une balle pour la dévier de sa trajectoire normale et la faire aller dans la direction souhaitée, tout en trompant l'adversaire, Duncan Watts, Political Communication Tod(~v,Manchester, Manchester University Press, 1997, 121. 15

8

INTRODUCTION

pour suivre les campagnes de Jimmy Carter et de Gerald Ford en 19769 et Chris Lawson, riche de son expérience américaine, dirige le servicc de marketing en 1983. Chez les travaillistes, Peter Mandelson assiste aux conventions républicaines à San Diego en 1992 et suit le second débat télévisé entre Bill Clinton et Bob Dole en compagnie de George Stephanopoulos, le conseiller de Bill Clinton. Un document interne du parti résume d'ailleurs les leçons à tirer de cette campagne présidentiellelO. Les évolutions de la communication électorale britannique moderne semblent fréquemment trouver leur source outreAtlantique, qu'il s'agisse de l'utilisation des sondages par Richard Nixon, de la gestion des médias de Ronald Reagan, de la publicité négative sous George Bush ou de l'emploi d'études de marché par Bill Clinton. Ce qui s'avère également valable pour la personnalisation des campagnes, le recours à des personnalités du monde du sport et de la chanson, l'organisation autour d'une « war room» qui regroupe tous les actcurs dc la campagne en un même lieu" ou la tendance aux , . 12
campagnes negatives.

Plusieurs termes semblent en htit utilisés de manière plus ou moins intcrchangeable pour décrire les évolutions de la communication politique en Grande-Bretagne: américanisation, mais également présidentialisation, personnalisation, modernisation, profcssionnalisation, uniformisation ou globalisation. Ces concepts décriraient-ils une « convergence vers une forme de norme miAtlantique» 13? En effet, sans peut-être atteindre le niveau américain, la
9

Michael Cockerell, Peter Henessy & David Walker, ,"'ourcesclose to the Prime

Minister. lm' ide the Ifidden World of" the Nev.'.I' Manipulators, London, Macmillan, 1984, 194. 10 The American Presidential Election 1992, what can Labour learn?, Labour Party Archives, Manchester. Il L'Américain James Carville, conseiller du Parti démocrate, introduit cette forme d'organisation en 1991 ; elle sera par la suite adoptée par le New Labour. Ralph Negrine, The Tran.~liJrll1ation of Political Communication. Continuities and Changes in .Media and Politics. PaIgrave, Macmillan, 2008, 96. 12 Par exemple, 20% des spots télévisés électoraux des conservateurs et des travaillistes de 1979 à 2005 sont uniquement négatifs, voir Karine Rivière-De franco, La communication électorale en Grande-Bretagne, Paris, l'Harmattan, 2008, 122. Voir également la publicité des conservateurs qui représente Tony Blair avec des yeux démoniaques ou ce He des travaillistes sur laque He WilJianl Hague apparaît en écolier peu doué pour le calcul. 13 « convergence t01vards some mid-Atlantic norm », Bruce I. Newman & Dejan Vercic (eds.), Communication of Politics: Cross-cultural 7heory Building in the

16

INTRODUCTION

politique britannique s'est fortement personnalisée et les leaders et leur image occupent une place de plus en plus prépondérante, comme l'illustrent par exemple les spots télévisés (Neil Kinnock en 1987, John Major en 1992, Paddy Ashdown et Tony Blair en 1997). De même, les partis font désormais appel à des spécialistes extérieurs au domaine politique traditionnel, tels que des agences de publicité, des instituts de sondages, d'anciens journalistes, des réalisateurs de cinéma et des conseillers diversl4. Ils tentent également de suivre les développements des techniques et des moyens de communication, en utilisant la téléphonie mobile ou en créant leurs sites Internet et leurs blogs.

Néanmoins, certains commentateurs se montrent plus réservés quant à cette soi-disant influence américaine et mettent en garde contre des généralisations abusives ou simplistes. Ainsi, Jay G. Blumler et Michael Gurevitch concluent de leur observation de la vie politique du début des années 1990 que « même si certains aspects du système britannique se rapprochent davantage des pratiques américaines que par le passé, sur d'autres points, bien des différences demeurent »15; quant au scrutin de 1997, pour eux,
la campagne britannique est apparue comme remarquablement hybride en 1997. En dépit de la forte influence de certaines approches de type américain, elle n'a
pas été entièrement réorganisée sur le modèle américain
1(,.

Il convient, selon eux, de sc méfier d'une vision figée des pratiques américaines sur lesquelles le reste du monde se baserait et de bien prendre en compte les particularismes nationaux propres à chaque
Practice (l Public Relatiol1s and Political Marketing, New York, The Haworth political press, 2002, 10. 14 Saatchi & Saatchi ou Wright & Partners pour les agences de publicité, John Schlesinger ou Arthur Minghella pour les réalisateurs, John Desborough, Russ Pipe, John Underwood ou Alastair Campbell pour les journalistes. 15 «even though certain features of the British system resemble US practice more closely than they used to, in other respects significant différences remain », Jay G. Blumler & Michael Gurevitch, « Americanization reconsidered: the UK-US campaign communication comparisons across time », 380, 385 in Lance Bennett & Robert M. Entman (eds.), Mediated Politics. Communication in the fitture ()i democracy, Cambridge, Cambridge University Press, 200 I. 1(, «the British campaign appeared remarkably hybridised in 1997. Despite its impregnation VI.ith certain US-s().le approaches. it had not beel1 completely remodelled along (Ji;;ines », Ibid., 396. l
17

INTRODUCTION

. . . . '.c: pays. 17 D e meme, SI Ia comparaison lait ressortIr certames ' ressemblances au niveau des philosophies politiques et des idéologies, les concepts ne sc recoupent pas forcément des deux côtés de l'Atlantique, et les acceptions et les mises en pratique laissent apparaître bien des divergences, comme avec la notion de « compassionate conservatism» par exemple. Pour certains, la thèse de l'américanisation et de la présidentialisation relève davantage d'un abus de langage que d'une réalité attestée. Ainsi, John Hart souligne que la formule permet de décrire une tendance sous une forme simplifiée. Il serait plus facile de parler de présidentialisation de la vie politique britannique que de « Première ministérialisation» (<< Prime j\1inisterialization »), mais cela recouvre le même phénomène: un pays sous la direction d'un seul homme's. Ce raccourci servirait également les médias d'après George W. Jones, pour qui, il « eadre avec le besoin des médias de personnaliser la politique et le gouvernement et de traiter les affaires publiques comme une branche de l'industrie du divertissement »'9.
Par ailleurs, les modifications des pratiques politiques ne seraientelles pas davantage le résultat de facteurs exogènes, de changements structurels des sociétés, influencés par les possihilités o1Tertespar les nouvelles technologies (sites Internet, forums. blogs, sites de socialisation...) ou la restructuration et l'évolution des médias (création de chaînes télévisées d'actualité continue)20? Ne serait-il pas plus pertinent de parler de « médiatisation de la politique» (<< mediatization
i7

18 Joh~ Hart, «President and Prime Minister: convergence or divergence? », Parliamentary Aff'airs, vol. 44, n° 2, April 1991, 212. 19«fits with the need\' of the media to personalize politics and government and to treat public aff'airs as a branch al the entertainment industry», George W. Jones, «Presidentialization in a parliamentary system'? », in Colin Campbell & Margaret Jane Wyszomirski (eds.), Executive Leadership in Anglo-American Systems, Pittsburgh, University of Pittsburgh Press, 1991, 113. Effectivement, cctte personnalisation se trouve reflétée ou amplifiée par les médias, la presse notamment, à en juger par les photographies publiées à la « line », voir pour la campagne de 2005: Karine Rivière-De Franco «Election et presse écrite: la campagne vlle par le Daily Telegraph et le Guardian », Revue française de civilisation britannique, « Les élections législatives de 2005 au Royaume-Uni », vol. X/ll, na 3, automne 2005. 20 En 1980 pOlir la première fois aux États-Unis avec CNN et en 1989 en GrandeBretagne avec Sky News. 18

Ihid. 400.

INTRODUCTION

(~f politics» il, basée sur diverses formes de communication audiovisuelle? Cette globalisation ne risque-t-elle pas de contraindre les hommes politiques à se conformer aux exigences médiatiques et à n'être plus que des clones les uns des autres?22 Cette puissance médiatique a été dénoncée par Tony Blair, lui-même accusé d'être le roi du « spin» et de souhaiter tout contrÔler (<< control-freak»), lors de son dernier discours au congrès du Parti travailliste: «dans le contexte implacable des médias d'information continue, pour lesquels les commérages et les controverses méritent bien plus d'être publiés ou diffusés que les véritables informations, les gens oublient >P. Plus globalement, pour Gerald Sussman et Lawrence Galizio, la communication politique est affectée par des facteurs qui dépassent les frontières, liés à la libéralisation économique mondiale: « ce n'est pas tant que la politique est essentiellement 'américaine' ou 'moderne' (ou même post-moderne), mais plutÔt que la politique est devenue un produit, commercial, orienté vers le marché, industrialisé »24.

Face à cette VlSJOn pessimiste d'uniformisation, de perte de spécificité des démocraties, ou de domination américaine (à l'image de nAP, international Association of Political ('onsultants, au sein de laquelle les Américains sont majoritaires)25, une interprétation plus optimiste pourrait y voir un enrichissement collectif, un partage d'expériences et la recherche de stratégies efficaces, à travers l'imitation, l'importation sélective et l'adaptation. En effet, d'une part, les influences, échanges ou transferts ne s'efTectucnt pas de manière unilatérale. Des conseillers américains travaillent pour les Britanniques (Harvey Thomas pour les conservaleurs en 1987 ou Dick Wirthlin en
Ralph Negrine, The Tran.~formation of Political Communication. Continuities and Changes in Media and Politics, Palgrave, Macmil1an, 2008, op. cit., 96. 22 Olugbenga Chris Ayeni, A Comparative Study !?/the Political Communication Styles i?IBill Clinton and Tony Blair, Lewiston, The Edwin Mellen press, 2005, 135. 23 « In the harsh climate a/the 24/7 media, in which gossip and controver.s}' are so much more newsworthy than real news, people fàrget », Labour Party Conference, 2006. 2~« il is not so much a mailer q/politics heing essentially 'American' or 'modern' (or even postmodern); rather politics hŒl' become commercial, market-oriented, commoditized, and industrialized », Gerald Sussman & Lawrence Galizio, «The global reproduction of American politics », Political Communication, vol. 20, JulySeptember 2000, op. cit., 313. 2545 Américains sur les 91 membres en 1997. Ihid.. 314. 19
21

INTRODUCTION

1990 et 1991, Stan Greenberg pour les travaillistes en 1997) et viceversa (des conservateurs participent à la campagne de Georges Bush en 1992, Philip Gould, le consei11er des travaillistes en matière de sondages, conseille Bill Clinton en 1992 et 1996)26. D'autre part, les relations ne se limitent pas à la Grande-Bretagne et aux États-Unis, à en juger par le conseiller australien Lynton Crosby engagé par le Parti conservateur pour la campagne de 2005.

Cet ouvrage regroupe des contributions qui portent sur les pratiques politiques des deux côtés de l'Atlantique et entend, sans recherche d'exhaustivité, mettre en lumière certaines des caractéristiques des élections, campagnes et stratégies électorales en Grande-Bretagne et aux États-Unis. Ainsi, Matthew Leggett s'attache à la spécificité britannique du choix de la date du scrutin, laissé à l'appréciation du Premier ministre, tandis que Christine Zumello analyse le phénomène de la démocratie locale lors des primaires américaines. Cynthia Boyer propose une lecture des tracts et des affiches électorales du Parti lihéral britannique, tandis que Pierre Guerlain s'interroge sur le progressisme aux États-Unis. Enfin, Emmanuelle Avril, David IIaigron, Véronique Molinari, Sarah Pickard et Lori Maguire mettent directement en parallèle les expériences politiques britanniques et américaines, que ce soit l'influence des Démocrates sur le New Labour (Emmanuelle Avril), l'identité nationale des spots télévisés politiques britanniques (David Haigron), la mobilisation de l'électorat fëminin dans les deux pays (Véronique Molinari), la place des jeunes dans la communication politique anglo-saxonne (Sarah Pickard) ou la manière dont les dirigeants ont justifié la guerre en Irak auprès de leur population respective (Lori Maguire).

26

David Butler & Dennis Kavanagh, The British General Election (?l/997, London,
1997,239.

Macmillan,

20

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.