Structuralisme, clinique structurale diagnostic différentiel névrose-psychose

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Le but de ce livre est d'opérer une synthèse des éléments théoriques et cliniques relatifs au structuralisme, dans une optique lacanienne. Cet ouvrage se compose de trois parties. Tout d'abord, un repérage des grands courants de pensée sera proposé, pour mener à une définition du structuralisme. Ensuite, les grandes structures psychopathologiques (psychotiques, névrotique, et "limites") seront détaillées. Enfin, une critérologie permettant le diagnostic différentiel névrose-psychose sera détaillée.
Publié le : samedi 1 novembre 2003
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EAN13 : 9782296335387
Nombre de pages : 346
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STRUCTURALISME, CLINIQUE STRUCTURALE,
DIAGNOSTIC DIFFERENTIEL PSYCHOSE NEVROSE-

Collection Psycho-Logiques dirigée par Philippe Brenot et Alain Brun
Sans exclusives ni frontières, les logiques président au fonctionnement psychique comme à la vie relationnelle. Toutes les pratiques, toutes les écoles ont leur place dans Psycho-Logiques. Dernières parutions Nathalie TAUZIA, Rire contre la démence: essai d'une théorie par le rire dans un groupe de déments séniles de type Alzheimer, 2002 Magdolna MERAI, Grands-parents, charmeurs d'enfants: étude des mécanismes transgénérationnels de la maltraitance, 2002. CatherineZITTOUN, Temps du sida, une approchephénoménologique, 2002. Michel LANDRY, L'état dangereux, 2002. Denis TOUTENU et Daniel SETTELEN, L'affaire Romand: le narcissisme criminel, 2003. Véronique PlATON-HALLE, Figures et destins du Père Noël, 2003 Alexis ROSENBAUM, Regards imaginaires, Essais préliminaires à une écologie visuelle, 2003. Henryka Katia LESNIEWSKA, Alzheimer. Thérapie comportementale et art-thérapie en institution, 2003. Joël LEQUESNE,Voix et psyché, 2003. Jean-Paul HUCHON, L'Etre vivant, 2003. Christine ROBlNEAU, L'anorexie un entre-deux-corps, 2003. Henry WINTREBERT, La relaxation de l'enfant, 2003. Chantal LHEUREUX DAVIDSE, L'Autisme infantile ou le bruit de la rencontre, 2003. Yves MORHAIN et Jean-Pierre MARTINEAU, Violences familiales, 2003.

Christophe

CHAPEROT

STRUCTURALISME, CLINIQUE STRUCTURALE, DIAGNOSTIC DIFFERENTIEL NEVROSE-PSYCHOSE

"Ce sont icy mes humeurs et opinions, je les donne pour ce qui est en ma créance, non pour ce qui est à croire. Je ne vise icy qu'à descouvrir moi-mesme, qui seray par adventure aultre demain, si nouvel apprentissage me change" Montaigne Cité par Séglas (153)

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

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L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino

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cg L'Harmattan, 2003 ISBN: 2-7475-5138-5

Un grand merci aux amis qui ont contribué à ce travail: à François TIREL pour tout ce temps qu'il a passé si généreusement à retravailler le texte. Ce livre est par ailleurs probablement un écho de notre rencontre, il y a quinze ans, à l'hôpital de PERONNE à Jean DELAHOUSSE, attentive et bienveillante
à Vassilis KAPSAMBELIS

Christian PISANI, pour leur relecture

pour ses encouragements

précieux

à Christine DAROUX-LAUSCHKE, Denise MARQUETTE, Annie POIRE pour le fastidieux travail de secrétariat toujours effectué avec le sourire à Frédéric ]EDNAK, pour son aide et ses incendiaires chorus de bugle aux jolies balades et aux fleurs des bois.

SOMMAIRE

INTRODUCTION AI Projet général BI La structure: définitions CI Le structuralisme: précautions

p 17 P 19 P 21 P 23

PARTIE I: LE STRUCTURALISME il Quelques repérages antérieurs au structuralisme 21 La linguistique saussurienne A) Logique de la démarche de Saussure B) Les catégories saussuriennes C) Récapitulatif 3/L'anthropologie
41 La psychanalyse

P 27 P 29 P 31 P 31 P 35 P 47 P 48 P 57 p 78 p 78 p 80

de Lévi-Strauss
de Lacan

51 Définitions et enjeux du structuralisme A) Définitions du structuralisme B) De quelques enjeux idéologiques ou théoriques du structuralisme

PARTIE II: HISTOIRE SUJET

NATURELLE

DU

P 87

I) D'un tronc commun du sujet p 90 1) Univers signifiant prénatal du sujet p 90 2) De Itépinglage dans le signifiant et de p 92 son reste 3) Spécularité, assomption et moi-idéal p 114 Il

II) La névrose: renoncement ambigu et garde fou symbolique 1) La métaphore paternelle 2) La signification dans la névrose 3) Amour du père et dette symbolique, père imaginaire et père symbolique 4) Trait unaire et idéal du moi .5) La bipartition hystérie-obsessionnalité, et le mythe de Itexclusivité 6) L'impossible stratagème obsessionnel: . ruse et epulsement AI Rencontre BI Eléments de théorie a) Séduction maternelle b) Convocation du désir paternel c) Le père symbolique: quand l'idole masque le rival d) Désir, besoin et demande, maîtrise et
/

P 117 P 120 P 124 P 128

P 133 P 138 p 149 P P P P 149 151 152 152

P 154

P 156 P 159 P 159 P 160 P 161 P 162 P 163 P 167 P 170

pensee

I

e) Objet a f) La mort comme maître absolu g) Les deux faces de la médaille h) Obsessionnalité et psychose 7) Création hystérique: entre revendication, insatisfaction et révolution a) La séduction maternelle b) L'homme de paille providentiel c) Identité pénis-phallus 12

d) Hystérie et regard e) Revendication, insatisfaction et délire f) Hystérie et dénonciation g) Hystérie et bisexualité 8) Conclusion quant aux névroses

P 172 P 173 P 178 P 182 P 183 P 185

III) La psychose: condamnation infinie à penser
1/ Profil général de la psychose dans ses accointances avec l'oedipe 2/ Engloutissement maternel 3/ De quelques figures de père 4/ La forclusion du Nom du Père 5/ Proposition d'un modèle général de la forclusion partielle 6/ Le sujet psychotique non déclenché 7/ Le déclenchement de la psychose: expression libre 8/ Les trois grandes structurations de la psychose déclenchée: schizophrénie, paranoïa et paraphrénie a) Eléments généraux b) La schizophrénie: l'Autre bavard c) La paranoïa: tentative de distance d) La paraphrénie : le jeu mégalomaniaque du théoricien IV) Clinique de "l'objet a" et clinique du "rien" : dépassement d'une simple différenciation névrose-psychose 11 Chant pervers et champ phobique al Chant pervers
13

P 185 P P P P 188 191 195 199

p202 p204 P 221 P 221 p223 p233 p236

p240

p241 p242

hl Champ phobique
21 La maniaco-dépression al Mélancolie bl Manie 31 Troubles du comportement alimentaire: indications succintes V) Personnalité et traits

P 251 P 255 P 256 p262 p265

p268

PARTIE III: CRITEROLOGIE DIFFERENTIELLE NEVROSEPSYCHOSE AU SENS STRUCTURAL
1) LIAutre Scène

P 271

P 275 P 276 p276 p279 P 281 p283 P 283 p284 p288

AI L'inconscient névrotique a) Justification théorique: structuration symbolique b) Expression et subjectivation : surprise, assomption et responsabilité c) L'inconscient muet

BI L'inconscient et la psychose a) La non pertinence du concept de refoulement b) Expressions dlun pseudoinconscient psychotique c) Proposition du terme de t1paraconscience" psychotique 2) L'ordre phallique et la signification al Dans la névrose bl Dans la psychose 14

P 304 P 304 P 307

3) Les deux grandes identifications 4) La question du transfert

P 314 P 320

CONCLUSION

p327

BIBLIOGRAPHIE

P 331

15

INTRODUCTION

"Là où la pathologie nous montre une brèche ou une fêlure, il y a peut-être normalement un clivage. Jetons par terre un cristal, il se brisera, non pas n'importe comment, mais suivant ses lignes de clivage, en morceaux dont la délimitation, quoique invisible, était cependant déterminée auparavant par la structure du cristal. Cette structure fêlée est aussi celle des malades mentaux" Freud S ("La personnalité psychique" ln Nouvelles conférences sur la psychanalyse 44)

AI Projet général
Le structuralisme a pu constituer la référence obligée de diverses disciplines, telles la linguistique, l'anthropologie, la sociologie, la psychanalyse. Cela reste en partie vrai. La psychiatrie, et le champ plus général de la psychologie, fortement imprégnées de psychanalyse, étayaient, il y a encore quelques décennies, une part conséquente de leurs discours sur la pensée structurale. Or, par différents effets, liés d'une part à certains excès dogmatiques, et de l'autre à une mutation culturelle progressive instituant l'expérimentation scientifique comme seule garantie de la validité des discours, le structuralisme peut en venir à apparaître littéralement obsolète au sein des champs psychiatriques et psychologiques. En effet, l'athéorisme résolu des courants actuels nécessite d'exclure l'observateur de la structure de l'échange, dans un but d'objectivité, si bien que l'échange par lui-même disparaît de l'élaboration déductive qui suit la rencontre ou l'expérimentation. Il en résulte une logique syndromique, assemblant les phénomènes observés sur la foi de la fréquence significative de leur assemblage. L'échange, et les valeurs circulant dans cet échange, sont gommés, ce qui produit un certain type de discours dit scientifique. Avec le structuralisme, un autre discours vient, non pas compléter, mais s'associer au précédent: il s'agit de considérer que les phénomènes dit humains n'apparaissent que par l'échange, et que cet échange est un phénomène de langage. L'objectif de ce livre est d'opérer une synthèse, afin d'examiner ce que recouvre le structuralisme, puis ce que le structuralisme peut apporter à la réflexion sur la constitution de la personnalité comme sur la génèse des « maladies mentales ». Enfin la troisième partie proposera une critérologie pouvant faciliter ou orienter, le diagnostic différentiel névrose psychose. Le diagnostic différentiel névrose-psychose peut, en effet, être des plus complexes. La logique syndromique, attachée aux 19

recensement des expressions symptomatiques, n'examine pas la fonction de ces expressions.. Or, il est possible, dans une optique structurale, de poser un diagnostic de structure sans prendre en considération les symptômes, mais uniquement le mode d'articulation des valeurs au sein du discours. Cela oblige à recentrer les définitions des termes « névrose» et « psychose », dont les sens respectifs n'ont cessé d'évoluer (17). Ainsi, cet ouvrage s'adresse au clinicien, pour lui proposer une orientation possible de sa conception de la clinique. Le ton de l'ouvrage est délibérément didactique, et cela tient à ses origines: sa formulation est issue d'une activité d'enseignement auprès des internes en psychiatrie et des étudiants en psychologie. Ce ton, par ailleurs, est probablement celui qui, intérieur, m'a personnellement aidé à penser la clinique. Au cours de ma propre formation, j'avais tiré un grand bénéfice de la lecture d'un livre de Jean Bergeret, intitulé
« Psychologie pathologique»,

qui reprenait de manière simple, mais

malgré tout fidèle, les grandes notions issues de la psychanalyse applicables en clinique. Ce livre reste pour moi un modèle du genre, genre auquel je me suis donc frotté avec cet ouvrage qui ambitionne de marcher sur les traces du travail de Bergeret, mais avec un abord structuraliste et lacanien résolu, là où le travail de Bergeret est Freudien orthodoxe et Kleinien principalement. Enfin, une part conséquente des éléments de clinique prend son origine de l'exercice de la présentation clinique, et des discussions quelquefois passionnées qui suivaient, avec Jean Delahousse, Christian Pisani, Pierre Naveau, et d'autres amis. L'ouvrage prend son sens s'il est lu de bout en bout: il n'a pas la structure d'un dictionnaire dans lequel on pourrait puiser telle ou telle notion prélevée à un endroit ou un autre; mais il consiste en une sorte d'itinéraire à suivre, une sorte de voyage.

20

BI La structure: définitions
Pour des raisons de volume de l'ouvrage, cette partie sera considérablement réduite, j'espère qu'elle restera claire. L'appellation «structure» recouvre des conceptualisations assez différentes les unes des autres, là où le terme de « structuralis.me» est précisément orienté vers l'étude des « structures de l'échange». La «structure» est un modèle théorique, un concept, quelquefois non explicité mais supposé, qui peut s'intégrer dans deux grandes classes, chacune étant divisée en deux groupes. Les structures peuvent être « parcellaires» ou « autarcIques». Les structures que j'appellerai «parcellaires» mettent l'accent sur un aspect particulier et nécessitent l'ajout soit de mécanismes, ou bien d'éléments, pour être fon.ctionnelles. Les structures parcellaires «opératoires» se composent principalement d'opérations (par exemple des mécanismes de représentations mentales ») « extérieurs» à la structure. Quand un auteur comme Bergeret (5) parle de «structure» , c'est en ce sens précis, sens qui met l'accent sur les « opérations» au détriment des éléments (représentations). Les structures parcellaires «élémentaires» se composent d'éléments qui nécessitent des opérations extérieures à la structure elle-même. Par exemple, la théorie de la Gestalt correspond à la conception d'une forme mentale qui n'est pas réductible à la somme de ses parties. Il s'agit donc d'un point de vue qui s'oppose à « l'associationnisme ». L'acte de penser est extérieur à la structure de la forme mais permet sa survenue. Les structures autarciques ne nécessitent aucun ajout, ni en terme d'éléments, ni en terme de mécanisme. Elles sont complètes et autonomes, se suffisent, et intègrent en leur sein les éléments qu'elles «produisent». Les structures autarciques logico-mathématiques, issues des conceptions de Galois (138), correspondent à des modèles abstraits combinant
« «

défense»)

nécessitant

des

éléments

(par

exemple

des

21

des opérations et des éléments, suivant certaines règles. On peut retenir que ces règles sont applicables aux structures de }'échange. Les structures de l'échange sont autarciques et correspondent en propre à ce qui s'étudie dans le cadre du
«

structuralisme ». Il s'agit là de l'axe de cet ouvrage: la structure

des échanges inter-humains. Ces échanges, de valeurs, de signifiants, constituent les marqueurs indépassables de structures symboliques secrètes qui organisent le champ social, le champ du désir. Cette piste, empruntée par Lévi-Strauss, puis par Lacan, pose le discours (ou les rites) comme porteurs de la structure « culturelle », et, audelà, d'une structure propre au sujet.. Le sujet serait donc structuré de deux points de vue, l'un général correspondant à sa culture,

l'autre singulier correspondant à sa

«

constitution psychique

propre». On peut trouver dans d'autres travaux des panoramas assez complets des définitions du terme structure (75, 138, 156), là où ce livre ne se consacrera qu'aux structures dites de l'échange.

22

CI Le structuralisme:

précautions

Je crois utile de poser une série de précautions nécessaires afin d'enrayer préventivement quelques risques de contre-sens.. Ces risques, par ailleurs, sont largement accentués par le choix d'un discours didactique, amenant un style particulièrement à même d'engendrer des effets de compréhension, en opposition avec la pensée structuraliste. Le structuralisme se prête mal à l'exposé didactique. Pour le lecteur non habitué à la pensée structurale, notons que ces précautions ici rassemblées seront expliquées au fil du texte. a) La substantialisation La structure (comme l'inconscient) n'est pas une donnée positive mais déduite. Là ou Freud demandait de «ne pas prendre l'échaffaudage pour le bâtiment », il en est de même pour la structure. Elle est déduction pure et simple de ce qui s'observe dans l'échange, dans le discours. Il s'agit d'un repérage du mode articulatoire et de la qualité des valeurs exprimées par un sujet ou

un groupe, au sein d'un

«

colloqlle singulier» ou du champ social,

comme il peut s'agir de l'étude du champ social ou du langage. A ce titre, en clinique, une structure apparaît dans l'échange à un moment « t» sans offrir obligatoirement les garanties permettant de conclure qu'il s'agit d'une modalité définitive ou constante.. La répétition des rencontres peut être nécessaire avant de conclure que tel ou tel sujet s'inscrit de manière « habituelle» dans une structure ou une autre. La déduction par l'analyse structurale « d'invariants» permet l'élaboration d'un « modèle », d'une théorie qui n'est pas la structure, mais qui la représente.

23

b) Rapport à la théorie Le strtlcturalisme est une méthode, ce n'est pas une théorie de l'esprit ni une métapsychologie. Il n'en reste pas moins que Lacan a élaboré ou repris des concepts qui fon.ctionnent entre eux à la manière d'une théorie métapsychologique. Ces concepts (objet a, phallus, A, etc...) comportent, ceci étant, des particularités qui tendent à les intégrer dans une représentatioll théorique du sujet le moins en contradiction possible avec le structuralisme. En effet, une position structuraliste radicale impliquerait d'inventer le modèle et les concepts pour chaque situation examinée. Néanmoins, outre le fait que toute transmission implique un lexique commun, le structuralisme postule l'existence d'invariants et d'éléments irréductibles. Les « invariants» (au sens d'invariant universel) sont les aspects de l'humain qui sont obligatoirement présents quelque soit la culture ou la structure. Par exemple, la prohibition d'une jouissance particulière organise tous les groupes humains, quelque soit la culture, l'ethnie ou le continent: il s'agit d'un invariant universel.. En outre, par définition, les invariants sont stables dans le temps. D'autre part, les concepts ou repères usités dans le discours structuraliste se veulent irréductibles. Cela signifie qu'un élément théorique ne doit pas représenter une détermination plus profonde. Alltrement dit, les concepts se doivent d'être précis au point q'u'il ne soit plus possible de les préciser plus. Ainsi, l'ambition structuraliste est..eIle de déterminer des éléments conceptuels
« derniers », quitte à produire un discours relativement asséché.Les

concepts sont autant d'index de catégories au sein desquelles tout se rapporte aux concepts en question, si bien qu'il existe peu de concepts.. Cela fait apparaître une ambition du structuralisme à l'universalité, ambition et non prétention.. La Inéthode structurale postule que le langage, en tant que phénomène spécifiquement humain, comporte une logique qui dépasse les considérations culturalistes comme les modalités du fonctionnement psychique (psychose ou névrose, par exemple). Enfin, la théorie structurale nécessite l'aménagement d'un discours autour d'un trou dans le 24

savoir, ce trou étant le véritable organisateur de toute structure, ce qui sera repris dans la suite.. c) Le« Mi-dire» Tout exposé didactique se référant à Lacan est contradictoire. En effet, le souci de Lacan était d'intégrer la rupture

du savoir, la vérité, en son discours, en faisant sentir le « mi-dire »..
Son style, souvent décrié, procédait de cette tentative. Or, l'exposé que je propose, n'est en rien fidèle à cette discipline, puisqu'il vise l'établissement de définitions. Ce texte propose du savoir, pas de la vérité, il n'est pas en cela « psychanalytique» bien qu'il traite de psychanalyse. d) La temporalité Le structuralisme se défie de toute causalité linéaire, et par

conséquent d'une temporalité historique. Le temps

Y.

est logique,

support de l'expression structurale, dans une conceptio11 synchronique plus que diachronique.. Par exemple, le structuralisme est «anti-stadique », il n'appréhende pas le développement d'un enfant comme le franchissement de stades ou d'étapes. L'évolution d'un enfant sera appréhendée, par contre, sous le jour de l'expression d'une structure à laquelle appartient l'enfant d'emblée. Ceci étant, l'exigence de l'exposé implique des ressorts logiques qui font intervenir la temporalité. Le temps devra donc être entendu comme support du discours et non comme vecteur d'une logique causaliste avec son I l reseau de consequences.

e) Effets de personnification Le récit clinique fait intervenir des personnages, parents, fratrie, etc Ces personnages seront colorés de qualités et de motivations, qui ne concernent que les personnages du discours. C'est-à-dire que le sujet déploiera ces personnages au sein d'une structure, si bien qu'aucun lien n'a à être établi avec les personnages
«

de la réalité ». On peut se souvenir à cet égard des interrogations
25

de Freud face aux pères incestueux des hystériques qu'il écoutait: il s'agissait des pères fantasmatiques. f) Problème de transfert La structure, en psychanalyse) s'exprime dans le transfert. Cela ne signifie pas que le transfert, et par conséquent le dispositif analytique, soient indispensables à un abord structural de la pathologie mentale. En effet, du départ, le structuralisme n'est pas une démarche revendiquée par la psychanalyse, et toutes les écoles de psychanalyse ne s'en réclament pas, loin s'en fallt. Le structuralisme est initialement (dans l'acception qui nous occupe ici) anthropologique et linguistique. Si bien qu'une démarche structuraliste peut s'envisager hors le champ de l'analyse pure, pour en constituer une application. Je vais donc ici défendre une option: il n'est pas nécessaire d'être analyste pour aborder la clinique sous un jour structuraliste. La pratique psychiatrique ou psychologique peut (et sans doute en bénéficierait) intégrer la méthode structurale. Il ne s'agit en l'occurrence plus d'une analyse dégageant la structure au sein du transfert, mais d'une analyse du discours du sujet. il serait aussi excessif de se défendre d'un tel exercice, sous prétexte de n'être pas analyste, qu'il le serait de se refuser à l'analyse sémiologique d'un cas sur l'argument que le contre-transfert peut en modifier l'abord. L'abord structural favorise l'écoute d'un discours qui se déploie au sein d'une relation, tout en garantissant une rigueur permettant son intégration à des pratiques psychologiques ou psychiatriques.

26

PARTIE I: LE STRUCTURALISME

«Les hétérotopies inquiètent, miment secrètement le langage ».

sans doute parce qu'elles Michel Foucault (37)

1/ Quelques repérages antérieurs au structuralisme Je vais proposer ici une revue rapide de quelques grands courants de pensée qui permettent de mieux se représenter le structuralisme, soit que les courants en question soient précurseurs, ou bien qu'ils lui soient totalement opposables. Je partirai de la scolastique, pour évoquer Descartes, Rousseau, et Marx. La scolastique, principalement représentée par 5t Thomas d'Aquin, est un enseignement philosophique et théologique, dispensé entre le XIe et le XVIIe siècle, avec une apogée au XIIIe siècle. Il s'agissait d'articuler la foi chrétienne avec la «raison» principalement influencée par la pensée aristotélicienne
«

qualitative, descriptive et classificatoire» (34).La méthode part de

la perception pour cheminer par déductions vers le dogme de la foi chrétienne. Autrement dit, toute perception au sein du royaume de Dieu porte obligatoirement sa marque, si bien que tout raisonnement mène nécessairement à retrouver l'ordre divin ainsi garanti. Pour 5t Thomas d'Aquin, il n'en reste pas moins envisageable de temporiser les conclusions si l'évidence rationnelle contredit le dogme de la foi. Ainsi, la scolastique promeut un savoir qui de la perception oriente obligatoirement vers Dieu, instance où réside la vérité, le
«

non divin» étant synonyme d'erreur. Dieu représente l'Autre de

la vérité, la structure de tous les savoirs. Descartes (1596-1650) va subvertir la vision scolastique, instaurer le « doute méthodique» et le « Cogito », ce qui fera naitre le sujet moderne. Il va poser que la perception est suspecte de tromper, puisque le rêveur pense ses perceptions vraies là où elles sont fausses (29). De fait, le sujet ne peut que douter de ses

perceptions

(<<

doute méthodique »), ce qui engagera Descartes à

déterminer un départ à sa pensée, non perceptif et absolument sûr.

Descartes posera « je pense, donc je suis », son Cogito, comme cette
certitude absolue et nécessaire. Cette affirmation d'une identité pensante se double d'une conception volontariste de la pensée: par l'effort, le sujet progresse vers une vérité qui reste divine, par

29

essence. Le sujet se soutient d'une pensée active, moïque, ce qUI s'oppose à l'idée d'un sujet « pensé» par la structure. Hormis cette question d'un sujet « pensé» par la structure autant que pensant volontairement, le structuralisme sous entend une perte de l'être par la coupure du signifiant. Lacan modifiait l'affirmation ontologique du Cogito en l'écrivant: «je pense où je ne suis pas, donc je suis où je ne pense pas» (92). Ainsi, le sujet Cartésien, pensant de son moi dans une auto-saisie ontologique fondera le sujet de la science, établissant son savoir, avec la psychanalyse comme mise en énigme de ce savoir. On peut noter que ce centrage moïque cartésien fait suite au décentrage pressenti par Copernic (1473-1543) et démontré par Galilée (1564-1617) : la terre n'est plus le centre de l'univers, qui en est le soleil. Descartes renoncera, de son côté, à publier son
« Monde ou traité de la lumière » du fait de la condamnation de

Galilée par Rome (34). Rousseau (1712-1778) va tirer les choses vers la structure, en opposant nature et culture. Dans son «discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes» (147), il déterminera l'apparition de la société civile comme secondaire à l'appropriation de la terre par certains, et l'acceptation de cet état de fait par les autres. La nature idéale de l'homme se voyait dès lors corrompue par un ensemble d'oppressions culturelles et civiles directement issues des inégalités. Mais, à la différence de la structure dégagée par Lévi-Strauss, cette structure-culture rousseauÏste apparaît parfaitement claire et consciente, comme un ordre persécutif, ce qui amenait Lacan à considérer Rousseau comme paranoïaque (81). Il est, ceci étant, troublant de trouver dans la «Sixième promenade» des «rêveries du promeneur solitaire », l'analyse par Rousseau d'une conduite symptomatique: il prenait un chemin plus long que nécessaire (146). Il raconte avoir ri en comprenant que cela lui permettait d'éviter de rencontrer une jeune garçon qui lui était désagréable pour certaines raisons. Rousseau pressent là une structure de l'inconscient apte à déterminer certains actes du sujet, parallèlement à la «Culture» comme structure «explicite », et enfin se pose 30

comme nostalgique de façon « fictive» (31) d'un état de nature. On peut souligner l'évidence selon laquelle la conception d'une nature nécessiteun point de vue culturel (d'où cette nostalgie « fictive »). Marx (1818-1883) construit une doctrine que Lacan considérait d'une grandeur équivalente à celle de l'élaboration freudienne (85). Marx, comme Freud, pointent l'existence dans l'humain de « forces irrationnelles qui contrecarrent et entravent le
développement de son existence» (131). Althusser (1) souligne que Marx accomplit cette révolution:
«

se débarrasser de l'idéologie bourgeoise de l'homme comme sujet

de l'histoire, se débarrasser du fétichisme de l'homme ». Là où le sujet cartésien décide, par la volonté, de son devenir (de son histoire), le sujet marxiste est conditionné par son milieu social ci'origine, si bien que ses décisions (provoquant la survenue d'évènements historiques) apparaissent socialement déterminées (par l'éducation notamment) (126). Cet aspect «anti-humaniste» est complété d'un autre, un aspect également lié au structuralisme: le jeu des oppositions,
«

d'universalité de la contradiction» (4). Cela signifie, en clair, que

la classe bourgeoise ne se détermine que par opposition à la classe prolétaire, et inversement (115). Ce jeu des oppositions est central dans le structuralisme, ce qui apparaît nettement avec l'avancée décisive que va opérer, « innocemment », Saussure.. 2/ La linguistique saussurienne A) Logique de la démarche de Saussure Ferdinand de Saussure (1857-1913) révolutionne la pensée moderne grâce à un livre qu'il n'a pas écrit et en inventant un mode . fO / de pensee, Ul1e met h 0 de de re' fleXlon qu 1l n ' a pas nommee : 1e structuralisme. Ce seront d'autres qui, sur la base de son cours donné sur trois années à l'université de Genève (1906-1907, 19081909, 1910-1911), écriront le "Cours de linguistique générale", en l'occurrence Charles Bailly et Albert Sechehaye. Ce texte, paru en 1916, trois ans après la mort de Saussure, contient tout ce qui
l/

31

importe pour définir le structuralisme, structuralisme au sens que lui donne Levi-Strauss. Trop souvent, l'apport de Saussure est réduit à la conception du signe mettant en rapport" signifiant n et "signifié tt. Il s'agit d'une vue très partielle et très inexacte du même coup: cela n'explique rien du structuralisme qui en naîtra. Le rapport signifiant-signifié est, en outre, trop souvent identifié à une correspondance bi-univoque. Or, le signifié fait ouverture sur un aspect indissociable de l'apport saussurien qui est sa possibilité de n'être pas conscient, de , , . l" n etre pas une donnee presente a 1 espnt. " Avec Ferdinand de Saussure, le langage devient Autre, hétérogène au sujet qui ne peut plus prétendre sten emparer comme d'un simple outil offert à sa maîtrise. Après les diverses déterminations envisagées par un Marx ou un Rousseau, voici un nouvel effondrement du triomphe cartésien. Le sujet saussurien perd la maîtrise de l'appareil qui lui permet de penser son être: le langage. Le langage n'est plus l'outil à disposition pour penser, pour apparaître doué d'une autonomie qui empiète d'autant sur celle du sujet. Le langage devient moyen mais aussi cause du sujet, si bien que Italiénation nouvelle devient celle, au plan épistémologique, d'un sujet cherchant à penser l'otltil (le langage fondateur) à l'aide du langage lui-même. Mais reprenons du départ. Saussure avance que la linguistique ne peut être une science qu'à la condition de "Dégager la nature de son objet d'étude", nOr,
sans cette opération élémentaire, une science est incapable de se fai1JOeune

méthode" (150). L'ambition saussurienne s'affirme ici: faire entrer la linguistique dans le champ de la science, en définissant précisément son objet, pour préciser ensuite une méthode. Il distingue clairement sa démarche de la démarche habituellement usitée en linguistique à l'époque: il oppose à une linguistique qu'il qualifie U sa conception d'une linguistique scientifique "d'externe nécessairement" interne" . La linguistique" externe" s'attache 32

exclusivement à l'étude de la langue en lien avec ce qui serait appréhendé comme son environnement: l'ethnologie, la politique, les institutions. Ainsi, en linguistique « externe », la langue se définit comme l'outil de la pensée que l'homme façonne au gré de la nécessité. Il s'agit d'une conception très cartésienne mettant en scène un sujet opérateur d'une langue assujettie à l'exigence de la nécessité. La langue évolue dans ce cadre en fonction des besoins et des rencontres Qors, par exemple, des modifications de frontière). A l'inverse, Saussure propose une "linguistique interne", qui implique de considérer la langue comme" un système qui ne connaît que son ordre propre". Il compare la langue au jeu d'échecs qui, inventé en
Perse, s'est répandu dans le monde: son passage de la Perse à

l'Europium est d'ordre externe, tandis que "tout ce qui est interne concerne le système et les règles". Il dit encore: "Si je remplace des
pièces de bois par des pièces d'ivoire, le changement est indifférent pour

le système: mais si je diminue ou augmente le nombre des pièces, ce
dxmgement./àatteintprofondémentla grammairedu jeu". n con tin u e : "E s t interne tout ce qui change le système à un degré quelconque".

Saussure renverse la logique antérieure, la langue n'est plus étudiée en tant qu'outil modifié par l'humain en fonction des nécessités ou des grands changements historiques (évolution scientifique, politique, ou des frontières géographiques), mais en tant qu'organisation qui par sa logique propre comporte déjà l'idée d'un certain degré d'autonomie. D'autre part, la comparaison avec le jeu d'échec et le nombre de pièces constitue une proposition ébauchée de ce qui apparaîtra formellement dans la suite: la langue est un système d'interactions entre des valeurs, la suppression ou l'ajout du moindre élément modifie la valeur de tous les autres. Saussure pose que" le problème linguistique est avant tout sémiologique" dans la mesure où la langue" est un système de signes
exprimant des idées, et par là comparable à l'écriture" (les catégories de Saussure, dont le signe, seront reprises plus loin). La sémiologie se définit comme une" science qui étudie la vie des signes au sein de la vie sociale; elle formerait une partie de la psychologie sociale, et par conséquent de la psychologie générale" (110). La sémiologie englobe la sémantique, qui s'attache à l'étude de la signification des mots, c'est

33

à dire que la sémiologie ne se réduit pas à l'étude du signe. En effet, l'étude du signe en lui-même correspond à la sémantique, c'est-à-dire à la mise en rapport d'un signifiant et d'un signifié, mise en rapport qui en dégage la signification. La sémiologie contient la sémantique, et la dépasse pour comprendre en sus l'étude des rapports des signes entre eux. Saussure défend l'intérêt de la démarche sémiologique qu'il propose, et pose alors une idée dont la portée sera par la suite considérable: "Par-là, non seulement on éclairera le problème
linguistique, rnais nous pensons qu'en considérant les rites, les coutumes, etc... comme des signes, ces faits apparaîtront sous un autre jour, et on
sentira le besoin de les gl.ouper
tt

dans la sémiologie

et de les expliquer par

les lois de cette science

.

Ainsi, par la démarche sémiologique appliquée à la linguistique, Saussure introduit la linguistique dans le champ de la science (avec le signe comme objet et la sémiologie comme métll0de), et inaugure une méthode pouvant s'appliquer à d'autres disciplines telles l'ethnologie, la sociologie, la psychologie... Saussure propose ainsi d'appliquer cette démarche à d'autres disciplines, ce qui fondera la démarche structuraliste. Lévi-Strauss ne s'y trompera pas, et dira que la linguistique "N'est pas une science
sociale comme les autres", et qu'elle est ttLa seule, sans doute, qui puisse

revendiquer le nom de science" puisque parvenue à "Formuler une
méthode positive et à connaître la nature des faits soumis à son analysefJ

(117). Et l'auteur, en droite ligne de la proposition de Saussure, de pointer nL'étroite analogie de méthode" entre sociologie et linguistique, qui leur" impose un devoir spécial de collaboration". Lévi-Strauss épouse littéralement la démarche de Saussure en considérant le champ social comme possiblement identifié à un ensemble de signes, constitué en structure, pouvant s'étudier grâce à la démarche sémiologique. Merleau-Ponty, cité par Roudinesco (145), déclare: "La théorie du signe telle que la linguistique l'élabore implique peut..être une théorie du sens historique qui passe outre à i 'alternative des choses et des consciences(..). Ii Y a là une rationalité
dans la contingence, une logique vécue, une autoconstitution dont nous

avons précisément besoin pour comprendre en histoire l'union de la contingence et du sens, et Saussure pourrait bien avoir esquissé une 34

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